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mardi 30 mai 2017

LA MALÉDICTION DE HAITI...

Si quelqu’un voudrait prouver que la malédiction existe, il suffirait de se pencher sur ce que vivent mes compatriotes haïtiens depuis quelques temps. Je comprends certes ceux qui vont philosopher entre hasard et déterminisme pour démontrer une logique impitoyable basée sur une relation de cause à effet, une logique presque cartésienne une causalité à fleur d’esprit, dans tout ce qui arrive chez nous.
Il importe de savoir que notre pays est sans doute le seul endroit au monde où l’on peut croiser Dieu le jour sur le sommet d’une montagne et le diable à minuit pile dans un carrefour plongé dans l’obscurité.
On vit au rythme des miracles. Entre des demandes formulées dans des prières et des miracles qui se produisent (pour de bon). Nous y croyons tellement que nous sommes capables d’élire des à-peine-lettrés, tout en espérant que ces élus apportent des solutions à des problèmes qui relèvent de la physique quantique !
Je ne prétends sûrement pas raviver cette polémique qu’avait déclenchée un évangéliste américain qui, au lendemain du 12 janvier 2010, avait expliqué la survenue du tremblement de terre dévastateur par le fait que le pays aurait été dédié au diable lors de la révolte des esclaves qui avait abouti à la geste de notre indépendance.
Je ne reviendrai pas non plus sur les rassemblements faits pour remercier Dieu d’avoir épargné la majeure partie de la population haïtienne qui ne compta en fin que 300.000 morts !
Nous autres les haïtiens nous croyons comme des convaincus que la malédiction existe. Oui, cette malédiction définie dans le Larousse comme : paroles par lesquelles on souhaite un sort néfaste à quelqu'un , ou condamnation au malheur qui semble venir d'une puissance supérieure, sort hostile, malheur, malchance auxquels on semble être voué par la destinée, existe bien.
En 1984 quand le chef de l’église catholique visita Haïti, les chrétiens protestants qui considèrent le pape comme l’antéchrist avaient prédit des moments de malheur sur le pays. Ce qui aurait été corroboré avec le départ de Jean-Claude Duvalier et tout ce qui a suivi.
Plus récemment des pluies diluviennes se sont abattues sur le pays provoquant des inondations un peu partout. Ceci, juste quelques jours après la visite du roi béninois du vaudou.
Un présentateur vedette de la radio faisant maladroitement fi de la diversité de son audience a déclenché des critiques sérieuses du secteur vaudou quand il établit sur les ondes ce rapport de causalité entre les deux événements.
Tout ceci pour vous dire que le phénomène en Haïti n’est pas un vain mot.
Mieux qu’une polémique désuète et peu productive, je voulais ici souligner et retracer une suite d'évènements de survenue aléatoire certes, qui n’ont cessé d’entraver nos actions et les bonnes volontés intéressées à améliorer le sort de quelques-uns de nos compatriotes.
En 2010 un monde bouleversé observe comme contre- exemple, un pays mal géré frappé par un des plus meurtriers des tremblements de terre de tous les temps.
Dans le désarroi de la population, une instance internationale venue pour aider inocule par une négligence meurtrière le choléra qui fait plus de 10.000 morts.
Six ans plus tard alors que tout le monde parle de la gestion désastreuse des fonds alloués pour la reconstruction du pays encore à genou, le plus virulent des cyclones s’abat sur les départements qui ont été à peu près épargnés par le séisme. Comme le 12 janvier des départements sont détruits à plus de 80%.
Je ne relate pas seulement des informations globales véhiculées dans le macrocosme national ou on a l’impression que peu de gens sont concernés. Nous avions été frappés par cette suite désastreuse qui n’a laissé que très peu ou pas assez de répit aux haïtiens pour leur permettre de respirer.
Depuis le printemps 2016, nous nous sommes engagés à aider une petite école d’une section communale de Arniquet, PINOT (ou « NAN PINO » pour les habitants). Nous devions en particulier refaire la toiture qui tenait à peine et aider au fonctionnement de l’école suivant toujours les mêmes objectifs « primaires » : une scolarisation de qualité, une scolarisation soutenue et un repas par jour.
Des activités ont été réalisées permettant de collecter une petite somme d’argent pour favoriser l’ouverture des classes. Quatre jours avant le jour J, au lieu d’une radieuse rentrée scolaire les enfants ont eu à faire face à Matthew qui a tout saccagé sur son passage. L’argent a été utilisé pour porter les premiers secours à cette population qui elle aussi avait tout perdu mais était trop enclavée pour prétendre à l’aide des organismes locaux et internationaux.
Tout de suite après les premiers secours et l’établissement des bilans, l’attention a été rapidement portée sur les risques de famine dans la mesure où toute l’agriculture avait été dévastée. Ce fut donc tout à fait naturellement que nous avions déboursé 2.000 dollars pour l’achat de haricots dont le temps de la semence était proche.
Le passage de Mathieu laissa derrière elle une météorologie très instable avec des pluies diluviennes et continues qui aggravèrent la situation des sinistrés.
Puis vint une période de sécheresse encore plus désastreuse qui rendit impossible la semence des haricots qui avaient été distribués aux agriculteurs.
Pas de chance ou malédiction ?
Dans un deuxième volet de nos actions nous entamâmes la reconstruction d’un abri provisoire pour héberger l’école et nous mîmes sur pied un petit programme rationalisant le fonctionnement de l’école avec comme point d’orgue le repas journalier des enfants.
Les pluies continuèrent de plus belle créant des difficultés pour stocker le matériel scolaire, les ustensiles de cuisine et dans certains cas la dispense des cours. De ce constat vint la nécessité d’une construction en dure pouvant héberger la direction de l’école, la cuisine et une salle polyvalente.
Le devis nous a été envoyé et a été approuvé par l’ensemble de nos intervenants. Les pluies les sempiternelles responsables de l’aggravation de la situation avaient du côté des infrastructures endommagées sévèrement le tronçon de route qui mène vers Pinot. Ce tronçon de route restait encore praticable.
Il a continué à pleuvoir et les précipitations récentes ont fini par détruire complètement la route.
Aujourd’hui, il est carrément impossible d’acheminer les matériaux de construction vers Pinot. Le maire de Arniquet, commune dont dépend Pinot a été contacté et celui-ci nous a fait comprendre que pour rétablir la communication entre Arniquet et Pinot il faudrait entre autres machines, un TRACTEUR A CHENILLES qui semble ne pas exister du tout au niveau du département.
Pour l’instant nous voilà bloqués avec nos projets de reboisement, la plantation de bananiers, le montage de l’enthousiaste projet de nos poulaillers solidaires…
Mal chance ou Malédiction ?
Pour l’instant le miracle serait UN TRACTEUR A CHENILLES !
Dr Jonas Jolivert Marseille France