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jeudi 18 février 2010

Edito du Monde: Le défi d'Haïti

LE MONDE | 18.02.10 | 12h34  •  Mis à jour le 18.02.10 | 12h34
Quatre heures pour solder deux siècles d'une histoire douloureuse : c'est bref, trop bref, diront les grincheux. Il reste que la visite de Nicolas Sarkozy en Haïti, le 17 février, était bienvenue. Jamais un chef d'Etat français n'avait fait le déplacement dans la perle noire des Antilles depuis 1804 et l'indépendance de l'île, arrachée dans le sang à la France. Il aura fallu le séisme qui a dévasté ce pays le 12 janvier pour que cette faute soit corrigée.
Pourtant peu porté sur la repentance, le président de la République a trouvé les mots, devant son homologue haïtien, René Préval, pour assumer sobrement ce passé, ce passif. "Notre présence ici n'a pas laissé que de bons souvenirs", a-t-il déclaré. Bel euphémisme pour évoquer les méfaits, les crimes même de la colonisation, ici plus qu'ailleurs : ressources spoliées, exploitation sauvage des esclaves noirs par les colons, massacre des élites, exigences financières exorbitantes imposées par Charles X, en 1825, pour reconnaître l'indépendance de l'île. De tout cela, Nicolas Sarkozy s'est dit "quand même responsable, au nom de la France". Dont acte.
Cette responsabilité singulière impose une solidarité exemplaire. Le président de la République s'est employé à la démontrer. Même si l'on peut pinailler sur les chiffres, le plan d'aide proposé à Haïti est généreux : outre l'annulation formelle des 56 millions d'euros de dette du pays à la France, ce sont quelque 300 millions d'euros que Paris entend mettre à disposition de Port-au-Prince, sous une forme ou sous une autre, en 2010 et 2011.
C'est une manière de prendre rang et date, avant la conférence internationale sur la reconstruction d'Haïti, prévue à New York le 31 mars. Si elle reste feutrée, la concurrence est indéniable, en effet, notamment avec les Etats-Unis, massivement présents depuis le tremblement de terre du 12 janvier et manifestement décidés à accroître leur influence dans une île qu'ils ont déjà occupée et placée sous protectorat, entre 1915 et 1934.
A cet égard, M. Sarkozy a raison d'exhorter les Haïtiens à "tourner le dos aux erreurs du passé" et, si épuisés soient-ils, à rester "debout" ; raison également de dire qu'il faudra, à l'avenir, cesser de mettre sous perfusion humanitaire un pays qui doit se refonder, trouver des sources de croissance endogènes, reconstruire un Etat et un contrat social, bref prendre en main son destin. Le défi est immense. René Préval en a donné la mesure, de manière saisissante : "Le pays n'est pas à reconstruire. Il est à construire." Tout est dit.
Article paru dans l'édition du 19.02.10
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Visite historique de quatre heures de Sarkozy en Haïti


LEMONDE.FR | 17.02.10 | 19h47  •  Mis à jour le 18.02.10 | 06h50
Curieux déplacement de Nicolas Sarkozy en Haïti mercredi 17 février. C'était la première visite d'un président français dans cette ancienne colonie qui se libéra en 1804 de la tutelle française. M. Sarkozy y est resté moins de quatre heures. Pour effacer les plaies du passé et préparer l'avenir. Le chef de l'Etat a annoncé un plan d'aide de 270 millions d'euros sur deux ans (hors annulation de la dette haïtienne de 56 millions d'euros). L'objectif est de placer la France à l'approche de la conférence de New York du 31 mars, qui doit décider de la reconstruction d'Haïti, et d'éviter que le pays ne tombe sous la coupe des Etats-Unis.
Dans ce pays dévasté par le tremblement de terre du 12 janvier, le faste républicain avait été à peine adapté. L'on a maintenu les apparences de l'Etat tant bien que mal. Pour ne pas encombrer l'aéroport de Port-au-Prince, la troupe présidentielle est partie sans avion de presse, les journalistes sélectionnés ayant été logés dans l'avion de rechange du président de la République. Les appareils de la République, de faible autonomie, ont dû faire escale aux Açores, car il aurait été incongru de se ravitailler à Port-au-Prince.
"NOTRE PRÉSENCE ICI N'A PAS LAISSÉ QUE DE BONS SOUVENIRS "
Sur le tarmac, le président René Préval se prépare à accueillir son hôte et ne veut pas entendre parler du passé colonial français. "L'Histoire, c'est l'Histoire, et les colonisations ont été un phénomène mondial. Depuis l'indépendance, nous avons, politiquement et psychologiquement surmonté cette période difficile, déclare-t-il. Laissez-nous recevoir le premier président français en Haïti." Restée francophone depuis deux siècles, Haïti n'a jamais totalement rompu avec la France, car elle aimait son héritage, celui de la révolution. "Nous avons conquis notre indépendance en prenant la France au mot, en mettant en action la Déclaration des droits de l'homme", dira plus tard M. Préval.
A 7 heures, M. Préval accueille donc chaleureusement M. Sarkozy, gravissant de manière peu protocolaire la passerelle de l'avion pour le saluer. La fanfare décimée par le séisme a été vite reconstituée. Et La Marseillaise retentit. M. Sarkozy et M. Préval s'engouffrent dans l'hélicoptère, acheminé par la marine française, qui permettra de survoler les zones sinistrées. Une caméra et un photographe témoignent de l'action sur le terrain du président français, qui visite l'hôpital de campagne installé dans le lycée français.
Comme à son habitude, M. Sarkozy tient ensuite une allocution à l'ambassade de France. Mais une réplique sismique menacerait l'édifice. Tout se passe donc dans les jardins, dont les murs se sont effondrés. On les a remplacés par des barbelés, et la petite foule triée sur le volet côtoie donc marchands de souvenirs, tentes de fortune, coqs en cage, étendages de linge.
Le chef de l'Etat, si peu adepte de la repentance, n'a pas masqué le passé sombre de la France dans l'ancienne "perle des Antilles". "Ne nous voilons pas la face. Notre présence ici n'a pas laissé que de bons souvenirs", déclare-t-il. "Les blessures de la colonisation et, peut-être pire encore, les conditions de la séparation ont laissé des traces qui sont encore vives dans la mémoire des Haïtiens", a concédé le chef de l'Etat. Après avoir surexploité les richesses de l'île, la France a décimé ses élites lorsque Bonaparte a tenté, en vain, de la reconquérir. Enfin, elle l'a saignée financièrement lorsque Charles X a exigé, en 1825, 150 millions de francs-or pour reconnaître l'indépendance.
"LE PEUPLE HAÏTIEN EST MEURTRI"
"Même si je n'avais pas commencé mon mandat au moment de Charles X, j'en suis quand même responsable au nom de la France", a glissé M. Sarkozy en annonçant l'annulation de la dette d'Haïti, aux côtés de M. Préval dans les jardins de la présidence dévastée. Ce geste fait partie d'un vaste plan d'ensemble de la France destiné à aider à Haïti. Et mettre la France dans le jeu, alors qu'une conférence à New York doit préparer, le 31 mars, la reconstruction en Haïti. "A ceux qui tireraient argument du dénuement actuel des Haïtiens et de leur Etat, caresseraient l'idée d'une tutelle internationale sur Haïti, je dis ceci : le peuple haïtien est meurtri, le peuple haïtien est épuisé, mais le peuple haïtien est debout", déclare le président français.
Le chef de l'Etat ne veut pas que l'île tombe sous tutelle américaine, comme elle l'a été de 1915 à 1934. Mais il se garde bien du moindre reproche direct. "Les Américains ont fait un très bon travail", assure-t-il. Tout juste concède-t-il que, "dans l'urgence, on peut créer des petites tensions", alors que le ministre de la coopération, Alain Joyandet, avait peiné à atterrir sur l'île juste après le séisme.
Le souci, c'est de trouver un moyen de vraiment reconstruire le pays. "De cette catastrophe il faut que vous fassiez un renouveau. Au fond, cela veut dire tourner le dos aux erreurs du passé", a exhorté le chef de l'Etat français. Ainsi, M. Sarkozy a appelé à un développement endogène de l'île pour "libérer progressivement les Haïtiens d'une dépendance à l'égard de l'aide internationale". Il a plaidé pour un développement qui ne profite pas qu'à la capitale, "la République de Port-au-Prince" au détriment de ses campagnes, "le pays en dehors", dans le langage local.
Le chef de l'Etat a trouvé le temps pour visiter le Champ-de-Mars, jardin public du centre d'Haïti où se pressent les sans-abri. Atmosphère bon enfant, faite de promesses d'aides, d'assurance sur les adoptions d'enfants. "A la place du chaos et des pillages qu'on nous prédisait, on a vu des foules s'organiser et se recueillir dans la dignité", a commenté M. Sarkozy. Dans son élément parmi les réfugiés, Bernard Kouchner, le ministre des affaires étrangères, s'interroge sur une reconstruction efficace. "La première mission de Médecins sans frontières, il y a quarante ans, c'était en Haïti. Ils y sont encore", déplore l'ancien "French Doctor". "Depuis quarante ans, on a vu défiler toutes les ONG. Cela a été utile, mais cela n'a pas changé le fond", explique M. Kouchner, qui donne un exemple d'interrogations : "Faut-il reconstruire les hôpitaux ou créer un système de sécurité sociale ?" René Préval ne dit pas autre chose : "Le pays n'est pas à reconstruire. Il est à construire."
Arnaud Leparmentier

"La France a oublié Haïti"


LEMONDE.FR | 17.02.10 | 20h35
A son arrivée à Port-au-Prince, le 17 février, Nicolas Sarkozy a été accueilli par le président haïtien, René Préval.
Nicolas Sarkozy a effectué une visite éclair, mercredi 17 février, en Haïti ; une première pour un président français depuis l'indépendance de l'ancienne colonie, en 1804. Christophe Wargny, historien et auteur de Haïti n'existe pas. 1804-2004 : deux cents ans de solitude, estime que la France "a ostracisé son ancienne colonie".
Nicolas Sarkozy est arrivé mercredi à Port-au-Prince pour une visite de quelques heures dans la capitale haïtienne. C'est la première fois depuis l'indépendance de l'ancienne colonie française qu'un président de la République se rend en Haïti. Comment expliquer une si longue absence ?
Je pense que Nicolas Sarkozy ne serait pas venu à Port-au-Prince s'il n'y avait pas eu le séisme du 12 janvier. Même si sa visite revêt une importance symbolique, elle ne peut pas effacer deux cents ans d'ignorance. Après l'indépendance d'Haïti en 1804, la France a ostracisé son ancienne colonie. Elle l'a isolé politiquement et économiquement, puis elle l'a oublié. Haïti et son peuple de gueux ont complètement disparu de la mémoire coloniale française. A tel point qu'en mars 2000, Jacques Chirac déclarait : "Haïti n'a pas été, à proprement parler, une colonie française." Erreur ou amnésie ? La remarque en dit long sur les rapports de Paris avec l'ancienne "perle des Antilles".
Que s'est-il passé en 1804 ?
Portée par Toussaint Louverture, la révolution haïtienne était un soulèvement de gueux et d'anciens esclaves. Ce sont des "nègres libérés" qui ont bouté l'armée de Napoléon hors de la colonie la plus riche du monde. Ils ont humilié la France civilisatrice. Mais, à l'époque, Saint-Domingue [l'ancien nom d'Haïti] fournissait 50 % du sucre produit à l'échelle mondiale. L'île exportait également de l'indigo et du tabac et elle ne pouvait commercer qu'avec la France. Pour assurer le travail dans les plantations, cinquante mille esclaves étaient "importés" chaque année. Avant la Révolution française, cela représentait 20 % du commerce triangulaire mondial. Les colons s'enrichissaient énormément puis rapatriaient leurs capitaux en métropole. C'était une économie du très court terme, mais elle était très profitable à la France. Après l'indépendance, de nombreux propriétaires blancs ont été contraints de fuir à Cuba ou vers le sud des Etats-Unis. Ceux qui sont restés ont été massacrés par les troupes du gouverneur Dessalines.
L'indépendance coïncide avec le début des difficultés économiques d'Haïti. La rupture avec la France a-t-elle pesé sur le développement de l'île ?
Bien sûr. D'abord, Haïti a dû indemniser les propriétaires d'esclaves qui avaient perdu leurs biens. En 1825, le président Boyer a accepté sans négocier de rembourser aux anciens colons 150 millions de francs-or. Cela représente à peu près 10 milliards d'euros d'aujourd'hui. Le paiement de cette somme considérable a complètement obéré le développement d'Haïti jusqu'au début du XXe siècle.
Mais le pays a également souffert de l'incapacité des gouvernements successifs à décider d'un modèle économique stable. Aujourd'hui, Haïti est un pays qui importe trois fois plus qu'il n'exporte. Son déficit commercial est béant. Il est à peine compensé par l'aide internationale et les fonds envoyés par la diaspora, qui représentent trois ou quatre fois le budget de l'Etat. S'ajoute également l'argent issu du trafic de drogue qui transite par Haïti en provenance de Colombie vers les Etats-Unis.
Quelles relations entretiennent Haïti et les Etats-Unis  ?
Après l'indépendance, les Haïtiens ont pu commercer avec d'autres pays que la France. Malgré la politique esclavagiste de nombreux Etats américains, des rapports commerciaux se sont établis avec l'ancienne colonie française. Les Etats-Unis vendaient aux Haïtiens leurs surplus de blé et achetaient en échange une partie du sucre et du café produits dans l'île. Ils leur ont même fourni des armes.
Washington a reconnu Haïti comme un Etat indépendant pendant la guerre de Sécession. Au début du XXe siècle, Port-au-Prince est secoué par une succession de coups d'Etat. Les Américains interviennent et colonisent le pays de 1915 à 1934. Encore aujourd'hui, il est clair qu'Haïti appartient à la zone d'influence des Etats-Unis. On estime qu'un peu plus de 800 000 Haïtiens sont installés à New York et Miami. En France métropolitaine et dans les DOM, ils ne sont que 120 000.
Cette immigration en France prouvent que les liens entre Paris et Port-au-Prince n'ont jamais complètement disparus...
C'est vrai, mais ces liens sont restés très ténus. Un grand nombre d'écrivains haïtiens ont vécu en France et avant la seconde guerre mondiale, il était normal que les élites haïtiennes poursuivent leurs études à Paris. Mais la France a été remplacée par le Canada et les Etats-Unis. La France a également fourni de nombreux prêtres à l'île. Bretons pour la plupart, ces religieux ont mené de grandes campagnes pour éradiquer le vaudou et converti massivement la population. Il a fallu du temps et l'arrivée au pouvoir de Duvallier, en 1957, pour que la hiérarchie catholique s'"haïtiannise". Mais aujourd'hui, le catholicisme hérité des anciens colons est concurrencé par les églises pentecôtistes américaines. Aujourd'hui, ces mêmes élites préfèrent partir à Montréal ou Miami.
Propos recueillis par Elise Barthet
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2010/02/17/la-france-a-oublie-haiti_1307419_3222.html#ens_id=1290927

"La France doit aider les Haïtiens à reprendre le contrôle de leur destin"

LEMONDE.FR | 17.02.10 | 15h18  •  Mis à jour le 17.02.10 | 16h41
La reconstruction doit "profiter à tous", a insisté le chef de l'Etat.
"Le peuple haïtien est meurtri, le peuple haïtien est épuisé mais le peuple haïtien est debout !", a lancé Nicolas Sarkozy, mercredi 17 février, en visite à Haïti, un peu plus d'un mois après le séisme qui a tué au moins 217 000 personnes dans le pays. "L'aide internationale doit être massive, mais c'est aux Haïtiens et à eux seuls de définir un véritable projet national et ensuite de le conduire. Le rôle de la France est de les aider à reprendre le contrôle de leur destin", a déclaré le chef de l'Etat lors d'une allocution à Port-au-Prince.
Nicolas Sarkozy a également annoncé que la France allait verser une enveloppe de 326 millions d'euros d'aide à Haïti, somme qui comprend l'annulation de la dette de 56 millions d'euros.
"Nous devons créer les conditions d'un développement durable, endogène, pour libérer progressivement les Haïtiens d'une dépendance à l'égard de l'aide internationale", a-t-il ajouté. "Je suis venu dire aux Haïtiens que la France restera solidement à leur côté pour les aider à se relever et à ouvrir une nouvelle page heureuse de leur histoire", a insisté M. Sarkozy.
Le président français a également rendu hommage aux équipes de secours françaises, ainsi qu'au "concours déterminant" de l'armée française. "Nous n'oublierons pas le travail harassant, opiniâtre, dévoué, de l'ensemble du personnel de santé français", a-t-il dit.
"PAS QUE DE BONS SOUVENIRS"
Le chef de l'Etat a par ailleurs souligné qu'il fallait que la reconstruction "profite à tous" et "pas seulement à une petite partie, pas seulement à Port-au-Prince". "Le 12 janvier, il n'y a pas que le sol qui a tremblé : les lignes de la société haïtienne ont bougé. Nous vivons un moment charnière, un moment de vérité pour Haïti", a-t-il ajouté.
Nicolas Sarkozy est le premier président français à se rendre en Haïti depuis l'indépendance de l'île en 1804. Il a d'ailleurs rappelé qu'il ne fallait pas "tourner le dos au passé, à une histoire commune riche mais aussi douloureuse". "Ne nous voilons pas la face, notre présence ici n'a pas laissé que de bons souvenirs", a déclaré le président français. "Un peuple comme celui-là ne peut pas mourir, soyez fiers, [vous les Français], de l'avoir secouru. Vive la France, vive la république et vive Haïti", a conclu le président français.
Le Monde.fr

Haïti, Sarkozy offre l'aide de la France


Par Charles Jaigu
17/02/2010 | Mise à jour : 20:29
Nicolas Sarkozy a survolé en hélicoptère les zones sinistrées de Port-au-Prince, mercredi, en compagnie du président haïtien, René Préval. Crédits photo : AP
À l'occasion de sa visite historique à Port-au-Prince, le chef de l'État a appelé les Haïtiens à prendre leur destin en main.
L'Airbus présidentiel a atterri sur la piste de l'aéroport Toussaint-Louverture, près des baraquements abritant une partie des 12.000 militaires américains encore installés dans l'île. Nicolas Sarkozy a descendu la passerelle pour rejoindre son homologue haïtien, René Préval. À la différence des cinq délégations étrangères venues depuis le 12 janvier, dont Hillary Clinton et le premier ministre canadien, Stephen Harper, il a été reçu avec La Marseillaise et les honneurs militaires. Car cette visite éclair est la première d'un président français depuis l'indépendance d'Haïti, en 1804. La portée symbolique de la visite présidentielle dépassait la simple démarche humanitaire, même si Nicolas Sarkozy n'était pas venu faire acte de repentance, plus de deux cents ans après que la France eut quitté cette ancienne colonie.
Avec Préval dans une casemate 
René Préval lui-même confiait en aparté avant l'arrivée du chef de l'État : «L'histoire, c'est l'histoire. La colonisation était un phénomène mondial. Depuis l'indépendance, nous avons psychologiquement et politiquement surmonté cette période difficile de notre histoire.» Pourtant, les diplomates français reconnaissent volontiers que la France a fait payer cher l'indépendance, notamment en imposant le paiement d'une «dette exorbitante», réglée par les Haïtiens entre 1827 en 1885. «Cette histoire partagée est douloureuse. La France, ici, n'a pas laissé que de bons souvenirs. Je dois le voir en face», a reconnu Nicolas Sarkozy. Mais le président français était avant tout en Haïti pour dévoiler la contribution française au plan d'aide à la reconstruction de ce pays dévasté, à la veille de la saison des pluies. Il a aussi voulu faire un sort aux rumeurs de désaccords avec les partenaires les plus impliqués dans la reconstruction. «Nous travaillons main dans la main avec les États-Unis», a-t-il martelé.
Plutôt qu'un cortège présidentiel, jugé impossible, René Préval a emmené son homologue français faire un tour des zones sinistrées en hélicoptère. Il a ensuite visité l'hôpital de campagne de la sécurité civile française.
Nicolas Sarkozy a ensuite rejoint l'ambassade de France, pour une première allocution, sous les yeux de Haïtiens qui squattent dans des baraquements de fortune devant les murs condamnés de l'ambassade. Il a parcouru quelques-unes des tentes de la Croix-Rouge qui couvrent les huit hectares de l'esplanade du Champ de Mars, où sont massés plus de 20.000 Haïtiens délogés. Avant de rejoindre le palais du président. Et c'est devant cette immense bâtisse coloniale affaissée sur elle-même que Nicolas Sarkozy s'est entretenu avec René Préval, dans une petite casemate protégée par des voiles bleus. «Aujourd'hui, nous clôturons un mois de deuil», a expliqué René Préval. Outre la contribution financière, Nicolas Sarkozy a voulu délivrer aux Haïtiens un appel à refonder leur pacte social : «C'est d'abord aux Haïtiens de définir un véritable projet national et ensuite de le conduire», a-t-il dit à plusieurs reprises. Entre les cris des paons qui circulaient en liberté dans le parc présidentiel et le vacarme des hélicoptères américains, il a assuré que la France excluait «toute tutelle internationale». Mais il a néanmoins rappelé que la France encourageait Haïti à un véritable effort de décentralisation. En quittant l'aéroport, le chef de l'État a pu voir cette inscription écrite un peu partout dans l'île : «Haïti tend ses bras et crie pitié». «La réalité est pire encore que ce que j'imaginais», a-t-il confié avant de quitter l'île, quatre heures exactement après son atterrissage.
http://www.lefigaro.fr/international/2010/02/18/01003-20100218ARTFIG00008-en-haiti-sarkozy-offre-l-aide-de-la-france-.php

mercredi 17 février 2010

Séisme: la France versera 326 millions d'Euros d'aides à Haïti selon Sarkozy


Haïti: La France va verser une enveloppe de 326 millions d'euros d'aide à Haïti, meurtri par le séisme du 12 janvier, somme qui comprend l'annulation de la dette de 56 millions d'euros, a annoncé le président français Nicolas Sarkozy lors d'une visite à Port-au-Prince mercredi.

"Nous allons prendre des dispositions très concrètes", a dit le président français, le premier à se rendre en Haïti, lors d'une conférence de presse avec son homologue haïtien René Préval dans les jardins du Palais présidentiel qui a été détruit par le séisme.
Le tremblement de terre survenu le 12 janvier a fait au moins 217.000 morts et a privé d'un toit plus d'un million d'Haïtiens.
Paris mettra notamment 1.000 tentes et 16.000 bâches à disposition des Haïtiens. Ces moyens devraient permettre de temporairement abriter 200.000 personnes en prévision de la saison des pluies.
En outre, 250 véhicules (police, gendarmerie, ambulances, pompiers) doivent être envoyés à Port-au-Prince.
La France s'engage également à reconstruire l'hôpital Université d'Etat de Port-au-Prince et à accueillir une centaine de fonctionnaires haïtiens dans ses grandes écoles, comme l'Ecole nationale d'administration (ENA), par exemple.
Autres mesures d'aide annoncées par la présidence française: la formation de 70 cadres et officiers de la police haïtienne et un appui technique pour retrouver les 300 évadés les plus dangereux (qui ont profité du séisme pour s'évader de prison), la mise à disposition d'un terrain de un hectare (appartenant à la France) dans le centre de Port-au-Prince pour reloger une partie des services de l'administration, l'envoi de 150 jeunes du service civique pour aider à la rescolarisation.
Les universités françaises des Antilles et de la Guyane vont également accueillir 700 étudiants haïtiens supplémentaires, avec engagement de clause de retour en Haïti au terme de la formation.
"Haïti, c'est pour les Haïtiens. La communauté internationale, la France, vous aideront, mais le projet (de reconstruction), c'est le vôtre", a lancé M. Sarkozy.
"De cette catastrophe, il faut que vous fassiez un renouveau et que vous tourniez le dos aux erreurs du passé", a-t-il ajouté, en allusion à la place prépondérante de la capitale Port-au-Prince aux dépens du reste du pays.
"La France ne veut pas de tutelle internationale sur Haïti", a-t-il également dit. Et alors que les Américains, qui sont en première ligne ici pour l'aide urgente et la reconstruction du pays ont été accusés par certains de vouloir reprendre pied dans un pays qu'ils ont occupé de 1915 à 1934, le chef de l'Etat a tenu à rendre hommage à leur "très bon travail sur place". "On travaille main dans la main avec les partenaires, américains ou canadiens", a-t-il ajouté.
Le président Préval a affirmé de son côté qu'il fallait "repenser l'organisation générale du pays sur une base totalement nouvelle. Ce pays n'est pas à reconstruire, il est à construire", a-t-il dit.
Pendant la conférence de presse des deux présidents, des centaines de Haïtiens manifestaient à quelques dizaines de mètres de là contre René Préval, "incapable", selon eux, de faire face à la situation.
Ils réclamaient le retour de Jean-Bertrand Aristide, l'ancien président haïtien et premier élu après des décennies de dictature, aujourd'hui en exil en Afrique du Sud. "Titid, nap tan'n ou", "titid, on t'attend", en créole, lisait-on sur leurs tracts.
Après la conférence de presse, M. Sarkozy s'est envolé pour la Martinique où il doit notamment rendre visite à des petits haïtiens hospitalisés à Fort-de-France.
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=78316&PubDate=2010-02-17

Sarkozy en Haïti pour préparer la reconstruction

Le chef de l'État se rend ce mercredi dans l'île, une première pour un président français.
Il aura fallu le séisme meurtrier du 12 janvier pour que la France honore à l'égard d'Haïti une dette histo­rique : la première visite d'un président français dans une ancienne colonie devenue en 1804 la première république noire indépendante.
Un peu plus d'un mois après le tremblement de terre qui a fait 217.000 morts et 1,2 million de sans-abris Nicolas Sarkozy annoncera ce mercredi matin à Port-au-Prince une aide française d'un montant «extrêmement significatif», selon l'Élysée. Il s'attachera aussi à annuler une autre dette, financière celle-là, 56 millions d'euros dus à Paris par l'île dévastée.

En moins de cinq heures sur place, le chef de l'État survolera en hélicoptère, avec son homologue René Préval, les quartiers sinistrés et visitera l'hôpital de la sécurité civile française. Le chef de l'État rendra hommage aux équipes de secours françaises, extrêmement actives après le drame. Il rencontrera aussi des représentants d'ONG, ainsi que les chefs civils et militaires de la mission de l'ONU sur place (Minustah).
Après l'aide d'urgence, les principaux enjeux concernent désormais la reconstruction, dont le coût est évalué à 14 milliards de dollars par la Banque interaméricaine de développement. Elle fera l'objet, le 31 mars, à New York, d'une conférence de l'ONU, où un plan d'ensemble doit être adopté. La participation française s'inscrit dans ce cadre et suivra plusieurs «axes stratégiques», souligne t-on dans l'entourage de Nicolas Sarkozy.
Parmi ces chantiers prioritaires figure le redressement de l'État (40% des fonctionnaires ont disparu, la formation est nécessaire). Il faudra aussi mettre en œuvre une décentralisation effective : les 4/5 du territoire n'ont pas été touchés, ce qui doit inciter à ne pas reproduire la thrombose provoquée par une capitale de 2 millions d'habitants (sur une population totale de 10 millions). Paris entend aussi contribuer à la mise sur pied d'un système d'éducation, dans un pays où 70% des habitants sont officiellement analphabètes.
Des signes contre l'oubli 
L'essentiel, conformément au souhait des autorités locales, sera d'aider les Haïtiens à «reprendre le contrôle de leur destin» et à «définir un projet national», selon l'entourage de Nicolas Sarkozy. Car ce sont d'abord les carences d'une nation sans État qui ont conduit le pays à se transformer en tonneau des Danaïdes, engloutissant une aide internationale massive (700 millions de dollars) sans jamais trouver la voie du développement.
Ce voyage vise aussi à «solder les comptes du passé», souligne-t-on à l'Élysée en décrivant des «relations compliquées, entre amour et récriminations, proximité et amertume». Les Haïtiens n'ont pas oublié le grand emprunt, payé rubis sur l'ongle au XIXe siècle et qui les a saignés à blanc. Ils n'ont pas oublié non plus qu'un de leurs députés, envoyé à l'Assemblée nationale par Toussaint Louverture en 1794, proposa d'ajouter «Fraternité» à la trinité républicaine. Ni oublié qu'en 1945, à la création de l'ONU, la délégation haïtienne a fait basculer le vote pour que le français devienne la deuxième langue de travail de l'Organisation. À défaut de repentance («ce n'est pas l'esprit de la visite», dit-on à l'Élysée), les Haïtiens meurtris seront attentifs aux signes.
Nicolas Sarkozy sera d'autant plus enclin à les prodiguer qu'il sait Haïti historiquement tournée vers les États-Unis. Ceux-ci l'ont occupée à deux reprises et considèrent sa stabilité comme une affaire de sécurité nationale. Deux chefs de la Maison-Blanche, Roosevelt et Clinton, s'y sont rendus dans le passé. Après le tremblement de terre, les Américains ont imposé leur leadership, au risque d'agacer leurs partenaires venus eux aussi à la rescousse, et les Haïtiens eux-mêmes. Paris a exprimé, puis fait taire ses énervements. II s'agit maintenant, pour reprendre le mot de Régis Debray, de sortir la relation avec Haïti du «clair-obscur».

Visite du Président Nicolas Sarkozy à Haïti : «Cette visite en Haïti vient combler 400 ans de solitude»

Régis Debray : « Aujourd'hui, le vrai problème, ce n'est pas l'aide internationale, c'est Haïti elle-même.»
INTERVIEW - L'écrivain Régis Debray, familier d'Haïti, où il se rend depuis trente ans, est l'auteur d'un rapport remarqué, «Haïti et la France», remis au premier ministre en 2004.
LE FIGARO. - Comment expliquer que Nicolas Sarkozy soit le premier président français à se rendre à Haïti en deux cents ans d'histoire ?
Régis DEBRAY. - Cela s'explique par le refoulement. Haïti a blessé l'histoire et l'orgueil français. Haïti a défait une armée de 40.000 Français avant l'Indépendance en 1804, une armée dirigée par le général Leclerc, le beau-frère de Napoléon.
Ensuite, la France a monnayé l'indépendance d'Haïti par le biais d'une indemnisation à verser aux colons, qui a duré jusqu'en 1885. Tout cela fait que les rapports ont longtemps été peu chaleureux. Au plan politique, quand Duvalier était au pouvoir, il était difficile pour un président français de se rendre là-bas. Pour résumer, de 1697 à 1950, pas de moyens de transport rapides - et ensuite pas de grande envie de se rendre sur place. Car, au fond, c'est depuis 1697 qu'Haïti est français. Nicolas Sarkozy n'a pas deux siècles de retard, mais il vient combler quatre cents ans de solitude. Cette catastrophe aura au moins permis cela. À quelque chose, malheur est bon. Les Français se réveillent à cette occasion d'un long sommeil.
Quelle devrait être la posture de la France vis-à-vis d'Haïti ?
Assistance et exigence. Assistance, parce que nous avons une responsabilité historique et morale - car les Haïtiens sont l'ancrage de la francophonie dans la région. À la conférence de San Francisco en 1945, c'est Haïti qui a imposé le français à l'ONU comme deuxième langue de travail. Exigence, parce qu'il faut demander très loyalement et très fraternellement au pays de s'unir, de proposer un interlocuteur représentatif de tous les secteurs de la société. Le gouvernement d'aujourd'hui n'y suffit pas. Il est discrédité. Je dis souvent aux Haïtiens : «Vous êtes dans l'état où se trouvait la France en 1945. La France était détruite. Il y a eu un gouvernement d'Union nationale qui allait de la droite à la gauche.»
Le plan Marshall ne peut venir qu'ensuite. Il faut d'abord, non pas reconstruire un État, mais construire un État. Tant qu'il n'y aura pas cette union, nous assisterons à la dispersion, à la corruption, à l'évanescence des aides financières. Aujourd'hui, le vrai problème, ce n'est pas l'aide internationale, c'est Haïti elle-même.

La France et les États-Unis ont-ils un rôle complémentaire à jouer en Haïti ?

Il devrait y avoir complémentarité, le fait est qu'il y a rivalité. Les Américains ont toujours attaché beaucoup plus d'importance à Haïti que nous, car ils ont 25 millions de Noirs chez eux, car Haïti est la première République noire du monde. Pour nous, Haïti est sortie de notre radar depuis 1915 et il a fallu cette catastrophe pour la ramener dans notre champ visuel. J'espère qu'il y aura des lendemains car c'est une tâche de très longue haleine. Je ne sais pas si le rythme médiatique de nos hommes politiques permet cette persévérance. C'est pourquoi j'avais suggéré une structure que j'avais appelée «Pupille de l'humanité» pour rassembler plusieurs pays et traiter d'égal à égal avec Haïti. Ce n'est pas du tout une mise en tutelle. C'est une façon de rendre l'éphémère durable et l'émotion rationnelle.
Cette visite n'arrive-t-elle pas trop tard, Haïti n'est-elle pas définitivement happée dans le champ magnétique des États-Unis ?
Un premier ministre haïtien a dit en 1915 : «Notre mariage d'amour avec la France est impossible, il faut un mariage de raison avec les États-Unis.» Et de fait, le passage du sceptre s'est fait en 1915 quand les États-Unis ont envahi Haïti avec le consentement de la France. Mais, aujourd'hui, pour diverses raisons, France, États-Unis et Canada doivent travailler ensemble, ce qui suppose que la France existe en tant que pôle d'initiative et de réflexion indépendant, ce qui n'est pas acquis.