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vendredi 15 octobre 2010

De l'artisanat haïtien à Macy's

Haïti: Il y a 10 jours, j'ai été agréablement surprise de tomber sur un article dont le titre révélateur ne pourrait laisser aucun Haïtien indifférent : "Des produits artisanaux d'Haïti chez Macy's". Heureusement que j'étais à New York ! C'est parfait ! Je suis sur place, je pourrai constater moi-même, en bon Saint-Thomas.
J'ai consacré mon dimanche à cette investigation. Je pensais aller directement dans le fief des touristes, le fameux Macy's de la 34e, Herald Square, Manhattan. Mais comme j'étais à Queens, j'ai décidé de tenter un Macy's moins spectaculaire au Queens Center mall. Je fais le tour et constate, malheureusement, qu'il n'y a aucune trace de ces produits qui me sont si familiers et que j'aurais reconnus à mille lieues.
Cependant, je ne m'inquiète pas trop... ils doivent bien être quelque part, ces produits artisanaux haïtiens.
Je me renseigne et le manager me répond après confirmation téléphonique et consultation sur internet que je trouverai mon butin au Macy's de la 34e. Je ne peux cacher mon sourire en le remerciant, mon intuition première était la bonne, je me dis aussi "wow...on nous a réservé une place de choix ". Le Macy's des Macy's qui se vante d'être l'un des plus grands magasins au monde.
Encore, plus emballée qu'avant, je saute dans le train les yeux fermés. Je suis comme un rat des subways de New York...Je sais exactement où je vais.
20 minutes plus tard, j'y suis. Je vais tout droit vers la section home decor ...c'est ce que j'avais lu dans l'article. Niet...Rien. Je m'enquiers auprès du service à la clientèle qui m'envoie au 8e étage. J'y vais. Je scrute les étalages de tout l'étage. Toujours rien. Je demande encore. Certains employés semblent ne pas être du tout au courant de ces produits et cela m'inquiète un peu. Je vois trois hommes en costume, qui semblaient être des supérieurs attitrés. Je suis à ma énième demande. Je me lance. Sollicite l'information. Et miracle : ils savent de quoi je parle. L'un d'eux m'accompagne vers un de ses collègues qui m'informe que je trouverai mes produits artisanaux d'Haïti au 6e étage. Décidément! Je me retrouve dans les 12 travaux d'Astérix...!
Finalement au sixième, je demande encore au floor manager ; et alors qu'il me conduit vers l'éventaire, je reconnais à distance ces objets si familiers! Ces formes, ces matériaux! Ces couleurs si vives qui surgissent d'une réalité si obscures! C'est de chez moi.
Place de choix, mais dimensions restreintes, dois-je m'avouer aussitôt le premier tressaillement d'orgueil apaisé. J'apprends, dans mon échange avec le manager, que le lancement du projet quelques jours auparavant, le 6 octobre dernier, avait été un succès et que la majorité des produits se sont rapidement envolés comme des petits pains chauds, d'où peut-être l'explication du maigre étalage que j'ai vu. Connaissant trop bien la myriade de produits que nous avons à offrir, j'aurais voulu en avoir plein la vue.
Toutefois, je salue cette initiative.
Ce projet s'est concrétisé grâce à une agence torontoise de communication, Brandaid Project, fondée en 2009 par Tony Piggot, le p.d.g de JWT - une des plus importantes agences de publicité du Canada - et à Cameron Brohman, spécialiste en développement international. Brandaid Project s'est associée à une agence new-yorkaise, Fairwinds Trading, qui avait déjà réalisé un projet similaire pour Macy's avec des paniers fabriqués au Rwanda. Les deux agences ont aidé des micro entrepreneurs haïtiens à élaborer leur design et leur stratégie de marque, ainsi qu'à mener une campagne de financement pour rebâtir leurs ateliers après le tremblement de terre. Près de 200 emplois ont ainsi été créés dans les villes de Jacmel et de Croix-des-Bouquets, ai-je appris.
Heart of Haiti, tel est le nom de la collection...En effet, le domaine "art et culture", comprenant l'artisanat, entre autres, a autant son rôle à jouer dans le développement que les domaines dits prioritaires, surtout dans un pays comme le nôtre, Haïti, où l'art et la culture ont souvent, sinon toujours, été et demeurent encore la seule source d'identification positive à notre égard, à l'échelle internationale.
Parallèlement, je cherche encore le nom d'une institution haïtienne, d'un artisan haïtien ou d'une référence haïtienne directement impliqué dans le projet. Et je cherche toujours...
Fallait-il vraiment que cette initiative comme tant d'autres vienne de l'extérieur? Nos aficionados de l'artisanat ne pouvaient-ils pas y penser et chercher à se donner les moyens d'une exportation massive de nos produits artisanaux assurant ainsi une vraie industrie de l'artisanat haïtien, plutôt que de se contenter du chacun pour soi ?
En tout cas, j'espère vraiment pouvoir parler du succès continu de ce projet dans un an ou deux avec le support de nouveaux partenaires locaux...et à ce moment, nous pourrons commencer à parler de développement... durable.
Farida Lecoin
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=84584&PubDate=2010-10-14

vendredi 21 mars 2008

Il était une foire à Belladère

La troisième (3e) édition de la foire binationale écotouristique et de production qui s'est déroulée à Belladère (Département du Centre), du 1er au 16 mars, fut un événement colossal, étourdissant, avec tous les pièges que cela suppose, des ratés et des approximations comme la sonorisation calamiteuse du spectacle inaugural, l'inachèvement du bétonnage de la rue principale, qui a fait de la poussière une donnée envahissante et déplaisante.
Les pièces haïtiennes les unes plus originales que les autres ont dominé l'exposition (Photo: François Louis)
Plusieurs pavillons, dont certains réservés aux Dominicains, sont restés vides. Cependant, des dizaines de milliers de visiteurs ont parcouru le site spacieux mis à la disposition des organisateurs par le ministère de l'Agriculture et aménagé par des techniciens du ministère de la Planification.
Quotidiennement, une dizaine d'autobus provenant de la République dominicaine ont déversé des écoliers et des étudiants qui, à côté des jeunes de Belladère, de Lascahobas, de Savanette et d'autres localités haïtiennes, ont assisté, à l'auditorium Pedro Mir-Jacques Roumain, aux nombreuses conférences présentées par des spécialistes des deux côtés de la frontière : économistes, agronomes, écologistes, historiens, statisticiens, fonctionnaires, élus, etc.
Les principaux axes thématiques étaient : les relations haïtiano-dominicaines, la gestion de l'environnement, plus particulièrement des bassins versants et la promotion de l'écotourisme.
Sans entrer maintenant dans les détails, nous pouvons dire que ces présentations, pour la plupart de très haut niveau, ont véhiculé des informations et des connaissances d'un immense intérêt : sur les 30 bassins versants que compte la République d'Haïti 25 sont totalement dégradés ; dans le marché formel, la République dominicaine a exporté en 2007 pour plus de 155 millions de dollars de produits divers en Haïti alors qu'Haïti n'a exporté vers la république voisine que pour 11 millions ; l'écotourisme est un instrument efficace pour le développement durable des deux pays.
Les pièces haïtiennes les unes plus originales que les autres (Photo: François Louis)

Malheureusement, les conférences aussi intéressantes fussent-elles n'ont pas attiré la même foule que les manifestations festives et culturelles qui se tenaient tous les soirs de 6 heures à 11 heures, et même au-delà à l'amphithéâtre Dumarsais Estimé. Entre 5 et 8,000 personnes étaient régulièrement présentes pour assister aux prestations d'artistes et de groupes haïtiens et dominicains (danse, théâtre, musique) avec des records d'affluence pour les soirées des 8 et 9 mars animées respectivement par l'Orchestre Tropicana d'Haïti et Racine Mapou de Azor, entre autres.
Durant ces seize jours, l'atmosphère était empreinte de joie et de convivialité.
L'artisanat jacmélien était présent à la troisième édition de la foire binationale écotouristique et de production (Photo: François Louis)
Cette troisième foire binationale, organisée par la Fundacion Sciencia y Arte (R.D) la FONDTAH et Sant Pon Ayiti (Haïti) avec l'appui des gouvernements haïtien et dominicain, a montré que la frontière n'est pas une simple ligne de démarcation, mais avant tout un espace de rencontres, d'échanges commerciaux, culturels et même plus.La petite commune frontalière de Belladère (70.000 habitants, sections communales comprises) a vécu une quinzaine d'effervescence et d'euphorie, malgré quelques mécontentements et quelques déceptions.
La cité construite par Dumarsais Estimé en 1948 n'est que l'ombre d'elle-même. Les travaux de restauration des édifices publics traînent inexplicablement. Les camions et autres véhicules qui assurent l'intense trafic vers Elias Piñas soulèvent des vagues de poussière qui souillent les choses et les êtres causant des grippes et autres maladies. Et pire encore, tout alentour, les mornes sont totalement dépouillés, érodés par le déboisement et le brulis, entre savoir-faire archaïque et laisser-faire démagogique.
Malgré tout, Belladère offre l'aspect d'un village accueillant, habité par des gens sains et beaux, baigné par divers cours d'eau qui dessinent quelques-uns des plus beaux sites naturels du pays comme la source Onde Verte, le barrage de Ti Priz, Agua Bandite, Roye Mate, etc. Un circuit écotouristique capable d'émerveiller les visiteurs les plus exigeants et que la FONDTAH (Fondation pour le développement du tourisme alternatif en Haïti) se propose d'aménager et de promouvoir avec la participation des autorités et des groupes locaux.
Altagrace Taujour de Altagrace Production estime que la participation dominée par des jeunes dominicains et des locaux n'a pas été profitable aux exposants (Photo: François Louis)
La troisième foire écotouristique et de production est passée et Belladère attend, après l'électricité qui est revenue après plus de trois ans d'absence, l'asphaltage de la route jusqu'à Lascahobas et jusqu'à Elias Piñas, la construction du complexe frontalier de Les Cachimans, l'ouverture d'un centre de lecture et d'animation culturelle, la création d'un centre de formation binational, un lycée plus décent, etc. Dans la versification moderne, chez un poète comme Aragon, foire peut rimer sans problème avec espoir.
Marc ExavierRéseau

lundi 10 mars 2008

L'imaginaire débridé de Wislène Beaubrun

Wislène D. Beaubrun en train de réaliser le portrait de Viviane Gauthier. (Photo: Archives)
Toujours pensive, Wislène cherche constamment quelque chose à créer. Elle aime rester en parfaite communication avec son imagination, son amie la plus fidèle.
Passionnée des arts plastiques, Wislène D. Beaubrun se trouve dans l'embarras de se spécialiser dans un domaine précis. C'est pourquoi elle pratique, en même temps, la sculpture, la peinture et la poterie qu'elle a étudiées à l'Ecole nationale des Arts (ENARTS).

Pour réaliser une pièce, elle dit prendre beaucoup de temps, car avant de commencer à travailler, elle tient d'abord à achever la conception.« Je peins beaucoup dans mon imagination.
Le projet d'étalage soumis par Wislène D. Beaubrun aux organisateurs du concours lancé par la mairie de Port-au-Prince. (Photo: Archives)

Ce qui explique ma lenteur à réaliser mes oeuvres. Mais, sachant que mon inspiration est fertile, je ne me m'inquiète pas pour ma collection », raconte l'artiste toute confiante.
Wislène est obsédée par l'art de créer. Au cours de son enfance, à l'instar d'un papillon, elle s'est essayée à plusieurs domaines de l'art pour éprouver ses talents et ainsi s'orienter. Toute petite, elle chantait à l'église. Au secondaire, elle s'amusait à écrire de petits poèmes.
L'étalage mobiel de Wislène D. Beaubrun comporte un rétroviseur. (Photo: Archives)
Un peu plus tard, elle allait changer de cap. Wislène fabriquait des enveloppes dessinées. Aussi travaillait-elle des pierres ramassées sur le rivage. A ce moment-là, son aptitude pour les arts plastiques s'est confirmée. Contrairement à la volonté de sa mère, elle a décidé de s'adonner à l'activité qu'elle adore.
Pour trouver ses sujets, elle s'inspire surtout de son environnement. Des autorités et des artistes haïtiens quand il s'agit de faire des portraits.

Par exemple, elle a peint Mario Andrésol, le directeur général de la Police nationale d'Haïti, et Viviane Gauthier, une figure éminente de la danse haïtienne. Dans le cas des autres travaux, elle se sert des objets qui l'entourent, car elle croit avoir un certain penchant pour la nature morte.A voir ses tableaux, selon elle, différents courants se confondent et s'alignent. « Dépendamment de mon humeur, je réalise des oeuvres réalistes, surréalistes et abstraites. Ces tendances m'enchantent toutes et je m'efforce de les suivre avec finesse », a révélé Wislène d'un air sincère.

La femme aux bougies (Photo: Archives)
Comme modèles, Wislène D. Beaubrun veut marcher sur les traces de Franck Louissaint, Dieudonné Cédor et Jean-Ménard Derenoncourt, tous des maîtres haïtiens qu'elle admire. Eprise de la liberté que Picasso a apportée à la peinture, elle dit que celui qui a créé les « Demoiselles d'Avignon » restera son peintre préféré. Son rêve le plus cher est d'être très célèbre comme le sont Picasso, Titien, Vinci, Rubens et Van Eyck.
« Cependant, précise-t-elle, je ne peins pas pour rivaliser. Je fais de la peinture parce que je la considère comme le miroir qui reflète mes sentiments et à travers lequel je peux communiquer au monde entier mes pensées. »
Wislène a participé à plusieurs expositions collectives notamment à l'ENARTS, à la médiathèque de l'Institut français d'Haïti, au Ritz Kinam, à J.B Damien et au traditionnel festival de Gelée dans la métropole du Sud.
Source de vie (Photo: Archives)
Au concours d'étalages lancé, en juin 2007, par la mairie de Port-au-Prince, à l'occasion de la célébration des 258 ans de la ville, elle y a proposé l'une de ses créations. « Je regrette jusqu'à présent que les responsables n'aient pas jugé bon de rendre publics les résultats du concours. Car, j'aurais prouvé à la communauté que ma proposition était idéale », dit-elle fière et plutôt sûre d'elle.
Elle compte organiser, au cours de l'année 2008, une exposition qui réunira uniquement ses oeuvres. Après avoir décroché sa licence, elle entend ouvrir sa propre galerie et dispenser des cours de peinture aux jeunes du pays.
Rébecca S. Cadeau

lundi 25 février 2008

Haïti – Insolite : "Panama mwen tonbe…"



Il s’agit d’une foire annuelle de chapeaux à ciel ouvert organisée spontanément durant les trois jours gras par des artisans, des chapeliers qui investissent l’aire du Champ de Mars, site officiel du carnaval. Chaque année, à la même époque, ces artisans à bout de souffle exposent à même le sol leur production sur le parcours du carnaval dans une tentative désespérée d’écouler des stocks d’invendus qui leur restent sur les bras souvent depuis des mois. Mais, tous leurs efforts se sont avérés vains. Ils sont repartis bredouilles puisqu’ils se sont heurtés à un marché totalement verrouillé, dominé par l’industrie des képis.
Le combat est inégal entre pot de terre et pot de fer. C’est David contre Goliath. Livrés à eux- mêmes, ces petits artisans, qui ne bénéficient d’aucun appui imaginatif et intelligent du gouvernement, savent que leur secteur -même s’il représente l’un des symboles de la créativité et du savoir-faire de l’artisanat haïtien- est à terme menacé.
Le chapeau n’a plus la côte et surtout n’a pas les reins assez solides pour soutenir cette concurrence déloyale. Pourtant, les chapeliers rivalisent de créativité dans cette foire spotanée afin de capter les rares acheteurs qui s’attardent devant leurs étalages, admirant leurs talents sans leur offrir des chances de vente significatives. La mévente constatée dans ce secteur, quand on y regarde de plus près, n’est pas le fruit du hasard et de la désaffection que subit l’artisanat haitien.
Singulièrement, l’utilisation de plus en plus rare du chapeau est la résultante d’une combinaison de facteurs tels l’effet de mode, la limitation de la production qui ne peut pas répondre aux commandes massives et surtout l’absence d’une politique gouvernementale d’appui au secteur artisanal.
Non seulement les pouvoirs publics n’encadrent pas l’artisan, mais ils ne développent aucune politique promotionnelle incitant la population à privilégier la consommation locale. On imagine aisément les ministères du tourisme, de la culture, de l’éducation et des affaires sociales -dont dépend d’ailleurs l’artisanat- lancés dans un effort conjugué en vue d’absorber la production soit en la subventionnant ou en achetant ces jolis chapeaux à des fins de distribution directe aux carnavaliers. Juste un zeste d’imagination ajouté à une once d’amour et un tout petit peu de souci du bien-être collectif ...c’est pas sorcier LPP/RK
http://www.radiokiskeya.com/spip.php?breve1628
Commentaires :
Le titre même de ces réflexions de notre compatriote Liliane a du attirer l’attention de tous ceux qui comme nous respirons et exhalons par les pores et les poumons tout ce qui fait de nous ce que nous sommes et que nous vantons d’être : des haïtiens natif-natals.
« Panama mwen tonbé » est un hymne à l’haitianité. Les troubadours sur le tarmak de l’aéroport international François Duvalier recevaient la bienvenue sur les airs de cette chanson :mwen soti lavil jakmel, mwen prale la vale/ Annarivan lakou benè panama mwen tonbe/ Panama mwen tonbe, Panama mwen tonbe/Panama mwen tonbe/sa ki dèyè ranmase li pou mwen.
Les haïtiens portaient des chapeaux. Et le Panama en était un des différents styles de la créativité débordante de nos chapeliers. Le Panama était le symbole d’une société qui fut. Une société avec ses inégalités certes mais une société avec des caractéristiques sui-generi identifiables, reconnaissables et « reproduisibles ».
Le vent de la deuxième indépendance a tout balayé, il a su comme ce serment sorti de la bouches des classiques français, tout-ce-bruit-pour-rien a su ingénieusement balayé notre fondement encore mal assuré.
Sans fondement sans confiance en nous et surtout en ce qui était bien et bon en nous, on est parti dans tous les sens en quête d’une putain d’identité qui n’a rien à voir avec nous.
Ce qui dans d’autres sociétés est vécu comme de la marginalisation d’un groupuscule qui se veut non-aligné, est ressenti chez nous comme modèle à pérenniser et transmettre de génération en génération.
C’est dans cette mouvance que le Panama a du laisser la place aux têtes papous des rasta et leur dread locks, notre carabela aux boubous africanoïdes.
Mais à la descente de l’avion après avoir surmonté le choc du paysage de Cité Soleil vu du ciel, ce serait apaisant d’écouter PANAMA MWEN TONBE pour revivre l’immense émotion ressentie une fois en 1998 lors d’un voyage à Cuba.
Après un séjour de deux semaines sur la terre de Fidel Castro, après une expérience médicale désastreuse avec un parent, je retournais enfin à Haïti chérie. Après les formalités d’immigration juste le temps de passer en salle d’attente avant l’embarquement, les voyageurs étaient remerciés une dernière fois par les notes musicales attendrissantes d’un petit groupe de musiciens exécutant du son typiquement cubain.
Au moment de mon passage, automatiquement ils se sont mis a jouer « mwen soti lavil jakmel, mwen prale lavale ». Pour moi c’était le plus beau des cadeaux. Les musiciens avaient lu sur mon visage toute la fierté de mon haitiannité. J’ai chanté avec eux. J’ai dansé seul. Je suis parti vers Haïti le cœur en joie, disposé à dire aux chimères et aux zenglendos que vous avez encore une fois perdu la bataille !
Avec les initiatives visant la relance des activités touristiques nous souhaitons une nouvelle vie aux Panamas et à nos chapeliers. Les stylistes de la mode de chez nous pourraient bien essayer de leur donner un coup de main.

mardi 9 octobre 2007

Artisanat en Fête suscite admiration et questionnement

Durant deux jours, les samedi 6 et dimanche 7 octobre 2007, visiteurs et exposants ont investi le Parc historique de la Canne à Sucre pour venir jouir du meilleur de l'artisanat haïtien à travers la première édition d'Artisanat en Fête.
Pendant deux jours, les samedi 6 et dimanche 7 octobre, le public a fait le déplacement pour venir admirer le meilleur de l'artisanat haïtien au Parc historique de la Canne à Sucre en dépit d'un temps maussade. Ces deux jours de foire, qui se sont déroulés dans une ambiance de fête, ont suscité de l'admiration et occasionné des questionnements sur l'avenir de l'artisanat haïtien et de ses nombreuses potentialités.
Bien des visiteurs et observateurs ont su apprécier les nombreux articles et oeuvres exposés sur le site durant ces deux journées. « C'est vraiment une très belle initiative et j'espère que l'expérience aura des suites », a dit une jeune femme, étonnée par la qualité des sculptures présentées au stand des Créations Tob's. D'autres ont été plus critiques. « L'animation sur le podium a relégué la foire elle-même au second plan », a dit un visiteur féru d'artisanat.
Exposants et visiteurs sont toutefois sortis satisfaits de cette expérience qui constitue une vitrine nouvelle pour l'art haïtien. La première édition d'Artisanat en Fête fait dire que les prochaines promettent beaucoup.
Berthony Seïze des Créations Tob'sest sculpteur et se spécialise dans la conception et réalisation d'oeuvres de poteaux décoratifs, de fontaine et de bustes. La tour de Toussaint qui a retenu beaucoup d'attention est une façon pour l'auteur de rendre hommage à cette figure emblématique de l'histoire haïtienne. Une partie de la vie du héros est retracée dans l'oeuvre. « L'un de mes objectifs est de rendre Toussaint Louverture vivant », explique Berthony Seïze.
Le sculpteur Francois Sanon, qui a l'habitude de travailler au Sanon Studio à Laboule, croit que les deux journées ont été agréables et enrichissantes dans la mesure où la foire lui a permis d'agrandir ses nombreux contacts aussi bien en Haiti qu'à l'étranger. En dépit du fait que ses oeuvres ne sont pas des produits de l'artisanat, il a voulu prendre part à Artisanat en Fête, non pas pour vendre, mais surtout pour interagir avec les visiteurs.
Se plaignant du manque criant de touristes dans le pays, M. Sanon se souvient du temps des présidents Magloire et Duvalier. Un peu nostalgique, il pense qu'on ne pourra pas revivre de sitôt une période aussi prospère si tout le monde ne met pas la main à la pâte. Il a beaucoup apprécié la grande diversité de gens venus de partout qui l'ont questionné sur ses oeuvres.« Inspiration dans la nuit », comme son nom l'indique, est une pièce tirée du sommeil de l'auteur et mise à prix à 20 000 dollars américains. Le créateur nous raconte que la pièce, sculptée dans un tronc gigantesque, lui a été dictée par Dieu et qu'il est allé chercher l'arbre du côté de Jérémie.Une centaine d'enfants de l'Association philanthropique de l'Eglise Missionnaire pour le développement des enfants d'Haïti (Apemdeh) ont soumis à l'appréciation du public des vêtements crochetés et des articles en fibres végétales. « Une expérience superbe ! », jubile Esther B. Guervil, responsable de l'organisme.
Malgré les efforts remarquables des artisans haïtiens, le secteur cherche incessamment de nouveaux créneaux de distribution. L'industrie rentable dont rêvent tant les artistes et les artisans n'existe pas encore. Ceux qui se connaissent dans le domaine font remarquer que la production visant le marché extérieur comporte ses exigences. On a évoqué la rigueur au niveau de la qualité de certains produits, les fonds, la disponibilité des matériaux, des intrants et la présentation (emballage).
En attendant une véritable plate-forme de l'artisanat haïtien, une participation accrue de l'Etat, l'identification des filières, Artisanat en Fête a dépassé les espérances des visiteurs et des exposants.
Dieudonné Joachim

La belle messe de l'art




Une tentative de méthode donnerait sommairement une idée globale au niveau de la récurrence des sujets : l'obsession du poisson, la persistance de l'arbre, la référence au soleil, les particularités anthropomorphiques de l'éternel féminin s'opposent, par leurs symboles, à des thèmes plus séculiers : le rituel rara, le travail paysan, l'habitat rural, les fruits de table et les masques de carnaval. Toutefois, c'est une approche réductive qui ne donne pas toute la dimension de cette fête de l'Art qui, selon Martine Blanchard, l'initiatrice de l'événement avec M. Max Chauvet, directeur de Le Nouvelliste, « malgré vents et marées est un grand succès. »
Entre Joseph Lubernier qui a affirmé « être très fier d'exposer, par exemple, son tambour miroir » et Berthony Seize qui travaillait à son stand un superbe buste du peintre Dieudonné Cédor, il y a mille et une beautés allant de la rutilance des drapeaux rituels pailletés à la provocation du goût face à un cocktail de fruits de Micheline Hector.
On déambule d'un stand à l'autre pour découvrir une réussite sculpturale sur une pierre de rivière, l'élégance minimaliste du découpage d'un métal et l'anthropomorphisme baroque de Sanon François. Entre les assiettes décorées d'un art de la cuisine qui tarde à se répandre chez nous et les vases sublimes aux allures d'amphores de caciquats, éblouissants en formes, motifs et teintes, on essaie, dans la difficulté, de chercher un fil conducteur. On le perçoit du photographe de la beauté naturelle, Antoine Verdier, à l'art de la mosaïque qui, selon Frantz L. Gardère, remonte au XVIIIe siècle. Art qui s'est imposé en Haïti avec " Mosaïque Gardère " en 1944.
De l'instantané d'une photo de Verdier montrant le bleu du lac Azuéï sur lequel flotte, étrangement, la géographie de la République d'Haïti comme dans une oeuvre de Salvador Dali, là-haut dans les nuages, on découvre un peu plus loin la modernité, le dynamisme, le design nouveau, l'Art Décor caribéen de Gary Douyon qui réussit des symbioses heureuses entre diffusion de lumière et stabilité de l'objet. Il traverse de l'utilitaire à la beauté avec une finesse que lui donne, en toute dextérité, sa profession d'architecte. Cette profusion lyrique et baroque de multiples tendances et de diverses sensibilités traduit ce qu'il faut appeler, désormais, les textures particulières de l'imagination haïtienne. Toutes les expériences s'y mêlent. L'Occident lui donne une certaine raison dans l'anatomie et l'harmonie chromatique. Mais, cet art ne connaît pas la perspective du XVIe siècle. Les formes éclatent dans tous les sens et présentent un monde si merveilleux et tellement superposé qu'il est trop prématuré de faire la différence, ce dimanche 7 octobre 2007, entre l'art et l'artisanat. Un thème, d'ailleurs, qui peut soulever tout un débat à partir de ce qui est présenté à la première édition de Artisanat en fête.
Une tentative de méthode donnerait sommairement une idée globale au niveau de la récurrence des sujets : l'obsession du poisson, la persistance de l'arbre, la référence au soleil, les particularités de l'éternel féminin s'opposent, par leurs symboles, à des thèmes plus séculiers : le rara rituel, le travail paysan, l'habitat rural, les fruits de table dominicale, les masques de carnaval... Toutefois, c'est une approche réductive qui ne donne pas toute la dimension de cette fête de l'art qui, selon Martine Blanchard, l'initiatrice de l'événement culturel avec M.Max Chauvet, directeur de Le Nouvelliste, « malgré vents et marées est un grand succès. »

LA GRACE DU BEAU TEMPS

En effet, le premier report de Artisanat en fête des 18 et 19 août 2007 a du avoir psychologiquement un impact sur les organisateurs. Reprise avec détermination de vaincre les aléas du temps pour les 6 et 7 octobre au moment où la météo annonçait des turbulences atmosphériques, la foire a tenu bon en dépit de la pluie de la première journée. On n'a pas encore assez de précision sur l'impact de la température au niveau des ventes. Cependant, les artisans interviewés à ce sujet affirment tous que « l'atmosphère de samedi a joué un rôle un peu négatif sur les achats. »
Comme Keslyne C. Mathurin qui expose de beaux objets de bureau avec des motifs haïtiens et selon laquelle « la pluie a été une bénédiction », Mme Martine Blanchard se réjouit du fait que « Dieu nous a fait grâce du beau temps. » On est le dimanche et la fête se transforme en une belle messe. Le Parc historique de la Canne à sucre devient, selon les observateurs, un lieu de grandes fêtes « socialement correct ». En fait, le Champ de Mars de plus en plus délaissé pour des raisons de...conjoncture politique ou sociale, une attraction dont on n'a pas encore saisi la vraie nature sociologique attire les amants de l'art et du spectacle. A Tabarre, dans la banlieue nord de la capitale. Cela devrait inciter les autorités politiques et culturelles du pays à repenser des stratégies de sécurité et de logistique pour réaliser au Champ de Mars des événements culturels à la portée de tous.
Des commentateurs argumentent que la Fête du Travail, le 1er Mai, « est presque obsolète quand il n'y a aucune nouveauté et lorsqu'on n'invite, en toute quiétude, tous les secteurs de la production haïtienne à y participer.» On peut souligner que c'est un peu cocardier et orthodoxe quand une foire de l'art se transforme en kermesse patriotique ! Mais, la finesse et le savoir-faire doivent être aussi des attributs d'un Etat moderne et réconciliateur.
Ne nous empressons pas, en ces temps imprécis, à parler d'une géographie des classes sociales. Le constat de la vitalité de notre imaginaire, tous secteurs confondus, est si envahissant qu'on doit un instant laisser de coté les vieilleries idéologiques. Les événements culturels comme Artisanat en Fête mobilisent beaucoup de monde, par expertise, par amateurisme, ou par snobisme, vers un lieu dont le décor nous rappelle les origines de la technologie du colonialisme. C'est le premier pas qui compte.Les nouveaux sponsors sont pour beaucoup dans les succès de ces « fêtes culturelles » qui nous éloignent de la nocivité du quotidien et des redites médiatiques qui nous accablent. Les organisateurs ont compris et ont agi pour mieux oxygéner les Port-au-princiens. Entre le ballon gonflable de Digicel qui flottait dans le ciel bleu et l'érotisme sulfureux des « girls and boys » on peut affirmer qu'en bousculant la vieille moralité décadente et les activités culturelles limitées à de petits groupes de connaisseurs, nous entrons dans une modernité qui présente de nouvelles valeurs. Les artisans entrent sans grand bruit dans une autre époque : sortir de l'atelier vers le grand public est un pas géant.
Après avoir assisté à cette brillante fête de l'Artisanat, le dimanche 7 octobre au Parc historique de la Canne à Sucre, on en sort avec l'impression d'un grand excès de l'imagination en Haïti. On se pose des questions sur tant d'élaboration esthétique par ces temps où le contexte socioéconomique suscite plutôt le pessimisme pur et dur.La réponse qui vient spontanément est celle-ci : c'est au milieu des adversités les plus prononcées que le peuple haïtien montre les multiples aspects de sa résistance. Ce qui se passe, ces derniers temps, sur le plan culturel, prouve que la « résistance », ce n'est pas seulement celle des Marrons ou des Cacos. C'est aussi, et surtout, à cette époque de trouble idéologique qui ressemble à ce qu'on considère comme « la fin de l'histoire », cette manière élégante et inédite des artistes haïtiens de prouver qu'ils existent. Avec leur pays. Pour des lendemains meilleurs.
Devant la floraison d'un imaginaire que le chaos physique de la ville n'arrive pas à détruire, il est, sinon impossible du moins pas souhaitable d'en faire un simple reportage objectif. Le spectateur est comme submergé entre l'intérêt commercial, l'étonnement esthétique et le bonheur des formes et des couleurs.
La question à se poser est celle-ci : le spectacle à décibels nuit-il à l'exposition d'oeuvres artistiques dont on gagnerait à introduire les structures didactiques sans trop « académiser » les fêtes ? Les autres éditions d'Artisanat en fête viendront répondre à cette importante question.
Pierre Clitandre

samedi 6 octobre 2007

Dix enfants participeront à Artisanat en Fête

Dix jeunes de l'Association philantropique de l'église missionnaire pour le Développement des enfants d'Haïti (APEMDEH) à Fontamara exposeront leurs oeuvres en crochet et en baneco à Artisanat en Fête, les 6 et 7 octobre 2007, au Parc Historique de la Canne à Sucre. Le public est attendu.
Trente-sept jeunes âgés de huit à quatorze ans de l'église missionnaire de Fontamara ont participé à un cours et un camp d'été organisés par Esther B. Guervil durant les vacances écoulées. Un mois après la séance de formation, ces jeunes talents produisent des oeuvres artisanales de grande valeur, et profitent de cette occasion pour présenter à Artisanat en Fête cinq douzaine d'articles en crochet et cinq douzaine d'articles en baneco (robes, corsages, jupes, ceinturons, bikinis, etc.). Parmi eux, seulement dix enfants triés sur le volet auront la possibilité de prendre part à cette foire populaire de l'artisanat haïtien.

« En constatant la proportion alarmante de la délinquance juvénile dans le pays, je me suis dit que je dois contribuer à la formation des jeunes de Fontamara. Ainsi, durant les vancances d'été, j'ai organisé un cours pour les enfants. J'avais fait appel à des spécialistes dans les domaines du crochet et du baneco en vue d'une formation adéquate des enfants. J'ai même intégré des jeunes qui ne fréquentent pas mon église dans l'atelier», déclare Mme Guervil avec le sourire aux lèvres.

Mme Guervil a déjà organisé d'autres activités à l'intention des jeunes de son église. « J'ai eu la chance d'entreprendre une tournée avec cent vingt-cinq jeunes de mon église à Jacmel. J'aime les enfants et je leur donne toujours des conseils salutaires. Je crois qu'il faut les former du point de vue spirituel et artistique, car les enfants d'aujourd'hui sont les adultes de demain. L'expérience de Jacmel avait porté fruit. C'est pour cela que j'avais réalisé récemment ce camp d'été pour enfants ».
Amante de l'art, Mme Guervil promet de contribuer avec ses maigres moyens à la formation artistique des jeunes. Elle compte monter; dans un proche avenir, un centre de formation à l'intention des enfants. En effet, elle remercie chaleureusement les organisateurs de Artisanat en Fête d'avoir pensé aux artisans. C'est, précise-t-elle, une bonne initiative qui mérite d'être encouragée, car, à son avis, ce rendez-vous permettra aux artisans de sortir de l'ombre.
Née le 28 janvier 1980, Esther B. Guervil est membre de l'égilse missionaire de Fontamara. Elle a fait ses études primaires au collège mixte Père Saint Germain et ses études secondaires au collège Césaire. Elle a étudié le secrétariat et le ticketting. Elle apprend actuellement les sciences administratives.

Les dix artisans en herbe qui auront à participer à la foire :Orcel Jude, Fénélon Gumana, Sanon Chrismide, Sanon Géraldine,Estimable Fabiola, Delly Lindsay Sarah, Frédéric Marline, Duverger Laugy, Alliance Marie-Marc Danielle, Semaître Mellissa
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=49160&PubDate=2007-10-05

Edner Gabriel, bijoutier et artisan

Bijoutier autodidacte, Edner Gabriel exposera ses gourmettes et ses colliers les 6 et 7 octobre 2007 au Parc Historique de la Canne à Sucre. Le public est attendu.
Originaire de Jacmel, Edner Gabriel, trente-neuf ans, est issu d'une famille de onze enfants. Il n'a pas eu la chance d'achever ses études classiques comme de nombreux jeunes des familles de modeste condition du pays. Il a dû choisir de s'adonner à la bijouterie en vue de gagner sa vie.



En 1997, il a produit ses premiers objets artisanaux. « Je n'ai jamais fréquenté d'école d'art pour apprendre à fabriquer des bijoux. En 1997, je me suis dit que je dois trouver un moyen pour vivre, et j'ai décidé de m'adonner à la bijouterie », rappelle-t-il avec bonheur.

Prochainement, Edner Gabriel présentera au public une oeuvre diversifiée et appréciable. Son répertoire comprend des gourmettes et des colliers, fabriqués avec du bambou, des épingles, des cornes de boeuf, des coquillages, etc.

Avec l'argent que la bijouterie lui rapporte, il a pu payer l'écolage de sa fille de 14 ans et de ses deux garçons. Il a pu aussi aider son père qui était handicapé pendant dix ans jusqu'à sa mort, et a trouvé de l'argent pour payer les frais des funérailles.

Edner Gabriel vit à Carrefour. Il n'a pas d'atelier, mais travaille tous les jours en sa résidence où ses clients lui rendent visite. « Je n'ai pas d'atelier. Je travaille chez moi. Mon temps, c'est de l'argent. Je suis soucieux de ce que je fais. Je présente toujours des objets artisanaux de grande valeur et de qualité à mes clients », affirme le bijoutier qui a déjà exposé ses oeuvres à Jacmel, à Port-au-Prince et aux Cayes.
http://www.lenouvelliste.com/article.phpPubID=1&ArticleID=49233&PubDate=2007-10-05

L'artisanat dans tous ses états

Les 6 et 7 octobre 2007, se tiendra « Artisanat en Fête », une grande foire artisanale, au Parc Historique de la Canne à Sucre. Cette foire mettra en vedette les artisans haïtiens de talent sans aucune exclusion de spécialité. C'est une magnifique occasion qui sera offerte au public pour découvrir des talents cachés et d'acquérir des objets d'une grande originalité

LN : D'où vient l'idée de réaliser une si belle initiative, « Artisanat en Fête » ?

Martine Blanchard : « Artisanat en Fête » est une initiative partenariale de IRPAH et du journal Le Nouvelliste.
l'IRPAH est l'Institut de Recherche et de Promotion de l'Art Haïtien. « Artisanat en Fête », c'est d'abord l'IRPAH et Le Nouvelliste. Mais je dois, tout de suite, m'empresser de dire les sponsors sans le concours financier desquels l'événement aurait été grandement hypothéqué. C'est très certainement le moment de leur signifier nos reconnaissances et surtout de dire merci à : Digicel, Riz Chako, ministère des Affaires sociales, ministère de la Culture et de la Communication, Valério Canez, Rhum Barbancourt, Unibank, Brasserie La Couronne, ministère des Finances et Complexe Bambou.
Aujourd'hui, promouvoir l'art et l'artisanat est une mission vocationnelle que nous nous sommes fixée. Dès la création de l'institut, nous avons entrepris d'établir le contact avec les milieux artisanaux et nous planifiions un grand événement pour présenter IRPAH aux artisans et aux amoureux de l'art et de l'artisanat.
C'est dans le cadre de ce processus que nous avons rencontré, d'abord, René Max Auguste du magnifique Parc Historique Canne à Sucre qui, spontanément, nous a ouvert les bras, non seulement en rendant disponible le parc à ce grand événement, mais aussi en nous recommandant à Max Chauvet du journal Le Nouvelliste dont l'habileté dans la réalisation de grands événements sociaux ne fait l'objet d'aucune discussion. Tout le monde a en tête « Livres en folie » et Musique en folie ».
C'est ainsi que monsieur Chauvet d'un côté, monsieur Erby Petit et moi-même de l'autre, sommes parvenus à la formulation de « Artisanat en Fête » destiné à présenter l'artisanat au grand public, de manière didactique et rituellle. Il est bon de souligner que « Artisanat en Fête » est propriété intellectuelle de IRPAH et du journal Le Nouvelliste. Il a été formellement enregistré au ministère du Commerce et de l'Industrie.
Définitivement, « Artisanat en Fête » est un rendez-vous annuel qui se bonifiera avec l'expérience. IRPAH se propose d'être le porte-étendard de ce secteur. Haïti fait du développement du tourisme sa priorité économique, IRPAH se propose comme un partenaire dynamique, efficace et d'avenir.
LN : Parlez-nous plus largement de « Artisanat en Fête » !
Martine Blanchard : « Artisanat en Fête » est un prétexte dynamique pour aller vers l'autre. C'est exactement ce que nous avons fait et que nous invitons le public à faire très prochainement au Parc Historique Canne à Sucre les 6 et 7 octobre prochains. Nous étions à une année lumière d'imaginer qu'il pouvait y avoir autant de sensibilités et de créativités dans des inconforts aussi absolus.


Lorsque nous avons découvert des artisans à la Croix-des-Bouquet, La Vallée de Jacmel, Camp-Perrin, etc. nous avons pensé avoir vu la lumière pour la première fois. Non pas parce que nous n'avions jamais vu d'oeuvres artisanales avant de les avoir rencontrés, mais parce que, justement, nous n'imaginions pas qu'ils seraient en mesure même de rêver de ces oeuvres et encore moins de les réaliser. C'est tout à fait époustouflant d'arriver dans un quartier pour rencontrer des jeunes apparemment désoeuvrés jusqu'à ce qu'on demande à voir boss Untel, et là commence une nouvelle aventure. Un jeune qui nous sert de guide nous entraîne dans un corridor qui débouche sur des ateliers à n'en plus finir truffés d'objets de grandes convoitises.
Comment résister à ne pas amener ces corridors au Parc Historique Canne à Sucre et ailleurs ?
« Artisanat en Fête » est une grande foire artisanale qui met en vedette nos artisans de talent sans aucune exclusion de spécialité, de région ou d'origine sociale. C'est une magnifique occasion, dans un grand moment de détente, qui est offerte au public pour découvrir de grands talents cachés, je peux vous dire qu'il y en a beaucoup de talents confirmés, mais aussi c'est l'occasion d'acquérir des objets d'une grande originalité à des coûts que les supports financiers des sponsors ont rendu très bas. J'encourage vivement le public à faire le déplacement, non seulement pour voir à l'oeuvre ces talents, mais aussi pour exprimer une solidarité agissante avec ceux qui, quotidiennement, font flotter, à leur manière, notre bicolore.
Ce moment que les participants prendront pour s'éloigner du train-train qui, malheureusement, n'est pas très reluisant aujourd'hui créera des opportunités de revoir des amis, voire même, des parents que la conjoncture avait soustraits à notre chaleur.
Le Parc Historique Canne-à-Sucre est un environnement chaleureux empreint de témoignages vivants d'histoire. En s'y baladant, on a l'impression d'humer encore l'odeur du sirop de canne d'autrefois, ou voire un Wanga Nègès posé sur une feuille de bananier coiffer son plumage brillant à la lueur de l'angélus. C'est un moment de découverte, d'appréciation et d'évasion que personne ne peut rater. Le week-end des 6 et 7 octobre qui vient est très spécial.
Tout le monde devrait l'inscrire dans son agenda. Nous allons rencontrer, parler, vivre avec des artisans en provenance de Jacmel, Marigot, la Vallée, Camp-Perrin, Croix-des-Bouquets, Léogane, etc. Ce sera un moment inoubliable.
LN : Combien d'artisans participeront à cette activité ? Quels sont les différents types d'objets artisanaux qui seront exposés ?
Martine Blanchard : Nous avons invité 150 artistes et artisans à participer à cette grande fête de l'artisanat. Ils vont exposer des oeuvres allant du papier mâché, métal découpé, bois sculpté, peau tannée, objets perlés, jusqu'aux pièces brodées et de la poterie. Nous avons, également, prévu une animation douce avec des artistes comme ceux de Ju Kan qui va agrémenter le déroulement de l'événement.
LN : Quelles difficultés avez-vous surmontées pour les rencontrer ?
Martine Blanchard : Cette question ouvre l'opportunité de descendre dans l'enfer de notre existence de peuple et de société. En plein XXIe siècle, il demande un certain exorcisme pour entrer en contact avec ce monde de l'artisanat.
L'absence de succès financiers de nos artisans concourt à les maintenir loin de nos espaces d'évolution. A l'IRPAH, nous nous sommes donnés pour mission de les rencontrer et de les faire connaître du grand public. Même quand on a eu l'information des zones où évoluent certains de nos artistes et artisans, il a fallu un certain courage, même de la bravoure pour tenter l'aventure d'aller leur rendre visite. Car il est important de les voir évoluer pour mieux les comprendre et les connaître.
Nous avons dû souvent prendre nos routes défoncées des provinces pour aller à leur rencontre. Comme disait l'apôtre Paul : « nous avons combattu le bon combat ». Nous sommes aujourd'hui prêts pour le Parc Historique Canne à Sucre.
En outre, l'IRPAH a déjà créé un espace en ville tout près du Champ de Mars où le public aura l'opportunité de rester en contact avec les oeuvres de nos artistes et de nos artisans après « Artisanat en Fête ».
LN : Quelles sont les grandes figures de la sculpture et de l'artisanat haïtiens qui auront à exposer leurs oeuvres à cette grande foire populaire?
Martine Blanchard : Nous avons eu la chance de rencontrer et convaincre à participer à cette foire les gens comme :
SergeGay,Albert Einstein, Serge Jolimeau, Nelson Dubic, Joseph Delva. Mais de manière générale, tous les artistes et artisans qui participent à « Artisanat en Fête » ont été triés sur le volet et seront bientôt très appréciés du public.
LN : Nous sommes à environ quatre jours de l'organisation de cette foire, quel serait votre souhait ?

Martine Blanchard :Le dernier mot ne sera pas le moindre, car je voudrais que nos lecteurs viennent et encouragent leurs parents et amis à faire le déplacement pour aller témoigner leur sympathie aux artiste et artisans. Surtout, je leur recommande à chacun de faire un achat si peu coûteux soit-il pour encourager nos artistes et artisans qui viennent souvent de loin et qui sont confrontés à des difficultés de revenus vraiment importants. Je vous remercie de votre gentillesse.
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=49181&PubDate=2007-10-05

vendredi 5 octobre 2007

La fête des artisans

Le Parc Historique de la Canne à Sucre accueille « Artisanat en Fête » les 6 et 7 octobre 2007. Collectionneurs, amants et amateurs d'art sont invités à découvrir les talents de cent cinquante artisans.
La première édition de Artisanat en Fête réunira dans un même espace cent cinquante artisans de Port-au-Prince, de Pétion-Ville, de Delmas, de Croix-des-Bouquets, de Léogane, de Jacmel. Elle entend faire connaître les multiples facettes de l'artisanat haïtien qui mérite de sortir des oubliettes.

La foire mettra en vedette les produits d'artisanat d'art et d'artisanat utilitaire. Elle insistera sur le talent, sur les hommes et les femmes qui réalisent ces oeuvres admirables. Elle promet de faire connaître aux Haïtiens et au monde nos artisans

En cette occasion, les artisans pourront faire une démonstration de leur talent, montrer leur savoir-faire, exposer et vendre leurs produits sans rien payer aux organisateurs. Ce qui leur permettra d'offrir de bons prix aux acheteurs potentiels.
Bien sûr, l'artisanat sera présenté sous différentes formes : perles et paillettes, papier mâché, couture et broderie, fer découpé, corne et os, poterie, bois travaillé, pierre taillée, vannerie, orfèvrerie, fer forgé. Ce sera une grande découverte. Ce sera la fête des artisans.

L'entrée à la foire se fera pour la modique somme de 150 gourdes qui donnera droit à un coupon rabais de 150 gourdes déductible sur le premier achat.

Sylnair Sylaire, artisan et fondateur de créolart

Le fondateur de créolart, Sylnair Sylaire, exposera ses sculptures et ses objets artisanaux les 6 et 7 octobre 2007 au Parc Historique de la Canne à Sucre. Le public est invité à venir apprécier ce talent prometteur de l'artisanat haïtien.

Né à Côte de Fer, Sylnair Sylaire commence à dessiner dès son plus jeune âge. Sculpter des objets en bois ou sur métal est sa plus grande et plus folle passion. C'est pourquoi en 1990, il s'est adonné entièrement à l'artisanat et à la sculpture.

Bien avant, Sylnair Sylaire a prêté ses services dans une usine de la place en vue de gagner sa vie. Ce qu'on lui payait chaque fin de mois ne le permettait pas de subvenir à ses besoins. Il a donc choisi la sculpture et l'artisanat. Aujourd'hui, il ne regrette pas d'avoir choisi l'artisanat. Il promet de faire honneur à Haïti avec ses oeuvres. « J'aime l'artisanat et je n'ai rien à regretter. Mon expérience artisanale porte fruit. J'ai pu avec l'argent que je gagne envoyer mes deux filles Rébecca et Fedline à l'école et leur donner à manger », s'est réjoui le sculpteur, le visage visiblement serein.

Voyant que l'artisanat lui rapporte de l'argent, M. Sylaire a créé en 1994 l'atelier créolart (Delmas 33, Impasse Dumas, No 30). Il recrute six ouvriers pour l'aider à préparer certains objets artisanaux.

Sylnair Sylaire n'a pas de modèles. Il a son style personnel et original. « Je n'imite personne. J'ai mon style propre et j'essaie de l'améliorer quotidiennement », déclare le fondateur de créolart qui aura à exposer à « Artisanat en Fête » ses sculptures et ses objets artisanaux.

Il a eu la chance d'exposer ses oeuvres à Le Florville, à l'hotel Montana, aux Cayes, à Jacmel, à Pétion-Ville, en République dominicaine, à Cuba, aux Etats-Unis et aux Antilles françaises.
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=49294&PubDate=2007-10-04

jeudi 4 octobre 2007

Des géants supportent les artisans haïtiens

La première édition de la fête de l'artisanat, les 6 et 7 octobre prochains au Parc historique de la Canne à Sucre, réunira cent cinquante exposants venus de différentes régions du pays. Poterie, céramique, métal découpé, peinture sur tissu, sculpture en bois...l'artisanat sera présenté sous toutes ses formes.
« L'artisanat est actuellement une des forces maîtresses de notre pays. Et, si nous avons quelque chose à offrir aux étrangers, c'est bien cette richesse artistique », a lancé de manière convaincante, Einstein Albert, artisan et entrepreneur. Le sculpteur de bois intervenait ce matin à la conférence de presse organisée par les initiateurs de la toute première édition « Artisanat en fête » à Cabane Choucoune à Pétion-Ville.

Le Nouvelliste, la Digicel, la Unibank, le Rhum Barbancourt, Riz Tchako, les ministères du Tourisme et des Affaires sociales, sont les géants qui ont décidé d'allumer les projecteurs sur des talents confirmés du secteur de l'artisanat haïtien, sur leurs oeuvres jusque-là peu connues du public. Et c'est là l'un des objectifs des organisateurs : permettre au grand public de prendre contact avec les artisans. « Nous avons pensé ouvrir la voie à ces professionnels, sur leur travail combien impressionnant », a déclaré la présidente de l'IRPAH, Mme Martine Blanchard, par qui a pris naissance l'initiative "Artisanat en fête .

Pour ce faire, Mme Blanchard dit avoir entamé pendant plusieurs mois un processus de recherche et de sélection de talents un peu partout à travers le pays. Un choix qui n'a pas été du tout facile, car des artisans, il y en a beaucoup dans le pays. L'originalité et la qualité de l'oeuvre ont donc constitué les critères de sélection des artisans pour la première édition de « Artisanat en fête ».
Les 6 et 7 octobre prochains, ils seront donc cent cinquante artisans à présenter des articles en tout genre au Parc Historique de la Canne à sucre. Coquillage en calebasse, métal découpé, peinture sur tissu, sculpture sur bois, poterie et céramique, tout un arsenal d'oeuvres d'art est prévu pour la délectation des visiteurs"mais surtout pour attirer l'attention des touristes locaux et internationaux sur les richesses culturelles et artistiques de notre pays.
Le Nouvelliste est particulièrement sensible à cela. C'est d'ailleurs ce qui a motivé le directeur du plus ancien quotidien d'Haïti, Max Chauvet, à s'aligner au côté de l'IRPAH et de la Digicel pour accompagner ces artisans dans leur travail. « Le Nouvelliste depuis des années a fait le choix d'accompagner la culture haïtienne. D'abord à travers Livres en Folie et Musique en Folie. Aujourd'hui, nous voulons continuer sur un autre format. Nous voulons faire la promotion de l'artisanat haïtien et ouvrir une vitrine sur ces richesses du pays vers la communauté internationale ».
Les propos de Jean Ronald Eliacin de la Digicel rejoignent les déclarations du directeur de Le Nouvelliste. Le représentant de la compagnie de téléphonie mobile a réitéré la volonté et la détermination de la Digicel de contribuer aux activités visant à faire la promotion de la culture nationale. « La Digicel, a-t-il déclaré, se fait toujours le plaisir d'apporter sa contribution aux activités nationales. Aujourd'hui, la compagnie est encore plus fière de soutenir cette initiative qu'est la promotion de l'artisanat haïtien ».

Les quelques artisans présents à la conférence de presse de ce matin n'ont pas caché leur gratitude envers les organisateurs de l'initiative « Artisanat en fête ». Leur plus grand bonheur est la réussite de cette première édition les 6 et 7 octobre prochains. Mais, ils s'attendent surtout à un regain d'activités et une restructuration des métiers relatifs à l'artisanat dans les prochaines années. « J'espère que cette initiative servira de base de ralliement de tous les professionnels de ce secteur économique », a ajouté Hans Garoute, un des exposants de la foire de l'artisanat.

Tout comme en République dominicaine, l'artisanat peut constituer en effet un pilier pour l'économie nationale. Les citoyens qui exercent ce beau métier sont non seulement des artisans, mais aussi des commerçants et producteurs.
Les gens qui vont participer à la foire des artisans haitiens au Parc historique de la Canne à sucre auront beaucoup à gagner, selon Frantz Duval du journal Le Nouvelliste. D'abord, ils auront l'occasion de lier connaissance avec les professionnels de l'artisanat haïtien et leurs productions. Les cent cinquante gourdes qu'ils paieront à la porte d'entrée leur seront remises dès le premier achat d'un article. Ils auront l'heureux privilège de participer à un spectacle culturel qui réunira plusieurs artistes haïtiens, notamment les deux gagnant de Digicel stars, des gagnants de TicketMax, des artistes d'Alo Ayiti, le groupe Ju kan'n, pour ne citer que ceux-là.
Jean Max St Fleurtmaxner@yahoo.fr
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=49301&PubDate=2007-10-03

lundi 1 octobre 2007

Sanon ou l'art du sublime

Sanon François exposera ses sculptures sur bois les 6 et 7 octobre 2007 à « Artisanat en Fête » au Parc Historique de la Canne à Sucre. Ce sera l'occasion pour le public de découvrir un sculpteur confirmé qui continue, aujourd'hui encore, à apporter sa pleine et entière contribution à l'art haïtien.

Une des figures remarquables de la sculpture à Laboule, Sanon François, polit méticuleusement le bois en vue de créer une oeuvre originale et inédite par sa beauté, sa finesse, sa composition. En un mot, sa démarche artistique mêle, d'une part, l'utile à l'agréable et est, d'autre part, une quête incessante du beau.

Elevé dans sa ville natale, Sanon François est né à Jérémie le 14 octobre 1938. C'est dans la Cité des Poètes qu'il a réalisé une partie de ses études classiques. Arrivé en 3e secondaire, il abandonne l'école parce que ses parents n'avaient pas de moyens économiques pour lui permettre de terminer ses études. Il va donc s'adonner avec passion et amour à la sculpture pour gagner sa vie, prendre soin de son épouse et de ses sept enfants.


Le regard pensif et rêveur, Sanon François, c'est tout un style. Il travaille le bois d'acajou. Il traite des sujets diversifiés relatifs aux danses folkloriques et aux portraits d'hommes politiques et historiques. Il a un sens très poussé du sublime, de l'immuable et de l'idéal. Bref, il veut créer un monde beaucoup plus vrai, beaucoup plus concret et réel.
Ce sculpteur fascine le public par la magie de ses créations et de sa technique, de son savoir-faire, de son verbe. « J'ai réalisé des pièces capables d'attirer l'attention des amants de l'art. Je ne suis pas un artisan, je suis plutôt un artiste, un vrai créateur. Je pense d'abord avant de sculpter une pièce. Donc, c'est avec des idées que je crée mes pièces. Je crée pour exister, pour partager avec l'autre mes émotions et mes rêves », relate M. Sanon avec charme.
Sa vie est passionnante. Sanon François rentre à Port-au-Prince avec l'artiste Lima Germain en quête de modèles et de survie. Tout a commencé avec les premières leçons de sculpture qu'il avait apprises. Il va lier connaissance, un peu plus tard, avec Duclavil Leconte et apprendra des techniques artistiques nouvelles. Ce qui lui permettra de faire ses armes.
Au cours de sa carrière, l'artiste a eu le bonheur de rencontrer André Sabbat, artiste talentueux et visionnaire de l'époque. Il a eu l'habitude de vendre, au cours de ses débuts en sculpture, ses pièces à « La Belle Créole ». Sa rencontre avec André Sabbat avait apporté du fruit : les deux copains (André et Sanon) vont monter un atelier dans les locaux de l'ancien Red Carpet à Petion-Ville. Et Sanon François sera, bien entendu, le directeur général.
Après de longues années passées avec André Sabbat, il va créer son propre atelier à Laboule 11 (au numéro 47). L'atelier porte le nom de Sanon Studio et comporte deux grandes salles d'exposition. François Sanon recrute quatre ouvriers pour l'aider au mieux à ciseler le bois. Son fils Dady Sanon lui prête ses services dans ce studio.
Sanon François a réalisé plusieurs expositions à l'Institut Français d'Haïti (IFH) et aux Etats-Unis. Grâce à la sculpture, ce créateur a pu visiter Saint Thomas, Sainte-Croix, Jamaïque, Porto Rico et Etats-Unis. C'est avec ses clients qu'il a pu effectuer ses voyages pour se ressourcer un peu, exposer ses oeuvres. Dans cette optique, ce sculpteur a pu réaliser, de concert avec Joseph Sénat, une exposition inoubliable aux Nations unies.

Sanon François, soixante neuf ans, humaniste et confiant en lui-même, dépouillé de tout esprit d'égocentrisme, est plein d'énergie et de courage. Il a foi que si l'Etat et les organisations culturelles du pays lui apportent du soutien financier, il laissera pour les générations montantes un patrimoine artistique riche et abondant.

http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=48967&PubDate=2007-09-30