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lundi 18 avril 2011

En Haïti, les déjections servent à se chauffer et cuisiner

PORT-AU-PRINCE - L'idée a déjà fait ses preuves en Chine et en Amérique centrale mais commence juste à être développée en Haïti: produire du gaz servant à la cuisine en recyclant les excréments humains. Un concept simple et révolutionnaire dans ce pays en proie au choléra et à la déforestation. Appelée "biodigesteur", cette invention requiert peu d'infrastructures: des toilettes, sèches ou non, raccordées à un puit hermétique fait de briques, lui-même relié à un bassin.
Sans air, les bactéries contenues dans les selles décomposent 85% de celles-ci en produisant en même temps du gaz méthane, explique Martin Wartchow en pointant son briquet au-dessus d'un petit tuyau sortant de la citerne. Une puissante flamme s'embrase aussitôt.
"Les 15% restants de déchets organiques sont rejetés avec de l'eau dans une zone végétale où ils seront dégradés", poursuit cet hydrologue travaillant à Port-au-Prince pour l'ONG brésilienne Viva Rio.
"Aucun produit chimique n'est utilisé et au final, l'eau qui est recueillie est totalement propre", poursuit-il en plongeant sa main dans un bassin rempli du liquide filtré. "On élève même des poissons dedans", pointe l'ingénieur.
Récemment achevée dans un centre de Viva Rio qui reçoit plus de 600 petits Haïtiens chaque jour, l'installation présentée doit ultimement être reliée à une cantine en construction. "Pour remplacer le charbon de bois", souligne-t-il.
Un défi majeur: par manque d'énergie bon marché dans cet Etat, le plus pauvre de l'hémisphère nord, les Haïtiens cuisinent quasi exclusivement en se servant de charbon de bois.
Avec pour conséquence, une déforestation massive: la partie occidentale de l'île d'Hispaniola (que se partagent Haïti et la République dominicaine) n'est désormais recouverte que de 1,5% de forêts, contre 80% lorsque Christophe Colomb l'a découverte au XVe siècle.
"Les Nations unies ont payé plein d'enquêtes pour trouver des solutions pour remplacer le charbon: il suffisait d'aller voir au Nicaragua ou en Chine", plaisante l'humanitaire. 70.000 biodigesteurs ont en effet été construits dans le territoire d'Amérique centrale... et mille fois plus dans le géant asiatique.
Autre point positif: ce dispositif permet de traiter simplement et efficacement les excréments. Comme l'a prouvé l'épidémie de choléra, qui a fait plus de 4.700 morts à ce jour, l'absence de réels systèmes d'égouts est dramatique en Haïti.
"Depuis l'épidémie on a eu beaucoup de demandes de cliniques qui jusque là rejetaient ces déchets dans les canaux", indique l'hydrologue.
En tout, 70 biodigesteurs ont déjà été construits en Haïti par Viva Rio et autant sont en projets.
Mais une fois construit, tout n'est pas gagné, comme le montre l'exemple du camp de Santos 17, en banlieue de Port-au-Prince, où vivent 2.700 personnes.
Des biodigesteurs ont été installés en février aux côtés des nouveaux abris temporaires en bois et tôles. Problème: la cuisine qui est censée être raccordée au gaz produit par les toilettes du camp n'est pas accessible.
"C'est l'ingénieur de l'OIM (Organisation Internationale des Migrations) qui a la clé", bredouille Jean-Max Fortune, le responsable municipal du camp. De toute manière, les réchauds attendus ne sont pas arrivés, dit-il avec nonchalance, ajoutant qu'"il faut encore éduquer les gens à ce système".
Sa case à trois mètres de ladite cuisine, Roselyne Colas avoue ne pas comprendre l'utilité de la chose. En désignant le réchaud installé dans la cabane de 18 m2 qu'elle partage avec sept autres membres de sa famille, la jeune-femme corpulente déclare: "Je fais la cuisine avec du charbon".
(©AFP / 17 avril 2011 06h15)
http://www.romandie.com/infos/news2/110417041533.0s40i8b9.asp

Haïti: le sacre annoncé de Martelly à la tête de l'Etat à nouveau repoussé

De Clément SABOURIN (AFP)
PORT-AU-PRINCE — L'annonce des résultats définitifs des élections présidentielle et législatives en Haïti prévue lundi a été reportée samedi, une nouvelle fois, à mercredi, repoussant d'autant le sacre annoncé de l'ex-chanteur populaire Michel Martelly à la tête de l'Etat caribéen. "Compte tenu du nombre élevé de contestations à traiter, le Conseil électoral provisoire est amené à reporter au mercredi 20 avril 2011 la proclamation des résultats définitifs", a indiqué le Conseil électoral provisoire haïtien (CEP).
Initialement prévue samedi, l'annonce des résultats avait été une première fois reportée à lundi.
Selon les résultats préliminaires des élections publiés le 4 avril, Michel Martelly, dit "Sweet Micky", a remporté la présidentielle avec 67,57% des suffrages, loin devant sa rivale Mirlande Manigat (31,74%).
La victoire de M. Martelly n'est pas contestée par Mme Manigat, qui a toutefois dénoncé un "hold-up politique".
Les législatives ont en revanche donné lieu à de nombreuses contestations dans plusieurs régions où des partisans de candidats manifestent chaque jour pour réclamer la victoire.
Vendredi, le président sortant René Préval a reçu dans sa résidence privée, dans les hauteurs de Port-au-Prince, Michel Martelly pour le premier entretien entre les deux hommes depuis le lancement du processus électoral.
Rien n'a filtré de la rencontre, mais un proche du président élu a confié à l'AFP que la formation des équipes de transition pour préparer la passation du pouvoir était en cours.
Arrivé troisième du premier tour du 28 novembre, M. Martelly a pu affronter le 20 mars Mirlande Manigat grâce à l'éviction du candidat du pouvoir Jude Célestin. La qualification de ce dernier avait été en effet accompagnée de fraudes électorales, qui avaient déclenché une vague de violences.
La véritable surprise des résultats définitifs qui seront annoncés mercredi résidera dans l'ampleur des fraudes, mais surtout dans la composition du Parlement, alors qu'une source onusienne a indiqué que "les législatives sont très serrées".
"Les résultats peuvent avoir pour conséquence une majorité d'Inité (le parti du président sortant) au Parlement, ce qui compliquerait le choix de M. Martelly pour son Premier ministre et ses ministres stratégiques", observe Jean-Robert Simonise, professeur au Centre d'études diplomatiques et internationales de Port-au-Prince.
"Des informations laissent croire que cela va être le cas", note le politologue.
Parmi les noms qui circulent, celui du Premier ministre Jean-Max Bellerive revient régulièrement. Une telle éventualité, soulignent les observateurs, assurerait une continuité dans la reconstruction du pays, frappé par un séisme dévastateur le 12 janvier 2010.
Quoi qu'il en soit, ce choix pose à l'ex-chanteur, plébiscité entre autres car ne sortant pas de l'establishment haïtien, son premier défi présidentiel.
"Les promesses de rupture avec le passé, de changement et d'obligation de résultats ne constitueront-ils pas un handicap pour Michel Martelly dans le choix du tout nouveau Premier ministre?", soulignait mercredi le quotidien de Port-au-Prince Le Nouvelliste.
Si M. Martelly fait face à un parlement dominé par Inité, il pourrait être gêné dans la rupture promise, pense M. Simonise: "la population attend la lumière sur les dépenses des fonds d'urgences (après le séisme, ndlr), entourées d'opacité, et certains ne veulent pas que de nouveaux arrivants s'y intéressent".
La transition doit s'achever au plus tard le 14 mai. M. Martelly s'installera alors dans des tentes jouxtant le palais présidentiel en ruines, face à un immense camp où des milliers d'Haïtiens s'entassent depuis le séisme.

http://www.google.com/hostednews/afp/article/ALeqM5ifN8Ec-9yeX6KFXY9LUg7CuT_peQ?docId=CNG.93b85eb0bcfad5fe640f8eb37557bdc8.aa1