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jeudi 11 octobre 2012

HAITI....1000 JOURS...1000 REVES....1000 DESILLUSIONS PLUS TARD

Entre aujourd'hui 8 octobre 2012, et le 12 janvier 2010, se sont écoulés mille jours. Un nombre rond. Comme un an. Deux ou dix ans. Mille jours appellent plus l'attention que 365 ou 730 jours. Ca fait donc déjà mille jours depuis qu’Haïti a été littéralement secoué par le tremblement de terre tristement célèbre par l'étendue des dégâts causés. L'histoire retient 200.000 morts, 1500.000 personnes lâchées dans les rues. Le tremblement de terre n'a pas fait que des dégâts matériels ou des milliers de morts, il avait mis a nu, les faiblesses structurelles et les contradictions morbides de la société haïtienne. Paradoxalement, après le coup de semonce de cette terre qui a bougé et qui a fait onduler le sol, ces constructions et ces gens comme une feuille de papier ou des voyageurs ayant emprunté le tapis volant, certains se sont grisés et se sont mis à rêver en une nouvelle nation. Comme si le tremblement de terre avait, en plus de balayer l'environnement, avait aussi eu la vertu saugrenue d'enterrer et les tares et les handicaps qui depuis deux siècles maintiennent le pays dans un état de délabrement constant et progressif. Tout le monde s'est rué vers des espérances bourgeonnantes peintes de vert exagéré, éblouissant jusqu'à l'aveuglement. De mon côté je me disais et maintenant on fait quoi? J'étais persuadé, avec la conviction de l'illuminée que le plus dur restait à venir. Je me demandais comment, sur le fond d'une situation de désespoir extrême, faisant fleurir l'idée du "sauve qui peut", nous autres les haïtiens, nous allions être capables d'une entente absolue pour reconstituer un nouveau modèle de société moyennant l'élaboration d'un nouveau contrat social? Pendant ce temps, les remue-ménages continuaient sans lassitude aucune. Des comportements très superficiels ont vu le jour tandis que la situation méritait une prise en charge marquée par une certaine profondeur dans la conceptualisation des idées et surtout en tenant compte de la réalité du pays qui se définissait comme laide et complexe. Tandis que les demandes de dons fusaient de toute part et que des promesses s'ajoutaient et se rajoutaient, certains de nos compatriotes se sont excellés dans des accès de zèle d'une puérilité notoire. Le désir d'avoir enfin un pays où tout fonctionne, prit le pas sur la raison froide qui ferait voir et prévoir l'ampleur des taches qui incombaient aux haïtiens pour tenter de sauver ce qui pouvait l'être encore. Tout le monde voulait faire quelque chose. Tout le monde voulait participer. Tout à coup, toutes les voix allaient compter. Tous les avis allaient converger en un gigantesque levier pour faire bouger enfin les choses dans la bonne direction. Même ceux qui n'avaient rien à dire ou rien à faire ont voulu sérieux et candidement revêtir leurs habits d'acteurs. Dans tous les recoins de la terre se tinrent des réunions, des rencontres et des sommets. Souvent avec des intervenants natifs comme centre d'intérêt. Là encore, la méconnaissance de la réalité haïtienne, rendit infructueuses les bonnes intentions. Dans cette logique, des compatriotes ont brandi des drapeaux patriotiques ou souverainistes pour mettre en garde contre "l'occupation" du pays, alors que l'on assistait simplement à un déferlement en masse d'organisations non gouvernementales de tout acabit. Au lieu de se concentrer et de tirer la sonnette d'alarme sur l'action disjonctée qui était entrain de se mettre en place par la multiplicité très hétérogène des organisations humanitaires récipiendaires du fruit de la générosité des gens et des institutions. Le gouvernement d'Haïti, remarquée et remarquable par ses tares ancestrales a eu du mal à trouver sa place dans les structures décisionnelles. Le chef de l'état lors de sa première sortie en public après le 12 janvier, avait annoncé les couleurs. Tout le monde avait compris qu'il avait lui aussi pris un coup sur la tête. Et la question n'était plus de savoir qui pilotait l'avion sinon y en avait-il un commandant dans ce navire qui venait de sombrer dans les profondeurs d'un désastre sans précédent. Un gouvernement réputé de façon empirique d'être corrompu jusqu'à la moelle qui fait montre d'une absence de fermeté et d'initiative a automatiquement orienté les bailleurs de fonds et le « recueilleurs » de sous à se diriger surtout vers les ONGs de renom. Et ceci au détriment même d'autres ONG de moindre renommée mais dont l’activité était centrée sur la problématique de la reconstruction. Les résolutions des sommets remplissaient l'équivalent de plusieurs tomes d'encyclopédie. Chaque expert, dans son domaine de compétence et dans son champ d'action cernèrent les problèmes dans les détails et dans leur globalité. Les solutions semblaient sortir de vrais rêves. Tandis que les promesses ajoutaient des chiffres aux chiffres. Mais des promesses. Dans un contexte de crise financière et économique je comprenais très mal comment des états en difficulté allaient s'arranger pour se dépouiller de leurs ressources dont ils ont crânement besoin, pour les allouer au service d'un autre état désorganisé acéphale et corrompu. La classe politique haïtienne elle aussi a montré ses insuffisances et sa vision erronée car devant une situation grave qui méritait une entente et un consensus sur les positions à adopter pour faire face à l'urgence, l'opposition pour réagir à une résolution de René Preval tendant à prolonger son mandat au-delà du temps constitutionnel, a carrément demandé à la démission du chef de l'état avant la fin de son mandat. Pendant ce temps, 3.000.000 de compatriotes sont durement affectés. Les membres de la classe moyenne avec résidence et ressources abandonnent le pays. Certains pour fuir entreprennent des voyages à destination floue et périlleuse Encore une fois le destin du pays est laissé aux mains de la communauté internationale qui fera vite le constat que les problèmes d'Haïti pouvaient ne pas être prioritaires longtemps et toujours. Les promesses ne se concrétisent pas. La reconstruction ne démarre pas non plus. Vint l'époque des grandes distractions: - Jean Claude Duvalier revient après 25 ans d'exile - Jean Bertrand Aristide revient sous la croupe de Danny Glover - des élections présidentielles sont financées organisées et gérées par la communauté internationale pour accoucher d'un président de la République nommée Michel Martelly. - l'ancien président Bill Clinton endosse la casaque d'administrateur impliqué et non responsable de ce qui ne marche pas. Celui-ci aura, avec la fameuse commission mixte pour la reconstruction, un destin aussi flou que le travail réalisé depuis le 12 janvier 2010. Une visite à Port-au-Prince, Leogane ou Jacmel, ne vous infusera l'espoir d'une dynamique visible d'une vraie reconstruction. Ceci est d'autant plus déplorable dans la mesure où l'ouverture de vrais chantiers de reconstruction aurait dynamisé et revigoré la relance économique avec la création d'emplois. Il n'y a pas d'avantage de chantiers qu'avant le 12 janvier, 1000 jours après! 400.000 personnes vivraient encore dans des villages de toile. L'hypermobilité du chef d'état contraste avec le balbutiement des haïtiens qui attendent et espèrent encore dans leur résilience. Peu de gens se sont posé les bonnes questions. Les problèmes n'ont pas été posés correctement et la conception des solutions non plus. Pour une fois de plus, Haïti s'es retrouvée à la croisée des chemins et nous n'avons pas pu saisir la balle au bond. Comme depuis 208 ans nous ratons les bonnes occasions de nous surpasser et de penser à cette œuvre que Toussaint Louverture avait si bien conçue!