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dimanche 21 novembre 2010

SOUS LES AILES DE MINUIT...CINQUIEME PARTIE

CINQUIEME PARTIE
Elle s’étonna de s’observer assise juste derrière ce parfait inconnu. Comme une partie de son équipage. De ses affaires. Elle côtoyait habituellement des gens par elle pas connus du tout. C’était l’une des caractéristiques de ce métier qui était le sien. Elle comptait dans sa clientèle de vrais clients dans le sens large du mot.

Par contre occuper le siège juste à l’arrière du chauffeur-client était beaucoup inhabituel.
Elle avait abordé la voiture avec la célérité de celle qui préférait ne pas être remarquée. Elle n’eut pas le temps de se demander pourquoi celui-ci ne faisait pas comme les autres qui ont toujours hâte de commencer pour finir. C’est-à-dire la laisser ouvrir elle-même la portière avant droite et s’installer dans le fauteuil d’à coté. Pourtant, Rien ne semblait l’incommoder. Peu de chose la dérangeait. Elle avait appris à maîtriser les situations en s’attendant toujours au pire.
Prostrée derrière cet homme dont la carrure des épaules semblant taillées parfaitement dans du marbre lui obstruant la vision de la route qu’empruntait le véhicule, elle se disait embarquée dans une aventure imprévisible.
Tous ces quartiers des hauteurs de Fontamara étaient assez familiers à Sabine. Certains recoins lui avaient fourni d’insoupçonnables cachettes, de fabuleux terrains de jeu.
Ainsi reconnut-elle le haut de la rue Madame Ganot tandis que la voiture abordait les routes serpentées menant vers La Vallée du Silence. Le chauffeur-client lui aussi faisait preuve d’une maîtrise des lieux. Les pièges de la route trouée et caillouteuse étaient évités avec une aisance qui prêterait des yeux à la voiture.
Les minutes semblaient suspendues entre l’espace exigu de deux rangées de fauteuils et le silence timide de deux inconnus s’aventurant vers les sentiers du plaisir volé et monnayé. Un genre de plaisir interdit, impur et immoral.
L’attitude calme et silencieuse du client devint génératrice de suppositions, de doutes et d’angoisses.
Le temps pour elle valait beaucoup. Le facteur temps était particulièrement pris en compte dans les transactions. Ainsi, se décida-t-elle de rompre le silence et lancer les affaires.
- Que me voulez vous ? Ou m’emmenez-vous ?…
Fit-elle d’une voix tremblante, se voulant cependant ferme, rassurée, maîtresse de la situation.
Sans s’arrêter et surtout sans la regarder, il lui apprit qu’il voulait juste sa compagnie et passer du temps avec elle.
Tandis qu’il répondait à sa question, elle croisa son regard à travers le rétroviseur. L’inconnu avait un regard plutôt paisible et apaisant. Elle ne retint pas la couleur des yeux mais se sentit rassurée, en sécurité.
- De combien de temps avez-vous besoin ?
- Le temps que vous aurez jugé utile et intéressant de m’accorder
- Vous le savez très bien. Il n’y a que votre argent qui m’intéresse. Si vous avez de quoi me payer les heures, je pourrai passer ce qui me reste de vie avec vous.
- Votre proposition est flatteuse et honore celui a qui elle est faite. Je pourrais prendre le risque de l’accepter…
- Attendez Cher Monsieur, j’ai juste voulu faire une blague. Je ne veux surement pas être votre pute pendant des années.
- Ah bon ? Répondit le conducteur qui manœuvra juste un peu, histoire d’arrêter la voiture au sommet d’une petite colline surplombant la zone sud du quartier.
Elle découvrit pour la première fois le visage de l’inconnu. Un homme à peine mur très beau. Vêtu avec élégance et sobriété.
- … Vous n’aimez pas votre métier ?
- Vous pensez que l’on peut être fière de faire la pute ?
- Pourquoi pas, n’est-ce pas un métier comme les autres ?
- Aimeriez-vous que votre fille ou votre femme vous annonce qu’elle veut faire de la prostitution son métier ?
- Si cela peut les aider à être heureuses et contribuer à leur épanouissement…
- Vous pensez que l’on peut être heureuse et s’épanouir de fellations à fellations entre deux pénétrations avec des inconnus souvent vicieux et parfois sales ?
- Il suffirait que vous soyez un peu plus sélective mademoiselle ?
- Réalisez-vous que nous aussi nous subissons les fluctuations capricieuses du binôme offre et demande ?
- Vous permettez que je me mette à vos côtés ? lui fit-il en ouvrant la portière de la voiture…
En guise de réponse elle s’éloigna en se décalant un peu vers la droite.
La silhouette qu’elle découvrit n’était pas mal. Plutôt entre bien faite et parfaite.
L’inconnu prit donc place aux côtés de Sabine. Elle resta appuyée contre la face intérieure de la portière.
Il évita timidement de la regarder en face. Elle, ayant adopté sans le vouloir une posture très suggestive. Elle s’était en fait adaptée à l’espace restreint de la banquette de la voiture et à sa jupe définitivement trop courte. La jambe gauche fléchie contre son torse arcbouté, assise sur la banquette arrière, la jambe droite reposant en position neutre sur le plancher entre les deux sièges, elle attendait…

Il s’asseya normalement à ses côtés à une distance respectable malgré l’espace restreint qu’offrait le véhicule.
Il refusa soigneusement de la regarder en face. Il préféra éviter le regard plongé de rigueur orienté vers son décolleté.
Il évita consciencieusement la rencontre sa vue et la vision béate de son entrecuisse décalotté de sa jupe trop courte.
Elle continuait à attendre. De toutes les façons elle n’était pas pressée. Le temps au rythme de chaque minute passée roulait en sa faveur. En espèce et en papiers monnaie.
Elle n’avait certes aucune idée du temps qui s’était écoulé depuis que l’inconnu le fit monter en voiture après l’avoir abordée. Pour elle, pour son métier, le temps représentait réel et effectivement de l’argent. Aussi n’eut-elle point envie de jeter un coup d’œil même furtif sur le cadran de sa montre.
Dans sa tête elle comptait additionnait et multipliait.
Elle était si absorbée dans ses calculs qu’elle ne fit point attention à la question que lui posait le bel inconnu.
Elle ne s’y attendait surtout pas. Généralement à cet instant des transactions seul prime le langage muet des corps chauffés au rouge en quête de sensations fortes et d’extase enivrante.
Et si question il devait y en avoir, c’était à elle de les poser. D’un ton sec. Coutumier. Faisant usage d’un lexique restreint. D’une profondeur plutôt banale. Du genre comment je me mets ? Qu’est ce que je vous fais ?
L’inconnu dut reformuler sa question quand en matière de réponse sabine lui répliqua qu’elle n’avait ni entendu ni compris sa question.
Il raccourcit cette fois-ci la distance entre les deux. La regarda dans les yeux et lui dit :
- Cette fois-ci vous oubliez vos calculs et vous faites attention à ce que je vais vous dire… (A SUIVRE)

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