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vendredi 10 août 2012

Urgences de nuit à Port-au-Prince

En Haïti, les médecins travaillent dans de sordides conditions. Récit d'une désagréable errance nocturne. Pour rester anonyme, on appellera mon ami, Robert. A 21h 48, il m'appelle: —«Je suis malade. De fortes douleurs aux reins. Veux-tu m'emmener à l'hôpital?», bafouille Robert.
—«A quel hôpital tu veux que je t'emmène?», lui demandai-je, perplexe, présageant déjà le tableau. —«Aucune idée», tonne-t-il, sous la pression de la douleur. Après avoir un peu arpenté la commune de Delmas 67 à l'ouest du pays —la ville, immense, est divisée en plusieurs sections— notre périple nous conduira au service des urgences de l'Hôpital général. Robert y trouvera des soins. Dieu merci, il n'a pas été gardé. Car, de la place, il n'y en avait plus dans ce nid de microbes au visage cadavérique du service des urgences de l'HUEH. Robert a 33 ans. Il habite à Delmas, commune de Port-au-Prince. Douze minutes après son appel, je suis chez lui. Il a pour toute fortune les deux mille gourdes, monnaie haïtienne, qui auraient dû servir à l'achat de nourriture pour son nourisson. «L'hopital est transféré» Il n'a aucune assurance-maladie, bien qu'il travaille dans deux grandes et prestigieuses entreprises à Pétion-Ville. Pour avoir déjà emmené un accidenté à ce service, je lui propose l'hôpital géré par Médecins sans frontières, dans le camp de réfugiés du séisme de janvier 2010, sur la grande cour de l'école Saint-Louis de Gonzague, à Delmas 31. Les soins y sont gratuits, rapides, et ils ont, sur place, tous les moyens pour faire des analyses et des radiographies. 22h11. Nous butons sur la fermeture des barrières de l'entrée du camp, qui donnent aussi accès à l'hôpital de Médecins Sans Frontières. Deux résidents, dont l'un en pyjama, nous invitent à regarder le panneau. «L'hôpital Médecins sans frontières est transféré à Sarthes.» Robert fait la moue, la ville est à cinq kilomètres. Ses douleurs ne se calmeront pas de sitôt. Nous sommes abattus. L'homme en pyjama nous déconseille de nous aventurer, à pareille heure, sur la route conduisant à Sarthes. Il ajoute, désolé: «le transfert de l'hôpital Médecins sans frontières est une grande désolation pour les habitants de Delmas». Il ne croyait pas si bien dire. Le smartphone de Robert lui fait signe. Un ami sur Facebook lui suggère l'hôpital La Paix à Delmas 33. 22h18. Nous prenons place dans le parking du centre hospitalier. A la réception, un homme, calé dans une chaise, nous balance, sans ménagement et avec un naturel effarant: «On n'a pas de service des urgences ici, la nuit. Nous ne recevons que les femmes enceintes prêtes à accoucher.» Les douleurs de Robert se font à nouveau sentir. Son visage se rembrunit davantage lorsque le réceptionniste poursuit sa diatribe: «Il n'y a pas quatre solutions, messieurs: l'Hôpital général», nous recommande-t-il, en épongeant sa bouche d'une serviette en papier. Il dînait. L'Hôpital général est le plus grand centre hospitalier public d’Haïti, à, Port-au-Prince, aussi appelé Hôpital de l’université d’Etat d’Haïti - HUEH. HUEH, à bord, tous! 22h43. La grande barrière verte de l'HUEH s'ouvre après deux retentissements d'avertisseurs. Une écriture lavée, sur un mur à gauche de l'entrée, indique le service des urgences. Dès l'entrée, le décor est planté. A gauche, un homme, dans la cinquantaine, est allongé sur le côté et se sert de sa paire de bottes pour tout oreiller. Sur des chaises, plusieurs personnes —des femmes surtout— se déboîtent les mâchoires et tentent de lutter contre le sommeil. Robert et moi traversons en trombe la petite allée où, des deux côtés, des gens dorment à même le sol. A l'endroit où se trouve un des médecins de garde, on nous apprend que nous devrions faire un dossier à l'entrée. Nous revenons à ce qui doit être justeune banale salle d'attente. Une dizaine de personnes s'y agglutinent. Malades et parents compris. Sur trois chaises, une jeune femme dans la trentaine est allongée, un sérum suspendu à un pieux est relié à son bras gauche. Une autre, au regard désespéré, chasse les mouches qui prennent pour appât le corps dénudé de son très jeune enfant, plongé dans un profond sommeil. Derrière des grilles métalliques, à l'entrée, un homme sort un épais cahier. Il enregistre le nom de Robert et l'heure de son admission. Sur une carte et une feuille, il gribouille à nouveau le nom de Robert, son âge, son adresse. Il ne réclame pas un centime. L'homme nous fait signe de frapper à la porte en fer d'à côté. Personne ne répond. Nous entrons. Devant un vieux bureau qu'un jeune médecin et une infirmière, fort avancée dans la cinquantaine, partagent, un patient et deux parents écoutent les instructions. C'est au tour de Robert. Questions d'usages. «Depuis quand ressentez-vous les douleurs...?» Images de fin du monde L'esprit libéré, mes yeux et mon odorat s'ouvrent à l'espace: il est empuanti. J'y repère du sang coagulé, maculé le long du sol. Ça et là, sur la céramique tachetée de saletés, des boules de coton imbibées de sang renforcent l'ornementation. Le problème de Robert est identifié: il souffre de calcul renal. Le médecin griffonne sur un morceau de papier blanc sans en-tête de l'institution, mais signé et scellé, trois médicaments à aller acheter en dehors de l'hôpital. Je sors. Sur la cour, le morceau de papier en main, un homme corpulent, chemise blanche à manches courtes, me rattrape. «C'est pour des médicaments?», me harcèle-t-il. Hargneusement, je lui demande s'il possède une pharmacie ambulante. Un deuxième, cravaté, me rejoint et demande à voir la prescription. Intrigué, je joue le jeu. Un simple coup d'oeil, il me balance un prix: «110 gourdes» J'ai cru avoir affaire à un agent délégué de l'une des pharmacies en face de l'hôpital. Il me demande, presto, de le suivre à la sortie. On traverse la rue. A une dizaine de mêtres, il s'arrête près d'une camionette blanche, qu'il ouvre sans clef et fouille dans des boîtes et des sachets. Il tire un petit sachet, me met deux seringues et deux petites ampoules. Je vérifie à la lumière d'un de mes portables si le griffonnage sur le papier correspondait à la marchandise. Correct. Mais je n'en reviens pas. Je viens d'exécuter une prescription dans une voiture-pharmacie. Je demande à voir la boîte qui contenait l'ensemble des ampoules. Elles expirent en décembre 2012. Il précise pour moi: c'est juste des calmants contre la douleur. On va faire deux piqûres à ton malade, et d'ici un quart d'heure, il n'aura plus mal. Je lui donne 100 gourdes. Il laisse tomber les dix gourdes. Chose dite, chose faite. L'infirmière, sympathique et causante, fait les deux piqûres à Robert, assis sur une chaise en face d'elle. «Dans un quart d'heure, tu n'auras plus mal», reprend-t-elle, comme le pharmacien ambulant. Elle demande à Robert de se hisser sur une espèce de lit avec un matelas recouvert d'un cuir vert, dont la propreté est plus que douteuse. Il n'est pas recouvert. Les patients qui l'ont précédés y ont laissé sang et pus. Robert a une excuse en béton pour éviter de s'allonger sur ce foutoir. —«J'ai davantage mal quand je suis couché.» L'infirmière n'en démord pourtant pas: —«Allonge-toi». «Il est permis de rêver en couleurs» Un accidenté arrive. Plus grave que Robert. Trop content, il cède sa place. Le nouvel admis a la tête enrubannée. Il s'est déchiré la tête dans un barbelé. Il prend place sur le matelas vert. Un jeune médecin arrive. Aiguille et fil en main. En 10 minutes, il remet la tête du blessé en état. Enfin, presque. Ce dernier se lève, tout content, laissant derrière lui un matelas rougi de sang. Il ne sera pas nettoyé. Le prochain malade y prendra place. Dans la salle où sont gardés en observation les patients reçus en urgence, c'est le calme plat. Tous dorment. L'odeur pourrie de sang et de chair en décomposition y règne. Les lits sont en hauteur et de formes différentes. Les couvertures sont apportées par les malades. Elles sont de toutes les couleurs. Le sol est sale. Le robinet du lavabo, en face du carré des médecins de garde, ne crache plus une seule goutte d'eau. Sous un lit en face, trois parents prennent place. Sur un simple drap, posé sur le sol infesté de microbes. Pas très loin, toujours par terre, une autre dame allaite son bébé. Tous deux dorment. «On n'a pas d'outils, nous sommes très sous équipés, mais quand un malade arrive aux urgences, nous faisons l'impossible pour lui offrir le maximum de soins», raconte un jeune médecin, dans la trentaine. Quand plus rien ne reste ou n'existe à l'HUEH, il y a encore ces jeunes médecins et infirmières qui se démènent pour sauver des vies. Avec les mains vides. Si vous les interrogez sur l'image de fin du monde qui caractérise ce service des urgences, ils vous répondront avoir connu pire. Résilience. Heureusement que le nouveau président d'Haïti promet aux Haïtiens un nouveau pays. Des services de santé, dans la dignité, doivent sûrement venir avec aussi. Croisez les doigts! Ici,en Haïti, il est permis de rêver en couleurs! Gaspard Dorélien http://www.slateafrique.com/92457/haiti-urgence-de-nuit-port-au-prince

vendredi 21 novembre 2008

Une défunte massacrée à la morgue, funérailles annulées

Les parents de Maryse Rolpote réclament justice en levant le voile sur des pratiques abominables attribuées aux croque-morts
jeudi 20 novembre 2008,
Radio Kiskeya
La famille de Maryse Rolpote a décidé jeudi de surseoir à l’organisation de ses funérailles, réclamant des autorités judiciaires une enquête après la découverte du corps méconnaissable de la disparue confiée à la morgue privée Zénith.
Dans une interview à Radio Kiskeya, Berthony Dupart, cousin de Maryse Rolpote, a accusé les responsables de l’entreprise funéraire d’avoir abattu la jeune femme dont les dents ont été arrachées, les yeux crevés et le corps mutilé. Grande a été la stupéfaction des membres de la famille de constater l’état horrible dans lequel était la dépouille lors de l’exposition.
Selon M. Dupart, le corps avait été acheminé aux pompes funèbres sans la moindre égratignure. L’image désastreuse découverte laisse croire que Mme Rolpote n’était pas encore décédée lorsque les croque-morts l’avaient prise en charge. Elle aurait donc était abattue au prix d’un véritable massacre.
Des croque-morts de Port-au-Prince ont été maintes fois accusés d’avoir tué des personnes devenues inconscientes ou plongées dans le coma afin de ne pas laisser filer les bénéfices financiers auxquels donne droit l’organisation des funérailles.
Cependant, les dossiers judiciaires relatifs à ces cas pour le moins révoltants n’aboutissent presque jamais. spp/Radio Kiskeya
http://www.radiokiskeya.com/spip.php?article5438
HRV commente :
Cette histoire plus qu’invraisemblable n’est pas une fiction. Les non-haïtiens auront du mal à capter les subtilités de ce récit. Parler d’une défunte massacrée inspire au jeu de mot accompagnant une situation plutôt hilarante ou inspirant la moquerie.
Loin de là. C’est l’histoire des croque- morts qui achèvent à bastonnade un défunt si celui-ci arrive par erreur encore en vie entre les murs des pompes funèbres.
En Haïti on aura beau et bien continuer à claironner en faveur de ce changement de mentalité se forgeant sur une éducation solide. L’éducation et une bonne mentalité stigmatisent l’être humains par rapports aux autres animaux. En d’autres termes, il faut être humain pour comprendre le bienfondé de l’intérêt d’une bonne mentalité et de l’importance de l’éducation.
Une grande partie de la population haïtienne a surtout besoin d’être humanisée. Le gouvernement ni le chef actuel de l’état ne semble avoir les capacités pour une si noble mission.

mercredi 16 janvier 2008

Monsieur JOSEPH LAMBERT président du Sénat Haïtien réclame une "PRIME" attribuable aux sénateurs ayant fait 80% de leur boulot

... « Pour permettre aux élus du peuple de mieux accomplir leur mission, le président du grand Corps a proposé au gouvernement d'accorder une prime aux parlementaires présents à 80% dans les travaux législatifs. » Propos de Joseph Lambert, Président du Sénat Haïtien rapporté par Jean Pharès Jérôme
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=53132&PubDate=2008-01-14
Le président du Sénat qui réclame une prime pour travailler…
Ce n’est ni une blague ni une de ces farces qui vous empoisonnent le palais avec ce mauvais goût indescriptible. Il s’agit bien d’une réalité bien de chez nous. Une réalité natif-natale.
Faisons une mise en situation. Considérons que vous êtes patron d’une entreprise de fabrication de chaussures. Vous embauchez un employé avec un contrat de travail bien clair stipulant un nombre de chaussures à produire par jour. Les deux parties sont d’accord sur le contrat qui est signé sans autre forme de procès ni tergiversations. Voilà quelques jours plus tard, le chef du syndicat des employés qui réclament une prime « supplémentaire » pour chaque employé qui aurait produit 80% du nombre de chaussures contemplé dans le contrat signé. Vous aurez dit quoi ?
C’est en fait une proposition du Sénateur Joseph Lambert, Président du Sénat haïtien lors des cérémonies d’ouverture de la session parlementaire.
« Laissons les prières de côté et attardons nous aux quantiques ».
Honteux, amoral, immoral… sont tant d’épithètes qui devraient qualifier une telle tentative. Nous devons nous placer dans le contexte haïtien pour rappeler que notre pays se courbe progressivement sous le poids d’une misère séculaire qui engendre des comportements infrahumains et finira par nous reléguer dans l’univers des ratés à jamais. Survivre en Haïti reste un combat acharné et perpétuel. Pour atteindre les besoins élémentaires les haïtiens jonglent avec leur génie et réalisent des prouesses avec leur imagination. Chez nous le concept miracle existe bien car il en existe beaucoup de nos citoyens qui sont encore vivants parce que c’est bien le Christ qui vit en eux !
Dans ce microcosme miséreux surnagent un groupe de privilégiés qui ont su, de courtes échelles en courtes échelles atteindre une position privilégiée. Sans capacité, sans mérite, sans compétence ils se retrouvent au timon des affaires, au volant de l’administration.
Dans ce groupe se trouvent entre autres, les membres de notre Parlement. Voici un groupe de citoyens, investis d’un mandat sacré. Ils ont le droit d’écrire et de modifier les lois. Ils règnent en maîtres et Seigneurs sur ceux qui gèrent et dirigent la nation.
Mais plus que toute chose ils ont un travail assuré, ils ont de quoi bouffer, ils sont véhiculés, ils ont de quoi payer l’entretien de leurs familles résidant à l’extérieur. Grâce au « brassage » et aux magouilles, il y en a qui arrive à s’ériger un petit pont d’or pour l’après politique.
Il faut admettre sans équivoque, à quelques exceptions près, ces messieurs ne jouissent pas d’une solide renommée de grands travailleurs et les plus célèbres ont surtout gagné leur notoriété dans la « trempette » dans d’affreux affaires et scandales.
Ces messieurs pratiquent un sport très connu dans l’exécution de leur mandat. Ce sport s’appelle l’absentéisme. Ils sont souvent ailleurs. Ils ne prennent pas toujours le temps de légiférer comme le voudrait la tradition qui définit le rôle des membres du pouvoir législatif.

Le « Con-sans- cieux » pardon consciencieux et très soucieux président du Sénat Haïtien veut finir avec l’absentéisme au niveau du grand corps. Comme « touched by the holly Spirit » il a eu une révélation, une inspiration divine ! Sa proposition est d’accorder une prime aux sénateurs qui auront travaillé au moins 80% du temps !
N’est ce pas génial. Non. Ce n’est point une invention. Cette nouvelle se lit noir sur blanc entre les lignes d’un article du nouvelliste : ... « Pour permettre aux élus du peuple de mieux accomplir leur mission, le président du grand Corps a proposé au gouvernement d'accorder une prime aux parlementaires présents à 80% dans les travaux législatifs. »
Jean Pharès Jérôme
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=53132&PubDate=2008-01-14