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vendredi 27 septembre 2013

Encuentre al haitiano detrás de su apellido "dominicano" consultando esta lista

Hace unos años, exactamente los días 18 y 25 de enero de 1999, el historiador Frank Moya Pons escribió en la desaparecida revista Rumbo dos artículos que cobran actualidad en estos días. El primero, “Raíces haitianas en Santo Domingo”, aparecido en la edición 259, comienza diciendo: “El ferviente antihaitianismo de muchos dominicanos les ha hecho olvidar los lazos de sangre que ligan a numerosos habitantes de una y otra parte de la isla, y ha contribuido a la ocultación de un hecho fácilmente constatable”.
Bien provisto de datos históricos, Moya Pons describe cómo se establecieron estos lazos. Y menciona entre las relaciones que contribuyeron a anudarlos la unión de campesinos y funcionarios haitianos del gobierno de Boyer, para entonces “administrador del Estado en la antigua colonia española”, con mujeres dominicanas.”.
El historiador cita un primer ejemplo, el de la familia Despradel, asentada en La Vega durante la dominación haitiana, cuando llegó a esa provincia Saint-Julian Despradel o “Des Pradères”, “dejando una distinguida descendencia que ha dejado importantes huellas políticas y culturales en la vida dominicana”. ”.
“El ferviente antihaitianismo de muchos dominicanos les ha hecho olvidar los lazos de sangre que ligan a numerosos habitantes de una y otra parte de la isla, y ha contribuido a la ocultación de un hecho fácilmente constatable”.”.
Párrafos adelante, continúa mencionando apellidos de linaje haitiano: Montás, Chevalier, Leger, Doñé, Calier, Dipré, Lapaix, Garó, asentados en San Cristóbal, “que llegaron al país mientras la isla estuvo unificada bajo el gobierno de Puerto Príncipe”. ”.
“Además de estos, existen otros numerosos apellidos diseminados por todo el país que apuntan a un reconocido origen haitiano como los Hereaux de Puerto Plata, los Thevenín de Azua, los Diloné de La Vega, los Dubal de San Juan de la Maguana, los Beltré de Santo Domingo y los Lespier de Navarrete”. ”.
Moya Pons añade un dato interesante para la comprensión del fenómeno que describe: “La dominicanización de los apellidos se aceleró después de la matanza de haitianos perpetrada por Trujillo y sus colaboradores en 1937 pues a partir de ese año nadie con apellido haitiano podía sentirse seguro en la Repúbliva Dominicana”.”.
El segundo artículo, publicado el 25 de enero en el número 260 de Rumbo, es mucho más abundante en datos. Titulado “Apellidos haitianos (y franceses) en Santo Domingo”, su primer párrafo alude a la ignorancia con la que muchos dominicanos acometen su propia genealogía. ”.
“Es frecuente oír a muchos dominicanos que descienden de haitianos, pero que desconocen su origen, hablar de buena fe acerca de sus supuestos antepasados franceses sin saber que sus apellidos llegaron al país desde Haití”, dice Moya Pons.”.
Por efecto del miedo aludido en el artículo anterior, la grafía de muchos de estos apellidos fue transformada por sus portadores. Así Vincent se convirtió en Benzán, Bazile en Bazil, Vraiment en Bremón, Montaigne en Montaño, Nanette en Nanita, Marcelin en Marcelino, Lebrun en Lebrón, D’Hotel en Dotel, Coicu en Coiscou, Poujol en Pujol. “La dominicanización de los apellidos se aceleró después de la matanza de haitianos perpetrada por Trujillo y sus colaboradores en 1937 pues a partir de ese año nadie con apellido haitiano podía sentirse seguro en la Repúbliva Dominicana”. ”.
“La determinación exacta de las familias dominicanas de ascendencia haitiana tal vez nunca pueda completarse debido al ocultamiento de sus orígenes que han realizado muchas de estas familias luego de su llegada a la República Dominicana”, apunta Moya Pons.”.
Copiamos a continuación los ejemplos que provee el historiador en este artículo. A :Alí, Antoine, Aquino, Arnaud,”.
B : Baret, Bazil, Belliard, Beltré, Benoit, Benzán, Benzant, Bergés, Bernard, Bidó, Biné, Binet, Bisonó, Blanchard, Bonnet, Bonet, Bonetti, Borbón, Brazobán, Buret, Bourget, Boyer, Bremón, Bretón.”.
C : Cadet, Caró, Cepín, Cerdá, Chanlatte, Cherry, Chevalier, Cifré, Clairot, Coiscou, Coradín, Corniel, Cornielle, Corporán, Cruceta.”.
D : Dalmasí, Deveaux, Deetjen, Desangles, Deschamps, Despradel, Deveaux, Difú, Difús, Difut, Diloné, Diplán, Dipré, Diroché, Doñé, Dotel, Dubeau, Doucoudray, Dupré, Durán, Durocher, Durval, Duval, Duverliet.”.
F : Fabián, Fabré, Feliú, Florián, Florimón, Fourment, Frinán, Frómeta.”.
G : Gatón, Gautreau, Germosén, Gerón.”.
H : Herasme, Herrand, Heureaux, Holguín, Husmeau,”.
I : Isidor”.
L : Labourt, Lachapelle, Lacrespaux, Lafontaine, Lapaix, Larancuent, Lascrepaux, Lasosé, Laucer, Lebrón, Leger, Lemoine, Lespier, Luperón, Lusón.”.
M : Mañón, Marcelin, Michel, Milor, Minier, Mondesí, Mondesir, Monegro, Montaño, Montás, Moquete, Morbán, Moreau, Moreta, Moronta, Morrobel.”.
N: Nanita, Nina, Noel, Noesí, Nohesí”.
O : Ogando, Oguís,”.
P : Pagán, Paul, Paulino, Payán, Payano, Peignand, Pelletier, Peñaló, Pepén, Pepín, Pierret, Pochet, Pontier, Pujol, Pradel.”.
R : Renville, Riché, Richiez, Ricourt, Rivière, Román, Rondón, Roseaux, Rosón, Royer”.
S : Saint-Hilaire, Saladín, Salcé, Saneaux, Santos, Sarubí, Sención, Severino, Silié, Soñé, Souffront, Suberví,”.
T : Thevenín,”.
U : Ubén”.
V : Valette, Viau, Vincent”.
La lista no es exhaustiva sino enunciativa. Habla, simplemente, de la historia. http://www.7dias.com.do/index.php/noticias/148827/Encuentre_al_haitiano_detras_de_su_apellido_dominicano_consultando_esta_lista

Haïti-USA :Toms shoes en Haïti pour produire des chaussures

Jeudi, 26 Septembre 2013 12:14 FA/HPN
Le fondateur de l’entreprise américaine « Toms Shoes » a annoncé mercredi à New-York que sa compagnie spécialisée dans la confection de chaussures, allait investir 10 millions de dollars en Haïti dans la construction d’une manufacture de chaussures.
À l'heure actuelle, les chaussures Toms sont fabriquées en Argentine, en Chine, au Kenya et en Ethiopie. La société cherche ardemment à produire un minimum de 1/3 toutes ses chaussures dans les régions géographiques où ses chaussures sont livrées. Pour Haïti, Toms a pris un contrat de 5 ans pour produire des millions de ses chaussures et soutenir la croissance de l’industrie de la chaussure haïtienne.
« Nous sommes vraiment fier et heureux de prendre cet engagement, et nous ne serions pas dans cette position si ce n'était pas pour le leadership et l'inspiration en cours du Président Clinton » a déclaré Blake Mycoskie en marge de la réunion Clinton Global initiative à Manhattan.
« Il y a trois ans, Bill Clinton m'a demandé d'aider à soutenir la population Haïtienne et Toms a répondu en donnant des centaines de milliers de nouvelles paires de chaussures pour les enfants dans le besoin. Aujourd'hui, notre attachement à Haïti est d'autant plus grand, et nous sommes impatients de la création d'emplois et d'opportunités en Haïti au cours des prochaines années. »
L'Engagement final de Toms a été élaboré sur plusieurs mois, la compagnie fondée en 2006 a travaillé en étroite collaboration avec le bureau du Président de la présidence haïtienne, la Primature, le Ministre du Commerce et de l'Industrie, le Centre de Facilitation des Investissements et le Conseil Consultatif d'Haïti sur la croissance économique et l'investissement.
TOMS Shoes est une entreprise américaine basée à Santa Monica, Californie, mais aussi une association humanitaire, Friends of TOMS. TOMS a fait une promesse : pour chaque paire vendue, une paire est offerte à une enfant dans le besoin.
http://www.hpnhaiti.com/site/index.php/hait-diaspora-trait-dunion/new-york/10543-haiti-sua-toms-shoes-en-haiti-pour-produire-des-chaussures

Trois ans après le séisme, les investisseurs restent frileux en Haïti

Par Dominique Cettour-Rose
Les autorités haïtiennes recherchent désespérément près de 20 milliards de dollars d'investissements directs pour redresser leur économie. Trois ans après le séisme qui a fait 250.000 morts, Haïti conserve une image négative auprès des investisseurs étrangers. En raison notamment de l'instabilité politique chronique et du niveau de violence.
En Haïti, plus de 70% de la population active est au chômage et la majorité des habitants vit avec moins d'un dollar par jour. Dans un climat économique désastreux, le Conseil consultatif présidentiel pour le développement économique et l'investissement (CCPDEI) a fait les comptes. «Haïti a besoin de 20 milliards de dollars d'investissements directs pendant cinq à dix ans pour devenir un pays émergent», a estimé l'industriel haïtien Grégory Mevs, qui codirige l’institution avec l'ancien président américain Bill Clinton.
«Nous avons besoin de 3 milliards de dollars d’investissement dans le secteur de l’énergie et de près de 4 milliards dans le secteur portuaire», a précisé Stan Wojewodski, le conseiller spécial de Grégory Mevs. D’autre part, le CCPDEI devrait signer prochainement avec la «Deutsche Bank» et le fonds Yunus, un accord pour un fonds de 1 million de dollars en faveur des PME haïtiennes.
«L'opinion internationale sceptique» Durant ces trois dernières années, les investissements directs étrangers (IDE) ont progressé de 20%, affirmait récemment le directeur général du Centre pour la facilitation des investissements (CFI) Me Georges Andy René. Même à ce niveau, les IDE restent largement insuffisants pour donner une nouvelle impulsion à l’économie haïtienne.
Selon le CFI, seuls 200 millions de dollars ont été investis dans le pays au cours de l’année 2012. Soit une hausse de 180% par rapport à l’année précédente, note M. Mevs qui estime que «le pays bouge, mais l'opinion internationale reste sceptique».
http://geopolis.francetvinfo.fr/les-investisseurs-etrangers-restent-frileux-en-haiti-23167

Haïti, l'île martyre

Par Laurent Godé
Source Le Figaro Magazine
Il n'y a que dans le monde des songes où la peur et la beauté se côtoient ainsi.» C'est de cette façon que la photographe américaine Maggie Steber définit ce qui, pour elle, est l'essence de Port-au-Prince. Nous la croisons, Gaël Turine et moi, à notre arrivée, sur la terrasse du vieil hôtel Oloffson. Ici, le cauchemar peut, en quelques secondes, basculer en rêve et inversement. A tout moment, la laideur peut faire place à un instant inoubliable de lumière.
Port-au-Prince est une ville où les inégalités sont criantes. Elles s'inscrivent dans une géographie implacable: en haut, les seigneurs, en bas, le peuple des oubliés. Dans la ville basse, le long de la côte, les quartiers pauvres: Martissant, La Saline, et le tristement célèbre quartier de Cité-Soleil, considéré comme le plus grand bidonville de la Caraïbe. Un peu plus loin de la côte, le centre historique, avec le palais présidentiel détruit, la place du Champ-de-Mars, la grande rue. Les gravats ont été déblayés, mais il y a encore beaucoup d'immeubles en lambeaux, vides, comme des structures fantômes. En haut, enfin, sur les collines qui surplombent la ville basse, les quartiers plus chics, comme Pétionville ou Montagne Noire. Là, la vue est belle. Les rues sont propres. Certaines villas sont bordées d'immenses jardins en terrasse… A Port-au-Prince, plus on monte, plus on est riche. La misère reste en bas, dans la poussière des rues non goudronnées et le tumulte de la foule. Dans la ville basse, il faut faire un effort d'imagination pour tenter de retrouver les vestiges de l'époque où Port-au-Prince était «la perle des Antilles». Epoque mythique d'avant les Duvalier où les écrivains et les acteurs américains, les fortunés de ce monde venaient ici pour jouir du soleil avec volupté, comme aujourd'hui ils vont à la Barbade où à Saint-Barthélemy.
Que reste-t-il de ce passé de carte postale? Les maisons gingerbread, çà et là, dans les quartiers de Pacot ou de Turgeau, ces grandes villas tout en bois, construites au début du XXe siècle dans un style victorien, avec terrasse et balcon, et qui trônent aujourd'hui, un peu dégarnies, comme de grandes ossatures à l'abandon. Pour le reste, Port-au-Prince n'a plus rien d'une perle: l'agrandissement constant de sa population provoqué par l'exode rural a fait exploser tous les schémas d'urbanisation, et le séisme a achevé de transformer la ville en chaos urbain. En Haïti, tout ne commence ni ne finit avec Goudou Goudou, le séisme du 12 janvier 2010. Plus de trois ans après la tragédie qui a fait environ 300.000 morts, le pouvoir politique commence à vouloir décrocher l'image du pays du tremblement de terre. Il faut rassurer les investisseurs. On déblaie. On reconstruit. La ville oscille entre désir de normalité et besoin de recueillement. Dans le quartier de Saint-Gérard, autour d'un monument commémoratif qui a été érigé par les gens du quartier, le travail de deuil se poursuit. Une femme est venue de Miami et le groupe se retrouve autour du petit kiosque blanc pour écrire sur les plaques du monument un nouveau nom: celui de la sœur de cette femme, morte ici trois ans plus tôt. Si le séisme a frappé, c'est pour punir Haïti
Plus loin, à côté de la cathédrale nouvelle qui s'est en partie effondrée et reste à ciel ouvert, quelque 200 personnes assistent à un prêche en mémoire des victimes. Il y a du monde, mais ce n'est pas non plus une foule infinie. La voix de l'évêque monte et essaie de réchauffer l'assistance. Lorsqu'elle martèle: «Ayiti pap pourri, Ayiti pap péri», on entend des grondements approbateurs dans l'assemblée ; mais plus tard, on est sidéré d'entendre que si le séisme a frappé Haïti, c'était pour punir le pays de ses péchés. On en est encore là: le châtiment divin. On ne parle pas de plaque tectonique, de misère, de la nécessité d'un urbanisme pensé, contrôlé, de normes de sécurité, non, on parle du courroux du ciel devant la débauche des hommes. Et à ces mots, à nouveau, un grondement approbateur monte de l'assemblée. Partout, dans la ville, on remercie Dieu, sur les murs, les voitures, les devantures d'échoppe. Le séisme, étrangement, n'a pas rompu le lien entre les Haïtiens et la religion, il semble même l'avoir renforcé. Derrière la cathédrale, à l'endroit où une grande croix est restée debout, les femmes s'accrochent aux barbelés, les bras en l'air, et dansent doucement en murmurant le nom de Jésus. Le malheur et l'injustice ne rendent pas nihilistes à Port-au-Prince, ils accroissent la ferveur.
Plus tard dans la journée, une nouvelle stupéfiante nous parvient: «Ils démolissent le camp de la place Sainte-Anne.» Nous nous précipitons là-bas. Depuis 2010, cette place du centre-ville bordée par le lycée Toussaint-Louverture abrite un camp de réfugiés. Les autorités de la ville ont tout mis à bas. La place n'est plus qu'un immense terrain jonché de détritus: briques cassées, planches de bois arrachées. Sur ce qui étaient les portes ou les murs de ces petites habitations, on peut encore lire ces trois mots: «A 2 Moli» (à démolir). C'est un spectacle de désolation. On enjambe les ordures, les vieilles affaires, les bouts de bois. La colère le dispute à l'effondrement. Comme nous le dit un voisin, furieux, au bord des larmes, descendu par solidarité avec les réfugiés: «Je les connais ces gens. Nous étions ensemble le jour du tremblement de terre. J'ai perdu ma femme il y a trois ans. Nous étions tous là… ensemble… On ne peut pas les traiter comme ça…» Il ne reste plus qu'une seule baraque debout. A l'intérieur, une petite fille de quatre jours. Combien de temps laisseront-ils cette habitation debout?…. La mère, à l'intérieur, veille sur son enfant, muette. Elle nous regarde avec des yeux lents dans lesquels on voit toute la résignation du monde. Ils ont tout cassé. Pendant deux heures. Pour dégager la place.
Les autorités disent que chaque famille a reçu un coupon qui leur permettra de toucher 20.000 gourdes (l'équivalent de 400 €) pour se reloger quelque part. Mais tous, au milieu des débris, nous disent la même chose: que la distribution des coupons a été aléatoire, que beaucoup n'en ont jamais vu la couleur… A la question: où dormirez-vous ce soir?, ils sont nombreux à montrer du doigt l'église Sainte-Anne. Il ne reste plus que deux murs debout, mais les habitants de Port-au-Prince semblent continuer à penser que malgré le toit effondré, il y fait plus chaud qu'ailleurs. Nous les laissons derrière nous lorsque la nuit tombe. Personne ne nous avait dit qu'il pouvait y avoir pire que de perdre sa maison dans un tremblement de terre, pire que de vivre trois années durant dans des conditions de fortune au milieu d'un camp de réfugiés miséreux, il y a encore ce jour où l'on met à bas votre baraque de tôles et où il ne vous reste que le ciel sur votre tête et ces trois mots qui résonnent avec la grimace du cauchemar: «A 2 Moli».
Les ombres de Haïti ne sont pas toutes liées au séisme. Ce sont parfois des fantômes du passé qui viennent hanter les rues sans que l'on sache si elles le font comme des âmes errantes ou par désir de menacer l'avenir. Et si la terre, en secouant la ville, avait tout réveillé? Tout se mêle ici: le passé, le présent. Dans les jours qui ont suivi le séisme, les vieux démons de Haïti ont tous voulu revenir au pays: Jean-Claude Duvalier, le 16 janvier, six jours après la tragédie. Jean-Bertrand Aristide, le 17 mars 2011, quatorze mois plus tard. Comme si tout ressurgissait. Et c'est peut-être ce qui frappe ici, dans les rues de Port-au-Prince: à quel point les différentes strates d'histoire s'empilent, se chevauchent, se côtoient dans une étonnante proximité. Tout se passe comme si l'urgence de vivre, les difficultés quotidiennes faisaient concurrence à la mémoire citoyenne.
Nourrie par les difficultés,l'amnésie politique est partout
Dans le quartier de La Saline, un des plus pauvres de Port-Au-Prince, tristement connu pour être un des lieux où Aristide recrutait ses «chimères», un vieux monsieur qui nous sert de guide nous montre les logements sociaux construits à cette époque et ajoute sur un ton définitif: «Aristide, meilleur Président»… Chaque jour, les journaux se font l'écho du probable abandon des accusations qui pèsent sur Jean-Claude Duvalier par le juge chargé du dossier… L'amnésie politique est partout, nourrie par la difficulté de la vie et par l'illusion que les temps d'avant étaient meilleurs. On repense alors aux mots de la photographe Maggie Steber. Oui, on bascule sans cesse, dans ce pays, du cauchemar au rêve, de l'effrayant au saisissant. Nos promenades dans les rues de Port-au-Prince peuvent se résumer à une série de visions étranges, oniriques ou terrifiantes.
Comme ces enfants du quartier de Martissant que l'on a regardés longtemps jouer au bord de l'eau, dans les détritus, joyeux et beaux, jusqu'à ce que l'on découvre, à nos pieds, un crâne humain. Et personne autour de nous ne connaissait l'histoire de ce crâne, ni ne s'en souciait vraiment… Cet homme qui nettoyait les tripes d'animaux dans une eau immonde, et qui, son travail achevé, mit sa marchandise dans une brouette, puis, pris d'une soudaine idée, revint sur ses pas et installa avec de la corde la tête d'un veau à la proue de sa brouette et partit ainsi - vision étrange - dans un grand éclat de rire… Port-au-Prince est là, dans ces contractions étonnantes qui disent quelque chose de la folie, de l'errance, de la violence, mais pas de façon articulée, par images successives, par chocs sensoriels…

Et malgré tout, ce qui nous frappe, c'est que toutes les personnes que nous avons rencontrées dans ces quartiers d'enfer nous ont parlé avec une politesse qui semblait presque incongrue, des mots choisis, dénotant un réel regard sur leur situation. Il y a ce jeune homme de 24 ans, rencontré au cœur du bidonville de Cité-Soleil, qui nous dit d'une voix douce:«J'ai 24 ans mais je me sens vieux…», et à son regard, on le croit. Ici, l'espérance de vie est de 55 ans pour les femmes et de 53 ans pour les hommes.
Il y a aussi cette femme, dans le quartier de Jalousie, qui nous interroge sur ce que nous écrirons et finit par demander que l'on ne parle pas que des choses mauvaises. Et lorsqu'on l'interroge à notre tour sur ce qu'elle dirait pour souligner les points positifs de cette ville, il y a ce long silence, un sourire gêné et cette phrase: «Je ne sais pas… c'est difficile…», comme une abdication face à la difficulté des jours.
Et pourtant, ils ont raison. La lumière existe à Port-au-Prince. Elle est même partout. Dans ce qui peut paraître futile mais qui ne l'est pas: l'élégance des gens. Dans ces rues polluées, aux embouteillages énormes, où la moindre promenade vous couvre de poussière, les élèves des écoles sont toujours impeccables dans leurs uniformes. Il faut s'imaginer ce que cet effort représente au quotidien dans des familles où il n'y a pas l'eau courante, où on ne possède pas forcément un fer à repasser. Et pourtant, les enfants ont des chemises blanches et sont tirés à quatre épingles. La lumière, elle est dans les yeux de Viviane Gauthier, lointaine descendante de Dessalines, arrière-petite-fille du président Florville, installée dans une magnifique maison gingerbread depuis 1932. Qui a vu défiler tant de choses, avec ses cheveux blancs, son chemisier blanc, son short bleu et qui continue, à l'âge de 94 ans, à donner des cours de danse sur la grande terrasse où elle a fait installer une barre fixe. On la regarde, cette figure atemporelle, se tenir droite et faire bouger ses épaules au rythme des tambours…
La lumière existe dans cette ville. Elle est fragile, sans cesse menacée, mais c'est peut-être ce qui la rend si intense. Elle est dans les allées étroites du grand marché de la Croix-des-Bossales où tout se vend, les vêtements, les épices, le charbon, où les Blancs, à l'époque de la colonisation, vendaient les esclaves, où tout se mêle dans un capharnaüm inimaginable et où le visiteur est sans cesse bousculé, dépassé, comme si le temps, ici, ne pouvait couler que de façon frénétique, parce qu'il est urgent de vivre.
Pour la plupart d'entre nous, Haïti est le pays maudit, celui qui a vécu tous les malheurs dans une accumulation effrayante: les dictatures, le séisme, le choléra, les ouragans… Et comment nier cette succession objective d'épreuves. Mais je veux me souvenir de la saine colère du grand écrivain Lyonel Trouillot lorsqu'on lui parle de malédiction. La malédiction, c'est le fatum, et il n'y a plus qu'à baisser la tête. La malédiction, c'est une insulte à l'action politique, à la révolte citoyenne. Il a raison. Le peuple haïtien mérite mieux. Mieux que l'idée qu'il serait sur terre pour tout endurer. Mieux que l'idée qu'il est puni pour ses péchés. Mieux que cette inégalité sociale révoltante qui ronge son avenir. Au moment où l'avion décolle, on sait qu'on a été changé par ce voyage et on remercie les ombres de Port-au-Prince qui ont déposé en nous un peu de leur lumière et de leur puissante dignité.
http://www.lefigaro.fr/international/2013/09/27/01003-20130927ARTFIG00286-haiti-l-ile-martyre.php