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dimanche 18 octobre 2015

POUR UNE RÉHABILITATION DE JEAN JACQUES DESSALINES

Que dirait on de Jean Jacques Dessalines s’il vivait aujourd’hui ?

Fort heureusement d’ailleurs que le monde a bien changé. Beaucoup d’eau a bien coulé sous les ponts depuis que le monde est monde.
Sans vouloir suivre le courant révisionniste qui cherche surtout à démonter des colosses et aller jusqu’au négationnisme, j’ai souvent envie de replacer des idées d’avant dans le contexte de maintenant.
Aujourd’hui tout se retrouve enfermé et encadré dans une espèce de coffret à codes édité par ceux là qui veulent changer le monde ou imaginé par ceux là dont la vision de ce monde prend l’air de l’antichambre du paradis. Sans pleur, sans grincement de dents.
Un exemple reste la notion de « guerre propre ».
A défaut de pouvoir justifier certains conflits ou certaines interventions armées, des idéologues ont inventé ce concept qui adoucit les angles et force à accepter une certaine façon de guerroyer proprement. On avertit l’ennemi d’une attaque ou d’un raid, on identifie bien les cibles pour s’assurer que les ennemis s’y trouvent, que ce sont surtout des hommes en âge de faire la guerre, qu’il n’y ait ni femme, ni enfant ni vieillard ; que parmi les bâtiments il n’y ait ni église ni hôpital ni école, ni crèche … tout ça avant de bombarder.
Si l’attaque touche un élément de cette liste d’intouchables l’opinion condamne cette guerre qui devient sale.
Dernièrement est apparu le concept de la nationalité des considérés comme ennemis. Les russes qui interviennent en Syrie doivent bien vérifier que dans le camp de « daech » ne se trouvent pas enrôlés des citoyens russes.
Bon je ne suis pas sûr que Vladimir Poutine soit en mesure de s’élever aussi haut dans la pensée parfaite du monde idéal et arriver à se dire que les autres nationalités intégrant l’armée islamique sont irrécupérables tandis que les russes oui.
Il y en a d’autres états qui tiennent compte de cette possibilité et qui semblent vouloir extraire leurs nationaux avant de bombarder les autres.
Récemment aussi le concept violence a été revu et corrigé pour absoudre des syndicalistes qui ont pris à partie des cadres d’une très grande entreprise française. Des cadres qui ont dû échapper au lynchage en escaladant un grillage torse nu et la veste à la main après avoir été contraint d’abandonner la chemise en lambeaux entre les mains de syndicalistes agités.
Devant un tel scénario, malheur à celui qui oserait ouvertement condamner ces faits. On peut si on veut les considérer comme violents certes mais plus violente encore reste l’acte de vouloir licencier 2900 personnes.
Donc les premiers coupables de violence seraient la direction de la dite entreprise et le pseudo lynchage orchestré par les syndicalistes est en quelque sorte justifié sinon compris.
En ce 17 octobre 2015, le jour de l’anniversaire de l’assassinat de Jean Jacques Dessalines, premier chef d’état de la nation Haïtienne créée par lui-même, j’essaie de faire du passé présent et futur pour analyser son œuvre et comprendre pourquoi son nom ne figure pas parmi les grands hommes de l’histoire universelle.
Pourtant son œuvre est grandiose et devrait être cité avec une grandiloquence dithyrambique comme exemple de manifestation humaine et universelle. Qui a fait mieux que le général Jean Jacques Dessalines ?
Qui a pu insuffler un à un peuple opprimé dont l’existence a été scellée dans la partie la plus basse de la pyramide parmi les animaux inférieurs et les choses, la doctrine les rendant humains, le goût du droit à la liberté et le devoir de la conquérir au prix de sa propre vie ?
Qui dans l’histoire du monde a su infliger par son œuvre ses dons et ses compétences, le plus cuisant revers à la toute puissante armée expéditionnaire ?
Qui a su conduire au début du XIX ème siècle une révolution de nègres esclaves jusqu’à à la victoire concrétisée dans la constitution d’une République noire ?
Avec le recul je me rends compte que j’ai été endoctriné et la manipulation a eu gain de cause sur ma raison. Au lieu de vénérer Jean Jacques Dessalines je me suis accroché au personnage du précurseur, lui aussi très grand, parce que nous avons appris notre histoire rédigée par ceux que nous avions vaincus et chassés.
Si on est capable de se griser jusqu’à l’érection en lisant des phrases comme « le premier des noirs » il est évident que l’on risque de lire avec indifférence les récits dédaigneux qui présentent Jean Jacques Dessalines comme un vulgaire criminel qui s’abreuvait volontiers du sang des blancs. Et sa grande victoire sur l’armée française a été tout simplement due à un concours de circonstances dont et surtout une épidémie de fièvre jaune !
Voilà la version de l’histoire que j’ai apprise.
La version des vaincus.
La version française.
Après avoir inauguré en mai dernier une statue à la mémoire de Toussaint Louverture à la Rochelle, les autorités ont organisé une séance de travail avec des professeurs d’histoire venant d’Haïti pour élaborer des fiches pour l’enseignement au niveau des écoles en Haïti du personnage Toussaint Louverture ! Bien entendu l’esprit critique des professeurs haïtiens risquent de s’embuer devant les promesses et les dons de cahiers, crayons, livres démodés et mobiliers inadaptés.
Ainsi ce sont les français qui disent aux haïtiens ce qu’il faut retenir de la vie, l’œuvre la vision du personnage clé de notre identité de peuple. De Toussaint Louverture ! En contrepartie le nom de Dessalines est banni et si jamais on l’évoque c’est pour en faire ce criminel détestable sauvage et ignorant.
En fait Jean Jacques Dessalines, général de l’armée française (malgré elle) et chef de l’armée indigène, dans sa stratégie de guerre, n’a pas fait une guerre propre.
L’ancien esclave portant dans sa chair, dans son cœur et dans son esprit la cruelle et l’inhumaine réalité de l’esclavage, devenu révolutionnaire, chef de guerre aurait dû faire une guerre propre avec condescendance et humanité contre ceux-là qui lui ont nié cette appartenance à la race humaine et qui s’opposaient armes à la main à cette accession à l’humanité dont la liberté reste le corollaire indispensable.
Les colonisateurs qui ont fait usage de la plus bestiale des cruautés dans le traitement des esclaves ont des places dans le panthéon des grands hommes.
Qui, en dehors des descendants des aborigènes, a traité Nicolas de Ovando de criminel celui qui par traîtrise captura puis assassina Anacaona, Caonabo et bon nombre d’indigènes de l’île d’Haïti ?
Quelle étiquette posée aujourd’hui à Christophe Colomb qui avec une horde de criminels notoires et d’autres espagnols mal famés ont participé au génocide de ces indigènes de l’île, ces gens qui ne demandaient pas à être découverts ?
Devrais-je énumérer les châtiments corporels prescrits et ordonnés par les lois contre les esclaves par ceux-là même qui font de Dessalines un criminel ?
Et quid du « pacificateur de la Vendée » envoyé à Saint Domingue pour mater la révolution des esclaves ? Que dire de ce Rochambeau que l’histoire cite pour son incomparable cruauté envers les esclaves ?
Celui qui prenait un plaisir jubilatoire à faire dévorer sous ses yeux des nègres esclaves par ses chiens, n’est pas moins criminel que ceux qui utilisent les moyens à leur disposition pour se libérer pour se libérer du joug de ceux qui oppriment un groupe d’hommes se basant sur une vision raciste qui déshumanisé et chosifie au profit d’un intérêt purement mercantile ?
Jean-Jacques Dessalines était bien en avance sur ces hommes à la pensée courte et à vision adultérée qui ne pouvaient concevoir la portée de son action. Pour eux il a été beaucoup plus facile d’emprunter un raccourci que de s’aventurer dans les sentiers éclairés qui menaient vers les dimensions de son œuvre universelle.
Il avait bien avant eux compris que le jugement de la postérité risquait de lui être défavorable. Mais que pouvait valoir un jugement contre lui prononcé, face à son œuvre qui se résumait à la réhumanisation d’une race par la liberté et l’égalité ?
Dans aucune région dans le monde, existait un espace où tous les noirs pouvaient vivre libres et sans maître. La Nation noire des caraïbes s’offrait comme temple pour certains et défi pour d’autres.
Jean Jacques Dessalines en était conscient son idéal était de créer puis protéger cette nation. L’ensemble de son action restait rivé à cet objectif. Et comme il l’avait si bien dit : « peu importe le jugement de la postérité, pourvu que je sauve mon pays ».
Ceux qui ont écrit notre histoire comme ceux qui ont contribué à configurer l’esprit de ceux qui l’ont écrite, ont voulu retenir cet aspect de guerres sales dans la stratégie des actions menées par Dessalines.
Comment demander de parler et de dire du bien du chef de l’armée indigène qui a vaincu et mis en déroute la grande et toute puissante armée expéditionnaire du régime de Napoléon ?
Il faudrait un altruisme d’une valeur jusqu’à ce jour inédite pour voir la nation qui se réclame championne des droits de l’homme réhabiliter celui qui s’est révolté pour traduire en actions et en faits les préceptes de cette déclaration universelle des droits de l’homme, celui qui a refusé et répudié au péril de sa vie ce qui est reconnu aujourd’hui comme crime contre l’humanité.
Mais comme il l’avait dit, peu importe ceux qui préfèrent le juger, à défaut d’une reconnaissance universelle de ceux qui en fin de compte admettent sans hypocrisie la portée de son œuvre, nous autres citoyens de cette nation fruit de sa vision, nous avons le devoir de le placer au sommet le plus élevé du panthéon des grands hommes.
Aujourd’hui que la nation toute entière titube et cherche encore son chemin 209 ans après son sacrifice, nous les fils des descendants de Dessalines nous devons faire le voyage dans l’autre sens pour revenir aux bases et aux fondamentaux du rêve dessalinien et pour inscrire le projet-pays dans une vision et dans une procédure de marche en avant. Le pays que nous subissons aujourd’hui est aussi le fruit de notre éloignement et de notre égarement.
La solution réside dans un retour vers cet idéal et l’application des préceptes prônés par Jacques Premier.
Dr Jonas Jolivert sur http://www.jonasjolivert.net

mercredi 16 octobre 2013

MEA CULPA…EMPEREUR JEAN JACQUES DESSALINES

Chaque année, le 17 octobre, comme aujourd’hui je relis ce texte qui parle de Jean Jacques Dessalines. Je le fais religieusement en guise de mea culpa. Je ne tiens pas rigueur aux interprétations trop dirigées, orientées et rangées des faits de l’histoire écrite par les historiens. Je me moque éperdument de ceux qui ont voulu présenter et dessiner une image peu sympathique de Dessalines. Je me moque tout aussi bien de ceux qui aujourd’hui ont du mal à accepter qu’un ancien esclave ait pris le même titre que Napoléon. Il y en a même qui aurait voulu que le chef de la nation qui venait de prendre naissance nommât un gouvernement avec un premier ministre. Ceux-là qui oublient que l’on était en 1804. La liberté acquise en 1804, le projet d'indépendance et de la création de l'homme haïtien s'est arrêté à Pont Rouge en 1806, avec le premier et le plus abominable crime perpétré contre la nation haïtienne.
Il y en a qui vont à la Mecque. Moi je lis ce texte qui parle de la mort de Dessalines. D’autres vont a genou jusqu’à Saint Jacques de Compostelle. Moi je lis le récit de la mort de Dessalines. Je me sens un devoir d’expier les fautes de mes ancêtres qui avaient mal compris ce que représentait en 1804 la création d’un état indépendant par d’anciens esclaves nègres victorieux des idées à la mode et de l’oppression la plus féroce et énergique.
Serais-je un descendant de Duverger ou Vaval, de Capois La mort ou Garat, de Charlotin Macadieu ou Yayou ? Je ne le sais pas. Je n’ai ni le temps ni les moyens de fouiller. Mais je suis un haïtien. Je suis citoyen d’une NATION EPUISEE MAIS LIBRE. Je dois des mea culpa à JEAN JACQUES DESSALINES, JACQUES PREMIER, FONDATEUR DE LA PREMIERE REPUBLIQUE NOIRE.

Dans ce récit se trouve l’explication de l’état de notre nation aujourd’hui.
Compatriotes, lisez-le et faites votre mea culpa…
Jonas JOLIVERT
17/10/2010
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"Jean-Jacques Dessalines naquit semble-t-il à Cormiers (1), petite localité près de la Grande-Rivière-du-Nord, non loin du Cap, sur la plantation « Vye Kay ». Mais un doute subsiste pourtant : d'aucuns prétendent en effet qu'il aurait vu le jour en Afrique, à la Côte-de-l'Or (2) ou peut-être dans l'Artibonite, dans la paroisse de Verrettes, sur la plantation Marchand. Il vécut ensuite chez un colon blanc, Henri Duclos, propriétaire d'une caféière, jusqu'au moment où il fut acheté, tout jeune encore, par Dessalines, un noir libre, qui lui donnera son nom et lui apprit le métier de charpentier. On prétend que devenu empereur il en fera son maître d'hôtel.

Dessalines vécut une jeunesse particulièrement difficile. Ce fut un esclave rebelle, souvent marron ; son corps, dit-on, était couvert des cicatrices laissées par les verges de fer. Il se révolta constamment contre l'inégalité qui régnait à Saint-Domingue et se révéla un véritable génie militaire. Bien que dépourvu de formation intellectuelle, c'était un homme de bon sens, à l'esprit cartésien.
Après s'être joint aux esclaves insurgés contre l'autorité française de Saint-Domingue ( 1791 ), aux côtés de Boukman et de Biassou, il parvint au grade d'officier supérieur dans les bandes soudoyées par l'Espagne. Mais en 1794, après l'abolition de l'esclavage, il passa au service de la France et se signala dans la guerre contre les Anglais. Général sous les ordres de Toussaint Louverture (3), il se fit remarquer par son énergie et sa bravoure, mais aussi par une cruauté implacable. Au cours de la campagne contre le général André Rigaud ( 1799-1800 ), qui dirigeait une insurrection d'hommes de couleur, il se livra à de tels excès ( exécutions massives d'officiers et de cadres métis ) qu'aussitôt il s'attira les foudres de Toussaint Louverture : « J'ai dit d'émonder l'arbre, lui aurait lancé Toussaint, non de le déraciner. » En 1801, il écrasa la tentative d'insurrection du général noir Moïse, dans la région du Cap.
En 1802, à l'arrivée des Français commandés par le général Leclerc, il occupait dans la colonie les départements du Sud et de l'Ouest. Le 26 février 1802, au moment où les Français, maîtres de Port-au-Prince, marchaient sous les ordres du général Boudet sur la ville de Saint-Marc, Dessalines, qui la commandait, ordonna de l'incendier et mit lui-même le feu à sa maison, dont l'ameublement et la construction lui avaient coûté beaucoup d'argent. Il se dirigea ensuite vers le Mirebalais, et après la défaite de la « Crête-à-Pierrot » se soumit au général Leclerc. Rallié aux Français, il conserva son grade et son commandement. Il intrigua alors auprès de Leclerc contre Toussaint Louverture et pourchassa les insurgés avec la même férocité qu'il avait montrée quelques mois auparavant envers les Blancs ( il avait ordonné le massacre d'environ 1.200 colons ). En septembre 1802, il livra à Leclerc un autre général noir, Charles Belair, qui venait d'entrer en dissidence. Cette apparente volte-face s'explique, selon toute probabilité, par la certitude qu'avait Dessalines d'une reprise prochaine de la lutte contre les Français sous la forme d'une guerre totale d'indépendance, dont il entendait assurer seul la conduite ; ce qui supposait au préalable l'élimination de ses rivaux potentiels et ceux des chefs noirs qui, comme Toussaint Louverture, pourraient être favorables à un compromis avec les Blancs : il servait ses ennemis en attendant l'occasion de se retourner contre eux ( Cf. Jean-Marcel CHAMPION, notice biographique consacrée à Jean-Jacques Dessalines dans le Dictionnaire Napoléon, Fayard, 1989, p. 599 ). Mais après l'annonce par Napoléon du rétablissement de l'esclavage, il rejoignit les révoltés ( octobre 1802 ). Au congrès de l'Arcahaye ( 15-18 mai 1803 ), Dessalines réalisa à son profit l'unité de commandement. Le 19 novembre, à la tête de l'armée des indigènes, il imposa à Rochambeau la capitulation du Cap. Ce dernier n'eut alors d'autre choix que d'ordonner l'évacuation de l'île.
En 1803, après le départ des Français, Dessalines provoqua aussitôt le massacre de la population blanche (4) ; à l'exception des prêtres, médecins, techniciens et de quelques négrophiles. Il redonna à Saint-Domingue son nom indien d'Haïti ( Ayiti ) et, en 1804, avec l'appui de l'Angleterre, proclama l'indépendance de la nouvelle République (5).
Dessalines voulait, par une cérémonie solennelle, célébrer la proclamation de l'Indépendance, pour bien montrer qu'il fallait oublier la France. Le dimanche 1er janvier 1804, de grand matin, clairons et tambours résonnèrent de touts côtés aux Gonaives. Soldats et civils, enthousiastes, bruyants, remplirent les rues en un clin d'oeil. Le peuple afflua des campagnes, et une foule immense où femmes et jeunes filles richement parées coudoyaient les soldats, se pressa sur la place d'armes autour d'un autel de la patrie que dominait, seule, la fine et fière silhouette du palmiste de la Liberté. A sept heures, tandis qu'un soleil radieux illuminait la cité, Dessalines, entouré du brillant cortège des généraux, fendit la foule, gravit les marches de l'autel de la patrie et rappela, dans un véhément discours en créole, tous les touments que les indigènes avaient endurés sous la domination française. En terminant, il s'écriat le bras tendu : « Jurons de combattre jusqu'au dernier soupir pour l'Indépendance de notre Pays.. ». De toutes les poitrines, jaillit, formidable, accentué par la voix sèche et rageuse des canons, le serment, mille fois répété, de vivre libre ou de mourir. Quand le tumulte fut apaisé, l'adjudant-général Boisrond-Tonnerre, debout auprès de Dessalines, donna lecture de la proclamation du général en chef, et de l'Acte de l'Indépendance signé de Dessalines et des principaux officiers de l'armée. Ensuite, tandis que la foule s'écoulait par les rues de la ville, le cortège officiel se rendit au Palais du Gouvernement. Là, par un acte libre, les lieutenants de Dessalines le proclamèrent gouverneur général à vie de l'île d'Haïti, jurèrent d'obéir aveuglément aux lois émanés de son autorité, et lui donnèrent le droit de faire la paix et la guerre, et de nommer son successeur. Quelques jours plus tard, la publication de ses actes officiels dans toutes les villes et tous les bourgs d'Haïti provoqua de nouvelles réjouissances populaires. Un nouvel État était né.
Le jour de la proclamation de l'indépendance, les généraux nommèrent Dessalines gouverneur général à vie d'Haïti et, le 25 janvier, lui demandèrent de prendre le titre impérial. Ayant accepté ( 15 février ), il fut couronné à Port-au-Prince le 8 octobre sous le nom de « Jacques, Empereur Ier d'Haïti. »
Le Premier Empire haïtien ( 1804-1806 ) fut une dictature personnelle fondée sur l'armée, qui était la seule force stable du nouvel État. La constitution du 20 mai 1805 (6) conférait les pleins pouvoirs à l'Empereur, qui choisissait son successeur, mais dont la couronne n'était pas héréditaire. Son autoritarisme et sa politique économique furent à l'origine directe de sa chute. Par son autoritarisme, il perdit l'appui des chefs de l'armée qu'il inquiétait ; par sa politique économique, il déçut les Noirs et mécontenta gravement les Métis. L'unique richesse d'Haïti résidait dans l'agriculture tropicale dont les produits servaient à payer les importations en provenance des États-Unis et des Antilles anglaises, en particulier le matériel de guerre. Les cultivateurs noirs étaient soumis à une stricte discipline qui conduisit au travail salarié forcé sur les plantations. En outre, le maintien - dans un souci de rentabilité - de la grande propriété privée ou étatisée allait à l'encontre des espérances de la masse des Noirs qui, conformément aux promesses de l'Empereur, espéraient bénéficier d'une réforme agraire. Les Métis, dont la puissance foncière et les intérêts commerciaux étaient considérables, se sentirent directement menacés par une législation qui imposait la vérification des titres de propriété, la résiliation des baux passés sous l'administration coloniale et la confiscation des biens indûment occupés tandis que d'autres mesures limitaient la liberté commerciale en fixant le nombre des négociants autorisés à recevoir des cargaisons en consignation ( Cf. Jean-Marcel CHAMPION, op. cit., p. 599 ).
En 1805, il tenta vainement d'expulser le reste de l'armée française de l'ancienne colonie espagnole. En 1806, les Mulâtres se révoltèrent dans le Sud : ils accusaient Dessalines de vouloir entreprendre contre eux de nouvelles persécutions. Le 14 octobre, une insurrection se forma dans la plaine des Cayes. Dessalines mourra le 17 octobre, dans une embuscade que lui tendirent les insurgés, au Pont Rouge, à l'entrée de Port-au-Prince. Le récit de sa mort, particulièrement brutale, figure dans un article de Monsieur Edgar La Selve, paru dans le journal de voyages Le Tour du Monde en 1879 (7).
C'est à Marchand, le 16 octobre 1806, que Dessalines prit connaissance de la révolte. Ignorant que Christophe (8) eût été proclamé chef de l'insurrection, il lui écrivit de se tenir prêt à entrer en campagne. Au général Pétion (9), qui était également dans le complot, il donna l'ordre de marcher sur les Cayes à la tête des troupes de la seconde division de l'Ouest.
En sortant de Saint-Marc, Dessalines rencontra sur la grande route un de ses aides de camp, Delpêche, qui, fuyant l'insurrection, était parti du Petit-Goâve pour venir se mettre à ses côtés, et qui conseilla à l'empereur de n'approcher de Port-au-Prince qu'avec une armée imposante. Dessalines, aussi inébranlable dans ses projets que vif dans ses actions, sans lui demander aucun éclaircissement, l'appela traître, et lui ordonna de sortir de sa présence. Delpêche, mortifié, s'achemina vers Saint-Marc, y entra, changea de cheval, et poussé par une fidélité aveugle s'élança à la suite de l'empereur. Des soldats du 3e bataillon de la 4e demi-brigade le tuèrent à Lanzac.
En entrant à l'Arcahaie, Dessalines aperçut une fumée épaisse du côté du Sud : « En ce moment, dit-il, mon compère Pétion donne du feu aux révoltés ». Il envoya en avant les six compagnies de la 3e demi-brigade qu'il trouva dans le bourg, sous la conduite du colonel Thomas et du chef de bataillon Gédéon: « Vous sentez-vous le coeur, demanda-t-il à ces deux officiers, de marcher dans le sang jusqu'aux Cayes ? » et il ajouta « Le département du Sud sera bientôt une solitude telle qu'on n'y entendra même plus le chant du coq ». Thomas et Gédéon répondirent qu'il feraient leur devoir. Vers dix heures du soir, ils n'étaient plus qu'à trois kilomètres du Pont Rouge (10). Un voyageur, qui les précédait, annonça en ville que l'avant-garde de l'armée de l'empereur approchait.
Les généraux Guérin, Vaval et Yayou se portèrent ensemble au devant des soldats qui marchaient en désordre et par leurs promesses les gagnèrent à la cause des insurgés. Quant au colonel Thomas et au chef de bataillon Gédéon, on s'assura de leurs personnes : « Il n'y a pas à balancer, leur dit Guérin, choisissez entre mourir ou adhérer à la révolution. » Ils déclarèrent qu'ils ne prendraient aucune résolution avant d'avoir vu Pétion. On les conduisit au bureau de la division militaire où celui-ci se trouvait. Thomas, qui montra de l'hésitation à abandonner l'empereur, fut consigné à la place. Gédéon, qui prit franchement le parti de l'insurrection, fut placé sur-le-champ à la tête de la 3e demi-brigade rangée sur la place Vallière et à laquelle Pétion donnait un témoignage de sa confiance en ne la désarmant pas. Gédéon avertit Guérin que l'empereur lui avait recommandé de l'attendre au Pont Rouge et qu'il voulait, en arrivant, le voir de loin à ce poste. Guérin le pressa alors de se déshabiller et fit endosser son uniforme par un adjudant-major de la 21e de Léogane, qui lui ressemblait. Cet officier fut placé au Pont Rouge, afin de mieux attirer l'empereur dans le piège.
Le 17, à cinq heures du matin, sa Majesté quitta l'Arcahaie, suivie seulement de son état-major. La 4e demi-brigade, qui eût pu l'escorter, avait été renvoyée à Montrouis pour s'y faire habiller. Chemin faisant, on rencontra plusieurs habitants venant de Port-au-Prince. Questionnés sur ce qui se passait en ville, ils répondirent tous qu'il n'y avait rien d'extraordinaire. L'empereur continua à chevaucher sans soupçon. A neuf heures, à deux cents pas du Pont Rouge, l'empereur se tourna vers Boisrond-Tonnerre, qui se trouvait près de lui : « Vois-tu Gédéon au milieu du pont ? lui dit-il. Il est l'esclave de la discipline. Je le récompenserai.» Celui qu'il prenait pour Gédéon était l'adjudant qui en avait revêtu l'uniforme. « Mais, sire, observa le colonel Léger, officier du Sud faisant partie de son état-major, je me trompe singulièrement, ou ce sont des soldats du Sud.. ». « Vous voyez mal, répondit Dessalines, que seraient-ils venus chercher ici ? » Au même instant il entend le commandement d'apprêter les armes et les cris: « Halte, empereur ! Halte, empereur ! »
Avec cette impétuosité qui n'appartenait qu'à lui, Dessalines s'élance au milieu des baïonnettes. « Soldats, crie-t-il, ne me reconnaissez-vous pas ? Je suis votre empereur ! » Il saisit un coco-macaque ( un bâton ), suspendu à l'arçon de sa selle, fait le moulinet, écarte les baïonnettes qu'on lui dardait. Le sergent Duverger, de la 15e, ordonne au fusilier Garat de tirer. Celui-ci lâche son coup. L'empereur, qui n'est pas atteint, lance son cheval à toute bride. Un second coup de feu part des rangs de la 16e, et Dessalines, frappé cette fois, s'écrie: « A mon secours, Charlotin ! » ( il s'agit du colonel Charlotin Marcadieu, qui l'accompagnait dans cette tragique expédition ). Marcadieu se précipite vers son ami, veut le couvrir de son corps. Le chef d'escadron Delaunay, du Sud, lui fend la tête d'un coup de sabre. Yayou lui plongea trois fois son poignard dans la poitrine et l'acheva. Il tomba, comme une masse inerte, aux pieds de son assassin, tout ruisselant de son sang, qui avait rejailli sur ses vêtements. Les officiers qui étaient avec lui, le voyant mort, s'enfuirent, excepté Mentor, son conseiller, qui s'écria : « Le tyran est abattu ! Vive la Liberté ! Vive l'Égalité ! »
Il y eut alors une scène affreuse. On dépouilla l'empereur ; on ne lui laissa que son caleçon ; on lui coupa les doigts pour arracher plus facilement les bagues dont ses mains étaient couvertes. Yayou ordonna ensuite à quelques grenadiers d'enlever son cadavre mutilé. Les soldats obéirent avec effroi : ils disaient que Dessalines était un papa-loi. « Qui dirait, exclama Yayou, que ce petit misérable faisait trembler Haïti, il n'y a qu'un quart d'heures ! » Cette masse informe et hideuse de chair et d'os, à laquelle il ne restait aucune apparence humaine, transportée en ville, fut jetée sur la place du Gouvernement. Tandis que la populace profanait les restes défigurés du chef suprême, naguère son idole, une pauvre folle, la Défilée, vint à passer. Elle demanda quel était ce supplicié. « Dessalines.... » lui répondit-on. A ce nom, ses yeux égarés devinrent calmes ; une lueur de raison brilla dans son cerveau troublé. Elle courut chercher un sac à café, y jeta ces lambeaux pleins de sang et souillés de boue que les pourceaux errants se disputaient déjà, les porta au cimetière intérieur, et les ayant déposés sur une tombe, s'agenouilla. Pétion envoya deux soldats qui les mirent en terre sans qu'aucune cérémonie religieuse accompagnât cet enfouissement clandestin.
Une tombe sera élevée sur la fosse de Dessalines par les soins de Madame Inginac. Elle portera cette laconique inscription : ci-gît Dessalines, mort à 48 ans. Pendant plusieurs années, à la Toussaint, une main inconnue y placera un cierge allumé.
SOURCES : Thomas MADIOU, Histoire d'Haïti, rééd. Henri Deschamps, t. 3, Port-au-Prince, 1989 ; HOEFER, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours ( .. ), Paris, Firmin Didot Frères, 1855, t. XIII, pp. 909-910 ; Roger CARATINI, Dictionnaire des personnages de la Révolution, Le Pré aux Clercs, Paris 1988, pp. 229-230 ; Edgar LA SELVE, Professeur de rhétorique au Lycée National Pétion de Port-au-Prince, «La République d'Haïti, ancienne partie française de Saint-Domingue», in Le Tour du Monde, nouveau journal des voyages publié sous la direction de M. Édouard Charton et illustré par nos plus célèbres artistes, Librairie Hachette et Cie, Paris 1879, vol. XXXVIII, 2e semestre, 975e livraison, pp. 199-201 & p. 208 ; Ch. DEZOBRY & Th. BACHELET, Dictionnaire général de biographie et d'Histoire (..), Paris, Delagrave, 9ème éd., 1883, 1ère part., p. 784 ; Les hommes d'État célèbres, t. 5, De la Révolution française à la Première guerre mondiale, ouvrage publié sous la direction de François Crouzet, éd. Mazenod, Paris, 1975, p. 651; Robert CORNEVIN, Haïti, Paris, 1982; R.-A. SAINT-LOUIS, La Présociologie haïtienne ou Haïti et sa vocation nationale, Québec, 1970 ; A. METRAUX, Le Vaudou haïtien, 1958 ; Jean-Marcel CHAMPION, notice biographique consacrée à Jean-Jacques Dessalines dans le Dictionnaire Napoléon, publié sous la direction de Jean Tulard, Fayard, 1989, pp. 599-600 ; Alfred FIERRO, André PALLUEL-GUILLARD, Jean TULARD, Histoire et dictionnaire du Consulat et de l'Empire, éd. Robert Laffont, coll. bouquins, Paris, 1995, p. 720 ; Ertha PASCAL TROUILLOT, Encyclopédie biographique d’Haïti, éd. Semis, Montréal, 2001, t. 1, pp. 308-311.

vendredi 20 septembre 2013

20 septembre...Anniverssaire de Dessalines...Arrachez Dessalines de la mort

Le Nouvelliste | Publié le :19 septembre 2013
Roberson Alphonse
« C'est une anomalie de commémorer la mort et non la vie de Dessalines », tranche Paul Osny Antoine, favorable à "une révolution culturelle" pour "réapproprier l'héritage de Dessalines".
15 septembre 2013. Le soleil écrase Marchand-Dessalines, la première capitale de la République d'Haïti. Les ruines de cinq forts, construits à partir de 1805 pour défendre l'indépendance en cas de retour des Français, surplombent la ville, plantée entre les piémonts et une plaine verdoyante.
Quelques rues portent les noms de héros de l'indépendance. Dans d'autres, on trouve des logis célèbres comme celui de l'impératrice Marie-Claire Heureuse Félicité Bonheur Guillaume. Mais, dans ce haut lieu de l'histoire universelle à l'abandon, peu de gens savent que le 20 septembre ramène l'anniversaire de naissance de Jean-Jacques Dessalines. Aucune commémoration officielle n'y est prévue aux dernières nouvelles. C'est le parricide du 17 octobre 1806 qu'on commémore avec faste. Sur la vie et le projet de l'empereur Jean-Jacques Dessalines, symbole du refus de l'esclavage, on fait souvent le black-out.
« C'est une anomalie de commémorer la mort et non la vie de Dessalines », tranche Paul Osny Antoine, féru d'histoire et membre de la Fondation Dessalines. « Il faut aujourd'hui un cerveau collectif pour enclencher la révolution culturelle indispensable à la réappropriation de l'héritage de Dessalines », lâche-t-il, à l'ombre, dans la petite cour d'une maison qui fait l'angle de la rue Jacques 1 er et l'avenue Chanlate. Dans cette petite maison sans luxe recouverte de tôles, vit Joseph Dessalines. 86 ans, fils de Surpris Dessalines et de Clairomène Pericles,Joseph est un descendant du père de l'indépendance d'Haïti.
Alerte, cet octogénaire au teint clair (grimo) répète avec ostentation qu'il est de la « cinquième génération des enfants de Dessalines ». « Avant le cyclone, je vivais dans la maison de l'empereur avec mon frère Dirogène qui est mort au Canada », explique Joseph Dessalines, incapable de se souvenir de l'année de cet événement. Sur ce site, à l'angle des rues Dupuy et Jacques 1 er, où Joseph Dessalines a des souvenirs heureux, il ne reste que deux cahutes peintes de chaux destinées à des divinités vaudou. Dans son armoire, Joseph Dessalines garde des titres de propriété datés d'après 1804. Ces bouts de papiers jaunis ont été mieux gardés qu'un sabre de l'empereur passé de père en fils dans la famille. Ce sabre a été confié il y a plus de trente ans, indique-t-il, au feu député de Marchand-Dessalines, Pierre V. Etienne.
Dans un sourire, l'historien Pierre Buteau, président de la Société d'histoire et de géographie, confirme que Dessalines, selon des récits historiques, était un « grimo, un pintlé ». D'un autre côté, il soutient qu'il est important de s'approprier le projet de Dessalines. « Il avait le rêve, le projet de construire une nation dans sa pleine autonomie. Politique et économique », souligne l'historien, ajoutant que l'empereur était en dehors de la dualité noir/mulâtre. Pour lui, l'Haïtien est noir et la terre d'Haïti, terre d'affranchissement pour tous ceux qui s'enfuiraient des colonies encore debout à l'époque.
Dessalines et son projet ont souffert d'un black-out de plus de 40 ans. C'est sous la présidence de Jean Louis Pierrot (16 avril 1845- 28 février 1846) qu'on a réhabilité la mémoire de Jean-Jacques Dessalines, indique Pierre Buteau, rappelant aussi le superbe discours de Lysius Salomon allant dans le même sens.
Si le fondateur d'Haïti a été réhabilité par Pierrot, ce n'est que sous Sténio Vincent (15 mai 1941 au 11 janvier 1946) que ses restes collectés par la folle nommée Défilé, déposés devant la résidence de Inginac puis enterrés au cimetière de St-Anne allaient être transférés au MUPANAH, à côté du palais national où ont siégé des membres d'un personnel politique « non rodé ». Des chefs très peu au fait de l'histoire ayant participé à des actes de flétrissures de la mémoire de Jean-Jacques Dessalines.
La présence de militaires étrangers fait partie de ces flétrissures, explique l'historien Pierre Buteau. « Dessalines se retourne forcément dans sa tombe à cause de la présence de la MINUSTAH », croit Pierre Buteau, engagé dans la transmission de connaissances sur Dessalines, ce géant qui n'a pas encore eu toute sa place dans l'histoire à cause d'un processus subtile de dénigrement, un héritage de la bibliothèque coloniale.
Depuis des années, une passionnée, Bayyinah Bello, entre bibliothèque et récits populaires, milite pour que l'on retienne le vécu de l'empereur, son projet. Et le 20 septembre, à Village Théodat, au numéro 4, parallèlement à des conférences d'universitaires étrangers, elle organise une fête à l'occasion de l'anniversaire de naissance de l'empereur Jean-Jacques Dessalines.
En venant dire bonne fête à "papa Dessalines", c'est, explique-t-elle dans la presse, un hommage et un début de prise en compte de l'héritage de Dessalines, de son vécu. Un heritage dilapidé que Eric Jean Baptiste, homme d'affaires, homme politique et pourfendeur de la MINUSTAH trouve dans ces mots de l'empereur: "Prenez garde à vous, nègres et mulatres. ous avez tous combattu contre le blanc. Les biens que nous avons tous acquis en versant notre sang apparatiennent à nous. J'entends qu'ils soient partagés avec équité".
Le non respect de cet appel a expliqué le 17 octobre 1806 et bien d'autres mésaventures qu'a connu et connait encore Haiti, soutient Eric Jean Baptiste, dessaliniste comme Paul Osny Antoine et d'autres membres de la Fondation Dessalines qui luttent afin d'arracher Dessalines de la mort, de l'oubli.
Roberson
Trouillot sur Dessalines Installé dans la conscience populaire comme la divinité vengeresse face aux flétrissures, face à l'indignité, rappelle Lyonel Troullot Dessalines, a été systématiquement dénigré. « C'est un héritage de la bibliothèque coloniale relayé par les premiers historiens haïtiens, eux-mêmes plus proches culturellement des discours dominants de l'époque que des masses populaires haïtiennes », soutient Lyonel Trouillot, déplorant la valorisation « des héros qui font aujourd'hui consensus aux yeux de l'Occident, qui lui sont « acceptables », comme si là encore nous avions besoin de son approbation ». « C'est toute l'ambiguïté que porte la figure de Toussaint Louverture, jugée plus présentable », selon l'écrivain.
« Je dirai simplement que le travail de décolonisation de nos mémoires, s'il est bien avancé, n'est toujours pas fini. Nous aurions tort de croire que le référent d'un discours épique caribéen s'impose comme une évidence. Les porteurs de la rupture politique, sociale, culturelle avec le système colonial esclavagiste ne sont pas forcément ceux que nous vénérons le plus, et le panthéon fixé par la littérature et l'histoire officielles ne correspond pas forcément au panthéon de la mémoire et de la mythologie populaires », souligne Lyonel Trouillot.
Son combat est clair.
« Dans l'épopée à construire, la rupture avec le fait colonial ne saurait être négociable, au moins sur le plan symbolique, indépendamment des stratégies politiques imposées par l'histoire ou choisies par les peuples. Et pour atteindre l'épique, il y a toute une historiographie à faire tomber de son socle », soutient Lyonel Trouillot dans « L'épopée collective de la Caraïbe : avec quoi construire notre chant général ».
http://lenouvelliste.com/article4.php?newsid=121492

lundi 17 octobre 2011

MEA CULPA…EMPEREUR JACQUES PREMIER !

Encore un autre 17 octobre ! 
Comme chaque année je me réveille avec la gueule de bois. Encore abasourdi par l’ivresse de cet épisode de non-sens qui ne cesse de me hanter. Et toujours la même question qui revient et qui résonne dans une cacophonie démente : Comment ont-ils pu ? Comment ont-ils pu oser tirer sur l’empereur ? Comment quelqu’un, un être humain, un haïtien,  a-t-il pu, sans trembler de peur, décharger son arme contre Jean-Jacques Dessalines Le Grand ? Et que dire ceux qui ont parachevé leur œuvre macabre à coups de machettes ?
Depuis des années je relis avec la disposition du pénitent le texte de Thomas Madiou qui relate les faits autour de l’assassinat de Jacques Premier. J’encaisse cette horreur comme une flagellation spirituelle. En espérant que celle-ci invente une certaine vertu me permettant d’expier ma faute. Je le lis et refais une expérience vécue lors de lecture du texte de la « Passion du Christ » de notre manuel « LECTURE COURANTE » des Frères de l’Instruction Chrétienne.
C’est sans nul doute l’épisode la plus triste de l’histoire du pays. 205 ans plus tard on a compris que cet épisode marquait aussi la fin d’un rêve, la fin d’un idéal, la fin de la genèse d’une grande Nation.
Je ne sais plus comment le peuple haïtien considère, appréhende et conceptualise la mort de Jean Jacques Dessalines. Personnellement je l’intègre comme un triste moment de deuil national. Une occasion pour chaque haïtien de faire un geste d’introspection et de battre sa coulpe devant l’échec annoncé par la mort de celui qui avait rêvé et qui avait vu grand.
Le 17 octobre 1806, marquait le début de notre descente en enfer, la fin de l’épopée menée par nos ancêtres.
En quête de cohésion pour retrouver le chemin et déjouer à travers la machine du temps les plans des traitres de Pont Rouge, il est indispensable que tous les haïtiens reconnaissent  que nous sommes tous concernés par l’état actuel du pays et comme nous le sommes aussi dans la recherche et l’application des bonnes solutions. Le 17 octobre est une date propice à des réflexions de ce genre !

dimanche 17 octobre 2010

JEAN JACQUES DESSALINES...MEA CULPA

Chaque année, le 17 octobre, comme aujourd’hui je relis ce texte qui parle de Jean Jacques Dessalines. Je le fais religieusement en guise de mea culpa. Je ne tiens pas rigueur aux interprétations trop dirigées, orientées et rangées des faits de l’histoire écrite par les historiens. Je me moque éperdument de ceux qui ont voulu présenter et dessiner une image peu sympathique de Dessalines. Je me moque tout aussi bien de ceux qui aujourd’hui ont du mal à accepter qu’un ancien esclave ait pris le même titre que Napoléon. Il y en a même qui aurait voulu que le chef de la nation qui venait de prendre naissance nommât un gouvernement avec un premier ministre. Ceux-là qui oublient que l’on était en 1804. La liberté acquise en 1804, le projet d'indépendance et de la création de l'homme haïtien s'est arrêté à Pont Rouge en 1806, avec le premier et le plus abominable crime perpétré contre la nation haïtienne.


Il y en a qui vont à la Mecque. Moi je lis ce texte qui parle de la mort de Dessalines. D’autres vont a genou jusqu’à Saint Jacques de Compostelle. Moi je lis le récit de la mort de Dessalines. Je me sens un devoir d’expier les fautes de mes ancêtres qui avaient mal compris ce que représentait en 1804 la création d’un état indépendant par d’anciens esclaves nègres victorieux des idées à la mode et de l’oppression la plus féroce et énergique.

Serais-je un descendant de Duverger ou Vaval, de Capois La mort ou Garat, de Charlotin Macadieu ou Yayou ? Je ne le sais pas. Je n’ai ni le temps ni les moyens de fouiller. Mais je suis un haïtien. Je suis citoyen d’une NATION EPUISEE MAIS LIBRE. Je dois des mea culpa à JEAN JACQUES DESSALINES, JACQUES PREMIER, FONDATEUR DE LA PREMIER REPUBLIQUE NOIRE.

Dans ce récit se trouve l’explication à l’état de notre nation aujourd’hui.
Lisez-le et faites votre mea culpa…
Jonas JOLIVERT
17/10/2010
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"Jean-Jacques Dessalines naquit semble-t-il à Cormiers (1), petite localité près de la Grande-Rivière-du-Nord, non loin du Cap, sur la plantation « Vye Kay ». Mais un doute subsiste pourtant : d'aucuns prétendent en effet qu'il aurait vu le jour en Afrique, à la Côte-de-l'Or (2) ou peut-être dans l'Artibonite, dans la paroisse de Verrettes, sur la plantation Marchand. Il vécut ensuite chez un colon blanc, Henri Duclos, propriétaire d'une caféière, jusqu'au moment où il fut acheté, tout jeune encore, par Dessalines, un noir libre, qui lui donnera son nom et lui apprit le métier de charpentier. On prétend que devenu empereur il en fera son maître d'hôtel.

Dessalines vécut une jeunesse particulièrement difficile. Ce fut un esclave rebelle, souvent marron ; son corps, dit-on, était couvert des cicatrices laissées par les verges de fer. Il se révolta constamment contre l'inégalité qui régnait à Saint-Domingue et se révéla un véritable génie militaire. Bien que dépourvu de formation intellectuelle, c'était un homme de bon sens, à l'esprit cartésien.
Après s'être joint aux esclaves insurgés contre l'autorité française de Saint-Domingue ( 1791 ), aux côtés de Boukman et de Biassou, il parvint au grade d'officier supérieur dans les bandes soudoyées par l'Espagne. Mais en 1794, après l'abolition de l'esclavage, il passa au service de la France et se signala dans la guerre contre les Anglais. Général sous les ordres de Toussaint Louverture (3), il se fit remarquer par son énergie et sa bravoure, mais aussi par une cruauté implacable. Au cours de la campagne contre le général André Rigaud ( 1799-1800 ), qui dirigeait une insurrection d'hommes de couleur, il se livra à de tels excès ( exécutions massives d'officiers et de cadres métis ) qu'aussitôt il s'attira les foudres de Toussaint Louverture : « J'ai dit d'émonder l'arbre, lui aurait lancé Toussaint, non de le déraciner. » En 1801, il écrasa la tentative d'insurrection du général noir Moïse, dans la région du Cap.
En 1802, à l'arrivée des Français commandés par le général Leclerc, il occupait dans la colonie les départements du Sud et de l'Ouest. Le 26 février 1802, au moment où les Français, maîtres de Port-au-Prince, marchaient sous les ordres du général Boudet sur la ville de Saint-Marc, Dessalines, qui la commandait, ordonna de l'incendier et mit lui-même le feu à sa maison, dont l'ameublement et la construction lui avaient coûté beaucoup d'argent. Il se dirigea ensuite vers le Mirebalais, et après la défaite de la « Crête-à-Pierrot » se soumit au général Leclerc. Rallié aux Français, il conserva son grade et son commandement. Il intrigua alors auprès de Leclerc contre Toussaint Louverture et pourchassa les insurgés avec la même férocité qu'il avait montrée quelques mois auparavant envers les Blancs ( il avait ordonné le massacre d'environ 1.200 colons ). En septembre 1802, il livra à Leclerc un autre général noir, Charles Belair, qui venait d'entrer en dissidence. Cette apparente volte-face s'explique, selon toute probabilité, par la certitude qu'avait Dessalines d'une reprise prochaine de la lutte contre les Français sous la forme d'une guerre totale d'indépendance, dont il entendait assurer seul la conduite ; ce qui supposait au préalable l'élimination de ses rivaux potentiels et ceux des chefs noirs qui, comme Toussaint Louverture, pourraient être favorables à un compromis avec les Blancs : il servait ses ennemis en attendant l'occasion de se retourner contre eux ( Cf. Jean-Marcel CHAMPION, notice biographique consacrée à Jean-Jacques Dessalines dans le Dictionnaire Napoléon, Fayard, 1989, p. 599 ). Mais après l'annonce par Napoléon du rétablissement de l'esclavage, il rejoignit les révoltés ( octobre 1802 ). Au congrès de l'Arcahaye ( 15-18 mai 1803 ), Dessalines réalisa à son profit l'unité de commandement. Le 19 novembre, à la tête de l'armée des indigènes, il imposa à Rochambeau la capitulation du Cap. Ce dernier n'eut alors d'autre choix que d'ordonner l'évacuation de l'île.
En 1803, après le départ des Français, Dessalines provoqua aussitôt le massacre de la population blanche (4) ; à l'exception des prêtres, médecins, techniciens et de quelques négrophiles. Il redonna à Saint-Domingue son nom indien d'Haïti ( Ayiti ) et, en 1804, avec l'appui de l'Angleterre, proclama l'indépendance de la nouvelle République (5).
Dessalines voulait, par une cérémonie solennelle, célébrer la proclamation de l'Indépendance, pour bien montrer qu'il fallait oublier la France. Le dimanche 1er janvier 1804, de grand matin, clairons et tambours résonnèrent de touts côtés aux Gonaives. Soldats et civils, enthousiastes, bruyants, remplirent les rues en un clin d'oeil. Le peuple afflua des campagnes, et une foule immense où femmes et jeunes filles richement parées coudoyaient les soldats, se pressa sur la place d'armes autour d'un autel de la patrie que dominait, seule, la fine et fière silhouette du palmiste de la Liberté. A sept heures, tandis qu'un soleil radieux illuminait la cité, Dessalines, entouré du brillant cortège des généraux, fendit la foule, gravit les marches de l'autel de la patrie et rappela, dans un véhément discours en créole, tous les touments que les indigènes avaient endurés sous la domination française. En terminant, il s'écriat le bras tendu : « Jurons de combattre jusqu'au dernier soupir pour l'Indépendance de notre Pays.. ». De toutes les poitrines, jaillit, formidable, accentué par la voix sèche et rageuse des canons, le serment, mille fois répété, de vivre libre ou de mourir. Quand le tumulte fut apaisé, l'adjudant-général Boisrond-Tonnerre, debout auprès de Dessalines, donna lecture de la proclamation du général en chef, et de l'Acte de l'Indépendance signé de Dessalines et des principaux officiers de l'armée. Ensuite, tandis que la foule s'écoulait par les rues de la ville, le cortège officiel se rendit au Palais du Gouvernement. Là, par un acte libre, les lieutenants de Dessalines le proclamèrent gouverneur général à vie de l'île d'Haïti, jurèrent d'obéir aveuglément aux lois émanés de son autorité, et lui donnèrent le droit de faire la paix et la guerre, et de nommer son successeur. Quelques jours plus tard, la publication de ses actes officiels dans toutes les villes et tous les bourgs d'Haïti provoqua de nouvelles réjouissances populaires. Un nouvel État était né.
Le jour de la proclamation de l'indépendance, les généraux nommèrent Dessalines gouverneur général à vie d'Haïti et, le 25 janvier, lui demandèrent de prendre le titre impérial. Ayant accepté ( 15 février ), il fut couronné à Port-au-Prince le 8 octobre sous le nom de « Jacques, Empereur Ier d'Haïti. »
Le Premier Empire haïtien ( 1804-1806 ) fut une dictature personnelle fondée sur l'armée, qui était la seule force stable du nouvel État. La constitution du 20 mai 1805 (6) conférait les pleins pouvoirs à l'Empereur, qui choisissait son successeur, mais dont la couronne n'était pas héréditaire. Son autoritarisme et sa politique économique furent à l'origine directe de sa chute. Par son autoritarisme, il perdit l'appui des chefs de l'armée qu'il inquiétait ; par sa politique économique, il déçut les Noirs et mécontenta gravement les Métis. L'unique richesse d'Haïti résidait dans l'agriculture tropicale dont les produits servaient à payer les importations en provenance des États-Unis et des Antilles anglaises, en particulier le matériel de guerre. Les cultivateurs noirs étaient soumis à une stricte discipline qui conduisit au travail salarié forcé sur les plantations. En outre, le maintien - dans un souci de rentabilité - de la grande propriété privée ou étatisée allait à l'encontre des espérances de la masse des Noirs qui, conformément aux promesses de l'Empereur, espéraient bénéficier d'une réforme agraire. Les Métis, dont la puissance foncière et les intérêts commerciaux étaient considérables, se sentirent directement menacés par une législation qui imposait la vérification des titres de propriété, la résiliation des baux passés sous l'administration coloniale et la confiscation des biens indûment occupés tandis que d'autres mesures limitaient la liberté commerciale en fixant le nombre des négociants autorisés à recevoir des cargaisons en consignation ( Cf. Jean-Marcel CHAMPION, op. cit., p. 599 ).
En 1805, il tenta vainement d'expulser le reste de l'armée française de l'ancienne colonie espagnole. En 1806, les Mulâtres se révoltèrent dans le Sud : ils accusaient Dessalines de vouloir entreprendre contre eux de nouvelles persécutions. Le 14 octobre, une insurrection se forma dans la plaine des Cayes. Dessalines mourra le 17 octobre, dans une embuscade que lui tendirent les insurgés, au Pont Rouge, à l'entrée de Port-au-Prince. Le récit de sa mort, particulièrement brutale, figure dans un article de Monsieur Edgar La Selve, paru dans le journal de voyages Le Tour du Monde en 1879 (7).
C'est à Marchand, le 16 octobre 1806, que Dessalines prit connaissance de la révolte. Ignorant que Christophe (8) eût été proclamé chef de l'insurrection, il lui écrivit de se tenir prêt à entrer en campagne. Au général Pétion (9), qui était également dans le complot, il donna l'ordre de marcher sur les Cayes à la tête des troupes de la seconde division de l'Ouest.
En sortant de Saint-Marc, Dessalines rencontra sur la grande route un de ses aides de camp, Delpêche, qui, fuyant l'insurrection, était parti du Petit-Goâve pour venir se mettre à ses côtés, et qui conseilla à l'empereur de n'approcher de Port-au-Prince qu'avec une armée imposante. Dessalines, aussi inébranlable dans ses projets que vif dans ses actions, sans lui demander aucun éclaircissement, l'appela traître, et lui ordonna de sortir de sa présence. Delpêche, mortifié, s'achemina vers Saint-Marc, y entra, changea de cheval, et poussé par une fidélité aveugle s'élança à la suite de l'empereur. Des soldats du 3e bataillon de la 4e demi-brigade le tuèrent à Lanzac.
En entrant à l'Arcahaie, Dessalines aperçut une fumée épaisse du côté du Sud : « En ce moment, dit-il, mon compère Pétion donne du feu aux révoltés ». Il envoya en avant les six compagnies de la 3e demi-brigade qu'il trouva dans le bourg, sous la conduite du colonel Thomas et du chef de bataillon Gédéon: « Vous sentez-vous le coeur, demanda-t-il à ces deux officiers, de marcher dans le sang jusqu'aux Cayes ? » et il ajouta « Le département du Sud sera bientôt une solitude telle qu'on n'y entendra même plus le chant du coq ». Thomas et Gédéon répondirent qu'il feraient leur devoir. Vers dix heures du soir, ils n'étaient plus qu'à trois kilomètres du Pont Rouge (10). Un voyageur, qui les précédait, annonça en ville que l'avant-garde de l'armée de l'empereur approchait.
Les généraux Guérin, Vaval et Yayou se portèrent ensemble au devant des soldats qui marchaient en désordre et par leurs promesses les gagnèrent à la cause des insurgés. Quant au colonel Thomas et au chef de bataillon Gédéon, on s'assura de leurs personnes : « Il n'y a pas à balancer, leur dit Guérin, choisissez entre mourir ou adhérer à la révolution. » Ils déclarèrent qu'ils ne prendraient aucune résolution avant d'avoir vu Pétion. On les conduisit au bureau de la division militaire où celui-ci se trouvait. Thomas, qui montra de l'hésitation à abandonner l'empereur, fut consigné à la place. Gédéon, qui prit franchement le parti de l'insurrection, fut placé sur-le-champ à la tête de la 3e demi-brigade rangée sur la place Vallière et à laquelle Pétion donnait un témoignage de sa confiance en ne la désarmant pas. Gédéon avertit Guérin que l'empereur lui avait recommandé de l'attendre au Pont Rouge et qu'il voulait, en arrivant, le voir de loin à ce poste. Guérin le pressa alors de se déshabiller et fit endosser son uniforme par un adjudant-major de la 21e de Léogane, qui lui ressemblait. Cet officier fut placé au Pont Rouge, afin de mieux attirer l'empereur dans le piège.
Le 17, à cinq heures du matin, sa Majesté quitta l'Arcahaie, suivie seulement de son état-major. La 4e demi-brigade, qui eût pu l'escorter, avait été renvoyée à Montrouis pour s'y faire habiller. Chemin faisant, on rencontra plusieurs habitants venant de Port-au-Prince. Questionnés sur ce qui se passait en ville, ils répondirent tous qu'il n'y avait rien d'extraordinaire. L'empereur continua à chevaucher sans soupçon. A neuf heures, à deux cents pas du Pont Rouge, l'empereur se tourna vers Boisrond-Tonnerre, qui se trouvait près de lui : « Vois-tu Gédéon au milieu du pont ? lui dit-il. Il est l'esclave de la discipline. Je le récompenserai.» Celui qu'il prenait pour Gédéon était l'adjudant qui en avait revêtu l'uniforme. « Mais, sire, observa le colonel Léger, officier du Sud faisant partie de son état-major, je me trompe singulièrement, ou ce sont des soldats du Sud.. ». « Vous voyez mal, répondit Dessalines, que seraient-ils venus chercher ici ? » Au même instant il entend le commandement d'apprêter les armes et les cris: « Halte, empereur ! Halte, empereur ! »
Avec cette impétuosité qui n'appartenait qu'à lui, Dessalines s'élance au milieu des baïonnettes. « Soldats, crie-t-il, ne me reconnaissez-vous pas ? Je suis votre empereur ! » Il saisit un coco-macaque ( un bâton ), suspendu à l'arçon de sa selle, fait le moulinet, écarte les baïonnettes qu'on lui dardait. Le sergent Duverger, de la 15e, ordonne au fusilier Garat de tirer. Celui-ci lâche son coup. L'empereur, qui n'est pas atteint, lance son cheval à toute bride. Un second coup de feu part des rangs de la 16e, et Dessalines, frappé cette fois, s'écrie: « A mon secours, Charlotin ! » ( il s'agit du colonel Charlotin Marcadieu, qui l'accompagnait dans cette tragique expédition ). Marcadieu se précipite vers son ami, veut le couvrir de son corps. Le chef d'escadron Delaunay, du Sud, lui fend la tête d'un coup de sabre. Yayou lui plongea trois fois son poignard dans la poitrine et l'acheva. Il tomba, comme une masse inerte, aux pieds de son assassin, tout ruisselant de son sang, qui avait rejailli sur ses vêtements. Les officiers qui étaient avec lui, le voyant mort, s'enfuirent, excepté Mentor, son conseiller, qui s'écria : « Le tyran est abattu ! Vive la Liberté ! Vive l'Égalité ! »
Il y eut alors une scène affreuse. On dépouilla l'empereur ; on ne lui laissa que son caleçon ; on lui coupa les doigts pour arracher plus facilement les bagues dont ses mains étaient couvertes. Yayou ordonna ensuite à quelques grenadiers d'enlever son cadavre mutilé. Les soldats obéirent avec effroi : ils disaient que Dessalines était un papa-loi. « Qui dirait, exclama Yayou, que ce petit misérable faisait trembler Haïti, il n'y a qu'un quart d'heures ! » Cette masse informe et hideuse de chair et d'os, à laquelle il ne restait aucune apparence humaine, transportée en ville, fut jetée sur la place du Gouvernement. Tandis que la populace profanait les restes défigurés du chef suprême, naguère son idole, une pauvre folle, la Défilée, vint à passer. Elle demanda quel était ce supplicié. « Dessalines.... » lui répondit-on. A ce nom, ses yeux égarés devinrent calmes ; une lueur de raison brilla dans son cerveau troublé. Elle courut chercher un sac à café, y jeta ces lambeaux pleins de sang et souillés de boue que les pourceaux errants se disputaient déjà, les porta au cimetière intérieur, et les ayant déposés sur une tombe, s'agenouilla. Pétion envoya deux soldats qui les mirent en terre sans qu'aucune cérémonie religieuse accompagnât cet enfouissement clandestin.
Une tombe sera élevée sur la fosse de Dessalines par les soins de Madame Inginac. Elle portera cette laconique inscription : ci-gît Dessalines, mort à 48 ans. Pendant plusieurs années, à la Toussaint, une main inconnue y placera un cierge allumé.
SOURCES : Thomas MADIOU, Histoire d'Haïti, rééd. Henri Deschamps, t. 3, Port-au-Prince, 1989 ; HOEFER, Nouvelle biographie générale depuis les temps les plus reculés jusqu'à nos jours ( .. ), Paris, Firmin Didot Frères, 1855, t. XIII, pp. 909-910 ; Roger CARATINI, Dictionnaire des personnages de la Révolution, Le Pré aux Clercs, Paris 1988, pp. 229-230 ; Edgar LA SELVE, Professeur de rhétorique au Lycée National Pétion de Port-au-Prince, «La République d'Haïti, ancienne partie française de Saint-Domingue», in Le Tour du Monde, nouveau journal des voyages publié sous la direction de M. Édouard Charton et illustré par nos plus célèbres artistes, Librairie Hachette et Cie, Paris 1879, vol. XXXVIII, 2e semestre, 975e livraison, pp. 199-201 & p. 208 ; Ch. DEZOBRY & Th. BACHELET, Dictionnaire général de biographie et d'Histoire (..), Paris, Delagrave, 9ème éd., 1883, 1ère part., p. 784 ; Les hommes d'État célèbres, t. 5, De la Révolution française à la Première guerre mondiale, ouvrage publié sous la direction de François Crouzet, éd. Mazenod, Paris, 1975, p. 651; Robert CORNEVIN, Haïti, Paris, 1982; R.-A. SAINT-LOUIS, La Présociologie haïtienne ou Haïti et sa vocation nationale, Québec, 1970 ; A. METRAUX, Le Vaudou haïtien, 1958 ; Jean-Marcel CHAMPION, notice biographique consacrée à Jean-Jacques Dessalines dans le Dictionnaire Napoléon, publié sous la direction de Jean Tulard, Fayard, 1989, pp. 599-600 ; Alfred FIERRO, André PALLUEL-GUILLARD, Jean TULARD, Histoire et dictionnaire du Consulat et de l'Empire, éd. Robert Laffont, coll. bouquins, Paris, 1995, p. 720 ; Ertha PASCAL TROUILLOT, Encyclopédie biographique d’Haïti, éd. Semis, Montréal, 2001, t. 1, pp. 308-311.
http://webu2.upmf-grenoble.fr/Haiti/Dessalines.htm

dimanche 18 octobre 2009

Le 17 octobre, le départ vers le pire : La chronique hebdomadaire de l’écrivain Lyonel Trouillot

Mardi 13 octobre 2009, Radio Kiskeya
Quand on est animateur d’émissions, cela devient une routine de faire parler les autres. Les émissions, il en est de bonnes, il en est de mauvaises. Il est rare qu’une ou plusieurs viennent s’imposer à l’animateur comme moment fort et révélateur de quelque chose que lui-même aurait pu rater. Je remercie mes vieux amis Michel Acacia et Pierre Buteau de l’entrevue qu’ils m’ont accordée sur la signification et les effets de l’assassinat de Jean-Jacques Dessalines, le 17 0ctobre 1806. Les propos que je tiens dans les lignes qui suivent ne sont pas les leurs et n’engagent que moi, mais leurs réflexions m’ont ouvert des pistes.
On est en droit de se demander pourquoi de nombreux discours sur le 17 octobre ont cherché chez Dessalines les raisons de sa mort. Comme si la victime était nommée comme coupable, comme si Dessalines avait, soit par maladresse, soit par entêtement, mérité sa mort. L’on est aussi en droit de se demander pourquoi est-ce que l’on a peur de dire ce que l’assassinat de Dessalines vient interrompre et fonder.
Sans prendre de gants, quant à ce que la mort de l’Empereur vient interrompre, on peut noter qu’il s’agit d’un assassinat, au mieux d’un coup d’état, quant au nombre de personnes impliquées. Haïti n’a pas tué Dessalines. Des individus représentants des intérêts particuliers ont organisé sa mise à mort. Ce n’est pas souvent dans l’histoire, voire dans la vie civile, qu’assassins aient été si mollement accusés. Quelle amitié, quelle mollesse, quelle bienveillance les élites haïtienne ont montré à l’endroit des assassins de Dessalines ! Ce que l’acte est venu interrompre, un pari encore tâtonnant sur l’équité et la construction étatique d’une vision nationale.
Ce que l’acte a fondé, déjà dans ses conséquences immédiates, c’est la bataille pour le pouvoir entre factions de l’oligarchie, et l’option pétionniste ayant historiquement triomphé, dans ses conséquences à long terme, c’est un Etat très peu préoccupé de fixer le cadre politique et éthique de développement d’une société nationale.
Je reviens au mot de Louis-Joseph Janvier selon lequel « il ne lui Dessalines aura manqué que du temps ». Ce temps volé, interrompu, c’est un pays qui l’a perdu. Il faut peut-être se demander, au-delà des conflits de pouvoir, ou dans l’exercice même de ces conflits de pouvoir, quels pouvoirs, quelles visions d’Haïti ont assassiné Dessalines. Son assassinat pourrait être le premier crime politique contre Haïti. C’es peut-être pour cela que les héritiers n’aiment pas trop en parler.


http://radiokiskeya.com/spip.php?article6252

vendredi 19 octobre 2007

Le monument à la mémoire de Dessalines, souvent oublié

Les préparatifs pour la commémoration du 201 eme anniversaire de la mort du père fondateur de la patrie, Jean Jacques Dessalines, ont eu lieu au cours de la journée du 16 octobre. Comme d’habitude, à la veille du 17 octobre des équipes du ministère des travaux publics sont dépêchées sur place, au carrefour aviation, pour remettre en état les monuments érigés à la mémoire de Dessalines et de Défilée.
Des artisans et des techniciens s’activaient à nettoyer et à appliquer une nouvelle couche de peinture sur les murs de l’espace réservé au père de la patrie.
Les autorités locales et gouvernementales semblent avoir oublié Jean Jacques Dessalines, puisque l’espace qui lui est réservé sert d’habitude d’urinoir public et de décharge provisoire avait fait remarquer un riverain. Des stations de camionnettes de transport en commun et des marchandes sont les principaux occupants du pont rouge.
Ce 17 octobre la situation est différente parce que le pont rouge doit accueillir les officiels, notamment le chef de l’état qui doit selon la coutume déposer une gerbe de fleur devant le monument de Dessalines." Le traitement réservé au père fondateur de la patrie est honteux ", déclare un riverain qui a assisté au branle bas pour préparer la place.
Si le ministre de l’éducation s’était rendu aux Gonaives pour saluer, avec les élèves, la mémoire de Jean Jacques Dessalines, par contre il n’y a pas eu de grandes publicités sur les cérémonies commémoratives du 17 octobre.
Jean Jacques Dessalines, chef d’état et commandant en chef de l’armée, âgé de 48 ans, a été assassiné le 17 octobre 1806, suite à une conspiration de plusieurs hauts gradés de l’armée.
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.phtml?id=13134