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mardi 14 juin 2011

Haiti-Politique : Les linges sales se lavent en famille

Analyse de conjoncture – juin 2011 (I)

Près d’un mois après la prise de fonctions du nouveau président Michel Martelly, comment se présente la situation politique en Haiti ? Deux textes soumis à AlterPresse par Marc-Arthur Fils-Aimé [1] fournissent des éléments de réponse à cette question. Suit une première analyse axée sur l’imbroglio constitutionnel qui s’installe avec le processus d’amendement controversé de la loi-mère
Le 14 mai dernier, l’Assemblée Nationale, composée des membres du Sénat et de ceux de la Chambre basse, a investi M. Michel Joseph Martelly comme le 56e président de la République. Si ce passage de pouvoir d’un président élu à un autre, sans tenir compte de la façon dont cet exercice de souveraineté populaire s’était déroulé, est rempli de symbolisme pour la démocratie représentative, il n’est pas le seul à retenir l’attention des citoyennes et des citoyens haïtiens et celle des observateurs internationaux. Parmi tant d’autres, nous jugeons que le processus de l’amendement de la Constitution mérite une réflexion sérieuse. La raison est simple, vu le rôle d’une Constitution dans la marche institutionnelle d’une nation.
En effet, dans la Constitution de 1987, en phase de révision, est censée concentré le projet républicain qui tentait de répudier non seulement la dictature presque trentenaire des Duvalier, mais toutes celles éventuellement à venir. Cette Constitution a, d’une part, raté sa vocation en s’attardant trop sur la forme surannée du duvaliérisme alors que la dictature comme méthode de gouverner est polymorphe. Celle des Duvalier n’en a été qu’une spécificité dans l’universalité. De multiples exemples à travers notre histoire de peuple ont précédé ou succédé le long règne du père et du fils présidents. D’autre part, la Constitution, étant un élément de la superstructure, n’est pas détachée de la structure qu’elle entend orienter. Qu’elle que soit la valeur démocratique de la Constitution de 1987, elle ne saurait nullement s’épanouir sur un système obsolète dominé par une oligarchie rétrograde, composée de capitalistes par leur idéologie, mais qui restreignent le développement de ce système par leurs pratiques prédatrices. La frontière dans ce cas-là entre le capitalisme et le féodalisme se révèle très ténue. C’est cette loi-mère qui est devenue en même temps l’idole et la bête malfaisante de ses principaux utilisateurs et utilisatrices. La volonté de l’amender n’a pas été soutenue seulement par le président Préval mais aussi par une large fraction de la classe politique traditionnelle. Cependant, l’ancien président n’aimerait pas le faire de n’importe quelle façon en négligeant ses propres intérêts et ceux de la fraction de classe hégémonique de son pouvoir.
Le texte officiel de la déclaration d’amendement paru dans le Moniteur, journal officiel de la République, du mardi 6 octobre 2009, n’est pas identique à celui qui a été voté lors de la dernière session de la 48e législature, selon certains parlementaires. On ne sait pas par quel compromis ou quelle compromission les nouveaux sénateurs et députés de la quarante-neuvième législature ont accepté de travailler sur cette publication officielle, écrite seulement en français, au mépris de la langue la plus parlée et la mieux comprise par toute la population haïtienne. Les Constitutionnalistes de 1987 ne se sont pas contentés de légaliser les deux langues, ils ont publié leur œuvre en créole et en français. L’amendement devrait suivre la même procédure. Ce non respect demeure déjà un accroc à un principe légalement reconnu en Haït et de ce fait, entache de nullité la déclaration d’amendement de la Constitution de 1987. En deuxième manche, l’amendement a été voté sous la pression du temps et sous la pression politique. Il est évident que les intérêts de la grande majorité ont été foulés aux pieds. Malgré tout, le texte envoyé pour publication, comme dernier geste politique officiel du président sortant René Préval, a subi une fâcheuse mutation entre le Parlement et la présidence ou entre celle-ci et les Presses nationales, l’imprimerie officielle de l’État haïtien, avec plus d’une dizaine d’articles erronés, en plus des fautes de natures diverses.
Les dirigeants de l’administration n’ont pas encore renoncé à nager en eau trouble. Il suffit que leurs intérêts immédiats et égoïstes soient pris en compte. Le nouveau président ne semble pas trop s’inquiéter de ce malheureux jumelage où chacun peut utiliser l’un ou l’autre des deux textes selon la nécessité du moment. Le président Martelly a ouvertement dit que cette crise constitutionnelle ne le regarde pas. Sa priorité reste ‘’l’école gratuite pour tous les enfants et la sortie des gens des tentes’’. La tendance qui semble surgir maintenant d’un compromis entre les différents acteurs est de publier le texte amendé par le parlement avec l’autorisation du nouveau président en conservant les mêmes signatures précédentes. Et si les signataires désistent en déclarant ne pas reconnaître leur signature sur un texte différent de celui qu’ils ont consigné ?
La classe politique traditionnelle haïtienne n’a pas encore renoncé - a-t-elle la capacité d’y renoncer un jour ?- à nager dans l’indécence et dans l’irrespect du grand public. Elle s’enlise dans l’institutionnalisation de l’impunité. Personne n’est encore accusée malgré l’énormité des fautes commises en cette matière. Il semble que dès que l’on entre dans ce cercle familial, on est automatiquement couvert par cet apophtegme : ‘’Les linges sales se lavent en famille’’. Peu importe la cristallisation de la crise et le tort apporté au pays.
[1] Directeur de l’Institut Culturel Karl Levêque (ICKL)
http://www.alterpresse.org/spip.php?article11150

Carl Lewis veut se faire le porte-parole d’Haïti

L’ancien roi des pistes d’athlétisme, aujourd’hui en course pour le poste de Sénateur du New Jersey, estime que les bailleurs de fonds doivent tenir leurs promesses envers le pays
lundi 13 juin 2011,
La légende de l’athlétisme, Carl Lewis, arrivée lundi à Port-au-Prince pour une visite de 24 heures, a promis "d’élever sa voix" dans son pays, les Etats-Unis, et dans le monde afin que les promesses faites à Haïti soient tenues, rapporte EFE.
"Ce que j’ai entendu et ce que je sais sur Haïti c’est qu’il s’agit d’un pays confronté à de graves problèmes de déforestation et tous les autres. Mais, je crois que la République Dominicaine, la communauté internationale et Haïti doivent travailler main dans la main afin de permettre à ce pays d’améliorer sa situation économique et sociale au bénéfice de son peuple et de tous les habitants de l’île ", a indiqué l’ancien champion peu avant son arrivée dans la capitale haïtienne à titre d’ambassadeur de bonne volonté de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO).
Il a mis en relief la volonté du peuple haïtien d’aller vers le développement tout en déplorant les nombreux engagements financiers qui n’ont pas été respectés, plus d’un an après le séisme destructeur de 2010.
Auteur d’un riche palmarès comprenant notamment huit médailles d’or olympiques et neuf titres mondiaux, "King Carl", qui aspire à décrocher un siège au Sénat américain, aura un tête-à-tête avec le Président Michel Martelly et doit se rendre à Léogâne (35 km au sud de la capitale), ville dévastée le 12 janvier.
Déjà vainqueur des primaires du parti démocrate, Carl Lewis, qui ambitionne d’entreprendre une carrière politique après un parcours sportif exceptionnel, espère triompher de son rival républicain lors des prochaines sénatoriales dans le New Jersey, un Etat qui compte une forte communauté haïtienne. spp/Radio Kiskeya
http://www.radiokiskeya.com/spip.php?article7820