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dimanche 5 janvier 2014

BELLES DE NUIT....

CHAPITRE  XXX
Gaspard ne trouva guère étonnante, la nature des programmations radiophoniques de ces premières heures du matin.
En parcourant le cadran, assis devant ses papiers en proie au doute et aux incertitudes immédiates, il sentit aussi l'attentisme qui s'était emparé de la ville. Peut être tout le  pays s’y vautrait déjà.
Les stations de radio qui depuis l’aube diffusaient des émissions à forte teneur religieuse ne dérogeaient point à leurs coutumes. D'ailleurs rien ne les obligeait à le faire. C'est surtout dans des moments de troubles qu'il faut rechercher la paix à coups de prières, de psaumes et de cantiques.
« En route avec Jésus », « debout pour Christ », « la cohorte des saints »,  étaient autant de titres de programmes qui s'accordaient parfaitement à la situation.
D'autres stations de radios avaient carrément affiché leur penchant pour le régime à la mode. La programmation du matin avait été certes modifiée pour la grande majorité. Pas de panéliste ni d'intervenant. Seulement de la musique engagée.
Et dans le genre, le chef du régime avait inspiré pas mal de groupes et institutions musicales de telle sorte que la discographie dédiée à sa personne, sa cause et ses œuvres était conséquente.
La chanson la plus diffusée représentait une pointe directe lancée contre ceux qui voudraient joindre les rangs des mutins. Elle comparait les citoyens à un paquet de crabes ligotés qui cherchent à pincer les doigts de celui qui veut bien les libérer.
D'autres stations du même bord rediffusait des discours prononcés lors de l'inauguration de certaines réalisations  capitales  comme l'aéroport international qui portait son nom d'ailleurs et la seule centrale hydroélectrique dont dépendait l'électrification d'une grande partie du pays.
Les stations reconnues pour leur tendance plutôt contraire misèrent sur une neutralité trop prononcée qui pointa bien clairement leur attitude opposée au régime.
Leurs programmations composées de musiques classiques, instrumentales et de chansonnettes françaises ne surprirent pas Gaspard qui finit par accepter l'évidence. Pour l'instant ce n'est pas à travers la radio qu'il allait se renseigner et s'informer.
L’obscurité de sa chambre se dissipa graduellement avec la rentrée des rayons de soleil par les murs en bois ajourés de la pièce. La cour était de plus en plus réveillée.
A chaque bruit d’arme lourde, les gens qui commençaient à reprendre leur rythme habituel de la journée, sursautèrent et restèrent figés quelques secondes avant de reprendre leur souffle et continuer à vaquer à leurs occupations.
Il était clair que les écoles chômeraient. Aujourd’hui et jusqu’à nouvel ordre. La cour sera beaucoup plus bruyante et animée. Ce sera un jour de vacances d’été avant l’heure. Ceci ne plait pas beaucoup à gaspard qui ne pourra surement pas travailler chez lui.
Les premiers enfants à se réveiller, déroulèrent leur routine sans trop se soucier du bombardement dont faisait l’objet le palais national et d’autres édifices publics du centre ville.
Les odeurs à café, les aromes à cannelle, mélisse, citronnelle vinrent annoncer une journée normale.
Pourtant, ce matin, Gaspard n’a eu ni son gobelet  de café fumant sur sa table, ni son seau d’eau posé en périphérie du monticule de pierres, attenant au mur.
Pour lui débutait une journée de merde. Il souhaitait de toutes ses forces une issue la plus rapide possible. Pour  lui définitivement la meilleure option aurait été la continuité pure et simple. Les changements de gouvernement charrient en fait trop de changements dans l’administration. Des modifications qui ne font que retarder les choses et faire perdre du temps.
Dans l’intérêt de son enquête, il avait peur que ses personnages cibles n’aient été obligés de quitter le pays.  Il reconnut quand même que son intérêt personnel passait,  en cette occasion,  avant l’intérêt de sa chère nation.
Il avait tout prévu sauf cette énième révolution.
Dans son agenda pour l’après midi d’aujourd’hui, il avait rendez-vous avec le cordonnier pour récupérer ses chaussures et surtout pour discuter avec lui de Sion.  Ce pays vers ou il faisait route tous les matins. Accompagnés de sa femme et ses enfants.  Sans oublier ses poules,  son chien et son chat.
Il espérait de toutes ses convictions un éclaircissement rapide de la situation car il se trouvait cloîtré chez lui sans pouvoir entamer sa journée.
Il ne savait pas si la marchande de café avait osé braver les tir d’obus et de mortier pour préparer son produit. Il ignorait aussi si le petit garçon qui joue le rôle de messager ne se trouvait pas caché  sous un lit, paralysé par la peur.
Il allait falloir se démerder ce matin.
C’est compliqué de vivre avec toutes ces incertitudes. L’attentisme est l’antichambre de la  mort. Un pas vers le néant. Il vous éloigne de la réalité et de ses vérités. Lui, il avait puisé son essence vitale dans l’action et dans l’activité. Il vivait parce qu’il agissait. L’horreur de subir les choses lui avait taillé une renommée d’enfant pommé puis de jeune homme ayant perdu la raison.
D’ailleurs ce sont ces mots qui revenaient le plus souvent quand il parlait à quelqu’un de l’importance et du sérieux de son enquête.
Il n’a jamais compris pourquoi il a toujours été le seul à capter l’évidence qui se cachait dans la succession de ces faits qui a commencé par la présence d’une voiture sur le faite d’un arbre centenaire d’un cimetière suivie sept cent soixante dix sept jours plus tard par un accident mortel dans lequel avaient perdu la vie les deux occupants de la voiture perchée.
Une curiosité utile l’avait rongée depuis les premiers instants. Ses heures d’insomnie ne se calculaient plus. Il écrivait la nuit ce qu’il corrigeait le matin. Des synthèses, des hypothèses et des déductions se succédèrent. Mais il lui était impossible  voire interdit de ne pas chercher à comprendre et à savoir.
Aujourd’hui, ou plutôt hier, il se trouvait à deux pas de résoudre les énigmes indispensables pour accoucher la démonstration de ses hypothèse et la conclusion de son enquête.
Il y était presque.
Avant le passage de l’avion avec ses tracts, le  départ de Lamentin d’un vaisseau de guerre, il avait interprété à moitié l’énigme photographié pendant les funérailles. 
Dans l’ordre logique qu’il avait établi, il lui restait cette visite chez le pasteur pour avoir sa version.
En passant il lui aurait posé des questions pour savoir si au moins lui il était conscient que ces fidèles sans trop savoir pourquoi, se déclaraient sionistes en faisant route vers Sion leur beau pays.
Il était évident que pour la grande majorité de ses ouailles le mot Sion représentait juste un son. Et  pour eux ce n’est pas le mot clé de la chanson. D’ailleurs pourquoi s’emmerderaient-ils à se poser la question sur un mot quand dans la chanson il est question que chaque soldat devra recevoir la gloire après la souffrance ?
Combien de fois dans ses sermons, le pasteur ne leur avait-il pas dit qu’ils étaient des soldats de Christ ?
 Ils avaient fini par s’assimiler à de vrais soldats de Dieu. Et dans la chanson, ils étaient contents de savoir que comme soldats, ils recevraient la gloire.
Toute gloire est toujours bonne à prendre.
Même l’imméritée, l’usurpée ou la divine. Surtout pour des humains qui se retrouvent un bon matin les mains vides, liées derrière le dos obligés à prendre un train en marche. Le train ou ne survivent que les braves.
Ce train-monde ou l’humain ressemble plutôt à un élément de décor que le porteur et forgeur de vies. L’être humain avec ses grimaces et ses gémissements, avec ses fausses joies et ses rires sur commandes semble animer une parodie pour se moquer d’eux-mêmes. 
Il lui restait aussi à élucider l’énigme des noms des filles divulgués lors du poignant témoignage d’un des jeunes hommes. Elbaid et Refne.
Sa planification était presque toute établie avant ce matin.
Aujourd’hui il doit tout reprendre à zéro. Depuis son café, son seau d’eau puis sa douche.
Mais les tirs continuaient encore et encore. Les forces gouvernementales ne répliquaient toujours pas. Les échos s’écoutaient toujours et semblaient sortir d’un même unité spatiale.
La vie revenait petit à petit dans la cour et dans les rues avoisinantes. Des voitures circulaient. En nombre beaucoup plus restreint que d’habitude. Mais les véhicules transportaient des gens qui se sentaient obliger d’aller au travail.
En fait, le gouvernement avait adopté comme méthode de réplique, l’indifférence. Il voulait prouver à l’ensemble de l’opposition, mutins compris, que la population était confiante et serein.
Les employés de l’administration publique avaient reçu l’ordre formel et presque menaçant de se démerder comme ils pouvaient pour arriver à leur travail tôt le matin comme tous les jours.
Beaucoup ont fait la route à pied.
Gaspard aima ce qu’il pressentait.
Les bruits des tirs finirent comme une banalité à intégrer l’environnement sonore de la ville.  Ainsi entre les avertisseurs sonores, le ronronnement des moteurs, les disputes de ménages, les vendeurs de tout, les tirs de cannons faisaient sursauter les passant sans s’inquiéter.

Les enfants les plus jeunes applaudissaient dans un vacarme épouvantable chaque détonation....

dimanche 18 août 2013

BELLES DE NUIT ...CHAPITRE XIX....

Oui.
En gros, c’est ce qu’il avait retenu du témoignage. Deux jeunes garçons ayant bu en soirée quelques bières, se seraient faits aborder par deux créatures de rêves du sexe opposé qui les auraient conduits dans une villa superbe pour une nuit intime et se seraient retrouvés à l’aube dans leur propre voiture perchée sur les branches du sommet d’un arbre.
Le récit sembla cohérent. Mais en faisant usage de la raison, toute cette histoire avait plutôt des allures de fable.
Pourtant la voiture avait été bel et bien retrouvée sur l’arbre. Ce que personne n’arrivait à comprendre, fut comment elle était arrivée là.
Juste après la prise de parole du jeune homme, Gaspard comme journaliste d’investigation, avait élaboré une liste de questions qu’il voudrait bien poser au jeune homme. Mais il se ravisa rapidement car il comprit que l’occasion ne se prêtait pas à une session question-réponse. Il ne s’agissait non plus d’une conférence de presse. Le jeune homme et toute sa famille cherchait de l’aide. Cette fois-ci de l’aide divine.
Les conclusions du pasteur qui intervint dans les minutes qui suivirent furent sans équivoque. Pour lui, les jeunes hommes avaient été abordés et possédés par le diable, Satan, Lucifer ou le démon qui avait lu dans leurs cœurs et qui avaient noté que de par leurs âges leurs esprits étaient rivés aux débauches de la chair et le sexe.
Il profita de l’occasion pour exhorter l’assemblée à rester sur sa garde en priant sans cesse de façon à pouvoir déceler et contourner les ruses du malin en s’imprégnant sans relâche de l’esprit de discernement divin.
Il déclare en fin de sermon être à la disposition de tous ceux qui voudront poser des questions dans le futur.
Gaspard saisit la balle aux bonds. Il fut le premier à solliciter un rendez-vous avec l’homme de Dieu.
L’entretien se réalisa quelques jours plus tard. Ceci permit à Gaspard de s’approcher la vision du monde de ce leader religieux qui se voulait directeur de foi, recteur de conscience et arbitre de conduites.
Chacun de ses arguments se basait sur un ou plusieurs versets de la  sainte bible. Donc le premier requis pour mériter puis entamer et apprécier le dialogue, condition préalable et sine qua none c’était de reconnaître que la bible était la seule, l’unique et la vraie parole de Dieu. Cette acceptation devait avoir un caractère exclusif et fermé.
Ceci cadrait fort mal avec le caractère pragmatique, et l’esprit aiguisé et critique à fleur de peau de Gaspard.
IL fit cependant preuve d’intelligence. Il se montra capable de tolérance. Il l’écouta avec attention et respecta ses opinions. Il ne chercha pas à démonter ses opinions qu’il trouva trop figées. Mais il s’agissait des ses opinions à lui ; partagées avec ceux qui se laissent emballer par la vie éternelle et la peur de l’enfer.
Il voulut savoir si le jeune homme portait sur son physique des stigmates ou des traces de ce qu’ils avaient vécu avec les filles. Le révérend, d’un ton rassuré lui apprit que généralement après les rencontres avec le diable, les stigmates laissés ne sont pas visibles à l’œil nu du profane. Ils étaient souvent d’ordre psychologique et spirituel et que seul le vrai homme de Dieu était capable de les déceler.
Il eut envie de lui dire que tous ceux qui ont connu le jeune homme avant sont unanimes à admettre qu’il a beaucoup changé.
En fin de compte, cet entretien ne lui apporta ni doute ni certitude. Il s’est retrouvé devant un illuminé convaincu défendant sa foi et sa croyance en étant convaincu que son rôle et sa mission étaient de convaincre les autres de penser, agir et vivre comme lui, selon cette fois qui en quelque sorte le rendait aveugle et borné.

Gaspard eut l’occasion d’écouter une fois de plus le témoignage du jeune homme, dans une autre assemblée de chrétiens. En effet, à la fin du culte, une jeune dame tout de blanc vêtue, cachant sa chevelure sous un madras blanc brodé u fil bleu d’une colombe en plein vol, s’approcha de Madame A pour lui dire que ce témoignage était  si vivant qu’il fallait le propager pour pousser plus de gens à sortir des ornières du péché. Car le retour du Christ était réellement imminent. Ainsi elle lui conseilla de prendre contact avec les responsables de l’église Hébraïque de Delmas. Un quartier en plein essor localisé entre Port-au-Prince et Pétion Ville.
Il put écouter quelques bribes de conversation de la jeune dame décrivant l’histoire de cette église qui venait de s’ouvrir après que le pasteur ait eu une révélation au cours de laquelle Dieu en personne lui aurait demandé de vendre tout ce qu’il possédait pour construire un temple.
Gaspard avait noté sur son bloc-note, ce rendez vous à venir et il s’était arrangé pour être renseigné sur la date de cette nouvelle intervention. Dans l’attente, il s’était informé sur cette église hébraïque. Son étonnement fut énorme quand il fit le constat que cet endroit était un vrai phénomène de mode. Tout le monde en parlait. Dans les milieux défavorisés les postes de radio captaient sur les ondes les offices célébrés et retransmis 24 heures sur 24 sur tout le territoire national.
L’église hébraïque officiait régulièrement et sur des périodes assez longues des cultes à thèmes. Des sujets  tirés des problèmes les plus courants de la population. Une semaine de jeune et prière pour les demandeurs d’emplois, une semaine de jeune et de prière pour les personnes qui attendent d’être appelés de l’ambassade américaine pour l’octroi de visas de résidence permanente, une semaine de jeune et de prière pour les femmes en mal d’enfants, une semaine de jeune et de prière pour les femmes qui veulent des maris, une semaine de jeune et de prière pour les malades et contre les maladies…
Une fois  passés en revue et en prière tous les problèmes sociaux et sociétaux, l’église oriente ses prières vers la  spiritualité. Et dans ce contexte, le sujet qui drainait plus d’adeptes c’est la prière pour ou contre le déblocage.
L’église hébraïque de Delmas en très peu de temps était devenue le lieu de miracle par excellence.
Le jour du témoignage du jeune homme devant les fidèles de l’église hébraïque de Delmas, Gaspard se décida d’aller faire un tour. Histoire de tester le gout de l’éclectisme religieux et de sa pratique. Qui sait, le jeune pourrait bien donner un détail omis lors de sa première remise, à cause de l’émotion de l’atmosphère du moment.
Le bâtiment de l’église se trouvait à la hauteur de Delmas 63. Il descendit d’un minibus et s’apprêta à traverser l’autoroute pour s’engouffrer dans cette rue assez étroite et en terre battue identifiée par un petit panneau soutenu par un pilonne incliné vers la gauche et en avant.
Tout à coup, aperçut des gens vêtus de blancs, hommes, femmes et enfants débouchant de cette rue. Telle une gueule béante et ouverte vomissant en jet des choses animées et colorées. Les femmes portaient toutes des chapeaux et des madras ceignant leurs chevelures avec cette colombe en pleine vol. Les hommes portaient avec élégance des cravates à fond bleu maintenant bien fermés leurs cols de chemises.
Une fois l’intersection avec l’autoroute atteinte, la foule se dispersait en partant à gauche et à gauche et à droite. Tout le monde courrait. Les uns plus rapidement que les autres. Les plus âgés y allaient à leur rythme. Moins vite.
Les passants, dans la plus absolue des incompréhensions leur ouvrirent passage soit en se collant au mur des maisons soit  en se jetant carrément sur la chaussée goudronnée. Une atmosphère de panique s’installa rapidement et brièvement devant cette course effrénée, insensée  et soudaine.
Certains, entraînés par le vent de panique se mirent à courir aussi sans  comprendre.
Gaspard avait cependant vu et observé une dame d’un certain âge occupant le trottoir jouxtant l’intersection de Delmas 63 et l’autoroute. Elle était  assise devant un traiteau minuscule et bancal supportant un petit bac contenant un monticule d’arachides grillés surmontés d’un petit verre transparent à anse dont le volume était réduit du tiers par une couche de cire fondue coulée et collée au fond.
Elle ne sembla ni surprise ni paniquée. Elle protégea son traiteau, son bac, ses arachides et son verre à anse en se plaçant devant. Elle tenait d’une main ferme un poste de radio à transistors qui diffusait des chants de cultes protestants.
Gaspard s’étonna de la quiétude de la dame comparée à l’attitude de l’ensemble des gens se trouvant sur ce tronçon de route.
Il décida de l’approcher. Tout laissait comprendre qu’elle était bien au courant de ce dont il était question en réalité.
Il reçut une explication qui le laissa coi. La première église hébraïque de Delmas venait de clôturer une semaine de prière consacrée à des demandes de miracles divers. A la fin du dernier culte, le pasteur leur avait intimé l’ordre de ne pas  perdre sur la route du retour vers la maison la moindre parcelle, la moindre goutte de la bénédiction qu’ils venaient de recevoir. Donc il avait fortement recommandé aux fidèles de laisser les enceintes de l’église et regagner en courant leurs domiciles sans s’arrêter sur le chemin, sans adresser le moindre mot à qui que ce soit et surtout sans regarder en arrière.
Gaspard demanda à la dame comment elle s’était arrangée pour en savoir autant. Il apprit que la dame fréquentait assidument cette église et que les privilèges des cultes de cette semaine particulière restaient réservés aux membres de l’église qui de surcroît  ont fait leur inscription au Club Hébraïque. La carte d’adhésion coutait 2000 gourdes et que la dame n’avait pas encore pu mettre cette somme de côté pour se la payer.
Le souvenir de cette épisode provoqua encore une fois cette sensation d’agacement comme la première fois qu’il le vécut en compagnie de cette dame. Bien entendu, cette anecdote ne se trouvait pas consignée dans ses papiers.
Au bas du premier témoignage il avait griffonné quelques mots.
Possibilité de deuxième audition à EHDD.
Audition ratée.
EHDD pas nette.
Il eut un peu mal au cou. Il n’avait pas changé de position depuis quelques bonnes minutes. La lecture de son dossier était très passionnante et en plus il ne voulut pas rater un élément significatif capable de l’aider à avancer.
La nuit était assez avancée sur la ville qui s’était tue petit à petit. Les bruits de la ville, les bruits de la vie avaient fait place à un silence résigné, imposé mais apaisant.
L’espace de la grande place du Champ de Mars luisait déserte. Seuls quelques rares étudiants se trouvaient encore sous les lampadaires.
Les marchandes de tisane et de pains de mie allaient rentrer bredouilles.
Gaspard jeta un dernier coup d’œil sur son dossier. Sur cette partie portant l’étiquette « récit ». Il pensa surtout aux stigmates et aux traces que les femmes bonnes et démons auraient gravés sur la peau des jeunes gens. Contrairement au pasteur, lui, il aurait tellement aimé déceler un de ces multiples stigmates qu’une femme dans le feu de l’acte sexuel bien fait, peut dessiner involontairement sur la peau de l’amant trop performant : des éraflures, des égratignures, de vraies griffures d’ongles longues et aiguisées, des baisers-ventouses trop appuyées du côté du cou, une vraie morsure sur la portion unissant le deltoïde et le trapèze…
Il était persuadé qu’elles avaient laissé certaines traces. Mais cette information ne figura nulle part dans son dossier.
Il relut les dialogues entamés par les filles. Pas trop d’indices ni de vocables suspicieux lancés comme des pointes énigmatiques.
Leurs prénoms étaient d’une banalité déconcertante. Linda et Soraya.
Leurs façons de s’habiller ne reflétaient que leurs gouts raffinés de l’élégance.
Les  comestibles aussi témoignaient un certain art du bon gout. Caviar, bon vin et fin champagne.
Dans l’élan des ébats sexuels enlaçant des corps trop imbibés d’alcool, elles avaient prononcés deux mots dénués de sens. Refne et Elbaid.
Des mots qui, s’ils devaient s’associer à quelque chose, seraient de simples prénoms de culture orientale.
Ce qui pourrait éventuellement servir à expliquer la facilité de certains écarts de comportement  reflet d’un certain libertinage répudié et peu accepté par les filles du pays.
Refne et Elbaid.
Deux déesses du sexe. Deux expertes du cul venant d’autres horizons.
Merde !
Il n’avait jamais accordé d’importance à ces mots qui pour lui ne pouvait rien expliquer ni inspirer.
Il se penchera à nouveau sur le sujet. Pour l’instant la lecture fraîche et nouvelle du récit ne lui avait apporté nouveau utile à son enquête ou pouvant faire avancer son dossier.
Pour l’instant il se devait de tout remettre dans l’ordre initial. Depuis plus de deux ans, ce dossier avait bénéficié d’un traitement fait de soins méticuleux. Pas question ce soir de déroger à ses habitudes.
Malgré tout il était encore persuadé qu’il avait raison de s’intéresser à cette succession d’évènements.


dimanche 18 décembre 2011

SOUS LES AILES DE MINUIT

Elle avait fait le choix délibéré de disparaître. Le choix conscient de s’intégrer dans l’univers réel et immatériel des sensations nouvelles. Pour une fois elle était fière de se retrouver. Elle, sabine Pierre-Louis. L’authentique. La vraie. Celle qui pouvait être aimée. Celle qui pouvait rentrer à brides abattues dans l’univers fulgurant de la jouissance du corps et de l’esprit.


Elle accepta l’option de ne pas ouvrir les yeux. Pourtant l’homme mystérieux ne le lui avait point interdit. Elle se sentit au départ, parcourue par la peur de le contrarier. La crainte de l’énerver. Un regard peut exprimer tellement de choses. Dans l’exercice de son métier ce n’est pas toujours un geste anodin. Les regards ne se croisent pas toujours. Souvent les regards ne se recherchent pas.

Certains clients l’apprécient plutôt quand il est furtif. Pour d’autres, ce coup d’œil peut être si inquisiteur et moralisateur qu’ils préfèrent ne pas l’inclure dans le menu.

Certains réclament sous un ton de commandement le regard de la bête effarouchée avant la mise à mort, pour ensuite se rassurer en intimant avec encore plus de véhémence, l’ordre d’éloigner ce putain de regard.

Dans son métier ce simple geste se transforme souvent en dilemme et fréquemment en vraie souffrance.

Elle jouait à quitte ou double. Elle se sentait si bien qu’elle ne voulait pas que l’expression de ses yeux reflétant un bonheur trop exquis, n’incommodât son homme mystérieux.

Peu de clients ont montré une admiration quelconque devant ses yeux couleur tamarin ou devant l’infinie douceur, de cette invitation saine à contempler la magie des derniers instants du coucher de soleil sous les tropiques.

Cette description, elle ne l’avait certes pas inventée. Elle l’avait retenue de la description d’un diseur de belles phrases, souvent ivre, qui lui payait sa compagnie quand il cherchait un certain type d’inspiration pour écrire des vers.

A quoi pouvait bien servir la vue dans un univers peuplé exclusivement de ses sensations, de son corps devenu immatériel et d’un illustre et merveilleux inconnu responsable de cette reconfiguration de son monde et de son être ?

Elle n’ouvrira pas les yeux quoiqu’il arrive. Ses sens en éveil, suppléaient dans une harmonie indicible, sa vue transformée en fenêtre grand ouvert sur son espace idéal et sur son environnement rêvé.

Pour une fois, le temps ne se comptait ni en billet ni en espèces sonnantes. La langueur toujours morbide à son activité n’était rien d’autre que le rythme qu’elle aurait souhaité imprégner à chacun des moindres mouvements de son illustre et bel inconnu. Un moment parfait est bien celui qui se décline en laps circulaires enchevêtrés selon les principes du hasard.

Ses sens prirent le dessus sur toutes les dimensions connues.

Sa vue ramènerait sa réalité à elle. Son esprit s’arrêterait de vaguer et de butiner entre songes et rêves si elle se rendait compte qu’elle était entrain de se faire sauter entre les limites exiguës d’une voiture…(A suivre)

mardi 19 mai 2009

Une femme donne naissance à un poisson

Les cayens sont préoccupés par la naissance mystérieuse d'un poisson à l'hôpital Immaculée Conception hier dimanche. Le député de Chantal Torbeck, Guy Gérard Georges, et le correspondant de radio Métropole, Joseph Cerisier, qui se sont rendus sur place ont vérifié la présence de ce poisson qui se trouvait dans une cuvette dans une des chambres.
Le médecin accoucheur a fait part de sa consternation soulignant être confronté à ce phénomène pour la première fois. La “ mère du poisson " a assuré qu'elle était enceinte de plusieurs mois. " J'avais ressenti de fortes douleurs ", explique t-elle.
Des milliers de personnes qui s'étaient rendus à l'hôpital ont pu voir que le poisson qui avait un cordon ombilical n'avait pas de queue.
En dépit des récentes averses qui ont rendu la route nationale # 2 impraticable, les cayens se sont préoccupés à ce dossier s'appliquant à faire des spéculations diverses sur ce fait divers. Joseph Cerisier rappelle que la l'année dernière une femme avait donné naissance à un être ayant deux têtes et un corps de poisson.

LLM
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=15219