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vendredi 23 octobre 2015

Haïti: Cité Soleil, le bidonville dont se jouent gangs et politiciens

Par Falila Gbadamassi@GeopolisFTV
Publié le 21/10/2015
Les gangs et les politiciens contribuent à faire empirer le quotidien des habitants de Cité Soleil, le plus grand bidonville de l'hémisphère Nord. Comme souvent, à l'approche d'un rendez-vous électoral en Haïti, la commune est livrée à la violence de criminels prêts à tout pour s'arroger un pouvoir qui sera chèrement revendu aux candidats prêts à payer pour remporter des voix.
L’atmosphère s’est tendue à quelques jours du scrutin présidentiel du 25 octobre 2015, dont les Haïtiens n’attendent pas grand-chose. «On nous promet des emplois mais quand ils seront élus, on les verra juste passer dans leur gros 4X4 avec leurs amis», affirme une vendeuse ambulante de fruits à Port-au-Prince, la capitale haïtienne, interrogée par l’AFP. «Pour nous le peuple, ça ne sert à rien d'aller voter», poursuit-elle.
Peut-être, mais «le peuple», celui qui vit à Cité Soleil dans la plus grande des précarités, est devenu un enjeu électoral. Fini le temps où le dictateur Jean-Claude Duvalier et son épouse, sous leurs allures charitables, jetaient des billets par les fenêtres de leur voiture aux «pauvres» Haïtiens qu’ils pillaient de façon éhontée. A l'heure de la démocratie, on achète dorénavant les voix des démunis.
La politique à Cité Soleil, une affaire de gangs
Cité Soleil, fief de l'ancien président Jean-Bertrand Aristide sous la dictature de Jean-Claude Duvalier, est devenu au fil des ans une commune où criminalité et politique sont intimement mêlées. Aristide n'est d'ailleurs pas étranger au phénomène. En 1990, quand il est porté au pouvoir, c’est à Cité-Soleil qu’on se réjouit le plus du plébiscite dont le prêtre fait l’objet, se souvenait Anne Fuller du Miami Herald en 2003 dans un témoignage publié sur le site du groupe de recherche Haïti Democracy Project.
Il décevra très vite cette base électorale mais prendra le soin de la maintenir sous son joug. Au début des années 2000, quand il revient de nouveau au pouvoir, ses soutiens sont des jeunes gangsters qui sèment la terreur dans Cité Soleil. En 2002, Jean-Bertrand Aristide nomme même un certain Fritz Joseph maire du bidonville. Le jeune homme est un ancien du Front révolutionnaire armé pour le progrès d’Haïti, plus tard baptisé Front pour l'avancement et le progrès haïtien (FRAPH), un groupe paramilitaire qui fit chèrement payer aux populations du bidonville leur soutien au prêtre-président quand il fut renversé en 1991, après quelques mois de règne. Comment avait-il pu prendre cette décision?
«La réponse réside dans la continuité entre le FRAPH, un groupe paramilitaire sous une dictature militaire, et les gangs qui soutiennent (alors en 2003) le président Aristide», analysait la journaliste Anne Fuller. Les gangs, réminiscences parfois des Chimères (ces milices qui avaient aidé Aristide à se maintenir au pouvoir), continuent de terroriser au quotidien les habitants du ghetto.
Des violences ont provoqué vendredi 16 octobre à Cité Soleil, le grand bidonville de l'hémisphère Nord qui s’est créé aux abords de la capitale Port-au-Prince, la mort de deux femmes enceintes et d’au moins 13 personnes, selon l’agence américaine Associated Press (AP). Selon certaines sources, elles auraient été causées par des opérations de police qui visent les gangs sévissant dans le ghetto. D’autres expliquent qu’elles sont le résultat d’affrontements entre bandes rivales, à l’instar du journal Le Nouvelliste, l’un des deux quotidiens haïtiens. Près de 2000 personnes ont quitté le bidonville pour fuir les violences.
Argent contre voix
Esaïe Bochard, l'un des agents intérimaires de l'exécutif à Cité Soleil, a confié à l'AP que la police mène effectivement des opérations contre les gangs pour garantir la sécurité avant les élections générales. Le responsable confirme que ces violences ont un lien direct avec la politique. «Les nouvelles violences, enregistrées à Cité Soleil, s’expliquent par le fait que des candidats aux prochaines élections veulent avoir le contrôle de ce bidonville, qui représente une zone électorale importante», confirme Rovelson Apollon, le coordonnateur national de l’observation à la Commission épiscopale justice et paix (Jilap), cité par Alterpresse. Le site d’information haïtien ajoute : «Pour ce faire, les candidats influenceraient les groupes de gangs pour y parvenir.»
Le quotidien canadien Le Devoir relayait déjà la pratique dénoncée par un ancien journaliste lors de la présidentielle de 2011. «Les dirigeants haïtiens ont l'habitude d'accaparer les bandits pour qu'ils les aident politiquement», confiait-il au quotidien «en froissant le pouce et l'index pour signifier qu'ils le font en échange d'argent».
Haïti en miniature Depuis le début de l’année 2015, une guerre sans merci pour le pouvoir a commencé en prévision des élections générales, rapporte Le Nouvelliste. «C’est ainsi que fonctionne la politique à Haïti. Certains politiciens distribuent de l’argent (pour s’acheter des voix) et les gangs tuent pour le récupérer», a confié à l’AP le musicien et activiste Gueldy René. De même, également sollicitée par AP, Jessica Hsu, directrice de l’organisation à but non lucratif Haiti Communitere, qui conduit des projets avec les résidents du bidonville Cité Soleil, fait le même constat. L'humanitaire estime que ces populations défavorisées sont de nouveau utilisées comme des «pions» par les politiciens. «C’est ce qui arrive à chaque fois ici», conclut-elle.
«Si vous prêtez attention deux minutes aux propos de la majorité des candidats à la présidence, vous pouvez être convaincus qu'ils nous viennent de la planète Mars», confiait Frantz Duval, le rédacteur en chef du Nouvelliste, à l'AFP. En d’autres termes, nombre des 54 candidats à la présidence d’Haïti, pays le plus pauvre des Amériques, sont déconnectés des problèmes de leurs compatriotes. Le sort réservé par les politiciens à Cité Soleil, concentré des maux qui rongent Haïti, laisse très peu de place à l'optimisme.

vendredi 23 août 2013

Des enfants de Cité Soleil proposent des lois aux parlementaires

Le Nouvelliste le 22 août 2013
Amos Cincir
Une centaine d'enfants ayant participé à la 3e édition du camp de citoyenneté organisée par l'Office de protection du citoyen (OPC), à Cité Soleil, ont visité mercredi le Parlement haïtien. Reçus par le député Lionel Anélus Jules , président de la commission des Droits humains, ils ont remis un cahier de charges proposant des lois visant l'amélioration des conditions de vie et la protection des droits des enfants.
Au cours de cette visite au Parlement haïtien, ces 100 enfants âgés entre 6 et 13 ans, dont 58 filles et 42 garçons ont, par le biais de ce cahier de charges, élevé la voix pour décrier les conditions critiques et les pratiques néfastes à l'égard des enfants du pays, notamment ceux de Cité Soleil.
Sophia Similcar, qui prenait la parole au nom des enfants, a demandé aux parlementaires de voter des lois relatives à la protection des enfants, à la paternité responsable, mais aussi des lois contre la maltraitance, la traite et le trafic des enfants.
Cette fille de 13 ans a également sollicité des parlementaires le vote d'une loi punissant les individus qui cherchent à armer les enfants. Elle leur a demandé aussi de voter la loi contre le mariage pour tous.
« Nous les enfants de Cité Soleil sommes préoccupés par la question du mariage pour tous. Nous élevons nos voix pour demander aux pères conscrits de la nation d'éviter de voter cette loi, car les enfants qui sont l'avenir du pays voient et observent.»
Réagissant aux propos de Sophia Similcar, le député Lionel Anélus Jules, président de la commission des Droits humains, a fait une déclaration solennelle en promettant aux enfants qu'il ne votera jamais une telle loi.
Haïti n'est pas prête culturellement à accepter cette affaire de mariage pour tous.
« Je suis très heureux d'être avec vous ce matin à cette séance historique à l'Assemblée nationale puisque vous serez à ma place dans peu de temps. J'ai pris note de vos doléances et je m'engage à faire de mon mieux pour défendre vos droits, et à tous les niveaux», a-t-il promis, soulignant que la loi sur la paternité et celle sur les frais scolaires ont été votées favorablement par les parlementaires mais ne sont pas encore publiées dans le journal Le Moniteur.
De son côté, la directrice de l'Office de protection du citoyen (OPC), Florence Élie, s'est dit fière d'avoir organisé cette visite pour les enfants dans le cadre de la 3e édition de cette initiative.
« Cette rencontre aujourd'hui, qui est un événement à la fois historique et mémorable, a permis à ces enfants de faire connaissance avec le Parlement mais aussi de faire part à ces élus des besoins de leur communauté.
Ces enfants ont eu la chance de bien s'épanouir et de bénéficier largement des bienfaits des vacances d'été 2013.
Je souhaite rééditer l'expérience l'année prochaine», indique Mme Élie, en présence du coordonnateur du programme, Jude Jean-Pierre, et du sénateur Francisco Delacruz.
Philippe-Raymond Cantave, représentant du projet « Aksyon Kolektif pou Sekirite kont eksplwatasyon » (AKSE), financé par l'USAID, et exécuté par CARE, s'est dit content d'avoir collaboré avec l'OPC pour venir en appui à ces enfants. « Je me sens ému de voir que Cité Soleil a des enfants aussi intelligents. Je crois qu'il faut les encadrer davantage », a conclu M. Cantave.
Amos Cincir
http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=120369

lundi 5 novembre 2012

Haïti – Sécurité : 4 morts et 3 blessés dans un conflit armé entre gangs rivaux à Cité Soleil


04 nov. 2012 [AlterPresse] --- Une bataille, engagée le samedi 3 novembre 2012 entre 2 groupes armés de bandits des quartiers de Simon Pelé et Boston, à Cité Soleil (au nord de la capitale), a fait 4 morts et 3 blessés, apprend l’agence en ligne AlterPresse.
La police n’est pas en mesure de porter des précisions exactes sur l’identité de ces victimes.
Néanmoins, « elles sont mortes par balles », indique à AlterPresse le porte-parole de la police nationale d’Haïti (Pnh), le commissaire Frantz Lerebours.
La Pnh a, depuis, déployé, à Cité Soleil, des unités spéciales dans le but de rétablir l’ordre.
Cette situation de violences, entre groupes armés rivaux de cette grande agglomération populaire, a troublé la circulation sur la route de l’aéroport international, au cours de la journée du samedi 3 novembre.
Parallèlement, à la deuxième avenue Bolosse (périphérie sud de la capitale), des hommes armés auraient ouvert le feu, le même samedi 3 novembre 2012, sur des riverains, faisant 2 victimes, rapportent à AlterPresse des habitants de la zone.
Le commissaire Lerebours affirme ne pas disposer de données, pour le moment, sur des cas de victimes par balles qui seraient enregistrées à Bolosse.
Ce nouveau climat de tension, dans des quartiers sensibles de la capitale Port-au-Prince, coïncide avec une hausse des prix de différents produits de première nécessité, sur le marché national, à l’approche de la période de fin d’année (2012), généralement associée à des ambiances de fêtes mondaines et de réjouissances publiques.
Cela survient également dans un contexte, où les autorités judiciaires et policières tendent à reprendre l’initiative contre les réseaux de kidnappeurs et d’autres criminels. [srh rc apr 04/10/2012 11:03]

http://www.alterpresse.org/spip.php?article13631

samedi 24 mars 2012

Haïti - Radio Boukman reprend sa programmation, quinze jours après l'assassinat de son directeur

Vendredi 23 Mars 2012 14:51 Radio Boukman a repris ses émissions, le 20 mars 2012, quinze jours après l'assassinat par balles de son directeur général. Reporters sans frontières salue le courage et la persévérance des journalistes de la radio communautaire, toujours résolus à promouvoir les initiatives solidaires de la population de Cité Soleil, et en cela fidèles à l'engagement de Jean Liphète Nelson. “La programmation de la radio est reprise et nous continuons d'émettre depuis nos studios de Cité Soleil, en dépit de multiples (...)
Radio Boukman a repris ses émissions, le 20 mars 2012, quinze jours après l'assassinat par balles de son directeur général. Reporters sans frontières salue le courage et la persévérance des journalistes de la radio communautaire, toujours résolus à promouvoir les initiatives solidaires de la population de Cité Soleil, et en cela fidèles à l'engagement de Jean Liphète Nelson.
“La programmation de la radio est reprise et nous continuons d'émettre depuis nos studios de Cité Soleil, en dépit de multiples suggestions de délocalisation de la station. Par cette décision, nous obéissons à la volonté de la population de Cité Soleil, qui considère Radio Boukman comme son patrimoine”, nous a confié Jean Junior Joseph, son rédacteur en chef. Unique média de Cité Soleil, aux visées éducatives reconnues, vaste bidonville de la périphérie nord de Port-au-Prince, Radio Boukman a vu le jour le 8 juin 2006. Elle tire son nom de Dutty Boukman, “hougan” (prêtre vaudou), qui prit la tête d'une révolte d'esclaves en 1791. La station a apporté une contribution majeure à l'aide aux victimes du séisme du 12 janvier 2010.
L'émotion reste vive au sein de la population de Cité Soleil depuis l'assassinat par balles de Jean Liphète Nelson, le 5 mars dernier. L'un des tueurs présumés a été lynché par la foule. “Nous avons été informés de l'arrestation de deux autres présumés complices, mais nous ignorons quelle suite a été donnée au dossier”, nous a fait savoir Joachim Jorel, administrateur de Radio Boukman.
Ces arrestations sont intervenues dans le cadre d'une vaste opération conjointe – baptisée “Boucler Port-au-Prince” – de la police nationale d'Haïti (PNH) et des casques bleus de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (Minustah). D'après nos informations, l'un des individus appréhendés dans le cadre de l'enquête sur la mort de Jean Liphète Nelson s'appelle Mackenson Baptiste, un repris de justice récemment évadé de prison. Aucun élément ne permet encore de relier le crime aux activités de la victime.
Voir également le reportage sur Radio Boukman réalisé par les web-documentaristes de Solidar'IT in Haiti.
Radio Boukman - la voix de Cité Soleil (Haiti) par AsianProjekt
Posted: 2012-03-23 13:51:51
Source : RSF (rsf.org)
Author:...

dimanche 29 mai 2011

Cité Soleil livré aux bandits ..(Aristide est de Retour, les bandits de Cité Soleil aussi!)

Depuis plusieurs semaines, on enregistre dans la commune de Cité Soleil, un regain de violence entrainant chez la population une réelle psychose de peur justifiée par la carence de patrouilles policières et l'impuissance des forces de l'ordre. Haïti: Les bandits armés ont désormais repris du service dans la quasi-totalité des quartiers de Cité Soleil. Des citoyens de cette communauté sont de plus en plus inquiets face à une insécurité galopante. Ils dénoncent la présence de bandits armés dans leurs quartiers, qui rançonnent jour et nuit commerçants et passants, au vu et au su de tout le monde. Cette situation inquiète de plus en plus les résidents de ces quartiers. Le mardi 12 avril, vers 9 heures du matin, des bandits, ont cambriolé l'Institution d'éducation chrétienne, un établissement scolaire de renom qui dessert Cité Soleil depuis plus de trente ans.
Quelques jours plus tard, dans la matinée, aux heures de classe, des bandits armés ont investi l'économat du même centre d'éducation. Ils ont tout emporté et ont même menacé de mort la directrice de cette école qui ne cesse de recevoir depuis lors des appels anonymes. Une situation qui a révolté la conscience des habitants de la commune. Nous avons pu confirmer les informations communiquées par une interlocutrice en interrogeant un policier affecté au sous-commissariat de police de Cité Soleil. D'après cet agent de la force publique, qui déplore le manque d'équipements de la PNH, il y a bien recrudescence de l'insécurité dans le plus grand bidonville du pays.
Récemment, une étudiante d'un prestigieux centre universitaire de la capitale a été agressée par des malfrats qui l'ont dépouillée de tout ce qu'elle avait dans sa voiture au moment où elle sortait du centre hospitalier Sainte-Catherine en compagnie de son fils et de son mari. Plus loin, elle nous explique que la présence des casques bleus ne sert à rien. « Ils restent dans leurs chars. Ils interviennent seulement s'ils sont attaqués », crache la victime. « On vient tout juste de tuer une dame qui essayait de tromper la vigilance de certains bandits», ajoute-t-elle.
A notre arrivée, jeudi matin, dans cette commune, aucun dispositif de sécurité n'était remarqué. Les forces de l'ordre étaient totalement absentes. La frayeur se lisait sur le visage des riverains. La population est victime tous les jours de rapine, de viol, de meurtre, etc. Les écoles, les églises, les boutiques et les maisons ne sont pas épargnées. Des tirs nourris d'armes automatiques sont entendus quotidiennement dans cette commune, ce qui crée des moments de panique au sein de la population. Des individus armés, localisés dans les quartiers de « Ti Ayiti », « Boston », « Bélékou », « Babèt », « Cité Gérard », etc. reprennent leurs opérations criminelles.
« Ce bidonville qui avait été sous le contrôle de gangs armés tente de reprendre son rythme normal. A visage découvert et à toute heure de la journée, des malfrats ne cessent de dépouiller les passants et les résidents de leurs effets, particulièrement les bijoux et les téléphones portables. La faible présence de la police à Cité Soleil n'est pas une garantie pour la sécurité de la population », nous confie un riverain.
Alors que le président de la République Michel Joseph Martelly ne cesse d'exprimer sa volonté de mettre un terme à l'insécurité qui sévit particulièrement dans la zone métropolitaine, les actes de banditisme n'ont pas cessé d'augmenter au cours de la semaine qui a suivi sa prestation de serment. Il faut noter que six personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées la semaine écoulée dans les communes de Delmas et de Pétion-Ville. Ainsi, l'alerte est donnée. Les bandits gagnent du terrain dans la commune. Les cris de détresse viennent presque de partout. Qui doit veiller à la sécurité de la population de Cité Soleil ?
Amos Cincir
mcincir@lenouvelliste.com
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=93048&PubDate=2011-05-27