Depuis quelques mois, le gouvernement haïtien via le ministère de l'Agriculture des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR) et ses partenaires techniques et financiers, ont entrepris une série de rencontres qui, finalement, ont permis de produire un document qui s'articule autour d'un programme national d'investissement dans le secteur agricole et d'une politique de développement agricole. Coup de projecteur sur ce document. Haïti: « Haïti: plan national d'investissement ». C'est le titre d'un document présenté par le gouvernement haïtien à travers le ministère de l'Agriculture des Ressources naturelles et du Développement rural (MARNDR). Ce document a été mis en oeuvre conformément à la réalité nouvelle issue de la catastrophe du 12 janvier, qui impose l'élaboration d'un programme à moyen et à long terme, dont les actions s'inscrivent dans une perspective structurante d'augmentation significative et durable de la production agricole nationale en conformité avec la politique de développement agricole nationale.
Financé à hauteur de 768,9 millions de dollars américains, ce programme s'articulera autour de trois axes, notamment le développement des infrastructures rurales par l'aménagement des bassins versants, la foresterie et l'irrigation ; la production et le développement des filières par l'élevage, l'aquaculture et la pêche; l'accès aux intrants et outils agricoles; l'agriculture urbaine et périurbaine; le développement des filières et la commercialisation; le crédit rural et la production locale et les opérations humanitaires (achats locaux). Et enfin, les services agricoles et l'appui institutionnel par la vulgarisation par les « champs écoles », l'accès à la terre et la sécurité de la tenure et l'appui institutionnel aux services publics agricoles (recherche, formation, protection zoo et phytosanitaire, renforcement institutionnel).
Bien que le secteur agricole puisse ne pas être considéré comme l'un des secteurs les plus directement touchés par le tremblement de terre du 12 janvier 2010, ce secteur jouera un rôle clé tant pour contribuer à assurer la sécurité alimentaire que pour permettre le redressement économique et la stabilité sociale d'Haïti. Cela implique l'urgente nécessité d'apporter au secteur agricole tout le soutien nécessaire, tant à court terme, à travers des interventions d'urgence qui permettront de répondre aux besoins alimentaires immédiats, et, à moyen et à plus long terme, afin de relancer, de moderniser et de redynamiser un secteur agricole essentiel à l'économie et à l'équilibre social du pays.
« Le gouvernement a d'ailleurs toujours fait du secteur rural le premier pilier de la croissance et de la réduction de la pauvreté dans le pays, comme en témoignent les documents officiels, notamment le Document de stratégie nationale de croissance pour la réduction de la pauvreté (DSNCRP). Les actions proposées dans ce plan de relance se basent sur le document d'orientation et de plaidoyer rédigé immédiatement après le tremblement de terre et sur le plan d'action préparé dans le cadre du PDNA », lit-on dans ce document de 123 pages.
Toujours selon ce même document, ce programme clé est un moyen de redonner espoir au monde agricole haïtien. Le plan d'investissement national contribuera à relever l'un des défis majeurs, qui est de rendre l'agriculture haïtienne plus compétitive et plus rémunératrice pour les producteurs tout en assurant la sécurité alimentaire.
« L'agriculture haïtienne contribue pour plus de 25% à la formation du PIB. Selon les données rendues disponibles par MARNDR/FAO en février 2010, l'agriculture est pratiquée par un peu plus de 1 000 000 (un million) d'exploitations agricoles disposant en moyenne de moins de 1,5 ha de terre divisé en plusieurs parcelles . La pression démographique et l'augmentation continue de la demande alimentaire poussent les agriculteurs à cultiver des terres marginales inaptes à la production agricole. Il en résulte une réduction de la durée des jachères sur les terres cultivables et une dégradation accélérée des ressources naturelles », poursuit le document.
C'est fort de tout cela que le gouvernement haïtien, à travers le MARNDR conjointement avec l'IICA et la FAO qui interviennent dans le secteur, a décidé d'y apporter une solution durable sur la base de l'application des principes établis dans le cadre d'une mission conduite par le Centre d'investissement de la FAO, qui a séjourné en Haïti du 15 au 25 février 2010. Il s'agissait du résultat d'un travail en commun entre les principales institutions partenaires, les responsables et cadres techniques du ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et du Développement Rural (MARNDR).
Il sied de rappeler que ce plan d'investissement dans le secteur agricole vise à accroitre la production nationale, à assurer la sécurité alimentaire et à créer des emplois. Plus concrètement, ce présent document est en outre aligné sur la politique agricole nationale du gouvernement d'Haïti et a pour but de traduire les orientations stratégiques du gouvernement en un véritable plan d'investissement pour le secteur agricole. Ledit document, comme discuté et convenu à la réunion de Santo Domingo, fera l'objet des consultations avec la société civile et le secteur privé et sera présenté à la communauté internationale afin de mobiliser les ressources nécessaires à la mise en oeuvre de ce projet.
Amos Cincir
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=84664&PubDate=2010-10-15
Notre commentaire:
Nous voulons juste faire remarquer que l'élaboration de documents princeps n'est pas une innovation dans l'administration publique haïtienne. Car souvent le fait de l'élaboration du document représente une entrée d'argent pour un groupe ou un sous groupe.
Il serait bien que le gouvernement issu des prochaines élections tiennent compte de ce document qui normalement n'est pas inutile.
Bon, nenous berçons pas d'illusions. Il a circulé un document intitulé document de stratégie nationale pour la réduction de la pauvreté.
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
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samedi 16 octobre 2010
jeudi 12 août 2010
Le secteur agricole haïtien se porte bien selon Gary Mathieu
Sept (7) mois après le violent séisme, les agriculteurs des différentes régions ont pu conserver la vitalité du secteur agricole haïtien constate l'agronome Gary Mathieu. Il rapporte que de nombreuses associations de planteurs se plaignent des difficultés pour écouler leurs produits.
Cette situation est enregistrée dans plusieurs régions qui ont débuté les récoltes de haricots, tubercules, riz, maïs et autres racines. L'offre de produits agricole ayant augmenté on a assisté ces dernières semaines à une baisse des prix des céréales et autres denrées dans les marchés. Une conjoncture appréciable pour les consommateurs haïtiens souvent confrontés à des difficultés financières.
Les responsables du ministère de l'agriculture ne cessent d'attirer l'attention sur la nécessité de revigorer l'économie à travers la création massive d'emplois. Outre les consommateurs haïtiens, les responsables de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaires (CNSA) estiment que l'effort humanitaire peut permettre aux agriculteurs d'écouler leurs produits. M. Mathieu, directeur exécutif de la CNSA souhaite que les acteurs évoluant dans le secteur humanitaire, tels les ONGs et les agences de l'ONU, investissent plus de fonds sur le marché local. Il révèle qu'aucun produit haïtien ne fait partie des 37 000 tonnes d'aliments prépositionnés dans plusieurs régions du pays.
Les responsables du Programme Alimentaire Mondial (PAM) avaient récemment indiqué que plusieurs milliers de tonnes d'aliments ont été prépositionnés dans certains centres en vue de répondre aux besoins de la population en cas de catastrophe naturel. Dans une interview à radio Métropole, M. Mathieu a déploré le comportement de ces acteurs faisant remarquer que les récoltes de cette années seront perdues si le pays est frappé par un cyclone.
Tenant compte de l'offre de produits haïtiens, l'agronome Mathieu invite les autorités haïtiennes à inciter les acteurs humanitaires à s'approvisionner sur le marché local. LLM / Radio Métropole Haïti http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=18118
Cette situation est enregistrée dans plusieurs régions qui ont débuté les récoltes de haricots, tubercules, riz, maïs et autres racines. L'offre de produits agricole ayant augmenté on a assisté ces dernières semaines à une baisse des prix des céréales et autres denrées dans les marchés. Une conjoncture appréciable pour les consommateurs haïtiens souvent confrontés à des difficultés financières.
Les responsables du ministère de l'agriculture ne cessent d'attirer l'attention sur la nécessité de revigorer l'économie à travers la création massive d'emplois. Outre les consommateurs haïtiens, les responsables de la Coordination Nationale de la Sécurité Alimentaires (CNSA) estiment que l'effort humanitaire peut permettre aux agriculteurs d'écouler leurs produits. M. Mathieu, directeur exécutif de la CNSA souhaite que les acteurs évoluant dans le secteur humanitaire, tels les ONGs et les agences de l'ONU, investissent plus de fonds sur le marché local. Il révèle qu'aucun produit haïtien ne fait partie des 37 000 tonnes d'aliments prépositionnés dans plusieurs régions du pays.
Les responsables du Programme Alimentaire Mondial (PAM) avaient récemment indiqué que plusieurs milliers de tonnes d'aliments ont été prépositionnés dans certains centres en vue de répondre aux besoins de la population en cas de catastrophe naturel. Dans une interview à radio Métropole, M. Mathieu a déploré le comportement de ces acteurs faisant remarquer que les récoltes de cette années seront perdues si le pays est frappé par un cyclone.
Tenant compte de l'offre de produits haïtiens, l'agronome Mathieu invite les autorités haïtiennes à inciter les acteurs humanitaires à s'approvisionner sur le marché local. LLM / Radio Métropole Haïti http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=18118
lundi 7 juin 2010
Haïti-Reconstruction: La BID investit 200 millions de dollars dans l'agriculture
La Banque interaméricaine de développement (BID) annonce des subventions de l'ordre de 200 millions de dollars pour affermir les droits de titularisation des terrains, stimuler la production agricole, augmenter l'accès aux marchés pour les fermiers, et renforcer la sécurité alimentaire en Haïti.
Les subventions, qui s'échelonneront sur 5 ans, couvriront un quart des coûts totaux d'un plan gouvernemental pour renforcer l'industrie agricole après le séisme du 12 Janvier.
Il s'agit d'une augmentation significative des contributions de la BID pour le développement en Haïti. Au cours des 6 dernières années la BID avait approuvé 129 millions de dollars pour des projets dans ce secteur stratégique.
Le chef de la Division d'environnement et développement rural de la BID, Hector Malarin, a soutenu qu'il faut " aider Haïti à améliorer sa sécurité alimentaire avec des projets qui stimulent la productivité et contribuent à attirer les investissements dans les régions rurales."
Les responsables de la BID indiquent que ces investissements contribueront à des projets antérieurement mis en place pour la gestion de l'irrigation et de la canalisation des eaux, ainsi qu'aux efforts pour combattre les éléments nuisibles et les maladies affectant les cultures clés. Par biais de ce programme la BID cherchera à augmenter le nombre de propriétés titularisées, et à améliorer la qualité et l'accès aux services de registre dans certaines communautés rurales, en particulier dans des régions où la BID finance des projets.
LLM / Radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=17810
Les subventions, qui s'échelonneront sur 5 ans, couvriront un quart des coûts totaux d'un plan gouvernemental pour renforcer l'industrie agricole après le séisme du 12 Janvier.
Il s'agit d'une augmentation significative des contributions de la BID pour le développement en Haïti. Au cours des 6 dernières années la BID avait approuvé 129 millions de dollars pour des projets dans ce secteur stratégique.
Le chef de la Division d'environnement et développement rural de la BID, Hector Malarin, a soutenu qu'il faut " aider Haïti à améliorer sa sécurité alimentaire avec des projets qui stimulent la productivité et contribuent à attirer les investissements dans les régions rurales."
Les responsables de la BID indiquent que ces investissements contribueront à des projets antérieurement mis en place pour la gestion de l'irrigation et de la canalisation des eaux, ainsi qu'aux efforts pour combattre les éléments nuisibles et les maladies affectant les cultures clés. Par biais de ce programme la BID cherchera à augmenter le nombre de propriétés titularisées, et à améliorer la qualité et l'accès aux services de registre dans certaines communautés rurales, en particulier dans des régions où la BID finance des projets.
LLM / Radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=17810
samedi 5 juin 2010
Le futur agricole d'Haïti selon l'américain Monsanto
Par Jérôme Brisson Rue89
La multinationale fait un don de 476 tonnes de semences aux agriculteurs haïtiens. Un « geste humanitaire » pour le moins intéressé.
Début mai, la firme américaine Monsanto, leader mondial des OGM, a annoncé un don à Haïti de 475 947 kilos de graines hybrides de maïs et de légumes. Ils seront distribués pendant douze mois aux paysans haïtiens avec l'aide d'autres multinationales (UPS et Kuehne+Nage). Explications sur le site Internet de la firme :
« Après le tremblement de terre, Monsanto a donné de l'argent pour le redressement d'Haïti mais il était évident que le don de nos produits -des graines de maïs et de légumes de qualité- pourrait faire réellement la différence dans la vie des Haïtiens.
Nous pensons que l'agriculture est la clé pour la récupération d'Haïti sur le long terme. »
L'opération est soutenue par le gouvernement américain puisqu'elle s'inscrit dans le cadre du projet Winner, lancé en octobre dernier par l'Agence américaine d'aide au développement international (USAID) pour aider à construire une nouvelle infrastructure agricole en Haïti.
Bientôt la fin de l'indépendance ?
En Haïti, les paysans accusent Monsanto de vouloir mettre la main sur l'agriculture locale. La vague d'indignation a débuté le 10 mai, initiée par un article du curé Jean-Yves Urfié qui dénonce le « cadeau empoisonné » de Monsanto.
Sa première inquiétude porte sur les graines envoyées par Monsanto, qu'il soupçonne d'être des OGM accompagnés d'herbicides toxiques (les « Roundup »).
Mais le ministre de l'Agriculture Joana Gué dément cette information lors d'une conférence de presse deux jours plus tard. Puis c'est au tour de Monsanto de réfuter sur son site une accusation « erronée ». Jean-Yves Urfié rectifie finalement sa dénonciation.
La seconde inquiétude de Jean-Yves Urfié porte sur la « fin de l'indépendance des agriculteurs » haïtiens :
« En Haïti, il n'y aura bientôt plus que des semences Monsanto. […]
La multinationale fait toute une publicité autour de ce don de semences qui serait un cadeau généreux. Mais les agriculteurs haïtiens qui voudront disposer du droit de resemer pour leurs récoltes futures devront payer des royalties à Monsanto. »
« Un cheval de Troie »
Beverly Bell, coordinatrice de l'association Other Worlds, qui travaille à la reconstruction d'un « Haïti plus juste », explique à Rue89 les enjeux cachés de ce don :
« Le don de Monsanto n'est pas destiné à aider les Haïtiens, c'est un cheval de Troie de la firme dans le but de contrôler le futur agricole d'Haiti.
Après le tremblement de terre, 500 000 personnes ont été déplacées vers la campagne. Des appels aux dons ont été faits pour combler le manque de nourriture.
Il n'est pas surprenant que Monsanto ait profité de l'espace libre pour exploiter les besoins des Haïtiens et exporter ses graines. »
Les paysans devront racheter les graines à replanter
Le tremblement de terre de janvier dernier avait mis en lumière les difficultés de production agricole d'Haïti, qui importe 80% de la nourriture qu'il consomme.
Le don de Monsanto risque de nuire aux projets haïtiens de « souveraineté alimentaire » : une forte production agricole locale pour une consommation locale.
En effet, les graines de maïs de Monsanto ne pouvant être resemées, les agriculteurs devront en racheter à Monsanto les années suivantes.
Une logique de marché inadéquate avec la culture paysanne d'Haïti, comme nous l'explique Ricot Jean Pierre, économiste à la PAPDA (Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif) :
« Les paysans haïtiens ont traditionnellement la capacité de produire et de reproduire leur propre semence, organique et créole, à destination de leur famille et du marché local. Monsanto veut intégrer les agriculteurs sur un marché qu'ils ne contrôlent pas en matière de qualité de semence et de prix.
Les paysans devront racheter les graines à replanter, les pesticides et les engrais de Monsanto [nécessaires à la productivité de ces graines, ndlr], alors qu'ils n'ont pas de ressources. Monsanto veut faire du paysan haïtien un assisté plutôt qu'un producteur. »
Les agriculteurs n'ont d'ailleurs pas manqué de réagir à l'annonce du don. Le leader du Mouvement paysan papaye (MPP), Chavannes Jean-Baptiste, a qualifié le don de Monsanto de « nouveau tremblement de terre », enjoignant les agriculteurs à brûler toutes les graines de maïs provenant du ministère de l'Agriculture. Une marche de protestation est prévue pour le 4 juin.
Les OGM à suivre ?
Le geste de Monsanto s'inscrit dans une politique d'expansion agressive de la multinationale. La compagnie, qui a vu ses profits reculer de 19% pour le deuxième trimestre de l'exercice 2009-2010, tente d'ouvrir de nouveaux marchés.
Pour l'USAID, ce don ne conduira pas à une main mise de Monsanto sur l'agriculture locale, puisqu'il ne représente qu'une petite partie de l'aide internationale :
« D'autres organisations ont fait des dons de semences, comme Pioneer Hybrid ou le FAO des Nations unies, et le don de Monsanto ne représente qu'une petite portion du total des semences utilisées pendant la saison de croissance.
Le projet Winner s'assure que les graines soient équitablement distribuées aux paysans haïtiens. »
Monsanto pense distribuer ces graines à 10 000 paysans. Pour Beverly Bell, il y a un risque que ces graines hybrides laissent place à des OGM les années suivantes, « comme cela a été le cas dans d'autre pays » :
« Les paysans seront obligés de racheter des graines même si ce sont des OGM. »
Les soupçons sont d'autant plus forts que Monsanto, premier producteur mondial d'OGM, a un lourd passé de pratiques douteuses (agents oranges, pollution des pesticides, absences de tests sur les OGM), sur lesquelles Marie-Monique Robin avait enquêté dans son documentaire « Le monde selon Monsanto ».
En outre, les Haïtiens n'ont pas manqué de remarquer que le directeur général du projet Winner n'est autre que Jean-Robert Estimé, qui fut ministre des Affaires étrangères pendant 29 ans sous la dictature des Duvalier.
La multinationale fait un don de 476 tonnes de semences aux agriculteurs haïtiens. Un « geste humanitaire » pour le moins intéressé.
Début mai, la firme américaine Monsanto, leader mondial des OGM, a annoncé un don à Haïti de 475 947 kilos de graines hybrides de maïs et de légumes. Ils seront distribués pendant douze mois aux paysans haïtiens avec l'aide d'autres multinationales (UPS et Kuehne+Nage). Explications sur le site Internet de la firme :
« Après le tremblement de terre, Monsanto a donné de l'argent pour le redressement d'Haïti mais il était évident que le don de nos produits -des graines de maïs et de légumes de qualité- pourrait faire réellement la différence dans la vie des Haïtiens.
Nous pensons que l'agriculture est la clé pour la récupération d'Haïti sur le long terme. »
L'opération est soutenue par le gouvernement américain puisqu'elle s'inscrit dans le cadre du projet Winner, lancé en octobre dernier par l'Agence américaine d'aide au développement international (USAID) pour aider à construire une nouvelle infrastructure agricole en Haïti.
Bientôt la fin de l'indépendance ?
En Haïti, les paysans accusent Monsanto de vouloir mettre la main sur l'agriculture locale. La vague d'indignation a débuté le 10 mai, initiée par un article du curé Jean-Yves Urfié qui dénonce le « cadeau empoisonné » de Monsanto.
Sa première inquiétude porte sur les graines envoyées par Monsanto, qu'il soupçonne d'être des OGM accompagnés d'herbicides toxiques (les « Roundup »).
Mais le ministre de l'Agriculture Joana Gué dément cette information lors d'une conférence de presse deux jours plus tard. Puis c'est au tour de Monsanto de réfuter sur son site une accusation « erronée ». Jean-Yves Urfié rectifie finalement sa dénonciation.
La seconde inquiétude de Jean-Yves Urfié porte sur la « fin de l'indépendance des agriculteurs » haïtiens :
« En Haïti, il n'y aura bientôt plus que des semences Monsanto. […]
La multinationale fait toute une publicité autour de ce don de semences qui serait un cadeau généreux. Mais les agriculteurs haïtiens qui voudront disposer du droit de resemer pour leurs récoltes futures devront payer des royalties à Monsanto. »
« Un cheval de Troie »
Beverly Bell, coordinatrice de l'association Other Worlds, qui travaille à la reconstruction d'un « Haïti plus juste », explique à Rue89 les enjeux cachés de ce don :
« Le don de Monsanto n'est pas destiné à aider les Haïtiens, c'est un cheval de Troie de la firme dans le but de contrôler le futur agricole d'Haiti.
Après le tremblement de terre, 500 000 personnes ont été déplacées vers la campagne. Des appels aux dons ont été faits pour combler le manque de nourriture.
Il n'est pas surprenant que Monsanto ait profité de l'espace libre pour exploiter les besoins des Haïtiens et exporter ses graines. »
Les paysans devront racheter les graines à replanter
Le tremblement de terre de janvier dernier avait mis en lumière les difficultés de production agricole d'Haïti, qui importe 80% de la nourriture qu'il consomme.
Le don de Monsanto risque de nuire aux projets haïtiens de « souveraineté alimentaire » : une forte production agricole locale pour une consommation locale.
En effet, les graines de maïs de Monsanto ne pouvant être resemées, les agriculteurs devront en racheter à Monsanto les années suivantes.
Une logique de marché inadéquate avec la culture paysanne d'Haïti, comme nous l'explique Ricot Jean Pierre, économiste à la PAPDA (Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif) :
« Les paysans haïtiens ont traditionnellement la capacité de produire et de reproduire leur propre semence, organique et créole, à destination de leur famille et du marché local. Monsanto veut intégrer les agriculteurs sur un marché qu'ils ne contrôlent pas en matière de qualité de semence et de prix.
Les paysans devront racheter les graines à replanter, les pesticides et les engrais de Monsanto [nécessaires à la productivité de ces graines, ndlr], alors qu'ils n'ont pas de ressources. Monsanto veut faire du paysan haïtien un assisté plutôt qu'un producteur. »
Les agriculteurs n'ont d'ailleurs pas manqué de réagir à l'annonce du don. Le leader du Mouvement paysan papaye (MPP), Chavannes Jean-Baptiste, a qualifié le don de Monsanto de « nouveau tremblement de terre », enjoignant les agriculteurs à brûler toutes les graines de maïs provenant du ministère de l'Agriculture. Une marche de protestation est prévue pour le 4 juin.
Les OGM à suivre ?
Le geste de Monsanto s'inscrit dans une politique d'expansion agressive de la multinationale. La compagnie, qui a vu ses profits reculer de 19% pour le deuxième trimestre de l'exercice 2009-2010, tente d'ouvrir de nouveaux marchés.
Pour l'USAID, ce don ne conduira pas à une main mise de Monsanto sur l'agriculture locale, puisqu'il ne représente qu'une petite partie de l'aide internationale :
« D'autres organisations ont fait des dons de semences, comme Pioneer Hybrid ou le FAO des Nations unies, et le don de Monsanto ne représente qu'une petite portion du total des semences utilisées pendant la saison de croissance.
Le projet Winner s'assure que les graines soient équitablement distribuées aux paysans haïtiens. »
Monsanto pense distribuer ces graines à 10 000 paysans. Pour Beverly Bell, il y a un risque que ces graines hybrides laissent place à des OGM les années suivantes, « comme cela a été le cas dans d'autre pays » :
« Les paysans seront obligés de racheter des graines même si ce sont des OGM. »
Les soupçons sont d'autant plus forts que Monsanto, premier producteur mondial d'OGM, a un lourd passé de pratiques douteuses (agents oranges, pollution des pesticides, absences de tests sur les OGM), sur lesquelles Marie-Monique Robin avait enquêté dans son documentaire « Le monde selon Monsanto ».
En outre, les Haïtiens n'ont pas manqué de remarquer que le directeur général du projet Winner n'est autre que Jean-Robert Estimé, qui fut ministre des Affaires étrangères pendant 29 ans sous la dictature des Duvalier.
vendredi 23 avril 2010
Haïti: Débat sur la Politique Agricole et sur le Plan National d'investissement agricole 2010-2012
De manière spécifique, le débat a pour but de présenter et d'expliquer le « Plan d'action 2010-2012 pour l'Agriculture ». Ce plan repose sur la Politique de développement agricole et rural d'Haïti, préparé depuis l'année dernière et encore en processus de validation. Il se prolonge sur le Programme intérimaire de Relèvement économique et social d'Haïti, qui représente le nouveau cadre de coopération du gouvernement haïtien avec les principaux bailleurs de fonds pour les prochains 18 mois.
Le « Débat sur la Politique Agricole et sur le Plan National d'investissement agricole » s'adresse en particulier aux associations paysannes, aux pouvoirs locaux, aux organisations non gouvernementales, au secteur privé agricole, aux institutions internationales de coopération financière et technique, auxquelles le MARNDR entend fournir toutes les informations sur la démarche qui a mené à l'élaboration du « Plan d'action 2010-2012 pour l'Agriculture », sur les grands programmes qui forment sa matrice opérationnelle, sur les stratégies de leur mise en œuvre et sur les étapes d'exécution qu'il a déjà parcouru depuis le mois de mars 2010.
En organisant ce « Débat sur la Politique Agricole et sur le Plan National d'investissement agricole » le Ministère de l'Agriculture veut rendre compte de son action à la collectivité haïtienne, tous secteurs confondus, encourageant ainsi leur participation à la réalisation des grands objectifs de développement agricole et rural durable en Haïti.
En collaboration avec plusieurs partenaires internationaux, le gouvernement est en train de monter un vaste programme de création d'emploi pour l'amélioration de la sécurité alimentaire. Ce programme a pour objectif d'augmenter la production alimentaire nationale, de diminuer la vulnérabilité dans les zones à risques contre les inondations et de permettre de répondre aux besoins urgents d'insertion des populations déplacées à la vie économique.
Les ONG, organisations communautaires de base, les collectivités territoriales etc, sont invitées à se mobiliser pour participer à ce programme.
N/ radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=17618
mercredi 31 mars 2010
68 000 ménages en Haïti ont reçu des semences et des outils agricole.
Un autre montant de 5 millions de dollars d'intrants essentiels pour les familles rurales, sera distribué à la fin de Juin. La FAO envisage de donner aux agriculteurs 1,500 tonnes de semences de cultures vivrières, deux tonnes de semences de légumes, 100 000 plants de bananiers, deux millions de boutures d'igname, mille tonnes d'engrais et 95 000 outils.
40 000 autres ménages bénéficiaires ont été ciblés par la FAO dans l'Artibonite,, le centre agricole d'Haïti, qui subit d'énormes pression sur ses ressources locales, en particulier la nourriture, à cause des dizaines de milliers de familles déplacées en provenance de Port-au-Prince.
Environ 60% des ménages déplacés sont dirigés par des femmes et beaucoup d'entre elles souhaitent relancer la production agricole et s'engager dans des activités de petit commerce. La FAO envisage de cibler 50 000 autres ménages dans le reste d'Haïti pour la saison estivale.
Le Brésil, la Belgique, le Fonds central d'intervention, la Fondation Clinton, le Fonds d'intervention d'urgence de secours, de la Finlande, l'Irlande, la Commission européenne, le FIDA et l'Espagne ont réaffecté des fonds du programme de la FAO avant le séisme afin de répondre à la nouvelle crise.
«Nous avons obtenu des intrants pour consolider la plantation printanière, mais les besoins à l'échelle nationale ne sont pas encore comblé, a déclaré la FAO, par la voix de José Maria Sumpsi, sous-Directeur Général pour la coopération technique,
«Nous avons atteint ces objectifs en raison de l'appui généreux des bailleurs de fonds. Le Brésil par exemple, a fait un don en nature de semences de base qui peuvent être multipliées dans le pays, et qui a contribué à accélérer la chaîne d'approvisionnement en semences».
Le Brésil est parmi les principaux donateurs à l'effort de secours de la FAO en Haïti, contribuant pour 2,3 millions de dollars. La plantation printanière compte pour environ 60 % de la production annuelle du pays. l'objectif de ces distributions est d'aider les agriculteurs afin qu'ils cultivent leurs aliments de façon que moins d'aide alimentaire soit nécessaire.
Le Pôle Agriculture, impliquant 121 organisations non-gouvernementales et les organisations internationales impliquées dans l'agriculture et coordonnée par la FAO, prévoit de distribuer 2 200 tonnes de légumineuses, 3,450 tonnes de semences de céréales, 30 millions de racines et tubercules et 7,5 tonnes de semences de légumes d'ici la fin de l'année. Ces aides couvrent 25% pour cent de la production des intrants essentiels d'Haïti estimé à l'échelle nationale et est nindispensable pour donner une impulsion à la production alimentaire en Haïti.
«Il est important non seulement d'accroître la production alimentaire nationale, mais aussi de donner de l'espoir aux familles déplacées et locales afin qu'elles restent dans les zones rurales, comme le Gouvernement d'Haïti voudrait [..] Pour cette raison, nous espérons que les bailleurs de fonds, au cours des prochaines semaines et mois, vont accroître leur soutien au secteur agricole, a-t-il ajouté José Maria Sumpsi.
L'agence espère recevoir davantage de fonds pour contribuer à ces besoins importants. La FAO a reçu à ce jour 13,5 millions de dollars en financement pour l'agriculture en Haïti, seulement 30 pour cent des 45 millions de dollars qu'il demandait pour les besoins immédiats.
N/ Radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=17384
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