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mardi 8 mai 2012

14 morts en un mois et alors!

Il est difficile de comprendre l'indifférence face a la mort. La mort en elle-même représente une étape de la vie que l'on n'admet carrément pas. Je me souviens toujours de cette anecdote vécue il y a quelques années déjà lors d'une conférence prononcée par un cardiologue dans le cadre de la lutte anti-tabac.
Le conférencier, éminent cardiologue mexicain, s'était émerveillé devant un auditoire vraiment impressionnant. Un enthousiasme débordant se reflétait comme une lueur d'espoir sur les visages des jeunes, des moins jeunes et des vieux.
Quand il prit la parole, après avoir remercié l'assistance, il demanda a la foule de répondre en levant la main a une question.
Qui d'entre vous pense qu'il va mourir dans cinq ans?
- personne ne leva les mains.
Il reprit qui d'entre vous pense qu'il va mourir dans dix ans?
- aucune réponse de l'assistance.
Il continua en utilisant les multiples de cinq. Il arriva à la cinquantaine sans qu'aucune main n’ait été levée.
Pourtant dans la salle il y avait des gens de vingt, trente, quarante, cinquante et soixante ans.
Tout le monde avait remarqué que la fin de la vie ne provoquait pas de réflexion particulière chez les gens. Ce n'est ni une bonne ni une mauvaise attitude. C'est simplement humain.
Tout ceci pour souligner l'attachement du genre humain à la vie. Toute activité consciente qui porte atteinte à la vie est considérée, illégale, hors la loi, antisociale, inadmissible.
Parmi les caractéristiques des sociétés développées se trouve cette impression de l'importance de chaque vie. Toutes les vies comptent. Au moins elles semblent compter.
Un accident prend vite l'allure de catastrophe naturelle capable de branler jusqu'a l'ébranlement, les instances étatiques et gouvernementales.
Par déduction - vraie ou fausse- on s'aventurerait à reconnaitre que l'attitude inverse voire contraire caractérise les sociétés sous développées.
Loges magnifiquement dans les Caraïbes, notre épée de Damoclès scintille pendant Une longue période connue comme la saison cyclonique. Chaque année nous recevons et subissons notre lot de dégâts, par le passage d'un nombre de phénomènes que nous ne maitrisons pas.
Cependant, l'ampleur des dégâts reste fonction de l'état de l'environnement et sur de notre rapport avec la nature.
L'environnement haïtien fait école en matière de dégradation. Au nom de la survie, il a été admis toute une gamme d'agressions contre l'environnement qui aujourd'hui est d'une vulnérabilité exemplaire et caricaturale.
Malgré ce, aucune campagne d'éducation n'est faite pour conscientiser la population sur les risques que représente l'état actuel des choses ni sur la façon de se protéger face à cette nature devenue carrément danger public.
Je reconnais n'avoir jamais été un grand fan de musique classique mais un concert à vienne de l'orchestre philarmonique de vienne ne se refuse pas. Cependant je me rappelle avoir sauté dans un taxi juste après une garde. Je me suis rendu compte que je courrais le risque de rater l'avion et foutre le voyage en l'air quand je croisai les braises incandescentes qui giclaient du regard de ma compagne de l'époque. Ceci explique pourquoi j'avais accueilli les trombes d'eau sans trop de regret. Je pensais trouver une excuse toute faite et le visage contrit qui va avec pour affronter son regard et son désarroi.
En fait la planification avait été divinement faite. On avait prévu le taxi qui devait venir nous prendre à l'hôtel et nous conduire à l'opéra. Donc l'histoire de la pluie n'aurait été qu'un faux prétexte.
Là où je voulais en venir en fait, c'est que quand nous nous décidâmes de sortir voir la ville avant notre sortie savante, nous ne vîmes aucune trace du déluge qui venait de fouetter cette capitale européenne.
Pas de "lavalas" charriant eaux boueuses et déchets.
Pas de trottoir débordé. Pas de flaques d'eau dans des crevasses converties en étang.
J'étais d'autant plus choqué qu'émerveillé. Mon subconscient malgré moi avait associe la pluie au désastre naturel.
En Haïti, les pluies banales et naturelles du mois d'avril ont fait 14 morts!
Et alors?
Que représentent 14 vies sur 10000000?
Que sont 14 morts dans la mentalité collective d'une société qui en a compté plus de 300000?
En France des chutes de neige provoque des mécontentements capables de branler les fondements des gouvernements.
Ailleurs un événement ou un accident qui provoque 14 morts serait pris à sa juste valeur comme un drame national.
Chez nous la vie et la mort se côtoient dans une attitude qui nous a octroyé la paternité d'un adjectif qualificatif. Nous sommes devenus RESILIENTS.
Nous vivotons dans une sorte de dégradation désinvolte des valeurs. Nous illustrons à travers chacun de nos actes et chaque comportement notre MERILANCE!
14 cadavres verts après la pluie, une simple banalité. Le mois prochain on dénombrera 15, 20, 100 et rien ne changera.
Pourtant les causes sont connues et étudiées. Il n'y a pas de réaction appropriée ni de la part des instances étatiques ni de la part de notre société civile.
Après les inondations de la ville des Gonaïves en 2008, la problématique de la dégradation environnementale avait refait surface. Mais ce ne fut que feu de paille.
Le sujet était devenu à la mode. Lucratif. Les ONG avaient des sous à empocher!
Le journaliste très connu, éditorialiste de Radio Kiskeya, Monsieur Marvel Dandin sur ce sujet avait fait remarquer avec raison que les associations écologiques étaient très rares en Haïti et qu'il y avait plus de danseurs derrière une bande de « rara » que sympathisants et militants du mouvement écologique réuni.
Quand Port-au-Prince sera englouti sous les pluies et les coulées de boue emportant les constructions anarchiques en flancs de montagne, nous ne seront pas surpris, car les mêmes causes produisent les mêmes effets.
Le plus désolant dans tout ca c'est de faire comprendre que l'on ne peut pas s'attendre à ce que la génération actuelle au pouvoir prenne conscience et comprenne les enjeux pour la nation.
Il importe à chaque citoyen conscient de mener sa propre croisade.
C'est un devoir citoyen!