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dimanche 6 janvier 2008

Danser fait-il encore recette?

Les affiches de tous prix de la saison des fêtes égrènent leurs derniers flonflons. La période carnavalesque va prendre le pas dans le calendrier délirant de nos festivités. Entre deux discussions oiseuses sur le temps et les vicissitudes de la vie chère, se lèvent une nouvelle fois les interrogations des nostalgiques : où sont passés les bals d'antan?
Quelle est cette affaire de leve mem anlè et autres gestuelles musclées qui rythment les soirées, autrefois, strictement dansantes? Se demandent ceux qui ont plus de cinquante ans et qui l'âge aidant sont réfractaires à tout changement, déstabilisés par le moindre cillement.
Impossible de ne pas s'en étonner, si ont est un vieux de la vielle, les bons deux carreaux d'autrefois ne sont plus de mise. Comme les promenades vespérales au Champ de Mars ou les concerts au kiosque Occide Jeanty de la fanfare du Palais national. Ils appartiennent au temps passé.
Sur les pistes des night-clubs, les danseurs semblent être relégués dans un coin. Loin de l'avant-scène réservée dorénavant aux fanatiques malades, ces fans, hommes ou femmes, qui dévorent des yeux les moindres gestes des vedettes. Ces stars qui se déhanchent, transpirent et inventent à chaque bal le slogan ou la mimique qui fera la fortune de leur renommée.
Les fêtards, qu'on ne peut plus appeler danseurs, ont-il raison de revenir à chaque affiche, quel qu'en soit le prix, lever leurs mains en l'air?Ont-ils tort? On pourra en discuter longtemps, comme on le fait, des fois, sur le sexe des anges. En attendant, ceux qui fréquentent les clubs ont décidé, sans attendre l'avis des censeurs et des pharisiens, de continuer à prendre leur plaisir comme bon leur semble. Les rares danseurs ne sont-ils pas fatigués d'être quantité négligeable dans les bals? Là encore, le choix est connu.
Mieux vaut mal danser un Carimi que bien danser sur une musique rétro et puis danser coller ne fait plus avancer la danse des amours qui de nos jours, avant ou après le bal, enjolivent une sortie...La faible fréquentation de K-Dans, l'atterrissage forcé de Chill, le décollage laborieux de Still, groupes qui s'adonnent au compas love, sont éloquents du changement des goûts du public. Skah Shah ne peut remplir quatre bals d'affilés, Magnum Band, l'orchestre qui joue la musique la plus douce, ne peut retrouver ses fanatiques, Tropicana s'est abonné au leve men anlè entre deux boléros. Définitivement les temps changent.Ceux qui pensent encore que la musique dansante a de belles nuits devant elle, doivent aller se rhabiller. Le bal d'antan ne se danse plus. Il se danse autrement. Il y a toute une étude sociologique à faire sur ce fait social. On peut s'atteler à la tache ou, comportement plus aisé, s'en plaindre.
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=52778&PubDate=2008-01-04

dimanche 27 mai 2007

Coup d’envoi du festival de la musique de Jacmel

Patrick Boucard, l’un des membres du comité organisateur annonce que le record de 10 000 tambours ne sera pas battu en raison des difficultés financières auxquelles sont confrontés les organisateurs.
La fondation Sant D A Jacmel (FOSAJ), à l'origine du Festival Mizik Jakmel, avait promis de réunir dix mille tambourineurs sur Congo plage, à Jacmel, lors de l'ouverture le 25 mai de la première édition, en vue de battre le record mondial de la catégorie." Nous avons bénéficié d’un grand support du gouvernement et de la présidence, mais nous n’avons pu avoir un appui important du secteur privé", soutient M. Boucard qui fait état des dépenses énormes en matière de logistique. Nous avons dû sacrifier ce record mais nous comptons réaliser un exercice de tambours avec une bande à pied souligne t-il précisant que les dispositifs de sonorisation et d’éclairage ont été installés hier.
Plusieurs artistes internationaux participeront à ce festival dont les frères Marley de la Jamaïque , des artistes en provenance du Cameroun, Simbie de la Suede, Bruce de la Nouvelle Orleans.
Le festival met en scène plus de 24 artistes de tendances différentes, haïtiens et étrangers. Des musiciens rasin, hip hop, konpa, reggae, R&B, jazz et blues attendent les festivaliers. Pas moins de 14 groupes et artistes haïtiens et une dizaine de groupes et artistes étrangers se produiront pendant plus de 24 heures.
Interrogé sur les dispositifs mis en place pour accueillir les nombreux participants à ce festival, Patrick Boucard, explique qu’il y a un partenariat avec plusieurs associations et institutions pour accueillir les visiteurs.
Source : Radio Métropole Haïti sur
http://www.metropolehaiti.com

jeudi 15 mars 2007

Haïti – Francophonie : L’artiste ivoirien Alpha Blondy « Seydou Koné » en tournée musicale

Le chanteur ivoirien du Reggae, Alpha Blondy, de son vrain nom Seydou Koné, entame, à la mi-mars 2007, une tournée musicale en Haïti dans le cadre de la Quinzaine de la Francophonie qui débutéra par un concert en plein air, au Champ de Mars (à proximité du palais présidentiel à Port-au-Prince), du pianiste et compositeur surdoué martiniquais Mario Canonge, selon les informations parvenues à l’agence en ligne AlterPresse.
L’artiste de la Côte d’Ivoire, qui devait arriver à la capitale haïtienne dans l’après-midi du 14 mars, a dû reporter son voyage pour le lendemain en raison de certaines difficultés, apprend AlterPresse de source officielle.
Suivant le calendrier établi, Alpha Blondy sera en concert, le jeudi 15 mars 2007, au Kiosque Occide Jeanty (Champ de Mars), où des milliers de spectateurs sont attendus. Le vendredi 16 mars, la star ivoirienne du Reggae donnera une autre prestation au Parc historique de la Canne à Sucre à Tabarre (nord-est de la capitale).
Depuis le début du mois de mars, Alpha Blondy est en tournée pour cinq concerts dans les Caraïbes, où il a donné, en compagnie de son groupe, le Solar System, des prestations à Pointe à Pitre (Guadeloupe) le 9 mars, à Casino Royal de St-Martin le 10 mars et à Fort De France (Martinique) le 12 mars 2007.
Premier fils d’une famille de neuf enfants, Alpha Blondy, de son vrai nom Seydou Koné, est né à Dimbokro en 1953.
Élevé par sa grand-mère, il retrouve sa mère à Korhogo en 1962 qui l’emmène à Odjenné où le mari de sa mère travaille pour la Compagnie française de Côte d’Ivoire (CFCI). Dix ans plus tard, Seydou Koné préside la section locale du Mouvement des élèves et étudiants de Côte d’Ivoire (MEECI). On l’appelle à l’époque Elvis Blondy.
En 1972, il part suivre sa seconde au lycée normal de Korhogo. Élève inscrit à l’internat, l’adolescent forme un groupe avec ses copains Price (guitare), Pop Touré (batterie) et Diallo Salia (basse). Cette formation musicale, portant la dénomination « Atomic Vibrations », joue en matinée les week-ends, pour les beaux yeux des jeunes filles du Couvent voisin Sainte-Elisabeth. A force de sécher les cours pour préparer les concerts, Seydou Koné est, à la fin de l’année, renvoyé du lycée.
Ayant séjourné aux Etats-Unis d’Amérique dans l’objectif de perfectionner son anglais, Seydou Koné, qui deviendra Alpha Blondy, continue à faire de la musique en créant un groupe. A travers ses chansons, dont « Come back Jesus » écrite au Liberia, Alpha Blondy s’est taillé une place de choix dans le monde du Reggae.
En vingt ans, soit de 1982 à 2002, Alpha Blondy a fait sortir quinze albums, dont deux « Live ».
Mais Seydou Koné ne s’arrête pas là. Il a produit, en juillet 2005, un autre microsillon baptisé « Akwaba, the very best of », ses meilleurs titres revisités.
La même année, soit en septembre 2005, Alpha Blondy a été nommé « Messager de la paix » par l’Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire. Il a, en effet, confié son "inquiétude" pour l’avenir de son pays, en crise depuis 2002.
En mai 2006, il a produit « No Child Soldiers : Alpha Blondy pour la démobilisation des enfants-soldats », une initiative de l’association Aïkah, parrainée par la star ivoirienne du Reggae, qui réunit plusieurs grands noms des musiques africaines.
En 2007, Alpha Blondy n’est pas le seul artiste à venir en Haïti dans le cadre de la célébration de la Francophonie.
Le dimanche 25 mars, le public de Port-au-Prince aura également à assister à une prestation au Champ de Mars de Luck Mervil d’origine haïtienne. Luck Mervil viendra directement du Canada, où il vit depuis plusieurs années. [do rc apr 14/03/2007 10:30]

mercredi 7 mars 2007

François Duvalier, le mal aimé... Quelqu'un a osé le faire!


Avant-propos
Le lecteur s'étonnera certainement du titre énigmatique qu'il m'a plu de donner à ce livre. Cela n'a pas été facile, je l'avoue, de trouver le qualificatif convenable, capable de répondre au souci de rendre à la fois la densité du personnage, la diversité et la profondeur de ses facettes ainsi que les contradictions qui nourrissent à son sujet des controverses inexpiables.

Mariant le substantif excessif à l'épithète antithétique, j'eusse pu l'appeler Duvalier, le tyran bien-aimé, mettant en relief la condamnation sans appel des uns et la vénération sans nuance des autres. Mais cette appellation ne couvrirait pas assez la vérité épaisse et asymétrique du personnage, ni ne restituerait complètement l'émotion confuse et trouble que suscite la seule évocation de son nom. J'eusse pu l'appeler Duvalier, le titan maudit, reprenant en premier terme cette louange posthume d'un opposant notoire, trop virulent au début du règne pour n'être pas sincère en fin de parcours. Mais, cette dénomination, elle non plus, ne projetterait qu'une lumière tamisée, impropre à un éclairage sain et impartial.

C'est que François Duvalier possédait le talent catastrophique d'inspirer l'amour jusqu'à l'adoration ou au sacrifice, et d'allumer la haine jusqu'à l'incandescence et au meurtre. Voici énoncé un paradoxe qui ne contribue nullement à simplifier l'analyse ni à dissiper le mystère qui enveloppe cette vie d'Homme d'Etat. Il déroute au contraire. Il amplifie le drame de conscience chez tous ceux qui avaient approché l'homme, pour le servir ou pour le combattre, ou seulement pour étudier son itinéraire historique.

Qu'on l'admire ou qu'on le déteste, force est de reconnaître que, dans le sillage de Dumarsais ESTIME, François DUVALIER demeure le président haitien qui a lancé Haiti sur la voie de la modernité. Avec la création du CONADEP destiné à devenir le Ministère du Plan, Duvalier sort Haiti de la routine et de l'improvisation pour l'installer une fois pour toutes dans l'ère de la planification et des plans quinquennaux. Le Service des Contributions qui se transformera en Direction Générale des Impôts (D.G.I.) va quitter la promiscuité poussiéreuse et étouffante d'un minuscule bureau (du temps où le service s'appelait Bureau des Contributions), pour emménager dans un véritable palais moderne digne d'une telle institution publique. Le Télécom S.A.M. vient, au milieu des années 60, moderniser ce secteur qui n'offrait que de rares téléphones asthmatiques à quelques rares privilégiés. En ces temps - bien sûr dépassés - où l'Etat se croyait bon gestionnaire, les Entreprises Mixtes voyaient le jour et imprimaient une dynamique déterminante à maints services d'intérêt public : le Ciment d'Haïti, la Minoterie d'Haïti, l'OAVCT, l'APN, l'AAN, la TELECO....etc. Toutes ces entités qu'en ce début du 21ème siècle, on a tendance à privatiser ou à brader ont vu le jour grâce à la vision de François Duvalier. Sans compter les organismes à vocation sociale : l'OFATMA, l'Institut National du Bien-Etre Social, l'ONA... etc.

Duvalier a également électrifié une grande partie du pays en faisant tourner des turbines sur le barrage hydro-électrique de Péligre érigé par Magloire. Depuis les Duvalier père et fils, le fils poursuivant dans une certaine mesure l'oeuvre du père, aucun investissement n'a été effectué dans ce secteur, ce qui nous vaut depuis longtemps deux heures de courant par jour ou tous les deux jours à la capitale, alors que sous le régime de « La Révolution au Pouvoir », comme on disait à l'époque, on ne connaissait, et en saison sèche seulement, qu'une heure de black-out par jour.

Les maigres moyens haïtiens, démultipliés par la volonté prométhéenne de F. Duvalier, ont construit l'Aéroport International Dr François Duvalier de Port-au-Prince. Cette oeuvre herculéenne a désenclavé le pays et lavé les nationaux de la gifle d'une obligatoire escale dominicaine, chaque fois qu'ils projetaient de voyager par avion vers l'Amérique ou l'Europe. Il est quand même étonnant - si ce n'est ridicule - que se refusant à perpétuer un hommage exigé par la probité et l'histoire, on ait, au lendemain de 1986, débaptisé cet ouvrage capital, pour l'affubler du nom d'un ministre de la Justice qui n'avait à son actif que l'exploit de s'être fait assassiner dans un coin de rue. Heureusement le nom de Toussaint Louverture est venu, encore une fois, rétablir l'échelle des valeurs et un certain équilibre des grandeurs. Bref, après François Duvalier, en dehors de l'intermède de son fils qui a desserré l'étau sur une parole démocratique qui avait tardé à s'exprimer librement, on ne peut vraiment affirmer que quelque chose d'imposant ait surgi sur le sol d'Haïti.

Voilà une vérité bien hardie, impatiente de se dresser devant les mensonges étincelants d'une clameur suggérée et manipulée. Elle émerge de plus en plus. Elle surgit au carrefour de toutes les nostalgies et impatiences et déceptions de la conjoncture des années 2000- 2006. Prudemment certes, car les passions ne sont pas encore éteintes. Surtout qu'elles sont entretenues par ceux-là que dérange une tendance automatique et généralisée à comparer deux époques et deux expériences politiques.

Cette confrontation inévitable tourne à l'avantage de la dynamique duvaliérienne au détriment de l'anarcho-populisme lavalassien. Et l'on comprend que la classe politique et la société civile, qui dominent l'échiquier et les médias depuis 20 ans, artisans dépités de « l'ordre lavalassien », s'évertuent à se dédouaner, en recherchant en dehors de ce dernier un bouc émissaire responsable des malheurs actuels du pays.

Trente cinq ans après la mort de François Duvalier, on ne se lasse pas de parler de lui au présent, tant les empreintes de son passage ont marqué les esprits et les consciences. Certains, certes, s'acharnent à lui attribuer toutes les turpitudes de ses prédécesseurs et successeurs, comme s'il avait dirigé Haiti dans le presqu'aujourd'hui et depuis l'Indépendance. Ceci n'emêche que la population dans son quasi-ensemble le cite de plus en plus à l'honneur pour le leçon de compétence, de fierté et de dignité qu'il a laissée à nos gouvernants et au peuple haitien.

Au moment où la vérité perce l'écran opaque des nuages et que peu à peu s'essouffle l'idéologie d'ostracisme et d'exclusion à ce point dominante en 1987 qu'elle a réussi à polluer la noblesse d'un texte constitutionnel, il devient opportun de raconter courageusement une histoire d'homme, sans fard ni acrimonie, sans toutefois la présomption de vider le sujet. L'honnêteté consisterait à présenter l'homme dans ses dimensions multiformes, avec ses lumières et ses ombres, ses vérités et ses faces cachées, ses grandeurs et ses petitesses...

Il faut aller au-delà d'une subjectivité résiduelle qui continue d'opérer une distorsion des faits et renvoie aux calendes grecques les accents sincères du « dialogue national » et les premiers gestes authentiques de la réconciliation nationale. L'historien lui-même perd ses repères...

François Duvalier se campait homme d'airain, tout entier rivé à la cause pour laquelle il combattait. Cependant son agir ne rencontrait pas toujours l'adhésion, même chez ses partisans les plus fanatiques.

Les thuriféraires du régime récusaient en silence certaines outrances du comportement et de la méthodologie politique de l'homme Ils trouvaient, par exemple, disproportionnées certaines mesures drastiques appliquées à des situations susceptibles d'être résolues plus rationnellement et avec moins de casse. Même ses fanatiques les plus frustres, bénéficiaires privilégiés de l'incontestable mobilité économique, sociale et intellectuelle enclenchée par le régime, jugeaient inapproprié de violenter les citoyens, fût-ce dans le noble dessein de les rendre plus heureux. Sa technique de répression directe et collatérale a opéré des ravages immenses, beaucoup plus dans le camp de ses partisans qu'au sein de l'opposition. Naturellement, cela tient au fait historique que la plupart des complots intérieurs avaient été fomentés par des duvaliéristes en mal de pouvoir. Et les « invasions », ainsi que les lointains et vains mouvements des exilés, provoquaient dans le pays toutes sortes de persécutions à l'encontre de leurs parents et alliés, même si ceux-ci avaient au fil du temps développé d'ostensibles et rentables attaches duvaliéristes.

Qu'on se rappelle ! A l'orée du règne, en 1959, la première levée de boucliers au Sénat s'était soldée par la dissolution du Parlement, l'arrestation ou le départ pour l'exil de grands estimistes comme Jean David, Emmanuel Moreau, Hugues Bourjeolly, Thomas Désulmé... etc, les artisans incontestables de la victoire du 22 Septembre 1957 ; la chirurgie périodique opérée dans les rangs de l'Armée frappait le plus souvent des éléments que le président avait lui-même promus ; la charrette de Lucien Daumec avait emporté un grand nombre d'inconditionnels duvaliéristes ; la conspiration du colonel Honorat, que le président appelait son fils, avait mis sur le billot la tête de nombre de haut gradés très dévoués au régime ; même la triste équipée de Jeune Haiti avait semé un deuil cuisant au sein de la gent duvaliériste de la Grande Anse ; Barbot, le garde du corps, le fer de lance de la campagne électorale, le premier chef de la police politique, avait rameuté dans sa guérilla urbaine la plupart de ses premiers enrôlés ou compagnons, pour les jeter finalement dans les geôles ou sous la guillotine de Duvalier ; Octave Cayard amena en exil le gros du contingent de la Marine réputé duvaliériste... Et nous en passons.

Dans une certaine mesure, comme Saturne, "la Révolution mangeait ses propres fils ». Il n'est pas un seul duvaliériste, en fait, qui n'ait eu à regretter un proche, parent ou ami. A ce compte, dans le monde duvaliériste, l'amour, s'il est raisonné et quelque peu teinté de deuil, ne peut qu'être mitigé.

Du côté des opposants, on distingue deux catégories. D'abord, ceux qui ont réellement souffert du régime, dans leur chair et celle de leur famille, dans leurs affaires, leurs biens ou leur fortune. Ceux-là se font un point d'honneur hautement justifié de vilipender François Duvalier : ils lui vouent une haine féroce, professent à son endroit une aversion viscérale, presque épidermique. Ceux-là se proclament les victimes, encore qu'il faille en toute conscience et objectivité discuter du mot qui devrait le mieux définir ceux qui étaient venus d'ici ou de loin attaquer Duvalier pour le renverser ou le tuer, et qui avaient tout prosaïquement perdu la guerre et essuyé les conséquences - peut-être trop dramatiques - de la défaite. Si ces conjurés ou envahisseurs avaient réussi à mettre la main sur Duvalier et sa famille, il est peu probable qu'ils les eussent gratifiés des meilleurs cadeaux. La preuve, c'est qu'au lendemain du 7 Février 1986, ils ont littéralement détruit toute une classe, par le fer, par le feu et par le supplice du collier.

Il y a ensuite une autre catégorie, nombreuse et majoritaire, celle des braillards qui n'ont effectué que l'effort minimal de rallier une tendance à la mode et épouser les couleurs de l'environnement politique de l'après-Duvalier. N'ayant aucune raison valable d'abominer Duvalier, ils ne parviennent que difficilement à se dégager d'une secrète admiration pour ce politique pragmatique, qui a consacré une vie entière à bien étudier l'idiosyncrasie haitienne, échafauder un système politique solide et durable, arrivant, tout civil qu'il fut, à établir une dynastie en ce pays, là où nos forgeurs d'indépendance et seigneurs de la guerre avaient lamentablement échoué. Dessalines, Christophe, Pétion, Boyer, Soulouque, Geffrard..., eux tous caressaient ce rêve; mais ils n'avaient pas su maîtriser le courant de l'histoire. Duvalier réussit , et ce n'est pas de l'accuser d'être anachronique - ce qui est d'ailleurs vrai, à le regarder du haut des années 2000 - qui enlève sa valeur à l'exploit.

Et ce n'est pas non plus la seule performance qui nourrit l'admiration secrète de ses contempteurs apparents. Aujourd'hui plus qu'hier, au moment où toute grandeur se dissout et s'effondre, on s'accorde à lui reconnaître une tenue digne et fière face à la communauté internationale. Après le départ du second Duvalier, en 1986, Haiti a connu deux occupations étrangères et nos dirigeants politiques ne se gênent pas de s'agenouiller devant les diktats du plus insignifiant employé international. On dirait que nos politiciens d'à présent se désintéressent totalement d'améliorer le sort du peuple. Ce qui semble importer avant tout, c'est de se pavanner sur la scène des conférences mondiales en quête d'un satisfecit international. On se le rappelle et on le dit tout haut : du temps de François Duvalier, on ne flanait pas autant et si vainement et aucun étranger, fût-il ambassadeur de la plus grande puissance du monde, fût-il pape, ne se serait permis de s'immiscer dans les affaires intérieures de la République d'Haiti et de donner des ordres à ses dirigeants. Bien sûr, on objecterait que les temps ne sont plus les mêmes, soit. Mais le pape est toujours catholique ; la puissance hégémonique n'a changé ni de nom ni d'hémisphère. Ce n'est pas seulement de nos jours qu'elle veut imposer ses diktats. Et tout comme aujourd'hui, hier aussi le pape et autres autorités hégémoniques internationales toléraient difficilement qu'on ne céde le pas devant eux. Lorsqu'il estimait devoir défendre, consolider, étendre les acquis de sa gestion, François Duvalier ne reculait jamais. Il avait l'intrépidité d'assumer ses actes et prises de positions, quel que soit le prix politique à payer. Aussi est-il normal que, dans le secret de leur coeur, les uns et les autres regrettent de n'avoir pas le courage d'adopter certains de ses attitudes et discours, de s'inspirer de ses élans de patriotisme et de certaines de ses mesures qui avaient imposé considération et respect... Chez beaucoup de ceux qui occupent actuellement notre devant de scène, l'anti-duvaliérisme viscéral et intransigeant n'est peut-être motivé que par le dépit de ne pouvoir en ce chapitre égaler leur bête noire. A travers le monde, on affublait Duvalier d'un péjoratif PAPA DOC, mais on respectait l'haitien partout.

Ainsi donc, les apologistes de Duvalier l'aiment, tout en condamnant certaines de ses méthodes de gouvernement ; les familles des victimes traînent un héritage de haine indifférenciée, mais tous se souviennent d'une tenue qui flatte aujourd'hui leur nationalisme et leur orgueil d'haitien ; les opposants suivistes l'agonisent d'injures ronflantes, tout en l'admirant secrètement. Il est aimé, mais partout avec un bémol : il est donc MAL-AIME.

Les uns proclament sa grandeur en se détournant de la face patibulaire de ce Janus caraïbéen ; les autres le vouent aux gémonies tout en songeant à s'approprier sa baraka et ses sombres qualités politiques. On lui entonne un cantique d'amour, mais sur un ton mineur : il est donc MAL-AIME.

Tous rêvent en leur for intérieur de l'imiter, les premiers en se réclamant ouvertement de son obédience, les seconds en exorcisant d'un tribut de paroles ignominieuses leur mystérieuse et irrésistible inclination. On l'aime d'un amour presque ésotérique et clandestin, il est donc MAL-AIME.

Voici, en peu de mots, ce qui explique le titre de cet essai de restitution de l'histoire d'une époque qui suscite tant de controverses et d'interrogations.

Je me suis mis à écrire ce livre au cours de mon second exil, en République Dominicaine. Sans autre document que ma mémoire encore vivace et le lointain souvenir de quelques lectures anciennes. La Marche à la Présidence, Compilations pour l'Histoire, Mémoire d'un Leader du Tiers-Monde, Les Comédiens, Duvalier et les Tonton-Macoutes, la République Héréditaire, les Ombres d'une politique néfaste .... etc. Par la suite, d'autres lectures plus récentes me permirent de vérifier la fidélité de mes souvenirs. Et des fois, je l'avoue, je fis plus confiance à ceux-ci qu'à celles-là, tant semblait sytématique l'entreprise de distorsion des faits au profit de l'idéologie dominante de l'ostracisme et de l'exclusion.

Je sais bien à quoi est exposé ce livre. Cependant, et je n'hésite pas à me répéter, le moment semble être venu de raconter courageusement une histoire d'homme, telle qu'un contemporain, témoin privilégié, l'a vécue. Entre l'objectivité, aujourd'hui peut-être prématurée, et la subjectivité maladive qui pourrit la vérité, il y a place pour l'honnêteté. L'honnêteté, en la circonstance, consiste à présenter l'homme, avec ses lumières, ses ombres et ses faces cachées, en disant simplement ce qu'on a vu, entendu et vécu. D'autres diront ou écriront d'autres choses qui auront la vertu d'enrichir un dossier que les historiens de demain prendront en main, quand les passions se seront tues et qu'il sera devenu possible, grâce au recul du temps, de décanter le précipité des émotions individuelles et collectives, afin de libérer la vérité historique du magma des amours délirantes et éperdues, comme des haines irréductibles et inassouvies.

Dr Rony GILOT