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dimanche 19 septembre 2010

De l'aide pour une école haïtienne

Publié le 19 septembre 2010 Yves Therrien, Le Soleil
(Québec) L'école de Baptiste, en Haïti, bénéficiera de l'aide de deux organisations de Québec. Coopération internationale Québec (CIQ) et l'Aide internationale à l'enfance (AMIE) ont lancé jeudi une campagne de financement qui servira à la restauration de l'école Dumarais-Estimé, dans ce village de la commune de Belladère.
À la mi-août, lors du passage du Soleil et de Sébastien Girard, coordonnateur de CIQ, le directeur de l'école, Villus Ednel, tenait à faire visiter le bâtiment qui est dans un état lamentable, mais qui sert toujours à l'enseignement. Même si l'école relève de l'État, elle n'a pas été entretenue depuis sa construction en 1948. Il n'y a pas d'éclairage dans les classes, les tableaux des professeurs sont aussi mal en point que les pupitres des élèves.
Il y a eu un projet d'agrandissement en 2008 qui aurait quadruplé l'espace de l'école, mais les travaux ont pris fin sans que personne ne sache les raisons. Sur le terrain, on voit des fondations, mais le chantier est à l'abandon. «L'école se trouve dans un tel état qu'il était impensable de ne pas faire quelque chose. Il y a deux classes pour 600 élèves. Comment conserver le goût d'étudier dans ces conditions?» affirme Sébastien Girard, qui parraine le projet.
Seule école de la municipalité, le bâtiment devait accueillir à l'origine une centaine d'élèves dans deux classes. Aujourd'hui, le directeur de l'école précise qu'il y a plus de 600 enfants dans des locaux inadéquats au point que les classes se tiennent en rotation comme les quarts de travail dans une usine dans des groupes à niveaux multiples.
Selon Sébastien Girard, l'argent récolté permettra d'améliorer les conditions d'apprentissage des classes actuelles par l'achat de ventilateurs et l'installation d'un système d'éclairage adéquat. En même temps du matériel pédagogique, comme des manuels, des pupitres et des tableaux, sera acheté.
Le directeur Ednel avait montré au Soleil, les deux seuls manuels de l'école offerts par une policière de Montréal, Marie-Ève Tremblay: le dictionnaire Larousse 2010 grand format et la version de poche.
«La population de Baptiste veut une école potable, avec une bibliothèque, des vrais pupitres. Et des ordinateurs aussi, car on ne peut pas préparer les enfants pour le monde moderne sans cela», avait affirmé le directeur. Accompagné de trois parents tout aussi découragés que lui de voir le peu de moyens mis à la disposition de l'école, il était étonné de voir que le commissariat de police juste en face avait été rénové à grands frais grâce à des subventions du Canada.
Pour le président de l'AMIE, André Jalbert, la collaboration de l'organisme tombe sous le sens puisqu'il s'agit d'un champ d'expertise de l'ONG spécialisée dans l'aide à l'enfance. L'AMIE est déjà partenaire de plusieurs projets en Haïti, notamment à Cap-Haïtien et à Limbé.
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/haiti-de-lespoir-dans-le-chaos/201009/18/01-4317044-de-laide-pour-une-ecole-haitienne.php

mardi 7 septembre 2010

Haïti: de l'aide jusqu'à la fin

Publié le 07 septembre 2010
Dès que le père Henry Lozano arrive dans le bâtiment
des orphelins, il est tout de suite entouré par la marmaille.
(Haïti) Après le séisme, les Missionnaires des pauvres ont pu accueillir une cinquantaine de réfugiés dans une maison qu'ils possèdent aux limites de Cap-Haïtien. La communauté tente de les aider à refaire leur vie après avoir tout perdu.

«Nous leur apprenons à cultiver des jardins et à élever des animaux, dit le père Henry. Trente d'entre eux sont des étudiants. Nous les logerons la semaine dans un nouvel édifice en construction sur notre propriété pour la période scolaire. Les fins de semaine, ils retourneront dans la résidence.»
Tout de suite après le séisme, des frères ont été dépêchés dans Delmas 31, une zone parmi les plus touchées de Port-au-Prince. Basés dans une église, ils prodiguaient des soins et donnaient de la nourriture préparée sur place pour une centaine de personnes. Ils ont remarqué que les enfants refusaient de manger sur place. Ils apportaient la nourriture pour la partager avec les membres de la famille. Au début du mois d'août, ils ont envoyé un camion rempli de vêtements et de tentes pour les gens de Delmas 31.
Le père Henry ne s'arrête pas là. Il projette de faire construire en octobre une maison pour les sidéens afin que les cas les plus lourds puissent mourir dans la dignité et dans un endroit sûr. Elle se nommera la maison Saint-Joseph.
Yves Therrien était l'invité de Coopération internationale Québec, qui assumait les frais de transport en Haïti et en République dominicaine entre le 15 et le 28 août.
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/haiti-de-lespoir-dans-le-chaos/201009/06/01-4313033-haiti-de-laide-jusqua-la-fin.php

Haïti: un refuge pour ceux qu'on a

Publié le 07 septembre 2010 à 05h00

Mis à jour à 08h42

abandonnésYves Therrien, Le Soleil
En plus de la physiothérapie, Palvessoir Pierrette (à gauche)
apprend aux aveugles à se déplacer dans les couloirs,
 les dortoirs et les autres pièces du bâtiment réservées aux adultes
 souffrant de divers handicaps et aux personnes âgées.
LE SOLEIL, YVES THERRIEN
(Haïti) En Haïti, il n'est pas rare de voir une personne âgée abandonnée par sa famille lorsqu'elle devient un fardeau à cause de son grand âge, d'une maladie, d'un handicap ou à la suite d'un accident cérébrovasculaire (ACV). Les vieux sont laissés aux urgences ou, plus simplement, à la rue. Certains plus chanceux trouvent une place dans des asiles privés.

L'asile communal Sténio Vincent de Cap-Haïtien accueille 240 personnes, des gens âgés pour la plupart, et de jeunes orphelins souffrant de divers handicaps. Ils bénéficient des services de techniciens en physiothérapie pour devenir plus autonomes.
Formés par le physiothérapeute Michel Noël de Tilly de l'ONG Aide aux Aînés Canada, les salaires de Lydie Pierre, d'Anne-Vierge Compère et de Palvessoir Pierrette sont aussi payés par l'organisme. «C'est une très bonne aide pour nous», souligne le père Henry Lozano, originaire des Philippines et directeur de l'asile, qui dépend essentiellement de dons pour son fonctionnement.
Dans la petite salle de physiothérapie organisée avec très peu de moyens, Lydie, Anne-Vierge et Palvessoir prennent la tension artérielle des patients avant de commencer les manipulations pour activer la circulation sanguine.
Anna, paralysée du côté droit et aphasique à la suite d'un ACV, reprend du mieux. Les exercices et les manipulations lui ont permis de recommencer à marcher. Une autre patiente, paralysée du côté gauche, raconte combien les soins lui ont fait un grand bien. Et Lydie ajoute que son plus beau salaire est de constater que les efforts et les soins portent fruits.
Palvessoir, en plus de la physiothérapie, apprend aux aveugles à se déplacer dans les couloirs, les dortoirs et les autres pièces du bâtiment réservées aux adultes souffrant de divers handicaps et aux personnes âgées. L'un d'eux, Vital Borenave, remercie le thérapeute pour tout ce qu'il a fait.
«Avant, j'avais mal partout. Maintenant, je me sens beaucoup mieux et je me déplace partout», affirme-t-il d'une voix forte en rappelant au directeur de l'hospice, le père Henry Lozano, à quel point la physiothérapie est un service essentiel.

Vers l'autonomie
Avant l'arrivée des techniciens en physiothérapie, les gens hébergés se plaignaient de douleurs et ils ne pouvaient pas reprendre un peu d'autonomie malgré leur handicap, précise Anne-Vierge. Depuis qu'ils sont à l'asile communal, et avec les encouragements des Missionnaires des pauvres, les gens prennent du mieux. Environ 20 à 25 patients sont traités chaque jour.
L'asile communal, qui était autrefois dirigé par les religieuses de l'Immaculée-Conception, relève depuis 1994 de la jeune communauté religieuse des Missionnaires des pauvres, fondée en 1981 par le jésuite Richard Ho Lung.
«Father Henry», comme les gens d'ici l'appellent, parle anglais, mais créole avec les Haïtiens. Lorsqu'il a repris la direction de l'asile, grâce à des dons provenant des États-Unis, il a décidé d'étendre la mission en créant un petit dispensaire pour les pensionnaires et pour les habitants des environs qui ont besoin d'une assistance médicale de base et de vêtements.

Infirmiers bénévoles
Quelques frères, parmi la vingtaine que compte la communauté, avaient déjà eu un entraînement de base en soins infirmiers. Un médecin vient chaque semaine. Les cas sérieux sont envoyés à l'hôpital et les missionnaires prennent tous les frais à leur charge, puisqu'il n'y a pas d'assurance maladie ou un système de santé géré par l'État.
Des infirmières bénévoles, provenant des États-Unis ou d'ailleurs, viennent aussi donner un coup de main pendant quelques semaines durant l'année. Au moment du passage du Soleil, un pharmacien américain était sur place pour classer tout le matériel et tous les médicaments qui venaient d'arriver dans un conteneur.
En 2001, les missionnaires décident de prendre soin d'une soixantaine d'orphelins, des jeunes abandonnés par leurs parents parce qu'ils souffraient d'un handicap ou de graves problèmes de malnutrition. Parmi eux, certains ne pouvaient pas marcher, mais avec l'aide de la physiothérapie, ils sont maintenant autonomes.
Certains cas sont plus pathétiques. Un enfant de sept mois a été abandonné par sa mère dans un coin de la propriété après la messe dominicale. Personne n'a rien vu. C'est tard dans la journée qu'un frère rentrant à la résidence a entendu pleurer. La communauté à tout fait pour le sauver, mais il est mort à l'hôpital trois mois plus tard.
«Il n'est pas rare que des enfants soient abandonnés à la porte de l'asile ou sur le terrain après les messes ou d'autres activités, ajoute le père Henry. Les gens sont très pauvres et les besoins, très grands. Alors, nous distribuons des denrées de base une fois toutes les deux semaines à près de 600 personnes.
«Ici, il n'y a aucune aide locale, sauf celles comme la nôtre, dirigées par des communautés religieuses ou des associations humanitaires. Nous voudrions en faire davantage, mais nos ressources sont limitées, même si nous recevons beaucoup d'aide de paroisses des États-Unis.»
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/haiti-de-lespoir-dans-le-chaos/201009/06/01-4313030-haiti-un-refuge-pour-ceux-quon-a-abandonnes.php

lundi 6 septembre 2010

Haïti: des soins pour petits et grands

Même si les classes n'ont pas repris, des enfants  vont
au Centre du Coeur eucharistique pour passer la journée,
comme à la garderie, ou pour obtenir des soins.
LE SOLEIL, YVES THERRIEN
Publié le 06 septembre 2010
(Haïti) Au Centre du Coeur eucharistique de Cap-Haïtien, les techniciens en physiothérapie s'occupent des enfants pour les stimuler et des personnes handicapées ou âgées pour soulager leur douleur et les rendre plus autonomes. Ils ont tous été formés par le physiothérapeute Michel Noël de Tilly de l'ONG Aide aux Aînés Canada.

Le Centre compte 48 employés, dont les six techniciens en physiothérapie et des professeurs. On y accueille 280 élèves pendant l'année scolaire et des gens pour les soins tout le long de l'année.
Le Centre a été la propriété de la communauté religieuse de Québec, les Missionnaires adoratrices. Les religieuses ont cédé leur maison aux Petites Soeurs de Sainte Thérèse de l'Enfant Jésus en 2007 et le centre éducatif à l'église locale, mais il est géré par les religieuses haïtiennes.
«Toute l'aide nous vient du Canada», affirme la coordonnatrice, soeur Moline Verica, des Petites Soeurs. «Nous ne recevons aucun financement de l'État.»
L'organisation a reçu l'aide de L'AMIE pour la stimulation infantile et d'Aide aux Aînés Canada pour la formation et le suivi annuel des techniciens. L'association des physiothérapeutes de Cap-Haïtien compte 30 membres, dont 23 ont été formés par Michel Noël de Tilly.
Emmanuel Julmice se spécialise dans le traitement du pied bot. Il fait les plâtres, les orthèses et les prothèses dans les cas d'amputation. La population de Cap-Haïtien a grimpé d'au moins 70 000 personnes après le séisme de janvier et les cas de réadaptation à cause d'amputations sont depuis très nombreux.
Le centre d'aide accueille plus de 250 clients, mais les responsables ont de la difficulté à trouver du matériel adéquat. Par exemple, Anne-Vierge Compère a fait fabriquer des barres parallèles adaptées parce qu'il n'y avait pas moyen de recevoir un équipement de ce type. Il y a bien quelques béquilles, mais impossible d'avoir des fauteuils roulants.
Le Journaliste YVES THERRIEN
«Nous traitons beaucoup de gens qui ont eu des accidents cérébraux vasculaires ou qui ont des faiblesses musculaires», ajoutent Lydie Pierre, Palvessoir Pierrette, Venise François et Josette Fauscin. «Et nous recevons les personnes plus âgées, le premier jeudi du mois, pour des soins, poursuit soeur Moline. En même temps, nous leur offrons un peu de nourriture et parfois de l'argent parce que les familles rejettent les personnes âgées lorsqu'elles deviennent impotentes.»
Du côté des enfants, la clientèle est composée de jeunes souffrant de paralysie cérébrale et d'autres handicaps en même temps que de jeunes trisomiques qui ont besoin de stimulation.
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/haiti-de-lespoir-dans-le-chaos/201009/06/01-4313036-haiti-des-soins-pour-petits-et-grands.php

dimanche 5 septembre 2010

Haïti: la petite histoire d'une bonne idée

Publié le 05 septembre 2010
Yves Therrien, Le Soleil
(Haïti) L'histoire des chèvres remonte à 1983 lorsqu'un jeune du village subventionné par le programme Village de l'espoir a décidé d'acheter une petite chèvre qui a eu trois ou quatre portées.
Un parent malade ayant besoin d'argent, il a proposé à l'enfant d'échanger les chèvres contre une parcelle de terrain. Le parent a vendu les chèvres. L'idée venait de germer que des jeunes pourraient s'occuper de chèvres de manière à ce que l'élevage devienne un investissement dans la prise de responsabilité et une forme d'assurance financière.
De fil en aiguille, l'idée a fait son chemin jusqu'à ce que Elvie Maximeau participe à une formation de L'AMIE pendant ses études à l'Université Laval. Un projet plus structuré a été mis sur papier et, grâce à la participation de L'AMIE, la coopérative est née dans cette école de Limbé. Et aujourd'hui, on envisage un jumelage entre le village québécois de Saint-Sylvestre et Limbé. Dans un premier temps, ce sera un jumelage des classes des deux écoles. Par la suite, «on envisage des échanges spécialisés en agriculture et dans des domaines utiles pour les gens de Limbé», explique Michel Gendreau, citoyen de Saint-Sylvestre rencontré à Port-au-Prince.
Il pourrait même y avoir des échanges prolongés sur deux ou trois mois pour que des Haïtiens viennent travailler dans les fermes du village et participent à des formations dans des écoles d'agriculture. Les modalités des échanges entre les écoles et les producteurs seront définies dans les prochaines semaines.
Yves Therrien était l'invité de Coopération internationale Québec (regroupant L'AMIE, Aide aux aînés, Plan Nagua et Collaboration anté internationale), qui assumait les frais de transport en Haïti et en République dominicaine entre le 15 et le 28 août. www.csiquebec.org/
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/haiti-de-lespoir-dans-le-chaos/201009/04/01-4312792-haiti-la-petite-histoire-dune-bonne-idee.php

Haïti: faire valoir les droits des paysans

Marc-Arthur Fils-Aimé,
le directeur de l'Institut culturel Karl-Lévêque
Publié le 05 septembre 2010
Yves Therrien, Le Soleil
(Haïti) Basé dans de nouveaux locaux à Port-au-Prince, l'Institut culturel Karl-Lévêque oeuvre principalement dans les milieux ruraux auprès des fédérations et des associations de paysans, pour élever les consciences afin que chaque homme et chaque femme fassent valoir ses droits fondamentaux. Près de 30 000 personnes, principalement dans le nord-ouest, le sud et le sud-est du pays, sont touchées par les formations de l'institut.
D'abord un lieu d'échange et d'analyse des enjeux sociaux et économiques, l'ICKL publie un journal au rythme de quatre ou cinq numéros par année sous le nom Kontak Populè, en français et en créole. Les articles font état des luttes sur le terrain et des travaux menés dans les régions, en même temps qu'un partage des expériences. Des conférences thématiques dont les allocutions sont publiées sur papier et sur le site Web de l'ICKL.
C'est aussi l'université populaire regroupant des jeunes de l'université de l'État, des paysans et des intellectuels pendant quelques jours autour de thèmes sociaux et politiques. À cause du séisme, les rencontres prévues en juillet ont lieu du 29 août au 9 septembre. On y aborde les prochaines élections comme moment de crise et de transformation sociale. Les participants se demanderont si Haïti est un pays sous-développé, un pays retardé ou un pays appauvri.
«C'est un moment où les gens des différentes associations apprennent les uns des autres, raconte Marc-Arthur Fils-Aimé, directeur de l'ICKL. Et il est toujours intéressant d'entendre des paysans analphabètes faire des réflexions qui étonnent les étudiants et toute l'assemblée. Si nous avons ces conférences, c'est qu'il y a un déficit de débat dans l'espace public. Le peuple doit prendre la parole, faire valoir ses idées pour sortir le pays de son état de crise.»
Outre les débats, l'autre grand programme de l'ICKL porte sur l'appui aux paysans dans leurs revendications. «Nous avons des activités de formation des dirigeants et des animateurs», précise Guy Numa, coordonnateur des projets d'appui à la base. «Nous les amenons à identifier les problèmes touchant la santé, l'éducation, la mise en marché de leur produit. Ils réfléchissent sur les solutions à apporter pour le mieux-être de la communauté.» Ces réflexions, ajoute Marc-Arthur Fils-Aimé, mènent à trouver des solutions à long terme en travaillant non seulement sur le symptôme, mais sur la source. Souvent, il faut faire pression sur les élus locaux pour que les choses avancent et que des solutions globales soient mises de l'avant. «L'appui à la base, affirme-t-il, sert à consolider les réseaux et à renforcer la solidarité.»
Un autre programme touche l'économie sociale et les droits humains. «Ça commence par la formation sur les droits humains», explique Raoul Vital, coordonnateur de projet. «Il y a de la formation sur les droits civils, les droits et devoirs des élus. Les activités sont conçues en fonction des besoins exprimés par les organisations de base. Ça peut toucher des sujets comme la culture maraîchère, le microcrédit, l'élevage.»

À la radio
Afin d'assurer une plus grande présence publique, l'ICKL passe par les radios communautaires en leur proposant des émissions toutes prêtes. «Les radios communautaires ont un rôle important à jouer dans les communautés», ajoute Carmelle Fils-Aimé, coordonnatrice de projet. «Ce sont des outils de développement social très dépendants du financement externe. Nous les aidons à produire des activités d'autofinancement en économie sociale et solidaire.» L'émission se nomme 4 zye kontré en créole, ou «Rencontre entre quatre yeux».
«Le secteur de la recherche est le moins soutenu par les bailleurs de fonds parce que les enquêtes sociologiques et les rapports d'analyses sont moins visibles sur le terrain que les constructions d'un bâtiment, déplore Marc-Arthur Fils-Aimé. Ce sont ses recherches qui permettent d'établir les bases pour aller plus loin dans les actions des mouvements populaires.» Après le séisme, l'ICKL a tout perdu, notamment sa bibliothèque et ses recherches des dernières années. Mais les activités n'ont pas cessé pour autant.
Le directeur affirme que Plan Nagua a été le premier partenaire à manifester sa présence et à permettre de modifier l'allocation des budgets pour répondre aux besoins les plus urgents dans les villages. Des travaux ont été entrepris pour aider à la reconstruction de l'école communale de Coutrelles.
«Nous avons eu des fonds supplémentaires de Plan Nagua et même un soutien psychosocial pour passer au travers des événements à la suite du tremblement de terre, ajoute Marc-Arthur Fils-Aimé. Et nous nous sommes servis du soutien psychoscocial et de la formation pour multiplier cela sur le terrain.»

Haïti: élever une chèvre pour s'élever dans la vie

Les enfants de l'école de Limbé apprennent à s'occuper
d'une chèvre et ainsi à prendre des responsabilités.
LE SOLEIL, YVES THERRIEN
Publié le 05 septembre 2010
Yves Therrien, Le Soleil
(Haïti) Dans le village de Limbé, dans les montagnes à l'est de Cap-Haïtien, une vingtaine d'enfants sont responsables chacun d'une chèvre. Ils ont même fondé une coopérative d'élevage sous l'acronyme KTVE (Kopérative timoun [enfants] Village de l'espoir).
Cette action concrète amène l'enfant à prendre des responsabilités, à développer son sens de l'organisation, à gérer des conflits pour en arriver à gérer sa propre vie.
La coopérative a été fondée le 20 juillet 2009 grâce à la collaboration de l'ONG de Québec L'AMIE (L'aide internationale à l'enfance). Le 15 octobre, ça fera exactement un an que les enfants prennent soin de leur chèvre. Et quatre chevrettes sont nées et ont été confiées à d'autres enfants.
Pour avoir droit de s'occuper de leur chèvre, les enfants doivent être membres de la KTVE et payer une petite cotisation. Ils doivent suivre une formation et se conformer aux instructions de l'agronome. Si la chèvre est malade, ils doivent savoir donner les premiers soins et en parler avec le vétérinaire lors de la visite mensuelle.
Est-ce difficile de s'occuper d'une chèvre? Les enfants répondent en choeur : «Non.» Bien s'occuper de sa chèvre, ça se fait comment? L'un répond que ce sera de l'attacher dans un endroit fiable où il y aura du bon fourrage. Pourquoi l'attacher? Parce qu'une chèvre en liberté dans le jardin d'un voisin se fera couper la tête parce qu'elle mange ce qui ne lui appartient pas.
Chaque mois, l'enfant amène sa chèvre à l'école où Rémy Jean, l'agronome du projet, vérifiera les progrès de croissance de chaque animal. Si un enfant ne prend pas bien soin de son animal, on lui en retirera la garde jusqu'à ce qu'il démontre sa capacité de s'en occuper correctement. Après avoir donné deux petits à la coopérative, la chèvre devient la propriété de l'enfant qui pourra la faire accoupler pour quelques gourdes à l'un des boucs de la coopérative et ainsi continuer le cycle.

Un compte en banque
La chèvre devient donc une forme de compte en banque rapportant des intérêts avec ses gestations. Les chevreaux élevés pour la vente valent environ 5000 gourdes, ou 125 $. Cela servira à payer les études et à aider la famille dans l'apprentissage de la prise de responsabilités.
Les jeunes ont même aménagé un jardin devant l'école pour y faire pousser du maïs, des pois et du fourrage pour les chèvres en même temps que d'autres légumes. «L'objectif que nous voulons atteindre à moyen terme est d'avoir 175 chèvres pour les 175 élèves de l'école de la commune», explique la coordonnatrice du projet Elvie Maximeau. «En même temps, nous effectuons des croisements entre les chèvres des races Boer, Alpine et Nubienne pour obtenir une race plus résistante à la chaleur, qui donnera autant du lait que de la viande et qui pourra donner deux ou trois petits plus d'une fois par année. Et avec nos quatre boucs, nous assurons un suivi des croisements pour déterminer quel sera le meilleur.»
Hyanique Maximeau, directrice de l'école, aide les enfants à mieux s'organiser dans ce projet. Elle s'assure que les enfants suivent les formations et que les membres du conseil d'administration, formé d'enfants, se réunissent chaque semaine et produisent leur rapport. Plusieurs parents accompagnent leur enfant dans cette démarche. Lors du passage du Soleil à Limbé, les jeunes ont tenu une assemblée générale devant une grande partie des élèves réunis pour rencontrer les visiteurs.
Des parents ont pris la parole pour confirmer que le projet leur tenait à coeur. Et les enfants ne se font pas prier pour assister aux différentes rencontres. Une mère a même dit que les jeunes ne se sentent pas seuls, mais bien encadrés et méritent d'être encouragés dans la poursuite de leur projet collectif.
Un autre projet devrait se réaliser sous peu avec la participation de L'AMIE et du ministère des Relations internationales. On construira un puits pour l'eau courante et l'irrigation des jardins de culture maraîchère.
Lien: L'AMIE, www.amie.ca/

Haïti: de l'aide d'urgence

La route menant à Labrousse est difficilement praticable,
de sorte que l'aide internationale ne s'est pas rendue
jusque dans la commune agricole.
LE SOLEIL, YVES THERRIEN
Publié le 04 septembre 2010
Yves Therrien Le Soleil
(Haïti) Si le projet Stop Malnutrition, avec Collaboration santé internationale, a été retardé de quelques mois, c'est que FODES-5 avait besoin d'une aide d'urgence. Après le séisme, la population de la commune de Labrousse a cru de 20 %, mais l'aide internationale ne s'y est jamais rendue. Une partie de l'argent de ce projet a servi d'aide d'urgence.
Labrousse est à 16 kilomètres de la route nationale. Le chemin est difficilement praticable, même avec un 4 X 4, puisqu'il faut au moins une heure pour atteindre le centre de la commune.
«La région est enclavée dans les montagnes, et l'aide internationale ne se rendait pas ici», explique Louise Brassard, coordonnatrice du projet Stop Malnutrition. «Alors, nous avons fait une liste et nous avons dû tout acheter. Par contre, on ne pouvait pas aider les 6000 familles du secteur. Il a fallu se limiter aux plus démunies chez qui nous avions identifié un grave problème alimentaire.»
Quelque 250 paniers, contenant 25 kilos de riz, des pois, de l'huile, du poisson séché, du sel et de l'eau de Javel pour traiter l'eau, ont été distribués.
Le ministère des Relations internationales a permis de prendre 50 000 $ pour l'aide d'urgence, tant pour la malnutrition que pour la réhabilitation des maisons touchées par le tremblement de terre.

Cantine à l'école
Enfin, le nouveau projet que tente de mettre en place Louise Brassard concerne l'implantation d'une cantine à l'école. Les jeunes mangeraient à leur faim et cela assurerait une plus grande assiduité des élèves, car traditionnellement, ils prennent un repas par jour, le soir.
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/haiti-de-lespoir-dans-le-chaos/201009/03/01-4312623-haiti-de-laide-durgence.php

Haïti: l'ennemi sournois nommé malnutrition

Publié le 04 septembre 2010
Des femmes de Labrousse ont présenté sous forme de sketch
 les principes de la diversification agricole prônés par la
 Fondation pour le développement économique et social
(FODES-5).
Yves Therrien, Le Soleil
(Haïti) La malnutrition chez les enfants est un problème grave et un ennemi violent. Chez les jeunes de moins de cinq ans, elle empêche le développement normal du cerveau et peut provoquer des incapacités cognitives.
La Québécoise Louise Brassard agit comme coordonnatrice du projet Stop Malnutrition grâce à la participation de Collaboration Santé internationale (CSI) et à un financement du ministère des Relations internationales par l'intermédiaire du Programme québécois de développement international.
Depuis 2008, avec la construction de la résidence et du dispensaire, CSI approvisionne l'équipe en médicaments et en équipements. Le projet Stop Malnutrition est né en 2009 et a été mis en place en mai 2010. Il devait commencer plus tôt, mais le séisme de janvier a bouleversé les plans.
Le premier volet du programme touche la prévention et l'éducation avec des agents de santé sur le territoire, dont Catherine Pierre et Maguedalie Princivil, infirmières. Il y a beaucoup de problèmes de parasites intestinaux, de problèmes dermatologiques (teigne et gale) à cause des lacunes dans l'hygiène et de carences en vitamines. En même temps, il y a le suivi des femmes enceintes avec un volet préventif pour leur alimentation et l'allaitement des bébés.
«Nous essayons de réactiver le cours hygiène et nutrition à l'école, ajoute Mme Brassard. Officiellement, il y a un cours. Théoriquement, il y a des livres. Mais dans les faits, il n'y a rien à l'école.»
Il y a un volet diagnostic et traitement, où l'on identifie les enfants mal nourris. Dans les cas sévères, il a fallu envoyer les jeunes dans des établissements spécialisés. Avec les cas modérés, les visites toutes les deux semaines permettent de donner des suppléments aux enfants tout en expliquant aux parents ce qui doit absolument être fait.
«Nous avons mené un petit dépistage auprès de 280 jeunes. Nous aurions voulu le faire pour toute la zone, mais c'est impossible à cause des conditions des routes et des grandes distances à parcourir. Nous avons environ 6 % de cas de malnutrition, ce qui correspond à la moyenne nationale haïtienne. Nous nous occupons surtout des cas des jeunes de trois ans et moins, car les problèmes apparaissent souvent après le sevrage, quand l'enfant est âgé de six mois.»
Dès qu'un diagnostic est posé, les parents sont faciles à convaincre, puisqu'ils auront des suppléments alimentaires et des vitamines pour les enfants. Il a de petits frais pour l'ouverture du dossier pour que les gens apprennent à se prendre en main. «Les frais sont minimes, ajoute-t-elle. Il ne s'agit pas de faire la charité, les parents doivent sentir qu'ils contribuent au bien-être de leurs enfants et venir aux rendez-vous toutes les deux semaines.»
Le volet prévention est aussi lié au programme LSGT (Les savoirs des gens de la terre), pour inciter les gens à une production alimentaire diversifiée en cultivant un petit potager à la maison, par exemple.
Avec le médecin, les deux infirmières et le dispensaire, le projet coûtera 250 000 $ pour les deux prochaines années. Infirmière de formation et gestionnaire, Louise Brassard est bénévole pour DESI (Développement expertise et solidarité internationale) et elle sera à Labrousse pour deux ans.
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/haiti-de-lespoir-dans-le-chaos/201009/03/01-4312622-haiti-lennemi-sournois-nomme-malnutrition.php