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mercredi 6 juin 2018

NON MERCI, MONSIEUR OBAMA!

5 Juin 1862 : Un jour comme aujourd’hui, il y a 155 ans, les Etats-Unis reconnaissaient l'indépendance d'Haïti à travers une résolution votée par le Congrès des Etats-Unis et approuvée par le président Abraham Lincoln. Ceci, 58 ans après la proclamation officielle, solennelle, indéniable et irréversible de l’indépendance haïtienne.
Il est clair que pour cette grande puissance, ayant vaincu pour un groupe, le système colonial sans toucher l’esclavage et ses préjugés, il était hors de question d’applaudir la geste des esclaves de Saint Domingue qui représentait une pierre risquant de faire dérailler la machine productrice de richesse et de pouvoir de l’époque, ce système basé sur la colonisation.
Et si les USA ont enfin reconnu notre indépendance, ce fut encore une fois  dans la lignée de la préservation de leurs intérêts faisant corps aussi avec ceux des grandes puissances surtout de l’Europe et en particulier de la France qui avait négocié et signé avec Jean-Pierre Boyer l’ordonnance de Charles X imposant le paiement de notre indépendance à travers une lourde dette. Comme des blocs de béton posés sur nos épaules, le pays de la liberté nous a définitivement rendu handicapés à vie pour avoir gagné après une guerre, la nôtre !
« The land of free » mit 58 ans pour légitimer notre désir et notre soif de liberté.
Ceci c’est de la … « nostalgie historique » pourra-t-on dire !
Sans doute.
Mais cet anniversaire attira mon attention en ce moment particulier où dans l’actualité on parle d’une éventuelle visite de l’ancien président américain Monsieur Barak Obama, le premier président noir des Etats-Unis d’Amérique !
Rien de bien surprenant que le premier président noir de l’histoire des Etats Unis d’Amérique rend visite à la première République Noire du monde qui se trouve à plus d’une heure d’avion de son territoire.
C’est en effet très surprenant qu’il le fasse pour la première fois, maintenant qu’il n’est plus président, car durant ces deux mandats présidentiels, il n’avait pas jugé bon de visiter Haïti.
Et ceci, même après le 12 janvier 2010, quand Haïti et les haïtiens se sont retrouvés meurtris et à genou, sous les décombres provoqués par le terrible tremblement de terre, d’autres chefs d’états ont fait le déplacement mais pas Barak Obama.
Non seulement il n’a pas visité Haïti, il a passé la gestion du dossier haïtien à Madame Clinton, alors ministre des affaires étrangères qui avec son mari propulsé à la tête de la Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti représentèrent les mains américaines qui allaient décider des cinq années qui ont suivi le tremblement de terre.
Parmi les grandes entreprises menées par le couple Clinton on citera la propulsion de Michel Martelly comme président de la République et une reconstruction au point mort sans rentrer dans les détails.
Monsieur Barak Obama est sans doute l’un des meilleurs présidents des USA. Je ne suis pas le mieux placer ni pour le confirmer ni pour l’infirmer. Mais il jouit d’une vraie empathie dans les milieux haitiens pour des raisons dont je n’ai pas la légitimité d’évoquer. Moi je dirai qu’il est beau, qu’il est grand, qu’il a de la classe, qu’il parle bien, qu’il aime sa femme et est fidèle, il est un homme « propre » , il sait dire ce que les gens attendent qu’ils disent, il avait toujours su démontrer sa tristesse et sa consternation après chaque tuerie de masse et verser quelques larmes chaque fois qu’un policier blanc abattait un noir.
D’ailleurs il a reçu un prix Nobel de la paix par anticipation !
Ceux qui auront puisé dans cette liste non exhaustives des énormes qualités de l’ancien président américain, me diront que je n’ai pas le droit de critiquer le fait qu’il ne se soit pas rendu en Haïti et qu’il n’avait pas à le faire.
Je suis tout à fait d’accord sur le fait qu’il n’était pas obligé de le faire pendant sa présidence. Je dirai même qu’il n’est pas obligé de le faire non plus maintenant qu’il n’est plus président. Mais il est libre de voyager ou il veut. Cependant pour moi ce sera un non-évènement.
Les autorités haïtiennes se sentiront honorées de sa présence. Certains politiciens feront des selfies pour la postérité.
Des anciens ministres et autres dignitaires haïtiens seront les représentants de sa fondation qui va financer des projets en Haïti.
Monsieur Barak Obama ajoutera sans doute une nouvelle ONG à la grande liste de celles-là qui vivent d’Haïti depuis des années sans jamais changer les choses en profondeur.
Le parallélisme que je me permettrais d’établir entre la non-visite du président et la vite de « l’humaniste » c’est la pérennisation de cette logique trop souvent appliquée avec Haïti. Au lieu de poser des actes considérés essentiels pour faire bouger les choses, on ferme les yeux et on applique des pansements sur des plaies provoquées par la cécité ou l’indifférence.
L’ingérence des Etats Unis dans les élections présidentielles de 2011 avec le choix de Michel Martelly au détriment de Madame Myrlande Manigat a été une décision avec des conséquences que le pays évacuera après plusieurs décennies.
Peu importe l’action que la Fondation d’Obama posera en Haïti, il ne pourra jamais réparer les torts causés à la première république Noire du monde !
Et que l’on ne me sorte pas le TPS !
Donc, votre visite , Monsieur Obama pour moi est un non-évènement !
Non merci!
Dr Jonas Jolivert
05/06/2018

mercredi 30 mai 2018

I AM A NEGRO


Je suis d’un naturel méfiant par rapport aux lauriers médailles et prix qui sont décernés à des méritants. Souvent l’aura qui soutient ce mérite cache une réalité camouflée faite de tâches obscures abjectes et abominables. Ma raison, qui ne correspond qu’à une logique très personnelle, se base sur l’omniprésence de l’intérêt.
Celui là même qui me contraint de  m’y intéresser  quand autour d’un prix ou d’une nomination gravite quelque chose qui a à voir avec Haïti.
Ainsi chaque année par exemple je suis en direct l’attribution du Nobel de littérature. Notre immortel Franketienne en serait un éternel candidat.  Je devrais dire que je suivais car j’ai été refroidi et pétrifié par le récipiendaire du Nobel 2016 : Robert Zimmerman mieux connu comme Bob Dylan !
J’ai vécu ce prix Nobel 2016 comme un vrai bras d’honneur projeté contre le monde de la littérature.
 L’attribution des Oscars attira mon attention car un certain documentaire, « I am not you Negro » avait été nominé pour le prix suprême de sa catégorie. Une production cinématographique autour de l’œuvre de l’écrivain noir américain Alex Baldwin. Mieux encore, ce documentaire a été réalisé par Monsieur Raoul Peck, compatriote haïtien résidant en dehors d’Haïti.
L’admiration que je porte à ce concitoyen n’aurait certes pas augmenté par la réception d’un Oscar. J’aurais été extrêmement heureux que son travail soit reconnu de par sa qualité et par les valeurs qu’il a toujours défendues derrière les Caméras.
Il ne doit pas être vu le Haïtien de l’extérieur arborant la plus grande réussite mais il représente définitivement le citoyen par excellence à avoir conjugué son succès à l’extérieur et sa préoccupation active pour son pays.
Je venais de retourner en Haïti après ma formation quand il accepta la fonction de ministre de la culture pendant quelques mois de la première présidence de René Préval.
J’avais assisté au mega concert pour la paix mettant en scène l’immense Wyclef Jean.  Après le concert les suites n’ont pas été brillantes et on a entendu un peu de tout sur le sujet.
Lors des élections qui feront de René Preval un des présidents à avoir fini deux mandats,  il avait rédigé une tribune invitant les haïtiens à éviter le choix Preval.
Toute sa filmographie alterne des œuvres ouvertes sur le monde et sur Haïti en mettant souvent sans retenue le doigt sur les plaies qui rongent le pays.
Après le flux de l’aide humanitaire abattue en avalanches sur Haïti au lendemain du tremblement de terre, il porta à travers sa caméra un regard sans concession sur l’aide humanitaire qui contribua peu au relèvement du pays dans « Assistance Mortelle ».
Il a été le seul à avoir prêté ses outils au Président Préval qui raconta dans des détails répugnants l’ingérence de L’ONU à travers la Minustah dans l’issue truquée des élections qui feront de Michel Martelly, Président de La République.
Après la diffusion d’Assistance Mortelle, ailleurs, là où les gens sont moins zombifiés et surtout moins résilients, la population gagnerait les rues pour exiger sans délai et sans négociation, le départ immédiat de la Minustah.
Enfin pour ces raisons et bien d’autres encore je m’étais accroché en croisant les doigts  à cette idée d’une consécration suprême par  les décideurs du monde du cinéma.
Quand le concurrent et gagnant de surcroît résulta être ce documentaire sur la saga de O J Simpson, je me suis demandé si on n’était pas tout simplement entrain de mélanger torchons et serviettes. La réflexion n’alla pas plus loin dans la mesure où il est archi connu que selon la philosophie de remise de prix, il ne faut jamais chercher à y trouver une logique quelconque.
Le fait que Monsieur Raoul Peck n’ait pas reçu un Oscar pour « I am not your negro » me causa très peu de peine. Et comme le font souvent les perdants je me suis dit que l’essentiel c’est d’avoir été nominé.
J’ai eu par la suite un peu de mal à coïncider du temps libre avec la diffusion du documentaire que j’aurais regardé exclusivement à cause du producteur.
Le sujet en lui-même dans mon subconscient a toujours sonné comme un problème résolu depuis deux siècles.
Les rares moments où j’ai manifesté un brin d’intérêt pour le sujet a été de savoir quel était le mot fort sorti du titre. Le  I, le Your ou le Negro.
Un ami collectionneur de livres fit par erreur une double commande de la version livre du documentaire.
Des les premières nouvelles sorties autour de l’œuvre cinématographique, je me suis précipité sur des livres du fameux Alex Baldwin dont je reconnais honteuse et humblement n’avoir jamais entendu parler.
Et j’ai aussi fini par comprendre pourquoi.
Avec Amazon ça a été vite réglé. En quelques jours j’en avais commandé et reçu plus d’une dizaine !
Mon ami me fit don du  livre « I am not your negro ».
J’ai envie de dire -malgré les opinions innombrables de ceux qui ne seront pas d’accord avec moi – que j’ai souvent tendance à appréhender ce sujet comme démodé.
Quand Senghor et Aimé Césaire fondèrent le mouvement la négritude, celui-ci a eu à reconnaître en Haïti,  le pays où la négritude s’est mise debout pour la première fois. Donc on pourrait dire que nous autres les haïtiens nous avions résolu le problème de la « revalorisation » du nègre et de sa culture par la victoire de Vertières qui a eu la suprême et sublime vertu de convertir le nègre en homme.
De là toute ma surprise et mon étonnement devant des mouvements comme la « Supranegritude » qui pour d’autres et je l’admets,  garde toute son intérêt. Je reprendrais volontiers cette phrase du Nobel de littérature qui disait que « le tigre ne déclame pas sa tigritude. … »( WOLE SOYINKA)

J’ai eu une rencontre assez sympathique avec une représentante du mouvement « Noir et Fier »  (Nofi). Avec beaucoup de précaution j’avais essayé de lui faire accepté que nous autres les haïtiens nous ne concevons même pas d’exprimer une quelconque fierté d’être noirs ou nègres puisque on ne voit pas souvent un homme entrain d’exhiber sa fierté d’être homme !
Dans le subconscient et dans la conscience de l’haitien, nègre est synonyme de garçon. Ainsi ce n’est pas une erreur syntaxique ou conceptuelle que d’entendre de la bouche d’un haïtien se référant à un footballeur arien de l’équipe nationale d’Allemagne cette phrase qui traduirait ce blanc est un garçon costaud  (blan saa gwo nèg ) ou de Lionel Messi « ce nègre joue bien au ballon » (nèg saa konn jwe boul ).
Je suivais quelques séquences d’un documentaire qui fut un instant à la mode. Une réalisation d’une cinéaste « indépendante dans laquelle elle ventait la beauté des plages et des sites touristiques. Là je m’exprime avec une certaine légèreté voulue autour de son œuvre qui a été très bien acceptée et reçue par les haïtiens de la communauté.
Justement l’élément qui m’a enlevé tout l’intérêt que comporte sans doute  ce documentaire vint du visionnage de cette séquence où elle essayait de convaincre des adolescents haïtiens de ne pas l’appeler « blanc ». Elle eut une lecture très superficielle d’une manifestation d’une profondeur formatrice et de portée universelle. Elle qui est nègre ne concevait pas que ces jeunes haïtiens l’appellassent  « blanc ». Elle ne pouvait pas comprendre que le terme blanc signifiait simplement étranger ou non-haïtien.
Dans le « discours au drapeau du président François Duvalier, il nous rappelait que Haïti était un pays de nègres. Comme les pères de la patrie l'avaient rêvé, Haïti a été créé pour être « une patrie ou le NEGRE haïtien se sente souverain et libre ».
Ce n'est donc pas un hasard si à travers les années, les haïtiens ont fait du mot nègre le synonyme du substantif homme.
Récemment, la presse canadienne rapportait un cas de Jurisprudence qui avait conduit à la condamnation d’un individu qui avait traduit en justice un autre citoyen qui avait utilisé nègre comme une injure. J'ai compris en cette occasion, combien l'œuvre haïtienne dans ce domaine était transcendante. Dans le conscient et dans le subconscient de l'haïtien, le mot nègre n'est pas perçu comme une injure. Et ce fait qui n'est pas sans importance est sous évalué. C'est sans doute la raison qui a justifié l'entêtement de la documentaliste à faire comprendre aux jeunes haïtiens qui l'appelaient « blan », pour signifier qu'elle était étrangère, quelle était noire !
 Suite à la diffusion par la presse canadienne du cas de condamnation pour injure contre un individu qui avait traité de « nègre », un activiste haïtien de la Diaspora s'en est tellement réjoui qu'il a incité les compatriotes de ne pas hésiter à porter plainte contre ceux qui utilisent le mot !
Ainsi, malgré les commentaires plutôt dithyrambiques s’affichant sur la couverture du livre support de  «  I am not your negro »,  les mots de Baldwin rapportés et inscrits sur la quatrième de couverture me parurent presque choquants.
On y lit en effet : «  CE que les blancs doivent faire , c’est d’essayer de trouver au fond d’eux-mêmes pourquoi, tout d’abord, il leur a été nécessaire d’avoir « un nègre », parce que je ne suis pas un « nègre ». Je ne suis pas un nègre, je suis un homme… »
Puis  je me suis demandé pourquoi et comment un Raoul Peck pouvait trouver un intérêt quelconque à parler de quelqu’un qui dans les années soixante disait qu’il n’était pas un nègre mais un homme ?
Et la réponse je l’ai eu à l’intérieur du livre quand Raoul Peck trouva indispensable de s’expliquer. En effet en pages 15-18,  on lit ce qui suit :
« Que suis-je venu chercher dans les mots de Baldwin ? Je viens d’un pays qui a une forte idée de lui-même, un pays qui a combattu et vaincu  l’armée la plus puissante du monde – celle de Napoléon- et qui, chose historiquement unique, a stoppé net l’esclavage, accomplissant en 1804 la première révolution d’esclaves réussie dans l’histoire mondiale. Je parle là d’Haïti, le premier pays libre des Amériques. Les haïtiens ont toujours su que le récit dominant n’était pas le récit véridique.
Cette révolution haïtienne réussie, l’histoire n’en n’a pas tenu compte parce qu’elle imposait un récit radicalement différent, lequel rendait intenable le discours esclavagiste de l’époque. Sans leur justification civilisatrice, les conquêtes coloniales de la fin du XIX ème siècle auraient été idéologiquement impossibles. Et cette justification n’aurait pas été viable si le monde avait su que les « sauvages » africains avaient anéanti de puissantes armées (surtout celles de français et des espagnols) moins d’un siècle auparavant.
Dans un consensus inhabituel, les quatre  superpuissances se l’époque ont étouffé Haïti, cette première République Noire. Ils l’ont placée sous un embargo économique, diplomatique et militaire strict, c’est-à-dire l’ont étranglée et plongée dans la misère, l’ont rendue négligeable.
A la suite de quoi ils ont réécrit toute l’histoire.
Lorsque j’ai commencé à lire James Baldwin, j’étais un adolescent à la recherche d’explications  rationnelles aux contradictions que j’affrontais dans une vie déjà nomade, vie qui allait me mener  d’Haïti au Congo puis en France, en Allemagne et aux USA. Avec Aimé Césaire, Jacques Stephen Alexis, Richard Wright, Gabriel Garcia Marquez et Alejo Carpentier, James Baldwin était l’un de ces auteurs, peru nombreux dont je pouvais dire que c’étaient « les miens ». Des auteurs qui parlaient d’un monde que je connaissais et dans lequel je n’étais pas juste « une note en bas de page » ou un personnage de troisième zone. Ils racontaient des histoires et décrivaient l’Histoire et définissaient des structures et des relations humaines conformes à celles que je voyais autour de moi …
J’ai grandi à l’ombre d’un mythe dont j’étais à la fois acteur et victime : le mythe d’une Amérique unique et incomparable. Le scénario était bien écrit, la bande-son écartait toute ambigüité, les acteurs de cette utopie, qu’ils fussent noirs ou blancs, emportaient l’adhésion. Malgré de rares et épisodiques revers, le mythe était la vie, devenait la réalité même.
Je me souviens très bien  des Kennedy – Bobby et John -, d’Elvis, d’Ed Sullivan, de Jackie Gleason, du Dr Richard Kimble et de Mary Tyler Moore. JE me souviens un beaucoup mois d’Otis Redding, Paul Robeson et Willy Mays.
C’est bien plus tard que je suis tombé sur Medgar Evers, Malcom X, Martin Luther King et leur assassinat. Neanmoins, ces trois faits, ces trois éléments historiques constituent le point de départ – les « pièces à convictions » aurait dit Baldwin- d’une réflexion personnelle intime et profonde sur ma propre mythologie politique et culturelle, sur ce que j’ai vécu moi de racisme et de violence intellectuelle.
C’est à ce moment que j’ai vraiment eu besoin de James Baldwin. Car Baldwin savait comment déconstruire des récits pour les replacer dans le bon ordre et dans leur contexte fondamental. Il m’a aidé à faire le lien entre l’histoire d’une nation libérée – Haïti- et celle des USA, pays moderne avec son propre héritage d’esclavage sanglant et douloureux. J’ai pu lier les espaces manquants du récit.
Baldwin m’a donné une voix, les mots et la rhétorique. Lors de ses obsèques, Toni Morisson a déclaré : «  Tu m’as offert une langue dans laquelle me loger, et c’était un cadeau si parfait que j’ai l’impression de l’avoir inventée. »
A tout ce que je savais, à tout e que j’avais appris d’instinct ou d’expérience, Baldwin a fourni un nom et une forme. J’avais désormais les armes intellectuelles qu’il me fallait. »
Quand j’aurai du temps je me lancerai dans la lecture de la dizaine de livres de Baldwin. Mais mieux que cela je me procurerai vite toute la filmographie de Raoul Peck un citoyen haïtien engagé dans le bon sens et le bon côté du combat.
Sans aucun doute de tels récits, de telles œuvres doivent forcément contribuer à dire sans aucune réserve ni retenue, que je suis Nègre !

LA PHOTO QUI TUE

Certaines réalités sont ce qu'elles sont et chargeront in fine, les émotions qu'elles charrient peu importe les coups de peinture, les masques et les outils de maquillage que l'on serait tenté d'utiliser pour les camoufler. Nous préférons de très loin évoquer Monsieur Dany Laferrière, Edwidge Danticat, Michaelle Jean, Anne-Louise Mésadieu ou le Docteur Ford qui portent très haut et très loin le nom d'Haïti, injectant par je ne sais quelle magie une dose de fierté à certains d'entre nous.

Pour cette catégorie de compatriotes, il n'est pas question d'évoquer les haïtiens des bateyes crasseux de la République Dominicaine ni les compatriotes quelques fois entassés dans des logements insalubres au Chili et ce, malgré les efforts déployés par les autorités pour une meilleure intégration.
En fait depuis la désastreuse déclaration de Donald Trump devenue tristement fameuse ces gens ont trouvé un responsable tout désigné : celui qui diffuse un certain type d'images plutôt dégradant pour Haïti. Et même quand il s'agit d'images de gestes ou de postures révoltants on se sent soumis à une sorte de censure tacite et pour éviter d'avoir à s'expliquer on fait semblant de ne pas voir. Une attitude qui nous transforme en complices d'un acte qui mérite une désapprobation radicale pour pousser à un changement.

Depuis quelques jours circulent sur les réseaux sociaux, la photo d'une banderole « publicitaire » ventant les mérites d'une communauté dont les habitants chient dans les latrines et se lavent les mains après avoir déféqué ! Nous sommes en… 2018 ! Le temps ou le monde parle d'intelligence artificielle !
À première vue, je me suis gardé de retweeter la photo avec un message de circonstance. Histoire de faire plaisir à celui qui a mis la photo et qui fait partie de mon réseau.
Une très chère amie, connaissant mes attaches avec tout ce qui tourne autour d'Haïti jugea bon de m'envoyer en privé la photo.
Avec les remerciements de rigueur, j'ai couché comme commentaire un « what you see if what you get ! This is Haiti »
Malgré toute cette charge d'indignation que colportait la banderole publicitaire, je me suis appliqué l'autocensure et j'ai résisté à l'envie de commenter.
Un compatriote ami des réseaux sociaux, Jhimmy Jean connu pour ses analyses solides et ces commentaires coupe-gorge, ne laissa pas passer inaperçue cette peinture qui intègre la palette moins honorable attribuée ou observée en Haïti.
Une banderole ventant en créole une certaine fierté pour une communauté, fait normal et banal pour le monde de chier dans des latrines et de se laver les mains après !
Ce que je n'avais pas pris le temps d'observer sur le cliché fut le nom du commanditaire de cette campagne qui doit être sûrement l'organisme qui a financé et organisé l’action dont l'objectif visait à pousser des haïtiens à chier dans des latrines au lieu de se soulager à même le sol ou de le faire dans des sachets en plastique qui sont balancés dans les rues après.
En marge et à gauche de la banderole on y lisait : O-X-F-A-M !
Oui l'ONG britannique engluée avec d'autres, dans ces scandales de comportements sexuels inappropriés lors de leurs missions. Oxfam particulièrement a été indexée en Haïti dans un scandale sexuel rapportant des faits survenus lors de missions dans les suites du passage du tremblement de terre de 2010. Selon les informations relayées par les médias, les membres de cette mission auraient organisé des fêtes avec des femmes haïtiennes – des prostituées pour les participants. Ces accusations firent boules de neige et éclaboussèrent d'autres organisations non gouvernementales qui ont eu des comportements similaires.
La présence de cette banderole traversant une rue du pays ne saurait laisser indifférent et pousse à pas mal de réflexions.
Cependant que dira-t-on qui n'ait pas été dit sur la situation d'Haïti que reflètent bon nombre de situations pour le moins anormales pour ne pas dire aberrantes ?
En effet comment pourrait-on dire que l'on est fier parce que l'on chie dans les latrines ! Mais la réalité du pays nous ramène de temps en temps un de ces constats amers, de vrais constats d'échec.
Cela me rappelle une expérience vécue lors d'un voyage réalisé après le tremblement de terre avec une ONG française. Lors d'une réunion, j'avais entendu dire que dans les fonds alloués à Haïti par l’Agence Française de Développement il restait (en juillet 2010 !) 3.000.000 d'euros non utilisés. Sept mois après le 12 janvier, les responsables ne savaient pas encore quels projets financés. Puisque ces fonds n'étaient pas destinés à aider Haïti après le tremblement de terre, il était hors de question de les dépenser dans la reconstruction de logements ou de bâtiments détruits ou dans la a prise en charge de 1.500.000 déplacés en grandes difficultés. Le temps les talonnait. Il fallait absolument trouver un projet à financer avant septembre.
Quelques mois après, j'ai lu à travers les pages des journaux locaux que la coopération française finançait la construction de latrines dans le Nord du pays et plus particulièrement dans la deuxième et historique ville du Cap haïtien.
La réalité est dure mais c'est la nôtre. Le vrai amour pour Haïti est celui qui transforme chaque citoyen en compatriote engagé dans un combat à mener sérieusement et à gagner le plus vite possible.
Quand un bébé réclame et utilise le pot pour faire ces besoins, on dit qu'il est propre. Cette banderole nous avertit que tous les haïtiens ne sont pas encore propres. Une nation créée dans des circonstances plus que particulières, il y a 215 ans, reste une nation très jeune, dans un contexte ou l'on ne se gêne pas à accepter l'existence d'un ancien et d'un nouveau monde.
Mais il est inconcevable de se considérer être dans cette phase puérile ou chier dans des latrines s’assimilerait à un exploit ou un motif de fierté.
La construction d'Haïti incluant hommes et institutions doit partir d'un point proche du départ ou de zéro avec des définitions toutes nouvelles.
Le directeur des archives nationales, en poste depuis 30 ans reconnaissait que près de 3.000.000 haïtiens ne disposaient d'aucun document prouvant son appartenance légale à ce pays.
Donc il y a des problèmes moins attractifs pour inciter à des applaudissements nourris du peuple. Mais dont la solution aurait une vraie portée citoyenne. Et identifier les haïtiens en serait un.
Après nous avoir montré comment caguer dans des latrines, OXFAM se lancera peut-être dans une campagne d'identification des haïtiens.
Ces projets ne sont ni utiles ni importants ni pour les gouvernements ni pour les pouvoirs.
Roule ! Caravane du Changement !
Dr Jonas JOLIVERT
30/05/2018

samedi 19 mai 2018

LE MANIFESTE DE MONSIEUR DANIEL GERARD ROUZIER....

Daniel Gérard Rouzier fait le procès de l`élite haïtienne! 17 mai 2018 Rezo Nodwes
« Qui importe du polystyrène en Haïti? Qui sont ces importateurs qui fraudent ouvertement et alimentent la contrebande? Nous, de l’élite, nous sommes injustes et cruels. Nous n’avons pas rempli nos devoirs envers ce peuple qui peine sous le soleil et la pluie pour faire vivre le pays. C’est lui qui paye presque tous les impôts. Un fossé empli d’ombre, la sépare de nous. Il faut le combler et l’illuminer, pour notre bonheur, notre paix et la conjonction féconde des forces… » Lisez plutôt le discours intégral de Daniel Gérard Rouzier à la AMCHAM, la Chambre de Commerce Haitiano-Américaine
Port-au-Prince, jeudi 17 mai 2018 ((rezonodwes.com))– Mesdames, Messieurs,
N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur de prendre vos responsabilités ! N’ayez pas peur de dire la vérité ! N’ayez pas peur, le cas échéant, de marcher seul dans la Lumière ! N’ayez pas peur ! Je m’en voudrais en cette occasion de ne pas prendre l’opportunité d’exprimer publiquement ma gratitude au peuple américain qui par sa générosité, son sens du vivre-ensemble et sa solidarité agissante n’a jamais manqué de nous prêter main forte dans nos moments les plus difficiles, ce peuple américain qui n’a pas hésité à accueillir chez lui plus d’un million de nos compatriotes au cours des ans…
En dépit de propos désobligeants, xénophobes et mal informés, je choisis de juger l’autre sur ses actes plutôt que sur ses dires et en ce sens, pour vous avoir déjà rencontrée, je me crois en mesure d’espérer Madame Sison, qu’en faisant choix d’une éminente diplomate de carrière comme vous pour Haïti, l’administration américaine nous signifie, si besoin était, toute l’importance qu’elle accorde encore à notre pays. Mais, je m’égare… nous sommes ici pour parler d’investissement privé dans un pays en détresse.
N’ayons pas peur, disais-je tantôt… n’ayons pas peur de nous regarder pour ce que nous sommes :
• Une population confrontée pendant plus de 50 ans à l’effondrement progressif de l’État, à la déliquescence de ses institutions et au règne de la médiocrité, de la corruption, de la violence, et de l’anarchie.
• Une population décimée par des désastres cataclysmiques comme si la nature voulait, elle aussi, se joindre à la curée entamée par les gardiens du troupeau ;
• Une population angoissée, affaiblie, désabusée, traumatisée, à genoux mais jamais vaincue ;
• Une population qui, un jour ou l’autre se réveillera de sa zombification pour demander des comptes à ses élites, à toutes celles et à tous ceux qui l’ont conduit dans les bourbiers de tous les taudis de toutes nos grandes villes.
N’ayez pas peur et rappelez-vous des mots du Président Borno, prononcés, il y a presqu’un siècle : « Il n’est pas possible, disait-il, qu’à côté d’une élite civilisée jusqu’au raffinement, vive une masse triste, à peine touchée des lueurs du progrès. Nous, de l’élite, nous sommes injustes et cruels. Nous n’avons pas rempli nos devoirs envers ce peuple qui peine sous le soleil et la pluie pour faire vivre le pays. C’est lui qui paye presque tous les impôts. Un fossé empli d’ombre, la sépare de nous. Il faut le combler et l’illuminer, pour notre bonheur, notre paix et la conjonction féconde des forces. Jetez un regard sur la terre natale, voyez en quel état se trouvent notre outillage économique, nos écoles, nos ponts, nos routes, nos hôpitaux. Les procédés de culture sont arriérés et périmés. Notre sous-sol attend encore le coup de pioche pour livrer ses trésors. » (fin de citation…)
Chers amis, il n’y a pas de honte à dire la vérité !
N’ayez pas peur, vous qui vous plaignez des montagnes d’articles en polystyrène qui jonchent toutes nos artères après les grandes pluies. Vous voulez des réponses intelligentes, posez donc les bonnes questions : qui importe du polystyrène en Haïti, par où passe-t-il, à qui profite le crime ?
Quand l’État annonce qu’il perd plus de $400 millions de revenus à la frontière et dans les douanes de tous nos ports, qui sont ces importateurs qui fraudent ouvertement et alimentent la contrebande, d’où sortent-ils, à qui vendent-ils ? Pourquoi l’État les tolère-t-il encore ?
Lorsque vous dénoncez l’insécurité foncière, qui sont les spoliateurs ? D’où viennent les juges, les policiers et les greffiers qui les accompagnent pour déposséder les honnêtes gens ?
Quand 83% de nos compatriotes qui sont détenteurs d’un diplôme universitaire ont laissé le pays, sommes-nous enfin prêts à admettre qu’aucun changement réel ne peut se faire sans eux ?
Les questions sont là, les réponses aussi. Pa gen sekrè nan fè kola… En regardant les chiffres, les solutions devraient couler de source.
Les statistiques ne mentent pas et les faits sont têtus :
• L’agriculture Haïtienne représente 25% du PNB. Elle emploie 66% de la population, mais de manière fort paradoxale, seulement 5% du budget national lui sont alloués.
• Entre temps, depuis 1950, Haïti est en déficit alimentaire croissant et doit importer chaque année plus de nourriture que l’année précédente.
• 4 millions de tonnes d’arbres sont coupées chaque année mais seulement 500,000 tonnes sont replantées. Les résultats sont patents : Haïti n’a plus qu’1.5% de couverture forestière.
• 13 foyers sur 14 doivent transporter l’eau qu’ils utilisent. Cependant, grâce à la pluie, Haïti reçoit 560 fois les besoins en eau de la population.
• Haïti produit le moins de déchets par tête d’habitant de toute la zone (0.70 kg par personne par jour), comparé à 1 kg26 pour la République Dominicaine et à 2kg 04 kg pour les États-Unis.
• Haïti est cependant le pays le plus insalubre de toute la zone car nos nous ne ramassons que 11% de nos ordures, comparé à 60% pour la République Dominicaine et à 76% pour la Jamaïque.
• Tous les soirs, huit millions de nos compatriotes dorment dans le noir, sans électricité
• Cinq millions d’entre nous ne savent ni lire ni écrire et sont dans le noir, le jour comme la nuit
• Huit Haïtiens sur dix vivent avec moins de 2 $US par jour (9 sur 10 en milieu rural)
• Deux haïtiens sur dix contrôlent 70% des richesses du pays et même si nous arrivions à les répartir à part égale entre tous nos concitoyens, le pays figurerait toujours et encore au rang des pays les moins avancés ; • Plus de quatre enfants sur dix sont privés de service sanitaire de base et vivent dans des logements sans toilette ;
• Environ 30% de nos enfants n’ont jamais été vaccinés contre une maladie ;
Je pourrais pendant longtemps encore vous réciter toute une litanie de statistiques, il nous suffit de retenir une chose, une seule : bien que le tableau soit sombre, tout n’est pas irrémédiablement perdu. Il faut cependant que nos ressources soient gérées avec intelligence, transparence et parcimonie.
Grâce aux avancées technologiques dans l’éducation, la santé publique, le transport, la production d’énergie et la construction d’infrastructures, il est possible pour Haïti de rattraper 50 ans de retard en moins de 10 ans.
Aujourd’hui, il est important, au-delà d’un constat d’échec, de proposer des solutions intelligentes aux différents problèmes du pays. L’effort sera noble s’il permet de soumettre des options économiques, sociales et politiques à la critique et à l’appréciation de la Nation.
L’effort sera payant si, au bout de l’exercice, fort d’une entente nationale sur les objectifs à atteindre et sur la marche à suivre, nous nous mettons tous humblement, diligemment, honnêtement et intelligemment au travail.
L’absolue nécessité d’une alliance historique entre tous les enfants du pays, sans exclusion et sans exclusive, est une condition sine qua non à la moindre espérance de rétablissement de la situation catastrophique dont nous avons hérité aujourd’hui.
Cette alliance n’est cependant pas une négation de l’individualité du citoyen, de son histoire et de son identité. Elle est plutôt le fruit d’un dialogue franc et transparent et est solidement ancrée sur des concessions faites par les uns et par les autres sur leurs idées, jamais sur leurs convictions, pour arriver à une solution qu’ils s’engagent conjointement à exécuter.
Un état sans moyen de servir la population est condamné à toujours être un état faible, servile et assisté. Aujourd’hui, j’exhorte mes compatriotes en général et mes collègues du secteur des affaires en particulier à s’engager sans équivoque à « rendre à César ce qui est à César » en s’acquittant honnêtement et totalement de leurs redevances fiscales.
La sempiternelle excuse de ne pas payer de taxes par manque de confiance en ceux qui gèrent l’État ne doit plus tenir. L’État c’est eux, mais l’État c’est aussi nous ! En échange, et pour ma part, je m’attends à ce que les dirigeants de mon pays respectent leurs engagements, tous leurs engagements, qu’ils rendent des comptes et qu’ils soient transparents dans leur gestion.
Ce pays qui a tout pour être riche : un sol fertile, une population jeune, des minerais inexploités, un climat envoutant, une culture richissime… Ce pays auquel il ne manque en réalité qu’une chose, une seule : une conspiration de gens de bonne volonté… une conspiration faite d’hommes et de femmes bien formés, honnêtes, conscients de leur responsabilité divine de détruire à tout jamais l’Haïti de misère, d’égoïsme et de mendicité qui a existé jusqu’ici pour la remplacer par une Haïti verte, vibrante, dynamique, prospère, équitable et résolument tournée vers l’avenir.
Si notre pays est dans l’état où il croupit aujourd’hui, si notre économie prend encore du temps à démarrer et à permettre que tous ses enfants y vivent dignement, nos élites, toutes nos élites (qu’elles soient économiques, politiques, sociales ou religieuses) ont une énorme responsabilité à assumer. Elles devront comprendre que le système, tel que conçu, tel que géré, tel qu’existant ne peut produire que plus de misère, plus d’inégalité et plus d’instabilité.
Il n’y a à mon sens, qu’une solution, une seule : comprendre et finalement accepter que l’homme, que tout homme est l’auteur, le centre et la finalité de toute action économique et que les maux du pays se résument essentiellement à un manque chronique d’opportunités pour tous.
Il est temps que nous bâtissions une économie construite sur des relations interpersonnelles et fondée sur des principes éthiques et moraux. Une économie qui devra trouver sa finalité dans le caractère unique de la personne qui, en tant que créature de Dieu est appelée à partager Sa nature divine.
Par conséquent, en conduisant les affaires de notre pays, de notre communauté et de nos sociétés, une vigilance morale s’impose. Une vigilance qui veille à la vocation de l’homme et aux moyens à employer pour lui permettre de fleurir et de prospérer. Le Bon Dieu nous a donné des talents, utilisons-les, investissons-les à bon escient.
Trop souvent, le progrès et la richesse ne bénéficient qu’à une petite minorité alors que les pauvres sont laissés dans leur misère et leur désespoir. Le progrès économique d’une nation n’est pas toujours associé à une expansion de la solidarité et de la fraternité.
Pour que le citoyen fleurisse, la pièce maîtresse, la pierre angulaire, le soutènement de son mieux-être sont des entreprises responsables dont les bilans financiers seront progressivement complétés par deux autres instruments : un bilan social et un bilan écologique.
En étant socialement responsables, ces entreprises souscriront à une éthique clairement définie à travers un énoncé de mission précis et s’évertueront à mieux contextualiser leurs activités économiques en répondant aux attentes légitimes de leurs employés, de leurs clients et des communautés dans lesquelles elles évoluent.
En étant écologiquement responsables, ces entreprises s’engageront à respecter les espaces physique, culturel et biologique dans lesquels elles évoluent. Elles seront proactives et admettront qu’il y a obligation pour tous et pour chacun de protéger l’environnement de façon préventive, de conserver l’habitat et de réparer les dommages écologiques qu’elles pourraient avoir causés.
Lorsque toutes les entreprises haïtiennes sauront être tenues pour responsables financièrement, socialement et écologiquement, le système économique haïtien deviendra lentement mais sûrement plus équitable. En suivant l’exemple venant des entreprises qui les servent, les citoyens s’habitueront à une culture de résultats et exigeront des explications de ceux qu’ils élisent à tous les niveaux de l’État. La vie en Haïti deviendra plus agréable car nos dirigeants auront, chaque jour un peu plus, la conscience et les moyens de consolider la paix sociale fondée sur la solidarité et le développement intégral de la population.
N’ayez pas peur ! N’ayez pas peur de rêver encore à un avenir prometteur ! N’ayez pas peur de vivre et d’agir autrement !
En ayant une économie stable et prospère, en faisant respecter la loi aveuglement par tous, sans exclusion et sans exclusive, notre pays sera alors capable d’offrir des gages de sécurité, de stabilité et de profitabilité qui y attireront des capitaux étrangers.
Rien de ce que je viens de décrire ne sera facile : Il nous faudra un engagement courageux et salutaire empreint d’une grande énergie morale pour construire la nation progressiste et civilisée à laquelle nous aspirons tous et la faire passer d’un état failli et assisté, à un état social plus évolué dans l’ordre économique, intellectuel, sportif, artistique et technique. Pour être irrévocables, nos choix devront être inébranlables c’est-à-dire issus d’un large consensus.
Sauver le pays ne saura être l’œuvre d’un messie, mais viendra plutôt de la foi et de l’empathie agissantes d’hommes et de femmes prêts à ne négliger aucun sacrifice pour mener ce pays autrement et commencer à le reconstruire, un homme à la fois, une pierre à la fois, un arbre à la fois, une valeur morale à la fois, un geste d’amour à la fois…
Merci
Daniel Gérard Rouzier

lundi 5 mars 2018

Migración haitiana: ¿Qué hay dentro del sobre amarillo y por qué se repite en los vuelos chárter?

Migración haitiana: ¿Qué hay dentro del sobre amarillo y por qué se repite en los vuelos chárter? .
El artículo ha llamado la atención por repetirse a menudo en quienes desembarcan en el aeropuerto de Santiago. Según la Fundación Fré, su origen se relaciona a agencias radicadas en Puerto Príncipe. .
04 de Marzo de 2018 | 15:07 |.
Por Consuelo Ferrer Durán, Emol 432 .
José Manuel Vilches, Emol. SANTIAGO.- .
La imagen de un avión Boeing 767 sin logo y la de decenas de ciudadanos de Haití descendiendo de él fueron capturadas en video y posteriormente divulgadas por internet hasta alcanzar una amplia difusión esta semana. El registro abrió varias teorías conspirativas y algunas preguntas, siendo quizás la más repetida si Chile se estaba convirtiendo o no en un país racista. .
Pero entre las inquietudes que surgieron, una ha adquirido especial interés por tratarse de un detalle demasiado común: la existencia de un sobre de color amarillo, aparentemente de tamaño oficio o carta, que la mayor parte de los pasajeros del video portan en sus manos. .
Las tesis alrededor de su existencia fueron variadas, apuntando algunos a que probablemente los vendían en la terminal de Puerto Príncipe, hasta otros que sospechaban que en él provenía dinero de la ONU, que llegaba a manos del Gobierno como parte de una especie de convenio secreto de intercambio de migrantes. .
Lo cierto es que fuentes policiales confirmaron a Emol que el sobre contiene "documentos personales de cada viajero", entre ellos el pasaporte, la reserva de un hotel y dinero en efectivo para justificar la solvencia económica de la estadía. .
Pero, ¿por qué todos los sobres son iguales? .
Paquetes migratorios de color amarillo .
Para empezar a explicar el fenómeno, el director ejecutivo de la Fundación Fré, José María del Pino, cuenta que lo que sabe lo ha escuchado de muchos migrantes que llegan hasta la organización y que le cuentan. .
Propone, después, un escenario hipotético: "Supongamos que soy un haitiano que quiere migrar, estoy en Puerto Príncipe pero no estoy bancarizado, por lo tanto no tengo cómo acreditar mi dinero para ingresar a otro país. .
Tampoco sé cómo llegar, pero sí sé que quiero migrar, porque mis condiciones de vida no son las mejores", afirma. .
"En torno a la migración han surgido verdaderas agencias de viaje que no están enfocadas en el turismo, sino que en la migración" José María del Pino "Lo que ha ocurrido en Haití, y que históricamente ocurrió con destinos como Canadá, EE.UU., Brasil y ahora con Chile, es que en torno a la migración han surgido verdaderas agencias de viaje que no están enfocadas en el turismo, sino que en la migración", añade. .
Entonces explica la forma en que funcionan: Se vende no solamente el pasaje, sino que "entregan el dinero con el que van a acreditar que tienen recursos para entrar". "Lo que viene dentro del sobre amarillo es toda la documentación del viaje, más el dinero en efectivo que se exige a cualquier turista que entra al país", cuenta. .
El monto no sería necesario si, por ejemplo, los migrantes contaran con tarjeta de crédito. .
Dinero prestado .
La base del negocio es que el efectivo que la agencia le otorga a los migrantes tiene que volver a ella, para lo que el director ejecutivo de la Fundación Fré asegura que existen "patas" en Chile. .
"Se paga como paquete aéreo y muchas veces el compromiso es que llegando a Chile y teniendo trabajo empiecen a enviar las remesas. Además pagan un delta por la pasada, que ronda un 10%: Si les prestaron US$3 mil, tienen que devolver US$3.300", comenta. .
"Nosotros tenemos información de migrantes que nos han contado directamente que a cambio de eso sus familias quedan amenazadas en Puerto Príncipe. .
Ellos tienen que pagar las remesas y el dinero que les prestaron para sacar la amenaza que pesa sobre sus familias", complementa. .
Los vuelos sin logo .
Del Pino cuenta, además, que dichas “agencias de viaje” son las mismas que contratan los vuelos chárter, o a pedido, para realizar viajes a Chile. Es decir, los aviones sin logo. "Las agencias de viaje los arriendan o se alían con una de esas empresas. En esos vuelos chárter hay gente que estuvo meses esperando", explica. .
Asegura también que los pasajeros que vuelan en aerolíneas como Latin American Wings (LAW) no llegan todos con el mismo sobre, porque reúnen los documentos por su cuenta. Dice que él ha visto, por ejemplo, sobres transparentes. .
"Nadie está articulando esto como una gran mano maestra. Esto es propio de organizaciones que se han generado en torno a un país que pasa por una crisis humanitaria, donde la necesidad de migrar es muy grande José María del Pino. "A mi juicio, estas agrupaciones sí cometen delito de tráfico de migrantes", afirma. .
El problema, comenta, es que el negocio funciona desde Puerto Príncipe. "No tenemos, como país, ninguna acción para poder fiscalizar", dice. Ocurre, según su entendimiento, porque la migración haitiana tiene características humanitarias: .
"Es muy resiliente, ellos están dispuestos a pagar, a endeudarse, a todo con tal de llegar a otro país y mejorar su calidad de vida". "Ahí es donde otros, y no los migrantes, cometen delitos, aprovechándose de esa desesperación, e inventan asociaciones ilícitas que lucran con la migración. No son los migrantes el problema, no es que el Estado esté recibiendo plata de la ONU en esos sobres", comenta. .
"Nadie está articulando esto como una gran mano maestra: esto es propio de organizaciones que se han generado en torno a un país que pasa por una crisis humanitaria, donde la necesidad de migrar es muy grande", concluye.
Fuente: Emol.com -.
http://www.emol.com/noticias/Nacional/2018/03/03/897202/Migracion-haitiana-Que-hay-dentro-del-sobre-amarillo.html

mercredi 21 février 2018

A Government-funded charity has denied allegations its staff sexually exploited survivors of the 2010 Haiti earthquake by exchanging food and money for sex.

World Vision, an evangelical Christian charity, have been accused of forcing Haitians to have sex in order to be given World Food Programme aid, according to a report in the Mail on Sunday.
It claims a former World Vision worker made the allegations about the British-funded charity – which received £17 million from the UK Government last year – following the scandal over the use of prostitutes by Oxfam officials, also in Haiti.
A statement from World Vision said the allegation ‘misrepresents our actions and omits key findings from our investigations which we described publicly several years ago’.
The statement said ‘evaluations’ carried out by World Vision ‘highlighted a number of issues in government-run camps; of nepotism, sexual exploitation and inaccurate record-keeping’.
It went on: ‘World Vision’s extensive investigations into these issues revealed that those involved in sexual exploitation were not World Vision staff.
‘They were community volunteers and cash-for-work beneficiaries themselves.’
Meghan Markle was an ambassador for the charity (Picture: World Vision) The charity said it reported the issues to authorities and implemented training and follow-up procedures to ‘cut down on these practices’.
If anybody wants to report ‘inappropriate behaviour’ by World Vision employees they should report it to their whistleblower hotline, the statement added.
Meghan Markle was an ambassador for the charity until last year and previously made a visit to Rwanda to support the work done by the charity.
It is the latest of Britain’s major charities to be shaken by allegations of sexual abuse after it was revealed Oxfam aid workers abused children and used prostititues in Haiti, the Ivory Coast and Southern Sudan.
A Save the Children report from a decade ago suggested ‘significant’ abuse was being carried out by aid workers from unspecified charities overseas, with Oxfam admitting it was aware of the report.
The 2008 report resurfaced on Friday and detailed horrifying abuse including food in return for sex acts and a 15-year-old girl being offered the equivalent of £2 and some chocolate to perform a sex act on ‘a couple of humanitarian men’.
More than 340 people were spoken to in total, revealing ‘inadequate’ safeguarding against ‘significant levels of abuse of boys and girls’, much of which was inflicted during emergencies and went unreported.
The report – which uncovered ‘every kind of child sexual abuse and exploitation imaginable’ – found that children were fearful of telling anyone about what was happening because they thought they might lose out on future aid.
Save the Children recommended the establishment of a global watchdog to evaluate how agencies tackled abuse, including the launch of an effective complaints procedure.
The report came to light just hours after Oxfam chief executive Mark Goldring said the backlash against the charity is ‘out of proportion’ and suggested no-one had ‘murdered babies in their cots’.
To report sexual exploitation by World Vision employees collect call the confidential Whistleblower Hotline on +1-503-726-3990 or report it online at http://worldvision.ethicspoint.com Source: http://metro.co.uk/2018/02/18/british-charity-backed-meghan-markle-denies-staff-sexually-abused-haiti-earthquake-survivors-7321759/amp/?__twitter_impression=true

dimanche 18 février 2018

Oxfam admits man dismissed over Haiti prostitution scandal in 2011 was rehired later that year in Ethiopia

Oxfam says it is examining how 'serious error' happened
Oxfam re-hired one of the aid workers sacked over alleged sexual misconduct in Haiti just months later, it has emerged.
The charity apologised for the “serious error” shortly after Desmond Tutu became the latest high-profile figure to step down as an ambassador.
A spokesperson confirmed that the man was dismissed from his post in Haiti in 2011 but subsequently hired as a consultant in Ethiopia from October to December that year.
“Hiring him, even in an emergency as a short-term consultant, was a serious error and should never have happened,” a statement said.
“We are still checking how this occurred but it further highlights that we need an organisation and sector-wide approach to the vetting and recruitment of both staff and consultants, especially in emergencies where there is pressure to fill posts quickly in order to help save lives.
“We are now checking whether there were any issues in Ethiopia while he was there.”
The man was among four members of Oxfam staff to be dismissed over the alleged use of prostitutes in Haiti, although the extent of their involvement is unclear.
Oxfam's head of safeguarding: In one instance 'a woman had been coerced to have sex in exchange for aid'
Three others, including the country director Roland van Hauwermeiren, resigned before the end of an internal investigation in 2011.
The Charity Commission has launched a statutory investigation into Oxfam after claiming it failed to “fully and frankly disclose material details” of allegations against its staff.
The Government has warned that aid agencies failing to offer adequate assurances about their safeguarding processes and transparency could have funding withdrawn, while Labour is calling for a full inquiry.
Archbishop Emeritus Tutu became the latest high-profile figure to distance himself from Oxfam as the scandal continued on Thursday.
The South African Anglican leader said he was “deeply disappointed by allegations of immorality and possibly criminality involving humanitarian workers linked to the charity”, which he had supported for many years.
“He is also saddened by the impact of the allegations on the many thousands of good people who have supported Oxfam’s righteous work,” a spokesperson added, confirming he had retired from the position of global ambassador.
Actress Minnie Driver resigned earlier this week, followed by Senagalese singer Baaba Maal, while former ambassador Livia Firth, the wife of actor Colin, said the men involved had “betrayed all who put their faith in them”.
“It would be a tragedy to see this relief work and advocacy stopped,” she added.
”Oxfam must do everything in its power to heal the damage to those who depend on both its work and the good faith and generosity of its supporters.“
Mr Van Hauwermeiren, the Belgian aid worker at the heart of the scandal, claims reports of his activities as Oxfam’s country director for Haiti and previously in Chad included ”lies and exaggerations“.
"A lot of people, including in the international media, will be blushing with shame when they hear my version of the facts,” he told De Standaard.
"It is not that I deny everything. There are things that are described correctly. But there are many lies and exaggerations.
"Parties every week? Fancy villas? Women paid with money from the organisation?"
He indicated the revelations had taken a personal toll, telling the paper: "It is especially bad that my family no longer want to see me."
Corporate support for Oxfam has been wavering and although the charity says it is too early to tell the impact of the crisis” on donations, it revealed 1,270 people cancelled their direct debits between Saturday and Monday - almost double the average of 600 cancellations per month.
The scandal already caused the resignation of the charity’s deputy chief executive Penny Lawrence, who said she took “full responsibility” for the alleged use of prostitutes by senior staff in Haiti and on a previous placement in Chad.
A subsequent country director for Haiti, Damien Berrendorf, was sacked last year but had no connection to the previous case.
Oxfam said Mr Berrendorf, who was in the post from 2012 to 2017, was dismissed for mismanagement.
“The dismissal was not related to sexual misconduct and was not connected to the case in 2011, however, there were allegations of inappropriate behaviour,” a spokesperson added.
“As soon as the allegations were reported via Oxfam’s whistleblowing line, they were investigated and the individual was dismissed.”
It came as the International Development Secretary met with the National Crime Agency (NCA) discuss how they could jointly tackle sexual exploitation and abuse in the aid industry.
The NCA has been “closely monitoring” allegations and confirmed it has a range of powers to investigate sexual offences committed outside the UK and support foreign security forces.
Penny Mordaunt has threatened to cut Oxfam’s public funding, which totalled £31.7m in 2016/17, and that from other charities that fail to reassure the Government vulnerable people are safeguarded.
“No organisation is too big, or our work with them too complex, for me to hesitate to remove funding from them if we cannot trust them to put the beneficiaries of aid first,” she said.
The Government has written to all British charities working overseas demanding “absolute assurances” that they are protecting vulnerable people and referring complaints to authorities.
A new unit dedicated to reviewing safeguarding in the aid sector and stopping “criminal and predatory individuals” being employed by other charities has been created, and a global register of development workers may be established.
The International Development Committee is to hold an urgent session on Tuesday to question Oxfam UK's chief executive Mark Goldring and its chair of trustees, Caroline Thomson.
Save the Children's chief executive, Kevin Watkins, is due to give evidence on wider sexual exploitation in the aid sector and a Government representative will be present to explain its knowledge of the problem.
SOurce: http://www.independent.co.uk/news/uk/home-news/oxfam-haiti-prostitution-scandal-dismiss-aid-worker-rehired-ethiopia-2011-abuse-charity-latest-a8212466.html

The scale of sex abuse at the hands of UN workers could be huge. The shocking fact is paedophiles target aid organisations

In early 2017 the United Nations Secretary General admitted to 145 incidents involving 311 victims in 2016 alone, mainly in peace operations. Many of the victims were children
Andrew MacLeod @AndrewMMacleod
This piece was originally published on 20 September 2017. It has been updated to reflect developments in the story.
This week the news has been dominated by allegations of sexual misconduct by Oxfam aid workers. It has been reported that workers representing the charity in war-torn Haiti hired prostitutes who may have been underage, and downloaded illegal material.
Since this information came into the public sphere, the Department of International Development has called for answers and the Charity Commission has launched a statutory inquiry into the organisation.
However, as I reveal below, the sexual misconduct perpetrated by Oxfam workers is only the tip of the iceberg. When we look to the scandal that has engulfed the UN for decades, which was first explored on these pages in March 2017, things become a lot more sinister.
The UK’s National Criminal Intelligence Service, which registers and monitors the activities of paedophiles, has warned as far back as 1999 that the scale of paedophiles in the international aid world is on a level with sex tourism.
This at first may seem shocking. But when one realises the good work of police forces to detect, prevent and prosecute paedophiles in our own communities is gaining in effectiveness, it is perhaps a predictable consequence that predatory paedophiles target the developing world.
The sad truth then is the easiest way for a paedophile to gain access to children in the developing world is to work for a children’s charity.
What then are the aid agencies, particularly the United Nations, doing for training, prevention, detection and prosecution of paedophiles in order to send the signal that the aid world is no easy target?
The truth is sadly, not enough, and it is time for the UK Government, that funds the UN and NGOs, to make our view heard.
In early 2017 the United Nations Secretary General admitted to 145 incidents involving 311 victims in 2016 alone, mainly in peace operations. We covered this on these pages earlier this year.
Sadly, the 311 victims are only those who were brave enough to come forward to report the rapes and abuse.
Many of the victims were children.
The UN Secretary General confessed that this was only the tip of the iceberg. But how big is the iceberg?
In September 2017 in New York, the Secretary General made a startling admission at a high-level meeting on the wings of the UN General Assembly meeting.
Antonio Guterres said “sexual exploitation and abuse is not a problem of peacekeeping, it is a problem of the entire United Nations. Contrary to the information spreading that this is a question related to our peacekeeping operations, it is necessary to say that the majority of the cases of sexual exploitation and abuse are done by the civilian organisations of the United Nations, and not in peacekeeping operations.”
If the majority of cases are outside of peace operations, the admitted 311 cases in peace operations are less half the reported victims in a single year. The total may well be over 600 of known victims.
In the United Kingdom about 14 per cent of rapes are reported. If we assume slightly less rapes are reported against the United Nations, a safe assumption given the environments in which the United Nations works, and assume 10 per cent, then that 600 victims could represent 6,000 real victims, in only one year – many of whom are children.
That could mean 60,000 in a decade. Andrew Mitchell says Oxfam 'did report the matter to the Department for International Development but he wasn't informed What is the United Nations doing in training, prevention, detection and prosecution of these crimes?
When one looks at the United Nations’ own website and filters the data to see accusations for child sex crimes that have been investigated by the United Nations, found to be upheld, how many of these people have been reported back to police forces for prosecution?
Not a single one – by the UN’s own data on their own data base. Thousands of victims and not one person in jail.
So what should we demand of the UK Government?
If we are to continue to support the good works of the UN in other areas we must demand the best in class training, prevention, detection and prosecution of sexual abusers, particularly when it involves children. The United Kingdom should demand that the UN demonstrate that the organisation we fund has the best in class systems for training, prevention, detection and prosecution of child abusers.
In September 2017 the UK did, through ex-Department for International Development head Priti Patel, deliver letters to UN agencies saying that funding will be contingent on cracking down on child abuse.
The UK Government should be congratulated for this. But what about prosecution?
Admittedly prosecution of peacekeeping soldiers can be problematic with responsibility falling to “troop-providing countries” but no such escape exists from prosecution of United Nations’ core staff.
Unfortunately, there is a Convention on United Nations Privileges and Immunities which gives legal protection from prosecution for a UN staff member performing his or her duties. Amazingly some think that child abuse falls within the definition of “performing duties” and therefore legal immunity from prosecution should apply.
If this turns out to be true and we put protection of child rapists before the protection of children, something is severely wrong.
The UK Government should demand from the United Nations that it clearly states the organisation’s position on child abuse. Does the UN think perpetrating, aiding or assisting in child abuse is really “performing duties”? Will the UN insist on legal immunity for its staff?
If by some moral abhorrence some person in the United Nations could even consider that child abuse is part of their duties, the convention allows the Secretary General to waive immunity “in the interests of justice”.
What more justice can there be than protecting children from rape?
The United Kingdom must demand from the United Nations a permanent waiver of legal immunity for child sex crimes.
What better action by the UK Government could there be than to ask for the UN to have the best in class training, prevention, detection and prosecution mechanisms to stamp out child abuse by UN staff?

When it comes to child sex abuse in aid work, the Oxfam revelations are just the tip of the iceberg

Shocking revelations on BBC’s Newsnight on Friday 9 February saw former Oxfam head Dame Barbara Stocking admit that she “knew for years” after an internal Oxfam investigation that sexual exploitative behaviour has been going on at Oxfam. The behaviour included hiring prostitutes in earthquake-torn Haiti – who may have been underage – and downloading illegal material. It was revealed that the aid workers involved in such acts moved from aid job to aid job with spotless references.
Worse, Oxfam only reported accusations to its board, but not to prosecutors.
However, such behaviour is the tip of the iceberg.
There is a growing realisation that the worst of crimes – child abuse and child rape – make up a component of detailed and long-standing sex abuse accusations against UN and NGO aid workers, and peacekeeping soldiers. If you doubt this, have a look for yourself – I wrote about the lack of action but six months ago.
Oxfam is far from alone with sexual harassment, rape and child rape accusations. The problem is becoming more well known in the entire aid industry. The UK’s former National Criminal Intelligence Service, which registered and monitored the activities of paedophiles, warned as far back as 1999 that the scale of the problem of paedophiles in the aid world is on a level with sex tourism.
As disgusting as it might seem, as authorities crack down on paedophilia in the developed world, predatory paedophiles are now going to the developing world to gain access to children. According to authorities’ warnings, one of the paedophiles’ chosen methodologies to gain access to children is to join a children’s charity.
Shocking, but once you think about it, horribly easy to believe.
Surely then, child-related charities working overseas must have a higher than normal obligation to prevent, detect and prosecute predatory paedophiles who join their networks?
Yet, from the top, we have no leadership.
Kofi Anan and Ban Ki Moon, two former UN secretaries general, both list their failure to crack down on paedophilia as one of their professional regrets. The UN’s Field Support website lists ongoing accusations of sex abuse and ongoing accusations of child rape. The problem is not just a past problem – it is a present and future scourge that will threaten the entire aid industry if we don’t fix it.
This topic is difficult reading for many people. I understand people would rather shy away from the issue of child rape. Just in typing the words for this article I feel uncomfortable. One of the reasons that the Catholic Church avoided responsibility for so long is that it was too difficult for people, especially Catholics, to accept that their institution was responsible for covering up heinous acts.
Andrew Mitchell MP: ‘Oxfam must respond with complete transparency’
It is similar in aid.
I am a former aid worker and thus am part of a group on Facebook, “Fifty Shades of Aid”. This group is made up of former and current aid workers with almost 17,000 members. There has been a lot of discussion on the Oxfam revelations and the broader topic of sex abuse by aid workers.
There have been many good comments about the need to clean and fix the industry. But there have been other comments, including: “The allegations of child abuse here are speculated by the media and adding to the witch hunt mentality” and: “Please also remember that The Times is on a huge anti-aid tirade”.
Do some people hate aid? Yes. Do some right-wing libertarians want to rip down the whole aid system? Yes. But do you defend the aid system by hiding its biggest shame, child abuse? No.
I understand the “shoot the messenger” mentality. Many Catholics still feel that the Church has been unfairly targeted. Many aid workers will feel the same. But like many Catholics, many aid workers will, now and in the future, have to ask themselves: “What did I do to try and stop it?”
You can only defend the aid system by weeding out the problem. And the law does have a solution.
Sex tourism laws in Australia, UK, USA and elsewhere make it unlawful to have sex with a child anywhere in the world. But it is also a crime to aid, abet and counsel child sex crimes.
When are we finally going to realise that turning a wilful blind eye encourages these paedophiles? When will people like Dame Barbara Stocking, if they knew for years and did not report these people to police, realise that they are or should be guilty of a crime?
Former International Development Secretary Priti Patel understood this problem. Patel led an international effort at the last UN General Assembly to finally take this seriously. She proposed a new protocol of all accusations against UK nationals to be jointly investigated by the UN and UK prosecuting authorities. Where has this got to now Patel has gone?
Where is the new whistleblowing round-table to be hosted in the first half of 2018 in the UK, that Patel promised to the world last September? I am waiting to see what Patel’s successor at the Department for International Development (DFID), Penny Mordaunt, will do.
Organisations like Hear Their Cries are doing massively good work to raise awareness of the issue. However, celebrity aid ambassadors, such as Emma Watson and Angelina Jolie and others, should cease their ambassadorial roles until they have faith that the problem is fixed. This would bring it to the forefront.
The British people are rightly disgusted about the acts of child sex tourists – predatory paedophiles – and should be disgusted by the paedophiles that make their way in to the aid Industry, particularly because the British public are paying for aid workers to undertake their crimes.
While a sex tourist pays his or her own way to their favourite child hotspot, an aid worker is paid, insured, housed and flown by DFID, together with well-meaning and good people, donating their money in the hope that it will make someone else’s life better.
But we now need to take the bitter pill and have the hard discussions. Agencies we put faith in have a big problem, and the problem needs to be fixed.
Andrew MacLeod is a visiting professor to King’s College London, chairman of Griffin Law, and a former high-level UN official
Source:
http://www.independent.co.uk/voices/oxfam-aid-work-prostitutes-un-workers-child-sex-abuse-harassment-dfid-a8204526.html

Oxfam was told of aid workers raping and sexually exploiting children in Haiti a decade ago

Exclusive: CEO sent 2008 report warning of rape, assault and exploitation on ‘significant scale’ in Haiti
izzie Dearden Home Affairs Correspondent @lizziedearden
Aid agencies including Oxfam were warned that aid workers were sexually abusing children in Haiti a decade ago, The Independent can reveal.
Children as young as six were being coerced into sex in exchange for food and necessities, according to a damning report by Save the Children, which called for urgent action including the creation of a global watchdog.
Its research exposed abuse linked to 23 humanitarian, peacekeeping and security organisations operating in Haiti, Ivory Coast and what was then Southern Sudan.
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“Our own fieldwork suggests that the scale of abuse is significant,” the report concluded. “Every agency is at risk from this problem ... existing efforts to keep children safe from sexual exploitation and abuse are inadequate.”
It identified “every kind of child sexual abuse and exploitation imaginable”, including rape, prostitution, pornography, sexual slavery, assaults and trafficking.
One 15-year-old girl in Haiti told how “humanitarian men” exposed themselves and offered her the equivalent of £2 to perform a sex act.
“The men call to me in the streets and they ask me to go with them,” said another Haitian girl. “They do this will all of us young girls.”
Oxfam executive director: ‘I’m appointing a high-level commission’
A six-year-old girl described being sexually assaulted and a homeless girl was given a single US dollar by a “man who works for an NGO” before being raped and severely injured, while boys were also reportedly raped.
When asked why the abuse was not reported, children said they feared losing aid, did not trust local authorities, did not know who to go to, felt powerless or feared stigma and retaliation. “The people who are raping us and the people in the office are the same people,” said one girl in Haiti.
by Taboola Sponsored Links Several children said they knew of cases where international aid workers had left the country while wanted by police, or where abusers had been disciplined or assigned to a different post.
The research took place in 2007, when Haiti was experiencing a food crisis driven by rocketing prices, natural disasters and climate change.
It was three years before the alleged sexual misconduct by Oxfam staff that has sparked national outcry and demands for change.
Corinna Csaky, who wrote the report, said an advance copy was sent to the CEO of Oxfam and all major international NGOs, adding: “In our cover letter we emphasised that our research revealed a sector wide problem but we didn’t implicate any one particular organisation by name.”
“Yes, you can have your code of conduct and policies and enforcement mechanisms but child protection is about educating women and girls about their rights, about knowing where to get help if you feel under threat, what is reasonable and what you can say no to.
“It’s the environment that makes abuse possible.”
Ms Csaky, a global child development adviser who no longer works for Save the Children, said that the charity was receiving “anecdotal” reports of sex abuse in the field more than a decade ago.
“It basically got to a stage where we thought ‘we need to find out more – how widespread is this?’” she added.
“What I found surprising was that it was a problem for every organisation, regardless of what they delivered, what kind of organisation they were.
“It was something everybody needed to take seriously and on a personal level just the sheer age of some of the victims, the lack of recourse and the sense of total and utter powerlessness on the part of them and their communities was shocking.”
Ms Csaky declined to name the 23 organisations implicated but said they were across the “full spectrum” of aid agencies, NGOs, peacekeeping forces and UN agencies.
“We organised events to talk about these issues and the solutions where all of these donors and implementers were parts of those conversations,” she added, saying the report sparked meetings and reforms within the UN.
It called for effective local complaints mechanisms for victims to combat “chronic underreporting”, a new global watchdog to monitor the international response and for governments to prioritise tackling the root causes of abuse.
A spokesperson for Oxfam said: “As a result of the Save the Children report, a senior member of Oxfam staff visited Haiti to assess the situation for himself and measures were put in place.
“However, these measures proved insufficient and could have been compromised by staff who were were later investigated by Oxfam and found guilty of misconduct.”
The British Government has demanded “absolute assurances” that all British charities operating abroad are protecting vulnerable people and referring complaints to authorities in the wake of revelations about Oxfam.
The Charity Commission has launched a statutory inquiry and the International Development Secretary, Penny Mordaunt, said Oxfam had agreed not to bid for new government funding until her department “is satisfied that they can meet the high standards we expect”.
“We want to ensure that programmes we are already financially committed to are being delivered appropriately by Oxfam or any other Dfid partner,” Ms Mordaunt said.
“Clearly Oxfam have a long way to go before they can regain the trust of the British public, their staff and the people they aim to help. The actions and attitude of the organisation over the coming weeks will be critical.
“I am determined that we do our utmost to prevent exploitation and abuse happening – and ensure that where it does happen it is identified and dealt with appropriately.”
Oxfam has pledged to publish an internal investigation it mounted in 2011 over allegations of sexual and other misconduct in Haiti, which resulted in several members of staff being sacked and others including the country director resigning.
As part of a plan to “stamp out abuse”, the charity is launching an independent review of its culture, creating a global database of accredited referees.
The reforms include more than doubling the number of people working in safeguarding while increasing annual funding to £720,000.
“What happened in Haiti and afterwards is a stain on Oxfam that will shame us for years, and rightly so,” said Oxfam International’s executive director, Winnie Byanyima.
“Right now I have two utmost priorities for Oxfam: continuing to provide support to the millions of vulnerable people we work with around the world, and learning vital lessons from our past mistakes to make sure such abuse and exploitation does not happen again.”
Oxfam GB’s chief executive Mark Goldring, who has resisted pressure to resign, said the charity had “betrayed people’s trust” and would work with the Government, the Charity Commission and others to reform.
More than 1,000 direct debits to the charity were cancelled over the weekend and the Government threatened to cut £31.7m annual public funding for Oxfam.
A report released on the future of international NGOs last year warned that they were being threatened by the actions of national governments delegating the response to increasingly “politicised” crises to their own agencies and militaries.
Andrew MacLeod, a former UN official, told The Independent the outrage sparked by the Oxfam scandal could be a “sustained turning point for change”, adding: “This isn’t an excuse to cut aid, this is an excuse to fix aid.”
Mr MacLeod, who represents a charity targeting sexual abuse by UN agencies, said: “It’s taken nine years to get to this point where we’re getting some change peacekeepers but the problem is far bigger than that ... this is an opportunity to reform the charity sector completely and permanently.”
http://www.telegraph.co.uk/news/2018/02/17/oxfam-warned-decade-ago-crisis-sex-abuse-among-worlds-aid-workers/

mercredi 7 février 2018

Enterrés vivants, drogués, fous : en Haïti, les zombies existent vraiment

Un extrait des "zombies" de Philippe Charlier et Richard Guérineau (DR/Le Lombard)
Grand entretien avec Philippe Charlier, anthropologue et médecin légiste, auteur d'un livre sur les zombies.
Par Renée Greusard
Publié le 06 février 2018 à 15h24 En Haïti, on voit des hommes et des femmes enterrés (dans la terre et tout) revenir parmi les vivants. C'est ce que l'on apprend dans la fabuleuse bande dessinée de Philippe Charlier (médecin légiste et anthropologue) et Richard Guérineau (dessinateur) : "les Zombies" (Lombard).
Et tout bouge alors. Car jusqu'ici on voyait ces personnages au plus simple, comme des morts-vivants au teint verdâtre, débraillés, décidés à ne pas nous laisser prendre le petit déjeuner tranquille. Au mieux (restes de quelques cours de ciné à la fac), on avait observé (malins) qu'ils étaient souvent (toujours ?) une métaphore de l'exclusion sociale.
Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les zombies...
Philippe Charlier est parti sur place, enquêter, interroger des zombis, mais aussi des professionnels qui travaillent sur la question, des neurologues, des médecins, des chercheurs. Et c'est une histoire bien plus fascinante que celle qui occupe nos séries et nos films.
Une histoire de drogue administrée comme un poison (qui éteint le corps puis le plonge dans un état d’hébétude), de tribunaux sociaux vaudous, de vengeances intimes, de troubles psychiatriques, de vivants enterrés comme des morts. Et de morts ramenés à la vie. Interview.
Qu'est-ce qu'un zombi, en Haïti ?
Il y a trois grands types de zombis.
Le premier, c'est le zombi toxique, celui dont l'empoisonnement a été décidé par une société secrète (les bizangos, les cochons gris, par exemple) parce qu'on considère qu'il fait du mal à la société. Un violeur, un assassin, un captateur d'héritage, ce genre de choses. Et on va lui dire : "Si tu ne t'arrêtes pas, il va t'arriver quelque chose de pire que la mort." Et être un zombi, en effet, c'est pire que la mort.
C'est aussi celui qui a été empoisonné par sa belle-mère, par exemple, ou quelqu'un qui lui veut du mal et qui a demandé à le "zombifier". Et ça, c'est un mésusage du poison "légalement" utilisé par le vaudou [la loi haïtienne punit cependant la "zombification", NDLR] . Le deuxième type de zombi, c'est le zombi psychiatrique. Ce sont des gens qui considèrent qu'ils ont visité le royaume des morts. Ils ont dîné, comme ils disent, avec "Baron Samedi" et "dame Brigitte". Cela obéit généralement à des cas de schizophrénie ou d'autres pathologies.
Et puis, il y a un dernier cas, qui est le zombi social. Après une catastrophe naturelle (et, malheureusement, Haïti est souvent touché par des tremblements de terre, des raz-de-marée ou des cyclones), le père, la mère ou quelqu'un d'important dans la famille a disparu. Il est remplacé par quelqu'un d'autre. Ici, tout le monde se ment. On fait passer cette personne pour un zombi (quitte à lui créer des fausses cicatrices, changer son prénom, ou lui créer des souvenirs) en sachant très bien que ce n'est ni la personne de la famille ou un zombi. Tout le monde le sait mais personne ne le dit. C'est un jeu. Et c'est un peu comme "le Retour de Martin Guerre" : le but, c'est de combler le vide d'une personne disparue.
Et donc, quand on lit "le Nouvelliste", un des grands quotidiens nationaux, en Haïti, on lit des histoires de zombis. Ce ne sont pas forcément des zombis toxicologiques vaudous, ce sont parfois des zombis psychiatriques ou sociaux, mais en tous cas, ils font la une de la presse.
Mais on dit "zombie" en Haïti ? Le mot existe ?
Oui, sauf qu'on ne met pas le "e" final ! Zombie avec un "e", c'est le zombie américain. Sachant que les zombis n'existent qu'en Haïti. Il y a quelques rares cas publiés au Cameroun et en Afrique du Sud mais l'Haïti a quasiment le monopole des zombis.
La tétrodotoxine, TTX, drogue utilisée pour zombifier en Haïti, est-elle prise dans d'autres contextes ?
Si vous utilisez cette drogue pour vous-même, ce ne sera pas super...
En revanche, si vous allez dans certains grands restaurants japonais, vous pourrez manger du poisson globe, "le fugu". Le poison se trouve partout à l'intérieur, mais pas dans la chair du poisson (même si on ne mange qu'une arête, on peut mourir). Et le but c'est, évidemment, ni de devenir un zombi, ni de tomber dans un état de mort apparente mais de ressentir le picotement sur le bout des lèvres, le tout début de l'action de la drogue.
Au Japon, on appelle même cela "le jeu de la mort". Et on ne mange pas ce plat dans n'importe quel restaurant, le chef doit avoir un diplôme particulier. Il doit pouvoir manger son poisson lui-même. S'il survit, il a le droit de le servir. C'est tellement dangereux que l'empereur et l'impératrice du Japon n'ont pas le droit d'en manger. Ça n'a pas un goût fantastique, paraît-il...
Quelqu'un qui reviendrait d'entre les morts, chez nous, se ferait rejeter. Cela n'arrive jamais en Haïti ?
En Haïti, on n'a pas peur de la mort car on vit avec en permanence. Elle fait partie de la vie quotidienne. Quand on sort de l'avion et qu'on prend la route de l'aéroport pour aller à Port-au-Prince, on voit des maisons funéraires un peu partout.
Et on a l'impression en parlant avec les gens que le séjour sur terre n'est là que pour préparer le séjour divin, ultime et définitif. Il faut donc bien réussir sa mort et on met toute sa vie à la préparer. Dans l'allégresse la plus totale. Les funérailles sont hyper-joyeuses. On met presque plus d'argent dans son enterrement que dans son mariage.
Les zombis que vous avez rencontrés, dans le cadre de vos recherches, étaient des zombis psychiatriques ou toxiques ?
Il y en a une qui était à mi-chemin entre le zombi social et psychiatrique : Adeline. Elle est aujourd'hui dans un hôpital psychiatrique car il y a eu des désordres trop importants. Mais sont-ils la conséquence d'un empoisonnement ou d'un trouble psychiatrique ? On ne sait pas... En tous cas, ses enfants l'ont reconnue et son mari refuse d'aller la voir. C'est peut-être donc son mari qui a "zombifié" cette femme-là.
J'ai aussi rencontré un homme qui, a priori, avait subi un empoisonnement par sa belle-mère. Il a été empoisonné sans être convoqué par une société secrète, donc c'est un mésusage par un prêtre vaudou (un bokor) de ce type de toxiques. Lui n'est pas allé jusqu'au tombeau. Il s'est réveillé dans le drap funéraire alors qu'il allait être déclaré mort. C'est passé à très peu de choses.
Oui, parce que pour préciser et pour les lecteurs qui ne vous ont pas lu, les zombis toxiques sont quand même enterrés, ils voient la terre tomber sur eux... C'est un véritable enfer !
Oui, c'est vivre sa propre mort et sans certitude en plus qu'on vienne vous rechercher. Sans compter qu'ils sont souvent dans un cercueil qui se trouve lui-même dans un caveau.
Ce qui est passionnant dans ce que vous racontez sur l'aspect psychiatrique des zombis, c'est qu'on reconnaît des pathologies qu'on ne nomme pas de la même manière en Occident. Chez nous, on pourrait parler de dédoublement de personnalité, de schizophrénie...
Oui, à titre d'exemple, je consulte en maison d'arrêt, dans les Hauts-de-Seine. Parmi certains patients, on en a quelques-uns qui sont persuadés d'être une autre personne (donc une inversion de personnalité, peut-être de la schizophrénie).
Certains sont d'origine afro-caribéenne et on pourrait tout à fait les qualifier de zombis. Ils obéissent radicalement aux critères de la zombification. Ils disent qu'ils ont subi un maléfice.
C'est ça qui est intéressant, c'est qu'avec un regard occidental, on les étiquette schizophrènes, avec un regard d'anthropologue, on les étiquette "zombifiés". Donc c'est assez difficile de poser un diagnostic précis et tout diagnostic doit être un diagnostic d'ethno-psychiatrie. Et parfois certains patients ne sont pas considérés comme des cas psychiatriques, ils ne sont pas malades. Ils adhèrent totalement à leurs croyances.
J'ai été intéressée par le cas de Clairvius Narcisse, mort une première fois en 1962 et une seconde en 1994. Vous dites qu'il a beaucoup plu aux femmes après sa zombification. C'est sexy d'être un zombi ?
En théorie non, le zombi, on s'en écarte un peu. On fait quand même attention. Il y a une once de défiance, sinon de respect. Clairvius Narcisse était plutôt beau gosse, il avait du bagout. Il avait un grand succès. C'était le premier zombi médiatisé. Il a fait des conférences dans des universités américaines. Il a eu du succès pas seulement avec des Haïtiennes mais aussi avec des Américaines, qui se sont dit "ah tiens, qu'est-ce que ça ferait de coucher avec un zombi ?"
Donc, ce schéma anthropologique là en rencontre un autre qui est celui de la fascination que peuvent avoir des Occidentaux pour 1. le surnaturel, 2. l'exotisme, 3. la mort.
Tout cela peut expliquer ses succès féminins. Il a bien profité de sa deuxième vie ! Il a souffert dans son cercueil, mais après...
Il y a aussi une dimension économique car les zombis sont parfois transformés en travailleurs, non ?
Tout à fait, ce sont de nouveaux esclaves. Ils perdent complètement leur libre arbitre. Ils n'ont pas les mêmes prénoms. Ils sont alimentés par terre comme les esclaves, sur une feuille de bananier. En plus, on leur impose un régime sans sel et parfois des barbituriques pour les maintenir dans un état d'hébétude. En gros, c'est une camisole chimique.
Mais ils ont été empoisonnés pour devenir des esclaves ? 
Non, le but ce n'est pas qu'ils deviennent des esclaves mais qu'ils ne fassent plus de mal à la société quand ils ont été condamnés (dans le cadre d'une société secrète vaudoue) ou qu'ils ne fassent plus de mal à une personne en particulier (dans ce cas-là, c'est un mésusage).

Le but, c'est d’annihiler leur force négative et ensuite, puisqu'ils sont comme des légumes, autant en profiter. Le bokor (prêtre vaudou) se rembourse en utilisant ces zombis, à son service comme aides ménagères, gardes d'enfants, esclaves sexuels pour certaines femmes (rarement pour les hommes) et surtout dans les champs de canne à sucre.
Cet aspect économique recouvre la fonction sociale du zombie hollywoodien ensuite, non ? Il incarne toujours ceux que nous rejetons…
Oui, dans les premiers films d'Hollywood, comme "White Zombie"notamment, on voit d'ailleurs que les zombies travaillent justement dans les champs de canne à sucre et qu'ils ne parlent pas.
Mais l'idée explorée n'est pas encore celle de la mort contagieuse. Il y a encore des rituels d'empoisonnement.
Le zombie actuel de "Walking Dead", c'est vraiment le fantasme de la mort contagieuse. Quand un mort vous touche, vous êtes mort d'emblée et vous transmettez à votre tour la mort.
Donc c'est un degré épidémiologique supplémentaire. On est au-delà de la peste, de la fièvre jaune ou de la tuberculose.
En fait, l'Occident, en rencontrant la culture zombi, l'a exploitée pour répondre à ses propres angoisses ?
Oui, le concept a été utilisé et transformé. Or les angoisses occidentales tournent précisément autour des grandes épidémies. Ce qui explique aussi le pasteurisme, les vaccinations, les antibiotiques. Mais en nous-mêmes, on a aussi cette peur de l'autre. Le zombie est donc toujours différent et étranger.

Mais comment la culture zombi est passée d'Haïti aux Etats-Unis ?
Des anthropologues américains sont venus en Haïti. D'autant plus que l'île était sous domination américaine. Il y a notamment William Seabrook qui a écrit "l'Ile magique". Et en fait, tous ces livres ont été lus ensuite par des scénaristes américains qui ont décidé de transformer tout ça en "la Nuit des morts-vivants".
Rajoutez à cela la fascination pour le vaudou qui a existé avec des croyances un peu comparables aux Etats-Unis (Nouvelle-Orléans, Louisiane, Floride aussi). Tout cela était aux portes des Américains…
Il y a des cas de résurrections dans la Bible. Et si Jésus était un zombi ?
[Rires] C'est une hypothèse assez audacieuse. Pourquoi pas ? Il faudrait en parler avec des théologiens. Mais Lazare avant lui meurt, ce que Jésus ne supporte pas. Et Jésus lui dit : "Lève-toi et marche."
Il y a donc aussi, derrière tout ça, le fantasme de vouloir faire revenir les morts, non ?
Pas vraiment. En fait, le fantasme, ce n'est pas de faire revenir les morts, c'est de jouer avec. On provoque un décès aux yeux de tous en sachant très bien que ce n'est pas la vraie mort, mais en même temps... Si jamais on ne va pas la chercher, la personne meurt quand même.
A la fin du livre, vous parlez de la fonction sociale du zombi et vous dites qu'on peut l'appliquer en Occident. Comment ça ?
Ce schéma du zombi haïtien, de mort social, c'est-à-dire d'une personne volontairement exclue de la société parce qu'elle fait du mal ou parce qu'elle ne présente plus d'intérêt, existe aussi chez nous.
Les personnes âgées, les détenus de longue peine, les mélancoliques, les cas psychiatriques, tout ça, c'est exactement le même "pattern" pour reprendre l'expression de Claude Lévi-Strauss. Il y a des morts sociales partout.
Renée Greusard
Journaliste