Introduisons plus sérieusement le sujet. Nous allons pondre, afficher et vomir nos réflexions autour du thème qui compose l’essentiel de l’actualité haïtienne. Nous aurons à émettre des idées sérieuses parfois, saugrenues de temps en temps, souvent rieuses autour d’occurrences plutôt dramatiques sur les prochaines élections présidentielles haïtiennes.
Tout homme habitant le front et la face de cette terre sait aujourd’hui qu’il existe un endroit peuplé de gens, un coin géographique connu sous le nom d’Haïti. Une République. Une République noire. La toute première à avoir vu le jour dans le concert des nations. Pour beaucoup, cela ne voudra rien et absolument rien dire ? Cela peut ne pas se retenir.
Ses quelques grandes réalisations dénombrent une indépendance acquise en 1804 après d’âpres batailles livrées par des indigènes en guenilles contre l’armée expéditionnaire de Napoléon Bonaparte, puis payée après l’ordonnance de Charles X. (Sujet actuellement tabou car elles sont nombreuses les voix qui se lèvent pour exiger à la France la restitution de cette énorme dette de l’indépendance payée par Haïti au détriment de la construction d’une nation.
On n’oubliera pas et surtout pas une participation à la coupe du monde de football de 1974. Et c’est tout !
Pour les férus d’actualité, ils pourront rapporter le mot Haïti à autres vocables comme dictatures, corruption, tontons makouts, chimères, zinglins, zenglendos, pauvreté, SIDA et misère.
Pour le meilleur ou pour le pire – qui sait- tout ceci a changé depuis le 12 janvier 2010. 17 heures 48 ! Haïti devint le centre du monde. La conceptualisation du mot humanitaire faite pays. Le récipiendaire par excellence de la Solidarité avec un S énorme.
Plus de 300.000 morts, une capitale-république dévastée à plus de 70%. Plus d’un million cinq cent milles personnes sinistrées sans abris. Ce fut avec raison considérée comme l’une des plus grandes catastrophes humanitaires. Bien entendu ces évaluations étaient de mise avant les terribles inondations du Pakistan.
Bon pour être sincère, sans vouloir toucher des susceptibilités, j’ai beaucoup de mal à imaginer de quel côté se pencherait la balance si on met d’un place : un petit pays+dirigeants corrompus+pauvreté endémique séculaire+300.000 morts+1.500.000 sinistrés+une capitale dévastée a plus de 70% et de l’autre côté n met : un pays+ bombe atomique+arsenal militaire imposant+dirigeants corrompus+élite corrompues+1.600 morts+6.4 millions de sinistrés.
Je n’ai pas la réponse. Ce n’est point bien grave. Je ne fais que divaguer. Revenons à nos moutons. Le tremblement de terre de janvier a suscité évidemment des vocations et surtout des élans de solidarité sans précédent. Haïti permit encore une fois malgré tout, malgré la crise, malgré les guerres oubliées, le cœur de l’homme était capable de noblesse, d’amour et de compassion.
On gère comme un peu l’urgence absolue et l’urgence différée. On semble vouloir penser sérieusement à la post urgence. Les plus utopistes ont remercié et allumé et brûlé des cierges au tremblement de terre qui aura eu la vertu d’ensevelir les tares et les incohérences qui ont fait de notre pays une nation mort-née, un retardé chargeant de lourds handicaps. Les naïfs se sont mis à penser du jour au lendemain au pays idéal qui serait édifié sur les ruines et les décombres.
Les haïtiens dans un premier temps se terrèrent dans un silence morbide et surprenant. Un silence proche du vide, entre le néant et la non-vie. Il fallait les comprendre. Ils n’ont été ni acteurs ni secouristes. Ils ont été touchés directement dans leur sang et dans l’ensemble de leur sens. Il fallait enterrés ses morts, s’occuper de ses mutilés, pleurer ses disparus.
Le président de la République se fit voir et entendre deux jours plus tard. A quelques pas des décombres du Palais national, l’ultime et unique vestige insufflant la fierté et rappelant les contours frêles d’un rêve inachevé. Il confessa publiquement avoir eu la vie sauve grâce à sa petite fille.
Drôle de discours, crème de l’insuffisance, comble de l’insouciance médiocre, du président d’un peuple égaré, encore abasourdi et enseveli après avoir reçu en pleine gueule des segments de ciel transformés l’espace d’un cillement par des dieux et des anges ivres de connivence avec des démons devenus fous et des diables rugissant de colère en engins de morts et vecteur de douleur.
L’agonie empêtrée sous des tonnes de poussières de mauvais bétons et entrelacées de ferrailles trop frêles, se fit de moins en moins audible ; pour finir en résignation morbide et lugubre des sorties sans issus et des peines sans secours.
Les premiers à avoir entendu ces voix devenant au fur et à mesure muettes furent les étrangers, les mais d’Haïti rangés en humanitaires, secouristes, curieux amateurs du tourisme de catastrophes et voyeuristes pervers. Ils captèrent comme des chasseurs de fantasmes, les échos du silence de la mort qui résonnent à l’infini à travers les effluves et les odeurs des vies enlevées et envolées.
Au fil des jours, l’actualité d’Haïti comme prévu, s’essouffla. Il a fallu 158 jours pour tourner la face à cette nouvelle facette de la tragédie chronique et empirique de ce peuple.
Heureusement, du côté haïtien on a su s’arranger pour ne pas être oublié. Et quoi de mieux que la politique pour montrer la face hideuse certes d’un pays encore vivant. Vous pensez qu’il y a mieux ? Moi aussi.
Il faut se rappeler qu’à l’aube du 12 janvier, en Haïti il n’y avait que la politique en Haïti. C’était la seule activité capable de vous assurer après quelques pirouettes au milieu de quelques girouettes, argent, gloire et pouvoir.
DL 20/08/2010
(A SUIVRE)
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
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jeudi 19 août 2010
mercredi 18 août 2010
DISONS VAGUE ET DIVAGONS...PROLOGUE
Drôle de titre pour un sujet. Un titre plutôt non adapté à aucun sujet. Juste un jeu de mots pour un concert en cacophonie de sonorités proches. Pourtant vous verrez comme moi, si vous me faites l’insigne honneur de me lire, qu’il ne sera question que de jeux de phrases désaccordées en vagues généreuses et salves oniriques et onéreuse. Une posture confortable de la pensée oisive asservie à l’intelligence parasite et inutile, bien adaptée à des parcelles d’activité futile. Activité à moitié animée aujourd’hui, à demie inanimée hier et complètement inerte demain. Activités humaine déshumanisant ou sens et bon sens se côtoient entre mesure et démesures sur les pentes enraidies des ruptures assassines, dans un manège sublime d’un ménage harmonieux.
Pas de phrases pompeuses ni de refrains répétitifs. Pas de citations savantes datant des siècles d’avant ou d’avant-hier. Des citations placées dans un espace restreint entre le verbe coloré et le temps fugace des horizons figés et atones.
Pas de reprise de Platon ni d’Acefi ; d’Aristote ni de Ti-Nasson, de Confucius ou d’egzebio.
Si on se soucie un peu, on tachera d’éviter les clichés trop usités et les formules stéréotypées, adultérées défaites et contrefaites. On aura du mal à éviter de surfer sur les vagues et les flots qui naissent quelque part un jour et finissent plus tard à quelques pas de là, de l’autre côté de l’autre bout du monde. Pas d’élitisme pour éclectiques désabusés. Pas d’hérésie pour hérétiques fanatiques et fantaisistes.
Nous ferons gage de simplicité en restant terre à terre. Pour décrire le combat acharné et peu probable que se livre l’invraisemblable et l’incohérent arbitré par la constance de la désinvolture de l’impossible.
Une terre à la voix grave aux accents aigus à la fois. Terre patibulaire boudeuse entre mine et moue.
Il sera question de terre. Terre-nation. Terre-pays. Terre-cordon. Terre ombilical. Terre natif-natale. Terre-vice–versa. Terre Recto Verso. Terre –avant-propos.
Ma terre à moi, Haïti.
Se pliant à ces exigences faciles à respecter je pourrai plonger et vous à ma suite, à brides abattues et mords serrés dans l’arène du tout est permis, juste pour dire des vagues, pour dix pour cent ou pour milles. Juste pour divaguer.
Decky Lakyel 19/08/2010
(A suivre)
Pas de phrases pompeuses ni de refrains répétitifs. Pas de citations savantes datant des siècles d’avant ou d’avant-hier. Des citations placées dans un espace restreint entre le verbe coloré et le temps fugace des horizons figés et atones.
Pas de reprise de Platon ni d’Acefi ; d’Aristote ni de Ti-Nasson, de Confucius ou d’egzebio.
Si on se soucie un peu, on tachera d’éviter les clichés trop usités et les formules stéréotypées, adultérées défaites et contrefaites. On aura du mal à éviter de surfer sur les vagues et les flots qui naissent quelque part un jour et finissent plus tard à quelques pas de là, de l’autre côté de l’autre bout du monde. Pas d’élitisme pour éclectiques désabusés. Pas d’hérésie pour hérétiques fanatiques et fantaisistes.
Nous ferons gage de simplicité en restant terre à terre. Pour décrire le combat acharné et peu probable que se livre l’invraisemblable et l’incohérent arbitré par la constance de la désinvolture de l’impossible.
Une terre à la voix grave aux accents aigus à la fois. Terre patibulaire boudeuse entre mine et moue.
Il sera question de terre. Terre-nation. Terre-pays. Terre-cordon. Terre ombilical. Terre natif-natale. Terre-vice–versa. Terre Recto Verso. Terre –avant-propos.
Ma terre à moi, Haïti.
Se pliant à ces exigences faciles à respecter je pourrai plonger et vous à ma suite, à brides abattues et mords serrés dans l’arène du tout est permis, juste pour dire des vagues, pour dix pour cent ou pour milles. Juste pour divaguer.
Decky Lakyel 19/08/2010
(A suivre)
mardi 17 août 2010
Entre élections présidentielles et les inondations du Pakistan.
Le monde garde encore un regard repu sur Haïti, encore en agonie, 217 jours après le passage meurtrier du cyclone du 12 janvier. La grande presse internationale avait mis plus ou moins soixante jours pour attirer l’attention du monde sur d’autres problèmes. Sur d’autres ailleurs. Fort heureusement, la nature vivante se défend et de part et d’autre veut asseoir sa suprématie sur l’ensemble des inventions des hommes. Un volcan rentre en éruption et paralyse le ciel et ses avions. Des incendies transforment des grandes villes en véritables enfers. La mer crache du pétrole et provoque indignation. Sans oublier la terre qui continue à trembler sans tuer.
Nous autres les haïtiens, contrairement aux autres qui claironnaient par ci et par là les menaces imminentes avec l’arrivée de la saison cyclonique, nous avions surtout eut peur de l’oubli et de l’indifférence des autres. Surtout de ces « autres » puissants disposant de moyens et capables de nous aider.
Ainsi dans nos prières, nous avions demandé à Dieu de protéger le monde de certaines tragédies capables de faire du drame d’Haïti une vulgaire épine au pied. Le Bon Dieu a fait ce qu’il a pu. Il a tenu sept mois. Et comme un malheur n’arrive pas toujours seul, nous avions eu droit à des inondations cataclysmiques du Pakistan.
Plusieurs millions de sinistrés des sans abris innombrables. L’humanité, généralement généreuse – même en temps de grande crise – a mis du temps à réagir cette fois-ci. Il est certain qu’avec des catastrophes de ce genre survenant dans un espace temporel aussi rapproché, les réserves de générosités risquent de s’épuiser assez vite. Surtout quand on est en plein doute et en période de questionnement sur le sort de notre contribution accordée à Haïti il y a sept mois. Et que comme réponse on ne cesse de nous dire que rien n’a été fait.
Les sinistrés pakistanais n’ont pas déclenchés ces élans de solidarité presqu’automatique qui ont accompagné des catastrophes telles que le tsunami et le tremblement de terre de janvier 2010. Les promesses se sont raréfiées et il a fallu que des voix autorisées interviennent pour faire comprendre que la catastrophe d’Haïti malgré ses 300.000 morts n’était rien par rapport a ce que vivaient des millions de pakistanais.
La comparaison a été faite de façon soutenue. A un point tel que les gens de l’ONU ont demandé carrément des chèques au lieu de promesses.
Cependant, l’actualité du Pakistan et ses inondations et ses morts et ses millions de déplacés, n’a pas éclipsé totalement l’actualité haïtienne. On est certes très loin de l’effervescence des médias qui se sont précipitées pour parler d’Haïti, six mois plus tard. Le constat une fois fait. Tout le monde est reparti en se donnant rendez-vous dans un an !
Mais il y a un feuilleton mis en scène par les dirigeants haïtiens style poudre-aux-yeux, complètement écrit et avalé par la communauté internationale qui s’appelle élections présidentielles. Avec un casting formidable : La Mega star du HIP HOP WYCLEF Jean. Cette mise en scène pourrait s’appeler « de rappeur à président » tant la présence de Wyclef suscite des débats contradictoires et un intérêt jamais vu pour des joutes haïtiennes.
Dans cet environnement peu sérieux, personne ne s’insurge contre ceux qui comparent la catastrophe haïtienne et celle du Pakistan. Personne ne propose de revérifier la répartition des biens sur terre car, la générosité de ceux qui n’ont pas beaucoup, ne peut pas à elle seule faire face à des situations de cette ampleur. Personne de dit au Pakistan de vendre sa bomber atomique ou de la troquer contre de l’eau, du sucre et de la farine. Personne ne défend l’ampleur des besoins d’Haïti. Personne ne se soucie des retombées de la seconde réunion de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti.
Entre temps, Haïti, ses décombres et ses sinistrés affamés se retrouvent difficilement entre les inondations du Pakistan et les élections présidentielles avec Wyclef Jean comme candidat. Sans le savoir, ces deux évènements risquent de modifier le sort de ce petit pays.
Ces réflexions me sont venues par démangeaisons de doigts en attendant la publication de la liste des candidats autorisés à participer dans les prochaines élections présidentielles.
Jonas Jolivert
17/08/2010
Nous autres les haïtiens, contrairement aux autres qui claironnaient par ci et par là les menaces imminentes avec l’arrivée de la saison cyclonique, nous avions surtout eut peur de l’oubli et de l’indifférence des autres. Surtout de ces « autres » puissants disposant de moyens et capables de nous aider.
Ainsi dans nos prières, nous avions demandé à Dieu de protéger le monde de certaines tragédies capables de faire du drame d’Haïti une vulgaire épine au pied. Le Bon Dieu a fait ce qu’il a pu. Il a tenu sept mois. Et comme un malheur n’arrive pas toujours seul, nous avions eu droit à des inondations cataclysmiques du Pakistan.
Plusieurs millions de sinistrés des sans abris innombrables. L’humanité, généralement généreuse – même en temps de grande crise – a mis du temps à réagir cette fois-ci. Il est certain qu’avec des catastrophes de ce genre survenant dans un espace temporel aussi rapproché, les réserves de générosités risquent de s’épuiser assez vite. Surtout quand on est en plein doute et en période de questionnement sur le sort de notre contribution accordée à Haïti il y a sept mois. Et que comme réponse on ne cesse de nous dire que rien n’a été fait.
Les sinistrés pakistanais n’ont pas déclenchés ces élans de solidarité presqu’automatique qui ont accompagné des catastrophes telles que le tsunami et le tremblement de terre de janvier 2010. Les promesses se sont raréfiées et il a fallu que des voix autorisées interviennent pour faire comprendre que la catastrophe d’Haïti malgré ses 300.000 morts n’était rien par rapport a ce que vivaient des millions de pakistanais.
La comparaison a été faite de façon soutenue. A un point tel que les gens de l’ONU ont demandé carrément des chèques au lieu de promesses.
Cependant, l’actualité du Pakistan et ses inondations et ses morts et ses millions de déplacés, n’a pas éclipsé totalement l’actualité haïtienne. On est certes très loin de l’effervescence des médias qui se sont précipitées pour parler d’Haïti, six mois plus tard. Le constat une fois fait. Tout le monde est reparti en se donnant rendez-vous dans un an !
Mais il y a un feuilleton mis en scène par les dirigeants haïtiens style poudre-aux-yeux, complètement écrit et avalé par la communauté internationale qui s’appelle élections présidentielles. Avec un casting formidable : La Mega star du HIP HOP WYCLEF Jean. Cette mise en scène pourrait s’appeler « de rappeur à président » tant la présence de Wyclef suscite des débats contradictoires et un intérêt jamais vu pour des joutes haïtiennes.
Dans cet environnement peu sérieux, personne ne s’insurge contre ceux qui comparent la catastrophe haïtienne et celle du Pakistan. Personne ne propose de revérifier la répartition des biens sur terre car, la générosité de ceux qui n’ont pas beaucoup, ne peut pas à elle seule faire face à des situations de cette ampleur. Personne de dit au Pakistan de vendre sa bomber atomique ou de la troquer contre de l’eau, du sucre et de la farine. Personne ne défend l’ampleur des besoins d’Haïti. Personne ne se soucie des retombées de la seconde réunion de la Commission intérimaire pour la reconstruction d’Haïti.
Entre temps, Haïti, ses décombres et ses sinistrés affamés se retrouvent difficilement entre les inondations du Pakistan et les élections présidentielles avec Wyclef Jean comme candidat. Sans le savoir, ces deux évènements risquent de modifier le sort de ce petit pays.
Ces réflexions me sont venues par démangeaisons de doigts en attendant la publication de la liste des candidats autorisés à participer dans les prochaines élections présidentielles.
Jonas Jolivert
17/08/2010
dimanche 25 avril 2010
SABINE RENCONTRE MAITRE MINUIT...CHAPITRE III...COUCHER DE SOLEIL
Ce fut un après midi peu rentable. De ces après midi d’où l’on rentre bredouille, malgré un semblant d’abondance de gibiers. La chance n’aurait pas été du côté du chasseur, diraient les vieux de la famille.
L’effervescence des jeunes puceaux chauffés rouge-vifs par le konpa endiablé du Scorpio de Pétion-ville, s’arrêta net et sans effet au niveau des braguettes en feu des pantalons peu ravitaillés en pécules. Très peu eurent envie d’affronter la douce ardeur de l’entrecuisse féminine. Offerte au plus offrant. Ou tout simplement au tarif en vigueur.
Pour comble de misère, elle avait du sortir à plus de cinq reprises son cahier de phrases savantes pour confondre les inspecteurs besogneux qui parcouraient la ville roulant de grosses DKW accréditées au service des mœurs et des bonnes manières. Elle avait en effet le look sage et l’allure coutumière des étudiants qui préparaient leurs baccalauréats sous les lampadaires brillants et généreux, disséminés et éparses un peu partout dans la ville.
Sabine réfléchissait à ce qu’elle allait bien pouvoir répondre à sa mère. Elle qui ne ratait pas la moindre occasion pour lui sortir une vraie litanie de mauvaises questions. Et comment donner de bonnes réponses à de mauvaises questions ? Le vrai dilemme pour Sabine qui, malgré l’habitude aurait voulu pour une fois lui faire comprendre que les choses se simplifieraient si jamais elle arrivait à formuler de vraies bonnes questions. Sa mère, célibataire endurcie, ayant procréé une seule fille, excellait dans l’art de poser des questions souvent inappropriées, quelques fois dépassées ou déplacées quand elles ne furent simplement déphasées.
Contexte à la fois drôle et bizarre pour un dialogue entre deux femmes célibataires. Entre une mère seule et une fille unique. Une, témoin du passé révolu et du présent incertain. L’autre s’accrochant au présent les yeux et les doigts écarquillés pour se forger un futur aux couleurs moins ternes et aux résonnances moins plaintives et moins résignées.
Ces discussions habituelles et oiseuses tournaient toujours autour d’une idée-pièce-maîtresse fondée sur la réalité du manque à gagner et la rigidité impardonnable du pressant des besoins. Elles avaient souvent pour vocation de lui rappeler qu’il fallait, un jour ou l’autre, penser à changer de métier.
Sa mère lui avait fait comprendre à maintes reprises, qu’il existait bien des métiers moins amusants, moins jouissifs, moins surprenants certes, mais aux rémunérations plus régulières et moins aléatoires. Elle ne manquait pas non plus de lui faire comprendre que la nature et le bon Dieu s’étaient concertés pour lui construire un physique destiné à être mis à l’épreuve pour la bonne cause. Sans avoir à vendre son charme le temps de quelques minutes, quelques caresses, quelques gémissements feints, quelques dollars, quelques tours de reins en version accélérée, quelques soupirs saccadés et saccagés des secousses de ce bonheur enivrant et éphémère.
Elle était convaincue qu’il faudra changer de métier. Mais troquer la jupette en cuir noir et les talons aiguilles pour le madras de rigueur, le tablier de bonne chez un bourgeois, ou simplement de bonne à tout faire dans le domaine d’un riche mulâtre de Bois moquette était un choix, somme toute très difficile à faire.
De plus, dans tous les corps de métier il ya des jours sans et des jours avec. Souvent, dans les situations les plus sombres et désespérées, une seule affaire peut recadrer les chiffres ; un seul client peut modifier les chiffres d’affaire. Dans son cas il fallait pouvoir dénicher et attirer ce client. Parmi les repentis pour la énième fois ; entre ceux qui se laissent emporter juste une fois par la convoitise de la bonne chair. Un seul client peut littéralement modifier la donne. Et sous l’effet d’une magie incommensurable, voici les idées grises et mornes qui s’éclipsent et se liquéfient pour redessiner un coucher de soleil radieux et resplendissant de beauté.
Comme celui qu’elle admirait juste devant elle. Presqu’à porter de bras. Un agencement féérique de couleurs et de formes indescriptibles en arrière plan. Or éclatant, blancheur argentée ; braises incandescentes et fulgurances étincelantes se fondant dans des lignes jouxtant des formes pures et des puretés difformes bercées d’une multitude de mélodies aphones et silencieuses. Des lignes et des courbes valsant sans complexe à l’orée des astres en folie. Vision carrément magique. Purement idyllique.
Ce fut en effet l’un des attraits touristiques offerts aux pensionnaires du Royal haïtien Hôtel, la base de la généreuse différence de tarif entre les chambres avec vue sur la montagne et les chambres avec vue sur la mer.
Ce paysage, vraie création et don gratuit de la nature, restait accessible à tout le monde. Aussi, observait –on très souvent, les premiers jours de l’été tropical, des meutes de journalistes et reporters-photographes armés d’appareils sophistiqués, montés de téléobjectifs puissants, se bousculer pour se poster pour le déclic qui représenterait la photo de l’année.
Souvent des badauds et de simples curieux se piétinaient juste pour le plaisir. Les amoureux y venaient à la recherche d’un cadre romantique pour déclamer leur passion ou déclarer leurs flammes. Certains ont formulé des vœux de fidélité, d’autres des demandes en mariage.
L’observation, la routine et l’habitude avaient créé chez sabine une certaine capacité proche du flair de prédateur. Elle pouvait avec un risque très faible de se tromper, stigmatiser, catégoriser et ranger dans des listes les amoureux transis, les photographes en mal de récompenses, les vagabonds, les gens qui refusaient inconsciemment d’affronter la réalité de l’univers hostile de leurs maisons; les vieux étrangers guettant des jeunes hommes pour des aventures fortes ; de vielles touristes en quête d’aventures à la recherche de jeunes filles en âges très tendres. C’était en fait un reposoir. Un lieu de rencontre non identifié. Il y en avait pour tout le monde.
Ce pendant, depuis quelques minutes, Sabine buttait contre une incertitude. Un homme d’un genre bizarre, jamais vu ni dans les parages, ni auparavant tournait ignoblement le dos au coucher de soleil. Ce coucher de soleil ou s’harmonisaient dans une acrobatie symphonique, le ciel et la terre s’unissant dans les limites de l’horizon ; la mer aux vagues à peine perceptibles s’ondulant langoureusement au autour des mouvements de la brise tiède d’un après-midi d’avril.
Les frêles fresques de nuages gris terne et mobile rangés en bataille résistaient stoïquement à la clarté expressive en excès de l’astre patron des chaudes journées d’été achevant son parcours diurne. Des rayons disposés en éventails dardant l’horizon elliptique couleur or pur et jaune nacré.
La mer, au fond, loin très loin, perle et scintille sa surface bleutée arrosée de mille huit cent quatre milliards de grains de feu incandescents.
Tout semblait parfait. Tout était parfait en effet. Perfection et harmonie. L’infini et le néant jouxtant leurs parures célestes pour entonner un chant à la beauté pure et sublime et à l’émerveillement.
Généralement, quand sabine faisait le choix de partir vers le sud, elle était au moins rassurée de retrouver en se perdant dans l’observation muette de ce paysage le réconfort abstrait mais réel contre une journée de chasse bredouille.
Dans ce pays, tous les couchers de soleil sont d’une beauté brutale et excessive. Celui du bicentenaire vu depuis, les bâtiments vétustes et rémanents et témoins de la vie de ce que fut la Cité de L’exposition était aussi joli mais assez différent. Une différence que l’on disait trop perceptible et peu descriptive.
Les conversations adaptées et propres à tout jeune homme et jeune femme de 18 ans, entamées et animées avec les étudiants des lampadaires des places publiques, quand il ne pleuvait pas. Ces conversations conçues à la manière de simples rajouts veillaient à ce qu’elle ne rentrât jamais déprimée ou moralement affaiblie.
Elle devint, malgré, elle une divine et fatale hérésie, adepte de la théorie de l’observation. Observer en toute liberté. Dans la liberté prostrée entre vide et néant. Elle observait des gens venant de la droite ou empruntant la gauche. Elle guettait des sourires ou des grimaces. Des moues, des cris et des silences.
Elle scrutait les regards. Elle savait très bien les lire, les dépouiller, les dénuder, ces purs reflets de l’âme. Ces fidèles miroirs de l’esprit.
Elle avait appris aussi à les résister, les dénoncer, les devancer, les apprivoiser, les contrecarrer, les amadouer, les visiter, les mépriser.
De son observatoire certes elle ne percevait que des formes, des attitudes et quelques allures dégainées, quelques postures guindées. Plus ou moins . Des postures aphysiologiques de photographes dangereusement perchés, ou la cacophonie posturale de couples difformes en taille et en volume. Essayant à tout prix de se perdre et s’asphyxier dans des étreintes usurpées au temps, à couper le souffle. Souvent la femme se posant difficilement sur l’extrême pointe des pieds.
Toujours le même tableau. Encore la même peinture. Les mêmes clients. Les mêmes pratiques. A force d’observer, elle parvenait à peu de chose près à pressentir les suites et à deviner les épisodes à venir.
Par exemple, elle savait qu’après les effusions torrides et tendres de ce couple déséquilibré en âge et en parure, l’homme assez bedonnant paierait une nuit d’hôtel pour deux heures d’intimité. Entre patron supporté et secrétaire résignée. Elle devinait en jouant et enjouée les caractéristiques des rapports qui pouvaient être à la genèse d’une telle extériorisation sentimentale. E
Elle observait des gens. Des tranches de gens. Des vies et des portions de vie. Des histoires et des bribes d’histoire. Des semblants de bonheur et des rictus de misères, des drames ridicules et des comédies tristes.
Des pères prématurés de famille aux yeux hagards, mines tirées, l’air enrhumé dans l’épaisse brume incertaine, morne, sombre et grise de cette fatalité que de rentrer le soir les bras non chargés, les mains vides, les poches émaciées, le pas pesant.
De jeunes puceaux timides tout heureux d’avoir enfin touché la min de la dulcinée, avec retenue ; celle de la timidité décente. En lui effleurant, avec une envie à peine voilée, l’air expulsé par des lèvres troublées.
Des jeunes femmes trainant dans le sillage de leurs sandales la poussière, leurs incertitudes et leurs contre vérités.
Et lui. Là-bas. Ce drôle d’individu bizarre. Assez pommé pour tourner le dos au coucher du soleil d’Haïti chérie…Un drôle d’homme...
Jonas JOLIVERT
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