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jeudi 19 mai 2016

De Dumarsais Estimé à Michel Martelly ! Du bicentenaire à cité l’éternel ! Une décente vers l’inhumanité.

 Il y a 66 ans, un 10 mai 1950, l’état major des forces armées d’Haïti poussait vers l’exile, le président Dumarsais Estimé considéré comme l’un des meilleurs présidents que le pays a connus pendant ses plus de deux siècles d’existence.
Ce coup de force perpétré contre ce président élu survint six mois après l’inauguration de la cité de l’exposition qui avait valu à la capitale cette avenue et ce quartier face à la mer connue comme le bicentenaire.
A nous qui avons plus de cinquante ans, ce bicentenaire nous ramène tant de souvenirs !
Des souvenirs aussi forts et poignants que l’immense amertume que nous inspire ce qu’il en reste aujourd’hui.
Une chose bizarre pour nous aider à comprendre que nous fonctionnons en dépit de tout bon sens et qu’il convient de rappeler aux membres de notre élite qui a l’habitude et les moyens de se rendre en République Dominicaine c’est que l’incontournable « Malecon de Santo Domingo a été inspiré dans sa conception et dans sa construction par notre bicentenaire.
En effet l’histoire rapporte que lors de la construction de ce qui fit il y a un temps, la fierté de Port-au-Prince, le président dominicain de l’époque, Rafael Leonidas Trujillo Molina avait dépêché des émissaires et des experts dont l’expérience haïtienne inspirera profondément la construction du Malecon de Santo Domingo.
Mais les deux histoires s’arrêtent là pour partir chacune dans des trajectoires opposées.
Là-bas le concept sera reproduit et multiplié un peu partout dans les villes côtières, alors que chez nous rien ne se fera pour maintenir ce lieu ni pour l’améliorer.
Aujourd’hui nous observons et nous admirons le travail d’un peuple fier, aimant le progrès alors que nous nous sommes convertis en prédateurs transformant tout en proies pour tout détruire malgré le mal qui nous retombera tôt ou tard dessus.
Ceux qui ont pour mission de part leurs fonctions et leurs places dans notre société préfèrent applaudir les autres au lieu de travailler à ce que les choses s’améliorent chez nous.
Le devenir de notre bicentenaire retrace la trajectoire de notre pays depuis la naissance du rêve en 1804 et son étouffement dans l’œuf le 17 octobre 1806.
Un échec collectif ou victimes, complices et responsables se regardent, s’accusent et se supportent en changeant de camp au gré des vents et des saisons.
Prenant tantôt la place des uns pour singer les autres pour occuper plus tard, à la faveur d’un tolalito incessant le fauteuil des autres pour mimer les uns.
De ce coin boisé et agréablement venté où cette partie de la baie de Port-au-Prince inspirait et invitait à se laisser aller dans une contemplation muette, il ne reste que les souvenirs des enfants apprenant à se maintenir en équilibre sur des vélos, les réminiscences de l’atmosphère de ces manèges type Ross manning, les vestiges invisibles de la joie des jeunes entrain de s'enivrer dans la vitesse de pointe atteinte par les « cabouettes » poussées à force de bras.
Effroyable contraste entre hier et aujourd’hui, entre le pays de Dumarsais Estimé et de celui de ces présidents qui auront laissé à la nation et à la postérité que leurs noms et les circonstances qui leur ont octroyé le privilège d’occuper une fonction qui dépassait de loin leurs compétences et leurs capacités.
Aujourd’hui se tient à la place du bicentenaire de Dumarsais Estimé, contre les vestiges de ce passé appréhendé par le bon bout, les exemples flagrants de notre descente continue en enfer. Comme monument sacré érigé l’indécence acceptée et institutionnalisée se tient Cité L’éternel !
Ce serait illogique et insensé d’imputer cet état au gouvernement de Michel Martelly. Sa responsabilité dans le bordel actuel est trop marquée pour en faire là aussi le bouc émissaire par excellence.
Les deux gouvernements de René Preval non plus d’ailleurs.
Avant de remonter jusqu’aux Duvalier, il serait de bon ton de se demander à quand remonte la transformation du bicentenaire avec en particulier la sortie de terre de Cité L’éternel ?
Le bicentenaire existait-il encore en 1986 ?
Il sera impossible de pointer du doigt un coupable.
Le responsable de la disparition du bicentenaire reste tout compte fait, Dumarsais Estimé lui-même qui l’avait construit.
Il est coupable de l’avoir fait sans avoir éduqué le peuple. Oui ! l’élément magique de toutes les solutions : l’éducation !
Dumarsais Estimé construisit donc le bicentenaire sans avoir inculqué aux générations futures, à travers un programme d’éducation appropriée, comment protéger et conserver les acquis de la République.
Il lui a manqué cette vision pour éduquer les autres à penser plutôt à l’amélioration de ce qui existe.
Le peuple haïtien en général, disposait-il des bases nécessaires pour comprendre cette phase dans le processus d’éducation ?
Donc les gouvernements qui ont vu le jour avant Dumarsais Estimé détiennent leurs parts de responsabilité aussi.
Pour ne pas trop allonger l’histoire, pour retrouver des responsables de ce qui ne marche pas en Haïti il faut remonter les temps de la création du monde, toute les fois que l’on accepte d’accorder le bénéfice des circonstances atténuantes à la découverte de Christophe Colomb, à la traite des noirs, à l’esclavage et la colonisation.
L’essor de la modernité s’est détenu juste avant la frontière avec la République Dominicaine.
Aujourd’hui nous vivons sans vergogne, sans honte, sans regret ni remord, comme un vilain furoncle poussé sur le nez en plein visage, avec cité l’éternel en lieu et place de notre bicentenaire.
Le panorama architectural de notre pays regorge de ces anomalies que l’indifférence et le manque de vision placés à côté de notre incapacité à nous indigner ont fini par intégrer sans provoquer de haut-le-cœur dans cette conceptualisation de notre espace accepté comme normal.
Les membres de la société d’aujourd’hui ne sont certes pas responsables de la dégradation de l’environnement du bicentenaire qui s’est transformé en cité l’éternel. Les autorités actuelles non plus.
Elles ne sont surtout pas responsables de la dégradation de Boutillier soumis à l’action féroce de prédateurs de tout genre et ce, dans l’indifférence de ceux qui ignorent catégoriquement les cris des riverains qui s’évertuent à alerter les responsables et l’opinions publique.
Ainsi va la vie !
Ainsi s’en ira Haïti et la faute incombera à celui qui a créé cette portion de terre et a commis l’erreur d’y placer des Haïtiens pour la peupler !
Dr Jonas JOLIVERT
20/05/2016