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jeudi 23 août 2007

Jacques Stéphen Alexis, quel itinéraire?

Après avoir situé Alexis dans son époque politique, Eddy Arnold Jean en vient à parler du théoricien du « Réalisme merveilleux » hérité des romanciers latino-américains. «Le roman vu par l'auteur de Compère Général Soleil et de Romancero aux Etoiles est un genre hybride résultant de la lucidité du réalisme et de l'émotion du merveilleux, réconciliées pour une exploration sans frontière de l'humain », précise Eddy Arnold Jean.
Les éditions Haïti Demain viennent de faire paraître « L'Itinéraire romanesque de Jacques Stéphen Alexis ». En cette année de célébration de Jacques Roumain, les parutions sur Jacques Séphen Alexis sont un peu isolées. Cependant, Eddy Arnold Jean, comme d'autres critiques littéraires, pense à rappeler à l'opinion qu'il n'existe pas seulement que l'auteur de Gouverneurs de la Rosée comme brillante intelligence dans le roman haïtien.
« L'Hebdo de Georges Anglade » rappelait avec justesse qu'on oublie, dans les grandes opérations publicitaires et éditoriales de l'année, Justin Lhérisson. L'auteur de « La Famille des Pitite Caille » est mort en 1907. D'aucuns se demandent pourquoi on n'a pas célébré les deux auteurs haïtiens très populaires au cours de la même année. On a aussi remarqué que dans le livre publié par le ministère de la Culture et de la Communication, Flaubert Bolivar a eu la sincérité d'affirmer : Mon Roumain à moi c'est Alexis.

Eddy Arnold Jean est de ces critiques qui lient toute approche littéraire à la réalité sociopolitique. Le contexte social que décrit l'auteur n'est pas celui qu'avait connu Jacques Stéphen Alexis. Il est celui de notre quotidien. Ce que Eddy A. Jean considère comme « le chaos et l'universel désordre » ne jette pas de nouveaux projecteurs sur Jacques Séphen Alexis. Pourtant, Eddy Arnold Jean se sent une culpabilité de ne pas dénoncer la « mutation sociale qu'explique en partie le transfert des usines qui s'accompagne de la lente disparition de la classe moyenne n'ayant plus désormais les moyens d'exercer son rôle de médiateur social, tampon amortisseur entre les riches et les déshérités sans espoir ».
Eddy Arnold Jean en profite pour dresser un portrait de la bourgeoisie haïtienne qu'il appelle « L'establishment oligarchique ». « Instruit des leçons de l'histoire, écrit l'auteur, il gouverne par personnes interposées, déléguant son pouvoir à une équipe régnante qui ne met pas en danger le pacte de domination ».Après avoir présenté les conditions de l'existence du peuple comme un enfer, Eddy Arnold Jean souligne que c'est la capitale « qui paie les conséquences outrageantes d'une politique de bureaucratisme et de centralisation poussés. Il s'évidente que près d'un demi million de personnes vivent dans des conditions concentrationnaires ».
Le lecteur s'attendait à ce que l'auteur fasse le lien entre la situation contemporaine et l'univers romanesque d'Alexis, ne serait-ce qu'au niveau de ce que l'écrivain avait prévu sur le plan imaginaire au sujet du prolétariat, par exemple. On sort de l'introduction pour entrer dans le vif du sujet sans une passerelle. Et cela laisse les habitués des textes d'Eddy Arnold Jean sur leur faim.
Dans ce livre qui tombe à point nommé, il y a des chapitres qui mériteraient de meilleures élaborations et d'autres qui étonnent par leur brièveté. On y apprend toutefois qu'Alexis laissa à sa mort deux romans inédits : « L'Eglantine » et « L'Etoile absinthe ».On n'est pas sorti des sentiers battus des analyses autour de Compère Général Soleil, des Arbres musiciens, de L'espace d'un cillement, de Romancero aux Etoiles.

De ces oeuvres l'auteur résume: « C'est d'abord la paupérisation galopante des couches vives du pays à cause de l'incapacité des gouvernements à créer des emplois et à répartir équitablement les ressources du sol. C'est ensuite la recherche des éléments de réponse à la passivité du vaudou dans la bataille pour la recherche d'un mieux-être. C'est enfin l'amour de la Niňa Estrellita et d'El Gaucho qui dynamise leur engagement dans la lutte pour la transformation du paysage sociopolitique haïtien. »
De l'itinéraire d'Alexis, Eddy Arnold Jean a effleuré le cheminement. Il voudrait garder le souvenir du remarquable romancier.
La publication entière de la « Lettre à mes amis les peintres » montre les préoccupations esthétiques nationalistes de l'écrivain. Le domaine de l'art a évolué de façon parallèle aux préoccupations des écrivains. On découvre une autre dimension d'Alexis. « Si les peintres haïtiens veulent chanter les beautés, les duretés et l'avenir de la terre natale, par le contenu de leurs oeuvres et leurs sujets, je leur conseillerais de fuir comme la peste les idéologues, les papes et les sectateurs du formalisme... » Alexis ne serait donc pas proche du "jdanovisme" qui a connu ses beaux jours en Union Soviétique en pleine période de bolchevisme ! Le livre « L'Itinéraire romanesque de Jacques Stéphen Alexis » pèche par une propension à reproduire des documents déjà écrits sur le romancier.
Les appendices de Georges Castera, de Frantz Voltaire et de Grégoire Eugène ne sont pas des considérations propres à l'auteur.
On reconnaît toutefois la passion d'Eddy Arnold Jean et l'énergie intellectuelle mise au service de la connaissance des grandes figures de l'histoire littéraire haïtienne.
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=47263&PubDate=2007-08-23

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