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mardi 29 octobre 2019

RESISTANCE VERSUS RESILIENCE….

J’aime les mots.
J’éprouve même une certaine passion pour bon nombre d’entre eux. Les mots ne sont pas seulement des outils de communication ou du langage. Ceux sont des entités à parts entières.
Ils ont leurs importances intrinsèques. En dehors de leurs contenus ou leurs évocations. Leurs agencements peuvent produire le bien comme le mal. Ceux qui savent les utiliser leur accordent de l’importance même dans un contexte de non-sens.
Quand vous lisez ou vous écoutez des expressions comme « les bruits du silence » « pleurer les larmes de son cœur » on serait tenté de dire : c’est quoi ce charabia ! Mais non on est dans le domaine de la poésie !
Les mots sont indépendants et souverains. Souvent, « quelques » s’accompagne de fois ; presque toujours « fur » vient de pair avec « à mesure ». Comme si l’un avait des difficultés à exister sans l’autre. Je trouvai dans la poésie un instant de gloire à « fur » quand dans un texte intitulé « Echanges de bons procédés » j’ai pu écrire : « Contre ton fur, je te cède ma mesure » …
Les mots peuvent aussi, comme d’autres entités, être capables du pire et provoquer des sentiments de haines d’aversion et de répugnance à leur contact. C’est justement le cas de RESILIENCE dont voici deux définitions trouvées sur le net :
1. Résistance d'un matériau aux chocs répétés. 
2. Aptitude à faire face avec succès à une situation représentant un stress intense en raison de sa nocivité ou du risque qu'elle représente, ainsi qu'à se ressaisir, à s'adapter et à réussir à vivre et à se développer positivement en dépit de ces circonstances défavorables (GDT).

J’ai souvent l’impression que ce mot a été créé pour Haïti et les Haïtiens. Et ceci dans le but sournoisement avoué de remplacer un autre qui nous fut, nous était et nous est caractéristique. Je veux parler de « RE-SIS-TAN-CE ».
La résilience évoque plus l’adaptation alors que la résistance appelle à la révolte.
Haïti représente le meilleur laboratoire pour les expérimentateurs de tout bord.
Aujourd’hui on peut conceptualiser facile le terme « haitianisation de l’assistance humanitaire ». En effet la gestion de l’aide humanitaire après le tremblement de terre d’il y a dix ans est un modèle pour jauger et évaluer comment échouer dans ce domaine.
D’ailleurs six mois après le 12 janvier, j’avais croisé un coopérant dont la mission était d’observer Haïti. Car d’après son hypothèse de travail on pouvait y trouver tout ce qu’il ne faut pas faire pour ne pas échouer.
Des ONGs sont venus travailler avec Haïti pour « augmenter et développer notre résilience », faces aux catastrophes naturelles. Cependant on ne voit pas de grands chantiers de curages de cours d’eau, pas de modifications dans le domaine de l’urbanisation des villes. On peut facilement imaginer les moyens et les outils utilisés pour augmenter cette résilience.
Dans ce domaine-là, les ONGs peuvent exhiber leurs victoires et leurs succès car les haïtiens supportent avec un courage aveuglant ce que nul être humain n’accepterait ailleurs !
Comme fatalité ou comme volonté divine on accepte de vivre sans eau, sans nourriture, sans infrastructures, sans soins de santé, sans diversion saine. Qui pis est nous arrivons difficilement à juger l’action de nos dirigeants puisque nous avons changer la culture du résultat à cette attitude béate de tout accepter sans se révolter.
En Haïti, pour reprendre un refrain de chez nous « tout ti bouton tounen manleng »
Les exemples sont pléthoriques.
Depuis quelques années, les haïtiens – à quelques exceptions près – ne connaissent pas de vies nocturnes. Pas une seule salle de cinéma pour toute une population. Après 1986, les salles se sont fermées. Maintenant une autre forme d’agencement du temps du jour prend forme. Les gens se lèvent extrêmement tôt ( 4 heures du matin !) pour faire le peu réalisable à cette heure et rentrer tout de suite à la maison, pour laisser les rues aux manifestants.
Un comportement conjoncturel dira-t-on ! Mais cela risque de perdurer et de devenir la nouvelle façon de vivre.
Et il ne faut surtout pas s’attendre à ce qu’un gouvernement apporte une solution à ce problème. Le président n’intègre pas cette responsabilité dans l’ensemble de ses fonctions.
Les citoyens ne vont pas non plus le lui réclamer !
Un autre exemple serait la situation sécuritaire du pays.
Avec l’arrivée de l’insécurité dans certains quartiers, les gens se sont adaptés sans faire aucune exigence aux responsables.
Il suffisait d’éviter Cité soleil par exemple pour se sentir à l’abri.
Puis les bandes armées ont investi le centre-ville au niveau de la grande Rue pour prendre le contrôle des activités commerciales et rançonnées les vendeurs.
On peut vivre sans aller au marché donc ce n’est pas un grand souci.
Aujourd’hui, le pays est carrément coupé au moins en deux par l’occupation de Martissant par des gangs armés.
La circulation, donc le déplacement vers le Grand Sud restent très aléatoires avec ce que cela représente comme inconvénient dans un pays ou tout a toujours été concentré exclusivement dans la « République de Port-au-Prince » Puisque comme résilients nous avons appris à nous adapter, les gens de Carrefour vivent sans venir à Port-au-Prince et vice versa.
Au lieu de rêvasser à une solution du problème, il faut prophétiser que bientôt, les gangs élargiront leurs territoires au-delà du champ de Mars et repousseront les « aires de liberté de mouvement de la population » à ces endroits de plus en plus restreints ou l’on puise de quoi survivre !
Grace à la résilience, le citoyen haïtien ne voit pas qu’il vit chez lui, dans les rues, comme ont vit ailleurs en conditions de détenus, de prisonnier.
Cette résilience prête à toute sorte d’interprétations, les velléités de cette nouvelle génération pour offrir et s’engager dans une RESISTANCE active et efficace dans la défense de la dignité humaine de tous les haïtiens !
Dr Jonas Jolivert
29/10/2019