Dany Laferrière L'écrivain haïtien est l'invité du Printemps du livre
Il était à Port-au-Prince, le 12 janvier 2010, quand la terre a tremblé. De ce séisme qui a ravagé son île, il a tiré un récit paru en 2011, Tout bouge autour de moi (Grasset), qui a inspiré le thème du 10e Printemps du livre. Rencontre avec l'écrivain haïtien Dany Laferrière.
D'où est venue l'idée de ce récit ?
J'ai commencé à prendre des notes immédiatement, pour ne pas dériver ni devenir fou devant un tel désastre. Il fallait que quelqu'un le fasse pour montrer la dignité des Haïtiens. Ce que je raconte, aucun média international ne l'a dit. Si je n'avais pas écrit, on aurait eu uniquement des chiffres, des images de morts, d'immeubles éventrés. On oublie de parler de reconstruction humaine.
Cela vous agace que l'on présente Haïti comme une terre maudite ?
Qu'aurait fait ce pays pour mériter d'être maudit ? Haïti a arraché son indépendance il y a 200 ans mais qui reprocherait à un esclave de vouloir vivre libre ? Après le séisme, les scènes de pillages ont été marginales. Le peuple haïtien s'est relevé, avec une énergie extraordinaire.
Selon vous, c'est la culture qui a soudé les Haïtiens face au malheur…
C'est cette culture, formée par le créole, la peinture, la musique, le vaudou, qui a structuré le peuple haïtien et l'a sorti de l'esclavage. En Haïti, il n'y a pas de quête d'identité mais un surplus d'identité.
Que raconte votre dernier livre « Chronique de la dérive douce » ?
Mon arrivée à Montréal, en 1976, quand j'ai quitté Haïti après l'assassinat d'un ami. J'ai dû apprendre les règles de ce nouveau monde où tout était différent.
Recueilli par Manuel Pavard
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
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samedi 31 mars 2012
vendredi 4 novembre 2011
Dany Laferrière et L'art presque perdu de ne rien faire
Mise à jour le vendredi 4 novembre 2011 Radio-Canada
L'art presque perdu de ne rien faire fait son entrée en librairie le 4 novembre. Un nouveau Dany Laferrière fait son entrée en librairie vendredi : L'art presque perdu de ne rien faire. Publié chez Boréal, le livre contient des réflexions de l'auteur sur divers sujets, des petites choses qui peuplent le quotidien aux grands enjeux sociétaux.
Le livre est composé de plusieurs chroniques, dont le point de départ sont les collaborations estivales de l'auteur à l'émission C'est bien meilleur le matin. L'auteur les a retravaillées, assorties et imbriquées, pour que L'art presque perdu de ne rien faire prenne corps.
« Pour moi il ne s'agit pas de prendre une collection de chroniques, il faut faire un livre avec [elles] », estime l'auteur. Selon lui, il doit y avoir à la fois de la diversité et une unité de ton, puis un enjeu clair pour que l'ensemble se tienne.
« L'enjeu de ce livre pour moi, c'est de dire vraiment aux gens que de penser, c'est excitant, c'est amusant. Réfléchir, c'est vraiment un sport, c'est quelque chose d'extrêmement agréable et en même temps, ça nous libère de la bêtise quotidienne. » — Dany Laferrière
Ainsi, l'auteur propose ses réflexions sur le monde qui l'entoure; sur le temps, la mort, le corps, l'amour, le voyage, la guerre, le pouvoir, les écrivains, l'enfance, tout en s'arrêtant sur des sujets marquants de l'actualité.
Parmi eux il aborde, entre autres, l'élection de Barack Obama, l'intervention américaine en Irak ou encore le tremblement de terre au Japon. « C'est un mélange d'éclats biographiques et de réflexions », explique Dany Laferrière.
« Il faudrait remettre en activité cette chose magnifique qui est de réfléchir sans opiner. Juste le matin, on se lève dans son lit, et on rêvasse. On essaie de prendre un sujet qui nous a amenés quelque part hier, qu'on a entendu à la radio dans les journaux à la télé et de voir qu'est-ce que nous pensons donc de cela. Gratuitement, pas pour se précipiter sur le blogue ou appeler à la radio, dans les émissions. Juste pour soi. Je crois que ce serait une jolie prière du matin. » — Dany Laferrière
Dany Laferrière en entrevue à Radio-Canada.ca S'il donne son point de vue sur plusieurs enjeux, l'écrivain affirme que sa pensée ne vaut pas plus que celle d'un autre. « J'ai des idées, mais je ne suis pas un penseur pour autant. Seulement, je mets des mois là-dessus, seulement, je réfléchis plus longuement que certains », expose-t-il. « Ne prenez pas trop au sérieux ce que je dis, parce que ce qui m'intéresse, c'est de mettre des éléments disparates ensemble pour voir ce que ça donne », ajoute l'écrivain.
Dany Laferrière affirme qu'il est difficile pour lui de qualifier ce livre, disant hésiter entre un roman des idées et un essai lyrique.
« On est toujours un. On ressent les choses, et on les pense. Dans notre société moderne, on a tendance à séparer le corps de l'esprit. Même dans l'édition, les livres qui parlent de la réflexion, ce sont des essais, les romans et la poésie sont des livres qui parlent plus du corps. Moi je ne pense pas. Je ne vois pas qu'il y a de frontière à cela. Ce n'est pas parce que je réfléchis que je ne vis pas. Et ce n'est pas parce que je bouge que je ne pense pas. » — Dany Laferrière
L'art presque perdu de ne rien faire est le premier livre publié par l'auteur chez Boréal depuis L'énigme du retour, pour lequel il a remporté le prix Médicis. Il a entre-temps publié Tout bouge autour de moi, le récit de son expérience lors du tremblement de terre en Haïti, chez Mémoire d'encrier.
Ressent-il une quelconque pression à la sortie d'un nouveau livre en tant que gagnant du prestigieux prix littéraire? « Je n'ai pas gagné le Médecis, ce sont les lecteurs qui ont gagné le Médicis. Je crois que ce sont les lecteurs qui gagnent les prix », explique Dany Laferrière, précisant que pour les lecteurs, il est plus facile de recommander un auteur qu'ils aiment lorsqu'il est reconnu de la sorte.
« Si le Médicis a un impact quelconque sur un écrivain, il ne peut être que négatif. Puisque si j'ai gagné le Médicis avec un livre qui a été écrit avant de l'avoir gagné, je ne vois pas pourquoi je changerais la manière », conclut l'écrivain.
« On m'apprend que la vie trépidante d'aujourd'hui ne peut tolérer cette perte sèche de temps qu'est la sieste, ce qui est une erreur, car cette pause dans le cours du jour nous rend plus sensibles aux autres - et moins obsédés par nous -mêmes. La sieste est une courtoisie que nous faisons à notre corps exténué par le rythme brutal de la ville. »
L'art presque perdu de ne rien faire, Éditions du Boréal, 2011
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2011/11/04/001-dany-laferriere-art-presque-perdu-rien-faire.shtml
L'art presque perdu de ne rien faire fait son entrée en librairie le 4 novembre. Un nouveau Dany Laferrière fait son entrée en librairie vendredi : L'art presque perdu de ne rien faire. Publié chez Boréal, le livre contient des réflexions de l'auteur sur divers sujets, des petites choses qui peuplent le quotidien aux grands enjeux sociétaux.
Le livre est composé de plusieurs chroniques, dont le point de départ sont les collaborations estivales de l'auteur à l'émission C'est bien meilleur le matin. L'auteur les a retravaillées, assorties et imbriquées, pour que L'art presque perdu de ne rien faire prenne corps.
« Pour moi il ne s'agit pas de prendre une collection de chroniques, il faut faire un livre avec [elles] », estime l'auteur. Selon lui, il doit y avoir à la fois de la diversité et une unité de ton, puis un enjeu clair pour que l'ensemble se tienne.
« L'enjeu de ce livre pour moi, c'est de dire vraiment aux gens que de penser, c'est excitant, c'est amusant. Réfléchir, c'est vraiment un sport, c'est quelque chose d'extrêmement agréable et en même temps, ça nous libère de la bêtise quotidienne. » — Dany Laferrière
Ainsi, l'auteur propose ses réflexions sur le monde qui l'entoure; sur le temps, la mort, le corps, l'amour, le voyage, la guerre, le pouvoir, les écrivains, l'enfance, tout en s'arrêtant sur des sujets marquants de l'actualité.
Parmi eux il aborde, entre autres, l'élection de Barack Obama, l'intervention américaine en Irak ou encore le tremblement de terre au Japon. « C'est un mélange d'éclats biographiques et de réflexions », explique Dany Laferrière.
« Il faudrait remettre en activité cette chose magnifique qui est de réfléchir sans opiner. Juste le matin, on se lève dans son lit, et on rêvasse. On essaie de prendre un sujet qui nous a amenés quelque part hier, qu'on a entendu à la radio dans les journaux à la télé et de voir qu'est-ce que nous pensons donc de cela. Gratuitement, pas pour se précipiter sur le blogue ou appeler à la radio, dans les émissions. Juste pour soi. Je crois que ce serait une jolie prière du matin. » — Dany Laferrière
Dany Laferrière en entrevue à Radio-Canada.ca S'il donne son point de vue sur plusieurs enjeux, l'écrivain affirme que sa pensée ne vaut pas plus que celle d'un autre. « J'ai des idées, mais je ne suis pas un penseur pour autant. Seulement, je mets des mois là-dessus, seulement, je réfléchis plus longuement que certains », expose-t-il. « Ne prenez pas trop au sérieux ce que je dis, parce que ce qui m'intéresse, c'est de mettre des éléments disparates ensemble pour voir ce que ça donne », ajoute l'écrivain.
Dany Laferrière affirme qu'il est difficile pour lui de qualifier ce livre, disant hésiter entre un roman des idées et un essai lyrique.
« On est toujours un. On ressent les choses, et on les pense. Dans notre société moderne, on a tendance à séparer le corps de l'esprit. Même dans l'édition, les livres qui parlent de la réflexion, ce sont des essais, les romans et la poésie sont des livres qui parlent plus du corps. Moi je ne pense pas. Je ne vois pas qu'il y a de frontière à cela. Ce n'est pas parce que je réfléchis que je ne vis pas. Et ce n'est pas parce que je bouge que je ne pense pas. » — Dany Laferrière
L'art presque perdu de ne rien faire est le premier livre publié par l'auteur chez Boréal depuis L'énigme du retour, pour lequel il a remporté le prix Médicis. Il a entre-temps publié Tout bouge autour de moi, le récit de son expérience lors du tremblement de terre en Haïti, chez Mémoire d'encrier.
Ressent-il une quelconque pression à la sortie d'un nouveau livre en tant que gagnant du prestigieux prix littéraire? « Je n'ai pas gagné le Médecis, ce sont les lecteurs qui ont gagné le Médicis. Je crois que ce sont les lecteurs qui gagnent les prix », explique Dany Laferrière, précisant que pour les lecteurs, il est plus facile de recommander un auteur qu'ils aiment lorsqu'il est reconnu de la sorte.
« Si le Médicis a un impact quelconque sur un écrivain, il ne peut être que négatif. Puisque si j'ai gagné le Médicis avec un livre qui a été écrit avant de l'avoir gagné, je ne vois pas pourquoi je changerais la manière », conclut l'écrivain.
« On m'apprend que la vie trépidante d'aujourd'hui ne peut tolérer cette perte sèche de temps qu'est la sieste, ce qui est une erreur, car cette pause dans le cours du jour nous rend plus sensibles aux autres - et moins obsédés par nous -mêmes. La sieste est une courtoisie que nous faisons à notre corps exténué par le rythme brutal de la ville. »
L'art presque perdu de ne rien faire, Éditions du Boréal, 2011
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/arts_et_spectacles/2011/11/04/001-dany-laferriere-art-presque-perdu-rien-faire.shtml
jeudi 2 septembre 2010
Haiti-Canada-Littérature : Dany Laferrière docteur honoris causa de l’Université de Rimouski
Montréal, 02 sept. 2010 [AlterPresse] --- L’Université du Québec à Rimouski (UQAR) a décerné un doctorat honoris causa au romancier canado-haitien Dany Laferrière, considéré comme un « maître à penser ».
Au cours de la cérémonie, déroulée le dimanche 30 aout dernier à l’auditorium de l’UQAR, une assistance composée du personnel de l’Université, d’étudiants, de cadres de la région et d’une délégation haïtienne, a rendu hommage de manière unanime à l’écrivain Laferrière.
La présidente de l’Uqar, Sylvie Beauchamp, a exprimé sa joie d’accueillir à Rimouski l’écrivain Laferrière. En tant que lectrice, elle considère Dany Laferrière comme son écrivain fétiche. « Votre parcours inspire… Votre contribution mérite d’être retenue. C’est pour les étudiants en étude littéraire, soutient-elle, une chance d’avoir un guide et un maître en la personne de l’auteur de L’énigme du retour (Grasset, Boréal, 2009). Modèle d’inspiration et de courage, l’exemple du parcours de Dany Laferrière portera assurément les étudiants à s’approcher de leurs rêves. »
Le recteur de l’UQAR, Monsieur Michel Ringuet, dans son discours de circonstances, a situé le contexte de cette cérémonie. En 2008, la candidature de Dany Laferrière a été proposée. Cette candidature a été acceptée à l’unanimité à la création du nouveau baccalauréat en lettres et création littéraire. Le recteur Ringuet a souligné ces points qui ont emporté l’adhésion d’Un jury de professeurs d’université :
« Dany Laferrière est un maître à penser dont il faut s’inspirer sur au moins trois plans.
Il incarne d’abord un certain idéal du français comme langue-monde. D’une langue qui est partout chez elle, sans domination brutale, de Port-au-Prince à Paris, en passant par Rimouski, et qui s’impose par la séduction. D’un français qui n’a rien d’empesé ou d’aseptisé, qui n’est pas celui que prescrivent les immortels de l’Académie française, mais un français vibrant, vivant, plein de sève, celui qui se parle au café et dans la rue, en Haïti, au Québec, en France et dans toute la francophonie. Un français qui existe bel et bien, pris isolément dans tel ou tel pays, mais qui se trouve fusionné, amalgamé, métissé, uniquement sous la plume de Dany Laferrière, dont c’est en quelque sorte la signature stylistique. Les écrivains de demain, que forme aujourd’hui l’UQAR, auront eux aussi cette obligation d’inventer une langue à part, de ‘donner un sens plus pur aux mots de la tribu’ comme le dit Mallarmé.
Si Dany Laferrière est un maître de langue, il est aussi un maître d’irrévérence, autre qualité indispensable de l’écrivain. La littérature a ceci de particulier qu’elle est peut-être la seule forme de pensée radicalement libre, capable de penser contre son temps, par delà les clichés, les stéréotypes et les idéologies. Elle est une forme de nomadisme qui échappe à la sédentarité des lieux communs, des idées toutes faites. Or, comme l’écrit Dany Laferrière, ‘Les sédentaires aiment voir le nomade réduit à l’immobilité.’
L’œuvre de Dany Laferrière est un antidote à la paresse intellectuelle, à l’engourdissement de la pensée, à un certain confort qui peut devenir une forme d’indifférence généralisée. Elle peut nous prémunir contre une fausse fatalité, celle, pour reprendre ses mots, des ‘fameux coureurs des bois’ qui ne sont plus aujourd’hui ‘que des téléspectateurs captifs’. Son œuvre recèle une forme de sagesse, parfois douloureuse, un art de vivre qui fait de la littérature autre chose qu’un jeu formel sans intérêt, une véritable école de vie, à l’image de la propriétaire de l’hôtel de Port-au-Prince où arrive le narrateur :
Sa longue expérience
de la douleur
devrait être enseignée
dans une époque
où l’on apprend tout
sauf à faire face à la tempête de la vie.
Dany Laferrière est également un maître d’écriture. Mais c’est un maître d’un genre bien particulier, puisqu’irrévérencieux. Aux apprentis écrivains, qui souhaiteraient obtenir la recette pour devenir instantanément écrivains, comme on devient instantanément une star dans certaines académies à la télévision, le narrateur de L’énigme du retour donne de sages conseils. Ainsi, par exemple à son neveu qui l’interroge sur le métier d’écrivain, auquel il aspire : ‘est-ce mieux d’écrire à la main ou à l’ordinateur ?’ ; le narrateur répond : ‘C’est toujours mieux de lire.’ C’est le type d’extrait qui pourrait servir de devise au nouveau programme de création littéraire. La création est de fait un long et douloureux apprentissage de l’humilité. De même, dans Tout bouge autour de moi, que Dany Laferrière a fait paraître à la suite du tremblement de terre de janvier dernier, il revient sur le sujet : ‘Lors de ma dernière visite à Port-au-Prince, mon neveu n’arrêtait pas de me bassiner avec des questions sur le style. Je refusais de répondre, car je crois que tout cela est lié à l’acte d’écrire. C’est-à-dire qu’on apprend à écrire en écrivant. Un bon écrivain est son propre maître.’ Cet autre extrait montre que la véritable humilité, c’est paradoxalement de connaître sa valeur. »
Dany Laferrière a pris la parole pour dire un grand merci … Il a remercié cette longue lignée de femmes, sa grand-mère, sa mère, ses tantes, sa femme, et ses trois filles, à qui il doit tout. « Cette lignée de femme qui m’ont tissé. Je leur dois ce sens du détail, cette capacité d’apprécier la vie, ce regard en profondeur. Cette dimension féminine constitue la base de mon travail d’écriture. »
« L’objectif est de faire de la vie une œuvre d’art. L’important est de retrouver sa propre chanson, et d’être avec soi-même. Car le monde a besoin de cette part intime, surtout en ces temps marqués par le bruit. Un bruit barbare et fracassant. Il faut refuser le bruit. Il faut baisser la voix, conclut Laferrière, pour arriver à cette parole méditée, pensée, réfléchie, hors temps, hors espace. Car la parole pensée et réfléchie est une action politique. »
Des extraits de Laferrière tirés de divers titres - notamment Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ?, L’odeur du café, L’énigme du retour, Tout bouge autour de moi – ont été lus et applaudis.
À cette cérémonie, a été soulignée la présence d’une délégation haïtienne composée de Fritz Deshommes, vice-recteur à la recherche de l’Université d’État d’Haïti (UEH), de boursiers haïtiens accueillis par l’Uqar, de Sandra Étienne, consultante (2e acte, Paris), de Jean-Christophe Stefanovitch, président de la Coopérative de Café Noula, de Rodney Saint-Éloi, éditeur du dernier titre de Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi. [apr 02/09/2010 11 :00]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article9934
Au cours de la cérémonie, déroulée le dimanche 30 aout dernier à l’auditorium de l’UQAR, une assistance composée du personnel de l’Université, d’étudiants, de cadres de la région et d’une délégation haïtienne, a rendu hommage de manière unanime à l’écrivain Laferrière.
La présidente de l’Uqar, Sylvie Beauchamp, a exprimé sa joie d’accueillir à Rimouski l’écrivain Laferrière. En tant que lectrice, elle considère Dany Laferrière comme son écrivain fétiche. « Votre parcours inspire… Votre contribution mérite d’être retenue. C’est pour les étudiants en étude littéraire, soutient-elle, une chance d’avoir un guide et un maître en la personne de l’auteur de L’énigme du retour (Grasset, Boréal, 2009). Modèle d’inspiration et de courage, l’exemple du parcours de Dany Laferrière portera assurément les étudiants à s’approcher de leurs rêves. »
Le recteur de l’UQAR, Monsieur Michel Ringuet, dans son discours de circonstances, a situé le contexte de cette cérémonie. En 2008, la candidature de Dany Laferrière a été proposée. Cette candidature a été acceptée à l’unanimité à la création du nouveau baccalauréat en lettres et création littéraire. Le recteur Ringuet a souligné ces points qui ont emporté l’adhésion d’Un jury de professeurs d’université :
« Dany Laferrière est un maître à penser dont il faut s’inspirer sur au moins trois plans.
Il incarne d’abord un certain idéal du français comme langue-monde. D’une langue qui est partout chez elle, sans domination brutale, de Port-au-Prince à Paris, en passant par Rimouski, et qui s’impose par la séduction. D’un français qui n’a rien d’empesé ou d’aseptisé, qui n’est pas celui que prescrivent les immortels de l’Académie française, mais un français vibrant, vivant, plein de sève, celui qui se parle au café et dans la rue, en Haïti, au Québec, en France et dans toute la francophonie. Un français qui existe bel et bien, pris isolément dans tel ou tel pays, mais qui se trouve fusionné, amalgamé, métissé, uniquement sous la plume de Dany Laferrière, dont c’est en quelque sorte la signature stylistique. Les écrivains de demain, que forme aujourd’hui l’UQAR, auront eux aussi cette obligation d’inventer une langue à part, de ‘donner un sens plus pur aux mots de la tribu’ comme le dit Mallarmé.
Si Dany Laferrière est un maître de langue, il est aussi un maître d’irrévérence, autre qualité indispensable de l’écrivain. La littérature a ceci de particulier qu’elle est peut-être la seule forme de pensée radicalement libre, capable de penser contre son temps, par delà les clichés, les stéréotypes et les idéologies. Elle est une forme de nomadisme qui échappe à la sédentarité des lieux communs, des idées toutes faites. Or, comme l’écrit Dany Laferrière, ‘Les sédentaires aiment voir le nomade réduit à l’immobilité.’
L’œuvre de Dany Laferrière est un antidote à la paresse intellectuelle, à l’engourdissement de la pensée, à un certain confort qui peut devenir une forme d’indifférence généralisée. Elle peut nous prémunir contre une fausse fatalité, celle, pour reprendre ses mots, des ‘fameux coureurs des bois’ qui ne sont plus aujourd’hui ‘que des téléspectateurs captifs’. Son œuvre recèle une forme de sagesse, parfois douloureuse, un art de vivre qui fait de la littérature autre chose qu’un jeu formel sans intérêt, une véritable école de vie, à l’image de la propriétaire de l’hôtel de Port-au-Prince où arrive le narrateur :
Sa longue expérience
de la douleur
devrait être enseignée
dans une époque
où l’on apprend tout
sauf à faire face à la tempête de la vie.
Dany Laferrière est également un maître d’écriture. Mais c’est un maître d’un genre bien particulier, puisqu’irrévérencieux. Aux apprentis écrivains, qui souhaiteraient obtenir la recette pour devenir instantanément écrivains, comme on devient instantanément une star dans certaines académies à la télévision, le narrateur de L’énigme du retour donne de sages conseils. Ainsi, par exemple à son neveu qui l’interroge sur le métier d’écrivain, auquel il aspire : ‘est-ce mieux d’écrire à la main ou à l’ordinateur ?’ ; le narrateur répond : ‘C’est toujours mieux de lire.’ C’est le type d’extrait qui pourrait servir de devise au nouveau programme de création littéraire. La création est de fait un long et douloureux apprentissage de l’humilité. De même, dans Tout bouge autour de moi, que Dany Laferrière a fait paraître à la suite du tremblement de terre de janvier dernier, il revient sur le sujet : ‘Lors de ma dernière visite à Port-au-Prince, mon neveu n’arrêtait pas de me bassiner avec des questions sur le style. Je refusais de répondre, car je crois que tout cela est lié à l’acte d’écrire. C’est-à-dire qu’on apprend à écrire en écrivant. Un bon écrivain est son propre maître.’ Cet autre extrait montre que la véritable humilité, c’est paradoxalement de connaître sa valeur. »
Dany Laferrière a pris la parole pour dire un grand merci … Il a remercié cette longue lignée de femmes, sa grand-mère, sa mère, ses tantes, sa femme, et ses trois filles, à qui il doit tout. « Cette lignée de femme qui m’ont tissé. Je leur dois ce sens du détail, cette capacité d’apprécier la vie, ce regard en profondeur. Cette dimension féminine constitue la base de mon travail d’écriture. »
« L’objectif est de faire de la vie une œuvre d’art. L’important est de retrouver sa propre chanson, et d’être avec soi-même. Car le monde a besoin de cette part intime, surtout en ces temps marqués par le bruit. Un bruit barbare et fracassant. Il faut refuser le bruit. Il faut baisser la voix, conclut Laferrière, pour arriver à cette parole méditée, pensée, réfléchie, hors temps, hors espace. Car la parole pensée et réfléchie est une action politique. »
Des extraits de Laferrière tirés de divers titres - notamment Comment faire l’amour avec un nègre sans se fatiguer ?, L’odeur du café, L’énigme du retour, Tout bouge autour de moi – ont été lus et applaudis.
À cette cérémonie, a été soulignée la présence d’une délégation haïtienne composée de Fritz Deshommes, vice-recteur à la recherche de l’Université d’État d’Haïti (UEH), de boursiers haïtiens accueillis par l’Uqar, de Sandra Étienne, consultante (2e acte, Paris), de Jean-Christophe Stefanovitch, président de la Coopérative de Café Noula, de Rodney Saint-Éloi, éditeur du dernier titre de Dany Laferrière, Tout bouge autour de moi. [apr 02/09/2010 11 :00]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article9934
vendredi 16 avril 2010
Dany Laferrière désigné Personnalité internationale de l'année
L'auteur Dany Laferrière a reçu le Prix de la Personnalité internationale de l'année, attribué conjointement par le Centre d'études et de recherche internationale de l'UdeM (Cérium) et l'émission «Une heure sur terre» de la Télévision de Radio-Canada.
Le Prix de la personnalité internationale de l'année est remis «à un Québécois dont l'activité internationale a connu un bond qualitatif dans une période récente et qui fait une contribution remarquable, dans son domaine, pour le rayonnement du Québec dans le monde ou pour une meilleure compréhension du monde par les Québécois» a expliqué le directeur exécutif du Cérium, Jean-François Lisée.
Le choix de Dany Laferrière, a ajouté Jean-François Lépine, animateur «Une heure sur terre», s'est imposé au jury : «Après un roman renversant qui lui a valu une reconnaissance exceptionnelle culminant par l'obtention du prix Médicis, Dany Laferrière, par ses interventions au moment du tremblement de terre en Haïti, a su trouver les mots pour incarner la dignité du peuple haïtien dans l'épreuve. Il a appelé à la nécessaire solidarité québécoise, en la dépouillant de tout paternalisme ou fatalisme»
L'auteur, actuellement à Port-au-Prince, a réagi par vidéo en ces termes : «Je ne peux que remercier ces deux peuples, québécois et haïtien, en apparence si dissemblables, - le feu et la glace, - mais si complémentaires, qui ont fait de moi ce que je suis, un pont entre deux cultures».
Le Prix du Cérium de la Contribution Internationale en carrière "honore une personnalité québécoise dont l'action, tout au long de sa vie, a marqué de façon exceptionnelle l'internationalisation du Québec", a expliqué Karim Benyakhlef, directeur scientifique du Cérium.
N/ Radio Métropole Haïti
Le Prix de la personnalité internationale de l'année est remis «à un Québécois dont l'activité internationale a connu un bond qualitatif dans une période récente et qui fait une contribution remarquable, dans son domaine, pour le rayonnement du Québec dans le monde ou pour une meilleure compréhension du monde par les Québécois» a expliqué le directeur exécutif du Cérium, Jean-François Lisée.
Le choix de Dany Laferrière, a ajouté Jean-François Lépine, animateur «Une heure sur terre», s'est imposé au jury : «Après un roman renversant qui lui a valu une reconnaissance exceptionnelle culminant par l'obtention du prix Médicis, Dany Laferrière, par ses interventions au moment du tremblement de terre en Haïti, a su trouver les mots pour incarner la dignité du peuple haïtien dans l'épreuve. Il a appelé à la nécessaire solidarité québécoise, en la dépouillant de tout paternalisme ou fatalisme»
L'auteur, actuellement à Port-au-Prince, a réagi par vidéo en ces termes : «Je ne peux que remercier ces deux peuples, québécois et haïtien, en apparence si dissemblables, - le feu et la glace, - mais si complémentaires, qui ont fait de moi ce que je suis, un pont entre deux cultures».
Le Prix du Cérium de la Contribution Internationale en carrière "honore une personnalité québécoise dont l'action, tout au long de sa vie, a marqué de façon exceptionnelle l'internationalisation du Québec", a expliqué Karim Benyakhlef, directeur scientifique du Cérium.
N/ Radio Métropole Haïti
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