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samedi 6 novembre 2010

Léogâne sous l'eau

Publié le 06 novembre 2010 Michèle Ouimet, La Presse
(Léogâne) Le centre de Léogâne est sous l'eau. Au moins un pied d'eau recouvre les rues principales. Les gens se promènent pieds nus ou avec des bottes jusqu'aux genoux; d'autres relèvent leurs pantalons en traversant l'eau boueuse. Des motos fendent les flots, le moteur à quelques centimètres de l'eau.
Léogâne, une ville de 60 000 habitants, a beaucoup souffert lors du tremblement de terre. Selon Sophie Chavanel, porte-parole de la Croix-Rouge canadienne, 70% de la ville a alors été détruite. Léogâne était l'épicentre. Environ 25 000 personnes sont mortes, enfouies sous les décombres.
Vendredi, la ville a de nouveau été victime des soubresauts de la nature. Cette fois-ci, c'est l'ouragan Tomas qui a déversé des trombes d'eau sur la ville. Léogâne était à risque, car une rivière, la Rouyonne, la traverse.
Normalement, l'eau se jette sagement dans la mer qui longe Léogâne, mais les pluies torrentielles ont gonflé les eaux de la Rouyonne, inondant le coeur de la ville.
Léogâne est située à une trentaine de kilomètres de la capitale, Port-au-Prince. La Croix-Rouge est incapable, pour l'instant, d'évaluer l'ampleur des dégâts. Une équipe est sur place.
Hier, a précisé Mme Chavanel, les gens avaient de l'eau jusqu'aux cuisses. Aujourd'hui, l'eau s'arrête aux genoux.
Bonne nouvelle, la mer a avancé de trois à quatre mètres, mais n'a pas inondé les maisons.
De son côté, la ville de Jacmel, qui avait elle aussi été durement frappée par le tremblement de terre, est de nouveau isolée. La route qui la relie à la capitale est fermée, obstruée par un glissement de terrain. Une équipe des Nations Unies est en train de la déblayer. Jacmel devrait bientôt être de nouveau reliée au reste du monde.
http://www.cyberpresse.ca/international/dossiers/ouragan-tomas-en-haiti/201011/06/01-4340051-leogane-sous-leau.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_vous_suggere_4339978_article_POS2

Ouragan Tomas en Haïti: la catastrophe semble évitée

Publié le 06 novembre 2010
Anabelle Nicoud,  La Presse
L'ouragan Tomas, qui s'est abattu hier sur Haïti, a fait au moins six morts et provoqué des glissements de terrain. La tempête et les pluies ont fait craindre le pire à ce pays toujours marqué par le séisme du 12 janvier et aux prises avec sa première épidémie de choléra en un siècle. La catastrophe semble avoir été évitée, même si l'ampleur des dégâts est difficile à estimer.
Tomas est arrivé hier en Haïti. Accompagné de forts vents et de fortes précipitations, il a provoqué des glissements de terrain. Le sud-ouest du pays a reçu de fortes pluies, et des inondations ont touché la ville de Léogâne.
Au moins deux personnes sont mortes à Léogâne, ville détruite à plus de 60% par le séisme. Une personne est morte jeudi en tentant de traverser une rivière en crue, et deux autres sont portées disparues après avoir été emportées par les eaux, selon la protection civile.
Tout le pays était placé en état d'alerte. «Il peut y avoir des dégâts directs, comme des maisons qui s'effondrent, mais aussi le risque d'être isolé après un glissement de terrain. Cela peut rendre l'accès à la nourriture et aux soins très difficile et avoir un impact sur l'épidémie de choléra», craint Stefano Zannini, chef de mission de Médecins sans frontières (MSF), joint en Haïti. L'épidémie de choléra qui sévit à Haïti a provoqué au moins 442 décès depuis la mi-octobre. Le président René Préval a aussi demandé à la population de ne pas baisser la garde. «Les fortes pluies et rafales de vent de l'ouragan Tomas, provoquant de dangereux glissements de terrain et de fortes inondations, pourraient encore aggraver l'épidémie de choléra. Restez vigilants », a-t-il dit.
MSF a déplacé ses patients dans des structures solides et a aussi appelé 60 médecins en renfort. «On a fait venir du matériel additionnel et on a demandé l'autorisation à l'aéroport de Port-au-Prince d'atterrir en hélicoptère pour pouvoir rejoindre les personnes qui seraient isolées», dit-il.

Peur et désespoir
Les autorités haïtiennes doivent aussi faire face aux problèmes de logement des personnes sans abri depuis le séisme du 12 janvier. «J'ai visité Cité Soleil (le quartier le plus pauvre de la capitale, ndlr) et les gens sont dans un état de peur et de désespoir. Peur, car tout le monde craint le cyclone, et désespoir parce que c'est la troisième fois cette année qu'ils se retrouvent dans un état de précarité», constate M. Zannini.
Pierre-Richard Casimir, consul d'Haïti à Montréal, croit que les autorités font le maximum pour limiter les dégâts que pourrait causer Tomas. «Toutes nos ressources sont mobilisées, malgré la précarité des finances haïtiennes, assure-t-il. Le ministère de la Santé sensibilise la population aux règles d'hygiène. Tous les Ministères sont concernés et mobilisés.»
Mais M. Zannini craint que cette sensibilisation ne soit pas suffisante: «Il faut applaudir les efforts des autorités haïtiennes, mais le manque de ressources humaines et financières est une réalité. Ce n'est pas avec une bonne coordination seulement qu'on arrivera à une réponse efficace.»
Hier soir, Tomas se dirigeait vers les Bahamas, et les îles Turks et Caïcos. Il a déjà causé la mort de 14 personnes la semaine dernière dans l'île de Sainte-Lucie, au sud de la Martinique. À Cuba, distante de 100km d'Haïti, les intempéries perturbaient également les provinces orientales de Guantánamo, Granma et Santiago de Cuba. À Haïti, la pluie va se poursuivre aujourd'hui. On en attend jusqu'à 300mm, selon M. Casimir.
- Avec l'AFP et Reuters

Les dieux sont tombés sur la tête

Publié le 06 novembre 2010 Michèle Ouimet, envoyée spéciale, La Presse
(Port-au-Prince) Pas facile d'entrer en Haïti. L'aéroport de Port-au-Prince est fermé. Encore. Comme en janvier après le tremblement de terre. Plusieurs journalistes se rendaient alors en République dominicaine, qui partage l'île avec Haïti, puis franchissaient en auto la distance entre Saint-Domingue et Port-au-Prince. Six à sept heures de route, lisse du côté dominicain, cahoteuse du côté haïtien.
Mercredi, pendant que je bouclais mes bagages à toute vitesse, je m'imaginais que je serais à Port-au-Prince le lendemain. Pas compliqué, me suis-je dit. Pas de décalage horaire, une escale à Miami, quelques heures d'avion et on plonge dans un autre univers.
Erreur. Haïti est tout sauf simple. Après le tremblement de terre et le choléra, un ouragan de force un a foncé sur ce petit pays perdu dans la mer des Caraïbes. Le pays le plus pauvre de l'hémisphère Nord. Un pays qui n'a pratiquement plus d'arbres pour arrêter les trombes d'eau qui dévalent de ses montagnes nues. Un pays qui a subi une déforestation sauvage.
Haïti est tout sauf simple, disais-je. L'aéroport de Port-au-Prince a fermé ses portes jeudi soir à cause de l'ouragan. Des centaines de passagers, la plupart Haïtiens, étaient agglutinés au comptoir d'American Airlines à Miami. Les responsables distillaient l'information au compte-gouttes.
Pas d'avion, ont-ils finalement annoncé. Et demain? On verra. Et après-demain? Peut-être. Ça bougonnait. Les Haïtiens étaient anxieux, ils voulaient retourner dans leur pays le plus vite possible pour affronter l'ouragan avec leur famille.
Salim Succar et René Magloire faisaient partie des passagers laissés en rade par American Airlines. Deux avocats qui venaient de passer une semaine à Trinidad pour le travail. Salim Succar avait écourté son séjour pour se précipiter à Port-au-Prince auprès des siens.
René Magloire, lui, a des cousins à Port-au-Prince, mais sa femme et ses enfants vivent à Montréal. «La Presse? Mais oui, je connais, a-t-il dit, j'ai vécu 30 ans à Montréal.» Il a décidé de revenir à Port-au-Prince en 1994. Ses enfants étaient des adultes et il avait le mal du pays. Grand, élégant dans son costume gris foncé, cheveux striés de blanc, petites lunettes perchées sur le bout du nez.
Désespère-t-il d'Haïti? «Il faut essayer de s'en sortir, a-t-il répondu. Le peuple haïtien fait preuve d'une grande résilience. Pendant des années, Haïti a été victime de toutes sortes de malheurs, mais la vie continue. La vie doit continuer.»
J'ai couché à Miami, comme des centaines d'Haïtiens. Il pleuvait. Hier, j'ai sauté dans le premier avion pour Saint-Domingue, puis j'ai refait la longue route vers Port-au-Prince avec une étrange impression de déjà-vu: même route, même sentiment d'urgence, même pays au bord de la crise de nerfs.
Il pleuvait à Saint-Domingue. Et il pleuvait sur la route. Sous les ponts, les rivières étaient gonflées par la pluie. Des curieux se penchaient au-dessus de la rambarde et regardaient l'eau couler à toute vitesse.
Quand j'ai fait le trajet Saint-Domingue-Port-au-Prince en janvier, deux jours après le tremblement de terre, la route était écrasée par le soleil. Il faisait chaud, une chaleur poisseuse qui vous colle à la peau et vous siphonne toute votre énergie. Hier, il n'y avait que des nuages et de la pluie, de la pluie et de la pluie.
La frontière était noyée sous la pluie. Une frontière bordélique qui s'étire sur un kilomètre dans un no man's land déprimant. Je me souvenais du bureau de change peu orthodoxe: une poignée d'hommes se cachaient derrière des voitures avec des sacs bourrés d'argent, prêts à vous changer vos dollars pour des gourdes. Mais hier, le bureau de change était fermé pour cause de pluie.
Un Dominicain en t-shirt détrempé a pris nos passeports et demandé 25$US par personne. On n'a pas discuté. Il a disparu en pataugeant dans une immense flaque d'eau. On a attendu sous la pluie. Cinq minutes plus tard, il nous a remis nos passeports dûment estampillés. Et il a de nouveau demandé de l'argent.
La route qui relie le poste dominicain au poste haïtien était ensevelie sous l'eau. Quelques Haïtiens se sont agrippés après notre voiture dans l'espoir de nous arracher un dollar ou deux.
Un policier haïtien blasé a attrapé nos passeports. Il ne nous a pas demandé d'argent. Le poste était à peine éclairé. Autour, tout était plongé dans le noir. Il était 18h. La frontière fermait deux minutes plus tard.
L'auto a filé dans la nuit. Il ne pleuvait plus. On s'est dirigés vers Port-au-Prince. Destination: un camp de réfugiés situé dans un ancien club de golf. Environ 60 000 personnes y vivent entassées depuis 10 mois. C'est le fameux camp soutenu par l'acteur américain Sean Penn. Le plus gros en Haïti.
Les réfugiés pataugeaient dans la boue. Une boue tellement dense que les souliers faisaient un bruit de succion à chaque pas. Plantées dans cette boue, des milliers de tentes. Des hommes, des femmes et des enfants vivent dans cette boue depuis que l'ouragan Tomas a soufflé sur Port-au-Prince.
Il est 20h30. Le camp est plongé dans le noir. Des éclairs zèbrent le ciel. Des hommes jouent aux dominos sur une table de fortune, une jeune femme vend des bonbons et des cigarettes. Elle s'appelle Préserville. Elle a 22 ans et deux jeunes enfants. Pourquoi n'a-t-elle pas quitté le camp lorsqu'elle a su que Tomas allait frapper?
«Parce que je n'avais nulle part où aller. On est coincés ici.»
Elle est arrivée dans le camp le 13 janvier, au lendemain du tremblement de terre. Aujourd'hui, nous sommes le 5 novembre. Faites le calcul.
Mais les dieux ont été cléments même s'ils sont tombés sur la tête. Les vents n'ont pas soufflé trop fort hier et les tentes ont tenu le coup. Tomas a poursuivi sa course folle vers le nord, dans les Caraïbes. Pour une fois, les Haïtiens ont été chanceux
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