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vendredi 31 mars 2017

Lancement des activités de la commission spéciale de réflexion sur l’amendement de la Constitution

La Chambre des députés a lancé ce mercredi les activités de la commission spéciale de réflexion sur l’amendement de la Constitution. Cette commission aura, pendant les deux prochaines années, à rencontrer les acteurs de la vie nationale afin de convaincre certains et de recueillir les préoccupations des autres sur la question de l’amendement de la Constitution.
C’est dans une salle comble de l’hôtel Karibe que s’est tenue la cérémonie de lancement des activités de la commission spéciale de réflexion sur l’amendement de la Constitution ce mercredi 29 mars 2017 qui ramène la 30e anniversaire de la Constitution de 1987. Devant un public composé notamment de membres du corps diplomatique, de la représentante du secrétaire général des Nations unies en Haïti Sandra Honoré, du nonce apostolique, des présidents des deux branches du Parlement, Youri Latortue et Cholzer Chancy, du président du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire Jules Cantave, du président de la Fédération nationale des maires d’Haïti Jude Edouard Pierre, de recteurs d’universités entre autres, les députes Price Cyprien de Thomazeau, Raymonde Rival de Grand Bois, Louis Marie Bonhomme d’Anse à Foleur, Jerry Tardieu de Pétion-Ville, Jacques Michel Saint Louis de Mombin Crochu, Ronald Etienne de Pestel, Jacob Latortue des Gonaïves, Myriam Amilcar de Saint-Michel, à l’exception du député Daniel Letang de Port à Piment qui était empêché, ont tous pris l’engagement d’aller vers tous les secteurs et dans toutes les régions du pays pour informer les citoyens, les convaincre et prendre leurs préoccupations sur l’amendement de la Constitution haïtienne.
Le président de la Chambre basse Cholzer Chancy tient à rappeler d’entrée de jeu que la chambre des députés n’a aucune idée préconçue à imposer à la population dans sa démarche visant l’amendement de la Constitution à la fin de la 50e législature. Répondant ainsi aux exigences de l’article 282-1 de la charte du pays.
Le travail des commissaires ne sera pas facile, tant les tares sont de taille dans la société haïtienne en ce qui a trait à l’amendement de la Constitution. C’est une réalité : le chat échaudé craint toujours l’eau froide puisque nombre tentatives d’amendement des Constitutions haïtiennes visaient principalement à maintenir un président au pouvoir, ou du moins défendre les intérêts de certains groupes politiques.
L’ancien coordonnateur du groupe de travail sur la Constitution Claude Moïse connaît bien cette réalité pour avoir travaillé en 2009 sur le dernier amendement qu’a connu la Constitution du pays. Pour lui, « un tel exercice demande un dialogue national, impliquant de porter le débat dans tous les coins du pays afin d’éviter toute suspicion et de faire sentir à tous la nécessité d’une telle initiative avant même d’entamer le processus d’amendement. » Aux dires de ce professeur d’université, la Constitution du 29 mars 1987 n’a jamais été appliquée complètement et a connu du haut de ses 30 ans des expériences tumultueuses.
Cette stratégie visant à impliquer tous les secteurs dans le processus d’amendement va de pair avec celle déjà définie par le président de la commission, Jerry Tardieu. Le député de Pétion-Ville dit avoir déjà travaillé sur un agenda de travail qui s’étend du mois d'avril 2017 à janvier 2019. Ce plan vise à rencontrer les secteurs les uns après les autres pour avoir leur compréhension de l’initiative. Samuel CELINÉ source le nouvelliste

lundi 13 mars 2017

Place aux Bérets bleus en Haïti: Les militaires devraient quitter le pays bientôt, laissant la place aux policiers de l’ONU

11 mars 2017 | Guillaume Bourgault-Côté à Port-au-Prince, Haïti
Le Conseil de sécurité des Nations unies décidera dans un mois de l’avenir de la mission des Casques bleus en Haïti. Un retrait militaire est presque certain, mais le volet policier — auquel collabore le Canada — devrait être maintenu : la police nationale n’est en effet pas prête à prendre le relais. Reportage.
« Hey you ! » Dans le dédale des rues et passages de Cité-Soleil, des enfants surgissent de partout pour présenter leurs petits poings fermés aux quelque 25 militaires brésiliens qui patrouillent. Ceux-ci libèrent une main de leur arme pour venir cogner doucement les jointures des jeunes. Qui repartent amusés de la scène.
Ce vendredi après-midi, le plus important bidonville de Port-au-Prince avait des airs paisibles — si le mot peut être employé dans ce concentré de pauvreté extrême. Pour les Casques bleus en service, ce fut une patrouille de routine : essentiellement pour « se faire voir », mentionne Fernando Silva, un des commandants des troupes brésiliennes.
Ni anicroche ni menace, presque une marche de santé — hormis l’impression de cuire sous cette veste pare-balles et ce casque militaire (bleu, bien sûr). Après quelque 90 minutes à sillonner la zone à pied et en camion, les militaires regagnent leur quartier général — une succession de bâtiments en tôle, pas une once de verdure — pour un débriefing qui se résume en deux mots (calme plat) et un geste (pouce en l’air). C’est d’ailleurs souvent le cas, même si Cité-Soleil demeure une zone sous pression, reconnaît M. Silva.
C’est pour cette raison que l’ONU songe ouvertement à mettre un terme au volet militaire de la Mission des Nations Unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH). « La composante militaire de la MINUSTAH [quelque 2350 soldats] devrait selon toute vraisemblance s’effacer dans un avenir relativement proche », indiquait il y a trois semaines le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix de l’ONU, Hervé Ladsous. Selon lui, les tâches militaires ne « s’imposent plus dans le contexte sécuritaire qui est celui d’Haïti ».
Photo: Guillaume Bourgault-Côté Le Devoir Des Casques bleus brésiliens en patrouille vendredi dans Cité-Soleil. Le Brésil fournit près de 40% de tous les effectifs militaires de la MINUSTAH, qui devraient être réduits dans les prochains mois.
M. Ladsous vient de terminer une évaluation complète de la MINUSTAH : ce qu’elle fait, ce qu’elle ne devrait plus faire, ce qu’il lui reste à accomplir. Il déposera mercredi prochain son rapport au secrétaire général des Nations unies. Le mandat actuel de la mission vient à échéance le 15 avril : le Conseil de sécurité décidera alors de son avenir.
À Port-au-Prince, la rumeur est partout la même dans les milieux diplomatiques ou onusiens. On s’attend à ce que le Conseil de sécurité prolonge la mission pour une période de six mois, tout en annonçant que ce sera le dernier mandat du volet militaire.
Le volet policier — l’accompagnement de la Police nationale d’Haïti (PNH) par quelque 2600 policiers, dont certains font partie d’unités quasi paramilitaires — ne serait toutefois pas menacé à court terme, dit-on. Hervé Ladsous le mentionnait lui-même : « Il y a encore beaucoup de travail à faire sur la police. »
Canada En attendant la décision du Conseil de sécurité, « tout le monde spécule et fait des scénarios A, B et C » pour la suite des choses, confiait jeudi un diplomate. Qui restera ? Avec quels effectifs ? Mystère. À l’ambassade canadienne, les impacts possibles d’un changement d’orientation de la mission sur la sécurité du pays « font partie des deux grandes préoccupations » du personnel, indique-t-on.
Pour le Canada, l’impact devrait toutefois être minime : les 90 Casques bleus canadiens sont dans les faits des Bérets bleus, dont une majorité de Québécois prêtés par 11 services de police à travers la province. L’essentiel du travail qu’ils effectuent se concentre dans trois secteurs : la formation des cadres, le développement d’une police communautaire et la mise sur pied d’un secteur du renseignement criminel (un programme qui en est aux balbutiements, disait son responsable au Devoir jeudi).
De manière générale, les policiers québécois conseillent, forment, encadrent. Ils patrouillent aussi en tandem avec des policiers haïtiens, mais ils n’ont pas le pouvoir de faire des interventions directes ou des arrestations. « On est vraiment là en appui », dit le Québécois Sylvain Lemay.
Ce dernier est numéro 2 du commandement policier de la MINUSTAH. Et lui non plus ne semble pas douter qu’il restera quelques mois de plus en Haïti. « La police a fait de grandes avancées, elle a atteint une certaine maturité, mais il faut poursuivre le travail entamé », indique celui qui a fait carrière au Service de police de la Ville de Montréal.
Progression Sur le mur de son bureau d’un baraquement de la MINUSTAH (où il flotte un parfum d’encens pour « couper l’odeur d’humidité de la climatisation »), Sylvain Lemay a un tableau rempli de cases et frappé d’un chiffre écrit en caractères gras : « 64,6 % ». C’est le pourcentage des objectifs atteints par la Police nationale d’Haïti au terme de son « plan de développement 2012-2016 ». Un résultat qu’il juge encourageant, mais qui montre aussi le chemin à parcourir.
L’heure est maintenant au « plan stratégique 2017-2021 », pendant lequel la PNH devrait être en mesure de prendre son plein envol, souhaite-t-on. « Il est un peu plus modeste que le précédent plan, dit Sylvain Lemay, parce qu’on sait qu’on va partir et qu’on veut donner à la PNH la capacité de procéder aux réalisations même quand la MINUSTAH sera partie. »
Déjà, une certaine transition est amorcée, note M. Lemay. « On a commencé à retirer les effectifs [des Bérets bleus] dans les commissariats pour concentrer nos énergies vers les membres les plus importants de la PNH », signale-t-il.
Sur ce, le chef tourne sa chaise vers un autre mur. Il y a là une affiche avec les photos de tous les dirigeants de la police nationale haïtienne. « C’est eux qu’on vise », dit-il en montrant du doigt le sommet de la pyramide. Le message ? « On va partir bientôt, préparez-vous. » L’idée ? Ce qui est assimilé au sommet va percoler jusqu’à la base.
« Les résultats sont déjà intéressants, argue Sylvain Lemay. Et plus ça va, plus ça va s’améliorer. Les gens deviennent plus professionnels, il y a un inspecteur général qui gère les bavures, on a une académie de police capable de faire graduer plus de 2000 candidats en deux ans… »
Effectifs
Pour le moment, les effectifs de la PNH demeurent nettement insuffisants, reconnaît-on à la MINUSTAH. On compte 13 100 policiers, ce qui laisse un ratio policiers/habitants bien en deçà de la norme internationale (2,2 policiers pour 1000 habitants ; Haïti est à 1,3 pour 1000).
Trois conséquences parmi d’autres : les patrouilles sont pratiquement invisibles la nuit ; certaines communes ne sont pas desservies ; et il y a un manque important de femmes policières (moins de 9 % des effectifs).
« Dans la prochaine promotion, elles sont 12 %, relève M. Lemay. Plus on va en recruter, et mieux on pourra travailler les questions de genre » auprès de la communauté, dit-il. Un aspect d’autant plus important que « les droits des femmes et des enfants haïtiens sont souvent bafoués et qu’il y a des viols collectifs [c’est arrivé encore en janvier] », rappelle le commissaire adjoint.
Croit-il réalistement que la PNH pourra bientôt s’occuper seule de la sécurité au pays, sans toute la logistique de l’ONU ? Sylvain Lemay adopte un ton résolument positif à cet égard. Mais il souligne du même coup que « l’aide bilatérale [par exemple, un corps policier qui envoie des gestionnaires sous l’égide de l’ambassade canadienne] est appelée à prendre beaucoup de place dans le futur » post-MINUSTAH.
D’ici là, les policiers de l’ONU vont poursuivre la formation de la PNH. Et les Casques bleus brésiliens pourront continuer à arpenter Cité-Soleil à coup de « fist bump »… tant que le calme règne.
Notre journaliste séjourne au pays à l’invitation de la Fondation Haïti Jazz.
 http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/493755/haiti-place-aux-berets-bleus

samedi 4 mars 2017

DÉPUTE JERRY TARDIEU ...L'HERITIER ! Avec René Préval, durant ses dernières heures sur terre

Ce jeudi 3 mars 2017, à 9 a.m. pile, j’arrive chez l’ex-président René Préval à Laboule.
Ponctuel pour le petit-déjeuner auquel il m’avait invité avec insistance la veille. Pendant deux heures, autour des expressos que nous servait à répétition la sympathique Rose, nous allons échanger dans la bonne humeur et la plus parfaite convivialité. Serein, calme, détendu, l’ex-président Préval pétait la grande forme. Fidèle à son côté blagueur, de temps à autre, il refilait des calembours trempés d’humour dont lui seul a le secret. Absolument rien ne laissait imaginer qu’il allait rendre l’âme cinq minutes après m’avoir raccompagné à mon véhicule vers 11 heures du matin.
A l’heure où j’écris ces quelques lignes, je sens encore résonner en moi les ultimes paroles du président durant ces dernières heures sur terre. S’il avait demandé à me voir, c’était surtout pour discuter du dernier livre de l’agro-économiste Alex Bellande intitulé : « Haïti déforesté, paysages remodelés ».
Dès mon arrivée, il m’en offre une copie en me recommandant sa lecture qui m’aiderait, me dit-il avec un large sourire, à mieux comprendre l’importance de légiférer au bénéfice de la production agricole nationale. Il me confia alors fièrement avoir lui même financé la réimpression de deux cent cinquante exemplaires pour sensibiliser les décideurs, tant au niveau de l’exécutif qu'au niveau du législatif, à la justesse des analyses et des recommandations de Bellande.
D’un ton ferme, le président Préval m’explique que pour Haïti, la bataille de demain n’est pas politique mais économique. Elle passe, me dit-il, par le développement agricole qui peut se faire de façon intelligente à travers une politique de reboisement audacieuse et différente.
Grosso modo, pendant plus d’une heure, le président Préval va tenter de me convaincre du bien-fondé des thèses de l’auteur qui propose des solutions qui capitalisent sur l’expérience et le savoir-faire séculaire de la paysannerie haïtienne. Aucun reboisement n’est possible, me dit-il, sans y associer intelligemment et opportunément la paysannerie en les encourageant à planter des arbres fruitiers qui deviendront des sources de revenus.
Pour René Préval, confier des projets de reboisement aux “scouts" ou aux écoliers comme on le fait depuis des lustres rime avec “ showbiz".
Lorsque l’on plante un arbre, qui de mieux que le paysan pour en assurer l’entretien et l’arrosage ? Personne, ajoute-t-il ! De ce point de vue, renchérit-il plus loin, la culture du bambou peut être une filière porteuse de développement économique. Le président Préval en veut pour preuve que sa production à Marmelade de milliers de bancs et bureaux scolaires a facilement trouvé preneurs. Il me dit alors que cette expérience devrait être répétée à volonté dans tous les départements du pays.
Il me fait voir quelques échantillons de la dernière production de son atelier dont il me vante alors la dextérité des ouvriers. En conclusion de notre conversation, le président Préval se réjouit que les nations en reviennent aujourd’hui à des politiques protectionnistes. La tendance est mondiale. Nous ne devrons pas y échapper. A ce propos, et pour épouser l’ère du temps, il m’invite à proposer une loi pouvant favoriser la production nationale de certains biens. Il m’en dessine les contours. Nous en discutons longuement. Il insiste. Je prends note. Notre conversation animée est alors interrompue par l’arrivée de l’architecte Daniel Elie qui ne restera que quelques minutes.
L’ex -president renchérit de plus bel sur le thème du développement endogène qui n’est possible que par le biais de la production agricole, la reforestation intelligente et la mise en capacité de la classe paysanne. Durant ses dernières heures sur terre, le plaidoyer de René Preval a donc été pour les paysans haïtiens et la relance de la production nationale. Il l’a fait avec passion et conviction.

Tout un symbole connaissant la trajectoire politique de cet homme qui s’est toujours voulu du côté des paysans opprimés qu’il a défendus inlassablement dans toutes leurs revendications.

Jusqu’à son dernier souffle, le président Préval n’a donc pas arrêté de parler de son rêve de modernisation pour l’agriculture haïtienne. C’est le dernier message qu’il me laisse, qu’il nous laisse. Pour avoir été le dernier à le voir, le dernier à lui parler, je me sentais dans l’obligation de partager ce dernier moment, ce dernier échange, ces dernières paroles. On aime ou on n’aime pas René Préval.
L’homme ne laisse pas indifférent. Certains lui reprochent un côté anarchiste, insouciant, anti-institutionnel même.
D’autres lui reprochent son manque de poigne à certains moments ou des décisions fermes s’imposaient. Mais personne ne peut remettre en question les qualités d’honnêteté d’un serviteur public qui n’a jamais accepté de goûter au miel empoisonné de la corruption, la simplicité de l’homme refusant avec intransigeance toutes les prébendes et les apparats du pouvoir, l’humilité du citoyen qui jusqu’au dernier jour vivait dans la simplicité. Avant de prendre congé du président Préval ce matin, je lui ai demandé une faveur, celle de répondre positivement à mon invitation de participer à une soirée commémorative des trente années de notre Constitution le 29 mars prochain. Ce soir-là, je compte lancer les travaux officiels de la commission spéciale de la Chambre des députés pour la réforme de la Constitution. Il a gentiment décliné mon invitation en me disant qu’il ne participerait plus aux efforts de réflexions sur la Constitution. J’ai déjà tout donné. J’ai déjà joué ma partition. L’heure de la relève est arrivée, me dit-il. J’ai laissé le président sur cette fin de non-recevoir.
Je suis quand même parti le sourire aux lèvres, satisfait d’une matinée agréable et riche en échanges instructifs. Moins d’une demi-heure plus tard, je reçois un appel du journaliste Gary Pierre Paul Charles m’annonçant la mort de René Préval.
A priori, je n’y crois pas. Je remonte vers Laboule pour me heurter à la cruelle vérité. René Préval est bel et bien mort. Je salue la mémoire d’un aîné qui m’a beaucoup appris des dures réalités de la vie politique haïtienne, d’un homme intègre et profondément humain, rempli de tendresse et de fidélité, à la fois stoïque et fourbi aux rudes épreuves du combat politique, mais également sensible lorsque ce combat se transporte sur le terrain du cœur.
Adieu Président! Que le miséricordieux t’accueille dans sa grâce
infinie. Je lui suis reconnaissant de m’avoir permis de passer avec toi tes dernières heures sur terre. - See more at: http://lenouvelliste.com/article/168875/avec-rene-preval-durant-ses-dernieres-heures-sur-terre#sthash.Nv1UyTzO.dpuf