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vendredi 17 décembre 2010

Haïti abandonné à son sort

Publié le 16 décembre 2010
Victor Gravel, Gatineau

Photo: David Boily, La Presse

Au sortir d'un repas gastronomique avec ses homologues américaine et mexicaine, notre auguste ministre des Affaires étrangères, Lawrence Cannon, adressait à Haïti les mots de réconfort suivants : « On ne peut tout faire... Le peuple et les dirigeants doivent travailler à rétablir la stabilité... [Autrement], il n'y aura pas de prospérité économique... »
Au-delà des entourloupettes diplomatiques, ce que cela veut dire, c'est « Démerdez-vous ! Tout ce qui vous arrive, c'est votre faute, et nous n'allons pas troubler notre confort pour vous aider. Tous les milliards qu'on vous a promis, vous ne les aurez pas. D'ailleurs, vous ne sauriez pas quoi en faire. Vous ne pourriez quand même pas reconstruire des fondations et des murs avec des billets de banque ! Prenez-vous en main, que diable ! »
La secrétaire d'État américaine, Hillary Clinton, a quand même daigné reconnaître certains problèmes : crise humanitaire, choléra, pauvreté, faiblesse du gouvernement. Rien pour perturber la quiétude du gouvernement américain. En somme, ce qu'on dit au peuple haïtien : vous êtes les parias du monde, un peuple de sans-abri et de sans-talents. Cessez de compter sur le BS international! Vous n'avez plus de ressources? Inventez-en! Nous sommes fatigués de vous entendre vous plaindre !
Bien sûr, Haïtiens, votre pays a été malmené par l'histoire : sous couvert de colonisation, des envahisseurs européens ont assujetti votre pays et vous ont menés au bord de l'esclavage; vos terres et vos richesses naturelles ont été pillées; vos fonds ont été spoliés sans vergogne par des dictateurs corrompus (maintenant réfugiés dans de luxueux châteaux sous la protection de pays complices). Les dirigeants que vous avez élus ont lamentablement failli à la tâche, aussi bien ce prêtre sur qui on fondait tant d'espoir que le président actuel, qui n'a d'autre priorité que de rebâtir son palais !
Au cours des derniers mois, dans une situation déjà précaire, vous avez encaissé coup sur coup un séisme indescriptible, des inondations catastrophiques, une épidémie de choléra, de graves perturbations sociales, une criminalité galopante. Vous vivez depuis dix mois dans la boue et les immondices, alors qu'autour de vous trônent les ruines et les gravats.
Pourtant, au nom de la sacro-sainte autonomie des nations, nous n'interviendrons pas dans vos élections présidentielles, nous ne détournerons même pas une minime partie des fonds consacrés à nos milliers de tanks, d'avions et de véhicules militaires pour vous fournir quelques béliers mécaniques. L'oeuvre «humanitaire armée» de nos soldats en Iran et en Afghanistan ne saurait être sacrifiée pour juguler vos petits problèmes d'eau, de santé et de criminalité! Faites-les, vos élections. Qu'est-ce que ça changera, de toute façon ?
http://www.cyberpresse.ca/place-publique/commentaires-du-jour/201012/16/01-4353135-haiti-abandonne-a-son-sort.php

jeudi 16 décembre 2010

Présidentielle : la communauté internationale veut mettre Haïti devant ses responsabilités

En dépit des tensions et violences causées par les résultats du premier tour de la présidentielle, le commerce reprend à Port-au-Prince, le 13 décembre 2010. En Haïti, les candidats qui veulent contester les résultats du premier tour de l'élection présidentielle ont 72 heures jusqu'à ce mercredi 15 décembre pour le faire. Le Conseil électoral provisoire a également décidé d'instaurer une Commission spéciale de vérification pour recompter les procès-verbaux. Mais devant la montée de la tension, la pression internationale s'accroit sur les épaules du gouvernement haïtien.
En quelques jours, plusieurs institutions de la communauté Internationale ont envoyé un message fort à tous les acteurs de ces élections et en premier lieu au gouvernement haïtien.
C'est d'abord le Conseil de sécurité de l'ONU qui, vendredi, s'est inquiété des violences et a demandé au gouvernement haïtien d'assurer un environnement calme et paisible à des élections libres et équitables. Un avertissement en termes très diplomatiques.
Ce sont ensuite les ambassadeurs en poste en Haïti qui ont publié un communiqué prudent mais inhabituel dans lequel ils appellent tous les candidats à être à la hauteur de leurs responsabilités et aux partisans de renoncer à la violence.
Puis le Club de Madrid dont les pays membres ont envoyé de nombreux observateurs internationaux, a rappellé aux dirigeants haïtiens qu'ils ont la responsabilité de construire un cadre légitime, démocratique et institutionnel aux élections.
Et puis dernière en date, la réaction d'Hillary Clinton qui a parlé du dossier haïtien avec ses homologues canadiens et mexicains. « Nous attendons plus du gouvernement haïtien en matière de reconstruction et de transparence » a prévenu la secrétaire d'Etat américaine qui a également laisser planer l'ombre d'un gel des avoirs haïtiens. L'ambassadeur américain à Port-au-Prince a, lui de son côté, déclaré que les Etats-Unis ne soutenaient pas l'idée d'un gouvernement provisoire en Haïti, et il a par ailleurs encouragé les candidats qui veulent contester les resultats à suivre le processus légal.
La communauté internationale attend clairement une réaction rapide du gouvernement haïtien.
http://www.rfi.fr/ameriques/20101214-presidentielle-haiti-pression-communaute-internationale-le-gouvernement