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mercredi 24 janvier 2024

Rivière Massacre: le canal principal est prêt à plus de 85%

Malgré une semaine difficile à Ouanaminthe avec des mouvements de protestation et le blocage des principales artères de cette ville, le chantier de la prise sur la rivière Massacre continue. L'édification du seuil pour l'entrée de l’eau dans le canal est totalement terminée. Seule la construction des murs en gabion pour la protection des berges de la rivière n’est pas encore totalement achevée.
Par Jose Flecher
Le canal prend de plus en plus forme. L’on s’achemine petit à petit vers l’inauguration de cette œuvre qui symbolise la fierté de toute une population. Les ouvrages les plus importants sont dans une phase finale. Si l'euphorie autour du canal en termes d’affluence et de contribution monétaire et/ou en matériel diminue, les travaux, par contre, continuent avec le même engouement. Les responsables veulent aller vite mais priorisent le bien faire. Le seul handicap empêchant aux responsables de mettre une date définitive pour la remise des travaux en ce qui a trait au canal principal est la rareté des pierres dans les rivières limitrophes sans lesquelles la construction des murs en gabion devant protéger les berges de la rivière demeure impossible.
Ouvriers et responsables de chantiers ne chôment pas. La construction du canal est l’une des rares activités qui n’a pas été touchée par la paralysie de la ville de Ouanaminthe du 15 au 18 janvier 2024. L’emphase est mise sur la construction des murs en gabion en amont et en aval de la prise. Malgré la rareté manifeste des pierres au niveau des différentes rivières de Ouanaminthe et de Capotille, ces travaux avancent tant bien que mal. Mais par la force des choses, les initiateurs sont obligés de revoir à la baisse le nombre de mètres linéaires de murs à construire.
Ainsi, au lieu de 50 mètres linéaires en aval de la prise, les responsables optent pour une trentaine de mètres et le reste sera consolidé par des digues en terre. En vue de la protection de la prise, 28 mètres linéaires de mur en gabion seront également érigés pour l’entrée de l’eau dans le canal. On est en train de mettre les bouchées doubles pour trouver des pierres, peu importe la distance à parcourir. La Grande Rivière ne répond plus à la demande et l’on met le cap sur la rivière de Limbé, soit plus de 80 kilomètres de distance par rapport à Ouanaminthe.
En plus de l'érection des murs de protection, il reste un kilomètre de canaux à construire pour permettre à l’eau d’atteindre la rivière Diassa, le cours d’eau qui doit conduire l’eau au trop plein pour la distribution dans les rizières de Ferrier. Une partie des parpaings, communément appelés blocs en béton, est déjà disponible. Ce qui sous-tend qu’une fois que les travaux de protection des berges de la prise se terminent, l’on poursuivra la construction de la dernière partie des travaux du canal primaire.
Pas que la construction du canal primaire
« Nous mettrons tout en œuvre pour que cet ouvrage soit édifié dans les règles de l’art », affirme le responsable de communication du comité de construction du canal, Éliphète Jean Gilles. Le slogan « Kanal la pa p kanpe » est révolu. Maintenant le cap est plutôt mis sur l’exploitation de l’ouvrage. L’inauguration du canal ne devrait pas tarder. Mais d’autres travaux doivent se tenir afin d’exploiter le canal. L’un des ingénieurs responsables du chantier, Lesnel Marcellus, parle des travaux à entreprendre au niveau de Diassa et des canaux secondaires pour permettre à l’eau d’atteindre les parcelles les plus reculées de la plaine de Maribaroux, une plaine de 5 000 hectares de terre irrigables dont moins de 2 000 sont mis en valeur.
Cette prise, dans ce cas, doit contribuer à irriguer les 3 000 hectares restants afin d’augmenter la production au niveau de cette partie du pays. « L’eau est et a été toujours le facteur limitant la production dans le Nord-Est », rappellent les responsables rencontrés par Le Nouvelliste. Est-ce pourquoi la construction de ce canal ne devrait pas et ne serait pas une simple initiative. « L’idée est de contribuer à réduire la dépendance alimentaire du pays de ses proches voisins que sont la République dominicaine et les États-Unis d’Amérique », assure Eliphète Jean Gilles.
Saluant l’implication de l’ensemble de la population, notamment la diaspora haïtienne, le responsable de communication croit que le coude à coude doit continuer dans l’optique d’atteindre les résultats escomptés. L’ouvrage doit être au service de l’agriculture. Ainsi, en plus de la production végétale, cette prise va contribuer à développer l’élevage dans le bas Maribaroux. Car chaque année, bovins et caprins meurent de soif un peu partout dans cette zone.
Le travail à faire est important. Permettre l’entrée de l’eau dans le canal n’est qu’une étape. De l’avis du responsable, il n’est pas encore venu le temps de souffler, surtout, assure-t-il, qu’on ne peut pas compter sur le support de l’État qui ne fait montre d’aucun intérêt pour le travail engagé depuis le 30 août 2023 avec des piques, des pelles et des équipements rudimentaires.
Une infrastructure qui respecte les règles de l’art
La présence des engins lourds et l’implication de la population sur le site ont changé la donne. À cet effet, au lieu d’une simple percée comme il a été le cas lors des débuts des travaux, c’est un canal qui respecte toutes les normes régissant la matière. Des travaux en maçonnerie et en roches ont été effectués et les ingénieurs ont repris le plan initial afin de continuer les travaux.
Après la déviation de l’eau, les premiers travaux au niveau de la prise prennent en compte les murs en L pour l’entrée de l’eau et les murs de soutènement. Si l’on en croit M. Marcellus, tous ces murs sont reliés par des murs transversaux. Il y a un premier mur transversal pour la protection du seuil. Et comme tous les problèmes de la République dominicaine en ce qui a trait à la construction de cette prise concernent le seuil, l’ingénieur tient encore une fois à rassurer toutes les parties qu’il n’y a rien à craindre en termes de débit.
Suivant la saison en question, la rivière a des débits différents. Pour dimensionner le travail, les techniciens ont considéré le débit d’étiage dans les périodes où l’eau diminue considérablement. Dans cette période, précise-t-il, le débit est autour de 2.84 mètres cubes par seconde et le seuil de la prise est dimensionné pour recevoir environ 1,5 mètre cube par seconde.
« Le seuil pourrait effectivement constituer un problème pour les parcelles en aval s’il était trop élevé », affirme le technicien avant d’ajouter qu'ils respectent tous les prescrits internationaux en la matière. Aussi précise-t-il qu’il ne s’agit pas d’un barrage. Les normes internationales, poursuit-il, exigent qu’on ne dépasse pas les 20% du débit de l’eau. Et c’est le cas en ce qui a trait à cette construction. « Le seuil est dimensionné pour retenir moins de 20% du débit de l’eau », précise le technicien.
Après quatre mois de travaux intenses, l’on est sur le point de voir le bout du tunnel en ce qui a trait au canal primaire. S’il n’y a pas de course contre la montre pour la remise des travaux, les responsables se disent toutefois déterminés à remettre les travaux dans les meilleurs délais. Les responsables affirment qu’ils sont sur la bonne voie de terminer les travaux d’ici les trente prochains jours. Ces derniers gardent à l’esprit de réaliser des travaux bien faits tout en prenant en compte les normes internationales régissant la matière. Mais le plus important est de permettre à cette eau d’atteindre les rizières de la plaine de Maribaroux afin de mettre en valeur les 5 000 hectares irrigués au niveau de cette plaine.
https://lenouvelliste.com/article/246482/riviere-massacre-le-canal-principal-est-pret-a-plus-de-85

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