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lundi 16 avril 2012

Haïti-Culture : La Fokal rend hommage à Jacques Stephen Alexis


P-au-P, 16 avril 2012 [AlterPresse] --- Du lundi 16 au samedi 21 avril 2012, à l’occasion du 90 e anniversaire de naissance de l’écrivain décédé, la fondation Connaissance et Liberté (sigle créole : Fokal) honore l’écrivain et militant politique Jacques Stephen Alexis, selon les informations transmises à l’agence en ligne AlterPresse.

Des conférences-débats, lectures, projections et expositions auront lieu à l’occasion.
Les expositions retraceront l’itinéraire d’Alexis à travers des photos anciennes et textes, depuis sa naissance en 1922 aux Gonaïves (Artibonite / Nord) à son assassinat en 1961 sous la dictature de François Duvalier.
Le vernissage débutera par une performance de la brigade d’intervention théâtrale haïtienne sur des textes du recueil de contes « Romanceros aux étoiles » de Jacques Stephen Alexis.
Une présentation, des œuvres de l’écrivain et des textes écrits en sa mémoire par des auteurs contemporains haïtiens et européens, sera, entre autres, effectuée.
Des enregistrements de textes, écrits suite à un atelier de lecture, seront aussi diffusés.
Durant ces manifestations culturelles, pour rendre hommage à l’écrivain et militant politique Jacques Stephen Alexis, des conférences-débats sur le parcours littéraire et politique de l’auteur ainsi qu’un documentaire titré « Un macoute peut-il être poète » feront aussi l’objet d’une présentation.
Ce film documentaire d’Arnold Antonin met à jour les conditions de la production littéraire en Haïti du temps des Duvalier (François Duvalier septembre 1957 - avril 1971, et Jean-Claude Duvalier avril 1971 - février 1986).
Né le 22 avril 1922 aux Gonaïves (la cité ou fut proclamée l’indépendance d’Haïti le 1er janvier 1804) et assassiné en 1961, Jacques Stephen Alexis fut un écrivain, romancier et militant politique, éminemment reconnu pour ses romans, dont "Compère général soleil (1955), les arbres musiciens (1957) et l’espace d’un cillement (1959)". [emb rc apr 16/04/2012 0:15]

mardi 7 février 2012

Quand Duvalier faisait taire les poètes en les assassinant

On ne fait pas rimer littérature et dictature.
Par Antoine Oury, le mardi 07 février 2012 à 15:28:52

Alors que le rejeton de François Duvalier revient dans le pays qu'il a dévasté sans être spécialement dérangé, l'écrivain Michel Séonnet rend un hommage appuyé à l'une des victimes du régime, le poète haïtien Jacques-Stephen Alexis, en mettant en ligne son ouvrage qui lui est consacré, Jacques-Stephen Alexis, ou Le voyage vers la lune de la belle amour humaine.
Je vous parle d'un temps pas si lointain, quand la famille Duvalier faisait régner une terreur despotique sur Haïti. Nombre d'Haïtiens rêveraient d'amputer cette dynastie-gangrène de l'Histoire, tant les diagnostics despotiques de Papa et Bébé Doc abîmèrent la santé de leur île.
Le règne des Duvalier commence en 1957, alors que le pays est agité par des troubles à la limite de la guerre civile. Les élections organisées par l'armée voient la victoire et l'accession au pouvoir de François Duvalier, qui remue le terreau universel et nauséabond de la pureté de la race en stimulant la haine de la population noire pour les mulâtres, ces Haïtiens dont l'un des deux parents est blanc.
Dix mois après sa victoire, Duvalier est légèrement chahuté par ses opposants et réagit en bon dictateur détestable, à grands coups de purges, d'arrestations arbitraires et de répressions. Il est aidé dans sa funeste tâche par les Tontons macoutes, une milice de fanatiques cruels.
Haïti: sa plage, ses palmiers... et ses despotes
Toutes ces réjouissances atteindront leur point d'orgue en 1964, lorsque Papa Doc se proclamera modestement « président à vie ». Le fiston, Bébé Doc aka Jean-Claude Duvalier, tentera de faire encore mieux que le père, puisqu'il régnera sans partage sur Haïti entre 71 et 86.
Dès 1957, la résistance s'organise du côté des intellectuels humanistes, à l'image de Jacques-Stephen Alexis qui publie le texte La belle amour humaine : « Tel est mon premier vœu pour 1957. Aimons et ayons confiance un peu plus en l'homme de partout, c'est-à-dire en nous-mêmes et que cela se traduise dans nos actes comme dans nos œuvres. » Le moins que l'on puisse écrire, c'est qu'il y avait du pain sur la planche avec un rigolo comme Duvalier aux commandes.
Dissident et communiste, autant d'adjectifs qu'il ne fait pas bon d'incarner pendant cette époque trouble de l'Histoire haïtienne. Jacques-Stephen Alexis n'hésita pourtant pas à les revendiquer, et créa en 59 le Parti d'Entente Populaire (PEP), proche du PC moscovite. Évidemment, un comportement aussi critique lui vaut l'exil. Alors qu'il revient d'un déplacement à Cuba en 61, il est assassiné par la milice de son ennemi dictateur.
Michel Séonnet a donc tenu à évoquer la mémoire du poète, injustement oublié comme il le fait remarquer sur son site : « Comment se faisait-il que, malgré un long parcours universitaire, des lectures nombreuses, je n'aie jusque-là jamais entendu parlé d'Alexis ? Si encore il avait été un auteur mineur. Mais à une époque où l'on s'intéressait tellement au réalisme magique des écrivains sud-américains, voilà que quelqu'un écrivait caraïbe en français et personne n'en parlait ? Trop noir, Alexis ? Trop communiste ? Il y avait quelque chose de révoltant de se dire qu'à l'assassinat politique avait succédé une sorte d'oubli littéraire ».
Et pour joindre le geste à la parole, il a mis en accès libre ici son ouvrage publié en 83 et désormais épuisé, Jacques-Stephen Alexis, ou le voyage vers la lune de la belle amour humaine, au format ePub et PDF.
Sources :Petits Points Cardinaux
Wikipedia
http://www.actualitte.com/actualite/patrimoine-education/patrimoine/quand-duvalier-faisait-taire-les-poetes-en-les-assassinant-31819.htm

vendredi 19 août 2011

Il y a 50 ans mourait assassiné Jacques Stephen Alexis

Haïti: Qui s'en souvient aujourd'hui ? Pourquoi rien n'a été organisé au niveau des autorités publiques, des organisations politiques et du secteur cuturel pour magnifier sa vie et son oeuvre ? Quel silence de mort!

Né le 22 avril 1922 à Gonaïves, Jacques Stephen Alexis fut arrêté, torturé et assassiné en avril 1961, à la suite d'un débarquement sur la plage de Bombardopolis (Nord-Ouest) en compagnie de quatre compagnons, Charles Adrien-Georges, Guy Béliard, Hubert Dupuis-Nouillé et Max Monroe. Tragique, la mort de Jacques Stephen Alexis et des membres de son expédition, sans doute trahis, n'a jamais été officiellement reconnue.
Hier, quel triste sort pour un intellectuel de cette envergure ! Aujourd'hui, quelle indifférence collective!
Son père, le journaliste Stephen Alexis, auteur du Nègre masqué (1933), étant nommé à un poste diplomatique en Europe, Jacques Stephen Alexis entreprend des études au prestigieux Collège Stanislas, à Paris.
De retour en Haïti en 1930, il poursuit ses études au Collège Saint-Louis de Gonzague, puis à la Faculté de médecine. Doté d'une grande curiosité, il fait la connaissance de Jacques Roumain et de Nicolas Guillen en 1942. Animé par un dynamisme contagieux, il fonde La Ruche, journal d'opposition, qui jouera un rôle décisif lors de la révolution de 1946.
Membre du parti Communiste haïtien, il conteste l'élection de Dumarsais Estimé. Pour tant d'insolence, il est emprisonné. A sa sortie, il passe son Doctorat en médecine et se rend à Paris. Brillant mais plein d'idéal, patriote courageux et révolté, il mène de front une triple activité : professionnelle (il se spécialise en neurologie), politique (par les Jeunesses communistes et la Fédération de Paris, il prend contact avec divers partis communistes, dont celui de Chine) et littéraire (il se lie avec le grand poète français Louis Aragon, avec les écrivains de la Négritude et les écrivains latino-américains). En 1955, la célèbre maison d'édition Gallimard publie son premier roman, Compère Général Soleil, dont le succès est immédiat. Auréolé de cette gloire littéraire surprenante, il rentre en Haïti.
Inquiété par les autorités, Jacques-Stephen Alexis prend part néanmoins aux débats culturels et politiques en cours.
Avec une compétence avérée, il apporte une contribution importante en 1956 à Paris, au Premier Congrès des Écrivains et Artistes Noirs : Prolégomènes à un Manifeste du Réalisme Merveilleux des Haïtiens. A un rythme étonnant, il publie deux romans et un recueil de courts textes : Les Arbres musiciens (1957), L'Espace d'un cillement (1959) et Romancero aux étoiles (1960). Infatigable agitateur et irrésistible agitateur d'idées, il participe dans le même temps à divers congrès internationaux, dont celui de l'Union des Écrivains Soviétiques (1959).
Obsédé par la longue durée, le pouvoir de Duvalier père accentue fortement l'atmosphère d'insécurité autour de lui et empêche certaines de ses activités. Invité en Chine en 1961 et conscient de la déchirure qui se déclare entre les deux grands Etats communistes, il tente de faciliter un dernier rapprochement. Reconnu et respecté sur le plan international, il rencontre Ho Chi Minh, Mao, et lance des appels remarqués pour l'unité du mouvement communiste international. Obnubilé par ses idées marxistes-léninistes de révolution et de progrès collectif, il rentre à Cuba, avec la décision d'entrer dans la clandestinité avant de venir mourir assassiné en Haïti.
On a là une vie palpitante, hors normes, exemplaire jusque dans son dénouement héroïque. On a là une oeuvre dense, impressionnante de générosité politique et de justesse sociologique, écrite dans une langue charnelle et tumultueuse, construite pour durer tant que nos malheurs de peuple meurtri ne seront pas exorcisés.
Pierre-Raymond Dumas
Courriel : padreramondumas@yahoo.com
Cell : 3557-9628 / 3903-8505