Réflexion d’une journaliste haïtienne.
Nous sommes arrivés au point où nous arborons avec ostentation des termes philosophiques et sociologiques pour tourner en dérision quelques formes d’institutions religieuses dites populaires ou incultes et les personnes croyantes qui, en grande partie, estimons-nous, sont les causes du laisser-aller du peuple haïtien. Soit. Mais comment reprocher à ces gens qui vivent, pour la plupart, au bas de l’échelle sociale de s’inventer un Dieu et toute sa lignée pour s’assurer un mieux-être psychologique, si tel est le cas, dans les conditions pareilles que nous vivons ? À notre tour, comment pouvons-nous croire en quelque chose qui n’existe pas, comme une certaine classe moyenne en Haïti ? Quand est-ce que nous aurons à nous retourner la balle ? Evidemment, il y a des limites à cette tentative que nous propose le schéma de ces lignes dans un contexte pareil.
Mais puisqu’il est aussi de plus en plus difficile sociologiquement de parler de la notion de classe moyenne dans les sociétés humaines d’aujourd’hui, comment faisons-nous pour dresser une telle utopie en Haïti ?
« On m’a demandé d’aller l’école, j’y étais. On m’a demandé de faire des études supérieures, je les ai faites. Ou plutôt je les fais. » La formulation de ces phrases est peut-être de moi mais l’idée directrice concerne quasiment, pour ne pas dire totalement, toute une certaine classe moyenne en Haïti. À l’école nous avons appris que la classe moyenne est un concept des Trente Glorieuses en France qui représentait une sorte de transition ou une étape entre la classe aisée ou supérieure et la classe pauvre appelée la classe ouvrière ou la masse. L’émergence entre ces classes a donné naissance à une partie de la population qui n’est ni pauvre ni riche. Quand on tient compte, par exemple, de la réalité contemporaine de la ville et les espaces du vivre ensemble qui interrogent graduellement l’apparition des phénomènes sociaux permettant de saisir les raisons qui poussent les individus à se scinder dans les lieux individuels ou d’appartenance au même groupe social que les siens, cette notion de classe moyenne devient floue. Voilà pourquoi le concept de groupe est important dans cette même idée de classe moyenne.
Le concept de groupe fait appel à la solidarité et à ce qu’on pourrait nommer la théorie de l’identité sociale qui intervient au niveau de trois processus fondamentaux, d’après Henri Tajfel, un théoricien de l’identité sociale : la catégorisation sociale ; l’auto-évaluation à travers l’identité sociale ; la comparaison sociale inter-groupe. Devenue dominante dans l’approche des relations intergroupes, la théorie de l’identité sociale est utilisée comme cadre de référence pour comprendre et expliquer les phénomènes collectifs tels que les soulèvements, les émeutes ou la solidarité sociale. Nous autres en Haïti avec nos classes moyennes (si elles existent), nous élevons des remparts physiques et sociaux contre toutes formes de proximité et d’accointance, car ce que nous avons gagné ne tient qu’à un fil et peut s’écrouler du jour au lendemain. Elles (les classes moyennes) sont dans une dynamique de mobilité individuelle et n’entrevoient pas un pôle d’interaction intergroupe car les individus sont déterminés par leurs relations interpersonnelles et leurs caractéristiques personnelles[1].
Pour une universitaire et professionnelle salariée dont le père, assez connu dans sa ville, a eu une longue carrière dans l’enseignement et la mère qui avait bossé dans des ONGs, ayant partagé sa vie parfois entre le commerce et des activités d’archiviste, me paraît-il, il fallait clamer haut et fort : je suis dans de la classe moyenne. Comme l’a chanté Orelsan : « J’viens d’la classe moyenne, moyennement classe où tout le monde cherche une place (…)[2] En tout cas, je connais bien des gens qui disent et qui savent à quel point je me sens vexée quand ils me parlent en des termes : « une fille de province de la classe moyenne. » Peut-être que mes parents ne seront pas si déçus de m’entendre dire ça pour la simple et bonne raison je ne suis pas capable de suivre le troupeau sans m’interroger et interroger cette société. Parce qu’au moins je peux questionner ce qu’on m’a appris à l’école. Ce mode de fonctionnement discursif ne devrait-il être pas l’une des fonctions élémentaires de l’école ou de la formation supérieure ?
Ou peut-être que mes parents, je pense surtout à mon père, seront mécontents parce qu’ils se sont usés pour donner à leurs trois enfants une bonne éducation. Dans tous les cas, je ne m’excuse pas de ne pas avoir un sentiment d’appartenance à aucune classe sociale en Haïti. Ce n’est pas un déni. Je ne peux vraiment pas m’identifier à « une petite élite dont je n’ai cure, ni pour cette entité platonique adulée qu’on surnomme la Masse. Je ne crois pas à ces deux abstractions, chères au démagogue… »[3], comme l’a écrit Jorge Borges pour parler lui, de l’écriture.
Confinée à Marseille depuis plus d’un mois maintenant, mes inquiétudes me ramènent toujours à Haïti et me poussent à me replonger dans le fameux « pays lock » qu’à connu en septembre 2019, le pays. Situation qui a paralysé toutes les sphères et couches sociales du pays pendant trois (3) mois.
Il ne s’agissait pas d’un virus qui allait impacter à ce point le fonctionnement social, on le sait. Mais aujourd’hui, avec les deux cas recensés en Haïti, on s’interroge en se demandant doit-on s’attendre au pire puisque la plus fondamentale des mesures de prévention qu’il nous fallait était d’empêcher qu’on en arrive à ce point. Remarquons qu’ en France, les autorités peuvent soustraire l’ensemble de la population à leurs tâches sociales pour un bon temps ( Disons jusqu’en mai).
Sans rester dans les détails, chez nous en Haïti où la situation est très complexe, les stratégies standard de prévention des autres pays seront-elles valables ? La question me semble plus pertinente que toute tentative de réponse dans ce texte ou ma préoccupation essentielle aborde la problématique des classes moyennes.
Plusieurs définitions par catégories socioprofessionnelles ou intervalles de revenus existent par ce concept de classe moyenne. L’une des façons fondamentales pour approcher la réalité de cette classe, c’est le salaire. Ce n’est pas l’unique puisqu’il existe d’autres variables qu’il faudrait penser à prendre en compte. Mais nous, qui cherchons à user cette notion, sommes de préférence ce qu’on appelle une certaine « élite intellectuelle ».
Et voilà l’une des raisons primordiales qui me poussent à me soustraire de toute illusion de la classe moyenne. Evidemment vous me diriez peut-être que ce n’est pas un corps homogène et qu’il existe des classes moyennes. Soit. Cependant, en fonction de quoi estimez-vous que vous en fassiez partie ? Je me demande pourquoi on se précipite sur les concepts en faisant fi des bornes qui les définissent. Je laisse le soin à ceux et celles qui travaillent sur la langue et les rapports des humains en société cette tâche tout en sachant le risque que la classe moyenne encourt tous les jours pour ne pas se voir basculer dans la pauvreté alors qu’ils se fabriquent une vie incroyable…peut-être sur les réseaux sociaux.
Ce que je souhaitais exprimer ne tient qu’à un fil : mon ras-le-bol.
Ras le bol de devoir côtoyer en Haïti des classes moyennes toujours sur le qui-vive.
Ras le bol de devoir côtoyer une classe moyenne qui simule. Ras le bol de la situation actuelle causant la désolation de tout un peuple.
En Haïti nous avons une certaine classe moyenne qui se satisfait de trop peu et paradoxalement qui fait tout pour ressembler à des bourgeois ou des petits bourgeois, dans tout le sens du terme. L’expression petite bourgeoise me fascine pour mille raisons que je m’étalerai pas ici. Mais là, ma préoccupation me pousse à poser la question pendante : quand est-ce qu’on est petit.e bourgeois.e ?
A l’école on nous a appris que les individus de la classe moyenne qui font des études supérieures peuvent devenir l’élite intellectuelle. Et cette dernière en remettant en question des pratiques de sa société et en devenant un.e employé.e capable de faire des économies sur son gain après avoir comblé les besoins fondamentaux est appelé.e petit.e bourgeois.e. Sans tomber dans les courants et paradigmes, c’est l’une des explications simples que l’on peut tenter d’apporter.
Tout de même, quand on s’y réfère à l’histoire de l’Humanité présentée dans un texte d’Alan Woods[4], Marx et Engels expliquaient dans le Manifeste du Parti communiste le développement social comme facteur central à travers la lutte des classes. Avec l’arrivée du capitalisme, la société a été polarisée en deux grandes classes antagonistes : la bourgeoisie et la classe ouvrière (le salariat).
L’expansion du capitalisme, comme le prédisait Marx, a mené à «la concentration du capital. »[5]
Pendant des décennies, les économistes et les sociologues bourgeois, qui affirmaient que la société devenait toujours plus égalitaire, que tout un chacun devenait membre de la classe moyenne ont rejeté l’idée d’un capitalisme qui se scinde, d’une part à une immense accumulation de richesses au sommet de la société et d’autre part à une accumulation de pauvreté, de misère et d’exploitation à sa base.[6]
Toutes ces illusions sont désormais balayées, écrit Alan Woods. « L’argument, tellement apprécié des sociologues bourgeois, selon lequel la classe ouvrière a cessé d’exister, a été complètement démoli. Dans la dernière période, d’importantes couches des travailleurs qui se considéraient comme appartenant à la classe moyenne ont été prolétarisées. Des enseignant.e.s, des fonctionnaires, des employé.e.s de banque, etc., ont été précipités dans les rangs de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier, où ils constituent quelques-unes de ses sections les plus militantes. »[7]
Lorsque je pense au fameux roman d’Oscar Wilde « Le portrait de Dorian Gray », je me dis effectivement qu’il faut que je continue surtout à faire la plupart des choses qu’on me reproche. Comme lire des romans. La classe moyenne comme disait Lord Henry dans ce roman, n’a rien de moderne. Il faut voir dans cette modernité non seulement la notion du temps dans la lutte des classes – la classe moyenne n’est pas une réthorique récente -,mais aussi, pour approfondir, les sens technique et pratique de la modernité. C’est à dire dans le sens de non classe. Idéal désormais sans idéal, la classe moyenne avance, techniquement et pratiquement, vers sa propre destruction.
Voyez par vous-même, il y a très peu de cadre de référence de la sociologie et même du droit dans ce texte.
Mais puisqu’on parle de droit, qu’en est-il pour le peuple haïtien qui fonctionne avec des lois qui tombent en désuétude ?
Comment aborder les violences faites sur les droits fondamentaux des personnes les plus vulnérables tenant compte de la violence systémique et de la violence institutionnelle flagrante dans la société ? Quels sont par exemple, les lois en vigueur ou proposition de lois sur le coût des normes et de mixité dans les programmes immobiliers neufs ?
Sans mettre la charrue avent les bœufs dans le contexte haïtien,, rappelons que dès le début de ce texte, nous avons fait mention des remparts physiques et sociaux que les classes moyennes dressent contre toutes formes de proximité et d’accointance, car ce qu’elles ont gagné ne tient qu’à un fil et peut s’écrouler du jour au lendemain.
Ce que nous feignons d’ignorer, c’est le pouvoir latent d’une certaine forme de discrimination qui ronge notre société. Cette classe moyenne s’étouffe sous le poids des discours et des idées biscornues qui ne servent qu’à rapetisser l’impasse dans laquelle elle se trouve. Et un jour si nous ne renversons pas l’ordre des choses, nous n’aurons plus de constitution ni de lois valables pour protéger même la liberté de penser, oui la liberté de penser, et de s’exprimer dans ce pays.
Je ne suis pas de votre classe moyenne. Et ceci pour deux raisons fondamentales : je ne suis pas dans la prétention ni dans une fausse modestie. Tout comme je ne suis pas dans les limites non plus. Parler de limites en ces termes est nettement différent du sens de la mesure. Il faut considérer ici la réalité qui n’arrête pas de violer des rêves. Partout, les inégalités se côtoient, « des richesses obscènes côtoient la misère, la souffrance humaine est omniprésente. » Comme le souligne le texte d’Alan Woods, « L’aspect le plus frappant de la situation actuelle est le chaos et l’agitation qui ont saisi la planète entière. Il y a instabilité à tous les niveaux : économique, social, politique, diplomatique et militaire. Le monde semble être devenu fou. »[8]
J’affirme que je n’appartiens à aucune classe en Haïti, c’est pour moi une façon de lutter contre le laxisme d’État et c’est une façon aussi de lutter contre les illusions d’une certaine classe moyenne existante. J’accuse la classe moyenne d’Haïti, hommes et femmes qui se laissent embobiner par une élite économique sans sentiment d’appartenance renforcé, consolidé, affermi et « développé »pour ce pays. Enfin, j’accuse les soit- disant classes moyennes de créer des conditions miroitières de réussite dans un pays en proie aux crises politiques et sociales.
Eunice T Eliazar
eunice18271@gmail.com
[1] Schéma récapitulatif des grandes théories de l’identité sociale, Henri Tajfel
[2] Musique : Orelsan et Stromae, La pluie
[3] J.L.Borges, Le Livre de sable (1978)
[4] Publié pour la première fois en anglais en juin 2013, ce texte a été publié par la suite sous forme de livre en vente : Les idées de Karl Marx.
[5] https://www.marxiste.org/theorie/philosophie/928-les-idees-de-karl-marx
[6] ibid
[7] ibid
[8] ibid
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
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mercredi 15 avril 2020
samedi 15 février 2020
L’art, gardien de l’identité culturelle de l’amour
Qu’est-ce que c’est l’art ? Qu’est-ce que c’est l’amour ? Doit-on se mettre à chercher l’art dans l’amour ou l’amour dans l’art ? Si l’on se réfère à l’écrivain britannique de culture française, William Somerset Maugham, qui disait : « Seuls l’amour et l’art rendent l’existence tolérable », il paraît évident de se demander s’ils sont les deux seules entrées pour envisager une existence tolérable.
Publié le 2020-02-13 | Le Nouvelliste
Le quatorze février est la date de la célébration de l’amour. Les hypothèses sur l’origine de la fête des amoureux restent nombreuses. Cependant, sans plonger dans l’histoire dite païenne avant de devenir chrétienne de cette fête, d’après une version vraisemblable qui remonte à l’antiquité, la Saint-Valentin était d’abord une véritable célébration de la reconnaissance et de la fécondité.
De la fécondité à l’amour aujourd’hui comment appréhender cette spirale dans le contexte haïtien d’aujourd’hui ? Avec la recrudescence de l’insécurité qui gagne le pays, la faim chronique dont souffre une grande majorité de ce peuple, les problèmes sociaux, politiques et éducatifs, les gens qui s’entretuent, pourquoi parler de l’amour et de l’art ?
A cette simple question, une réponse simple. L’écrivain britannique de culture française, William Somerset Maugham, disait : « Seuls l’amour et l’art rendent l’existence tolérable ». La littérature, la peinture, la sculpture, des œuvres dramatiques et l’histoire de l’art nous aident à mieux appréhender nos émotions et des sensibilités artistiques évoquant l’amour.
Dans le prisme de cette idée, une peintre contemporaine haïtienne, une femme qui expose des œuvres picturales nous parlent du sentiment amoureux, clef pour interpréter les figures féminines de ses tableaux. L’amour et la couleur rose prédominante ravivent des souvenirs.
Retour sur une peintre atypique : Pascale Faublas
Pascale Faublas est une artiste haïtienne qui travaille et vit en Haïti. En avril 2019, elle nous a conduit dans le sillage de son travail où une quinzaine de tableaux de différents formats rendant hommage aux figures créatives et aux battantes de l’art ont été accrochés au mur de l’Institut Français en Haïti, en vue de souligner la richesse et la représentation féminine. « Fanm », le titre de l’exposition des figures féminines traduit une philosophie de l’éros dans l’art.
En effet, des œuvres éclairantes présentées à titre indicatif sur la vie de nos aïeules sont utilisées comme une allégorie représentant le désir et les pulsions sexuelles ou de la vie. L’exposition avait pour ambition de magnifier des figures féminines célèbres ou anonymes à travers le regard de l’art contemporain. Le travail de l’artiste, qui se situe généralement à mi-chemin entre l’artisanat et la création plastique contemporaine, fut la première partie d’une série consacrée à la féminité. Sa peinture vivante et en action attire le regard et plonge dans une démarche artistique où se mêlent l’imagination et la fidélité aux éléments fournis par la réalité extérieure. Un questionnement sur le statut de la créatrice depuis la simple maîtrise de la technique picturale jusqu’à la femme artiste.
Mise en scène de récits mémoriels de femmes religieuses, contestataires, parfois radicales, souvent courageuses
L’esprit créateur de la peintre, qui avait déjà réalisé une première exposition individuelle en 1992, explore un sujet de plus en plus d’actualité dans les discussions. Une analyse de l’histoire féminine à travers le prisme de plusieurs archétypes de femmes. Pour celle qui a tourné dans le film Ayiti mon amour de Getty Félin en 2016, cette série de créations aborde des attributs féminins ancrés dans notre culture. « Parler de la problématique de Fanm me semble infinie » affirme Pascale Faublas, avant de souligner que cette exposition se nourrit dans des dictons et des proverbes haïtiens qui font mention de la femme. Il s’agit non seulement de donner la parole à ces femmes de l’ombre, mais aussi leur offrir un espace de liberté posthume. La création de Pascale Faublas communique l’émotion féminine, celle qui accompagne les femmes en général dans notre société et dans le monde. « Voilà pourquoi je parle, par exemple, d’Ève dans la culture judéo-chrétienne, et dans la nôtre de Fréda, de Fanm Pa Dra, de Fanm se Potomitan et de Fanm pa lavyèj. »
Dans sa démonstration qui consiste à voir les sujets féminins, l’attitude des femmes, l’usage qu’on en fait, l’artiste évoque les clichés que subissent le sexe féminin. « Par exemple, on dit qu’une femme doit être belle et mère. C’est pour cela que je parle de la maternité à travers Maman Zanfan. » Aussi la couleur rose qu’on attribue aux femmes qui fait controverse dans le débat féministe aujourd’hui est représentée dans ses tableaux, car pour Pascale Faublas, Fréda, une femme qui aime les femmes, est dans notre culture une loa, une énergie féminine, une belle femme qui s’habille avec le rose. Tout ceci pour montrer que l’image de la femme reste parfois prisonnière de stéréotypes tenaces.
Création humaine
Création de l’esprit pour l’un et manifestation des sentiments pour l’autre, les possibles liens entre l’art et l’amour se révèlent à nous et à notre sensibilité. L’œuvre d’art doit être en mesure de nous faire oublier le particulier pendant que nous sommes en train de l’examiner. Ainsi, Henri Bergson cité par Dominique Ottavi dans le texte intitulé « L’art », voit une perception étendue dans cette technique. L’artiste donne accès à la réalité même par des images dites vraies. Notre perception, notre sensibilité restent une sorte d’image moyenne de la réalité. Ce qui est représenté (l’image) effectivement est plus vaste que ce que le langage peut décrire et ce que la raison peut identifier de la réalité. Ainsi, notre conscience englobe la totalité du moment vécu avec sa série d’émotions et de sentiments. L’artiste, de prime abord, qui n’impose pas sa vision, joue donc un rôle de révélateur au sens de sources d’inspiration et d’éducateur en ce qui a trait à la provocation d’un regard attentif sur un objet ou un symbole. Finalement, l’art en tant que miroir social de notre époque, vient toujours nous interroger. C’est en tout cas ce qu’a essayé de faire Pascale Faublas en mettant à nu les évolutions féminines. Tout de même, faut-il se demander s’il faut archiver une date pour célébrer l’amour. L’amour est-il commercialisé de nos jours que ce soit sur le marché artistique des représentations ou sur le marché de consommation stricto sensu ? Et qu’en pensez-vous de cette pratique d’offrir du chocolat à son amoureux ? Pourquoi attribuer une couleur à l’amour ? Quelle philosophie de l’amour que l’art peut-il apporter pour les minorités sexuelles exclues, notamment la communauté LGBT ? Avec leur drapeau de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, une certitude peut se révéler à nous : l’art comme vecteur de communication et de langage peut être l’identité culturelle de l’amour. Ce dernier est peut-être un amalgame d’intéressantes et de curieuses couleurs.
Qu’en pensent les féministes de tout ça ?
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Source: https://lenouvelliste.com/article/212315/lart-gardien-de-lidentite-culturelle-de-lamour
Auteure: Eunice Eliazar
Le quatorze février est la date de la célébration de l’amour. Les hypothèses sur l’origine de la fête des amoureux restent nombreuses. Cependant, sans plonger dans l’histoire dite païenne avant de devenir chrétienne de cette fête, d’après une version vraisemblable qui remonte à l’antiquité, la Saint-Valentin était d’abord une véritable célébration de la reconnaissance et de la fécondité.
De la fécondité à l’amour aujourd’hui comment appréhender cette spirale dans le contexte haïtien d’aujourd’hui ? Avec la recrudescence de l’insécurité qui gagne le pays, la faim chronique dont souffre une grande majorité de ce peuple, les problèmes sociaux, politiques et éducatifs, les gens qui s’entretuent, pourquoi parler de l’amour et de l’art ?
A cette simple question, une réponse simple. L’écrivain britannique de culture française, William Somerset Maugham, disait : « Seuls l’amour et l’art rendent l’existence tolérable ». La littérature, la peinture, la sculpture, des œuvres dramatiques et l’histoire de l’art nous aident à mieux appréhender nos émotions et des sensibilités artistiques évoquant l’amour.
Dans le prisme de cette idée, une peintre contemporaine haïtienne, une femme qui expose des œuvres picturales nous parlent du sentiment amoureux, clef pour interpréter les figures féminines de ses tableaux. L’amour et la couleur rose prédominante ravivent des souvenirs.
Retour sur une peintre atypique : Pascale Faublas
Pascale Faublas est une artiste haïtienne qui travaille et vit en Haïti. En avril 2019, elle nous a conduit dans le sillage de son travail où une quinzaine de tableaux de différents formats rendant hommage aux figures créatives et aux battantes de l’art ont été accrochés au mur de l’Institut Français en Haïti, en vue de souligner la richesse et la représentation féminine. « Fanm », le titre de l’exposition des figures féminines traduit une philosophie de l’éros dans l’art.
En effet, des œuvres éclairantes présentées à titre indicatif sur la vie de nos aïeules sont utilisées comme une allégorie représentant le désir et les pulsions sexuelles ou de la vie. L’exposition avait pour ambition de magnifier des figures féminines célèbres ou anonymes à travers le regard de l’art contemporain. Le travail de l’artiste, qui se situe généralement à mi-chemin entre l’artisanat et la création plastique contemporaine, fut la première partie d’une série consacrée à la féminité. Sa peinture vivante et en action attire le regard et plonge dans une démarche artistique où se mêlent l’imagination et la fidélité aux éléments fournis par la réalité extérieure. Un questionnement sur le statut de la créatrice depuis la simple maîtrise de la technique picturale jusqu’à la femme artiste.
Mise en scène de récits mémoriels de femmes religieuses, contestataires, parfois radicales, souvent courageuses
L’esprit créateur de la peintre, qui avait déjà réalisé une première exposition individuelle en 1992, explore un sujet de plus en plus d’actualité dans les discussions. Une analyse de l’histoire féminine à travers le prisme de plusieurs archétypes de femmes. Pour celle qui a tourné dans le film Ayiti mon amour de Getty Félin en 2016, cette série de créations aborde des attributs féminins ancrés dans notre culture. « Parler de la problématique de Fanm me semble infinie » affirme Pascale Faublas, avant de souligner que cette exposition se nourrit dans des dictons et des proverbes haïtiens qui font mention de la femme. Il s’agit non seulement de donner la parole à ces femmes de l’ombre, mais aussi leur offrir un espace de liberté posthume. La création de Pascale Faublas communique l’émotion féminine, celle qui accompagne les femmes en général dans notre société et dans le monde. « Voilà pourquoi je parle, par exemple, d’Ève dans la culture judéo-chrétienne, et dans la nôtre de Fréda, de Fanm Pa Dra, de Fanm se Potomitan et de Fanm pa lavyèj. »
Dans sa démonstration qui consiste à voir les sujets féminins, l’attitude des femmes, l’usage qu’on en fait, l’artiste évoque les clichés que subissent le sexe féminin. « Par exemple, on dit qu’une femme doit être belle et mère. C’est pour cela que je parle de la maternité à travers Maman Zanfan. » Aussi la couleur rose qu’on attribue aux femmes qui fait controverse dans le débat féministe aujourd’hui est représentée dans ses tableaux, car pour Pascale Faublas, Fréda, une femme qui aime les femmes, est dans notre culture une loa, une énergie féminine, une belle femme qui s’habille avec le rose. Tout ceci pour montrer que l’image de la femme reste parfois prisonnière de stéréotypes tenaces.
Création humaine
Création de l’esprit pour l’un et manifestation des sentiments pour l’autre, les possibles liens entre l’art et l’amour se révèlent à nous et à notre sensibilité. L’œuvre d’art doit être en mesure de nous faire oublier le particulier pendant que nous sommes en train de l’examiner. Ainsi, Henri Bergson cité par Dominique Ottavi dans le texte intitulé « L’art », voit une perception étendue dans cette technique. L’artiste donne accès à la réalité même par des images dites vraies. Notre perception, notre sensibilité restent une sorte d’image moyenne de la réalité. Ce qui est représenté (l’image) effectivement est plus vaste que ce que le langage peut décrire et ce que la raison peut identifier de la réalité. Ainsi, notre conscience englobe la totalité du moment vécu avec sa série d’émotions et de sentiments. L’artiste, de prime abord, qui n’impose pas sa vision, joue donc un rôle de révélateur au sens de sources d’inspiration et d’éducateur en ce qui a trait à la provocation d’un regard attentif sur un objet ou un symbole. Finalement, l’art en tant que miroir social de notre époque, vient toujours nous interroger. C’est en tout cas ce qu’a essayé de faire Pascale Faublas en mettant à nu les évolutions féminines. Tout de même, faut-il se demander s’il faut archiver une date pour célébrer l’amour. L’amour est-il commercialisé de nos jours que ce soit sur le marché artistique des représentations ou sur le marché de consommation stricto sensu ? Et qu’en pensez-vous de cette pratique d’offrir du chocolat à son amoureux ? Pourquoi attribuer une couleur à l’amour ? Quelle philosophie de l’amour que l’art peut-il apporter pour les minorités sexuelles exclues, notamment la communauté LGBT ? Avec leur drapeau de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, une certitude peut se révéler à nous : l’art comme vecteur de communication et de langage peut être l’identité culturelle de l’amour. Ce dernier est peut-être un amalgame d’intéressantes et de curieuses couleurs.
Qu’en pensent les féministes de tout ça ?
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Source: https://lenouvelliste.com/article/212315/lart-gardien-de-lidentite-culturelle-de-lamour
Auteure: Eunice Eliazar
samedi 25 janvier 2020
PaPJazz/20 janvier/ Richard ciné quartet/Café 36 « Le vent frais et aromatisé de Jacmel »
Publié le 2020-01-22 | Le Nouvelliste
Roland Léonard et Eunice Éliazar.
Le département du Sud-Est a toujours été retenu comme un immense grenier de talents artistiques, en arts plastiques, en littérature comme en musique. Ce dernier domaine a été maintes fois honoré par des célébrités inoubliables dans les champs populaires et savants. Citons : Cyriaque Archille Paris, dit « Ti-Paris », Vaille Rousseau, Hector Lominy, Hughes et Pierre Leroy, les jazzmen Lionel Volel, Edgard Depestre et Buyu Ambroise, sans compter d’autres noms d’illustres devanciers que nous n’avons plus en mémoire.
La relève est permanente dans cette région du pays. Côté jazz, on peut compter aujourd’hui sur des jeunes, très doués, enthousiastes et dynamiques au brillant avenir. Ils sont presque tous, à l’exception de quelques autodidactes, issus de l’école Dessaix Baptiste et du grand ensemble de jazz de Jacmel, dirigé par Pierre Leroy. Le jeune bassiste Richecard Ciné est du nombre.
Ce dernier a reçu par ailleurs des formations en éducation musicale des enfants et en technique de jazz, en République dominicaine, avec des moniteurs comme Mario Canonge, David Sanchez et le saxophoniste américain Marco Pignatao, directeur de la célèbre Berklee school of Boston.
De retour à Jacmel, il a fondé le Richecard Ciné quartet et créé le festival de jazz de cette ville. Nous avons eu le bonheur en compagnie de la journaliste Eunice Eliazar et du photographe Casimir Veillard d’assister, en After-hour à son concert « en boîte » au Café 36, Pétion-Ville, rue Clerveaux. Le Richecard Ciné, 29 ans : basse et leader ; Shalomson Lamy, 22 ans : sax alto et soprano ; Jacky Polycarpe, 31 ans : piano électrique « Roland » ; Ronald Sanon, 31 ans : batterie. Ils sont tous jacméliens, souvenons-nous-en.

Notre consœur Eunice Eliazar nous livre ses impressions et son appréciation de la soirée.
Symbiose. En voilà un mot pour nommer cette soirée captivante au PaPJazz 2020. Des mélodies traitées avec pondération et jazzistique, sur des rythmes haïtiens ou caraïbes, ont permis une synchronisation aux couleurs du moment. En effet, Richecard et son groupe, tous des jeunes jacméliens, ont ouvert au Café 36 l’élégance du dire, de jouer et l’alternance des lumières, tel un jeu en mouvement.
Pour la 14e édition du festival international de jazz en Haïti, Jacky Polycarpe, au piano électrique lors de ce spectacle, a enrichi le sens de la beauté, de l’harmonie auditive et de l’érotisme latent. C'était le meilleur élément pour donner un vrai sens, en des termes artistiques, à cette représentation. Des airs connus et célèbres en version spéciale de ballade, comme YoYo, le Rara de Melvin Butler et une version instrumentale de la fameuse chanson de John Lennon, « Imagine », ont servi de tremplin aux développements, paraphrases improvisées des solistes.
À une époque où les jazzmen sont de plus en plus sur scène, il peut sembler que le fossé qui sépare les amateurs de jazz des érudits est comblé. Toutefois, il n’est pas de mauvais augure de se demander si cette forme de récupération élitiste du jazz, pour ne pas dire cette forme bourgeoise, ne constitue pas l’ossature de cette nouvelle influence qui amène des amateurs curieux des pratiques culturelles à consommer une telle variété musicale.
Avec communion, malgré la délicatesse de notre supputation, le jazz ne reste plus aujourd’hui là où il était avec les artistes qui se passent de présentation, comme : Miles Davis, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Louis Armstrong et peut-être également Billie Holiday. Passation de flambeau ou nouvelle génération pour récupérer et conserver ce style de musique né au début du XXe siècle aux États-Unis, aujourd’hui, la nécessité d’avoir une éthique de la connaissance s’y mêlent à l’hi
stoire du jazz. En tout cas, il y a les festivals, les savants et les théoriciens pour inventer les normes, ne serait-ce que pour assurer la prolifération de ce croisement musical. Voyons le bon côté des choses.
Ambiance

Le cadre de la grande salle du restaurant, au Café 36, est beau à voir : celle-ci s'apparente à une longue « tonnelle » ou
« choucoune », étirée de l’est à l’ouest, avec les solives supportant son toit en tôles et à angles, à deux versants comme un livre ouvert et en chapeau. Il y a les lumières du plafond, les tables et fauteuils. Une scène à l’ouest est à la disposition des musiciens, de leurs instruments, « amplis » et micros. La sono et ses musiciens sont à l’arrière, au fond et à l’est.
Le Richecard Ciné quartet nous propose un concert en trois « sets » de vingt minutes, et de trois morceaux chacun.
Le premier set commence par une version « kata » et un peu « biguine » de « New Morning », composition du groupe « Yellow Jacket ». On apprécie l’exposition en appels et réponses du sax, des claviers et de la basse, les improvisations du saxophone alto et de la basse électrique. On peut citer ensuite : le thème-contredanse « premye a » présenté a l’unisson par le saxophone soprano et la basse, supporté par les accords discrets du piano, commenté par le saxophoniste ; un morceau de salsa, de latin-jazz, « Thevens minor » arrangement d’une composition à un cousin de Richecard. Ces canevas sont bien développés par les solistes.
ballade 4/4, tr
ès lente, très originale par ses équivoques de mesures, ses beaux accords introductifs du piano lyrique dans le solo, son improvisation de la « Carotte » ou sax soprano ; un rara très entrainant et qui vous met la ceinture en mouvement et en feu, par l’imitation de nos « vaccines » obstinées, composition du saxophoniste américain Melvin Butler développée au sax alto avec brio ; un morceau au rythme latin, version de « Yes or No » de Wayne Shorter.
On retient du troisième « set » une sympathique version ballade et pop-jazz de « Imagine » de John Lennon, avec le sax-soprano en vedette ; une salsa « Nothing serious » où participe un joueur de congas, bénévole, présent comme par bonheur sur les lieux (c’est un « jam » ou le nouveau venu s’exprime bien en solo) ; un dernier morceau de « rara » version du titre « Yellow Jacket ».
De bons improvisateurs, pleins d’avenir.
Courage, passion et persévérance !
Auteurs: Roland Léonard
Eunice Éliazar
Soiurce: https://lenouvelliste.com/article/211459/le-vent-frais-et-aromatise-de-jacmel
Roland Léonard et Eunice Éliazar.

Le département du Sud-Est a toujours été retenu comme un immense grenier de talents artistiques, en arts plastiques, en littérature comme en musique. Ce dernier domaine a été maintes fois honoré par des célébrités inoubliables dans les champs populaires et savants. Citons : Cyriaque Archille Paris, dit « Ti-Paris », Vaille Rousseau, Hector Lominy, Hughes et Pierre Leroy, les jazzmen Lionel Volel, Edgard Depestre et Buyu Ambroise, sans compter d’autres noms d’illustres devanciers que nous n’avons plus en mémoire.
La relève est permanente dans cette région du pays. Côté jazz, on peut compter aujourd’hui sur des jeunes, très doués, enthousiastes et dynamiques au brillant avenir. Ils sont presque tous, à l’exception de quelques autodidactes, issus de l’école Dessaix Baptiste et du grand ensemble de jazz de Jacmel, dirigé par Pierre Leroy. Le jeune bassiste Richecard Ciné est du nombre.
Ce dernier a reçu par ailleurs des formations en éducation musicale des enfants et en technique de jazz, en République dominicaine, avec des moniteurs comme Mario Canonge, David Sanchez et le saxophoniste américain Marco Pignatao, directeur de la célèbre Berklee school of Boston.
De retour à Jacmel, il a fondé le Richecard Ciné quartet et créé le festival de jazz de cette ville. Nous avons eu le bonheur en compagnie de la journaliste Eunice Eliazar et du photographe Casimir Veillard d’assister, en After-hour à son concert « en boîte » au Café 36, Pétion-Ville, rue Clerveaux. Le Richecard Ciné, 29 ans : basse et leader ; Shalomson Lamy, 22 ans : sax alto et soprano ; Jacky Polycarpe, 31 ans : piano électrique « Roland » ; Ronald Sanon, 31 ans : batterie. Ils sont tous jacméliens, souvenons-nous-en.

Notre consœur Eunice Eliazar nous livre ses impressions et son appréciation de la soirée.
Symbiose. En voilà un mot pour nommer cette soirée captivante au PaPJazz 2020. Des mélodies traitées avec pondération et jazzistique, sur des rythmes haïtiens ou caraïbes, ont permis une synchronisation aux couleurs du moment. En effet, Richecard et son groupe, tous des jeunes jacméliens, ont ouvert au Café 36 l’élégance du dire, de jouer et l’alternance des lumières, tel un jeu en mouvement.
Pour la 14e édition du festival international de jazz en Haïti, Jacky Polycarpe, au piano électrique lors de ce spectacle, a enrichi le sens de la beauté, de l’harmonie auditive et de l’érotisme latent. C'était le meilleur élément pour donner un vrai sens, en des termes artistiques, à cette représentation. Des airs connus et célèbres en version spéciale de ballade, comme YoYo, le Rara de Melvin Butler et une version instrumentale de la fameuse chanson de John Lennon, « Imagine », ont servi de tremplin aux développements, paraphrases improvisées des solistes.À une époque où les jazzmen sont de plus en plus sur scène, il peut sembler que le fossé qui sépare les amateurs de jazz des érudits est comblé. Toutefois, il n’est pas de mauvais augure de se demander si cette forme de récupération élitiste du jazz, pour ne pas dire cette forme bourgeoise, ne constitue pas l’ossature de cette nouvelle influence qui amène des amateurs curieux des pratiques culturelles à consommer une telle variété musicale.
Avec communion, malgré la délicatesse de notre supputation, le jazz ne reste plus aujourd’hui là où il était avec les artistes qui se passent de présentation, comme : Miles Davis, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Louis Armstrong et peut-être également Billie Holiday. Passation de flambeau ou nouvelle génération pour récupérer et conserver ce style de musique né au début du XXe siècle aux États-Unis, aujourd’hui, la nécessité d’avoir une éthique de la connaissance s’y mêlent à l’histoire du jazz. En tout cas, il y a les festivals, les savants et les théoriciens pour inventer les normes, ne serait-ce que pour assurer la prolifération de ce croisement musical. Voyons le bon côté des choses.
Ambiance

Le cadre de la grande salle du restaurant, au Café 36, est beau à voir : celle-ci s'apparente à une longue « tonnelle » ou
« choucoune », étirée de l’est à l’ouest, avec les solives supportant son toit en tôles et à angles, à deux versants comme un livre ouvert et en chapeau. Il y a les lumières du plafond, les tables et fauteuils. Une scène à l’ouest est à la disposition des musiciens, de leurs instruments, « amplis » et micros. La sono et ses musiciens sont à l’arrière, au fond et à l’est.
Le Richecard Ciné quartet nous propose un concert en trois « sets » de vingt minutes, et de trois morceaux chacun.
Le premier set commence par une version « kata » et un peu « biguine » de « New Morning », composition du groupe « Yellow Jacket ». On apprécie l’exposition en appels et réponses du sax, des claviers et de la basse, les improvisations du saxophone alto et de la basse électrique. On peut citer ensuite : le thème-contredanse « premye a » présenté a l’unisson par le saxophone soprano et la basse, supporté par les accords discrets du piano, commenté par le saxophoniste ; un morceau de salsa, de latin-jazz, « Thevens minor » arrangement d’une composition à un cousin de Richecard. Ces canevas sont bien développés par les solistes.
Le deuxième « set » est plus enthousiasmant par ses audaces : un arrangement de « Yoyo », en
ballade 4/4, très lente, très originale par ses équivoques de mesures, ses beaux accords introductifs du piano lyrique dans le solo, son improvisation de la « Carotte » ou sax soprano ; un rara très entrainant et qui vous met la ceinture en mouvement et en feu, par l’imitation de nos « vaccines » obstinées, composition du saxophoniste américain Melvin Butler développée au sax alto avec brio ; un morceau au rythme latin, version de « Yes or No » de Wayne Shorter.
On retient du troisième « set » une sympathique version ballade et pop-jazz de « Imagine » de John Lennon, avec le sax-soprano en vedette ; une salsa « Nothing serious » où participe un joueur de congas, bénévole, présent comme par bonheur sur les lieux (c’est un « jam » ou le nouveau venu s’exprime bien en solo) ; un dernier morceau de « rara » version du titre « Yellow Jacket ».
De bons improvisateurs, pleins d’avenir.
Courage, passion et persévérance !
Auteurs: Roland Léonard
Eunice Éliazar
Soiurce: https://lenouvelliste.com/article/211459/le-vent-frais-et-aromatise-de-jacmel
mercredi 22 janvier 2020
Le Centre d’art en Haïti expose une cinquantaine d’œuvres pour célébrer ses 75 ans
30 peintures, 4 dessins, 9 métaux découpés monumentaux et 5 sculptures en bois et en métal sont exposés du mercredi 15 au vendredi 25 janvier 2020 au Centre d’art. Pendant dix jours, cette institution septuagénaire ayant formé d’étonnantes générations d’artistes revient sur quelques-unes de ces œuvres « rescapées » lors du séisme du 12 janvier 2010.
Publié le 2020-01-21 | Le Nouvelliste

« Que représente 75 ans d’existence et de succès dans un pays comme le nôtre ? », s'interroge, dans son discours de circonstance Axelle Liautaud, présidente du conseil d’administration du Centre d’art.
Derrière cette longévité, se trouve la vision, le sérieux et la sagesse des personnalités qui se sont relayés au Centre d’art et qui ont collaboré avec lui, a précisé madame Liautaud avant de rappeler qu’au « départ, il y a les fondateurs Dewitt Peter, Albert Mango
nès et Maurice Borno, entre autres, avec une formabilité de créer un centre de formation artistique ».
C’est grâce au talent et au génie découverts chez les artistes que cette institution septuagénaire résiste aux bouleversements de toutes sortes. Les artistes rencontrés au Centre d’art « allaient bousculer les frontières de la création artistique et créer des remous en dehors de notre pays ». Même après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 au cours duquel bon nombre d’œuvres ont été détruites, le Centre d’art a su se relever et s’imposer par le dynamisme de ses constituants.
André Breton, fasciné par le dynamisme des artistes autodidactes, a souligné madame Liautaud, « suggère à José Gomez de donner une place de choix à ces autodidactes qui étonnent le monde de l’art ».
Dans l’histoire des 75 ans du Centre d’art, les grands musées américains ont fait l'acquisition des œuvres exposées jadis au centre. Des artistes étrangers exposent leurs tableaux et la légende du centre se renforce par la capacité d’accueil des artistes locaux. Après des années de service au centre, le fondateur de l’institution, Dewitt Peter, se retire en formant une remplaçante, Francine Murat, qui mourut un mois après le séisme du 12 janvier 2010.
Si le Centre d’art a pu survivre au séisme de 2010, c’est grâce à la gestion sage et créative de ces deux directeurs. « Les artistes ont été au cœur de leurs préoccupations », souligne la présidente actuelle du conseil d’administration du Centre.
Lorsque le séisme a eu lieu, le Centre d’art s’est effondré. « Plus de maison, plus de direction, plus de conseil d’administration fonctionnels, mais les employés du centre, avec l’appui des membres du conseil et de la Fokal, se sont employés à sauvegarder les œuvres et les archives. »
Avec la collaboration du secteur privé qui a soutenu l'entreposage des œuvres sauvées et les dons recueillis, Axelle Liautaud affirme que « le hasard et la chance n’ont
rien à voir avec cette histoire. Toutes ces initiatives ne seront pas venues aider le Centre d’art s’il avait été moribond, sans rayonnement et mal géré ».
Aujourd’hui, cette institution vieille de 75 ans peut célébrer ses années de création grâce au dévouement et au sérieux de nombreuses personnalités d’ici et d’ailleurs. « C’est un exemple réussi de collaboration avec l’international, dans le respect de la spécificité culturelle et historique de ce pays», se réjouit la présidente du conseil d’administration du Centre d’Art en Haïti.
Auteure: Eunice Eliazar
Source:https://lenouvelliste.com/article/211231/le-centre-dart-en-haiti-expose-une-cinquantaine-doeuvres-pour-celebrer-ses-75-ans?fbclid=IwAR1XyzTSWTFaIQdRHuCicy1J58jIF85FSLiLdbPk6kkQTuVna4eG-ZhIwOw
Publié le 2020-01-21 | Le Nouvelliste

« Que représente 75 ans d’existence et de succès dans un pays comme le nôtre ? », s'interroge, dans son discours de circonstance Axelle Liautaud, présidente du conseil d’administration du Centre d’art.
Derrière cette longévité, se trouve la vision, le sérieux et la sagesse des personnalités qui se sont relayés au Centre d’art et qui ont collaboré avec lui, a précisé madame Liautaud avant de rappeler qu’au « départ, il y a les fondateurs Dewitt Peter, Albert Mango
nès et Maurice Borno, entre autres, avec une formabilité de créer un centre de formation artistique ».C’est grâce au talent et au génie découverts chez les artistes que cette institution septuagénaire résiste aux bouleversements de toutes sortes. Les artistes rencontrés au Centre d’art « allaient bousculer les frontières de la création artistique et créer des remous en dehors de notre pays ». Même après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 au cours duquel bon nombre d’œuvres ont été détruites, le Centre d’art a su se relever et s’imposer par le dynamisme de ses constituants.
André Breton, fasciné par le dynamisme des artistes autodidactes, a souligné madame Liautaud, « suggère à José Gomez de donner une place de choix à ces autodidactes qui étonnent le monde de l’art ».
Dans l’histoire des 75 ans du Centre d’art, les grands musées américains ont fait l'acquisition des œuvres exposées jadis au centre. Des artistes étrangers exposent leurs tableaux et la légende du centre se renforce par la capacité d’accueil des artistes locaux. Après des années de service au centre, le fondateur de l’institution, Dewitt Peter, se retire en formant une remplaçante, Francine Murat, qui mourut un mois après le séisme du 12 janvier 2010.Si le Centre d’art a pu survivre au séisme de 2010, c’est grâce à la gestion sage et créative de ces deux directeurs. « Les artistes ont été au cœur de leurs préoccupations », souligne la présidente actuelle du conseil d’administration du Centre.
Lorsque le séisme a eu lieu, le Centre d’art s’est effondré. « Plus de maison, plus de direction, plus de conseil d’administration fonctionnels, mais les employés du centre, avec l’appui des membres du conseil et de la Fokal, se sont employés à sauvegarder les œuvres et les archives. »Avec la collaboration du secteur privé qui a soutenu l'entreposage des œuvres sauvées et les dons recueillis, Axelle Liautaud affirme que « le hasard et la chance n’ont
rien à voir avec cette histoire. Toutes ces initiatives ne seront pas venues aider le Centre d’art s’il avait été moribond, sans rayonnement et mal géré ».Aujourd’hui, cette institution vieille de 75 ans peut célébrer ses années de création grâce au dévouement et au sérieux de nombreuses personnalités d’ici et d’ailleurs. « C’est un exemple réussi de collaboration avec l’international, dans le respect de la spécificité culturelle et historique de ce pays», se réjouit la présidente du conseil d’administration du Centre d’Art en Haïti.
Auteure: Eunice Eliazar
Source:https://lenouvelliste.com/article/211231/le-centre-dart-en-haiti-expose-une-cinquantaine-doeuvres-pour-celebrer-ses-75-ans?fbclid=IwAR1XyzTSWTFaIQdRHuCicy1J58jIF85FSLiLdbPk6kkQTuVna4eG-ZhIwOw
jeudi 12 septembre 2019
Cap sur la 6e édition d’Octobre Soleil à Agen
Cela va faire six ans depuis que les rencontres d’Octobre Soleil existent. Pour la prochaine édition qui se déroulera du 10 au 17 octobre 2019, les organisateurs continuent d’affirmer leur dimension symbolique en puisant à la source, le talent confirmé ou prometteur, d’auteurs et d’artistes toujours très percutants. Pour cette année, Stéphane SAINTIL, chargé de communication de cet évènement majeur en matière de découverte, de formation et de promotion des œuvres littéraires et théâtrales, sort de l’ombre cette manifestation d’échanges culturels peu connue en Haïti, en nous proposant une ouverture sur ce terrain de rencontres.
Publié le 2019-09-11 | Le Nouvelliste
Le Nouvelliste : En quoi consiste la semaine de rencontre Octobre Soleil?
Stéphane SAINTIL : Octobre Soleil est d’abord une histoire d’amour : une comédienne qui, le temps d’un voyage, tombe sous le charme de ce bout de terre. Subjuguée par sa littérature, sa musique, sa peinture, elle décide d’y vivre et, chemin faisant, de créer une passerelle permettant des échanges culturels entre cette terre qui l’envoûte, Haïti, et sa ville natale, Agen.
Cette passerelle a pris la forme des rencontres d’Octobre Soleil. Depuis six ans, à l’heure où les fleurs se parent de leur robe d’automne, des créateurs haïtiens mettent le cap sur Agen pour des échanges où la poésie semble avoir toujours le dernier mot.
L.N : Comment aborder cette appellation Octobre Soleil?
S.S.: Octobre Soleil ne dit pas le contraire de ce qu’il laisse entendre : deux univers qui se côtoient, deux mondes qui se mélangent et qui apportent chacun les ingrédients qui feront le charme de la rencontre. Le public agenais apporte son écoute et sa curiosité de l’ailleurs, les artistes haïtiens leurs mots, leur sculpture, leur musique, leur théâtre. La métaphore de l’astre du jour n’est pas à prendre dans son sens premier: il faut y voir plutôt l’alchimie, la pulsion et la vie qui se dégagent de cette grande fête culturelle.
L.N : Y a-t-il un thème retenu pour cette année? Si oui, lequel?
S.S. : Agen, Haïti, Afrique. La mémoire en partage est le thème retenu de cette année. Il symbolise le geste mémoriel que veut poser l’initiatrice de cet évènement, Sylvie Laurent Pourcel. Ce geste qui consiste à travailler, de concert avec les autorités municipales, sur le projet d’un buste du général Toussaint Louverture dont la famille a été placée en résidence surveillée à Agen. Dès ses premières réalisations, Octobre Soleil s’est montré sensible aux points de rencontre entre l’histoire de la ville d’Agen et le passé colonial de la France. À l’heure où des villes -comme la Rochelle et Bordeaux- sont en train de s’approprier leur passé colonial en débusquant l’oubli qui a toujours façonné les politiques en la matière, Octobre Soleil se veut partie prenante de cette mouvance puisque seul un véritable travail de mémoire est capable de rétablir la confiance et créer les conditions d’un vivre-ensemble au-delà des cicatrices de l’histoire.
L.N : Les organisateurs de ce festival...
S.S. : Sylvie Laurent Pourcel et le Théâtre au bout des doigts qu’elle dirige. Octobre Soleil peut aussi compter sur l’appui du romancier Néhémy Pierre-Dahomey et sur le support d’un ensemble d’institution qui voient de bon œil l’initiative des rencontres.
L.N : Comment procéder vous pour vous assurer la présence des invités et de la rencontre?
S.S. : Chaque année, la comédienne Sylvie Laurent Pourcel repère les artistes qui seront invités. Son choix repose sur leur performance et sur les thématiques qu’ils abordent dans leur pratique artistique. Cette année, par exemple, elle a eu un coup de cœur pour Cyndy Pierre Louis qui a interprété « J’ai vengé la race » lors du festival Handicap et Culture. Elle sera présente à la sixième édition et interprètera pour le plaisir du public agenais ce texte de l’un des plus grands chantres de la littérature orale haïtienne, Maurice Sixto.
L.N : Des collaborations avec des organismes de financement, de subvention?
S. S. : Normalement, nous ne recevons pas de financement. Nous comptons plutôt sur des parrainages des institutions comme l’ENAP qui assure le logement des artistes invités, la compagnie « les cars Pascal » qui garantit le transport des artistes de Paris et Agen et inversement, La fée des sports qui met une dizaine de vélos à la disposition des artistes pour circuler dans la ville d’Agen et le Blue Fox coffee qui accueille en grande partie les activités des rencontres.
L.N : Rappellez-nous les invités des années antérieures ainsi que ceux de cette année.
S.S. : Octobre Soleil a déjà reçu, durant ses éditions précédentes, la romancière Maryse Condé, l’écrivain Louis Philippe Dalembert, l’écrivain Néhémy Pierre-Dahomey, le sculpteur Fritzgerald Muscadin, les poètes Jean D’Amérique et James Saint Felix, la comédienne Joeanne Joseph.
Pour cette nouvelle édition, nous attendons le sculpteur Woodly Caymitte Filipo, le photographe Yves Osner Dorvil, la comédienne Cyndy Pierre Louis, le jounaliste et militant politique Anthony Pascal (Konpè Filo), l’historien Marcel Dorigny qui présentera une conférence sur « Les arts et les lettres contre l’esclavage».
Le percussionniste Claude Saturne animera un atelier sur les tambours d’Haïti. On attend la confirmation des autres artistes.
L.N : Les lieux dans lesquels aura lieu cette semaine de rencontres…
S.S. : Le Théâtre au bout des doigts qui est la structure qui porte ce projet, Le Blue Fox Coffee, Le contrepoint Théâtre.
Pendant sept jours, la ville d’Agen ouvrira ses portes aux auteurs dramatiques, aux comédiens, aux universitaires et au public pour venir écouter le théâtre et la littérature d’aujourd’hui, entre autres, autour des lectures, de mises en espace – de textes inédits ou publiés en français -, de conversations et de spectacles.
Propos recueillis Par Eunice Eliazar
Source: https://lenouvelliste.com/article/206771/cap-sur-la-6e-edition-doctobre-soleil-a-agen
Le Nouvelliste : En quoi consiste la semaine de rencontre Octobre Soleil?
Stéphane SAINTIL : Octobre Soleil est d’abord une histoire d’amour : une comédienne qui, le temps d’un voyage, tombe sous le charme de ce bout de terre. Subjuguée par sa littérature, sa musique, sa peinture, elle décide d’y vivre et, chemin faisant, de créer une passerelle permettant des échanges culturels entre cette terre qui l’envoûte, Haïti, et sa ville natale, Agen.
Cette passerelle a pris la forme des rencontres d’Octobre Soleil. Depuis six ans, à l’heure où les fleurs se parent de leur robe d’automne, des créateurs haïtiens mettent le cap sur Agen pour des échanges où la poésie semble avoir toujours le dernier mot.
L.N : Comment aborder cette appellation Octobre Soleil?
S.S.: Octobre Soleil ne dit pas le contraire de ce qu’il laisse entendre : deux univers qui se côtoient, deux mondes qui se mélangent et qui apportent chacun les ingrédients qui feront le charme de la rencontre. Le public agenais apporte son écoute et sa curiosité de l’ailleurs, les artistes haïtiens leurs mots, leur sculpture, leur musique, leur théâtre. La métaphore de l’astre du jour n’est pas à prendre dans son sens premier: il faut y voir plutôt l’alchimie, la pulsion et la vie qui se dégagent de cette grande fête culturelle.
L.N : Y a-t-il un thème retenu pour cette année? Si oui, lequel?
S.S. : Agen, Haïti, Afrique. La mémoire en partage est le thème retenu de cette année. Il symbolise le geste mémoriel que veut poser l’initiatrice de cet évènement, Sylvie Laurent Pourcel. Ce geste qui consiste à travailler, de concert avec les autorités municipales, sur le projet d’un buste du général Toussaint Louverture dont la famille a été placée en résidence surveillée à Agen. Dès ses premières réalisations, Octobre Soleil s’est montré sensible aux points de rencontre entre l’histoire de la ville d’Agen et le passé colonial de la France. À l’heure où des villes -comme la Rochelle et Bordeaux- sont en train de s’approprier leur passé colonial en débusquant l’oubli qui a toujours façonné les politiques en la matière, Octobre Soleil se veut partie prenante de cette mouvance puisque seul un véritable travail de mémoire est capable de rétablir la confiance et créer les conditions d’un vivre-ensemble au-delà des cicatrices de l’histoire.
L.N : Les organisateurs de ce festival...
S.S. : Sylvie Laurent Pourcel et le Théâtre au bout des doigts qu’elle dirige. Octobre Soleil peut aussi compter sur l’appui du romancier Néhémy Pierre-Dahomey et sur le support d’un ensemble d’institution qui voient de bon œil l’initiative des rencontres.
L.N : Comment procéder vous pour vous assurer la présence des invités et de la rencontre?
S.S. : Chaque année, la comédienne Sylvie Laurent Pourcel repère les artistes qui seront invités. Son choix repose sur leur performance et sur les thématiques qu’ils abordent dans leur pratique artistique. Cette année, par exemple, elle a eu un coup de cœur pour Cyndy Pierre Louis qui a interprété « J’ai vengé la race » lors du festival Handicap et Culture. Elle sera présente à la sixième édition et interprètera pour le plaisir du public agenais ce texte de l’un des plus grands chantres de la littérature orale haïtienne, Maurice Sixto.
L.N : Des collaborations avec des organismes de financement, de subvention?
S. S. : Normalement, nous ne recevons pas de financement. Nous comptons plutôt sur des parrainages des institutions comme l’ENAP qui assure le logement des artistes invités, la compagnie « les cars Pascal » qui garantit le transport des artistes de Paris et Agen et inversement, La fée des sports qui met une dizaine de vélos à la disposition des artistes pour circuler dans la ville d’Agen et le Blue Fox coffee qui accueille en grande partie les activités des rencontres.
L.N : Rappellez-nous les invités des années antérieures ainsi que ceux de cette année.
S.S. : Octobre Soleil a déjà reçu, durant ses éditions précédentes, la romancière Maryse Condé, l’écrivain Louis Philippe Dalembert, l’écrivain Néhémy Pierre-Dahomey, le sculpteur Fritzgerald Muscadin, les poètes Jean D’Amérique et James Saint Felix, la comédienne Joeanne Joseph.
Pour cette nouvelle édition, nous attendons le sculpteur Woodly Caymitte Filipo, le photographe Yves Osner Dorvil, la comédienne Cyndy Pierre Louis, le jounaliste et militant politique Anthony Pascal (Konpè Filo), l’historien Marcel Dorigny qui présentera une conférence sur « Les arts et les lettres contre l’esclavage».
Le percussionniste Claude Saturne animera un atelier sur les tambours d’Haïti. On attend la confirmation des autres artistes.
L.N : Les lieux dans lesquels aura lieu cette semaine de rencontres…
S.S. : Le Théâtre au bout des doigts qui est la structure qui porte ce projet, Le Blue Fox Coffee, Le contrepoint Théâtre.
Pendant sept jours, la ville d’Agen ouvrira ses portes aux auteurs dramatiques, aux comédiens, aux universitaires et au public pour venir écouter le théâtre et la littérature d’aujourd’hui, entre autres, autour des lectures, de mises en espace – de textes inédits ou publiés en français -, de conversations et de spectacles.
Propos recueillis Par Eunice Eliazar
Source: https://lenouvelliste.com/article/206771/cap-sur-la-6e-edition-doctobre-soleil-a-agen
mercredi 11 septembre 2019
Vendredis littéraires : réouverture timide, mais prometteuse
Après la traditionnelle fermeture annuelle, qui paraissait une longue attente pour les dilettantes et professionnels de l’écriture fréquentant ce milieu, les Vendredis littéraires de l’Université Caraïbes a repris du service. Le vendredi 6 septembre 2019, une soirée ponctuée de textes et de chansons tenue au centre Anne-Marie Morisset a amplement renouvelé le désir de « se réfugier quelquefois dans des chansons et des poèmes devant l’échec du politique », comme l’écrivait Lyonel Trouillot dans son roman Kannjawou.
Publié le 2019-09-09 | Le Nouvelliste
À quelques jours de la rentrée scolaire, les Vendredis littéraires, créés en 1994 par l’écrivain Lyonel Trouillot, ont redémarré. Malgré la conjoncture politique actuelle, la pénurie de carburant que le pays connait et la semaine assez tendue qui vient de s’écouler, une vingtaine de personnes ont fait le déplacement pour remplir les chaises qui sont restées vides, depuis le congé annuel de cet espace littéraire au mois d’août dernier. Avec une programmation variée et de qualité, l’organisation de cette soirée était sans faille. En compagnie de Roldy, Wooly Saint-Louis et quelques habitués de ce moment de poésie, de chansons et de partage, le petit public familier a salué ce retour spécial, vu les circonstances accablantes dans lesquelles se trouve le pays ces derniers mois.
Timidement, l’artiste Roldy a débuté la soirée avec un poème -mis en musique -, de Bonel Auguste provenant de son recueil de poésies «Nan dans fanm». La première graine a été semée. Elle a germé et a porté ses fruits avec un Wooly Saint-Louis qui s’est mis au diapason pour offrir une soirée simple et prometteuse. Des lectures faites par les personnes présentes, on se souviendra du tonitruant passage de Lyonel Trouillot qui nous faisait découvrir un texte de Bernard Dimey intitulé: « Quand on a rien à dire».
L’ambiance de la soirée, pour la plupart musicale, malgré une programmation pour séduire le public d’un vendredi soir, a tant bien que mal fait frissonner la petite assemblée. Mais ce n’était pas assez pour que la situation soit optimale, d’autant que la pluie était de la partie.
« Quand on n'a rien à dire et du mal à se taire
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot
Parler de son voisin qui n'a pas fait la guerre
Parler de Boumédiène et de Fidel Castro
Parler, parler, parler... pour que l'air se déplace
Pour montrer qu'on sait vivre et qu'on a des façons
Parler de son ulcère ou bien des saints de glace
Pour faire croire aux copains qu'on n'est pas le plus con », extrait de: « Quand on a rien à dire» de Bernard Dimey.
Auteur Eunice Eliazar #EUNICE
Publié le 2019-09-09 | Le Nouvelliste
À quelques jours de la rentrée scolaire, les Vendredis littéraires, créés en 1994 par l’écrivain Lyonel Trouillot, ont redémarré. Malgré la conjoncture politique actuelle, la pénurie de carburant que le pays connait et la semaine assez tendue qui vient de s’écouler, une vingtaine de personnes ont fait le déplacement pour remplir les chaises qui sont restées vides, depuis le congé annuel de cet espace littéraire au mois d’août dernier. Avec une programmation variée et de qualité, l’organisation de cette soirée était sans faille. En compagnie de Roldy, Wooly Saint-Louis et quelques habitués de ce moment de poésie, de chansons et de partage, le petit public familier a salué ce retour spécial, vu les circonstances accablantes dans lesquelles se trouve le pays ces derniers mois.
Timidement, l’artiste Roldy a débuté la soirée avec un poème -mis en musique -, de Bonel Auguste provenant de son recueil de poésies «Nan dans fanm». La première graine a été semée. Elle a germé et a porté ses fruits avec un Wooly Saint-Louis qui s’est mis au diapason pour offrir une soirée simple et prometteuse. Des lectures faites par les personnes présentes, on se souviendra du tonitruant passage de Lyonel Trouillot qui nous faisait découvrir un texte de Bernard Dimey intitulé: « Quand on a rien à dire».
L’ambiance de la soirée, pour la plupart musicale, malgré une programmation pour séduire le public d’un vendredi soir, a tant bien que mal fait frissonner la petite assemblée. Mais ce n’était pas assez pour que la situation soit optimale, d’autant que la pluie était de la partie.
« Quand on n'a rien à dire et du mal à se taire
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot
Parler de son voisin qui n'a pas fait la guerre
Parler de Boumédiène et de Fidel Castro
Parler, parler, parler... pour que l'air se déplace
Pour montrer qu'on sait vivre et qu'on a des façons
Parler de son ulcère ou bien des saints de glace
Pour faire croire aux copains qu'on n'est pas le plus con », extrait de: « Quand on a rien à dire» de Bernard Dimey.
Auteur Eunice Eliazar #EUNICE
mercredi 28 août 2019
Port-au-Prince accueille la première édition du festival Transe Poétique
« La poésie sauvera le monde ». C'est autour de ces maîtres mots que les initiateurs de Transe Poétique invitent le public à se joindre à eux pour la toute première édition du festival de poésie contemporaine à Port-au-Prince. Profitant de la floraison des multiples artistes haïtiens et de l'appellation « peuple de poètes » que ce pays insuffle, l’association Loque Urbaine consacrera quatre jours à cet événement phare au coeur de la capitale haïtienne. En effet, du mercredi 18 au samedi 21 septembre 2019, des hauts lieux aménagés pour la poétique seront investis dans le cadre ce festival. En attendant ces jours de transe, posons nos bagages avec Jean D’Amérique, directeur artistique du festival Transe Poétique.Publié le 2019-08-27 | Le Nouvelliste
Le Nouvelliste : Pourquoi organiser un festival de poésie contemporaine à Port-au-Prince ?
Jean D’Amérique : En Haïti, il y a un grand intérêt pour la poésie, on la reconnaît facilement comme le genre littéraire majeur. Les poètes poussent comme des arbres, dit-on souvent. Il m’a semblé important de créer un événement qui fait écho à cette situation – qui est très rare dans le monde.
L.N : Transe Poétique. Comment aborder cette appellation ? Que donnez-vous à voir à travers cette expression ?
J.D'A : On essaie de mettre en place un festival de poésie au sens large, c’est-à-dire où, à côté de la présence des poètes et de leurs œuvres, on évoque la poésie à travers d’autres formes artistiques, comme le cinéma, la photographie, la performance, la musique, le théâtre… Cette façon de montrer comment la poésie s’incruste dans d’autres champs fait écho à l’appellation du festival. Sinon, c’est aussi une façon d’inviter le public à s’immerger de plain-pied dans le poème, à entrer en transe poétique...
L.N : Depuis quand rêvez-vous de faire un festival de poésie ?
J.D'A : Je ne sais pas exactement. Mais on a commencé à y penser il y a environ deux ans.
L.N : Dans un monde enclin à laisser très peu de place à la poésie, dans quel état d’esprit êtes-vous avant la réalisation de ce projet ?
J.D'A : Porter le projet d’un festival de poésie, c'est fou et c’est très lourd; car réunir des moyens pour la poésie n’est pas chose facile. On a fini par colmater les brèches. Nous sommes très heureux de voir ce rêve se réaliser.
Sinon, du côté de la réception, nous sommes plutôt sereins. Chez nous, la poésie a une grande place, nous savons qu’il y a un public qui attend le festival, c’est plutôt rassurant. Il reste à voir comment ce public reçoit le contenu que nous allons proposer.
L.N : La poésie est en effet un genre littéraire majeur en Haïti. Toutefois, comme on dit dans l’industrie du livre, la poésie ne se vend pas. Qu’avez-vous à dire à ce propos ? Pensez-vous obtenir suffisamment de fonds pour réaliser cette première édition ? Où en êtes-vous à ce stade ?
J.D'A : Au départ, le contenu du festival impliquait un budget que nous pensions pouvoir combler. En cours de route, nous avons dû revoir les choses, émincer la programmation pour réduire les coûts. L’État haïtien, à ma connaissance, n’a aucun dispositif de subvention pour la culture. Depuis des années un ministère qui se dit de la Culture, ne nous a jamais mis au courant de l’utilisation de son budget. La municipalité de Port-au-Prince aussi a un service culturel muet. Dans de telles conditions, il est difficile d’introduire une demande, voire d'obtenir quelque soutien. Nous nous sommes tournés vers d’autres structures d'Haïti, de France et de la Belgique, où nous avons pu trouver un peu d’aide, financière entre autres. Nous avons aussi lancé une campagne de financement en ligne qui a réussi, grâce aux dons de 91 personnes, voilà une très belle solidarité qui a été mobilisée pour le festival, une bonne partie de notre financement vient de là !
L.N : « La poésie sauvera le monde », soutenez-vous. Comment et dans quelle mesure est-ce possible face à tous les fléaux qui menacent planète et notamment Haïti?
J.D'A : « La poésie sauvera le monde, si rien ne le sauve », nous apprend Jean-Pierre Siméon. Une chose est claire : l’état actuel du monde est le résultat d’un manque de poésie. Nous en avons besoin plus que jamais. Il s’agit d’une attitude, d'un élan vers l’humain. L’esprit, tout comme le corps, a besoin de nourriture pour subsister. La poésie nourrit l’être. Nous avons besoin de cette lumière, de cette beauté. Comme je le disais récemment, la poésie est notre dernière chance. Quand on a la poésie, on ne devient pas Jovenel Moïse, on ne devient pas Donald Trump.
L.N : La programmation du festival…
J.D ‘A : Pour cette première édition, il y a eu plus d’une dizaine d’artistes à présenter des interventions originales pour créer une belle fête poétique. La programmation est disponible sur notre page Facebook et notre site web via ce lien :
https://loqueurbaine.com/transe-poetique/edition-2019/programmation/
L.N : Les invités…
J.D'A : Jean-Pierre Siméon, Lisette Lombé, Coutechève Lavoie Aupont, Antoine Boute, Makenzy Orcel, Dominique Gillerot, Samuel Suffren, Gaëlle Bien-Aimé, Milady Renoir, Mehdi Étienne Chalmers, Mélanie Godin.
L’organisation de cet événement est l’œuvre d’une équipe. L’association Loque Urbaine dont le noyau est composé de Marie Monfils, Jean Gesner Dorval et Jean D’Amérique. Avec la phrase curieuse et pure « La poésie sauvera le monde », c’est plus un slogan qu’un thème. C’est aussi le titre même de l’essai du poète Jean-Pierre Siméon, invité d’honneur de Transe Poétique pour cette année.
https://lenouvelliste.com/article/206101/port-au-prince-accueille-la-premiere-edition-du-festival-transe-poetique
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