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jeudi 16 février 2012

Toussaint Louverture, un téléfilm attendu et contesté

Publié le lundi 13 février 2012 à 15H02 France 2. La chaîne publique retrace dans un téléfilm en deux parties le combat de Toussaint Louverture.
France 2 retrace dans un téléfilm en deux parties (14 et 15 février) le combat de Toussaint Louverture
« Réécriture de l’Histoire, manipulation mémorielle, propagande idéologique, excitation communautariste… » Philippe Pichot, historien, chef de projet développement du château de Joux dans le Jura (lieu d’incarcération de Toussaint Louverture), et membre du CPMHE*, n’a pas aimé les libertés que le réalisateur Philippe Niang a prises avec la réalité historique dans son téléfilm, Toussaint Louverture. « Mettre en scène un tel personnage qui, dans l’histoire universelle, surgit comme le déclencheur de la première abolition de l’esclavage, l’initiateur de la première indépendance d’une colonie indigène (Haïti) et la première figure du pouvoir noir, méritait un minimum de sérieux. » La productrice du film, France Zobda, assure du contraire : « Nous nous sommes adressés à trois historiens, un Haïtien, un Américain et un Français, afin de comparer, recouper et corroborer le fruit des différents travaux de recherche car, nous voulions que notre film soit le plus proche de la réalité. »
Alain Foix, coscénariste et auteur de la biographie Toussaint Louverture chez Folio-biographies, se souvient de la bagarre menée avec la chaîne et les autres scénaristes pour que la réalité soit respectée. « Oui, admet-il, Philippe Pichot a raison sur tout. Mais il vaut mieux un mauvais téléfilm sur Toussaint Louverture que pas de téléfilm du tout. »
Philippe Niang justifie son parti pris par la nécessité d’édifier des héros historiques : « Toussaint Louverture fait partie de ces icônes, quitte à tordre le cou à la vérité historique, au nom de la vraisemblance idéologique… C’est pourquoi j’ai mis en scène des épisodes qui pour n’être pas tangibles n’en sont pas moins crédibles comme l’assassinat par noyade du père de Toussaint. » En fait, le père de Toussaint Louverture est mort presque centenaire vers 1804… Le film montre encore Toussaint et sa famille enchaînés, marchant en plein hiver dans la neige, frappés par des soldats alors qu’ils vont au Fort de Joux. « La séparation de la famille a eu lieu en juin à Saint-Domingue », s’étouffe presque Philippe Pichot. A un autre moment du film, le médecin qui vient visiter Toussaint dans sa geôle est présenté comme un simple maréchal ferrant. « Seuls l’officier de santé de l’armée ou le médecin local était autorisé à voir Toussaint dans sa cellule ! », poursuit l’historien qui tient une liste de contre-vérités dans le film longue comme le bras ! « J’aurais à déplorer, note Alain Foix, l’absence de personnages comme l’abbé Grégoire, du club des « Amis des noirs », qui auraient complètement raccordé cette fiction à la grande histoire de France plutôt que d’en faire une histoire d’Haïti contre la France et parfois même, des blancs contre les noirs. Je me suis longtemps battu pour qu’on ne fasse pas dire à Toussaint s’adressant à Napoléon ce qu’il n’a jamais dit : « Du premier des noirs au premier des blancs ». C’est une citation malheureuse de Lamartine. Toussaint n’a jamais opposé les noirs aux blancs. C’est hélas ce qui restera. »

Faire un film sur un homme décrit comme un précurseur par Aimé Césaire, un modèle des luttes pour les indépendances et contre l’apartheid ou pour les droits civiques était une nécessité parce que l’image de Toussaint Louverture et son histoire sont totalement absentes dans notre mémoire collective. « Mais, regrette Alain Foix, la puissance de la télévision imprime les imaginaires et ce qui reste d’une histoire fausse devient le vrai. En cela, je partage l’inquiétude de Philippe Pichot ». Et cela même s’il trouve le film « utile et plaisant ».
*Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage
Thierry Sorel (responsable fiction à France Télévisions) : « Une non polémique »
« Il s’agit d’un film utile sur un héros positif noir », commente Thierry Sorel, responsable de la fiction à France 2. Le film vient de la volonté des producteurs (France Zobda et Jean-Loup Monthieux) qui ont voulu raconter un grand héros noir qui appartient à l’histoire de France. « Ca faisait longtemps qu’un tel projet était à l’étude, même Dany Glover s’y est cassé les dents. Là, c’est apparu comme une évidence même si ça n’a pas été sans peur… » Peur de ne pas être à la hauteur comme le reprochent les historiens ? « On doit fictionner.
La réalité est dans les livres d’histoire. Ce film a un parti pris de fiction comme c’est vrai dans tous les films historiques. L’attaque des historiens sur la crédibilité du film est une non polémique car ce film n’est pas un documentaire. Il sert l’imaginaire collectif français dans lequel tout un tas de personnages comme Toussaint Louverture manquent. »

http://www.paris-normandie.fr/article/tvpeople/toussaint-louverture-un-telefilm-attendu-et-conteste

Toussaint Louverture, Fondateur d’Haïti, première République noire au monde

mercredi 15 février 2012, par Staff Culturefemme
Suite à la diffusion (14 et 15 février sur Frnce 2) du téléfilm "Toussaint Louverture", Culturefemme fait un bref focus sur l’homme, occasion de (re)découvrir un des plus grands héros du monde noir et du combat pour la dignité et la liberté humaine.
Toussaint Louverture naît esclave le le 20 mai 1743, dans la plantation Bréda (nom de son maître), près de Cap-Français (Saint-Domingue). Surnommé "Toussaint Louverture" pour son habileté à percer et ouvrir les lignes ennemies au combat, Toussaint Louverture est mort le 7 avril 1803, il avait 60 ans. ©Culturefemme.com
Toussaint Louverture (né François-Dominique Toussaint le 20 mai 1743 dans une habitation près de Cap-Français, en Haïti, mort le 7 avril 1803 au Fort de Joux, à La Cluse-et-Mijoux en France) est le grand dirigeant de la Révolution haïtienne, devenu par la suite gouverneur de Saint-Domingue (le nom d’Haïti à l’époque).
Il est reconnu pour avoir été le premier leader noir à avoir vaincu les forces d’un empire colonial européen dans son propre pays. Né esclave, s’étant démarqué en armes et ayant mené une lutte victorieuse pour la libération des esclaves haïtiens, il est devenu une figure historique d’importance dans le mouvement d’émancipation des noirs en Amérique.
Une scène du téléfilm "Toussaint Louverture" (Philippe Niang), diffusé sur France 2.
En premier plan, Jimmy Jean Louis (Toussaint Louverture), Aïssa Maïga (Suzanne, épouse de Toussaint Louverture).
Son grand-père, Gaou Degueno, serait un Africain né au Dahomey (actuel Bénin), issu d’une famille royale d’Allada. Déporté à Saint-Domingue, son père Hippolyte Gaou est vendu comme esclave au gérant de l’habitation Bréda, dans la province du Nord, près du Cap-Français. Dans la plantation de ce domaine naît Toussaint, recevant alors le nom de son propriétaire, Bréda, selon l’usage. Son maître, François-Antoine Baillon de Libertat, encourage Toussaint à apprendre à lire et à écrire, et en fait son cocher, puis le commandeur (c’est-à-dire le contremaître) de l’habitation.
En 1776, il est affranchi à l’âge de 33 ans. Cette "liberté de savane" lui donne la possibilité, comme l’avait eue son père, de posséder et cultiver un lopin de terre, avec cinq esclaves sous sa direction.
Toussaint, malgré une petite taille et une laideur qui lui vaut le surnom de Fatras-Bâton, gagne une réputation d’excellent cavalier et de docteur feuille, guérisseur maîtrisant la médecine par les plantes. Il épouse une femme libre du prénom de Suzanne dont il a deux fils : Isaac et Saint-Jean. Il adopte aussi un premier fils de Suzanne, le métis Placide, et a une nombreuse descendance illégitime.
Lorsque apparaissent les premiers signes de révolte des esclaves, Toussaint est alors à la tête d’une petite exploitation caféière qu’il loue pour 1 000 livres par an à son gendre, Philippe-Jasmin Désir, lui aussi affranchi, dirigeant une famille d’esclaves d’une douzaine de membres. Il ne prend d’ailleurs pas part directement aux premiers évènements de 1791, n’étant alors plus esclave lui-même.

Le révolté allié à l’Espagne
La Révolution française provoque d’énormes répercussions dans l’île. Dans un premier temps, les grands Blancs (riches propriétaires, administrateurs et aristocrates locaux) envisagent l’indépendance, les petits Blancs (paysans, artisans et employés) revendiquent l’égalité avec les premiers et les gens de couleur libres.
Les esclaves sont informés de ces évènements, notamment les "nègres de talent" (nègres domestiques qui entendent ce que disent leurs patrons à table).
En août 1791, les esclaves de la plaine du Nord se révoltent suite à la cérémonie de Bois-Caïman. Toussaint Bréda devient aide-de-camp et médecin de Georges Biassou, commandant des esclaves qui, réfugiés dans la partie orientale de l’île, s’allient en 1793 aux Espagnols, qui l’occupent pour renverser les Français esclavagistes. Toussaint est initié à l’art de la guerre par les militaires espagnols. À la tête d’une troupe de plus de trois mille hommes, il remporte en quelques mois plusieurs victoires. On le surnomme dès lors "Louverture". Il devient général des armées du roi d’Espagne.
C’est l’acteur Haïtien Jimmy Jean-Louis (Heroes), qui joue Toussaint Louverture
Le 29 août 1793, Toussaint lance sa proclamation où il se présente comme le chef noir :
"Frères et amis. Je suis Toussaint Louverture ; mon nom s’est peut-être fait connaître jusqu’à vous. J’ai entrepris la vengeance de ma race. Je veux que la liberté et l’égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous, frères, et combattez avec moi pour la même cause. Déracinez avec moi l’arbre de l’esclavage. Votre très humble et très obéissant serviteur, Toussaint Louverture, Général des armées du roi, pour le bien public." [1]

1 Le révolté allié à l’Espagne

2 Le général de la République
3 La marche vers le pouvoir absolu
4 La fin de l’Aventure
5 Hommages
6 Galerie d’images
7 Sources
7.1 Bibliographie...
http://www.culturefemme.com/article10176.html

Un pont entre l'Afrique et Haïti

Le festival Etonnants voyageurs s’est tenu du 1er au 4 février à Port-au-Prince. Ecrivains haïtiens, africains et d’ailleurs ont échangé avec une jeunesse assoiffée de culture.
Port-au-Prince, au bas de la ville, soleil couchant sur l’espace du restaurant club Babako, l’un des trois lieux de rencontre du festival «Etonnants voyageurs». Il s’est tenu pour la première fois en 2007, est resté «au port» en 2010, pour cause de tremblement de terre, et le voici de retour en Haïti, comme promis, en ce début février.

Deux ans après le séisme du 12 janvier, la capitale est encore meurtrie, mais la vie y circule dans une énergie de chaque instant. Les jeunes, les étudiants, qui constituent la majorité du public, sont venus faire une pause dans la trépidation quotidienne, à la rencontre des quelques 40 auteurs participant à cette troisième édition.

La première république noire indépendante
Cet après-midi-là, à Babako, un débat réunit écrivains africains et haïtiens autour d’une question extraite du livre d’Alain Mabanckou, Le sanglot de l’homme noir.
«Qu’y a-t-il de commun, en dehors de la couleur de peau, entre un Noir en situation irrégulière qui étudie à Sciences-Po, un sans-papiers d’Afrique de l’Ouest, un réfugié haïtien ou un Antillais de couleur issu d’un département intégré au territoire français?»
Et déjà, le mot «noir» a-t-il la même couleur en Afrique et en Haïti? Deux écrivains haïtiens participent à la rencontre. Louis-Philippe Dalembert, l’auteur de Noires blessures qui vit en France, éclaire la question d’une simple anecdote :
«J’étais à Jacmel (NDLR: sud de l’île) avec un Belge et un Guinéen, vêtu d’un boubou. Un vendeur d’artisanat nous a abordés, le Belge et moi lui avons répondu en créole que sa marchandise ne nous intéressait pas. Le Guinéen a tenté de lui faire comprendre à son tour, avec des gestes. Voyant qu’il ne parlait pas créole, le vendeur s’est exclamé, face à son interlocuteur, aussi noir que lui: «apa msye se blan (ah ce Monsieur est un blanc!).»
En Haïti, blanc signifie étranger. Et nègre signifie homme. L’île de Toussaint Louverture a forgé sa République sur cette victoire de la négritude debout dans son humanité, comme l’a chantée Aimé Césaire. Et pour les Africains, Haïti garde cette valeur historique et hautement symbolique même si, comme le remarque au cours du débat, l’écrivain togolais Sami Tchak, l’empire du Mali, sous une autre forme, a rassemblé lui aussi des hommes noirs! Léonora Miano, une Camerounaise vivant en France, voit en Haïti un lieu emblématique de cette mémoire commune aux Afro-descendants qui intéresse particulièrement la romancière. Autour de la table, l’écrivain haïtien Jean-Euphèle Milcé précise.
«Nous en Haïti, nous nous sommes construits sur cette fierté d’avoir combattu pour devenir la première république nègre indépendante, c’est elle qui nous a permis de regarder les autres en face. Mais plus récemment dans l’histoire, notre dignité a été remise en cause par l’occupation américaine, et aujourd’hui par l’assistance humanitaire, donc ce sanglot de l’homme noir dont parle Alain Mabanckou finit par nous rejoindre…»
Face à un public haïtien, cette rencontre résonne différemment, même si à l’instar des Africains, «les Haïtiens émigrés peuvent rencontrer aux Etats-Unis la même agressivité de la part d’Afro-américains avec lesquels la couleur de peau créée une fausse complicité: ils viennent aussi "manger le pain" des noirs d’Amérique!», remarque Dalembert. Et même si cette île a vu naître Anténor Firmin (en 1850), l’auteur de De l’égalité des races humaines, la société haïtienne reste très marquée par les différences de couleur de peau entre noirs et mulâtres.
Il n’en sera pas question ici, mais bien encore de cette fierté mise à mal par le contexte du pays, comme l’exprime cette question d’un jeune homme dans le public:
«La fierté haïtienne, d’accord, mais on perd des galons, et l’on commence à devenir pas grand-chose… Mais pourquoi éterniser cette question de couleur qui est la moins utile pour l’humanité?»

Le Sud parle au Sud
Pendant quatre jours, Port-au-Prince a vécu au rythme de ces débats, face à de jeunes Haïtiens venus en nombre, à Babako, ou encore à Fokal, la fondation connaissance et liberté, poumon culturel de la ville que le séisme a relativement épargné, et à l’Institut français.
Sur le thème des dictatures, sur la capacité de soulèvement des peuples abordée au cours d’une rencontre sur les Printemps arabes avec les romanciers Yahia Belaskri et Kebir Ammi, sur les arts, et bien évidemment autour de l’essentiel réunissant les écrivains, c’est à dire la littérature et la poésie, des ponts ont été établis entre le continent et l’ile caribéenne, comme déjà lors des éditions maliennes du festival «Etonnants voyageurs» à Bamako. Ce vœu de Dany Laferrière, que «Le Sud parle du Sud» est en bonne voie de réalisation!
Léonora Miano découvrait Haïti à cette occasion:«Elle m’est apparue comme le pays le plus africain des Antilles, tellement moins policé que les Antilles françaises». Comme tous les écrivains invités, elle s’est déplacée en province lors de la première journée du festival, en l’occurrence dans la ville de Jérémie, avec l’écrivain Josaphat Robert Large, Haïtien exilé de retour au pays dans sa ville natale pour le festival.
Celui-ci a en effet ramené sur leur terre de grandes figures de la littérature de la diaspora, tels Anthony Phelps ou Dany Laferrière qui se sont exilés à Montréal, aux côtés de ceux qui y vivent, Lyonel Trouillot, Frankétienne, et surtout le grand poète Goerges Castera auquel cette édition rendait un hommage particulier, lui qui a fait de l’encre sa «demeure». Il inspire toute la jeune génération de poètes haïtiens.

Un peuple de poètes
Malgré cette précarité si visible, Léonora Miano a été frappée par la curiosité du jeune public et par l’importance accordée à la culture dans un pays qui compte pourtant près de 65% d’analphabètes.
«A l’entrée de la ville, on peut lire "bienvenue à Jérémie, la cité des poètes"», raconte-t-elle, et dans les rencontres, j’ai constaté que beaucoup de jeunes écrivaient avec une détermination étonnante. Tout le monde semble un peu poète ici, aussi démunis que soient les gens. J’ai assisté au triomphe d’un jeune poète qui s’est levé pour déclamer des poèmes en créole, il était tellement habité, je n’ai vu ça nulle part ailleurs.»
C’est cela aussi, l’exception haïtienne, qui a tant donné et ouvre encore des horizons, avec une nouvelle génération de talents (Makenzy Orcel, Marvin Victor) et des initiatives qu’on imagine improbables. Ainsi la résidence d’artistes qui a été ouverte par le poète James Noel et sa compagne peintre Pascale Monnin, dans un petit village du Sud qui porte bien son nom «Port-Salut». «Passagers des vents» a déjà reçu des romanciers comme Wilfried N’Sondé en décembre dernier, ou encore Yahia Belaskri qui en revenait tout juste pour assister au festival à Port-au-Prince. Parmi les invités, Régis Debray, de retour en Haïti, avait des allures d’étudiant heureux d’apprendre. J.M.G Le Clézio, annoncé et tant attendu ici, n’a pas pu au dernier moment, honorer sa promesse… L’auteur de l’Africain, qui avait donné une belle place aux Haïtiens dans son exposition au musée du Louvre peut avoir bien des regrets…
A l’Institut français, le chanteur français Arthur H accompagné par le formidable musicien Nicolas Repac en musique, a clôturé cette édition en tous points remarquable, dans une promenade poétique au pays de «L’or noir». Dany Laferrière, qui avait déjà vu ce spectacle à Montréal confiait lors d’un débat avoir écrit un texte pour l'album de cette lecture musicale, qui sort fin mars, à partir d’une «vision»: «Celle d’Arthur H. au bord d’un grand fleuve en Afrique, entouré de gens…»
Ce récital réunit les textes d’auteurs haïtiens, africains comme Amos Tutuola (L’ivrogne dans la brousse) et antillais, de Aimé Césaire à Edouard Glissant. Deux ans après la disparition du penseur du «Tout-monde», on songeait à la force des imaginaires qui relient les hommes, en l’occurrence l’Afrique et les Caraïbes au monde, et chacun vivait l’émotion d’un moment magique qui avait bien pour décor la ville de Port-au-Prince…
Valérie Marin La Meslée

LA CREOLITE , ESSENCE DE L'ELECTRO KONPA DE TIKABZY

Montréal, Canada. Lundi 13 Février 2012. CCN/CaribbeanMusicNews.com

Le groupe de konpa Ti Kabzy, connu dans les Caraïbes pour son méga hit « Relax », et « Si ou té sav » avec Fuckly, vient de sortir « Tèt anlè ». Un son carnavalesque dans lequel le groupe donne toute la mesure du concept électro konpa qu’il développe depuis des années. CCN a rencontré JS (claviériste, leader), Alain (chanteur) et Jorjinoh (guitariste), peu avant leur départ dans un chalet au nord de Montréal en vue de finaliser le nouvel album studio du groupe.

CCN : Ti Kabzy, depuis votre dernier album « Tèt chajé » de 2007, que devenez-vous ? Qu’avez-vous fait durant ces 5 dernières années ?
Alain : Ti Kabzy est un groupe live avant tout, donc durant ces années, nous avons fait beaucoup de scènes. Et nous avons aussi sorti deux albums live, qui ont été très appréciés en Europe, en Guadeloupe et en Martinique.
JS : Nous nous sommes souvent rendus en Guyane, Guadeloupe et Martinique pour nos tournées traditionnelles des grandes vacances. C’est toujours un plaisir pour nous de retourner là-bas. On s’y sent comme à la maison : les gens sont chaleureux, et l’accueil est super ! Et, il ne faut pas oublier qu’en 2009, nous avons eu l’occasion de jouer à La Villette, à Paris, lors de la Kréyol Factory, avec le mythique Tabou Combo. Ce fut une expérience incomparable ! Et puis l’an dernier, nous avons eu l’honneur de jouer au Zénith de Paris lors des nuits tropicales. C’est toujours très intéressant de voir à quel point notre musique créole, l’électro konpa que nous développons, peut être appréciée par un public très cosmopolite.

CCN : Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, comment définiriez-vous le style Ti Kabzy ? C’est quoi au juste l’électro konpa ?

Jorjinoh : Nous sommes tous originaires d’Haïti, c’est tout naturellement que nous soyons très inspirés par le konpa. En Haïti, j’ai grandi dans un quartier où j’ai eu la chance d’assister aux répétitions de musiciens de groupes comme Tabou Combo, ou encore les frères Déjean. Des expériences comme cela, ça vous marque, forcément. Je ne m’imagine pas jouer et vivre autre chose que du konpa !

Alain : On est des gars modernes, avec toutes sortes d’influences. Nous faisons une musique qui nous ressemble.
JS : Et puis nous avons beaucoup appris aussi des pionniers du konpa dit « nouvelle génération ». Sweet Micky, Top-Vice, Digital Express…Tous ces groupes ont su apporter l’énergie de la jeunesse et des nouvelles technologies à cette musique qui fait notre fierté. Ti Kabzy est un groupe résolument moderne, et nous avons tous des influences éclectiques et très électro. Nous avons donc choisi de pousser un peu plus le concept « konpa nouvelle génération », pour développer un style « électro konpa ». Même si nous sommes en format live, avec un batteur, et souvent une section cuivre, nous exploitons au maximum les nouvelles technologies pour apporter cette touche digitale, très électronique qui plaît beaucoup aux jeunes, mais aussi à ceux qui ne connaissent pas forcément le konpa.

CCN : On dit souvent que le konpa est une musique faite que pour s’amuser. Il est passé le temps des Ti Manno avec des sons engagés et des messages forts ?
Jorjinoh : Je crois que c’est un mauvais procès que l’on fait au konpa. Bien sûr, c’est une musique populaire, essentiellement dansante. Mais presque tous les groupes de konpa ont leur part d’engagement. J’ai eu la chance, dans mon adolescence, d’avoir été le guitariste du Gemini All Stars de Ti Manno. Et j’ai beaucoup appris de lui. Il n’y a pas un groupe haïtien qui se contente de faire juste de la musique dansante. Quand T-Vice chante « Vin investi », ou Carimi « Ayiti Bang bang », il faut écouter ces paroles profondes et engagées. Idem pour Ti Kabzy avec « Si m’alé » et notre carnaval « Tèt anlè », entre autres. Par exemple, dans « Tèt anlè », nous soulignons que la diaspora a aussi un rôle à jouer dans la reconstruction et le développement d’Haïti. Faire de la musique engagée, ne veut pas forcément dire composer des rythmes lents ou ennuyeux. Nous partons du principe qu’au contraire, avoir un belle mélodie, entrainante, nous aide à faire passer des messages importants.

CCN : Vous venez de sortir un carnaval, et pourtant vous ne participez pas aux Carnaval National des Cayes…
Alain : Tout est dans la symbolique du geste. Même si nous ne participons pas physiquement au carnaval, cette année, nous avons tenu à nous impliquer. Être haïtien, caribéen, cela se vit pleinement, quel que soit l’endroit où l’on habite.

CCN : Il paraît que vous travaillez sur un nouvel album. Que peut-on en attendre ?
JS : Nous allons encore aller plus loin dans le concept électro konpa. Avec cet album, nous voulons satisfaire nos fans caribéens, et essayer de conquérir d’autres marchés.

CCN : En tant qu’artistes de la diaspora haïtienne, quels rapports entretenez-vous avec le créole ? Quelle place occupe la langue créole dans votre travail ?
JS : Nous créons créole, nous pensons créole et nous travaillons essentiellement en créole. Alors, bien sûr, nous utilisons aussi le français et l’anglais dans certaines pièces que nous composons. Mais nous assumons pleinement notre part de créolité. C’est l’essence même de notre œuvre. Et ce, tant sur la forme que dans le fond. La créolité est universelle, et je pense que les publics non caribéens et non créolophones qui apprécient beaucoup Ti Kabzy en sont la meilleure preuve. C’est là toute la beauté du créole.

CCN : Vos prochaines scènes ?
Alain : En ce moment, nous apportons les touches finales à notre dernier album. Mais nous avons déjà beaucoup de demandes pour la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, et l’Europe. Le circuit habituel. Toutes les infos de notre prochaine tournée seront disponibles sur la page facebook officielle du groupe : facebook.com/TiKabzy.
En Guadeloupe, nous aimerions beaucoup participer au prochain Gwadloup Festival, par exemple, ou encore renouveler l’expérience dominiquaise avec une seconde participation au Word Créole Festival. Et puis, ce serait un grand honneur pour Ti Kabzy de participer au Haitian Compas Festival de Miami. Nous ne l’avons pas encore fait, mais ce serait formidable d’y participer l’an prochain. Nous espérons que le nouvel album nous ouvrira de nouvelles perspectives.
Facebook : www.facebook.com/tikabzy

Twitter : @TiKabzy
Tèt anlè est en libre écoute sur http://soundcloud.com/ti-kabzy/t-t-anl-carnaval-ti-kabzy
Relax : http://www.youtube.com/watch?v=50EHdc4BsbM
http://www.sxminfo.com/2012/02/16/haiti-diaspora-ti-kabzy-la-creolite-est-lessence-de-notre-electro-konpa/

Haïti : le Secours catholique fait le point, deux ans après

Publié le jeudi 16 février 2012 à 06h00 «Plus de 4800 écoles se sont écroulées le jour du séisme.» Ph.Arch.
Le pays avait été totalement ravagé le 12 janvier 2010 par un séisme. Le Secours catholique, présent en Haïti depuis 1964, fera le point deux ans après, lors d'une conférence demain. Arlette Vaquette, bénévole de l'association, interviendra.

Vous faites partie du groupe Haïti au Secours catholique. Quel est son objectif ?
>> Nous nous réunissons, nous nous tenons informés de l'évolution de la situation sur place. Ce pays souffrait déjà d'une situation géographique qui l'expose aux cyclones et d'une extrême pauvreté. Des facteurs venus se superposer au séisme, qui ont ralenti les travaux.

Quelle a été l'action du Secours catholique en Haïti depuis le séisme ?
>> Juste après, il y a eu l'urgence : les soins, les distributions de tentes, l'alimentaire, le choléra... Aujourd'hui, nous tentons d'agir sur plusieurs thématiques : assurer la sécurité alimentaire, développer l'agriculture dans les campagnes où de nombreuses personnes ont migré suite à la catastrophe, reconstruire les 4 800 écoles qui se sont écroulées le jour du séisme. Nous voulons surtout participer à la reconstruction d'un foyer de formation professionnelle afin de tenter de sortir des enfants de l'esclavage. En effet, en Haïti, des familles très pauvres acceptent de « prêter » leurs enfants à des personnes aisées, pensant qu'elles les éduqueront. Ces enfants deviennent des esclaves. Ils seraient 300 000.

Deux ans après le séisme, les personnes sinistrées ont-elles été relogées ?
>> Les camps de fortune existent encore. 680 000 personnes vivent toujours sous la tente. De plus, le nouveau Président a voulu « déblayer » Port-au-Prince de ces camps. Il a expulsé des personnes qui y vivaient, leur promettant de les reloger, ce qui n'a pas été fait. On compte 67 000 victimes d'expulsion.

Quel est le budget du Secours catholique pour Haïti ?
>> Le Secours catholique France a reçu 15,5 millions d'euros pour Haïti. Ils sont dépensés au fur et à mesure des travaux, mais nous aurons encore besoin d'aide. La conférence de ce vendredi aura aussi pour but de récolter des fonds.
B.B.
Conférence « Haïti, 2 ans après », ce vendredi 17 février de 19 h 30 à 21 h, salle Saint-Paul rue Gallieni, Marcq-en-Baroeul.
http://www.nordeclair.fr/Actualite/2012/02/16/haiti-le-secours-catholique-fait-le-poin.shtml

Haïti se bat pour avoir de l'eau potable

Par Europe1.fr avec Matthieu Bock

Deux ans après le séisme, le réseau de canalisations est entièrement à reconstruire.

Ils sont encore 500.000 à vivre dans des campements de fortune. Deux ans après le séisme qui a fait 230.000 morts en Haïti, les habitants sont confrontés à un problème majeur : l'accès à l'eau. Des entreprises françaises se mobilisent pour livrer de nouvelles canalisations notamment à la capitale Port-au-Prince.
Jean-Marc n’ouvre pas le robinet tant que l’on ne pose pas une pièce sur le rebord de la fontaine. Les enfants peuvent alors repartir avec un seau de 20 litres sur leur tête. Plus de 70.000 personnes vivent dans ce bidonville où les hommes fabriquent eux-mêmes les parpaings qui remplacent la tolle et le tissu. Depuis que l’eau est revenue il y a quelques jours, la vie a complètement changé.
"Rappelez-vous de l’histoire de Kirikou, quand l’eau est revenue...", explique un habitant au micro d'Europe 1. "C’est idem pour la population. Bravo à l’assistance technique, à tout le monde".
De l'eau non potable en vente
Tous les quartiers ne sont cependant pas égaux devant l'accès à l'eau. Un peu plus haut sur les collines, là où subsistent encore des maisons en dur, l’eau coûte 14 fois plus cher. Livrée par camion, elle n’est même pas potable.
Pour les entreprises venues rétablir l'eau, le chantier est donc titanesque. Jean-Claude Seropian, ingénieur hydraulique chez Suez environnement, doit pratiquement reconstruire tout un réseau.
"Il n’y a pas assez d’eau aujourd’hui. Port-au-Prince fait 3 millions d’habitants avec une capacité de ressources qui correspond au 700.000 habitants de l’époque", déplore Jean-Claude Seropian.
Pour les plus optimistes, si tout se passe bien, chaque Haïtien aura accès à l’eau potable, près de chez lui, dans 15 ans minimum.
http://www.europe1.fr/International/Haiti-se-bat-pour-avoir-de-l-eau-potable-948991/

De Bamako à Haïti ASSAINNISSEMENT EN EAU POTABLE

Une ancienne collègue de Bamako, qui travaille maintenant pour le GRET à Haïti, m'a fait parvenir un document sur l'état des lieux des systèmes d'AEP dans les quartiers de Port-au-Prince. Les problèmes d'assainissement et d'alimentation en eau potable, entres autres, qui ne manquent pas de se poser, pas la peine de vous rappeler la situation et le séisme d'il y a deux ans. Mais aussi et toujours la précarité, l'attente de la reconstruction pour des milliers de familles.

Deux années donc après le séisme il reste encore beaucoup à faire (à refaire), mais très certainement deux années où les problèmes existant déjà auparavant ressortent et se ressentent plus profondément dans cet état d'urgence. La question posée est alors la suivante, comment reconstruire, remettre en fonctionnement les services essentiels et en particulier celui de l'eau potable. Faut-il fournir de l'eau en urgence pour combler ce déficit d'eau, ou bien la reconstruction doit-elle être plus en profondeur, plus lente aussi, et travailler sur l'organisation même de la distribution de l'eau potable? Les normes de desserte me semblent relativement basses à Haïti, on parle de 15 litres par jour et par habitant avec une borne fontaine pour 2400 habitants, alors que le milieu urbain malien (Bamako) table sur des consommations urbaines de 60 à 100 litres par jour et par habitant et une borne fontaine pour 400 habitants. Pas étonnant de voir alors à Haïti des réseaux privés se créer, distribuer, revendre de l'eau potable à des prix élevés afin de répondre à la demande. Pas étonnant non plus ces repiquages "pirates" sur le réseau. Par contre, pas de revendeur oficiel, de "pousse-pousse" comme partout à Bamako, allant de maison en maison revendre deux à trois fois plus cher le m3 acheté à la borne fontaine.
Les maux dont souffrent les Aductions d'Eau Potable au Mali sont simples : paiement du service de l'eau qui couvre à peine les charges d'exploitation et encore moins le besoin d'épargne pour le renouvellement des équipements, défaut de maintenance et d'entretien, refus chronique de donner un prix au service de l'eau et, pour une partie des communes, refus du suivi technique et financier par opérateurs de suivi indépendants mandatés par l'Etat. Je tente de comprendre comment cela ce passe à Port-au-Prince, mais ça n'a pas l'air très simple. Entre le réseau "officiel", les repiquages sauvages sur le réseau, les petits réseaux privés et les sociétés qui vendent en bouteille de l'eau osmosée, il y en a pour tous les prix, pour toutes les couches sociales.
Pour le prix du service de l'eau, c'est pas compliqué, le Bokit de 5 galons (environ 20 litres, le Bokit étant le récipient local standard) est vendu à moins d'une gourde sur le réseau public dans les quartiers pauvres (un euro vaut 60 gourdes) ce qui nous donne un prix du m3 proche de 1 euro soit 650 FCFA environ. Les privés vendent jusqu'à 10 gourdes le Bokit et 75 gourdes quand il s'agit d'eau osmosée. Grosso modo, c'est dix fois plus cher chez un privé et le m3 peut même atteindre l'équivalent de 50.000 FCFA quand il s'agit d'eau osmosée, sans doute bactériologiquement propre mais privée de l'essentiel des sels minéraux donc au bout du compte une eau pas forcément très saine (mais j'imagine que les épidémies de choléra ont fait de la pub pour ce type de boisson).
Le gros problème, plus que le prix de l'eau, semble être la pérennité du service et la qualité de l'eau de boisson. Les gestionnaires du service de l'eau doivent faire face à une forte demande avec un réseau en piteux état, une concurrence rude et la hantise du choléra. La seule solution devrait être la prise en charge du service public de l'eau par les communes ou les responsables administratifs des quartiers, avec un état capable d'assurer les investissements de base et la régulation. Pas facile, sans aucun doute, et proche de ce que l'on connaît aujourd'hui au Mali. Comment donner aux communes toutes les capacités de la maîtrise d'ouvrage du service de l'eau alors que les moyens pour investir sont faibles (aide extérieure et coopération décentralisée) et que la régulation a encore du mal à trouver sa place. J'apprends que 20% seulement des bornes-fontaines sont équipées de compteurs, qu'aucun comité de poste d'eau n'a de contrat de gestion avec une autorité officielle délégante, comment dès lors assurer une véritable gestion du service de l'eau ? Autant de défis que la reconstruction du service public de l'eau ne devra pas ignorer, même dans une situation d'urgence où le fait même de trouver de l'eau pose problème.
La question donc, qui me semble importante et est activement discutée au Mali,mais se pose à Haïti, est de savoir ce qu'il faut prioriser dans un contexte d'urgence ou de grands besoins. Faut-il privilégier un renforcement institutionnel dans le même temps que l'on réalise des investissements (quitte à faire un moins de travaux mais parier sur l'avenir), ou faut-il privilégier la réalisation des infrastructures à tout prix, et réaliser le maximum d'investissements à moindre coùt. La question est importante au Mali ou 1500 villages, par exemple, sont encore aujourd'hui sans aucun point moderne. En effet, un vaste programme centralisé et piloté par l'état avec une aide budgétaire d'un partenaire au développement, pourrait très bien réaliser l'ensemble de ces points d'eau en très peu de temps. Les coûts d'investissements seraient ainsi extrémement réduits mais l'impact sur le long terme en serait d'autant réduit. J'ai déjà fait mon choix, on verra ce que diront les collègues et bailleurs de fonds à Marseille.
Je ne peux m'empêcher, en lisant le document de ma collègue, de penser à Dany Laferrière, à ses romans et récits ("Tout bouge autour de moi" en particulier), aux quartiers que traverse ma collègue, "Savane pistache", "Impasse Caïman" et "Ti-chérie" et aux forages implantés à "Cul-de-sac", noms exotiques pour un bamakois... les paradoxes d'un pays qui vit "d'injustice et d'eau fraiche" (l'Enigme du retour).
http://mali.blogs.liberation.fr/helsens/2012/02/de-bamako-%C3%A0-ha%C3%AFti.html