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lundi 19 octobre 2009

L'EX SENATEUR RUDOLPH BOULOS REPLIQUE

Droit de réponse l'oblige, nous présentons à nos lecteur cette mise au point de l'ex-sénateur Rudolph BOULOS qui répond aux critiques suscitées après la « Rencontre Patriotique de Santo Domingo ». En effet, Haïti Recto Verso avait émis des réserves sur la réalisation de cet évènement qui se rangeait dans une attitude voulue de Monsieur BOULOS de faire de la République Dominicaine son arrière base pour ses activités politiques. Les réserves émises restaient légères certes mais il semblerait que d'autres secteurs avaient eu de critiques un peu plus acerbes contre l'insertion spatiale de l'activité politique de l'ex sénateur de la République.

Nous avons retrouvé en lisant la version digitalisée du journal Le Matin ce texte assez long a travers lequel Monsieur BOULOS fait une mise au point.

Bonne lecture

Rencontre patriotique de Santo Domingo : En guise de réponse à mes détracteurs et aux justes préoccupations des femmes et des hommes de bonne volonté

Depuis la réalisation des Assises de Santo Domingo, les réactions ont fusé de toutes parts, sur l'Internet, de citoyen(e)s animés de diverses intentions, des plus nobles aux plus obscures, des plus spontanées aux plus commanditées.
J'avais décidé de garder un silence introspectif, parce que rien ne rivalise le recul lorsqu'on veut agir dans la sérénité. Dans le cadre de ma réflexion, j'ai considéré toutes les critiques et tous les compliments adressés à l'initiative avec la même ouverture d'esprit. Je n'entends nullement me défendre auprès de ceux qui pensent détenir un supplément de citoyenneté sur la base de laquelle, et avec une arrogance à peine voilée, je dois justifier les actions que je pose dans le cadre du redressement d'une Nation qui a connu des jours meilleurs. J'entends surtout m'adresser aux citoyens de bonne volonté qui initialement ont supporté l'initiative, et qui, noyés par la vague des critiques stériles et commanditées par Port-au-Prince, auraient perdu de vue la portée et l'importance de l'événement.


La Rencontre patriotique de sauvetage national de Santo Domingo est le résultat d'un simple constat : aucun pays ne se développe sans une base théorique forte, une réflexion structurante, et une vision claire de ses élites partagée par le reste du corps social. Notre histoire nous enseigne que l'action dépourvue de base théorique conceptuelle est plus susceptible de déboucher sur des insurrections utopiques que sur un développement et une démocratisation irréversibles. La Rencontre de Santo Domingo était donc un moyen d'engager certaines des plus belles têtes de l'intelligentsia haïtienne dans une réflexion exploratoire fertile que d'autres secteurs enrichiraient, en vue de déboucher sur un nouveau paradigme de l'État, une consolidation de la Nation, et un engagement civique dans la promotion de notions telles : la responsabilité, la libre entreprise, la sécurité des vies et des biens, la promotion des investissements, l'assainissement des finances publiques, et aussi – quoi qu'on dise – une résolution sur le long terme de la situation des Haïtiens vivant en République dominicaine.
On me reproche de m'être intéressé de manière soudaine au dossier des Haïtiens vivant dans les bateys. Une telle critique ne peut être que l'expression de la mauvaise foi ou de la myopie intellectuelle, ou d'un mélange des deux. Il y a plusieurs façons de s'attaquer au problème de nos compatriotes vivant en République dominicaine. En tant que sénateur du Nord'Est, j'ai investi plus de temps à promouvoir la création d'emplois qu'à légiférer en tant que tel. Pourquoi les Haïtiens, en dépit de leurs conditions infrahumaines dans les bateys, continuent-ils de s'y rendre ? Parce que chez nous la situation est encore pire pour eux. La réponse est difficile à digérer, mais elle n'en est pas moins vraie. Fort de ce constat, tout citoyen pragmatique admettra que la résolution du problème sur le long terme passe par la création d'emplois en Haïti, ce à quoi je m'étais attelé d'abord en tant que citoyen privé et capitaine d'industrie, puis en tant qu'entrepreneur politique et sénateur de la République impliqué dans le développement. À côté de la stratégie à long terme, il nous faut une stratégie portant sur le court terme et le moyen terme. Les approches peuvent diverger. Certains pensent que la dénonciation dépourvue de toute vision claire résoudra le problème. Je ne suis pas de cet avis. La dénonciation ponctuelle d'actes inhumains peut aider à attirer l'attention sur le dossier, mais ne saurait constituer une stratégie intelligente en soi. Le dialogue franc et sincère, sans tricherie, est, à mon sens, la meilleure voie que nous puissions emprunter. Maintenant, on me reproche la présence de certains Dominicains aux Assises de Santo Domingo. En dépit de la précarité de leurs rapports, de leurs guerres constantes, Israéliens et Palestiniens ne se parlent-ils pas ? Le président Obama, en dépit du fait que 15 Musulmans sont derrière l'attaque contre les tours jumelles du World Trade Center, ne s'est-il pas rendu en Égypte pour solliciter un nouveau départ dans les relations de l'Amérique avec le monde musulman ? En dépit du fait que le shérif Joe Arpaio inflige un traitement inhumain aux immigrants mexicains qu'il traque systématiquement dans son comté du Maricopa – les obligeant à porter des sous-vêtements roses et se flattant de n'allouer qu'un dollar par jour par prisonnier à la cantine de la prison, à un tel point qu'il fait actuellement l'objet d'une investigation fédérale pour abus –, les responsables mexicains ne dialoguent-ils pas régulièrement avec leurs homologues américains en vue d'une amélioration des conditions de leurs ressortissants ?


Les relations haïtiano-dominicaines ont toujours été négativement influencées par des préjugés de part et d'autre de la frontière. Les Dominicains se font une idée négative de nous, ce qui s'est aggravé avec le récent développement économique qu'ils ont connu parallèlement à notre chute abyssale vers les ténèbres du sous-développement. De notre côté, nous assimilons a priori la femme dominicaine à une prostituée. Dans sa théorie sur la réduction des préjugés (L'hypothèse du contact) – théorie considérée jusqu'aujourd'hui comme unique dans le domaine par les meilleurs sociologues du monde – Allport (1954) recommande que les groupes nourrissant des préjugés les uns envers les autres échangent des relations sur une base régulière dans un cadre social égalitaire. Le fait par des membres de ces groupes de nourrir des rapports réguliers contribue progressivement à combattre les préjugés et, par ricochet, les attitudes négatives. L'Haïtien qui côtoie des femmes dominicaines professionnelles ne peut que chasser le stéréotype de la prostitution de son esprit. Dans la même lignée, le fait de réunir, dans une même enceinte, des étudiants haïtiens, des intellectuels de grand acabit produisant une réflexion de choix sur Haïti et des officiels dominicains, a contribué à véhiculer une meilleure image d'Haïti. Mais comment cela a-t-il aidé l'ouvrier des bateys, me demandera-t-on ? Je répondrai qu'il en profite sur tous les fronts. D'abord, étant donné que nous avons considéré prioritaire la démarche du dialogue aux dépens de la confrontation, le fait d'associer des Dominicains à la réflexion nous permet d'établir des liens que nous pourrons utiliser dans le futur, lorsqu'il faudra négocier de meilleures conditions pour nos frères et sœurs des bateys, en attendant l'étape idéale de leur retour au bercail. En ce sens, les officiels dominicains nous percevront comme des partenaires en train de réfléchir sur un problème commun. Parce qu'il ne faut jamais oublier que l'immigration haïtienne en République dominicaine pose aussi des problèmes aux Dominicains, vu qu'ils n'ont pas le contrôle absolu du flux d'Haïtiens qui traversent la frontière. D'autre part, le fait d'organiser la rencontre à Santo Domingo contribue à sensibiliser la société civile dominicaine sur la nécessité pour les deux pays de résoudre leurs problèmes en commun. Tout rapprochement des deux peuples, à quelque niveau que ce soit, sans compromission, profite à l'Haïtien des bateys et à l'étudiant haïtien dans le pays voisin.

On me reproche le fait de vouloir qu'Haïti s'inspire du modèle dominicain pour résoudre ses problèmes. Cette critique est risible. Aucun pays n'est arrivé à se développer en réinventant la roue. La République dominicaine s'est inspirée du modèle américain pour emprunter la voie du développement. C'est le concept du transfert de technologie. Il est de loin plus facile de transférer le savoir-faire de la République dominicaine à Haïti, qu'il ne l'est d'aucun autre pays, exception faite de l'implication directe d'un nombre élevé de techniciens et d'experts haïtiens de la diaspora dans le développement d'Haïti, ce qui n'est pas possible dans l'immédiat. Certains nationalistes sentimentaux et masochistes préféreraient qu'Haïti périsse au lieu que nous nous inspirions des Dominicains qui eux se sont inspirés des Américains, pour lancer le pays sur la voie du développement. Mon nationalisme est pragmatique. Je pense qu'Haïti et la République dominicaine ont un passé douloureux ; mais tout développement réel des deux pays passera par l'harmonisation de nos relations. Par exemple, pourquoi ne profiterions-nous pas de la logistique dominicaine pour, à travers le tourisme multi-destination, attirer les touristes que reçoivent nos voisins vers la Citadelle ? Malheureusement, certains compatriotes ne conçoivent les relations haïtiano-dominicaines que dans un cadre conflictuel stérile. Ils sont confortablement installés à l'opposition là-bas, et n'aimeraient pas que leurs amis de l'opposition dominicaine les voient en train de dialoguer avec ceux qu'ils perçoivent comme l'ennemi à abattre. Pour ces gens, une résolution de la situation des Haïtiens de là-bas signifierait la fin de leur croisade. Ces individus trouvent normal et moral de s'associer étroitement à des régimes scélérats et criminels (qui tuent les citoyens grâce au terrorisme d'État), mais me reprochent de dialoguer avec des officiels dominicains. Selon cette logique, il est seulement immoral de maltraiter les Haïtiens lorsque les bourreaux sont des étrangers. Ces individus ferment les yeux sur les atrocités infligées aux citoyens haïtiens par leurs dirigeants, en vertu d'une moralité sélective et démagogique. Moi, je fais la Realpolitik d'Haïti, et je suis prêt à m'asseoir avec tous ceux qui veulent discuter de la question haïtienne.

On reproche toujours aux élites intellectuelle et économique de ne pas s'impliquer dans le développement du pays. J'espère qu'on comprendra, à travers les méchantes critiques adressées à notre initiative, pourquoi certains citoyens hésitent à sacrifier leur tranquillité sur l'autel de la méchanceté de certains individus. Certains, en panne d'arguments, sont allés jusqu'à nous accuser d'avoir « coopté » la ligue des pasteurs haïtiens de la République dominicaine. Cette critique est symptomatique d'un grave déficit de bon sens. Qui d'autre est mieux qualifié pour dénoncer une telle récupération que la ligue elle-même ? Pourquoi ne l'a-t-elle pas fait ?
Pour finir, je tiens à remercier tous ceux qui ont participé à la Rencontre, et qui ont permis son enrichissement par leur contribution intellectuelle de qualité. Je remercie aussi ceux qui, via Internet, ont encouragé l'initiative et m'ont demandé d'apporter des éléments d'éclaircissement sur le dossier. Je me suis tu jusqu'ici laissant du temps à ceux qui crachaient en l'air pour que leur crachat leur retombe sur le nez. Tout le monde a identifié les commanditaires des attaques adressées contre l'initiative. Il y a eu aussi des compatriotes de bonne foi à émettre des réserves ou des questions légitimes. J'espère que ma note aura répondu à leurs préoccupations.
Maintenant, la réflexion est lancée. Il faudra l'approfondir, et nous ne prétendons nullement détenir un quelconque monopole sur la question, contrairement à ceux qui considèrent le dossier des bateys comme leur chasse gardée et qui entendent prévenir toute interférence d'autres citoyens dans leur basse-cour, fût-il au dam de ceux-là mêmes qu'ils prétendent vouloir émanciper.
Cela dit, je n'entends nullement m'engager dans les échanges épistolaires stériles que certains semblent particulièrement aimer à des fins de publicité. Je suis un homme d'action, et je m'engage à travailler au suivi de la Rencontre, en vue de l'élaboration du Plan de sauvetage national, conformément à la déclaration finale en date du 31 août 2009.
Santo Domingo, le 12 octobre 2009
Patriotiquement,
Rudolph H. Boulos,
entrepreneur politique et sénateur
de la République d'Haïti



MUSÉE / ART SACRÉ / VODOU / Vers la création d'un musée vodou La Fondation pour la préservation, la valorisation et la production d'œuvres culturelles haïtiennes (FPVPOCH) projette de créer dans le pays un musée du vodou. Ce musée, qui sera formellement le premier espace d'exposition consacré aux arts sacrés du vodou de dimension artistique et culturelle, se veut aussi, selon les initiateurs, le premier « centre culturel vodou en Haïti ».

La création du Musée/centre culturel vodou en Haïti s'inscrira dans les lignées de la préservation et de la conservation d'un patrimoine culturel, artistique et sacré que constituent les objets vodou, dont la plus importante collection appartient à la Suissesse Marianne Lehmann.
Éprise de la culture vodou, Marianne Lehmann (qui vit en Haïti depuis 1957) s'est mise depuis environ trente ans à rassembler des objets sacrés du vodou, de véritables œuvres d'art, dont la plupart remontent au xixe siècle et sont très bien conservés. La collection de Marianne Lehmann comprend plus de 2 500 objets, répartis en grandes installations et objets en tous genres, tels que : cruches, drapeaux, colliers, crécelles, costumes, statues.
La Fondation pour la préservation, la valorisation et la production d'œuvres culturelles haïtiennes (FPVPOCH) envisage de créer le musée dans le souci de sauver ce patrimoine qui, depuis décembre 2006, dans le cadre d'une tournée itinérante en Europe, fait l'objet d'expositions dans des musées suisse, hollandais et suédois. Une exposition itinérante

De 2006 à 2007, à l'initiative de Jacques Hainard et Philipe Mathez, s'était tenue au Musée ethnographique de Genève l'exposition des objets sacrés vodou, intitulée « Vodou, un art de vivre ». L'exposition a fait l'objet d'un catalogue, du même titre, conçu et réalisé par Jacques Hainard et Philipe Mathez, respectivement directeur et conservateur du Musée ethnographique. Ce catalogue de 448 pages, auquel ont contribué une vingtaine de chercheurs, d'universitaires et de vodouisants, a paru en anglais, en allemand et en hollandais. Selon les membres de la FPVPOCH, cette édition trilingue est réalisée dans la perspective de mettre cet ouvrage à la disposition des visiteurs « des pays hôtes ».
Dans le cadre de l'exposition genevoise qui s'était poursuivie jusqu'au mois d'août 2008, a eu lieu, tous les samedis, la projection du documentaire « Une mémoire vodou », réalisé par Irène Lichtenstein. «Dans ce document, Marianne Lehmann raconte sa passion, fait découvrir ses pièces et fait rencontrer des artisans qui fabriquent ces objets pour lever un coin du voile sur une des croyances les plus mystérieuses », a-t-on appris.


Une exposition itinérante

La dernière exposition des objets sacrés du vodou, réalisée en partenariat avec la FPVPOCH, a été ouverte, le jeudi 17 septembre 2009, au Musée des cultures mondiales de Göteborg, en Suède, en présence des architectes Didier Dominique et Henoch Trouillot et de l'anthropologue Rachel Beauvoir-Dominique, tous membres de cette fondation.
Lors de l'ouverture de l'exposition, Rachel Beauvoir-Dominique a présenté la collection des objets sacrés. La directrice du Musée des cultures mondiales, Margareta Alin Hegelund, a prononcé son discours de circonstance, alors que Madame Beauvoir-Dominique a lu le message de Marianne Lehmann qui n'a pas pu faire le déplacement, en raison de problèmes de santé. À la suite de la visite guidée de l'exposition, les visiteurs ont assisté à la conférence d'Hénock Trouillot, dans laquelle il « a situé le contexte historique des objets présentés ». Cette communication a été suivie de la présentation sur powerpoint de l'architecte Didier Dominique. Intitulé « Cris et chuchotements » (« Viskningar och rop » en suédois, titre du chef-d'œuvre cinématographique du réalisateur suédois Ingmar Bergmann), [cette présentation] illustrait les rapports de cette collection avec l'évolution de l'espace haïtien», lit-on dans la note de presse de la FPVPOCH.
La
soirée inaugurale de l'exposition s'est terminée dans une ambiance de fête. Elle a été animée par le groupe suédois « Simbi », de tendance racine, sous la direction musiciale de Sten Kälmann, « ami et fils adoptif d'Haïti depuis plus de trente ans ».
L'exposition suédoise se poursuivra jusqu'au 3 janvier 2010. Elle a été précédée d'une exposition réalisée au Tropenmuseum d'Amsterdam. Celle-ci s'est déroulée, en marge de la tournée suisse, du 1er novembre 2008 au 10 mai 2009.
Dans leur note de presse, les membres de la FPVPOCH rappellent que le « Tropenmuseum est l'un des plus grands musées ethnographiques d'Europe, haut d'une quarantaine de mètres, de style XIXe siècle en brique, et avec plus de cinq étages à balcons intérieurs, comportant des collections impressionnantes de milliers d'objets du monde entier ».
À sa sortie de Göteborg en janvier 2010, ce sera le tour du Musée ethnologique de Berlin (qui comporte une collection permanente de plus de 500 000 objets du monde entier) d'accueillir la collection, d'après la FPVPOCH. « Elle sera suivie d'une étape (non initialement prévue) au Musée canadien des civilisations d'Ottawa, fin 2010 à septembre 2011 ». La collection sera à nouveau présentée au public allemand, à la fin du mois de décembre 2011, « pour y rester jusqu'en avril 2012 à la Ubersee Museum de Brème ».

Sauvons un patrimoine sacré et artistique…

Pour la concrétisation du rêve de création du Musée/centre populaire de culture vodou », la FPVPOCH souhaite «vivement l'adhésion – et même les souscriptions – des compatriotes d'Haïti ou d'ailleurs ». Ces objets, précieusement et jalousement gardés par la collectionneuse Marianne Lehmann, étaient abrités dans une maison de sept pièces. «Dans l'arrière-cour attenante, a-t-on appris, étaient entreposés des personnages en béton et en argile grandeur nature abrités sous un toit de bois de fortune». Il est une urgence de sauver ce patrimoine sacré et culturel. Par Chenald Augustin
mardi 13 octobre 2009


Haïti : quand adoption rime avec transaction

(Syfia / Haïti). Haïti est un des principaux « fournisseurs » d'enfants adoptables. Une filière quasi commerciale s'y est installée, basée sur la loi du marché plus que sur une logique d'aide à l'enfance. Beaucoup d'enfants adoptés ont encore leurs parents…
Sur le tarmac surchauffé de l'aéroport Toussaint Louverture à Port-au-Prince, pas un jour ne passe sans qu'un enfant d'Haïti n'embarque sur un vol international, accompagné de ses parents adoptifs ou d'un représentant d'un organisme d'adoption. Beaucoup partent vers l'Europe : Haïti est en effet devenu un gros «fournisseur » d'enfants adoptables : le premier pour la France, un des principaux pour la Belgique et la Suisse. Plus de 400 petits Haïtiens sont adoptés chaque année en France et une cinquantaine en Belgique. Dans ce pays, leur nombre est en baisse, « notamment à la suite d'une campagne qui dénonçait les mauvaises pratiques d'adoption en Haïti », explique Gerrit De Sloover, le vice-consul honoraire de Belgique en Haïti, consultant sur les questions liées à l'adoption internationale.
De 300 à 400 dans les années 1990, le nombre de dossiers d'adoption internationale d'enfants haïtiens déposés par an à Port-au-Prince, à l'Institut du bien-être social et de la recherche (IBESR) est aujourd'hui compris entre 1 000 et 1 500. Exactement 1 367 pour la période d'octobre 2007 à octobre 2008. Cette augmentation résulte du fait qu'Haïti est un des rares pays à n'avoir pas encore ratifié la Convention de La Haye de 1993 sur la protection des enfants et la coopération en matière d'adoption internationale, qui fixe un cadre éthique clair et pose comme principe qu'un enfant n'est adoptable que lorsque aucune famille ne peut l'accueillir dans le pays même.

Business


Souvent portée par un vrai désir d'enfant du côté des parents, l'adoption internationale apparaît sur le terrain comme un véritable business. En 2005, la procédure pouvait coûter aux adoptants entre 5 000 et 6 500 $ US en moyenne, selon l'Unicef, y compris les frais d'avocats engagés par les crèches et ceux de procédure. Aujourd'hui, on approche des 10000 $ US. L'offre a toujours existé du côté haïtien, témoigne Geerit De Sloover, mais la demande a augmenté récemment. Les maisons d'enfants ont dès lors pullulé dans le pays. En 2008, 66 crèches étaient accréditées par l'IBESR (contre 47 en 2005), dont une majorité à Port-au-Prince. Mais leur contrôle par l'Institut est problématique, compte tenu du manque de moyens de l'institution et du manque de volonté de sa part. Aux dires du directeur adjoint de l'IBESR lui-même, M. Casseus, les crèches seraient beaucoup plus nombreuses que celles accréditées par l'Institut, « près de deux cents», lâche-t-il, sans en avoir l'air très certain.
Selon l'Unicef, « l'adoption internationale via des organisations privées qui n'ont pas reçu l'autorisation est malheureusement possible ». « Je connais des cas où des crèches non reconnues sous-traitent à des crèches accréditées», affirme Gerrit De Sloover. Car « parfois, certains n'ont pas assez d'enfants 'en stock', explique X. V., directrice depuis dix ans d'une crèche à Port-au-Prince. Ils vont donc en chercher ailleurs » pour répondre aux désirs des parents adoptifs. « J'ai reçu nombre de courriels de parents, toujours les mêmes : ''nous avons l'autorisation d'adopter, nous cherchons un enfant, une fille'' », poursuit-elle.


Contrôle de pure forme

Les petits qui présentent des «défauts » ne sont guère prisés : les plus âgés et les malades ont peu de chance d'être adoptés et certaines crèches tournées exclusivement vers l'adoption internationale ne les acceptent pas. De plus, la majorité des enfants adoptés en Haïti ont toujours des parents en vie, soit les deux, soit l'un d'eux, une tante, une grand-mère... à qui ils sont littéralement « achetés » pour être confiés aux adoptants. « Il semblerait que certaines crèches donnent de l'argent à la famille », reconnaît M. Casseus. Le plus fréquent est que des gens liés à la crèche recherchent activement des mères pauvres et leur proposent de mettre leurs petits en adoption. « Une fois les papiers signés, on va leur expliquer ce qu'est l'adoption. Ce n'est pas illégal, mais illégitime et abusif », explique Gerrit De Sloover, qui estime cependant que ces cas seraient moins nombreux qu'en Inde.
Parfois, l'initiative vient des parents. On a beaucoup parlé de vente d'enfants en Haïti. Le cas d'une maman ayant vendu les deux siens pour 500 gourdes (10 €) a fait du bruit. « Les parents, dans l'incapacité de s'occuper de leurs enfants, viennent les placer », explique X. V. L'absence de sécurité sociale, de garantie pour les vieux jours, le haut taux de mortalité infantile poussent les parents à avoir beaucoup d'enfants dans l'espoir que quelques-uns s'occuperont d'eux plus tard. Pour le directeur adjoint de l'IBESR, de nombreux parents sont conscients de ce qu'ils font lorsqu'ils placent leur enfant dans une crèche, et se bercent d'illusions en se disant qu'un jour celui-ci les fera voyager... La législation haïtienne, en effet, ne reconnaît pas l'adoption dite plénière qui implique une rupture des liens de filiation avec les parents biologiques. Elle entre ainsi en contradiction avec nombre de législations étrangères. Au moment de donner leur consentement, beaucoup de parents ne sont pas bien informés, et de plus, une majorité signent des documents qu'ils ne savent pas lire (Voir encadré « On a signé pour 18 ans »).


Limiter l'adoption individuelle…

Selon la législation haïtienne actuelle, l'IBESR n'a pas l'obligation de vérifier la véracité du consentement des familles avant qu'une décision d'adoption ne soit prise en justice. Seule la présence dans les dossiers des documents administratifs et judiciaires est vérifiée, ce qui vaut également pour les consulats qui interviennent avant le départ. «C'est un travail purement administratif à la fin du processus », rappelle Gerrit de Sloover. « Durant des années, les critères n'ont pas été appliqués. Aujourd'hui, la procédure est assez lente, car ils ont tendance à l'être plus strictement. On a commencé à demander plus de papiers pour l'adoption, ce qui a avant tout été source de plus de corruption », déclare X. V. De six mois à un an auparavant, le délai peut aujourd'hui atteindre deux ans et demi. « Une part importante est laissée à l'interprétation personnelle des juges et fonctionnaires dans la gestion des cas, explique Gerrit De Sloover. Le concept de 'faciliter le dossier' est assez élastique. » X. V. soupire : « Les crèches subissent tellement de pressions... Si vous ne payez pas, le dossier traîne des mois et des mois, et les parents adoptifs vous reprochent de ne pas être aussi rapide que d'autres crèches. Aucun responsable de crèche ne vous dira évidemment qu'il paie... »
Les ambassades aussi exercent des pressions sur les autorités haïtiennes, non pour augmenter les contrôles, mais pour accélérer les procédures. Un projet de loi correctif a été déposé au Parlement, mais il a peu de chances d'être adopté à court terme. Pourtant, la responsabilité relève aussi des pays adoptants. Certains, comme la France, acceptent les démarches faites individuellement par les futurs parents, qui s'adressent directement à une crèche haïtienne. 90 % des enfants "exportés" d'Haïti vers l'Hexagone suivent cette filière.
Ailleurs, l'adoption individuelle est limitée et les parents sont obligés de passer par des organismes d'adoption agréés (OAA), où la procédure est réputée plus longue. « Mais ce qu'il faut, c'est plus de contrôles sur place », explique une autre directrice de crèche. L'IBESR estime qu'il faut aussi « renforcer la procédure du consentement pour que les parents haïtiens soient bien conscients de ce qu'implique l'acte qu'ils posent ». Mais, paradoxe, le salaire du personnel de l'Institut est payé, pour partie, grâce aux recettes issues des dossiers d'adoption déposés : 5 000 gourdes (100 €) par dossier. Même incomplets ou problématiques, ceux-ci sont acceptés en nombre…
Maude Malengrez


« On a signé pour 18 ans »

Kettelie Wesh vit à Soleil 17, à Port-au-Prince. En 2005, la violence ronge le quartier. Kettelie entend parler de femmes dans le quartier qui ont « placé » leur enfant en crèche pour l'adoption internationale. C'est ainsi qu'elle a rencontré le blan (l'étranger) qu'elle montre sur une photo jaunie avec sa fille, Jenny. Il est pasteur, soutenu par un réseau d'Églises aux États-Unis pour gérer en Haïti une crèche orientée vers l'adoption internationale, mais qui aide aussi un peu les familles à s'occuper de leurs enfants. « Si j'avais pu, j'aurais placé tous mes enfants. » En octobre 2005, elle y amène la plus jeune, Jenny, 4 ans, qui a plus de chances d'être adoptée parce que c'est une fille, encore petite.


 « Le Blanc nous a expliqué que même si l'enfant part, vous restez sa maman. Que vous serez toujours en communication avec lui, même si vous ne pouvez pas le voir et qu'à 18 ans, il reviendrait faire votre connaissance. Il ajoutait que quand les Blancs viendront prendre votre enfant en Haïti, ils auront la courtoisie de venir vous rencontrer et vous expliquer quelle va être la vie de l'enfant. Que vous aurez toujours de ses nouvelles.»
En octobre 2007, Jenny part pour les États-Unis. Kettelie reçoit quelques photos. Mais depuis un an et demi, plus aucune nouvelle. Le pasteur blanc est parti sans qu'elle le sache et son ancien chauffeur transformé à son tour en pasteur a repris les rênes de la crèche. « Quand nous venons demander des nouvelles de nos enfants et que nous faisons un esclandre devant sa porte, il nous envoie la police. J'ai déjà été arrêtée. »
Les enfants adoptés en Haïti ont, pour la plupart, des parents encore en vie, mais qui ne peuvent plus s'en occuper. Ceux-ci signent un consentement à l'adoption, sans souvent avoir conscience de ce que cela implique. « On a signé pour 18 ans, clame Lucienne Ophelia, dont la fille est partie pour l'Allemagne à l'âge de 5 ans. Elle est restée un an dans la crèche. J'allais la voir de temps en temps. J'ai reçu une photo dans les six premiers mois après son départ. Ensuite, plus rien : ni photo, ni nouvelles. Elle va avoir 16 ans. » Lucienne attend son retour, dans deux ans : « Dans mon quartier, tout le monde dit que j'ai vendu mon enfant ». « Nous avons voulu rechercher une vie meilleure pour notre enfant, mais nous n'avions jamais imaginé que nous allions le perdre », témoigne Kettelie.
Et quand, exceptionnellement, des photos arrivent, les crèches changent les enveloppes avant de les remettre aux parents, « pour qu'on ne retrouve pas la trace de l'enfant », souffle d'une voix éteinte Emilio Rafael, père de deux petits adoptés en France en 2001 et dont il est sans nouvelle depuis 2003.
M. M.


jeudi 15 octobre 2009




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La coopération espagnole et ses activités culturelles en Haïti

Dans le but d'accroître l'offre culturelle en Haïti, l'ambassade d'Espagne en Haïti (AEH) et l'Agence espagnole de coopération et développement (AECID) sont en train d'organiser avec divers partenaires locaux maintes activités pour le public haïtien.
Ces activités culturelles de l'ambassade espagnole et de l'AECID qui se concrétisent à travers son Bureau technique de développement (BTD) sont basées sur des expositions, de la photographie, du théâtre, des documentaires et des ateliers.
Parmi ses prochaines activités, le vernissage d'une exposition d'affiches sur les droits culturels qui sera lancé le 15 octobre prochain à la Fokal. Se tiendra aussi un atelier d'initiation aux droits culturels de trois jours, du 21 au 23 octobre.
Pour le mois de novembre est prévue une exposition de photographies qui abordera le sujet de la frontière et qui réunira l'œuvre de photographes haïtiens et dominicains.
Selon les responsables de la Coopération espagnole, l'idée d'accroître l'offre culturelle de l'AECID entre dans les préparatifs pour l'ouverture d'un Centre culturel espagnol (CCE) à Port-au-Prince.
L'ambassade d'Espagne en Haïti et l'AECID ont présenté un ensemble d'activités qui ont déjà pris part aux mois précédents. Durant le mois de septembre, l'AEH et l'AECID avaient participé à l'organisation du festival de théâtre Quatre Chemins, qui s'est déroulé à la Fokal et à l'Institut français d´Haïti avec une programmation théâtrale variée pour des spectateurs de tout horizon. Ce festival s'était adressé aux jeunes créateurs de théâtre, tout particulièrement à ceux qui viennent des quartiers urbains défavorisés, en participant financièrement à la production de leurs spectacles.
Le 6 octobre dernier, l'AECID était présente, en tant que partenaire financier, à l'avant première du dernier film documentaire d'Arnold Antonin intitulé « La sculpture peut-elle sauver le village de Noailles ? Ou les boss-métal de la Croix-des-Bouquets». D'autre part, l´Espagne, dans son souci d'appuyer l'éducation et la créativité locales, participe au projet Ciné Institute avec la participation du metteur en scène Hermes Marco qui, du 6 au 15 octobre, dirigera un atelier de cinéma pour les étudiants de Jacmel.
Source : HPN