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vendredi 25 avril 2008

Les misères de l'abondance

A Etang Bois-Neuf et sur toute la route depuis l'entrée de l'Arcahaie les lam veritab, par milliers, veulent tomber d'arbres trop chargés. Les mangues de plusieurs variétés sont comme orphelines. Pas assez de preneurs pour des récoltes abondantes. Dans un pays où l'on manifeste contre la faim, c'est un paradoxe.
Ici et là, sur la plantation où nous sommes réunis ce samedi matin à Etang Bois-Neuf, deuxième section de Saint-Marc, un jeune croque un mango à belles dents. Il y en a tellement, sous le manguier où il est assis, qui vont finir en pourriture que cela fend le coeur. Là-bas la misère et la vie chère, ici le gaspillage le plus flagrant.

C'est le lot de la province en absence d'industrie de transformation des produits agricoles.« Il en est ainsi à chaque récolte. Tout veritab yo bon menm lè et c'est la même chose pour les mangues. Les veritab ne font pas de prix au marché et les mangues, particulièrement cette saison, nous sont restées sous les bras.
Les usines qui exportent la mangue francique vers les Etats-Unis n'ont pas acheté à temps parce qu'elles ne pouvaient pas exporter et nous voilà déstabilisés. Mango ap pouri sou pye ».


C'est le président du Comité des irrigants de Bois-Neuf qui parle en ces termes. Comme si la faiblesse du système d'irrigation ne leur suffisait pas comme problème (voir Gouverner la rosée à Bois-Neuf dans Le Nouvelliste du lundi 21 avril 2008) voilà que les fruits de la terre ne portent pas fruit aux agriculteurs.
L'abondance est une entrave quand la nature est généreuse avec tous les manguiers et tous les lam veritab.« Quand il y a rareté, une douzaine de veritab se vend de 250 jusqu'à 300 gourdes. De nos jours, en pleine récolte, 12 lam valent à peine 10 gourdes », se lamente le président Wilhem Emile.
L'arbre véritable est un fruit ou un légume qui ne peut pas être conservé trop longtemps. En dépit du fait qu'il soit très répandu dans le pays et que notre terroir en produit des quantités astronomiques, nous n'en faisons rien. Il n'est pas transformé en farine ou sous une autre forme et aucun processus de conservation n'a été non plus popularisé. Quand il ne sert pas à engraisser les porcs, les surplus se perdent.

Pas étonnant, dans les provinces, particulièrement du côté de Bois-Neuf, le destin d'un superbe arbre véritable se termine de plus en plus souvent sous les coups de haches des bûcherons ou dans un four à charbon.
« Un grand arbre veritab peut fournir 5 à 6 douzaines de feuilles de planche. A trois mille cinq cents gourdes la douzaine, le propriétaire fait vite son choix. Pour son malheur, il gagne d'un coup beaucoup d'argent, mais n'en gagnera plus car l'arbre a été coupé. S'il l'avait conservé, à chaque saison, il récolterait le fruit de sa patience », nous explique Wilhem.


A deux pas de l'endroit où se déroule cette conversation, là où commence le captage qui alimente le système d'irrigation de Etang Bois-Neuf, là où l'eau est abondante et presque toujours disponible, un charpentier a posé son établi pour débiter les arbres veritab et les manguiers à ses soins confiés par des agriculteurs en détresse.« On ne peut rien dire à qui que ce soit, c'est comme ceux qui s'attaquent au canal pour le percer et prendre une prise : tout le monde se débrouille pour chercher la vie », lâche fataliste le président.
« S'il y avait de l'eau tout le temps et des débouchés pour les produits, ils respecteraient beaucoup plus les arbres », conclut-il.«Même la popote de l'arbre véritable est comestible. Nous en ignorons les vertus. Il suffit de gratter et de laver la popote pour en faire une délicieuse confiture», ajoute Thony Saeih, grand propriétaire de la zone qui a sur ses terres des dizaines d'arbres véritables.
En fait, la popote de veritab, qui est un fruit manqué, a toutes les qualités de l'arbre et pourrait même être cuit comme légume quand il est encore vert et tendre. Des millions de popotes se perdent à chaque récolte, parce que, encore une fois, personne ne se penche sur sa situation. Ni les agro-industriels qui font tant défaut au pays ni les hommes d'affaires qui voient dans l'agriculture une rente et rien d'autre.
Pour les mangues qui colorent le feuillage vert des grands manguiers de Bois-Neuf, la situation est encore plus compliquée cette saison.
« Il y a des mangues, beaucoup de mangues, mais les usines de Port-au-Prince qui les achètent pour les envoyer à l'étranger avaient un problème. Elles ne sont pas venues en acheter au début de la saison. Aujourd'hui, les premières mangues sont trop mûres. Nous perdons de l'argent».Là encore la sanction est immédiate.
Les manguiers qui ne sont pas de la variété francique tombent sous les coups de haches et les dents des scies.Il n'existe pas de fonds de compensation pour protéger les propriétaires de manguiers en cas de coups durs et le gouvernement, s'il s'est penché sur les difficultés des exportateurs qui avaient vu les envois vers les Etats-Unis stoppés net à cause de la découverte de larves dans des caisses qui allaient partir pour les USA, n'a rien fait pour les producteurs qui sont le premier maillon de la chaîne de la florissante filière de l'exportation de mangues.
Résultats, pour couvrir les pertes de revenus les manguiers les moins nobles tombent, sont assassinés, convertis en planches et en charbon car même les marchandes ne sont pas venues négocier cette année. Cela fait plusieurs saisons que les usines avaient réorienté le commerce de la mangue francique plus vers l'exportation que vers la consommation locale.Même si les propriétaires voudraient vendre pour le plaisir des palais locaux, les prix ont drastiquement chuté avec le retrait des usines et l'arrêt des exportations. Encore une fois, l'abondance de l'offre a fait chuter les prix.
S'il existait des filières de transformations performantes de la mangue pour en extraire le sirop, recueillir le jus ou pour les sécher, ces alternatives protégeraient les producteurs et réguleraient le marché en permettant une consommation différée de la production et une réorientation de l'offre.A Etang Bois-Neuf, personne ne va aussi loin dans leurs réflexions, mais tout le monde est conscient qu'on ne pense pas à eux, les producteurs. Pas assez en tout cas pour leur éviter d'être appauvri même quand la nature est clémente avec la terre.
Frantz
Duval
duvalfrantz@yahoo.com

lundi 8 octobre 2007

La Saint-Jérôme à la Petite-Rivière de l'Artibonite

En prélude à la célébration de la fête de Saint Jérôme, patron de la ville de Petite-Rivière de l'Artibonite, un tridium a été organisé en l'église paroissial les 27, 28 et 29 septembre 2007 autour du thème « Le rôle des saints dans l'Eglise ».
Des séminaristes et des prêtres de la paroisse ont débattu ce thème combien vaste et important pour le plus grand bien des fidèles. Les orateurs en ont profité, avec force détails, pour apprendre aux fidèles que les saints sont des hommes comme nous et nous sont présentés en tant que modèles sur lesquels nous devons façonner notre vie. Dieu est jaloux et lui seul doit être adoré...
Le dimanche 30 septembre, à dix heures du matin, une procession formée de dix (10) fillettes vêtues de blanc, portant des chaussettes et une ceinture rouge, d'enfants de choeur, de seize (16) prêtres dont treize (13) arborant l'étole blanche et les trois autres la chasuble blanche, partie du presbytère, s'est regroupée sur le parvis de l'église.
Mlle Fana Sénatus, la commentatrice du jour, a parlé de la vie de Saint Jérôme, de son travail et du rôle qu'il a joué dans l'Eglise. Elle a invité l'assistance à imiter Jérôme et à donner à la parole de Dieu la première place dans sa vie. Aussi a-t-elle demandé à la chorale paroissiale dans sa tenue des grandes fêtes - complet bleu marine et chemise ou corsage bleu ciel pour les hommes et pour les femmes, de guider les pas des membres de la procession à travers le chant : « Célébrons le nom de Dieu, aujourd'hui c'est notre fête ». Les dix fillettes ont mimé ce beau chant à la satisfaction de l'assistance. Le révérend père Dachemy Destiné, le célébrant principal, entouré de ses collègues Mario Augustin et Marc Eddy Dessalines, fermait la marche tout en aspergeant d'eau bénite les fidèles se trouvant sur son passage.
Après avoir encensé l'autel, faire les salutations d'usage, campé la personnalité de celui dont l'Eglise fait mémoire le 30 septembre, la chorale paroissiale sous la direction de M. Gulbert Benoit, habilement secondé par Cassandra Gervil et Fabienne Fanord respectivement au violon et à la violoncelle, a chanté « Je vis la Nouvelle Jérusalem ».
Le R.P. Destiné a invité l'assistance composée de fidèles, de pèlerins, de Rivartibonitiens venus de la capitale et de la diaspora à se reconnaître pécheresse. Le Kyrie et le Gloria ont été magistralement chantés pour le bonheur des participants qui se sont recueillis en la circonstance pour louer le Seigneur.
Mlle Sénatus s'est approchée d'un des lutrins pour inviter M. Francklin Estimé à faire la lecture de la parole de Dieu à partir du livre de la Sagesse au chap 11 verset 23, puis 12, les deux premiers versets. Après le chant de méditation, ce fut le tour de Mlle Cladène Mervilus de porter le deuxième message du jour à partir du 2e livre de Thimotée, chap 3, 14 à 17.
Quant à l'évangile, il a été proclamé par le R.P. Marc Eddy Dessalines, curé de Marchand-Dessalines, à partir du livre de Matthieu au chapitre 13, les versets 47 à 53. Il a été chargé égalementdu sermon dans lequel il a mis l'accent sur la soif de justice de tout un chacun. Il a parlé en long et en large de Saint Jérôme dont la plus grande oeuvre est la Vulgate, traduction de la Bible en latin.
Il en a profité pour saluer les parlementaires, les autorités civiles et policières, dont l'honorable Youri Latortue, premier sénateur de l'Artibonite, le maire Rolin Delva, le commissaire de police Yves Joseph Candio, l'ancien président du Sénat de la Républque, l'honorable Déjean Bélizaire, les députés Cholzer Chancy (Ennery), Jean Pressoir Dort (Dessalines) Gustinvil Astrel (Petite-Rivière), Dorsonne Jean Beauvoir (Verrettes), Eliphète Noël (L'Estère).
A l'offertoire, Mlle Sénatus a invité les fidèles, les dévots et autres à offrir à Dieu une partie du fruit de leur labeur. L'occasion a été donnée à l'assemblée d'apprécier la procession d'offrande faite par dix (10) dames, pieds nus et portant la même robe bleu. Partie de la porte principale, elles ont mimé le beau chant O kote ou ye. Elles ont été très applaudies. Le Sanctus a été magistralement chanté en latin, faisant ainsi résonner les voûtes de l'église Saint Jérôme. Au baiser de paix, les prêtres ont manifesté leur joie, leur fraternité ecclésiale. Eparpillés à travers le diocèse des Gonaïves, ces retrouvailles ne sont pas faciles. Aussi ont-ils mis leur coeur, leur âme pour chanter, en se tenant la main, la prière reçue du Sauveur.
Trois beaux chants ont été exécutés par les membres de la chorale paroissiale pour mieux accompagner tous ceux qui ses sont approchés de la table du Seigneur pour partager son Corps et son Sang. Le festin terminé, la chorale a chanté avec l'assemblée un chant d'action de grâce en signe de remerciements à celui qui est, qui était et qui sera éternellement.
Dix (10) fillettes revêtues de jaune, de rose, de saumon et de blanc ont gravi le maître -autel où elles se faisaient apprécier dans leur mime. Il revenait au R.P. Maurice Christophe, curé de la paroisse, d'adresser ses remerciements à l'assistance tout en leur souhaitant « Bonne fête Saint Jérôme ».
Il a parlé de la nécessité pour tout un chacun de prendre conscience de ce qu'on est afin d'apporter sa pierre au développement de la Petite-Rivière de l'Artibonite dans un «Tèt ansanm pou peyi a chanje».
Au nom de tous les fidèles, il a adressé ses remerciements en tout premier lieu au R.P. Cachemy Destiné, ensuite au R.P. Dessalines pour le sermon du jour et sa présence aux côtés du célébrant principal.
Il les a étendus à ses collègues dans le sacerdoce qui sont venus d'un peu partout dans l'Artibonite. Il les a tous mentionnés. Qu'il s'agisse des Pères Chéry, Prévilon, Georges, Bernard de Lascahobas, Valeur de Port-au-Prince, merci à tous les prêtres qui ont célébré l'Eucharistie avec lui. Qu'ils en soient tous remerciés !
Merci aux sénateurs Latortue et Bergromme ; aux députés, aux maires ; aux délégués de ville et des chapelles ; au commissaire Yves Joseph Candio et à tous les policiers qui travaillent à la sécurité de la population.
Il n'a pas manqué de les étendre à tous les autres membres des secteurs de la société civile. Les membres de la presse parlée, écrite et télévisée. Pour ne pas omettre de citer des noms, il a remercié tous ceux qui ont collaboré et qui collaborent encore à la réussite de la fête.

A l'issue de cette cérémonie religieuse, les autorités civiles et policières, les notables, les religieux, les membres de la presse ont été invités au presbytère où une table garnie a été dressée en leur honneur. Tout un chacun, dans une ambiance fraternelle et conviviale, a mangé et s'est désaltéré.
Un grand merci aux révérends pères Christophe et Charles qui sont responsables du clergé paroissial et qui ont donné à cette célébration, ce cachet en invitant Cassandra et Fabienne à faire apprécier leur talent au violon et à la violoncelle.
A tous les fidèles venus de partout, aux Rivartibonitiens de l'intérieur comme de l'extérieur, nous leur disons Merci et Bonne fête ! Que Manman Marie les couvre de son manteau et que Saint Jérôme les protège !
Fred McGuffie
L'histoire de l'église Saint Jérôme de la Petite Rivière de l'Artibonite remonte à l'année 1623. A cette époque, les prêtres qui desservaient cette église prêtaient leurs services à l'église des Gonaïves, selon ce que le R.P. Maurice Christophe nous a appris. Cette église est la plus ancienne du département de l'Artibonite, et était de plus grande dimension avant d'être par la suite brûlée. La nouvelle église, celle dans laquelle a été célébrée la messe en l'honneur de Saint Jérôme, patron de la ville, a été construite en 1948.
Le tabernacle et l'autel datent du temps de la colonie ainsi que le fauteuil du curé.
A la Petite-Rivière, on rencontre les soeurs de Saint Paul de Chartre qui travaillent à Savane à Roche.- Soeurs de Sainte Thérèse qui sont en charge de l'asile où se trouvent les pauvres.- Soeurs de la Charité qui ont une école dans le centre de la paroisse.
Le R.P. Maurice Christophe est originaire de Marchand-Dessalines et se présente comme le petit-fils du roi bâtisseur. Comme lui, il a entrepris certaines constructions dans la paroisse. A son actif, il a entre autres :
- agrandissement et rénovation du presbytère;
- réparation de l'église Saint Jérôme;
- clôture du presbytère, sécurisation de l'église.
Le 4 octobre 2007, le R.P. Maurice Christophe bouclera sa 9e année à la tête de la paroisse.. Il a été installé dans ses fonctions le 4 octobre 1998 par le R.P. Jean Pélissier. Il remplace à ce poste le R.P. Valcourt.
Le R.P. Faubert Charles, originaire de L'Estère, est vicaire à la paroisse St Jérôme depuis tantôt 7 années.
La paroisse ne comptait qu'une seule école presbytérale. Aujourd'hui, on en compte 4 dont celle qui porte le nom de Mgr Emmanuel Constant.

- 18 chapelles sont desservies régulièrement par le curé Christophe et son vicaire Faubert Charles.
Petite-Rivière de l'Artibonite abrite le Palais des 365 portes. Il a été construit par le roi Henry Christophe en 1816. On y retrouve aussi le fort de la Crête-à-Pierrot qui a été construit par des Affranchis. Amélioré par les Anglais, il a été transformé par Dessalines en Citadelle. Ce fort fut le théâtre en mars 1802 de l'une des batailles ayant conduit à l'indépendance d'Haïti. Blanchie à la chaux, cette citadelle sert aujourd'hui de lieu de rencontre aux jeunes oisifs du coin.
On y retrouve aussi L'Estère Beach qui représente une plage où les jeunes prennent leurs ébats. La chute de L'Estère Beach est unique dans le département de l'Artibonite. Ce site représente aussi un lieu de prédilection pour poètes et artistes en quête d'inspiration.
Les jeunes Rivartibonitiens de l'intérieur travaillent en étroite collaboration avec l'Association JHOOVARE (Jeunes Haïtiens organisés oeuvrant volontairement pour l'amélioration et la restructuration de l'espace social) de la Petite-Rivière de l'Artibonite dans l'optique de promouvoir les potentialités touristiques de la zone.

mardi 14 août 2007

Marchand-Dessalines, une ville mystique

Marchand-Dessalines regorge de sites historiques et mystiques. Première capitale d'Haïti, elle a de sérieux atouts pour devenir une destination touristique.

Les rues de Marchand-Dessalines grouillent de monde à l'occasion de la Sainte Caire patronne de la cité, le samedi 11 août 2007. Sous un soleil de plomb, des véhicules de transport en commun, des véhicules privés débarquent, par vagues successives, des milliers de visiteurs.

Ceux qui connaissent des Dessaliniens se perdent en socialisation tandis que d'autres, surtout les pèlerins, esquivant protocoles et tréteaux bondés d'icônes, de crucifix, d'images de saints catholiques et autres breloques, se ruent vers les innombrables sites mystiques de la première capitale d'Haïti.

La tête ceinte d'un mouchoir bleu de même teinte que sa robe, Emanie, 54 ans, fait partie de ces pénitents qui doivent impérativement débuter leur culte, leur voyage expiatoire par une visite à l'église Sainte Claire d'Assise.

Silencieuse pendant un long moment, cette femme longiligne au visage blafard, debout sur l'estrade de l'église laisse brusquement éclater sa douleur en sursautant et en se cognant.

Comme si sa survie en dépendait, les yeux baignés de larmes, un cierge à la main droite, elle presse la sainte de lui expliquer pourquoi cinq de ses six enfants ont été fauchés par la mort au cours de la même année.

Marmonant des phrases qui transpirent son sentiment de culpabilité, elle se morfond, avec autant de fracas, dans un silence introspectif, une espèce d'examen de conscience, de son karma.

L'histoire de Emanie, touchante, poignante, n'émeut personne. Elle ne provoque aucune compassion à son endroit d'autant que chaque personne venue auprès de la Sainte a son lot de problèmes. Un travail à trouver, un visa à obtenir, un ennemi à terrasser ou un mari à décrocher...

C'est le cas de Jocelyne, une belle jeune femme à la "peau pêche", originaire des Gonaïves, qui tape son sexe à plusieurs reprises tout en couvrant Sainte Claire d'invectives.

« C'est comme ça qu'il faut lui parler si l'on veut obtenir son aide », raconte-t-elle, alors qu'une pluie fine s'abattait sur cette ville encerclée de six forts où l'empereur Jean Jacques Dessalines avait établi sa capitale après l'indépendance le 1er janvier 1804.

Mère de deux enfants qu'elle élève seule, elle se mêle à d'autres pénitents, des vodouisants guidés par un houngan prêchant l'unité, l'amour, le pardon.

Sous les yeux illuminés de curiosité de Jocelyne, adepte patentée du syncrétisme religieux, ce prêtre vodou, explique que Marchand-Dessalines est une ville mystique.

Au beau milieu d'un plaidoyer en faveur du rapatriement des restes de Jean Jacques Dessalines dans son patelin afin que l'âme de ce dernier cesse d'errer, de polluer le karma collectif et d'aiguillonner le pays, le prêtre conseille à la jeune femme d'aller prendre un bain de purification à la Source Impériale.

Le regard perçant tel un lynx, l'homme, le cou bardé de gri-gri, les doigts de bagues ornés de pierres multicolores, le guide multiplie les anecdotes sur les vertus de ce site.

Située sur la route qui conduit à la Grotte Jean Zinga où, selon la malice populaire, des présidents haïtiens savaient se retirer pour s'adonner à des cérémonies en vue de rester au pouvoir, la Source impériale est déjà en effervescence.

D'autres femmes, peut-être plus alertes que Jocelyne, croyant sûrement se purifier, se lavaient dans une eau sale, boueuse au son des tambours et des chants vodou.

Selon les habitués, l'endroit a une aura, un auréole particulier. D'autant que le Fort porte l'un des prénoms de l'Impératrice, Félicitée.

Marchand-Dessalines, à l'instar de Saut-Eau, attirent d'innombrables amants du tourisme mystique, religieux. Ce potentiel, combiné à la richesse de son histoire sont autant d'arguments pour que cette ville située dans le département de l'Artibonite, à seulement 147 kilomètres de Port-au-Prince, devienne une destination touristique importante. Un lieu où les millions de compatriotes de l'extérieur pourront se ressourcer.

Roberson Alphonse
robersonalphonse@yahoo.fr
Source
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=47286&PubDate=2007-08-14

jeudi 9 août 2007

Jean-Rabel: l'hospitalité comme enseigne

On entre à Jean-Rabel comme on entre dans n'importe quelle autre ville du pays. Il n'y a aucune enseigne pour indiquer quoi que ce soit. On sait simplement que l'on est arrivé et, si l'on a encore des doutes, il suffit de demander. Comme partout ailleurs chez nous, les gens sont accueillants et les étrangers sont en général reçus comme des princes et traités comme tels.
Si l'on arrive par la route qui traverse Mare Rouge, il peut être carrément impossible d'accéder à la ville de Jean-Rabel car s'il pleut, la rivière peut tout simplement couper la route et, vu l'absence de pont, il n'y a qu'à prendre son mal en patience et attendre que les eaux se calment.
Au premier abord, la ville n'a rien d'attrayant avec ses rues en mauvais état coupées, par endroit, par des rigoles remplies de déchets en plastique. Des rues où des véhicules passent en soulevant des nuages de poussière. Vieille de 264 ans, la ville de Jean-Rabel, qui pourtant est commune depuis 1947, n'est pas drainée, ce qui ne facilite pas l'entretien du réseau routier et, du train où vont les choses, si l'on ne met pas rapidement la main à la pâte, bonjour les dégâts, car les risques d'inondation sont particulièrement élevés.

Le reboisement des bassins versants est une obligation tout aussi pressante.
Jean-Rabel est pourtant une ville qui grouille d'activités. C'est, dans le Bas-Nord-Ouest l'agglomération la plus vivante. Les rues sont pleines de monde et les activités commerciales vont bon train.

Sa position géographique ainsi que sa proximité par rapport à la ville de Port-de-Paix, le chef-lieu de l'arrondissement, en font un centre vital des activités du Bas-Nord-Ouest. De nombreuses organisations non gouvernementales qui travaillent un peu partout dans le département, dans différents domaines, y ont élu domicile. Malgré son air négligé, les choses ne vont pas si mal que ça pour Jean-Rabel, même si la municipalité ne sait par où commencer pour faire face aux nombreux problèmes de la ville.

Santé
Jean-Rabel dispose d'un hôpital, un vrai qui, en dépit de certains problèmes comme le manque d'équipement, est le principal centre hospitalier de la région. Les cas les plus complexes sont référés à Port-de -Paix. Il n'y a qu'une ambulance qui est censé desservir toute la commune. Quand on connaît l'état des routes, on imagine facilement qu'il ne doit pas être exploité de façon optimale. Il existe plusieurs dispensaires répartis dans plusieurs sections communales. Cependant, les 5e, 6e, 7e sections en sont dépourvues.
L'hôpital se retrouve malheureusement dans une situation assez critique en période pluvieuse. Les risques d'inondation sont très élevés, d'autant plus que le bâtiment se retrouve pratiquement dans le lit de la rivière. En plusieurs occasions, il a été nécessaire d'évacuer les malades. Une situation pour le moins, inquiétante et qui demande une réponse urgente quand on sait que ce centre dessert, outre les 135000 âmes de la commune, celles de communes avoisinantes, comme Baie de Henne.
Education
La ville est assez bien fournie, question éducation. Il y a de nombreuses écoles qui fonctionnent dans des conditions plus ou moins admissibles, avec un niveau assez intéressant et un taux de réussite convenable. Pourtant, certains problèmes cruciaux se posent au niveau de l'enseignement public. Il n'y a que 13 professeurs présents pour le seul lycée de toute la commune, ce qui est loin d'être suffisant pour assurer un enseignement valable aux écoliers du secondaire.
Certaines sections comme Lacoma, Guinaudée n'ont carrément pas d'école. Pour d'autres, la situation se présente autrement. Les écoles sont là, vides, faute de professeurs, et les enfants doivent parcourir de longues distances pour avoir accès au pain de l'instruction, un pain qu'ils ne peuvent pas bien digérer, fatigués et affamés qu'ils sont avant même d'arriver en classe
Energie
Il n'y a pas de problème d'électricité à Jean-Rabel. Il n'y pas d'électricité tout court. De plus, pratiquement tout le réseau est à refaire. Pourtant, il y a quelques temps, l'électricité existait dans la ville. Les génératrices sont encore là pour le prouver. De l'avis du maire principal, Isaac Civil, le vrai problème est de trouver les ressources nécessaires pour remettre le réseau sur pied et résoudre les problèmes d'alimentation en carburant. Les rues pourraient pourtant bénéficier d'un minimum d'éclairage si l'on y installait des lampadaires fonctionnant à l'énergie solaire, une option fiable et viable.
Economie et environnement
La ville continue à survivre malgré la destruction de sa principale ressource, l'agriculture, réduite à un état embryonnaire à cause du déboisement et de la déforestation intensive de toute la région en général, et des bassins versants en particulier. D'un autre côté, les conséquences de la destruction d'une bonne partie des canaux d'irrigation se font sérieusement sentir, de même que la destruction d'un aqueduc qui passait non loin de l'hôpital et qui arrosait environ une cinquantaine d'hectares cultivables.Le commerce du charbon et la production de chaux sont les principales causes du déboisement.
Sécurité
Une quinzaine de policiers sont affectés au Commissariat de la commune où ils travaillent dans des conditions vraiment difficiles rien qu'avec une seule moto en dépit de la dimension du territoire qu'ils doivent couvrir.
La MINUSTAH, très présente et très active dans la région, a développé des rapports assez étroits avec la population.
Services d'Etat
Les services d'Etat sont mal logés. Le tribunal est dans un état plus que pitoyable et seule l'attente d'un nouveau bâtiment par la MINUSTAH donne le courage de patienter devant le délabrement total de la masure où officient nos honorables juges.
Le bureau de la représentation de la Direction Générale des Impôts (DGI) n'est pas mieux logé, et le pauvre et unique employé qui y travaille en tant que percepteur doit grimper un escalier abrupt et suspect pour remplir ses devoirs. Et si, par malheur, il tombe malade, il n'y a personne pour le suppléer.

A Jean-Rabel, il y a vraiment beaucoup à faire mais l'espoir est là. En prenant les mesures qui s'imposent avec une vision de développement à long terme, dans une dizaine d'années, les résultats pourraient dépasser les espérances, tenant compte du potentiel réel de la région.

Patrice-Manuel Lerebours



vendredi 13 juillet 2007

Momance, la rivière de toutes les craintes

Les habitants de Nan Mapou et des zones environnantes sont aux abois. La rivière Momance, qui traverse, de l'est à l'ouest, cette localité de la 3e section communale de Léogâne, est source d'appréhension pour ces habitants. Elle a déjà provoqué des pertes dans leur rang.

Après avoir longtemps servi à l'irrigation de la plaine de Léogâne, la rivière Momance n'est plus rien qu'une source de peur et de désarroi pour certains habitants de cette plaine. De Fayette à Darbonne, en passant par Nan Mapou et Nan Basen, la peur s'installe dans les foyers en raison de l'abandon de la rivière aux seuls caprices du temps et des marchands de pierres par les responsables de l'environnement.
Des travaux de curage au gabionnage des berges en passant par la prise en charge des bassins versants, rien n'est fait pour assurer à ces habitants du département de l'Ouest une bribe de sécurité. En dépit de l'approche de la saison cyclonique et la campagne publicitaire l'accompagnant, la vie de ces habitants reste suspendue au fil d'un éventuel déclenchement des hostilités climatiques.
« Dès que le mauvais temps s'annonce, nous sommes obligés de laisser nos maisons pour nous abriter dans les mornes en raison des dangers accompagnant la crue de cette rivière qui nous a plusieurs fois fait pleurer », font remarquer certains de ces habitants.


Au moins, une solution provisoire
Le président du CASEC de la Grande-Rivière (3e section communale de Léogâne), Jacques David Joseph, explique qu'à chaque cyclone, Nan Mapou compte toujours des morts. « Rien n'est fait jusqu'ici pour nous protéger des crues de cette rivière qui n'épargne presque rien sur son passage », martèle-t-il.
M. Joseph estime qu'une solution provisoire pourrait être envisagée par les autorités étatiques responsables de l'environnement et de l'agriculture afin de permettre aux riverains de cette localité de respirer. Cependant, elles attendent, on ne sait quoi, pour intervenir.
A regarder le lit de cette rivière, l'on croirait être sur un terrain vague. Etendue sur plusieurs dizaines de mètres de large, la rivière ne fait qu'emporter terres et arbres faisant ainsi beaucoup de tort à l'agriculture de la zone, jadis très florissante, selon certains Léogânais.

« Aujourd'hui, on est sur le qui-vive. Les autorités gouvernementales attendent qu'une catastrophe de la trempe de celle qui a frappé Fonds-Verrettes pour intervenir et faire leur beurre », déclare le président du CASEC.
Où sont passées les 30 millions de gourdes ?
Ils sont unanimes à reconnaître que le gabionnage des berges, le curage de la Momance et des travaux de plantation d'arbres sont urgents pour faire reculer la catastrophe.
Un projet de 23 millions de gourdes, destiné à effectuer ces travaux sur 6 kilomètres de la rivière, déposé par le bureau du député de Léogâne au ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR), moisit dans les tiroirs.
« On apprend que le titulaire du MARNDR a déjà lancé un petit projet de curage du bassin d'irrigation à Laporte coûtant 3 millions de gourdes. Il est évident que l'arrosage des terres est tout aussi important pour les habitants vivant en majorité de l'agriculture, mais l'urgence doit être décrétée pour sauver des vies humaines avant de penser à l'agriculture », indique Jacques David Joseph.

Le député de la circonscription, Anthony Dumont, quant à lui, n'en démord pas. « C'est une injustice criante dont est victime la population de Léogâne. Moi, personnellement, j'ai voté un budget de 30 millions de gourdes pour la protection des bassins versants de Léogâne et de Gressier. Je veux savoir ce que le ministre François Séverin en a fait », déclare-t-il.
D'autre part, le parlementaire fait état d'une enveloppe de 28 millions de dollars d'un fonds de la banque interaméricaine de développement mise à la disposition du MARNDR pour sa circonscription, sa voisine Gressier et deux autres communes. Anthony Dumont dit refuser de croire que ce fonds ait été réattribué par le ministre Séverin à une autre commune du département du Nord comme on le laisse entendre.
Les habitants de Nan Mapou et des zones environnantes se disent prêts à contribuer financièrement pour une sécurisation de leur village. En attendant la décision des autorités gouvernementales pour cette année, ils décrètent l'urgence de leur côté tout en projetant de bloquer la Nationale numéro deux au niveau du pont de Brache jeté sur la Momance donnant accès aux départements géographiques de la région sud d'Haïti.

Lima Soiréluslsoirelus@lenouvelliste.com

http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=46094&PubDate=2007-07-13

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mercredi 11 juillet 2007

Côteaux, l'autre bout d'Haïti

La côte sud d'Haïti ne se limite pas à sa mer et ses plages. Produits agricoles et beaux paysages constituent une manne que les habitants des Côteaux exploitent au profit du tourisme et de la foi des fidèles catholiques.

Maisons en reconstruction, hôtels en chantier, adoquinage des rues ... la ville des Côteaux a accueilli, du vendredi 6 au dimanche 8 juillet, le 9e grand pèlerinage dédié à Notre-Dame de la Médaille miraculeuse. Cette petite ville aux pieds dans l'eau et d'une superficie d'environ une dizaine de kilomètres carrés s'offre déjà comme le coin de ressourcement par excellence des personnes en quête de délivrance et de loisirs. Avec son sanctuaire perché sur plus de 500 marches, compte parmi les villes d'Haïti accueillant le plus de visiteurs par année. Présidé par le nonce apostolique, Mgr Mario Giordona, accompagné du vicaire général du diocèse des Cayes, Mgr Pierre Antoine Coulanges, et du secrétaire général dudit diocèse, le Père Julien Almonacy, ce pèlerinage biannuel a réuni pour ce 6 juillet plus d'un millier de fidèles venus de partout. Chapelets médités, cérémonies eucharistiques, conférences, ministères de guérison et procession aux flambeaux ont, entre autres, marqué ce pèlerinage placé sur le thème : « O divine mère, faites que nous obtenions de Dieu toutes les vertus qui nous permettraient de nous approcher du Christ. »Venus en signe de gratitude

Ils sont en majorité ceux qui viennent pour remercier Dieu pour sa miséricorde. Viergélie, 45 ans, portant sur son bras sa fillette de 18 mois, n'en démord pas. Elle doit sa fille à la Vierge Marie. Celle des Côteaux. « J'ai passé plus de six ans à consulter des médecins, explique-t-elle. C'est en venant ici que j'ai obtenu ce que je voulais de Dieu. »« C'est une source d'inspiration intense et intarissable que représente cette oeuvre. Outre les pèlerins et les touristes, elle favorise le retour de plusieurs Côtelais à leur patelin », fait remarquer Aurèle Exama, initiateur du projet, qui associe les nombreuses activités de construction au seul fait que le sanctuaire Notre-Dame attire beaucoup de visiteurs.

Auparavant, explique M. Exama, on pratiquait le tourisme de proximité. « Chaque habitant de la ville recevait chez lui l'un de nos hôtes », se félicite-t-il comme pour vanter l'hospitalité des habitants de son patelin qui ont beaucoup contribué au développement du sanctuaire aujourd'hui décrété sanctuaire national. Une ville productive et paisible

Le concepteur de cette grotte déclarée «Sanctuaire national» par l'Archevêque-coadjuteur de Port-au-Prince, Mgr Joseph Serge Miot, ne va pas par quatre chemins. « Côteaux, outre ses valeurs touristiques, est réputée sur la côte pour sa tranquillité », fait-il remarquer. Six policiers affectés au commissariat logé dans une coquette maison à l'entrée de la ville n'assurent que des travaux de police communautaire. « Notre seul véhicule nous permet parfois de venir en aide à des malades en difficultés à atteindre la ville des Cayes », reconnaît l'un des agents rencontré dans l'une des pièces vides de ce bâtiment construit par des Côtelais vivant à l'extérieur du pays. « Côteaux a été fondée en 1726 et élevée au rang de chef-lieu de l'arrondissement en 1871, dit Windsor Saint-Preux, un notable de la ville. Les Côtelais ont beaucoup attendu avant de la voir considérée à sa juste valeur. » Mais aujourd'hui, poursuit-il, sa fierté est d'autant plus grande que son expansion est l'oeuvre de ses enfants.

Avec ses terres des plus généreuses et sa mer offrant de magnifiques plages, cette ville de trois sections communales allie naturellement agriculture et tourisme pour le bonheur de ses habitants et de ses invités. Céréales, vivres, agrumes, fruits tropicaux et légumes sont les denrées cultivées par les Côtelais.

L'annonce de la réhabilitation du tronçon de route Port-Salut/Port-à-Piment par l'ambassade de Taiwan met aux anges ces habitants de la Côte Sud d'Haïti qui y perçoivent déjà un sérieux bond pour leur sanctuaire et leurs plages en chantier. Ferdinand Cadet, vice-délégué de l'arrondissement des Côteaux, pense déjà à l'extension de cette ville qu'il estime menacée par la bidonvillisation en raison de sa grande expansion. « Le morne Goâve et le bord de mer constituent les principales préoccupations des autorités de la commune », dit-il tout en pointant du doigt la bureaucratie de l'Etat haïtien ne favorisant pas le développement du pays.

Lima Soirélus



lsoirelus@lenouvelliste.com

samedi 7 juillet 2007

(Ville de ...)Bainet, un enfant abandonné

En un quart de siècle, Bainet n'a pas évolué et si la ville garde encore de son charme, elle a perdu sa magie. Abandonnée, oubliée même par ses enfants, elle se bat pour donner l'impression d'exister encore, en dépit de tout... En dépit de l'état déplorable de l'église St Pierre et St Paul, d'une carence en électricité, de l'absence d'un décent réseau d'eau potable. Bainet manque de tout et, pourtant, elle refuse de mourir.

Située dans le département du Sud-Est, la ville de Bainet couvre une superficie de 288.38 km². Elle est une des plus anciennes villes d'Haïti. Selon ses habitants, les Bainétiens, la ville est plus que tricentenaire et occupe une bonne partie du littoral. Après la ville de Jacmel, chef-lieu du département du Sud-Est, Bainet possède le plus grand nombre de sections communales. Trois de ces dernières sont baignées par la mer. Le relief de la commune est dominé par les mornes et le climat est considéré comme normal puisque deux de ses 8 sections (Haut Grandou et Bras de la Croix) sont reconnues fraîches.Selon certaines informations fournie par feu le père Parisot, ancien curé de la ville, le nom de Bainet viendrait de la beauté et de la netteté de sa baie et serait une déformation de l'expression « baie nette »,d'où le nom de Bainet.

Les problèmes de Bainet sont multiples et pluridimensionnels. On les regarde sous un angle et l'on croit avoir tout compris. Il suffit pourtant de changer de point de vue pour réaliser qu'on n'avait rien compris, ou plutôt que tous les problèmes sont si étroitement liés qu'il suffit d'aborder l'un d'eux pour qu'un autre se présente. Ainsi de suite.Sur le plan éducationnel, en dépit des données fournies par l'Institut haïtien de statistique et d'informatique (IHSI),données qui peuvent paraître rassurantes, la commune n'est pas bien lôtie (encore un euphemisme !).

Un lycée (Julien Raymond) et plusieurs collèges dispensent le pain de l'instruction à une jeunesse assoiffée de culture et de savoir. Mais l'absence de professeurs fait énormément de défaut et les contractuels engagés sur place ne répondent pas à l'attente de la population, ce qui est le cas presque partout. Vu le petit nombre de normaliens qu'on arrive, péniblement, à former annuellement, cela n'a rien d'étonnant. Encore heureux qu'il y ait encore des écoles.

L'école Saint-Gérard, dirigée par la Congrégation des Soeurs du Christ Roi, est, semble-t-il, la meilleure de la commune. Elle se limite à la 6e A.F. Après 60 ans de présence dans la commune, les Bainétiens ont bénéficié d'un siège du Baccalauréat. La population espère du MENFP une classe de philosophie mais ses appréhensions sont grandes quand on sait dans quelles conditions les candidats du Bac I ont été préparés.Le lycée Julien Raymond ne dispose pas de local propre. Il est hébergé à l'école nationale de Bainet qui fonctionne le matin laissant l'après-midi aux élèves de la 7e A.F. à la Rhéto qui occupent les lieux. Le directeur, Prophète Batichon, pour des raisons politiques, croit-on savoir (on ne sait jamais), a été transféré à Jacmel. L'intérim est exercé par le censeur qui cumule deux fonctions. Un beau merdier, comme d'habitude. A croire que, chez nous, l'éducation n'est une priorité que sur le papier.L'absence d'école professionnelle est patente. Le clergé paroissial fait fonctionner une école d'informatique pourvue de 8 ordinateurs. Là encore, se pose le problème de l'électricité. Il faudrait peut-être penser à fabriquer des ordinateurs fonctionnant au propane. Ce serait une contribution haïtienne honorable au progrès de l'humanité.

Autrefois, les Bainétiens envoyaient leurs enfants au Brevet élémentaire. Avec la présence du lycée, le brevet a été éliminé.
Les jeunes de Bainet sont livrés à eux-mêmes. L'absence de bibliothèque pèse lourdement sur l'évolution de cette frange sociale. A part quelques jeunes qui fréquentent l'école d'informatique mise sur pied par le clergé paroissial, les jeunes ignorent totalement tout de ce que sont les nouvelles technologies de l'information et de la communication (NTIC). Livrés à eux-mêmes, une certaine propension à la délinquance est observée chez eux. La situation économique désastreuse aidant à faire dégénérer la situation.La ville de Bainet laisse l'impression d'une commune abandonnée. Rares sont les constructions modernes. Les anciennes demeures subissent l'effet du temps et témoignent d'un passé riche. L'architecture grandiose de certaines bâtisses raconte un passé beaucoup plus glorieux.

Les Bainétiens éparpillés un peu partout semblent ne plus intéresser à leur patelin. Ce qui hier faisait la richesse de ce coin de terre, café, sisal, coton, s'est envolé avec le déboisement. A Bainet, le tourisme, on connait pas. Pourtant, il y a tout ce qu'il faudrait pour justifier un développement touristique réel dans cette région du Sud-Est. Des plages magnifiques bordent des eaux turquoises qui n'ont rien de commun avec les eaux souillées de la baie de Port-au-Prince. La limpidité des eaux ne saurait qu'attirer les amateurs de plongée vers un milieu sous-marin plus ou moins bien conservé en dépit de certains dommages imputables au manque de formation des pêcheurs et, surtout, à la non-gestion de l'Etat.Confrontée, elle aussi, à un sérieux problème de déboisement, la commune a pu tenir le coup jusqu'à présent grâce au travail réalisé, dans les années 80, par le révérend père Parisot qui s'était impliqué corps et âme dans le reboisement et l'information environnementale. Ce travail a laissé des traces dans les consciences et les Bainetiens, bien que déboisant à la vitesse « grand V », font un peu moins de dégâts que leurs compatriotes dans d'autres régions. Ce qui ne veut pas dire que la situation n'est pas alarmante.

Dans certaines zones comme Orangers (8ème section communale), le déboisement se fait de manière accélérée, car le bois est à la base de pratiquement toute l'économie de la localité qui repose sur la fabrication de meubles (chaises, dodines), de planches pour la construction, de charbon.Compte tenu du déboisement et de l'exploitation anarchique du sable de mer, une partie de la ville, la Grand-rue est appelé à disparaître. A chaque pluie ou en période cyclonique, les Bainétiens habitant la Grand-rue sont obligés de fuir la menace des vagues ou des eaux venant des hauteurs pour ne pas laisser leur peau.Pour entrer dans la ville, il faut traverser la rivière « Ti Pèn » qui, si elle est en colère, ferme les portes de la ville. Une situation à laquelle un tout petit pont aurait pu apporter des solutions. Ce qui montre encore une fois que les beaux discours et les belles promesses que nous entendons depuis des décennies n'étaient que de vains mots. Soyons optimistes et espérons que nos décideurs actuels auront une autre vision, moins personnelle, du progrès et du développement.Il est inconcevable que dans l'une des zones encore viables, bien qu'en danger, de la république, il n'y ait aucune représentation valable de certaines institutions étatiques comme le ministère de l'Environnement ou un autre de ces bureaux pleins d'experts concernés par les problèmes écologiques. A croire que toutes les solutions se trouvent dans les tiroirs de nos experts et qu'elle ne sont applicables qu'à Port-au-Prince puisque personne ne juge nécessaire de venir travailler sur le terrain.

Bainet est un coin magnifique qui mériterait vraiment que l'on s'en occuppe. Bainet voudrait bien recommencer à rêver... si ceux qui ont grandi en son sein et qui sont ailleurs veulent prendre le temps d'apporter leur contribution, aussi petite soit-elle, à cette commune qui les a vu naitre et qui les a nourris. En attendant que l'Etat dise son mot.
Fred Mc GuffiePatrice-Manuel Lerebours
patricemanuel@yahoo.comhttp://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=45906&PubDate=2007-07-06