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lundi 30 janvier 2012

"Le Sénégal a honte, il est meurtri"

Youssou Ndour appelle la communauté internationale à contester la liste des candidats à la présidentielle.

"Le Sénégal a honte. Le Sénégal est meurtri. Le processus de coup d'Etat constitutionnel est consommé. 52 ans de construction démocratique viennent d'être balayés", a déclaré Youssou Ndour, lundi sur RFI. "Le Sénégal et son peuple ont mal. Nous avons été trahis par cette décision honteuse. J'ai dit bien honteuse", a-t-il poursuivi au sujet de la liste des candidats à la présidentielle sénégalaise validée, dans la nuit de dimanche à lundi, par le Conseil constitutionnel.

Un appel lancé à la communauté internationale
La star internationale de la chanson et homme d'affaires avisé, a même tiré la sonnette d'alarme : "J'appelle, donc, toutes les forces vives de ce pays, nos frères africains, la communauté internationale à exprimer son désaccord face à ce coup d'Etat institutionnel et constitutionnel. Le combat continue, parce que Dieu est avec les justes".
La plus grande voix d'Afrique a plusieurs raisons d'exprimer sa colère. Il conteste la validation de la candidature du chef de l'Etat sortant, Abdoulaye Wade, 85 ans, à briguer un troisième mandat, alors que la Constitution n'en permet que deux.
Un argument jugé non recevable pour l'entourage de Wade au motif que lorsqu'il a été élu en 2000 pour la première fois, la Constitution ne limitait pas le nombre de mandats. Il l'a modifiée en 2001 pour limiter à deux leur nombre. Le chef de l'Etat affirme aujourd'hui que ces modifications n'étaient pas rétroactives, et que son "premier" mandat doit être celui qui a suivi l'adoption de la loi, c'est-à-dire celui qui a débuté au moment de sa réélection en 2007. Une interprétation retenue par le Conseil constitutionnel.
Mais surtout, Youssou Ndour récuse l'invalidation de sa propre candidature au motif qu'il n'avait pas présenté les 10.000 signatures exigées pour valider sa participation à l'élection. Au total, le Conseil constitutionnel a validé la candidature de 14 prétendants, dont trois anciens premiers ministres de Wade, devenus des opposants.

Youssou Ndour menacé ?
A moins d'un mois des élections présidentielles, les tensions montent à Dakar. L'opposition menée par le M23, qui regroupe plusieurs partis, des organisations de la société civile et des personnalités indépendantes, lancé samedi un appel à la "résistance" contre Abdoulaye Wade. Conséquence, des violences ont éclaté ce week-end sur une place de la capitale.
Des manifestants anti-Wade ont jeté des pierres sur les policiers qui ont riposté à coups de gaz lacrymogène et de matraque. Les jeunes ont également mis le feu à des pneus et des courses-poursuites entre eux et les policiers se sont engagées dans les rues adjacentes à la Place de l'Obélisque.
Par ailleurs, le chanteur sénégalais Youssou Ndour a fait état samedi à Dakar de "menaces" contre sa personne physique, après que, selon un de ses porte-parole, il a été "malmené" par des policiers en tentant d'aller soutenir un responsable de la société civile arrêté.
L'élection du nouveau chef de l'Etat pour un mandat de sept ans, renouvelable une fois, est prévue le 28 février prochain.
http://www.europe1.fr/International/Le-Senegal-a-honte-il-est-meurtri-926181/

mercredi 8 juin 2011

Le blues des Haïtiens de Dakar

Après le séisme qui a secoué Haïti en janvier 2010, 163 étudiants ont bénéficié d’une bourse pour poursuivre leurs études au Sénégal. Mais l'intégration laisse à désirer.


Université Cheikh Anta Diop de Dakar. Une dizaine d’étudiants est en train de discuter dans une langue autre que le wolof (langue la plus parlée au Sénégal). Renseignement pris, ils sont tous Haïtiens et discutent en créole. Après la catastrophe naturelle qui a frappé le pays de Toussaint Louverture le 12 janvier 2010, le président Abdoulaye Wade a accordé des bourses d’études à 163 étudiants de l'île caraïbe. Arrivés au Sénégal en octobre 2010, ils ont été orientés dans plusieurs universités: Cheikh Anta Diop de Dakar, Gaston Berger de Saint-Louis, Université de Ziguinchor, Université de Bambey et Université de Thiès. Le tremblement de terre d’une magnitude de 7 à 7,3 aurait tué plus de 200.000 personnes, dont 4.000 étudiants.

Magloire (*), étudiant dans un institut dakarois, se dit satisfait de sa nouvelle vie même si son pays lui manque. Pour lui, son voyage en Afrique est un retour aux sources, parce que, dit-il, ses ancêtres ont été arrachés au continent noir.
«A Gorée, j’ai versé des larmes de tristesse. C’était très émouvant de voir la porte du voyage sans retour. Je l’ai franchie en portant un tee-shirt sur lequel on a mentionné la Porte du retour», dit-il, très ému.
Comme Magloire, Juvenal apprécie son séjour en terre sénégalaise. «Je me suis bien intégré. J’ai de nombreux amis sénégalais. Je remercie le président Wade de nous avoir permis de poursuivre nos études au moment où tout s’est écroulé», dit le jeune homme.

Une entraide pas toujours acceptée
Magloire habite avec 44 de ses camarades dans un immeuble appartenant à l’Etat du Sénégal. Situé dans le quartier résidentiel du Point E à deux pas de l’université de Dakar, le bâtiment à trois étages est un vrai palace comparé aux pavillons délabrés du campus social de l’université de Dakar. Logés dans de grands appartements de trois chambres meublées avec goût, ces 45 étudiants sont beaucoup plus chanceux que leurs camarades du campus. Ce qui ne manque pas de susciter quelques fois des grincements de dents de la part des étudiants sénégalais.
Amadou Lamine Diongue, président de l’Amicale de la Faculté des sciences et techniques, avait rué dans les brancards peu après leur arrivée:
«Il est absurde que nos frères traînent à la place de ces Haïtiens. L’Université souffre d’une capacité d’accueil insuffisante (5.000 lits pour 50.000 étudiants). Nous n’allons pas sacrifier les étudiants sénégalais au profit des étudiants haïtiens. Nous n’acceptons pas que pour satisfaire une volonté politique, ces Haïtiens prennent la place de nos frères sénégalais.»
Pape Diop, un jeune marchand ambulant, partage l’avis de Diongue. Pour lui, avant d’aider les Haïtiens, Wade devait penser à régler les problèmes des Sénégalais: «Comment peut-il jouer les bons samaritains pour les Haïtiens au moment où son peuple souffre. Ce ne sont pas les Haïtiens qui vont le réélire en 2012.»
Face au flot de questions qui leur semblent gênants, les jeunes étudiants haïtiens s’emmurent dans un silence assourdissant. Il n’est pas facile pour eux de parler à la presse. Le cabinet du ministre-conseiller Lamine Ba, chargé des Affaires internationales et humanitaires au cabinet du président de la République, veille au grain. Les boursiers n’ont visiblement pas le droit de parler à la presse de leurs difficultés. Une interdiction qui semble être motivée par une volonté d’encadrer leur communication.
Dans l’immeuble où logent 45 étudiants haïtiens avec cinq étudiants sénégalais, le mutisme est apparemment la règle. «Avez-vous eu l’aval du cabinet de M. Lamine Ba? On nous a interdit de parler aux journalistes sans la présence d’un membre du cabinet», nous souffle l’un d’entre eux.
Il est vrai qu’un peu après leur arrivée au Sénégal, la presse a multiplié les articles les décrivant comme incapables de s’adapter à la culture sénégalaise.
«Un journal avait écrit que les Haïtiens ont du mal à manger les plats sénégalais et qu’ils ne pouvaient pas utiliser les toilettes de l’université. Des informations sans fondement qui font que le ministre a donné des instructions pour éviter ce genre d’incident», ajoute la même source.

Wade, le bienfaiteur
«Son excellence Me Abdoulaye Wade, le génie que possède le Sénégal.» Ce commentaire accompagnant une photo, postée sur Facebook et montrant le Président sénégalais en compagnie d’étudiants haïtiens, en dit long sur la fascination qu’exerce Abdoulaye Wade sur les étudiants haïtiens. Rosalie considère Wade comme le sauveur de toute une génération d’étudiants haïtiens.
«Nous étions désœuvrés. On n’avait plus de perspective après le tremblement de terre. Les universités étaient détruites. Quand on a appris que le Sénégal voulait nous accueillir, on priait tout le temps pour faire partie des sélectionnés. Il y a eu 2.050 demandes et 163 étudiants ont été choisis. Le président Wade est un homme généreux qui occupe une place importante dans nos prières», témoigne la jeune femme.
Pour Vladimir, cette bourse d’études accordée par les autorités sénégalaises est, d’une certaine manière, une renaissance.
«C’est une grande chance pour nous. A Haïti, tout est à reconstruire. Nous n’entrevoyions pas d’avenir dans ces conditions. Avec la bourse, nous avons une opportunité de poursuivre nos études dans de bonnes conditions», souligne-t-il.
Malgré ces éloges, certains d’entre eux trouvent insuffisant le montant de la bourse d’études de 36.000 francs CFA (55 euros) qui leur est allouée. Sous couvert de l’anonymat, un étudiant se plaint des conditions difficiles:
«Nous sommes certes redevables au président Wade et à l’Etat du Sénégal mais c’est très dur pour ceux d’entre nous qui ont perdu leurs parents dans le séisme. Ils ne reçoivent pas de soutien financier et la bourse semble dérisoire face à leurs besoins.»
Autre source d’inquiétude, le manque de suivi médical pour certains étudiants dont l’état de santé mentale laisse à désirer. Avec le choc du séisme, certains étudiants souffrent de troubles post-traumatiques. Ils ont besoin d’être assistés mais rien ne semble être fait dans ce sens.
(*) Les noms utilisés dans cet article sont des noms d’emprunt
Ndèye Khady LO
http://www.slateafrique.com/2475/blues-des-haitiens-sur-campus-senegalais

lundi 6 décembre 2010

Haïti-Culture : 30 artistes haïtiens participent au Festival Mondial des Arts Nègres à Dakar

P-au-P, 03 déc. 2010 [AlterPresse] --- Trente artistes haïtiens évoluant dans plusieurs disciplines représenteront le pays à la 3e édition du « Festival Mondial des Arts Nègres » qui se déroulera à Dakar, au Sénégal, du 10 au 31 décembre 2010, a annoncé Chantal Drice, directrice du centre culturel Créololo et représentante du Festival dans la république caribéenne. Les artistes auront à mettre en valeur la richesse culturelle haïtienne à travers le cinéma, la peinture, la sculpture (sur bois, fer, pierre, et argile), la musique et la danse traditionnelles et modernes, la mode traditionnelle et moderne, le théâtre et l’artisanat d’art, a-t-elle indiqué lors d’une conférence de presse ce 03 décembre au Ministère de la culture et de la communication (Mcc).
« Ils laisseront le pays en fonction du calendrier des activités » a précisé Lubin Géraldy Santana, directeur du Projet « Haïti au Festival Mondial des Arts Nègres ». Une première délégation laissera le pays le 08 décembre et une autre le 18.
Les frais sont pris en charge par le gouvernement sénégalais.
Trois continents, l’Afrique, l’Amérique et l’Europe sont invités à prendre part à cet évènement. Le Bresil qui est l’invité d’honneur sera représenté par 300 artistes.
Haïti avait participé aux deux premiers festivals qui s’étaient déroulés respectivement au Sénégal et au Nigéria, en 1966 et 1977.
http://www.alterpresse.org/spip.php?article10366

jeudi 14 octobre 2010

LES HAITIENS ACCUEILLIS AVEC TOUS LES HONNEURS : Rentrée exceptionnelle pour les 163 étudiants

Écrit par MAMADOU ALPHA SANE Jeudi, 14 Octobre 2010 13:24
Les étudiants haïtiens longtemps annoncés ont finalement rejoint Dakar, hier, dans l’après-midi. Après leur accueil à l’aéroport, ils ont eu droit aux honneurs au Monument de la Renaissance africaine lors d’une cérémonie présidée par le chef de l’Etat, Me Abdoulaye Wade.
«L’accueil m’a franchement épatée, je ne peux pas cacher mes émotions. Nous sommes vraiment très contents d’être ici au Sénégal où nous nous sentons déjà chez nous.» Ce sont les toutes premières impressions de Miollette, étudiante en Médecine, venue poursuivre ses études aussi longtemps que possible pour se spécialiser en Urologie. «Le séisme intervenu le 12 janvier dernier a détruit notre université et c’est une opportunité que j’ai de poursuivre mes études ici», se réjouit-elle. Annoncés plusieurs fois ces derniers jours, les 163 étudiants haïtiens ont foulé le sol sénégalais, hier à 17h 27mn. Sur le tarmac de l’aéroport Léopold Sédar Senghor, quelques membres du gouvernement : Ndèye Khady Diop, ministre d’Etat ministre de la Famille, de la Sécurité alimentaire de l’Entreprenariat féminin, de la Microfinance et de la Petite enfance, Moustapha Guirassy, ministre de la Communication, et Mamadou Bousso Lèye, ministre de la Culture, pour les accueillir.
Malgré la fatigue après un long voyage, les 163 étudiants de différentes filières ont tous exprimé leur joie de venir au Sénégal et pensent déjà à se consacrer aux études pour rentrer participer à la reconstruction de leur pays. «Je me sens chez moi, je n’ai jamais vu pareil accueil et attention à mon égard. Je pense que notre séjour et nos études se dérouleront dans les conditions les meilleures et qu’elles seront bénéfiques pour notre pays», confie Showdi Franzicom, étudiant en Sciences informatiques et originaire de Cayes, troisième ville d’Haïti. Il estime avoir déjà une idée de la vie qui l’attend au Sénégal et espère que son intégration se passera normalement. Son compatriote Lowty Wisidor, étudiant en Sociologie, a la même appréhension. «Avec cet accueil plus que chaleureux, nous avons grand espoir que nos études se feront dans de très bonnes conditions», confie-t-il.
Après l’aéroport, les étudiants haïtiens ont rejoint l’esplanade du Monument de la Renaissance africaine où une cérémonie a été organisée en leur honneur. Venu présider la manifestation, le chef de l’Etat a tenu à rassurer ces derniers au sujet de leur intégration et de leurs conditions d’études. «Je comprends que vous ayez des appréhensions, mais avec la téranga de notre pays, les étrangers sont toujours bien accueillis. Vous êtes chez vous, prenez toute la place qui vous revient de droit», a-t-il indiqué. Au sujet des études, raison fondamentale de leur arrivée au Sénégal, le Président Wade a laissé entendre que le gouvernement mettra à leur disposition les moyens nécessaires. «Vous trouverez auprès des professeurs l’enseignement nécessaire, auprès de vos camarades étudiants sénégalais des compagnons dans votre vie de tous les jours. Laissez éclater votre talent pour être parmi les meilleurs», exhorte-t-il.
Lamine Bâ, ministre des Affaires internationales et de l’Humanitaire, a pour sa part assuré que l’ensemble des étudiants seront parrainés et bénéficieront de l’encadrement nécessaire pour leur intégration. Venu représenter le Président René Préval, Evans Lesconflair, ministre haïtien de la Jeunesse et de l’Action civique, a estimé qu’en accueillant des étudiants haïtiens, le Sénégal participe à la reconstruction de ce pays terriblement secoué par un séisme, l’année dernière.
http://senepresse.com/senegal-lobservateur.htm

mercredi 22 septembre 2010

Le leadership du Sénégal

Ironie de l'histoire, le tremblement de terre du 12 janvier survenu en Haïti a dopé les relations entre Port-au-Prince et un certain nombre de capitales africaines. Mais le Sénégal a prouvé, une fois de plus, son savoir-faire face à ses pairs du continent noir. Haïti: Dès la diffusion des premières images du séisme, le président sénégalais, Me Abdoulaye Wade, a senti le vent du boulet et a offert d'accueillir sur son territoire ceux des Haïtiens qui le désirent. Excellente opération de communication pour un homme connu pour son franc-parler et ses prises de position hautement courageuses. Un geste fort qui donne l'alerte à l'Union africaine (UA) et suscite un regain d'intérêt dans les autres métropoles africaines. Chose rare, même les pays pauvres sur le papier comme le Tchad et le Burkina Faso proposent des enveloppes financières lors de la conférence des bailleurs du 31 mars à New York.
En Haïti même, où les autorités pensent à tout, un tel élan de solidarité en provenance de la lointaine Afrique est plutôt bien accueilli. Dans les sphères du pouvoir, on projette même de dépêcher, sans en indiquer la date, une importante délégation à Dakar pour mieux formater l'offre sénégalaise. Simple effet d'annonce, selon certains, ce voyage n'aura pas lieu à la période fixée. Cependant, les contacts diplomatiques entre les deux capitales et l'ambassade du Sénégal à Kingston (Jamaïque) se multiplient.
A ce jour, des dizaines d'Haïtiens vivent sur le territoire sénégalais, où ils ont été accueillis en frères. Dans les semaines à venir, plus d'une centaine de jeunes des deux sexes, boursiers du gouvernement sénégalais, mettront le cap sur Dakar, pour y entreprendre des études supérieures dans des établissements universitaires de ce pays d'Afrique de l'Ouest.
Voilà un bel exemple de coopération Sud-Sud en plein 21e siècle. Pourtant le Sénégal n'est pas un eldorado au sous-sol regorgeant de minerais ou de pétrole, comme c'est le cas dans d'autres destinations du continent. Le pays a connu un développement important en 48 ans (1960-2008). La croissance prévue pour 2010 est de l'ordre de 4 %. Majoritairement musulman, démocratique à un degré appréciable, stable politiquement et économiquement, le Sénégal est devenu la locomotive de la diplomatie africaine en Haïti. Ce n'est pas le fait du hasard. Déjà au début des années 80, une subvention de l'ancien président sénégalais, Léopold Sédar Senghor, avait permis de créer au sein de l'Université d'Etat d'Haïti un temple du savoir sur le monde noir dénommé Institut d'études et de recherches africaines d'Haïti (IERAH). Cet établissement d'enseignement supérieur formait des africanistes spécialistes de l'Afrique, de la Caraïbe et de l'Amérique noire. Mais sans raisons évidentes, l'IERAH pourtant créé par décret présidentiel, devait être subtilement mis en sommeil et remplacé par un autre institut, dont la vocation n'avait rien de commun avec la volonté de l'ancien président sénégalais et de ces africanistes haïtiens très nombreux. Ces derniers avaient pourtant déployé des efforts surhumains pour que l'IERAH devînt une réalité palpable dans cette partie du monde...
Aujourd'hui comme hier, la diplomatie sénégalaise ne se contente pas uniquement de simples accolades entre officiels de délégations haïtiennes et africaines dans les couloirs des forums internationaux, ni de promesses sans lendemain découlant de ce genre de rencontres. Dans cette partie de l'Afrique, haut lieu de la déportation à Gorée de millions d'esclaves vers les Amériques, la mémoire collective n'a pas oublié que la liberté des Noirs a commencé en Haïti, véritable berceau de la Négritude. A Lomé, Cotonou, Abidjan, Monrovia, Yaoundé, Kinshasa, Libreville, Ndjamena et autres capitales africaines, la cause haïtienne émeut les coeurs des intellectuels africains, qui ont lu et étudié « La tragédie du roi Christophe » du Martiniquais Aimé Césaire.
Malgré son histoire émaillée de violences politiques, de coups d'Etat et d'instabilité économique, Haïti, à quelques variables près, a les indicateurs économiques et sociaux d'un pays de l'Afrique subsaharienne et ne fait pas moins face aux mêmes défis. Jusqu'à date, le Sénégal reste un havre de paix disposant d'infrastructures à la hauteur de ses ambitions. La pauvreté y côtoie aussi l'opulence. Dans la sous région et au-delà, il est toujours bien auréolé par le fait que c'est l'un des rares pays d'Afrique de l'Ouest à n'avoir jamais connu de coup d'Etat en cinquante ans d'indépendance.
Tout compte fait, il y a lieu de s'interroger sur l'absence notoire d'ambassades africaines en Haïti, alors que Cuba et la Jamaïque en regorgent. C'est le même constat dans la quasi totalité des 53 pays du continent africain où l'on ne dénombrerait pas plus de trois ambassades haïtiennes d'ouverture récente. Comment expliquer qu'un ambassadeur plénipotentiaire africain choisisse de résider à la Jamaïque au lieu d'Haïti. Existe-il une véritable diplomatie africaine en Haïti ? La réalité en est que durant ces trente dernières années, Port-au-Prince n'a pas renversé cette tendance. Le même problème se pose au niveau des Etats africains noyés dans des contradictions internes.
Au plus fort de la guerre froide, François Duvalier entretenait d'excellentes relations personnelles avec les dirigeants des pays comme le Tchad, la Guinée de Sékou Touré ou l'Ethiopie de l'empereur Hailé Sélassié 1er. Des centaines d'Haïtiens travaillaient en Afrique comme enseignants et experts des Nations unies dans les années 60 et 70. D'autres s'étaient aliénés les régimes au pouvoir au Congo, au Tchad, au Gabon, au Bénin et avaient connu des fortunes diverses... Le nombre impressionnant de couples mixtes, depuis une cinquantaine d'années, contraste avec ce manque d'engagement politique à peine voilé qui caractérise les gouvernements d'Haïti et des pays de l'Afrique subsaharienne. Autres faits significatifs, et pas des moindres : depuis 1804, date de proclamation d'Haïti de son indépendance, seul un chef d'Etat de ce pays s'est rendu en visite officielle en Afrique. Il s'agit du président René Préval. Seuls trois dignitaires africains sur cinquante-trois : Sékou Touré (Guinée Conakry), Hailé Sélassíé 1er (Ethiopie) et Tabo Mbeki (Afrique du Sud) ont foulé le sol haïtien.
Le Sénégal vient rappeler, à sa manière, aux opinions publiques d'Haïti et d'Afrique que la solidarité n'est pas un vain mot sous le prisme de la « Renaissance africaine » ou du Partenariat pour le développement de l'Afrique (NEPAD). Il y a lieu de relever cet effort. Même si -calcul politique oblige - le premier mandataire sénégalais, qui ne fait que perpétrer une tradition chère à ses prédécesseurs et à son continent n'est pas un ange aux yeux de ses opposants.
A Port-au-Prince, les futurs maîtres de la République issus des élections de novembre 2010 - si elles ont effectivement lieu - devront réinventer une véritable diplomatie africaine, dans la mouvance des relations Sud-Sud. La diplomatie sénégalaise mérite le respect et, surtout, la plus grande attention.
Belmondo Ndengué
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=83761&PubDate=2010-09-21

lundi 20 septembre 2010

Haïti - Sénégal : D’autres pays d’Afrique pourraient accueillir des étudiants haïtiens

Selon M. Lamine Bâ, ministre-conseiller des Affaires internationales et humanitaires au cabinet du président de la République, le retour en Afrique des Haïtiens après le violent séisme qui a frappé leur pays en janvier 2010 est un acte humanitaire et historique. « Au lendemain du séisme en Haïti, le Président de la République Me Abdoulaye Wade a lancé un appel d’une grande portée historique. Il a ainsi tendu la main à tous les Haïtiens qui souhaitent revenir en Afrique. » « Quand le président Wade leur a rappelé que la terre de leurs ancêtres c’est l’Afrique [...] beaucoup [d'haïtiens] ont parlé de retour, mais personne n’a offert cette possibilité de revenir. Il n’y a que le président Wade qui l’a fait [...] les haïtiens ont compris qu’ils pouvaient retourner chez eux. Des milliers de personnes ont manifesté le désir de venir au Sénégal. Il nous appartient à nous de matérialiser cette idée. Une commission nationale pour l’accueil des Haïtiens qui le souhaitent a ainsi été mise en place. Le Sénégal est un pays qui n’a pas de gros moyens, mais nous avons du cœur ».
Revenant sur les étudiants haïtiens boursiers qui arriveront au Sénégal le 10 octobre prochain, le ministre a précisé « nous avons recueilli 2,058 dossiers d’étudiants, et avons présélectionné 350 étudiants en mesure de suivre les cours dans nos universités. Nous avons finalement retenu 160 étudiants qui seront accueillis dans les universités du Sénégal au cours de l’année académique » La plupart des étudiants veulent faire des études en agronomie, Haïti est un pays agricole, d’autres souhaitent s’inscrire en médecine, parce qu’ils estiment qu’il y a beaucoup à faire dans la santé en Haïti. « Les 1,898 dossiers d’étudiants haïtiens qui n’ont pas trouvé de place dans nos universités « seront transmis aux autres pays d’Afrique ».
Des voix s’élèvent dans la population critiquant le gouvernement Sénégalais qui devrait d’abord penser aux Sénégalais en détresse avant de tendre la main à d’autres. En réponse, le ministre à déclaré « On pense au quotidien de nos compatriotes qui sont dans des situations difficiles, l’État s’occupe des Sénégalais qui sont en situation de détresse, mais cela n’empêche pas l’État du Sénégal d’exercer ses missions internationales [...] Les missions régaliennes d’un État dépassent les frontières nationales ».
S/ HaïtiLibre
http://www.haitilibre.com/article-1227-haiti-senegal-d-autres-pays-d-afrique-pourraient-accueillir-des-etudiants-haitiens.html

mercredi 1 septembre 2010

Des jeunes Haïtiens tentés par l'aventure sénégalaise

Pour faire face à leur avenir incertain, plusieurs centaines de jeunes Haïtiens déboussolés par les difficultés du pays, ont répondu à l'offre de bourses d'études du gouvernement sénégalais largement diffusé dans les médias haïtiens. Pour 100 bourses d'études proposées, environ 2 000 Haïtiens ont déposé des dossiers de candidature afin de démarrer ou de poursuivre une formation universitaire d'ici le mois d'octobre prochain au pays de Léopold Sédar Senghor. Haïti: Près de 2 000 jeunes Haïtiens ont manifesté le désir de partir pour le Sénégal poursuivre leurs études universitaires. Sans perspective d'avenir, ils prennent très au sérieux l'offre du président sénégalais Abdoulaye Wade, qui depuis le séisme du 12 janvier s'est engagé à apporter son soutien à Haïti en leur offrant des bourses d'études.
Muni d'une enveloppe contenant toutes les pièces requises, Josaphat fait la queue devant les locaux de la Haïti Tech (SONAPI) pour s'inscrire au programme de bourse d'études du gouvernement sénégalais. Âgé de 25 ans, il se dit indigné de la situation du pays. Il espère vivement poursuivre ses études de l'autre côté de l'Atlantique. « Je me vois déjà au Sénégal. L'essentiel, c'est de trouver une vie normale pour étudier et envisager un meilleur avenir. Si je reste en Haïti, mon avenir est foutu. Je suis très tenté par l'aventure sénégalaise. Pour moi, étudier dans un pays comme le Sénégal me permettra de tourner une page de ma vie et parvenir à un avenir meilleur », affirme Josaphat, l'air déterminé. Il fallait lire l'enthousiasme qui brillait sur le visage de ces postulants désireux de laisser le pays.
Josaphat, comme tant d'autres jeunes, avait attendu avec beaucoup de patience la concrétisation de l'appel du président Wade, qui encourageait le retour des Haïtiens à leurs origines. « C'est avec une joie indicible que j'ai reçu l'appel à candidature pour étudier au Sénégal. Je crois que partir vers ce pays africain me permettra de mieux préparer mon avenir qu'ici, en Haïti », explique Lyndor, un étudiant universitaire. Joséphine, une bachelière qui galère depuis deux ans faute de pouvoir entamer des études universitaires, partage le même avis. Elle cherche à laisser le pays depuis qu'elle sait que le gouvernement sénégalais souhaite offrir des bourses d'études aux jeunes Haïtiens.
A cet effet, une délégation sénégalaise est arrivée en Haïti afin de procéder à la sélection de 100 jeunes qui devront partir le 10 octobre 2010 poursuivre leurs études dans deux universités publiques de ce pays. Selon le recteur, président de l'Assemblée de l'université membre de l'Académie nationale des sciences et techniques du Sénégal, Mary Teuw Niane, 70 des 100 étudiants boursiers haïtiens sont attendus à l'université Cheikh Anta Diop de Dakar, tandis que les 30 autres iront à l'université Gaston Berger de Saint-Louis.
« L'une de nos préoccupations était de trouver des places au sein des universités de Dakar et de Saint-Louis. Nous offrons un cadre attrayant afin que les jeunes Haïtiens puissent étudier dans d'excellentes conditions », dit le professeur Niane, qui ajoute que cette coopération sénégalo-haïtienne est un moyen de renforcer les liens entre Haïti et l'Afrique.
Pour sa part, le chargé des Affaires internationales et humanitaires du Sénégal, Amadou Lamine Ba, de passage en Haïti dans le cadre du traitement des dossiers de candidature, a fait remarquer que les frais pour les études, l'hébergement et l'entretien des boursiers haïtiens seront à la charge du gouvernement sénégalais. Il a également souligné que ce programme de bourses d'études constitue la première phase d'exécution d'un vaste projet humanitaire et historique mis en oeuvre par le président Wade, suite au passage du violent séisme du 12 janvier. L'autre phase du projet concerne l'accueil et l'insertion des familles haïtiennes désireuses de vivre au Sénégal, selon la même source.
Parallèlement, le chef de l'État du Sénégal, Me Abdoulaye Wade, dans un communiqué émis la semaine écoulée par le service de presse du gouvernement sénégalais, a confirmé son projet d'accueillir dans son pays des Haïtiens qui veulent retourner à l'alma mater.
« En ce qui concerne l'accueil des étudiants haïtiens au Sénégal, le président de la République a donné des instructions aux ministres Chargés de l'Économie et de l'Enseignement supérieur pour qu'à la rentrée d'octobre ait lieu la réception d'un premier groupe de 100 étudiants », lit-on dans ce communiqué reçu à la rédaction du Nouvelliste par courriel. Le président Wade a également donné des instructions au gouvernement pour que l'examen des dossiers de candidature des familles haïtiennes désireuses de s'installer au Sénégal soit diligenté à son tour et que les modalités d'hébergement soient réglées en collaboration avec les promoteurs privés identifiés.
Soulignons qu'au début des années 60, avec l'arrivée au pouvoir du dictateur François Duvalier, plusieurs centaines de professionnels haïtiens ont dû fuir le pays pour aller travailler en Afrique et au Canada. Bon nombre d'entre eux, enseignants de renom, allaient former en Afrique - au Sénégal par exemple, plusieurs générations d'étudiants, de chercheurs et de professionnels en tous genres.
Amos Cincir
mcincir@lenouvelliste.com

mardi 31 août 2010

Des étudiants haïtiens s'apprêtent à se rendre du Sénégal

Un premier groupe d'étudiants haïtiens, candidats à une bourse d'études universitaires au Sénégal, est attendu le 10 octobre prochain, à Dakar, selon des informations relayées par l'agence de presse sénégalaise, APA. Une délégation sénégalaise conduite par le ministre en charge des affaires humanitaires, Mamadou Lamine Ba, vient d'effectuer une visite dans le pays, en vue de procéder à des enquêtes judiciaires, académiques et des visites médicales obligatoires des candidats intéressés par des études dans les universités sénégalaises.
Les opérations de sélection des futurs étudiants haïtiens au Sénégal ont pris fin ce lundi.
Rappelons qu'au lendemain de la catastrophe 12 janvier le président Abdoulaye Wade du Sénégal avait décidé d'offrir une partie de son territoire aux haïtiens désireux de revenir en Afrique, une décision qui ne faisait pas l'unanimité au sein de la société sénégalaise.
EJ/Radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=18207
Commentaires:
C'est très gentil de la part du gouvernement sénégalais mais il faut se poser la question à savoir si le gouvernement haïtien s'est renseigné sur les condition d'accueil et les conditions de vies des étudiants haïtiens au senegal...