Par Europe1.fr avec Matthieu Bock
Deux ans après le séisme, le réseau de canalisations est entièrement à reconstruire.
Ils sont encore 500.000 à vivre dans des campements de fortune. Deux ans après le séisme qui a fait 230.000 morts en Haïti, les habitants sont confrontés à un problème majeur : l'accès à l'eau. Des entreprises françaises se mobilisent pour livrer de nouvelles canalisations notamment à la capitale Port-au-Prince.
Jean-Marc n’ouvre pas le robinet tant que l’on ne pose pas une pièce sur le rebord de la fontaine. Les enfants peuvent alors repartir avec un seau de 20 litres sur leur tête. Plus de 70.000 personnes vivent dans ce bidonville où les hommes fabriquent eux-mêmes les parpaings qui remplacent la tolle et le tissu. Depuis que l’eau est revenue il y a quelques jours, la vie a complètement changé.
"Rappelez-vous de l’histoire de Kirikou, quand l’eau est revenue...", explique un habitant au micro d'Europe 1. "C’est idem pour la population. Bravo à l’assistance technique, à tout le monde".
De l'eau non potable en vente
Tous les quartiers ne sont cependant pas égaux devant l'accès à l'eau. Un peu plus haut sur les collines, là où subsistent encore des maisons en dur, l’eau coûte 14 fois plus cher. Livrée par camion, elle n’est même pas potable.
Pour les entreprises venues rétablir l'eau, le chantier est donc titanesque. Jean-Claude Seropian, ingénieur hydraulique chez Suez environnement, doit pratiquement reconstruire tout un réseau.
"Il n’y a pas assez d’eau aujourd’hui. Port-au-Prince fait 3 millions d’habitants avec une capacité de ressources qui correspond au 700.000 habitants de l’époque", déplore Jean-Claude Seropian.
Pour les plus optimistes, si tout se passe bien, chaque Haïtien aura accès à l’eau potable, près de chez lui, dans 15 ans minimum.
http://www.europe1.fr/International/Haiti-se-bat-pour-avoir-de-l-eau-potable-948991/
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
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jeudi 16 février 2012
De Bamako à Haïti ASSAINNISSEMENT EN EAU POTABLE
Une ancienne collègue de Bamako, qui travaille maintenant pour le GRET à Haïti, m'a fait parvenir un document sur l'état des lieux des systèmes d'AEP dans les quartiers de Port-au-Prince. Les problèmes d'assainissement et d'alimentation en eau potable, entres autres, qui ne manquent pas de se poser, pas la peine de vous rappeler la situation et le séisme d'il y a deux ans. Mais aussi et toujours la précarité, l'attente de la reconstruction pour des milliers de familles.
Deux années donc après le séisme il reste encore beaucoup à faire (à refaire), mais très certainement deux années où les problèmes existant déjà auparavant ressortent et se ressentent plus profondément dans cet état d'urgence. La question posée est alors la suivante, comment reconstruire, remettre en fonctionnement les services essentiels et en particulier celui de l'eau potable. Faut-il fournir de l'eau en urgence pour combler ce déficit d'eau, ou bien la reconstruction doit-elle être plus en profondeur, plus lente aussi, et travailler sur l'organisation même de la distribution de l'eau potable? Les normes de desserte me semblent relativement basses à Haïti, on parle de 15 litres par jour et par habitant avec une borne fontaine pour 2400 habitants, alors que le milieu urbain malien (Bamako) table sur des consommations urbaines de 60 à 100 litres par jour et par habitant et une borne fontaine pour 400 habitants. Pas étonnant de voir alors à Haïti des réseaux privés se créer, distribuer, revendre de l'eau potable à des prix élevés afin de répondre à la demande. Pas étonnant non plus ces repiquages "pirates" sur le réseau. Par contre, pas de revendeur oficiel, de "pousse-pousse" comme partout à Bamako, allant de maison en maison revendre deux à trois fois plus cher le m3 acheté à la borne fontaine.
Les maux dont souffrent les Aductions d'Eau Potable au Mali sont simples : paiement du service de l'eau qui couvre à peine les charges d'exploitation et encore moins le besoin d'épargne pour le renouvellement des équipements, défaut de maintenance et d'entretien, refus chronique de donner un prix au service de l'eau et, pour une partie des communes, refus du suivi technique et financier par opérateurs de suivi indépendants mandatés par l'Etat. Je tente de comprendre comment cela ce passe à Port-au-Prince, mais ça n'a pas l'air très simple. Entre le réseau "officiel", les repiquages sauvages sur le réseau, les petits réseaux privés et les sociétés qui vendent en bouteille de l'eau osmosée, il y en a pour tous les prix, pour toutes les couches sociales.
Pour le prix du service de l'eau, c'est pas compliqué, le Bokit de 5 galons (environ 20 litres, le Bokit étant le récipient local standard) est vendu à moins d'une gourde sur le réseau public dans les quartiers pauvres (un euro vaut 60 gourdes) ce qui nous donne un prix du m3 proche de 1 euro soit 650 FCFA environ. Les privés vendent jusqu'à 10 gourdes le Bokit et 75 gourdes quand il s'agit d'eau osmosée. Grosso modo, c'est dix fois plus cher chez un privé et le m3 peut même atteindre l'équivalent de 50.000 FCFA quand il s'agit d'eau osmosée, sans doute bactériologiquement propre mais privée de l'essentiel des sels minéraux donc au bout du compte une eau pas forcément très saine (mais j'imagine que les épidémies de choléra ont fait de la pub pour ce type de boisson).
Le gros problème, plus que le prix de l'eau, semble être la pérennité du service et la qualité de l'eau de boisson. Les gestionnaires du service de l'eau doivent faire face à une forte demande avec un réseau en piteux état, une concurrence rude et la hantise du choléra. La seule solution devrait être la prise en charge du service public de l'eau par les communes ou les responsables administratifs des quartiers, avec un état capable d'assurer les investissements de base et la régulation. Pas facile, sans aucun doute, et proche de ce que l'on connaît aujourd'hui au Mali. Comment donner aux communes toutes les capacités de la maîtrise d'ouvrage du service de l'eau alors que les moyens pour investir sont faibles (aide extérieure et coopération décentralisée) et que la régulation a encore du mal à trouver sa place. J'apprends que 20% seulement des bornes-fontaines sont équipées de compteurs, qu'aucun comité de poste d'eau n'a de contrat de gestion avec une autorité officielle délégante, comment dès lors assurer une véritable gestion du service de l'eau ? Autant de défis que la reconstruction du service public de l'eau ne devra pas ignorer, même dans une situation d'urgence où le fait même de trouver de l'eau pose problème.
La question donc, qui me semble importante et est activement discutée au Mali,mais se pose à Haïti, est de savoir ce qu'il faut prioriser dans un contexte d'urgence ou de grands besoins. Faut-il privilégier un renforcement institutionnel dans le même temps que l'on réalise des investissements (quitte à faire un moins de travaux mais parier sur l'avenir), ou faut-il privilégier la réalisation des infrastructures à tout prix, et réaliser le maximum d'investissements à moindre coùt. La question est importante au Mali ou 1500 villages, par exemple, sont encore aujourd'hui sans aucun point moderne. En effet, un vaste programme centralisé et piloté par l'état avec une aide budgétaire d'un partenaire au développement, pourrait très bien réaliser l'ensemble de ces points d'eau en très peu de temps. Les coûts d'investissements seraient ainsi extrémement réduits mais l'impact sur le long terme en serait d'autant réduit. J'ai déjà fait mon choix, on verra ce que diront les collègues et bailleurs de fonds à Marseille.
Je ne peux m'empêcher, en lisant le document de ma collègue, de penser à Dany Laferrière, à ses romans et récits ("Tout bouge autour de moi" en particulier), aux quartiers que traverse ma collègue, "Savane pistache", "Impasse Caïman" et "Ti-chérie" et aux forages implantés à "Cul-de-sac", noms exotiques pour un bamakois... les paradoxes d'un pays qui vit "d'injustice et d'eau fraiche" (l'Enigme du retour).
http://mali.blogs.liberation.fr/helsens/2012/02/de-bamako-%C3%A0-ha%C3%AFti.html
Deux années donc après le séisme il reste encore beaucoup à faire (à refaire), mais très certainement deux années où les problèmes existant déjà auparavant ressortent et se ressentent plus profondément dans cet état d'urgence. La question posée est alors la suivante, comment reconstruire, remettre en fonctionnement les services essentiels et en particulier celui de l'eau potable. Faut-il fournir de l'eau en urgence pour combler ce déficit d'eau, ou bien la reconstruction doit-elle être plus en profondeur, plus lente aussi, et travailler sur l'organisation même de la distribution de l'eau potable? Les normes de desserte me semblent relativement basses à Haïti, on parle de 15 litres par jour et par habitant avec une borne fontaine pour 2400 habitants, alors que le milieu urbain malien (Bamako) table sur des consommations urbaines de 60 à 100 litres par jour et par habitant et une borne fontaine pour 400 habitants. Pas étonnant de voir alors à Haïti des réseaux privés se créer, distribuer, revendre de l'eau potable à des prix élevés afin de répondre à la demande. Pas étonnant non plus ces repiquages "pirates" sur le réseau. Par contre, pas de revendeur oficiel, de "pousse-pousse" comme partout à Bamako, allant de maison en maison revendre deux à trois fois plus cher le m3 acheté à la borne fontaine.
Les maux dont souffrent les Aductions d'Eau Potable au Mali sont simples : paiement du service de l'eau qui couvre à peine les charges d'exploitation et encore moins le besoin d'épargne pour le renouvellement des équipements, défaut de maintenance et d'entretien, refus chronique de donner un prix au service de l'eau et, pour une partie des communes, refus du suivi technique et financier par opérateurs de suivi indépendants mandatés par l'Etat. Je tente de comprendre comment cela ce passe à Port-au-Prince, mais ça n'a pas l'air très simple. Entre le réseau "officiel", les repiquages sauvages sur le réseau, les petits réseaux privés et les sociétés qui vendent en bouteille de l'eau osmosée, il y en a pour tous les prix, pour toutes les couches sociales.
Pour le prix du service de l'eau, c'est pas compliqué, le Bokit de 5 galons (environ 20 litres, le Bokit étant le récipient local standard) est vendu à moins d'une gourde sur le réseau public dans les quartiers pauvres (un euro vaut 60 gourdes) ce qui nous donne un prix du m3 proche de 1 euro soit 650 FCFA environ. Les privés vendent jusqu'à 10 gourdes le Bokit et 75 gourdes quand il s'agit d'eau osmosée. Grosso modo, c'est dix fois plus cher chez un privé et le m3 peut même atteindre l'équivalent de 50.000 FCFA quand il s'agit d'eau osmosée, sans doute bactériologiquement propre mais privée de l'essentiel des sels minéraux donc au bout du compte une eau pas forcément très saine (mais j'imagine que les épidémies de choléra ont fait de la pub pour ce type de boisson).
Le gros problème, plus que le prix de l'eau, semble être la pérennité du service et la qualité de l'eau de boisson. Les gestionnaires du service de l'eau doivent faire face à une forte demande avec un réseau en piteux état, une concurrence rude et la hantise du choléra. La seule solution devrait être la prise en charge du service public de l'eau par les communes ou les responsables administratifs des quartiers, avec un état capable d'assurer les investissements de base et la régulation. Pas facile, sans aucun doute, et proche de ce que l'on connaît aujourd'hui au Mali. Comment donner aux communes toutes les capacités de la maîtrise d'ouvrage du service de l'eau alors que les moyens pour investir sont faibles (aide extérieure et coopération décentralisée) et que la régulation a encore du mal à trouver sa place. J'apprends que 20% seulement des bornes-fontaines sont équipées de compteurs, qu'aucun comité de poste d'eau n'a de contrat de gestion avec une autorité officielle délégante, comment dès lors assurer une véritable gestion du service de l'eau ? Autant de défis que la reconstruction du service public de l'eau ne devra pas ignorer, même dans une situation d'urgence où le fait même de trouver de l'eau pose problème.
La question donc, qui me semble importante et est activement discutée au Mali,mais se pose à Haïti, est de savoir ce qu'il faut prioriser dans un contexte d'urgence ou de grands besoins. Faut-il privilégier un renforcement institutionnel dans le même temps que l'on réalise des investissements (quitte à faire un moins de travaux mais parier sur l'avenir), ou faut-il privilégier la réalisation des infrastructures à tout prix, et réaliser le maximum d'investissements à moindre coùt. La question est importante au Mali ou 1500 villages, par exemple, sont encore aujourd'hui sans aucun point moderne. En effet, un vaste programme centralisé et piloté par l'état avec une aide budgétaire d'un partenaire au développement, pourrait très bien réaliser l'ensemble de ces points d'eau en très peu de temps. Les coûts d'investissements seraient ainsi extrémement réduits mais l'impact sur le long terme en serait d'autant réduit. J'ai déjà fait mon choix, on verra ce que diront les collègues et bailleurs de fonds à Marseille.
Je ne peux m'empêcher, en lisant le document de ma collègue, de penser à Dany Laferrière, à ses romans et récits ("Tout bouge autour de moi" en particulier), aux quartiers que traverse ma collègue, "Savane pistache", "Impasse Caïman" et "Ti-chérie" et aux forages implantés à "Cul-de-sac", noms exotiques pour un bamakois... les paradoxes d'un pays qui vit "d'injustice et d'eau fraiche" (l'Enigme du retour).
http://mali.blogs.liberation.fr/helsens/2012/02/de-bamako-%C3%A0-ha%C3%AFti.html
lundi 14 novembre 2011
Audit de l'Observatoire haïtien de l'Eau et de l'Assainissement
Par Claude TOUTANT
Thématique: Eau
Rubrique: Initiatives-Actions
L'Office International de l'Eau (OIEau) était intervenu fin 2008 en Haïti pour définir les missions de l'Observatoire haïtien de l'Eau et de l'Assainissement, prévu pour suivre l'évolution du secteur et permettre sa coordination et sa planification à l'échelle nationale. La mission de l'OIEau était axée stratégiquement sur les fonctions suivantes :
- faire remonter du terrain uniquement des variables factuelles;
- s'adosser sur un nombre réduit d'indicateurs de performance;
- instaurer les procédures de collecte et de calcul des indicateurs qui ont été proposées;
- mettre en place un module d'aide au calcul des indicateurs de performance à développer.
Il est apparu que le chemin parcouru depuis ces propositions devait être analysé. Certaines propositions ont pu se révéler inutiles et d'autres bien qu'utiles ont pu rencontrer des difficultés dans leur mise en place et engendrer ainsi une situation dommageable pour la planification et l'aide à la prise de décision dans le secteur de l'assainissement et de l'eau potable en Haïti.
Par ailleurs, l'impact de la structuration progressive de la Direction Nationale de l'Eau Potable et de l'Assainissement (DINEPA) a pu influer sur les rôles et attributions confiés à l'observatoire.
L'OIEau mène donc en 2011 une évaluation de l'Observatoire National de l'Eau Potable et de l'Assainissement en Haïti afin de :
- relever les évolutions positives ou négatives;
- statuer sur les atteintes des différents objectifs qui étaient fixés;
- proposer les mesures susceptibles d'améliorer ou de corriger la gestion et le fonctionnement de l'Observatoire ou d'atteindre de nouveaux objectifs.
Contact : Jean Marc Berland, jm.berland@oieau.fr
Marc-Yvan LAROYE, my.laroye@oieau.fr
http://www.mediaterre.org/caraibes/actu,20111114141905.html
Thématique: Eau
Rubrique: Initiatives-Actions
L'Office International de l'Eau (OIEau) était intervenu fin 2008 en Haïti pour définir les missions de l'Observatoire haïtien de l'Eau et de l'Assainissement, prévu pour suivre l'évolution du secteur et permettre sa coordination et sa planification à l'échelle nationale. La mission de l'OIEau était axée stratégiquement sur les fonctions suivantes :
- faire remonter du terrain uniquement des variables factuelles;
- s'adosser sur un nombre réduit d'indicateurs de performance;
- instaurer les procédures de collecte et de calcul des indicateurs qui ont été proposées;
- mettre en place un module d'aide au calcul des indicateurs de performance à développer.
Il est apparu que le chemin parcouru depuis ces propositions devait être analysé. Certaines propositions ont pu se révéler inutiles et d'autres bien qu'utiles ont pu rencontrer des difficultés dans leur mise en place et engendrer ainsi une situation dommageable pour la planification et l'aide à la prise de décision dans le secteur de l'assainissement et de l'eau potable en Haïti.
Par ailleurs, l'impact de la structuration progressive de la Direction Nationale de l'Eau Potable et de l'Assainissement (DINEPA) a pu influer sur les rôles et attributions confiés à l'observatoire.
L'OIEau mène donc en 2011 une évaluation de l'Observatoire National de l'Eau Potable et de l'Assainissement en Haïti afin de :
- relever les évolutions positives ou négatives;
- statuer sur les atteintes des différents objectifs qui étaient fixés;
- proposer les mesures susceptibles d'améliorer ou de corriger la gestion et le fonctionnement de l'Observatoire ou d'atteindre de nouveaux objectifs.
Contact : Jean Marc Berland, jm.berland@oieau.fr
Marc-Yvan LAROYE, my.laroye@oieau.fr
http://www.mediaterre.org/caraibes/actu,20111114141905.html
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