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dimanche 19 septembre 2010

EDITO ...LE PARADIS DES ONG

Haïti: Dans sa grande interview aux médias francophones (RFI, Le Monde, TV5), le président de la République, René Préval, a repris une antienne qui est devenue depuis le 12 janvier l'axe central de la politique de coopération avec les organisations non gouvernementales (ONG) et les organisations internationales (OI) pour les officiels haïtiens : elles ont beaucoup d'argent ; ce n'est pas notre argent, ne leur demandons pas de compte. Cette façon de voir dédouane de nombreuses ONG et les OI du devoir d'informer sur leurs activités et absout le pouvoir et ses institutions de l'obligation de les contrôler.
Situation compréhensible dans un pays sens dessus dessous, mais grosse de reproches qui ne redoreront pas le blason d'Haïti le jour de la reddition des comptes. Les opinions publiques à l'étranger risquent de se souvenir des milliards de dollars dilapidés en Haïti plus surement que de ceux qui les ont dispersés en projets obscurs.
Imaginez des milliards de dollars levés à l'évocation de la misère, de la pauvreté et des malheurs d'Haïti qui sont dépensés en toute liberté par des organisations qui n'ont de compte à rendre à personne. Ni à leurs généreux donateurs qui ne recevront, pour les plus curieux, qu'un beau rapport sur papier glacé avec de très belles photos, ni aux autorités haïtiennes qui passent leur tour comme aux dominos quand on a une mauvaise main.
Ce n'est certes pas les bénéficiaires qui sauront s'ils en ont reçu assez pour l'argent déboursé en leur nom. Trop heureux d'être nourris, soignés, lavés, éduqués, protégés, entretenus, transportés, etc., grâce à la présence magique ou providentielle des ONG. Personne ne pose les questions qui fâchent.
L'embryon de watch dog à l'haïtienne qui avait tenté de se faire connaître il y a quelques mois est resté dans son oeuf.
Il faut dire qu'ici chacun a son ONG, ses amitiés particulières qui le freinent et le convainquent de ne pas aller trop loin dans ses questionnements.
Le bonheur suprême en ces temps de manne ONGique est de trouver un emploi, une consultation, une entrée dans une ONG. De se mettre sous ses ailes puissantes. De voler grâce à elle. Une ONG, c'est le paradis sur terre pour ceux qui se casent.
Pour les expatriés aussi, travailler en Haïti est pur bonheur. « C'est énorme ! », s'est exclamé un employé d'une de ces structures invité à comparer la situation haïtienne à celle des autres contrées de mauvaise réputation.
Les conditions de travail ne sont pas les pires au monde, et la réputation surfaite du pays fait bénéficier de primes, de primes de risque, de police d'assurance et de bonus comparable à un poste en Afghanistan ou en Irak. Les bombes et les talibans en moins.
Et, cerise sur le gâteau, on est libre de se donner des objectifs ou de courir après des résultats que l'on se fixe tout seul. Le paradis.
Heureusement pour Haïti, il y a l'envie de changer les choses qui est le carburant qui pousse les ONG et leurs collaborateurs à choisir de venir ici. Et c'est à ce moment que leur travail prend tout son sens. Ils se donnent au-delà du raisonnable pour nous aider et nous permettre de redevenir, un jour, le paradis. A chacun de faire sa part car la porte est étroite.
L'autocontrôle et le pilotage automatique nous y conduiront-ils ?
Frantz Duval
duval@lenouvelliste.com
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=83729&PubDate=2010-09-17

MSF à Léogâne : une assistance fructueuse

S'il y a un secteur en Haïti à bénéficier d'une assistance pleine et entière auprès de la communauté internationale après la catastrophe du 12 janvier, c'est bien celui de la santé. En témoignent les multiples réalisations des organismes internationaux un peu partout dans le pays, notamment à Léogâne où l'ONG Médecins Sans Frontières (Suisse) accomplit un travail de titan avec l'installation d'un hôpital que les Léogânais accueillent comme un cadeau du ciel.
Après une couche heureuse, la mère donne
un médicament à son enfant
(Photo: François Louis)
Haïti: Parmi les villes haïtiennes les plus touchées par le tremblement de terre du 12 janvier, Léogâne (30 km au sud de Port-au-Prince) comptait une dizaine de milliers de morts, avec des blessés graves estimés à des centaines. La situation des habitants de la région était devenue encore plus dramatique avec l'absence de structures hospitalières viables dans cette commune de plus de 200 000 âmes. Qui pis est, le seul hôpital de la ville (Hôpital Sainte-Croix) est fermé depuis plus d'une année.
Ainsi, l'arrivée des représentants de Médecins Sans Frontières (MSF) dans la cité d'Anacaona cinq jours après le séisme a été des plus salutaires. L'objectif principal de cette intervention d'urgence était d'offrir l'assistance médicale nécessaire aux victimes de la catastrophe. Jamais aide n'a été aussi providentielle.
Pour leurs premières interventions, les MSF ont élu domicile sur le site de l'Hôpital Sainte-Croix, sous des tentes. Sur une durée de six mois, de janvier à juin 2010, le bilan des réalisations de l'ONG dans la zone est phénoménal. Au premier niveau, ils ont réalisé 51 131 consultations, 4 239 pansements, 5 340 consultations pré-natales et pris en charge 55 cas de violences sexuelles traités.
Au second niveau, ils ont pris en charge 2 756 personnes hospitalisées, effectué 1088 interventions chirurgicales majeures, 2725 intervention chirurgicales mineures. Sur le plan paramédical, ils ont effectué 3 435 consultations individuelles en santé mentale, 10 297 consultations en physiothérapie-rééducation, selon les informations fournies par le chef de mission, Stéphane Reynier Montlaux, et le coordonnateur au Terrain, Mme Heidi Becher.
Une allée de l'Hopital de Chatuley à Léogâne
(Photo: François Louis)
Au mois de mars 2010, Médecins Sans Frontières a transféré l'hôpital d'urgence ouvert en janvier dans un hôpital temporaire, sous des tentes, dans la localité de Chatuley, à Petite-Rivière. Cet hôpital (Hôpital Chatuley, du nom de la localité) a permis à MSF de poursuivre la prise en charge des urgences médicales pendant la construction d'un hôpital « container » en chantier dans le même espace.
Cette nouvelle structure a été installée afin d'offrir des soins de second niveau de qualité à la population du bassin de Léogâne. Ce nouvel hôpital établi sur une plus grande surface dispose de :
- 120 lits répartis dans les services de maternité, de pédiatrie, de néonatologie, postopératoires, de médecine d'urgence, de soins intensifs et salles d'urgence.
- 2 blocs opératoires ;
- un service de radiologie ;
- une banque de sang ;
- une antenne de soins de santé primaires.
« La stratégie de MSF à Léogâne consiste à garantir un accès aux soins de premier et de second niveau jusqu'à ce que des acteurs de santé s'inscrivant sur le long terme puissent relayer notre action », a indiqué M. Montlaux, qui ajoute que l'accès inconditionnel de la population à des soins de qualité est un prérequis essentiel pour faciliter une bonne stratégie de sortie de MSF dans la zone.

La santé maternelle : une préoccupation pour MSF
Une jeune patiente conduite
par un membre du personnel
 de l'Hopital
Depuis le mois de mars 2010, les admissions d'urgence à l'hôpital Chatuley ne sont plus liées au séisme de janvier. En août 2010, l'hôpital a admis 750 nouveaux patients. Les accouchements avec complications représentent 80 % des urgences médicales traitées. Ces dernières représentent 30 % du total des accouchements.
« A Léogâne, la santé maternelle est désormais au coeur de notre action » confient les responsables de MSF qui ont également fait état d'une augmentation des admissions d'accidentés de la voie publique. Après les accouchements, les accidents représentent la seconde cause d'admission (6%) à l'Hôpital Chatuley au cours du mois d'août 2010.
« Fait notable, les afflux massifs de patients - plus de 10 en même temps -, lors des accidents impliquant des bus ou des camions transportant des passagers, représentent une part importante de nos admissions », selon le chef de mission qui souligne également que les accidents graves de motocyclettes représentent 3 à 4 admissions d'urgence par jour nécessitant une intervention chirurgicale.
En effet, pour tout visiteur, les gens portant des fixateurs et d'autres supports orthopédiques sont nombreux dans les couloirs ou sur les lits de l'Hôpital Chatuley. Francenet et Ginou sont deux jeunes accidentés de la voie publique admis respectivement en août et juin. Fixateurs au tibia pour Francenet et à la cuisse pour Ginou, les deux se remémorent avec consternation leur accident sur la route de l'Amitié et sur la Nationale #2. Toutefois, ils n'ont pas manqué d'être élogieux envers l'hôpital et son personnel pour les soins et assistance au cours de leur séjour.
Le Chef de Mission de MSF à Léogâne,
Stéphane Reynier Montlaux
(Photo: François Louis)
En réaction à ces accidents répétés, les responsables exhortent les conducteurs à la prudence.
Heidi et Stéphane ont aussi fait état de quelque 20 à 25 cas de violences sexuelles enregistrés tous les mois. Ces cas sont répertoriés surtout dans les camps de sinistrés qui pullulent dans la ville. A cet effet, les responsables de MSF invitent les victimes à contacter l'hôpital dans les 72 premières heures après l'acte, où elles peuvent trouver un paquet de médicaments qui permettent d'éviter les contaminations par le virus du sida et d'autres complications. Surtout, rappellent-ils que ces soins se donnent dans un climat de confidentialité absolue pour éviter ou prévenir toute stigmatisation.
Vu l'affluence des gens dans cet hôpital qui assure la prise en charge totale de ses patients, les responsables ne reçoivent que les cas critiques.
Selon les responsables de la mission, avec une grande majorité de la population haïtienne vivant quasiment en dessous du seuil de la pauvreté, il serait difficile et même impossible pour la majeure partie des patients de l'Hôpital Chatuley de faire face aux débours que nécessitent les soins spécialisés d'urgence que donne ce centre hospitalier.
La coordonnatrice au Terrain,
Mme Heidi Becher. (Photo: François Louis)
Fort de cela, M. Montlaux préconise la gratuité des soins de santé pour les couches défavorisées. « Dans un pays où 70% de la population gagnent moins de 2 dollars par jour, on ne peut pas exiger que le patient paye pour les soins. Sauver des vies impose un accès inconditionnel aux soins », estime le chef de mission au cours d'une visite guidée à l'Hôpital « container » en voie d'achèvement.
Quant à la durée de la mission de MSF, les responsables, tout en envisageant de boucler leurs activités vers la fin de 2012 et le début 2013 affirment : « Notre stratégie à nous, ce n'est pas de rester ici pendant très longtemps. On aimerait assurer les soins jusqu'à ce qu'un autre hôpital vienne prendre le relais. »
Environ 400 personnes travaillent à l'Hôpital de Chatuley dont la construction coûte 3,2 millions de dollars US. Les frais de fonctionnement sont estimés entre 7 et 8 millions de dollars par an, précisent les responsables
Après le centre hospitalier, une visite sur le lieu d'hébergement des membres de la mission de MSF à Léogane nous a permis de constater les humbles conditions dans lesquelles ces derniers sont logés. Dans cette grande cour, sous des tentes à l'ombre de quelques manguiers, comme des boyscouts, leur seul luxe est le décor frais de la nature sauvage. Si tous les bienfaiteurs d'Haïti étaient aussi performants dans l'humilité, on serait déjà loin sur la route de la reconstruction.
Cyprien L. Gary
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=83725&PubDate=2010-09-17

Libération des 40 femmes

Elles ont toutes été libérées sans conditions jeudi soir. Leur arrestation était une vaste plaisanterie de mauvais goût, d'après la coordonnatrice générale de Enfo Fanm, Clorinde Zéphir. Elle exige des poursuites judiciaires contre les policiers qui ont mené l'opération de lundi 13 septembre et procédé à l'arrestation de ces 40 prostituées dans l'aire du Champ de Mars à Port-au-Prince.
Au sous-commissariat depolice de Salomon
avant leur libération (Photo: Robenson Geffrard)
Haïti: Au terme d'une journée d'intenses discussions avec le commissaire du gouvernement de Port-au-Prince, Harrycidas Auguste, les responsables de l'organisation de défense des droits des femmes, Enfo Fanm, ont eu gain de cause. Toutes les 40 femmes prostituées arrêtées par la police pour atteinte à la pudeur ont été libérées jeudi soir, si l'on croit les déclarations de la principale dirigeante de cet organisme féministe, Clorinde Zéphir. « Leur arrestation était au fait une vaste plaisanterie de mauvais goût », a-t-elle déclaré au Nouvelliste.
« Ces femmes ont été entassées comme des sardines dans un cachot au parquet de Port-au-Prince, a-t-elle dénoncé. Dans un premier temps, le commissaire du gouvernement Harrycidas Auguste qui les entendait a pris la décision de libérer cinq d'entre elles, parce qu'il n'avait rien retenu contre ces jeunes femmes. Ensuite, il en a libéré quatre, avant de les libérer toutes. »
Selon Madame Zéphir, ces femmes prostituées sont définitivement libres. Elles n'auront plus à répondre aux questions du commissaire du gouvernement. « Après plus de 3 jours en détention préventive, nous avons pu recouvrir leur libération », s'est-elle enorgueilli tout en se questionnant sur le bien-fondé de l'arrestation de ces filles de joie.
« Enfo Fanm a fait toute une plaidoirie avec le chef du parquet. Leurs droits ont été violés. Elles ont vécu ces jours d'emprisonnement dans des conditions extrêmement difficiles, s'est désolée la militante de défense des droits des femmes. La prostitution ce n'est pas seulement la prostituée. Où sont passés les hommes qui en jouissaient ? Aucun d'eux n'a été arrêté. »
Selon Madame Zéphir, le commissaire Harrycidas Auguste n'a retenu aucun motif pour les garder davantage en prison. Il a donc pris la bonne décision de les libérer sans aucune condition. « Il s'est mis d'accord avec le commissaire de police Michel-Ange Gédéon qui était là également au parquet avant de les libérer », a-t-elle précisé.
La responsable de Enfo Fanm s'est vantée de s'être rendue au parquet de Port-au-Prince en la seule compagnie de Darline Gilles, une militante de 25 ans de l'organisation, afin d'obtenir la libération de ces jeunes femmes.
Toutefois, selon des sources concordantes du ministère à la Condition féminine et aux droits des femmes (MCFDF), nous avons appris que ce ministère avait au préalable diligenté une délégation qui a rendu visite aux femmes dans les prisons des sous-commissariats de la capitale où elles étaient gardées à vue. Cette même délégation a également parlementé avec le commissaire du gouvernement sur la libération de ces femmes prostituées.
« Face à ce qui s'est passé, le ministère va reprendre un programme qu'avait déjà lancé Marie Laurence Jocelyn Lassègue, ancienne titulaire du MCFDF. Ce programme vise à encadrer financièrement les femmes prostituées afin de les porter à se prendre en charge », a déclaré Yolette Mingua, chef de cabinet de l'actuelle ministre à la Condition féminine, rapportée par notre source.
Elles ont été au total quarante jeunes filles prostituées arrêtées et mises en détention préventive dans plusieurs sous-commissariats de la capitale le lundi 13 septembre pour atteinte à la pudeur.
Robenson Geffrard
rgeffrard@lenouvelliste.com
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=83730&PubDate=2010-09-17

Au-delà des élections, les défis de la refondation

Haïti: La communauté internationale a-t-elle renoncé à voir s'installer en Haïti un régime démocratique authentique ? Beaucoup d'observateurs haïtiens en semblent convaincus, si l'on se réfère aux réactions indignées de certains compatriotes après les déclarations du secrétaire général de l'OEA sur le déroulement du processus électoral en Haïti. Cette frange de la population haïtienne se sent un peu trahie. Paradoxalement, ceux qui aujourd'hui réclament à cor et à cri une pause dans le processus démocratique, un changement dans l'appareil électoral, voire même le renversement du président en fin de mandat, sont ceux qui se présentent comme le secteur démocratique haïtien, entité hybride regroupant les membres de la société civile dite organisée et un secteur politique proche des principaux médias, historiquement fer de lance de la lutte contre l'autoritarisme en Haïti. On entend par société civile toutes les associations professionnelles telles que les barreaux de la République, les associations médicales, associations d'ingénieurs, de journalistes, etc... Les syndicats et les associations patronales, les Universités. En bref, toutes les institutions non étatiques. A ne pas confondre avec les associations qui sont plutôt des entreprises personnelles à vocation civique ou humanitaire qui s'apparentent plutôt à des ONG. En Haïti, le terme « société civile » se rapproche plutôt de cette dernière catégorie. Le secteur dit démocratique a été, depuis 1986, l'interlocuteur privilégié des émissaires internationaux promoteurs du « consensus de Washington », c'est-à-dire l'idéologie dominante de ces trente dernières années qui prône à la fois la démocratisation à l'échelle mondiale, la bonne gouvernance et la mise en place d'une économie de marché. Cette fois-ci, il semble que l'International ignore leurs préoccupations. En réaction, les responsables de la « Société Civile » ont protesté avec véhémence dans une note datée du 26 août en affirmant notamment que « le peuple haïtien attend de l'OEA, (...) qu'elle défende le droit de vote du peuple haïtien, son droit à la Démocratie et au Bonheur et non un Gouvernement ». La déception, voire la frustration doit être terrible car leur crainte d'un coup d'Etat électoral, d'un hold up sur le processus démocratique est profonde et sincère.
Cette préoccupation est d'autant plus forte que « La Société Civile » semble avoir perdu toute capacité d'orienter le débat politique. Elle a perdu toute influence sur le processus démocratique en Haïti qui, malheureusement, s'est révélé chaotique et tumultueux. Après le terrible séisme du 12 janvier, on pensait pouvoir remettre le compteur à zéro. En effet, cette catastrophe qui a mis les bâtiments publics par terre, ruiné un nombre incalculable de familles, fauché des centaines de milliers de vie, sans compter les milliers d'amputés et les millions de compatriotes traumatisés à jamais, n'a pas, malgré tout, diminué les antagonismes entre les acteurs politiques et sociaux. Ce choc violent et meurtrier n'a pas suffi pour nous porter à changer de comportement. Attitude qui éloigne toute perspective d'une réelle Refondation du pays en dépit de l'aide substantielle promise par la Communauté Internationale.

La démocratisation, un processus pénible et chaotique.
Cette refondation ne sera pas possible sans une remise en cause du système politique et social traditionnel du pays. Il ne s'agit pas uniquement de reconstruire les maisons détruites, d'ériger de nouveaux bâtiments, il faut s'attaquer à ce système. A cet effet, ma première démarche sera d'essayer d'expliquer pourquoi les secteurs démocratiques, malgré les efforts de la communauté internationale depuis la chute de Duvalier, peinent à ce point à s'imposer.
En effet, la misère chronique et l'instabilité politique endémique qui dominent notre quotidien depuis presque toujours laissent perplexes les experts internationaux et désolent nos frères des Caraïbes admirateurs et envieux de l'épopée de 1804. La situation est complexe, les causes du mal sont profondes et nombreuses. Démêler cet écheveau paraît titanesque. Des milliards de la communauté internationale ont été dépensés, des centaines de jeunes vies ont été perdues depuis 1986, les cadres laissent le pays par vagues et par milliers, des journalistes s'époumonent à longueur de journée, nous avons subi deux interventions militaires internationales, et pourtant « la transition n'en finit pas », pour répéter le fameux chroniqueur et éditorialiste du Nouvelliste, Pierre Raymond Dumas. Pourquoi n'en finit-elle pas ? La démocratie n'est-elle pas à la portée des Haïtiens ? Qu'est-ce qui éloigne cet objectif de nous ?

D'abord quels sont les caractéristiques d'une démocratie ?
L'élection des dirigeants au suffrage universel par les citoyens en âge de voter constitue l'élément absolument incontournable dans une démocratie. Des élections se tiennent régulièrement selon un calendrier fixé à l'avance par la Constitution. Le peuple exerce librement son droit, reconduit ou révoque les élus. Ces derniers appartiennent à des partis politiques dont la philosophie et les orientations idéologiques sont connues de tous ; ces partis ont des élus à travers tout le pays et le renouvellement de leadership est ouvert et transparent. La liberté d'expression existe, la société civile se fait entendre régulièrement sur les questions d'intérêt général et particulier. L'opposition politique exerce son droit de contrôle à travers le Parlement, pendant que les législateurs de la majorité adoptent des lois pour l'application des politiques publiques du gouvernement.
En outre, la Justice fonctionne, elle règle les différends entre les citoyens et sanctionnent les crimes et délits. S'il y a eu suspicion de malversation dans la gestion du patrimoine public, la Cour Supérieure des Comptes mène son enquête et établit librement son verdict. S'il y a eu des évidences d'indélicatesses, le dossier est transmis aux tribunaux ordinaires ou extraordinaires prévus par la Constitution et par les lois de la République.
Pendant ce temps, les mairies participent de manière cohérente à l'aménagement du territoire, s'assurent que l'offre publique scolaire satisfait à la demande démographique, contrôlent le respect des codes de construction. Les citoyens paient régulièrement leurs taxes et vaquent librement à leurs occupations sous la protection active des forces de sécurité publique. Les plus débrouillards s'enrichissent par leur dur labeur et leurs investissements, les autres rêvent de perspectives meilleures pour leurs enfants grâce à un système éducatif inclusif et sérieux, promesse d'intégration et de mobilité sociales. Voici le point d'arrivée. C'est cela la démocratie libérale.
En résumé, une démocratie repose sur plusieurs piliers : la citoyenneté, les élections, l'Etat fournisseur de service publique, la société civile, les droits de l'homme, et j'en passe. Donc, le problème n'est pas la démocratie, c'est le point de départ et le chemin à parcourir pour arriver à destination.
Déjà, il y a des bien-pensants qui affirment que la démocratie n'est pas faite pour Haïti, le peuple ne comprend que le langage du bâton. Quelle amnésie ! Les deux cents ans de bâton et de fusils ont-ils fait progresser Haïti ? Certainement pas. Malgré tout, certains insistent et pointent comme exemple d'autres dictatures qui ont fonctionné et donné des résultats positifs. Ils citent en référence Trujillo, en République dominicaine, et certainement, Fidel Castro, à Cuba. Je pourrais ajouter à cette liste la Chine, le Singapour ou la Malaisie. Malheureusement, les mêmes causes qui ont provoqué l'échec des dictatures d'Haïti sur le point du développement, de la mise en place d'une administration publique capable de fournir un minimum de services expliquent le chaos, la misère et les turpitudes de cette longue et pénible étape de démocratisation. Par conséquent, il convient de diagnostiquer correctement les véritables blocages au développement d'Haïti dans l'espoir d'y apporter les corrections appropriées.

Analyse du système politique traditionnel haïtien
Quels sont les obstacles majeurs qui handicapent la construction et le développement d'Haïti ? Ils sont nombreux, mais le principal problème est le régime politique qui prévaut depuis l'accession d'Haïti à l'Indépendance en 1804.

Le péché originel
En effet, le premier acte suicidaire a été commis le jour même de la Déclaration d'Indépendance lorsque les Généraux se sont réunis pour proclamer Dessalines Gouverneur Général A Vie. Plus tard, ce dernier se fera couronner Empereur. C'était le coup d'envoi de l'instabilité politique chronique qui va nous affecter tout au long de notre histoire. Tous les généraux de l'Indépendance pouvaient à juste titre aspirer à la fonction de chef d'Etat. Désormais, la conquête du pouvoir par la violence devient la seule alternative. C'est justement ce piège que les Pères Fondateurs américains ont su éviter en instaurant une démocratie avec des possibilités d'alternance tous les quatre ans.
Dans ces conditions, pour pérenniser son pouvoir, le Chef n'a que deux choix : la répression et/ou la cooptation. En d'autres termes, le bâton et/ou la carotte. Dessalines a distribué le premier sans compter, mais a été fort réticent pour le second. Nous connaissons tous la suite... Le 17 octobre 1806, il tomba sous les balles des généraux conjurés.
Notre péché originel c'est de n'avoir pas su organiser un mode de dévolution pacifique du pouvoir plus ou moins ouverte à tous les prétendants. Dès lors, les ambitions personnelles vont estomper tout projet commun indispensable au développement du pays. Toutes les énergies vont se concentrer à la lutte pour la conquête du pouvoir, synonyme de privilèges extraordinaires.
Le système va surtout être perpétué par Alexandre Pétion avec la mise en place d'un régime hypocrite (certains diront de marrons) : libéral dans la forme, dictatorial dans la pratique. La conquête du pouvoir juste pour le pouvoir, un besoin de chef et de jouissance des avantages disproportionnés par rapport aux ressources et le reste des citoyens, voilà l'obsession des élites. Pour se maintenir, le chef s'entoure d'un réseau de fidèles avec qui il partage le patrimoine du pays. Par exemple, Pétion et Boyer vont distribuer des terres aux officiers de l'Armée Indigène pour calmer leurs ardeurs et acheter leur loyauté. Cette distribution s'est faite sur une base clientéliste et parfois même ethnique. D'où le phénomène des grands dons, des disparités sociales et des luttes intestines en Haïti.
Dans ce système, le pouvoir ne repose sur aucune institution mais sur des hommes forts constitués en réseaux. Certes, le chef de l'Etat est l'autorité suprême ou viennent s'attacher le plus grand nombre de réseaux. Aucun citoyen ne peut jouir d'un privilège ou d'un service quelconque s'il ne connaît quelqu'un qui lui-même connaît quelqu'un attaché à une branche proche du chef de l'Etat. Bien entendu, chaque élément de cette chaîne se constitue son propre réseau. Il est un chef local, il a son propre fief où il fait la pluie et le beau temps, s'adonnant à toutes sortes d'exactions dans l'impunité totale. Parfois, l'un de ces chefs, se sentant assez fort et animé d'ambitions plus grandioses, rassemble sa bande et part à la conquête du pouvoir suprême par la violence. S'il réussit dans son entreprise, d'autres réseaux vont se constituer rapidement autour de lui, reproduisant exactement les mêmes comportements.
Dans ce système, le chef de l'Etat vit dans l'insécurité en permanence. Son seul souci, c'est de se maintenir au pouvoir. Souvent, il se croit plus malin et se sent capable d'éviter le sort de ses prédécesseurs en anéantissant ses rivaux par la force et contenir ses fidèles par la corruption. S'il y parvient, il restera longtemps au pouvoir. Cependant, son règne sera marqué par des complots à répétition et des purges. Quand il commence à s'affaiblir, les ambitions vont se déchaîner. S'il résiste, alors ce sera la guerre civile ; mais le plus souvent, il sera emporté assez rapidement par un coup d'Etat. Son sort était scellé à l'avance ; ce sera l'exil, la prison ou la mort.
D'après les spécialistes en relations internationales, ce type de régime ne se rencontre qu'en Afrique sub-saharienne et en Haïti. Ils l'appellent néo-patrimonial parce que les dirigeants se servent de l'Etat comme de leur patrimoine propre. Le plus souvent, c'est un régime qui adopte une forme démocratique et est autoritaire en pratique. Notez que tout régime autoritaire n'est pas forcément sanguinaire. La répression s'accentue quand il y a à la tête de l'Etat un leader qui soufre de ce qu'on appelle le Phénomène du Grand Homme ; ou bien quand il fait face à une forte résistance des clans rivaux.
Enfin, il se passe de toute institution, il établit plutôt des rapports patron-client pour asseoir son pouvoir. Dans ce cas, investir dans les services publics tel que éducation, santé, routes n'est pas nécessaire. La mobilité sociale se fait au compte-goutte. Les classes moyennes se réduisent en peau de chagrin. Le pays est plutôt divisé entre les nantis et les pauvres, et les inégalités sociales sont pour le moins choquantes. Une minorité jouit de tous les privilèges. Seuls les membres non inclus dans les différents réseaux plus ou moins hiérarchisés sont assujettis au fardeau des impôts et autres obligations envers l'Etat. Très souvent, le clan dominant appartient à une ethnie minoritaire en nombre. Investir dans l'éducation de la population ? A quoi bon ? Seule la force ou la corruption lui permet de maintenir sa domination sur la majorité. Avec ou sans ressources naturelles, l'économie est anémiée, l'Etat est faible, ou bien souvent il n'est présent dans la vie des citoyens qu'à travers les forces de répression.
Donc, d'un point de vue économique, ce système est un cauchemar ; pour obtenir des contrats, il faut être proche du régime. Le citoyen n'a aucune redevance ou attachement envers la patrie mais uniquement envers l'homme fort ou son parrain qui le protège. Il est soumis à ce qu'on appelle le dilemme de sécurité. S'il ne s'aligne pas, il met sa vie et celle de sa famille en danger, et s'il est perçu comme un membre du clan, il est aussi à la merci de déchoucage, de revanche en cas de chute du régime. D'où la nécessité de défendre jusqu'au bout le pouvoir auquel il est identifié. Par ailleurs, le dilemme de sécurité s'accompagne d'un dilemme économique. En effet, vu la faiblesse des investissements privés et le taux élevé du chômage, seul une certaine accointance avec l'équipe au pouvoir peut faciliter un emploi dans l'appareil d'Etat, de « souse yon zo », comme on dit en créole. Ainsi, l'Administration publique est remplie de fonctionnaires mais est très peu efficace dans la fourniture de services. Voilà en gros le tableau qu'il faudra changer. Plus qu'un système politique, c'est une culture qui se reproduit de génération en génération.
En réalité, la Communauté Internationale n'a pas renoncé à l'idée de démocratie en Haïti. Elle estime tout simplement que nous n'avons pas les institutions qu'il faut, les piliers indispensables pour supporter une démocratie libérale. Donc, elle nous propose de préférence un service minimum, un pas à la fois. Pour le moment, l'objectif est simple : réussir une deuxième élection présidentielle consécutive. La passation de pouvoir entre le président Préval et un autre président élu sera saluée dans le monde entier comme une victoire de la démocratie, un succès pour la communauté internationale et Haïti. D'ailleurs, la Refondation, seuls les Haïtiens pourront la réaliser par un changement de culture ou de mentalité; elle ne peut pas venir de l'extérieur.
Michel Brunache
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=83492&PubDate=2010-09-17

Cantine pour enfants à Canaan

Le bénévolat est la règle dans l'unique cantine de Canaan II situé au bord de la Nationale no I. Les gens qui vivent dans ce site y travaillent pour se nourrir. Des centaines d'enfants reçoivent de la nourriture moyennant cinq gourdes le plat chaud.
En arrière-plan, l'église de Canaan II
Haïti: Des centaines d'enfants reçoivent un repas chaud du lundi au vendredi dans une cantine populaire établie à Canaan II, site d'hébergement situé sur la Nationale no I. Depuis le mois d'août, les leaders de l'organisation de Canaan II ont établi des contacts avec la World Vision qui leur a donné des rations sèches et autres produits de premières nécessités tels que huile, sel pour renforcer leur stock de provisions alimentaires.
La cuisine de fortune où fument des grosses chaudières de riz et de purée de pois utilise à la fois des réchauds au gaz propane et au charbon de bois.
Des bâches entourant la tonnelle sous laquelle dix employés bénévoles s'activent ressemblent aux milliers de tentes élevées sur les collines et les buttes de Canaan, site délimité par des "frontières". Notons qu'après le tremblement de terre, les collines sont loties en Canaan I, II et III.

Les enfants viennent réclamer leur ticket au pasteur
 Michel Volny Joseph
 Neuf femmes et un homme se répartissent la tâche sous la tonnelle pour offrir le dîner à l'heure. Un homme s'occupe d'allumer le feu. Un groupe de femmes nettoient, vannent le riz ; un autre groupe prépare la nourriture et le reste. Tous ces bénévoles se mettent au service de la cuisine en vue de nourrir leurs enfants. La majorité des femmes, ici, n'ont pas de mari et assurent seules le foyer. « Nous travaillons pour manger », explique Marie-Ange Eloïs, 37 ans, mère de six enfants de trois pères différents.
Sadia Michèle, de Cité Soleil, 28 ans, la voix éraillée, a laissé son cours de couture qu'elle prenait à Port-au-Prince avant le 12 janvier. Depuis qu'elle est à Canaan II, c'est la galère pour elle. Mère de trois enfants, elle bosse comme les autres pour se mettre quelque chose sous la dent.
Hissé au rang de leader, Germain Joseph, le responsable de l'organisation des victimes de Canaan II, explique que le bénévolat est la règle dans ce site d'hébergement.

Pas de nourriture pour tous les enfants

Les cuisinières qui préparent le dîner sont toutes des
 bénévoles (Photo: Francis Concite)
 « Des centaines d'enfants reçoivent de la nourriture moyennant cinq gourdes le plat chaud. Mais nous n'avons pas de la nourriture pour tous les enfants », signale-t-il.
Les enfants ne sont pas les seuls qui ont grand besoin de cette cantine, les adultes aussi meurent d'envie à l'ombre de leurs tentes, pensant à un repas chaud lorsqu'ils donnent cinq gourdes à leurs gamins.
« Dernièrement, un candidat à la magistrature de la Croix-des-Bouquets, nous a abordés et nous a promis de mettre une cantine à Canaan II. Ce serait intéressant, mais il réclame trop, il réclame vingt-cinq gourdes pour le plat chaud. Les gens n'ont pas les moyens », se désole-t-il.
Un bénévole répare le seul réchaud à gaz propane de la
cuisine (Photo: Francis Concite)
Parfois, il n'est pas facile de trouver cinq gourdes pour donner aux enfants. C'est le cas de Junior et de Rodelain. Ils rôdent autour de la cuisine, vont à l'église, quémandant cinq gourdes à un bon samaritain qui vont leur permettre de manger ce midi.
Pasteur Michel Volny Joseph, le corps frêle, est très strict. Un enfant qui n'a pas les cinq gourdes n'a pas droit à une carte, il fait de la gestion. « Cinq gourdes, c'est rien. Quand des centaines d'enfants vous donnent cinq gourdes, cela fait une somme et vous permet d'acheter de la viande et d'autres ingrédients pour le dîner. »
Les enfants sont des innocents, bien qu'ils n'aient pas d'argent, ils demandent au pasteur de leur donner une carte. Il reste inébranlable. Mais un bon samaritain qui passait par là ce midi a fait don de cinquante gourdes. C'est la ruée, tout le monde veut avoir une carte pour avoir accès à la cantine.
Claude Bernard Sérant
serantclaudebernard@yahoo.fr

Emotion insoutenable aux obsèques de Manoucheka Louis Jean Brice

Le veuf et chef de la police de l’ouest, Ralph Stanley Jean Brice, plongé avec les membres de sa famille dans plus grande consternation malgré le réconfort des autorités qui promettent de retracer et de capturer les assassins Samedi 18 septembre 2010, Radio Kiskeya
Plusieurs officiels du gouvernement et les membres du haut commandement de la Police Nationale ont assisté samedi aux funérailles extrêmement bouleversantes de Manoucheka Louis Jean Brice, épouse du directeur départemental de l’ouest de la police, Ralph Stanley Jean Brice, assassinée une semaine plus tôt.
Des cris stridents fusaient dans l’assistance qui s’était réunie au cimetière privé parc du Souvenir pour faire ses adieux à la jeune femme de 39 ans dont la famille fondait littéralement en larmes, particulièrement sa mère, Joséphine Labranche, rentrée spécialement de l’étranger et qui a du être évacuée.
Avant de plonger dans une crise d’hystérie interminable, elle avait eu le temps de se demander ce qu’aurait pu faire sa fille Manouche pour mériter "un sort aussi cruel".
Pour sa part, avec un mâle courage, Djessie Jean Brice, la fille de Manoucheka, a communiqué des repères biographiques sur sa mère dont le départ brutal symbolise celui de sa meilleure confidente. “Mamie était mon amie, ma confidente et ma sœur. Je l’aimais, je l’aime et je l’aimerai toujours”, a dit, avec des sanglots dans la voix, l’adolescente devant une assistance émue dans laquelle on reconnaissait son frère Jeffrey et leur père, Ralph Stanley Jean Brice, abattus.
Officiant à ces obsèques, le père Arthur Clergé a réclamé justice pour la victime et appelé à la fin de la violence criminelle en Haïti où, observe-t-il, le mal semble vouloir l’emporter sur le bien. "Ce sera à la justice, aux policiers, aux dirigeants, aux gardiens de la ville de faire en sorte qu’il n’y ait pas d’autres Manoucheka. Car, cela a trop duré", a lancé le prêtre en confiant que la disparue était une fervente catholique, très sensible à la souffrance des autres.
Au cimetière se trouvaient notamment les ministres de la justice, Paul Denis et de l’éducation nationale, Joël Desrosier Jean-Pierre, le Sénateur de l’Artibonite (nord), Youri Latortue, le directeur général de la Police Nationale, Mario Andrésol, et d’autres membres du haut commandement ainsi que des agents de plusieurs unités de la PNH et de la MINUSTAH.
Interrogé en marge de la cérémonie, le ministre de la justice et de la sécurité publique a affirmé qu’il était traversé par des "sentiments de tristesse et d’indignation" face à ce nouvel assassinat. Promettant tous les efforts possibles en vue de la traque et de la capture des meurtriers, Paul Denis dit constater que les "bandits opèrent ces jours-ci avec une facilité révoltante". Un défi qui, déclare-t-il, interpelle à la fois les autorités et les citoyens.
Le chef de la police judiciaire (DCPJ), Frantz Thermilus, qui indique qu’aucune arrestation n’a encore été effectuée dans l’enquête ouverte sur le meurtre, souligne que les investigateurs travaillent avec professionalisme en évitant "toute précipitation ou indiscrétion". "Ce sont les vrais coupables qui doivent être appréhendés", a fait savoir le responsable soucieux de ne pas mettre la puce aux oreilles des suspects ni de faire des victimes innocentes.
Enfin, le Sénateur Youri Latortue, ami proche de la famille éplorée et camarade de promotion de Ralph Stanley Jean Brice, au sein des ex-Forces armées d’Haïti (FAd’H), a demandé au gouvernement de se résoudre à appliquer les recommandations faites depuis des mois par le Sénat dans le but de juguler l’insécurité.
La reconstitution du service d’intelligence nationale, disparue depuis des lustres, et la fourniture de moyens supplémentaires aux forces de l’ordre sont indispensables, a fait remarquer le parlementaire.
Femme d’affaires, diplômée en informatique et en haute couture, Manoucheka Jean Brice était venue au monde le 16 juillet 1971.
Vendredi dernier (10 septembre), trois malfaiteurs circulant à bord d’un véhicule l’avaient abattue de deux balles à une centaine de mètres de sa résidence alors qu’elle rentrait, seule au volant de sa voiture.
Plusieurs autres meurtres choquants commis cet été à Port-au-Prince, dont ceux du dirigeant politique de l’opposition, Dr Ronald Joseph, et du couple de professionnels, Yves Clément et Michèle Jumelle, sont restés jusqu’ici impunis. spp/Radio Kiskeya

Narcotrafic : Haïti ne bouge pas d’un iota sur la liste noire américaine

Dans sa certification annuelle rendue publique samedi, l’administration Obama a encore reconduit notre pays parmi les vingt principaux Etats producteurs et de transit responsables de l’expansion du trafic de drogue sur la planète Samedi 18 septembre 2010, Radio Kiskeya
Pour la énième fois, les Etats-Unis ont retenu Haïti sur la liste des pays d’Amérique latine et des Caraïbes impliqués dans le trafic de drogue international alors que les autorités locales n’ont cessé de souligner le renforcement de la coopération bilatérale, avec Washington, dans la lutte contre ce fléau.
Dans son rapport annuel rendu public samedi par le Département d’Etat, la Maison Blanche a indexé une vingtaine de pays dans le monde, dont treize appartenant à notre région, pour leur rôle de "producteurs majeurs ou de plateformes de transit de stupéfiants" destinés principalement aux marchés américain et européen.
Blâmant notamment la Bolivie et le Venezuela pour n’avoir pas "respecté de manière évidente" leurs engagements, le Président Barack Obama a néanmoins promis le maintien des programmes d’aide offerts aux différents pays concernés.
Haïti figure dans la deuxième catégorie, celle des territoires de transit, avec la République Dominicaine voisine, la Jamaïque, les Bahamas, le Costa Rica, l’Equateur, le Guatémala, le Honduras, le Nicaragua, le Panama et le Pérou.
Parmi les producteurs, l’administration américaine a identifié le Venezuela d’Hugo Chàvez, la Bolivie d’Evo Morales, la Colombie et le Mexique. Mais aussi, des pays d’autres régions du monde comme l’Afghanistan, le Pakistan, la Birmanie (Myanmar), le Laos ou encore l’Inde.
Le Président haïtien René Préval a, maintes fois, répété qu’à son avis, pour briser la chaîne du commerce international de la drogue, l’offensive devrait être menée en priorité dans les pays consommateurs dont la demande entraîne nécessairement, dit-il, la production et l’acheminement de stupéfiants.
Malgré les promesses renouvelées de la Police Nationale et la présence de la Mission de stabilisation de l’ONU (MINUSTAH), de nombreuses pistes clandestines servant à l’atterrissage de nuit de petits avions remplis de cargaisons de cocaïne en provenance d’Amérique de sud continuent d’être opérationnelles à travers le pays.
Ces dernières années, des représentants de l’Agence antidrogue des Etats-Unis (DEA) ont arrêté en Haïti et extradé en Floride un certain nombre de trafiquants de drogue. Parmi eux, d’anciens hauts responsables de l’Etat sous l’administration Lavalas qui, pour certains, ont été libérés et déportés après une longue période d’emprisonnement ayant suivi leur condamnation. spp/Radio Kiskeya
http://radiokiskeya.com/spip.php?article7062
Commentaires:
Et si les autres pays établissaient une liste de pays consommateurs de drogues?
La drogue est produite et transférée surtout pour la consommation. Dans la lutte contre le trafic de drogue il doit y avoir un chapitre concernant la consommation. Et c'est sans doute le volet le plus important de l'ensemble des mesures consiste à contrôler diminuer et punir la consommation.
Cependant les américians continuent à renvoyer la balle aux autres et refusent de reconnaître leur leur part de responsabilité. Ils devraient se dire que s'il y a moins d'acheteurs, il y aura moins de producteurs!

De l'aide pour une école haïtienne

Publié le 19 septembre 2010 Yves Therrien, Le Soleil
(Québec) L'école de Baptiste, en Haïti, bénéficiera de l'aide de deux organisations de Québec. Coopération internationale Québec (CIQ) et l'Aide internationale à l'enfance (AMIE) ont lancé jeudi une campagne de financement qui servira à la restauration de l'école Dumarais-Estimé, dans ce village de la commune de Belladère.
À la mi-août, lors du passage du Soleil et de Sébastien Girard, coordonnateur de CIQ, le directeur de l'école, Villus Ednel, tenait à faire visiter le bâtiment qui est dans un état lamentable, mais qui sert toujours à l'enseignement. Même si l'école relève de l'État, elle n'a pas été entretenue depuis sa construction en 1948. Il n'y a pas d'éclairage dans les classes, les tableaux des professeurs sont aussi mal en point que les pupitres des élèves.
Il y a eu un projet d'agrandissement en 2008 qui aurait quadruplé l'espace de l'école, mais les travaux ont pris fin sans que personne ne sache les raisons. Sur le terrain, on voit des fondations, mais le chantier est à l'abandon. «L'école se trouve dans un tel état qu'il était impensable de ne pas faire quelque chose. Il y a deux classes pour 600 élèves. Comment conserver le goût d'étudier dans ces conditions?» affirme Sébastien Girard, qui parraine le projet.
Seule école de la municipalité, le bâtiment devait accueillir à l'origine une centaine d'élèves dans deux classes. Aujourd'hui, le directeur de l'école précise qu'il y a plus de 600 enfants dans des locaux inadéquats au point que les classes se tiennent en rotation comme les quarts de travail dans une usine dans des groupes à niveaux multiples.
Selon Sébastien Girard, l'argent récolté permettra d'améliorer les conditions d'apprentissage des classes actuelles par l'achat de ventilateurs et l'installation d'un système d'éclairage adéquat. En même temps du matériel pédagogique, comme des manuels, des pupitres et des tableaux, sera acheté.
Le directeur Ednel avait montré au Soleil, les deux seuls manuels de l'école offerts par une policière de Montréal, Marie-Ève Tremblay: le dictionnaire Larousse 2010 grand format et la version de poche.
«La population de Baptiste veut une école potable, avec une bibliothèque, des vrais pupitres. Et des ordinateurs aussi, car on ne peut pas préparer les enfants pour le monde moderne sans cela», avait affirmé le directeur. Accompagné de trois parents tout aussi découragés que lui de voir le peu de moyens mis à la disposition de l'école, il était étonné de voir que le commissariat de police juste en face avait été rénové à grands frais grâce à des subventions du Canada.
Pour le président de l'AMIE, André Jalbert, la collaboration de l'organisme tombe sous le sens puisqu'il s'agit d'un champ d'expertise de l'ONG spécialisée dans l'aide à l'enfance. L'AMIE est déjà partenaire de plusieurs projets en Haïti, notamment à Cap-Haïtien et à Limbé.
http://www.cyberpresse.ca/le-soleil/dossiers/haiti-de-lespoir-dans-le-chaos/201009/18/01-4317044-de-laide-pour-une-ecole-haitienne.php

Élections en Haïti: deuxième débat entre les candidats

Publié le 18 septembre 2010
Evens Sanon, La Presse Canadienne
Pétitionville
Peu de gens assistent au débat présidentiel à Port-au-Prince,
auquel ne participaient que 4 candidats sur 19.
PHOTO REUTERS
Haïti a tenu le deuxième débat présidentiel de son histoire, samedi, un événement auquel peu de gens ont assisté, où les réponses détaillées ont été rares, et qui a été interrompu à de multiples reprises par des pannes de courant.
Lors du débat de deux heures, télévisé et tenu dans un restaurant, seulement quatre des 19 candidats à l'élection présidentielle du 28 novembre se sont affrontés, en face d'un auditoire d'une quarantaine de personnes.
Ces quatre candidats n'ont donné que peu de détails sur leurs idées afin d'aider la nation à se remettre du séïsme du 12 janvier qui a tué jusqu'à 300 000 personnes en plus de jeter 1,5 million de citoyens à la rue. Le pays le plus pauvre et le moins développé de l'Occident n'a reçu qu'une fraction des 5,3 milliards $ promis par la communauté internationale.
Le candidat Gérard Blot a demandé une minute de silence pour les victimes du séisme avant son discours d'introduction, et il a encouragé les Haïtiens de la diaspora à s'impliquer davantage dans la reconstruction.
Le sénateur Jean Hector Anacacis a indiqué qu'il essaierait de reconstruire la Garde nationale et créerait une agence de services secrets qui aiderait à augmenter la sécurité et permettrait d'instaurer un environnement plus sécuritaire pour les investisseurs étrangers.
Le pasteur Jean Chavannes Jeune a expliqué, pour sa part, qu'il désirait un gouvernement qui créerait l'unité et qui aiderait à régler les problèmes.
Enfin, Wilson Jeudy, le maire de la ville de Delmas, à l'est de Port-au-Prince, a donné son accord.
«Tout le monde est fatigué», a-t-il résumé.
M. Jeudy a continué de parler même lorsque les lumières se sont éteintes pour la seconde fois, poussant un membre de l'auditoire à crier qu'il ne pouvait être entendu.
L'un des membres du public, Patrick Gorelien, s'est dit frustré par les réponses vagues et désappointé par le fait que les questions du public aient dû être soumises par écrit au lieu d'être posées directement.
Il a déclaré que le modérateur n'avait pas posé sa question - Comment aideriez-vous les gens à sortir de la pauvreté? - et s'est dit toujours indécis quant au candidat qui recevrait son vote.
L'artiste hip-hop Wyclef Jean n'était pas présent lors du débat, ayant été évincé de la course en raison d'une incapacité présumée à se conformer à la loi électorale.
http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/seisme-en-haiti/201009/18/01-4317035-elections-en-haiti-deuxieme-debat-entre-les-candidats.php
Commentaires:
J'admire le courage des gens qui pèsent des mouches dans sur des balances de toile d'araignée. J'admire les gens qui se lance à défendre des cas perdus d'avance.
Ce n'est point faire preuve de mauvaise foi que de critiquer ce débat. Que peut -on tirer comme leçon d'un débat faisant intervenir 4 candidtas d'une liste de 19 et quatre candidats qui sauf un énorme miracle n'ont aucune chance de gagner les élections.
Les haïtiens l'on bien compris expliquant la raison d'une assistance aussi famélique.
On le sait que trop bien que les haïtiens ne votent pas pour un programme mais pour une personne. Preval n'avait eu aucun scrupule à déclarer publiquement qu'il n'avait aucun programme. Voulait-il  insinuer par là que ce n'était pas lui qui allait réel et effectivement diriger le pays?
Que les candidats n'aient pas encore présenter de programmes de gouvernement n'est guère surprenant...
Mais de toutes les façons ... the show must go on!

Frankétienne: le pilier d'Haïti

Publié le 18 septembre 2010
Chantal Guy, La Presse
Frankétienne et Rodney Saint-Éloi, qui l'a convaincu,
avec Danny Laferrière, de jouer sa pièce
après le tremblement de terre. «Je leur dirai toujours merci.»
PHOTO FOURNIE PAR LE FIL
En  mars dernier, le grand et «nobélisable» Frankétienne a présenté sa pièce Melovivi ou Le Piège au siège de l'UNESCO, qui venait de le nommer «artiste pour la paix». Un texte aux accents prophétiques, écrit deux mois avant le séisme du 12 janvier, que nous aurons l'immense privilège de découvrir dans le cadre du Festival international de la littérature. D'ici là, découvrez Frankétienne, l'homme qui parle aux astres.
Frankétienne, c'est l'artiste total, au parcours hors du commun. Dany Laferrière dit de lui qu'il est une métaphore d'Haïti, un ogre. Né Jean-Pierre Basilic Dantor Franck Étienne d'Argent, du viol de sa mère adolescente par un Américain, sa peau est blanche, ses yeux sont bleus, mais son visage est morphologiquement noir. Il ne parle que le créole quand on l'inscrit dans une école de langue française, langue pour laquelle il aura un coup de foudre violent, cette «aristocrate orgueilleuse» qu'il maltraitera avec plaisir, jusqu'à ce qu'il publie en 1975 Dezafi, le premier roman moderne écrit en créole (et dont une nouvelle mouture en français, Les affres d'un défi, vient de paraître chez Vents d'ailleurs).
Mais il affirme être devenu Frankétienne en 1972, à la publication d'Ultravocal, première manifestation écrite du mouvement spiraliste, «une invention qui ne plagie rien d'autre que la vie, la spirale en mouvement». «La spirale est dans la nature, elle est dans nos cyclones qui nous ravagent, dans les zones sismiques qui nous ont ravagés, dans le mouvement des galaxies, dans la double hélice de l'ADN porteur de toute la mémoire de l'individu et de la vie, explique-t-il au bout du fil. La spirale, c'est une quête, celle d'essayer de trouver la totalité du monde dans une oeuvre d'art.»
Car bien qu'il soit atteint de la «maladie d'écrire» (une quarantaine de titres publiés, en français et en créole), Frankétienne considère la littérature comme une «province ou un département un peu sophistiqué» de la création. Il est peintre -son principal revenu d'ailleurs, on le surnomme le «Picasso haïtien»- poète, chanteur, dramaturge, comédien, professeur... Il est ce qu'il nomme «un génial mégalomane». «Frankétienne ou Frankeinstein Dissident Subversif (...) j'aurai connu tous les désastres et toutes les joies, I am a survivor!», écrit-il dans L'anthologie secrète, publiée chez Mémoire d'encrier en 2005, un excellent livre pour aborder cet artiste aux contours titanesques.

Le poète est vivant!
À 74 ans, il est aussi un pilier d'Haïti, qu'il n'a jamais quitté avant 51 ans, frappé d'une interdiction de départ par le régime Duvalier. Il n'a pas connu l'exil, mais l'exil intérieur, oui. «Je me gardais de fréquenter certains milieux pour ne pas me fragiliser et me mettre à la portée de la dictature, et cela m'a permis un ancrage plus profond dans le réel haïtien, cela m'a permis même de comprendre certaines dimensions mystérieuses; Haïti comme terre de malheurs, de douleur, mais en même temps de jubilation, d'exaltation, de créativité permanente.»
Et puis le séisme du 12 janvier est arrivé. La maison de Frankétienne, construite de ses mains, véritable bunker de l'artiste et musée de ses oeuvres, a été touchée. Un traumatisme d'autant plus fort qu'il répétait depuis quelque temps sa nouvelle pièce, Melovivi ou Le Piège, huis clos entre deux hommes prisonniers d'un espace dévasté après un désastre. Il ne voulait plus jouer cette pièce, après cette journée «terrible, démentielle, insupportable». La visite de Dany Laferrière et Rodney Saint-Éloi a tout changé. «Ils m'ont dit: «Il faut continuer à faire ce que tu sais faire sans aucun complexe, tu ne peux pas réveiller les morts ni redresser les maisons, mais tu vas jouer ta pièce.» Je leur dirai toujours merci.» Et dans la tourmente de ces jours, quand les Haïtiens ont vu Frankétienne, ils ont clamé: «Le poète est vivant!»

Éloge du chaos, mépris de l'anarchie
Tout de même, cette prémonition dans le thème de Melovivi, c'est affolant, Frankétienne en convient, alors qu'il se considère athée. «J'avais une sorte de voyance, de pressentiment que ma terre et la planète étaient menacées, raconte-t-il. Et cela s'est avéré quand une voix m'a parlé. Je demande aux gens qui ne me connaissent pas de me faire ce crédit, parce que ceux qui me connaissent savent que je ne mens pas. Une voix m'a parlé à l'aube, ce moment où le soleil arrive sur terre avec toute son énergie, porteuse de certaines antennes qui vous permettent de saisir les messages qui passent, la musique intérieure à laquelle nous ne sommes pas attentifs, reliée à la musique du monde, du cosmos. La voix m'a dit: votre pays est menacé aussi bien que la planète, écrivez-nous une pièce sur l'écologie mondiale.»
Bien qu'attaché «maladivement» à sa terre, Frankétienne ne veut pas qu'on le considère comme un «fanatique d'Haïti», son pays natal envers lequel il se montre très critique, surtout envers l'élite. S'il embrasse le chaos et le mystère de son existence, de son pays, il méprise l'anarchie causée par la cupidité et la bêtise universelles. «Je dis que nous avons salopé la planète, et pour employer le créole, «salopété» la planète. Nous avons un comportement de prédateurs, nous agissons comme des maîtres absolus alors que nous ne sommes que des locataires de passage. Et le malheur, c'est que nous sommes de mauvais locataires.»
Frankétienne se méfie de l'espérance, qui nous plonge dans les bondieuseries, lui préférant le «désespoir actif», qui est un tremplin vers l'action, une possibilité de transformation, de mutation. «S'il arrive que tu tombes, apprends à chevaucher ta chute, dit-il, se citant lui-même. Que ta chute devienne ton cheval pour continuer le voyage.»
Melovivi ou Le piège, de Frankétienne, avec Frankétienne et Gamel Innocent, les 23 et 24 septembre, 20h, à la Cinquième Salle de la PdA. Frankétienne sera aussi du spectacle collectif Haïti debout, une mise en scène de Rodney Saint-Éloi, le 26 septembre au Lion d'or.
http://www.cyberpresse.ca/arts/spectacles-et-theatre/theatre/201009/18/01-4316982-franketienne-le-pilier-dhaiti.php

HAÏTI DEBOUT

Le 26 septembre 2010 26 septembre 2010
HAÏTI DEBOUT
Ce spectacle met en scène une vision festive d'Haïti et son fil conducteur est la trajectoire de l'écrivain Frankétienne qui, après le séisme du 12 janvier, a continué à faire, tel que lui conseillait Dany Laferrière, «ce qu'il sait faire, c'est-à-dire peindre, écrire, jouer du théâtre et chanter».
Le poète et éditeur Rodney Saint-Éloi, metteur en scène de cette soirée, avoue: «L'image centrale du pays s'incarne à travers la figure de Frankétienne; cet homme est donc toute une nation, comme le fut Toussaint Louverture. Je veux aussi en finir avec le misérabilisme post-séisme et offrir une traversée littéraire et sociale d'Haïti, plus soucieuse d'avenir, de beauté. Et donc de grandeurs. Je veux que cette soirée montre une autre réalité du peuple haïtien qui, comme le souligne Jean Price-Mars, est "un peuple qui chante et qui souffre, qui peine et qui rit, un peuple qui rit, qui danse et se résigne".»
C'est dans cet esprit que Rodney Saint-Éloi a choisi de nous offrir une grande fête en mots et en musique mettant en valeur le côté jouissif de la culture haïtienne avec comme mot d'ordre « De l'espoir comme mode d'emploi », et ce, en présence de Frankétienne et d'écrivains, de musiciens et de chanteurs québécois, améridiens et haïtiens. Une soirée que l'on veut inoubliable pour clôturer la seizième édition du Festival international de la littérature (FIL) et le parcours des arts haïtiens VIV AYITI présenté dans le cadre des Journées de la culture 2010.
Idée originale, choix des textes et mise en scène Rodney Saint-Éloi
Textes Frankétienne, Dany Laferrière, Jacques Stephen Alexis, Davertige, René Depestre, Anthony Phelps, Ida Faubert, Jacques Roumain, Davertige, Carl Brouard, Georges Castera, Jean Price-Mars, Roger Dorsinville, Marie-Célie Agnant, Rodney Saint-Éloi, Émile Roumer.
Musiciens et chanteurs Frankétienne (chant) Chantal Lavigne (chant) Katia Rock (percussions et chants) Anthony Rozankovic (piano)
Diseurs Joséphine Bacon, Franz Benjamin, Maxime Catellier, Frankétienne, Catherine Lalonde, Chantal Lavigne. Mireille Métellus, Pascale Montreuil, Stanley Péan, Katia Rock, Anthony Rozankovic, Michel Vézina et Louise Warren



Toutes les représentations pour cet événement

Frankétienne au Festival international de littérature - Hommage au père de la littérature romanesque créole

Caroline Montpetit 17 septembre 2010
Frankétienne (à droite) en compagnie du comédien
Garnel Innocent. Photo : source: Philippe Bernard
Le jour du tremblement de terre qui a secoué Haïti, le 12 janvier dernier, Frankétienne était en répétition à Port-au-Prince pour sa pièce Mélovivi ou le piège, qui met en scène des personnages au bord d'un gouffre, au lendemain... d'un séisme.
Sauvé miraculeusement de l'effondrement de sa maison, l'auteur de 74 ans arrive à Montréal ces jours-ci pour jouer sa pièce au Festival international de littérature. Il y sera aussi l'objet d'une soirée-hommage.
Il faut dire que Frankétienne a profondément marqué l'histoire de la littérature haïtienne, entre autres en signant le premier roman en langue créole, Dézafi, qui vient d'ailleurs d'être traduit en français chez Vent d'ailleurs sous le titre Les Affres d'un défi.
Dézafi a été écrit en 1976. Frankétienne n'avait pas écrit une ligne en créole avant l'âge de 39 ans. Dans un autre texte, La Tourmente de la langue française, signé en 2003 et repris dans le livre Frankétienne, anthologie secrète aux éditions Mémoire d'encrier, il raconte aussi son premier choc, en tant que créolophone à la peau claire né du viol de sa mère par un industriel américain blanc, quand, à cinq ans, on lui a demandé son nom en français alors qu'il entrait à l'école. «Comment t'appelles-tu, petit? Phrase douloureuse de la mise hors jeu. Phrase indicative des exclusions sociales et de mon identité marginale.» Cette expérience l'a profondément marqué. «Cela m'a donné ce que j'appelle plutôt une motivation, faite d'un mélange de curiosité, de rage et de jubilation», dit-il en entrevue. Il se passionne alors pour la langue française, une langue étrangère pour lui, jusqu'à apprendre par coeur le dictionnaire Petit Larousse illustré. «Il y avait des mots doux, des mots sucrés, des mots salés, des mots amers, des mots tranchants», se souvient-il, citant par ailleurs Cioran, pour qui les rapports avec une langue étrangère sont faits «à la fois de tendresse et de violence».
C'est au cours d'une conversation avec le journaliste Jean Dominique, mort assassiné «par des gens de tous les milieux mafieux», que Frankétienne décide d'écrire son premier roman en créole. «C'est l'acte de baptême, l'extrait de naissance, l'acte fondateur de la littérature romanesque créole», dit-il. À cette époque, Frankétienne constate aussi que les personnes qui lisent son oeuvre en créole sont aussi celles qui la lisaient en français. «Lorsqu'un peuple est analphabète, constate-t-il, il ne lit aucune langue, même pas la sienne!» Aussi, c'est par son théâtre en créole que Frankétienne a réussi à toucher tous les niveaux de la population haïtienne. Pèlintèt, une pièce critique de la dictature duvaliériste, a connu un très grand succès en Haïti. Mais l'écrivain soutient qu'il faut aussi traduire les grandes oeuvres en créole, pour que «le peuple sache qui sont Goethe, Racine ou Molière».
Mélovivi, pour sa part, est la première pièce de théâtre que Frankétienne a écrite directement en français. «D'habitude, j'écrivais mes pièces en créole, puis je les adaptais en français, dit-il. Mélovivi est une pièce écrite à 80 % en français, parce que je pressentais qu'elle allait avoir une carrière à l'étranger.»
C'est en novembre 2009, donc deux mois avant le tremblement de terre en Haïti, que Frankétienne, taraudé par la menace écologique, pressent la nécessité d'écrire une pièce «pour la planète». Cette pièce devait être jouée le 20 janvier au parc historique de la Canne à sucre de Port-au-Prince.
Mais la terre a tremblé et la pièce n'a jamais été jouée à Port-au-Prince. Frankétienne songeait même à ne plus la jouer du tout lorsque Dany Laferrière l'a convaincu de continuer à faire ce qu'il savait faire, écrire, jouer, chanter, peindre. Mélovivi ou le piège sera donc présentée à la Cinquième Salle de la Place des Arts de Montréal, les 23 et 24 septembre prochains. Frankétienne y sera lui-même sur scène, accompagné du comédien Garnel Innocent. Le Festival international de littérature, qui débute aujourd'hui à Montréal, célébrera également la présence de Frankétienne à Montréal par une soirée-hommage, Haïti debout, montée par l'auteur et éditeur de Mémoire d'encrier, Rodney Saint-Éloi. «Je veux en finir avec le misérabilisme postséisme et offrir une traversée littéraire et sociale d'Haïti, plus soucieuse d'avenir, de beauté, et donc de grandeur», dit d'ailleurs Saint-Éloi à ce sujet. La soirée devrait avoir comme mot d'ordre: «de l'espoir comme mode d'emploi».
Frankétienne, auteur de plus de 40 oeuvres, figure sur la liste des candidats au prix Nobel de littérature. Il faut dire que l'écrivain est aussi peintre, et que c'est même de peinture qu'il vit, en plus d'être comédien, chanteur et enseignant. Il a en effet fondé en 1961 le collège Frankétienne, où il a été durant les deux premières années le seul et unique enseignant.
«J'ai dû enseigner toutes les matières à toutes les classes, écrit-il dans L'Anthologie secrète. Ce qui m'a aidé à acquérir une solide érudition.» Il aussi participé au mouvement spiraliste, qui étudie la spirale dans l'histoire du monde et qui l'utilise comme mode de création, qui plonge dans «le brassage chaotique du monde», parce que «le monde est chaos», dit-il. Il dit écrire la nuit et peindre le jour, à la lumière du soleil. «La sémantique est toujours défaillante par rapport à la richesse du réel.»
http://www.ledevoir.com/culture/livres/296352/franketienne-au-festival-international-de-litterature-hommage-au-pere-de-la-litterature-romanesque-creole