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lundi 22 novembre 2010

Chronique d'une révolte suspendue

Publié le 22 novembre 2010
Agnès Gruda, La Presse
(Cap-Haïtien) Après le capharnaüm de Port-au-Prince, Cap-Haïtien apparaît comme un havre de paix sur lequel souffle la brise fraîche de la mer. Pendant quatre jours, la semaine dernière, de violentes émeutes ont pourtant embrasé cette ville. Que voulaient vraiment les protestataires? S'agissait-il d'une éruption spontanée? Autopsie d'une révolte qui couve toujours, à l'approche des élections de dimanche.
La semaine dernière, le policier montréalais Gilles Saindon a eu la frousse de sa vie quand un gros boulon métallique a fracassé la vitre du camion de l'ONU qu'il conduisait à Cap-Haïtien, grande ville côtière à une demi-heure de vol de Port-au-Prince.
Il était vers 8h40, lundi, et le policier en mission auprès de l'UNPOL, la police des Nations unies, escortait des Casques bleus népalais dans la deuxième ville en importance d'Haïti.
Des manifestants venaient d'attaquer un véhicule qui transportait d'autres soldats népalais. Et Gilles Saindon faisait partie de ceux qui venaient d'être appelés à la rescousse.
En voyant un tas de pneus en flammes, le convoi a tenté de rebrousser chemin. Soudain, une vitre a explosé et un collègue du policier s'est affalé sur le siège arrière en gémissant.
«On était sur la panique pas à peu près», raconte Gilles Saindon, qui est rentré à toute vitesse à la caserne de la MINUSTAH -la mission de stabilisation de l'ONU en Haïti.
C'était le début de quatre jours de violences qui ont mis la ville sens dessus dessous, forcé ses habitants à se terrer à la maison et coupé toutes les voies d'accès à Cap-Haïtien.
Ce que l'on a surtout retenu de cette semaine folle, c'est que les manifestants réclamaient le départ des forces de l'ONU qu'ils accusent d'avoir causé l'épidémie de choléra.
Samedi, j'ai passé la journée à Cap-Haïtien. C'était assez pour comprendre que la réalité est infiniment plus complexe. C'est un peu comme des couches de peinture superposées où, en grattant un peu, on découvre sans cesse de nouvelles images. Qui révèlent les unes après les autres un peu de ce qui s'est passé -et de ce que les gens en pensent..

«L'État n'a pas pris ses responsabilités»
L'aéroport est relié à la ville par une route défoncée où il ne reste que de rares plaques d'asphalte. À notre arrivée, le sol noirci était jonché de boules de fils roux -c'est tout ce qui restait des tas de pneus qui avaient brûlé pendant quatre jours.
Au bout de la rue Espagnole, principale artère commerciale, nous entrons dans ce qu'on appelle ici «les ghettos», quartiers défavorisés en périphérie du centre-ville.
«L'État aurait dû installer des centres de traitement du choléra dans tous les ghettos. Ici, les gens n'ont pas les moyens de payer pour se rendre à l'hôpital!»
Dans la cité Elie Lescot, les hommes nous regardent avec méfiance. Roudy Cameus, un des leaders du coin, accepte finalement de nous parler. Gérant d'un «reposoir du voyageur», abri où les gens de passage à Cap-Haïtien peuvent passer la nuit sur des planches de carton, moyennant quelques gourdes, Roudy Cameus est révolté par l'irresponsabilité du gouvernement.
A-t-il participé au mouvement de protestation? «Évidemment, comme tout le monde», dit-il en prenant ses voisins à témoin.
Il en veut au président René Préval de n'avoir jamais mis les pieds à Cap-Haïtien durant toute la durée de son mandat! Les gens du Nord ont de bonnes raisons pour se sentir abandonnés. Frappée de plein fouet par le choléra, la population a explosé.

Mais pourquoi alors avoir visé la MINUSTAH?
«La MINUSTAH et Préval, c'est la même chose», résume Roudy Cameus. Il assure que l'éruption de révolte était spontanée. Et ce n'est pas fini, avertit-il.
«Je comprends la grogne»
Le délégué général du département du Nord, Ardouin Zéphirin, a passé la journée de samedi à faire le point sur la situation qui régnait à Cap-Haïtien, à l'issue des émeutes. C'est lui qui a négocié la fin des protestations avec les nombreux groupes de manifestants.
«Ils voulaient de l'argent, mais je leur ai promis de réparer les routes et de construire plus de centres contre le choléra», raconte-t-il dans ses bureaux d'un centre-ville à l'architecture coloniale un peu décrépite.
Jeune administrateur plein de bonne volonté, Ardouin Zéphirin comprend la colère populaire. «Comme citoyen, je suis d'accord avec les manifestants.» Et comme délégué général? «Je les comprends aussi.»
Il faut dire que dès que la ville s'est embrasée, cinq ministres s'y sont précipités pour calmer le jeu. Dans cette ville délaissée par la capitale, «c'est quasiment un miracle».
M. Zéphirin admet que des politiciens ont exploité la fureur populaire: «Ils auraient été idiots de ne pas le faire.»
La main cachée
Cap-Haïtien entre dans ce que les épidémiologistes appellent le «pic» du choléra. Dans le gymnase des Médecins sans frontières, les lits de camp sont cordés au maximum. Un homme se soulage sur un pot, à la vue de tous. Des femmes sont affalées, les seins nus.
«Tout le monde a peur du choléra», affirme Nawoon Marcellus, candidat au Sénat du parti Inité, formation du président sortant René Préval. «Moi aussi, j'ai peur.Hier je suis allé chercher les cadavres de deux amis morts du choléra.» Selon lui, c'est cette peur omniprésente qui a conduit les gens à descendre dans la rue.
Mais il est convaincu qu'une «main cachée» a tiré les ficelles de la révolte. «Il y a des gens qui veulent saboter les élections sous prétexte de choléra», avance-t-il.
Ils sont nombreux, à Cap-Haïtien, à croire que cette main est, en fait, celle de M. Marcellus. La veille de l'explosion, le candidat au Sénat a organisé un défilé électoral qui a mal tourné, relate Cyrus Sibert, journaliste et blogueur respecté. Ce soir-là, des coups de feu ont été tirés. Et le lendemain, tout s'est embrasé.
Selon le journaliste, Inité traîne de la patte dans les sondages. Et c'est le régime lui-même qui souhaite annuler les élections en créant de l'instabilité sociale. Ou en affaiblissant la MINUSTAH pour pouvoir trafiquer les urnes à l'abri des regards indiscrets.
«Au début des protestations, les manifestants criaient: «À bas les élections, à bas le choléra»», raconte le journaliste. Puis, le slogan a changé. Cette fois, il visait le régime lui-même.
«Des gens proches du pouvoir ont allumé le feu et le baril de poudre a explosé», résume Cyrus Sibert. Il n'est pas le seul à croire que la stratégie d'un régime aux abois a fait boomerang, à Cap-Haïtien. Mais il est un des rares à le dire ouvertement. Et à penser que si le calme est revenu ce week-end à Cap-Haïtien, ce n'est peut-être qu'une simple trêve.

dimanche 21 novembre 2010

En Haïti, le choléra sème les grains mortels de la colère

L’épidémie de choléra qui a débuté fin octobre prend des dimensions apocalyptiques en Haïti, pays déjà fortement touché par un séisme en janvier.
Tristan Cerf, avec les agences - le 21 novembre 2010, 11h18

Le Matin Dimanche
«Ça va exploser! Les centres de traitement d’urgence de la capitale sont surchargés, on peut donc craindre une catastrophe majeure.» Stéphane Reynier de Montlaux se prépare au pire. Il est à peine 10 h 30 ce vendredi, au Sud-Ouest de la capitale Port-au-Prince, et le coordinateur de Médecins sans frontières suisse en Haïti a déjà passé toute sa matinée en séances interminables. Ici, il faut tout négocier, discuter des heures pour l’installation à l’extérieur du moindre hôpital, d’un centre de traitement des malades du choléra.

C'est la première fois que les Haïtiens ont affaire à cette maladie effrayante qui tue en quatre heures mais est si facile à soigner. Témoins de l’immobilisme dans lequel le pays est plongé depuis le séisme meurtrier du 12 janvier, ils se méfient des mesures prises par les ONG. Comme à l’Hôpital Saint-Marc, lorsque la construction d’un centre de traitement d’urgence destiné à séparer les malades du choléra du reste des patients a été empêchée à coup de pierres. Résultat: l’hôpital a été inondé de cas de choléra et les patients ont dû fuir, propageant plus encore la terrible maladie.

L’ONU accusée
Dans plusieurs villes du pays, des manifestants s’en sont violemment pris aux soldats de l’ONU au cours de la semaine. Ils accusent des soldats népalais d’être à l’origine de l’épidémie.
Vendredi, Les organisations d’aide humanitaire ne travaillaient toujours pas au Cap-Haïtien, une ville du nord du pays qui a connu quatre jours de heurts entre Casques bleus et manifestants durant lesquels trois personnes ont été tuées et plusieurs autres blessées. Selon le Programme alimentaire mondial (PAM), les violences empêchent de livrer des plats chauds à 190 000 enfants dans les écoles du Cap-Haïtien et de porter assistance à 35 000 femmes enceintes et enfants de moins de cinq ans touchés par la malnutrition.
Signalé pour la première fois fin octobre dans la région des Gonaïves, au nord, le choléra a fait au total 1186 morts et provoqué l’hospitalisation de 19 646 personnes en Haïti depuis le début de l’épidémie, selon le bilan officiel communiqué par les autorités haïtiennes vendredi. Mais ces chiffres sont loin de la réalité. «Il ne s’agit que des cas confirmés par les laboratoires d’Etat, explique Charles Dago, de Médecins du monde. Le problème c’est que 75 à 80% des personnes contaminées sont des porteurs sains.» Seuls 20% déclarent la maladie.

Des Haïtiens trop mobiles
«La propagation de la maladie est accentuée par le fait que les Haïtiens se déplacent beaucoup et très rapidement dans le pays et, pour travailler, en République dominicaine voisine», précise David Dandres, de Terre des hommes Suisse. L’épidémie a d’ailleurs déjà franchi les frontières avec des cas en République dominicaine et aux Etats-Unis, où ils ne devraient pas provoquer d’épidémie dans la mesure où les excréments n’y viennent pas polluer l’eau potable.
Par ailleurs, ce dimanche, deux nouveaux renforts du Corps suisse d’aide humanitaire devraient arriver en Haïti.

Une maladie de pauvres
«Il suffit d’hydrater le malade.» Voici la réponse de tout médecin à qui l’on demande comment soigner le choléra. Ça paraît si simple. Et pourtant. Le choléra est une infection intestinale aiguë due à une bactérie, Vibrio cholerae , qui se transmet par voie directe fécale ou orale, ou par l’ingestion d’eau et d’aliments contaminés. La forme la plus grave de la maladie se caractérise par l’apparition soudaine d’une diarrhée aqueuse aiguë qui peut entraîner une déshydratation sévère et une insuffisance rénale mortelle. La période d’incubation très courte – de deux heures à cinq jours – accroît le risque de flambées explosives car le nombre de cas peut augmenter très rapidement. Sans traitement, la mort survient en quatre à huit heures. Le traitement consiste essentiellement en une réhydratation qui maintient le patient en vie le temps qu’il guérisse spontanément en quelques jours. Dans un pays où tout manque, égouts, eau potable et infrastructures de soin, cette maladie de pauvres peut faire des ravages.

Manifestants abattus en Haïti

Par Bill Van Auken 20 novembre 2010
Haïti demeure tendue à la suite des violents affrontements survenus lundi entre des manifestants et des troupes des Nations unies qui ont fait au moins deux morts et seize blessés à Cap-Haïtien, la deuxième plus grande ville du pays.
La ville portuaire, située à environ 300 kilomètres au nord de la capitale Port-au-Prince, était toujours largement paralysée mardi : les écoles, les bureaux de la fonction publique et les commerces étaient fermés, des rues étaient bloquées par des barricades de pneus enflammés et on a rapporté que des fusillades étaient entendues sporadiquement. Le pont menant à l'aéroport de la ville avait été bloqué par des barrières de métal soudées entre elles.
Les Nations unies ont envoyé un contingent de troupes espagnoles pour renforcer sa garnison à Cap-Haïtien.
Les violences ont éclaté lundi après que des milliers de manifestants sont sortis dans les rues pour protester contre la force d'occupation de l'ONU (connue sous le nom de MINUSTAH, Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti), que de nombreuses personnes accusent d'être responsable de l'épidémie de choléra qui a fait plus de 1000 victimes, et pour dénoncer le gouvernement du premier ministre René Préval et sa réponse inadéquate à la propagation de la maladie.
Les troupes de l'ONU et la police haïtienne ont tenté de disperser les manifestants à l'aide de gaz lacrymogènes, provoquant du coup un mouvement de foule dans lequel plusieurs personnes ont été blessées. Les manifestants ont réagi en lançant des pierres, et selon les responsables de l'ONU, par des coups de feu. Les soldats ont tiré dans la foule, tuant un jeune d'une balle dans le dos dans Quartier-Morin, tout juste à l'extérieur de la ville. Un autre homme a été abattu à Cap-Haïtien. On a rapporté jusqu'à 16 blessés, dont plusieurs dans un état grave.
Les manifestants ont incendié un poste de police et des voitures de police et ont pillé un entrepôt de nourriture.
De plus petites manifestations ont aussi été rapportées à Hinche et dans Les Gonaïves, au centre et au nord du pays, ainsi que dans la capitale. À Hinche, une foule de plusieurs centaines de personnes a lancé des pierres à une division népalaise des troupes onusiennes, largement blâmée pour l'épidémie de choléra.
Des responsables de la santé publique soutiennent qu'il est difficile de déterminer avec certitude comment la bactérie a pu être introduite au pays, qui n'a connu aucun cas de choléra en un siècle. Cependant, l'épidémie a été déclenchée peu après l'arrivée du bataillon népalais le mois dernier. Le Népal a récemment dû faire face à sa propre épidémie de choléra.
Les reporters qui ont visité la base des troupes y ont trouvé des problèmes sanitaires, dont des excréments rejetés dans la rivière Artibonite. La région a été l’épicentre de l’épidémie de choléra, qui est attribué à la contamination de la rivière. Les scientifiques des centres américains de prévention et de contrôle des maladies, entre-temps, ont confirmé que la souche de la bactérie est courante en Asie du Sud.
Des soupçons voulant que les troupes de l’ONU aient introduit la maladie mortelle en Haïti ont enflammé les ressentiments non exprimés envers la soi-disant force du maintien de la paix en Haïti. Elle y a été déployée après le coup d’État orchestré par les États-Unis qui a renversé le président Jean-Bertrand Aristide et contraint à l’exil. Comptant quelque 12.000 soldats, le MINUSTAH dirigé par le Brésil est largement considéré comme une force d’occupation dont le but est de s’opposer l’agitation populaire.
Les fonctionnaires des Nations unies en Haïti ont tenté de rejeter les soulèvements à Cap-Haitien comme étant le travail d’agitateurs politiques qui cherchent à déstabiliser le pays à l’approche des élections nationales prévues pour le 28 novembre.
Dans une déclaration, le MINUSTAH a affirmé que « la façon dont se sont déroulés les événements suggèrent que ces incidents ont été motivés politiquement, visant à créer un climat d’insécurité à la veille des élections ». La déclaration continuait, « le MINUSTAH fait appel à la population pour qu’elle reste vigilante et ne se laisse pas manipuler par les ennemis de la stabilité et de la démocratie dans le pays ». Les officiels de l’ONU n’ont donné aucune indication quant à l’identité de ces « ennemis ».
La colère populaire à Cap-Haitien et ailleurs dans le pays a été alimentée par la propagation rapide du choléra. Haïti Libre a rapporté que des « cadavres de personnes mortes du choléra jonchaient les rues de la ville durant la fin de semaine ». Il a cité un fonctionnaire de la ville de Cap-Haitien disant qu’« au moins vingt corps ont été ramassés par les autorités médicales depuis vendredi ».
Il y a eu des rapports similaires venant des Gonaïves, au nord du pays. « Vendredi il y a eu des rapports qu’environ 30 personnes sont « tombées mortes » dans les rues des Gonaïves », a rapporté le British Independent. « Le maire aurait rejoint des résidents pour enterrer les morts, selon Jane Moyo d’ActionAid. Dans les régions rurales entourant la ville, il y avait des rapports non confirmés de familles entières mourant sans aide, alors que les populations locales fuyaient les malades à cause de la peur de plus en plus grande face à la maladie. »
Mardi, le ministère haïtien de la Santé publique et des Populations a publié ses derniers chiffres sur le bilan du choléra, rapportant que le nombre de morts a atteint 1034 dimanche, avec 16.799 personnes ayant été hospitalisées.
Il a aussi été confirmé que le choléra est en train de se répandre à Port-au-Prince, alors qu’il a été rapporté que 875 personnes ont dû être hospitalisées et que 38 sont mortes dans la région métropolitaine. Des responsables sanitaires et des organismes humanitaires ont exprimé la crainte que la maladie pourrait devenir incontrôlable à Port-au-Prince, où plus de 1 million de personnes sont toujours sans logement et doivent habiter dans des campements de tentes à cause du tremblement de terre qui a tué plus d’un quart de million d’Haïtiens en janvier dernier.
Cependant, selon le coordonateur humanitaire des Nations unies en Haïti, Nigel Fisher, la maladie s’est déclarée beaucoup plus dans les bidonvilles de la ville comme Cité Soleil, qui a encore moins accès à de l’eau potable et à des installations sanitaires que dans les villes tentes. « Cela ne veut pas dire que les camps seront épargnés », a-t-il averti.
Dans une vidéoconférence avec des journalistes, Fisher a contredit les responsables du gouvernement, insistant que le choléra s’est répandu aux 10 départements haïtiens (le gouvernement a prétendu que 4 d’entre eux n’avaient été témoins d’aucun cas). Faisant référence aux manifestations, il a dit que la maladie était devenue une question de « sécurité nationale ».
« Le nombre de morts va croître significativement, ce qui ne sera pas une surprise », a dit le responsable des Nations unies. Plusieurs croient que le décompte officiel du gouvernement des cas de choléra et du nombre de morts reliés est une importante sous-estimation, vu que plusieurs infections et morts, particulièrement dans les zones les plus rurales, ne sont pas rapportées.
Les Nations unies ont estimé que jusqu’à 200.000 Haïtiens pourraient contracter la maladie dans les prochains mois. Des experts en santé ont mis en garde que, vu les conditions de pauvreté extrêmes et d’infrastructures inadéquates en Haïti, la nation la plus pauvre de l’hémisphère ouest, le choléra va demeurer un problème pour les années à venir.
Les hôpitaux et les organisations humanitaires sont déjà surchargés par le nombre de malades et de mourants. Plusieurs se demandent où sont passés les milliards promis par les Etats-Unis et d’autres pays après le tremblement de terre, une partie seulement de ces milliards ayant effectivement transférés au pays. Les Nations unies ont émis un nouvel appel pour un maigre 163,8 millions de dollars en fonds d’urgence pour confronter la présente crise.
« La situation est très alarmante », selon Stéphane Reynier, directeur des opérations pour Médecins sans frontières. Les structures de MSF sont surchargés par le nombre de patients, pas seulement à Port-au-Prince, mais nationalement. Nous sommes rapides et sur la ligne de front, mais nous ne pouvons contrôler une épidémie nationale seul. Où sont les Nations unies? Où sont les O.N.G. ? Où sont les milliards de dollars promis après le tremblement de terre ? Il y a eu assez de réunions, maintenant nous voulons de l’action.
Le choléra, même s’il est très contagieux, peut être facilement prévenu et facilement guéri lorsque l’on a accès à de l’eau potable, des installations sanitaires et un service de santé. Pour la grande majorité de la population pauvre d’Haïti, toutefois, tout cela est hors de portée.
Selon une étude datant de 2008, seulement 41 pour cent de la population haïtienne a accès à des latrines et seulement la moitié a accès à de l’eau potable. Au moins 71 pour cent de la population n’a pas accès à de l’eau potable en tout temps. A la campagne, les conditions sont encore pires. A Artibonite, le centre de l’épidémie, moins du tiers de la population peut bénéficier d’eau potable ou d’installations sanitaires adéquates.
Ces conditions étaient présentes bien avant le tremblement de terre qui a dévasté Haïti en janvier dernier. En 2008, Partners in Health, une ONG basée à Boston ainsi que d’autres groupes d’aide ont publié un rapport intitulé « Le déni du droit à l’eau en Haïti » dans lequel on pouvait lire : « Le fait qu’il est généralement impossible d’avoir accès à une eau potable est un des principaux obstacles en Haïti lorsqu’il est question de respecter les normes les plus élémentaires des droits de l’homme. L’histoire a légué à Haïti, l’inégalité, la dictature, la corruption et une pauvreté extrême et persistante, qui tous, contribuent à leur façon à l’échec du gouvernement haïtien à offrir une eau propre à la population. Le non-accès à cette ressource cruciale continue à peser sur tous les aspects de la vie pour la vaste majorité des Haïtiens, contribuant à la mauvaise santé, à la famine et le peu d’opportunité de s’éduquer. La conséquence : un cercle vicieux de consommation d’eau contaminée, une hygiène publique inefficace, des crises de santé récurrentes et, sous-tendant tout ce qui précède, une pauvreté chronique et profondément enracinée. »
Le rapport accusait les Etats-Unis et l’administration démocrate du président Bill Clinton d’avoir bloqué les prêts de la Banque inter-américaine du développement destinés à améliorer l’infrastructure d’assainissement et d’approvisionnement en eau. Les tentatives de l’administration Clinton d’empêcher que ces prêts ne soient émis faisaient partie de sa campagne pour déstabiliser le gouvernement haïtien et pour mettre au pouvoir un régime plus soumis aux intérêts de Washington dans la région.
Dans la décennie qui a suivi, les conditions n’ont qu’empiré, alors que la politique américaine consistait à tenter de subordonner le développement du pays aux investissements des multinationales à la recherche de travailleurs à bon marché et au même moment de contrôler l’agitation sociale au moyen du déploiement d’une myriade d’ONG et d’organismes d’aides. Un gouvernement central faible et corrompu n’a pratiquement rien fait pour développer l’infrastructure du pays. Cela a contribué à laisser le peuple haïtien sans défense devant une série de calamités, culminant avec le tremblement de terre de janvier dernier et l’actuelle épidémie de choléra.
(Article original anglais paru le 18 novembre 2010)
http://www.wsws.org/francais/News/2010/nov2010/hait-n20.shtml

samedi 20 novembre 2010

Le choléra et la loi de l'Omerta

Haïti: Le dernier bilan de l'épidémie du choléra qui sévit en Haïti depuis la mi-octobre s'élève à 1.100 morts et 18.832 hospitalisations depuis le début de l'épidémie. Le choléra traverse désormais les frontières : le premier cas officiel a été détecté mardi en République Dominicaine et un autre, mercredi à Miami. Les deux patients étaient d'origine haïtienne. Depuis plusieurs semaines le gouvernement dominicain a mis en oeuvre de sévères mesures de contrôle pour prévenir le développement de cette maladie, extrêmement contagieuse. La République dominicaine a notamment renforcé sa présence militaire à la frontière et limité le commerce avec Haïti, ainsi que l'entrée des Haïtiens sur le territoire dominicain. Quelques 170 personnes ont déjà été arrêtées et le commerce de vêtements usagés est interdit depuis lundi sur les marchés binationaux (Dajabon, Jimani et Elías Piña) dans le cadre des mesures préventives contre l'épidémie de choléra. (1)

Comme en témoigne la couverture du plus grand journal du Québec, La Presse de Montréal du 10 novembre dernier, Haïti ''Au pays du choléra'', nous sommes désormais considérés, au pire, comme des pestiférés, au mieux, stigmatisés à travers cette grave épidémie qui s'étend à travers les dix départements du pays. Dès le début de cette crise sanitaire majeure, plusieurs observateurs aguerris avaient vu venir l'ampleur de la catastrophe. Mais les autorités se voulaient rassurantes et les candidats à la présidence étaient trop occupés à mener campagne pour tirer la sonnette d'alarme ou mesurer l'étendue dévastatrice de cette épidémie. Quant aux journalistes qui l'ont fait, leurs voix se sont évaporées tel un verre d'eau dans le désert.
Depuis, la flambée du choléra s'est propagée partout et de nombreux travailleurs humanitaires estiment que les chiffres officiels, sous-estiment l'ampleur de l'épidémie. À ce sujet, la déclaration, le 15 novembre, de Nigel Fisher, coordinateur de l'action humanitaire pour les Nations Unies en Haïti est éloquente : '' Nous avons des cas dans tous les départements bien que les autorités haïtiennes (...) disent que seulement six des dix départements ont été touchés par la maladie '', a-t-il déclaré lundi dernier en soulignant que ''selon les épidémiologistes, le nombre de cas va augmenter de manière significative ''. (2) La MINUSTAH n'ait eu de cesse de se défendre contre les allégations faisant croire que les fosses septiques d'un camp situé près de Mirebalais, où beaucoup de soldats népalais sont basés, seraient la cause de la propagation du choléra dans le pays. Des manifestations antigouvernementales et anti-MINUSTAH ont éclaté le lundi 15 novembre au Cap Haïtien, faisant deux morts et au moins 19 personnes blessées, dont une quinzaine par balles. Cet apparent ''mouvement de colère'' s'est aussi répandu à Hinche. Au Cap-Haïtien, deuxième ville du pays, des manifestants ont incendié un commissariat et des véhicules qui s'y trouvaient. Le même jour à Hinche, des casques bleus népalais, ont été la cible de jets de pierre lors d'une manifestation, qui a rassemblé quelques 400 personnes. Mardi et mercredi, la situation restait tendue dans ces deux villes où des tirs sporadiques ont été entendus et des barricades enflammées ont été érigées.
"Ce qui s'est passé lundi n'est en rien spontané", a estimé le patron de la Minustah dans un courriel adressé à Reuters mardi. Il a ajouté que selon l'Onu, les violences qui se sont déroulées à Cap-Haïtien avaient été "bien planifiées et concertées"."Des empêcheurs de tout acabit, d'anciens membres de l'armée haïtienne, certains responsables politiques, des criminels, des groupes hostiles aux élections se cachent derrière ces incidents", écrit le Chef de la MINUSTAH à Reuters. "L'épidémie de choléra est tombée à point nommé pour ces gens-là, qui ont créé ce genre de situation".M. Edmond Mulet croit néanmoins que les élections peuvent toujours être un succès."Nous nous attendions à ce genre d'incidents, qui ont déjà eu lieu dans le passé avant une consultation. Mais la vaste majorité des Haïtiens souhaitent des élections, et ce malgré des initiatives de dernier ressort de la part de forces anti-démocratiques". (3)
Pour l'historien et analyste politique Michel Soukar, '' il est certain qu'il y a des secteurs qui ne souhaitent pas la tenue de ces élections parce que leur candidat n'a pas décollé dans les sondages'', déclare-t-il. Pour lui, il sera très compliqué d'imposer le candidat de l'Unité, Jude Célestin : '' pour des raisons que tout le monde peut constater, il (Jude Célestin) est difficilement vendable. Pour faire avaler cette pilule, le pouvoir devra appliquer trois tactiques : renvoyer les élections à la mi-janvier afin que les autres candidats soient épuisés tant physiquement que financièrement, attendre que le choléra fasse davantage encore de victimes et démobilise la population et, troisièmement, le pouvoir remplacera les maires, dont le mandat s'achève, par les membres du parti UNITÉ'', affirme-t-il tout en mettant le pouvoir en place en garde contre ces pratiques ''d'apprentis sorciers'' : '' Il ne faut pas sous-estimer à quel point le peuple est mécontent de la gestion des autorités haïtiennes or, lorsqu'il y a ce genre de sous-estimation, on ne peut plus contrôler les mouvements de rue. D'ailleurs, j'ai l'impression que c'est déjà ce qui s'est passé ces jours-ci. Dans un tel contexte, il faut faire très attention car le ras-le-bol est ressenti à travers le territoire et jouer avec cette frustration reviendrait à allumer une allumette devant un gallon de gazoline'', avertit-il. Pour le professeur Michel Soukar, il est clair que le pouvoir a joué sa partition dans ces manifestions. Rappelons qu'il y a trois semaines, le candidat à la présidence, Jacques Édouard Alexis, qui était Premier ministre lors des émeutes de la fin en avril 2008 avait reconnu sur l'émission Métropolis de Radio Métropole il y a trois semaines, que lesdites émeutes avaient été '' politiquement manipulées'' à l'époque. Pourtant, lorsqu'il était du côté de Préval, il n'en avait pipé mot.
48h après les manifestations, M. Préval a prévenu que son gouvernement utilisera tous les moyens légaux pour sanctionner les auteurs d'actes de violence. Dénonçant l'attaque et le pillage de plusieurs entrepôts, René Préval estime que ces secteurs veulent semer la discorde entre le gouvernement, la population et la MINUSTAH. Le président Préval déplore ce qu'il considère comme une tentative de déstabilisation et averti que la violence ne fera qu'aggraver l'épidémie de choléra. Paroles de pacotille.
Un silence lourd de conséquences
En Haïti, le silence de ceux qui savent alimente la propagation du choléra. Lors d'une entrevue téléphonique accordée mardi soir à Le Nouvelliste, Michel Soukar souhaite que, si la société civile haïtienne est incapable de prendre ses responsabilités dans l'enquête à mener sur les origines de l'épidémie, qu'elle fasse appel à des groupes de la société civile internationale. Il suggère que Greenpeace, par exemple, puisse faire la lumière sur cette tragédie nationale.
Non seulement les autorités ne nous ont vraisemblablement pas dit la vérité mais, le Premier ministre Jean Max Bellerive, dans une interview exclusive accordée à Métropolis et à Le Nouvelliste le week-end écoulé a demandé de ne pas '' stigmatiser une population comme étant responsable directement de l'importation de cette maladie en Haïti(...) Tant que nous n'avons pas des preuves très claires, au-delà des rumeurs et des suspicions, tant le gouvernement que les Haïtiens doivent se garder (de le faire)'', a-t-il déclaré. (4)
L'attitude du Chef de gouvernement quant à sa gestion de la crise du choléra et de l'enquête à mener sur ses origines a été qualifiée de ''lâche'' par le professeur Soukar. Mais que dire comportement du président Préval, qui lors d'une réunion organisée le 14 novembre écoulé par le gouvernement pour pallier au manque d'éducation et d'information face à l'aggravation de l'épidémie du choléra a, une fois de plus, choqué Haïti et sa diaspora en déclarant : '' Nous connaissons une crise sérieuse. Je ne veux pas défendre ma tête contre l'État, mais l'État n'a pas fait son travail. Ce n'est pas de votre faute, ce n'est pas de la mienne. Nous sommes dans une situation telle que nous recommandons à tout le monde de ne boire aucune eau, sans la traiter préalablement''? (5)
Pour Michel Soukar, les propos de René Préval sont '' typiques de son irresponsabilité et démontrent qu'il n'y a eu aucune éducation à la citoyenneté dans notre pays..'', souligne l'historien et analyste politique. '' En effet, un citoyen est responsable des actes qu'il pose or, un président qui déclare que ce n'est pas sa faute...alors, c'est la faute à qui ? À Dieu, au Diable ?'', questionne Soukar. ''Pour se présenter à la fonction présidentielle, faut-il bien avoir des solutions à proposer aux problèmes; peut-être pas à tous les problèmes, mais vous devez pouvoir faire face aux problèmes fondamentaux du pays parce que vous avez des solutions. Qu'on ne vienne pas me dire que Préval n'avait pas fait de promesses : il avait promis la décentralisation, un Parlement avec qui il pourrait travailler, entre autres. Aujourd'hui, où sont les résultats ? C'est justement parce que le Parlement n'a pas fait son travail que la Cour de Justice n'a pas encore interpellé René Préval '', déclare Michel Soukar. '' L'exemple de la Cour de Cassation, qui jusqu'à ce jour n'a pas de président, est un exemple patent. Si Préval n'est pas responsable, qui est responsable ? Si c'est ainsi, ce pays n'a ni besoin de président, de Parlement ou de dirigeants, Nous n'avons plus besoin de ces gens-là (au pouvoir) et c'est tout'', s'indigne l'analyste politique.
De son côté, Mme Mirlande Manigat, qui caracole dans les sondages, a déclaré cette semaine au magazine français L'Express que '' Le gouvernement a tenté d'utiliser la crise du choléra pour retarder les élections. Mais ce ne serait pas raisonnable. Rien ne dit que nous n'aurons pas dans un mois davantage de décès et de malades. Différer jusqu'à quand? Six mois? Un an? C'est peut-être le mauvais moment, mais il n'y en aura pas de bon dans les années à venir.''(6) Le professeur Soukar partage cette thèse et en a profité pour interpeller les candidats à la présidence à 10 jours du premier tour des présidentielles : '' il faut que les candidats ''déshabillent'' les actes de ce gouvernement devant les yeux de la population pour lui montrer dans quel état les ''responsables'' ont mis ce pays, quels sont les intérêts qu'ils défendent, la corruption qu'ils ont installé en se partageant des contrats juteux basés sur des monopoles qui font l'affaire de quelques familles'', a-t-il souhaité. Pour l'analyste politique, le silence ou le demi-silence des candidats à ce propos l'inquiète : '' je me demande parfois si nous ne sommes pas en face d'une certaine complicité de la part de la classe dominante. Tout le monde est victime du silence de la mafia. Il faut que les candidats disent aux électeurs voilà dans quel état votre pays est; voilà comment l'on fait de l'argent sur votre misère et démontrer comment, après 20 ans, ceux qui se disaient les défenseurs du peuple, sont les mêmes qui l'ont déplumé '', a-t-il conclu.

Une continuité morbide et inacceptable
''On ne fait pas de politique avec de la morale, mais on n'en fait pas davantage sans '', disait André Malraux. Or M. Préval a révélé la perversité de ses réflexes - en témoigne la polémique autour d'un pseudo pacte passé avec Mme Manigat et de la voiture offerte à l'ex-président Leslie Manigat- mais s'avère immoral et surtout sans aucune éthique. Sa prestation inoubliable devant les caméras de CNN suite au séisme vient d'être surpassée par sa déclaration publique face au choléra : '' Je ne veux pas défendre ma tête contre l'État, mais l'État n'a pas fait son travail. Ce n'est pas de votre faute, ce n'est pas de la mienne '' ! Préval aurait-il oublié que lui et son jumeau politique Jean-Bertrand Aristide ont été au pouvoir pendant 20 ans ? Pendant ces deux dernières décennies qu'est-ce qui a été fait pour traiter les eaux usées, gérer les détritus, augmenter les réseaux d'eau potable ? Rien ! Préval préférait construire des routes alors que la population mangeait à côté d'égouts à ciel ouvert et des immondices. Des routes qui aujourd'hui favorisent le déplacement des populations atteintes de la maladie. Quant aux eaux usées et à l'insalubrité, même Pétion-Ville, autrefois appelée ''La Coquette', est couverte de fatras et la puanteur qui s'en dégage est pestilentielle. Mais la Mairesse, Lydie Parent du même mouvement idéologique qu'Aristide et Préval, s'est présentée sans aucune honte comme candidate à la présidence...
C'est dans ce contexte morbide que le poulain de Préval, M. Jude Célestin, a déclaré lors du débat présidentiel ''Anvann' voté' : '' Je représente la continuité, je le dis et je l'assume ''. La continuité de quoi ? De la corruption, de l'insalubrité, de l'absence de gestion, de l'immoralité, du mépris et du silence de l'Omerta ? Car, de fait, mis à part ce débat où les thèmes et les questions étaient préparés, M. Célestin à l'instar de Préval en 2006, fuit tous les micros de la presse.
Au moment où nous parachevons ce texte, l'Envoyé spécial de Radio Canada à Port-au-Prince, Frédéric Nicoloff, vient d'annoncer que les spécialistes de la santé en Haïti craignent que le choléra explose dans les bidonvilles et en particulier à Cité Soleil. Le choléra pourrait ainsi atteindre son pic...au moment du scrutin. Or, la méconnaissance de la maladie et de sa transmission demeure très problématique dans un pays au taux d'analphabétisme de 70%. Sans compter les croyances locales. La majorité des électeurs accepteront-ils d'être dans des files pendant de longues heures à côté de potentielles personnes infectées ? Le tour n'est vraiment pas jouer et tout peut basculer dans les jours à venir.
'' Toute nation a le gouvernement qu'elle mérite'', disait François de Maistre. Mais il est clair aujourd'hui, que le peuple haïtien ne mérite pas d'être abandonné dans une telle fange politique et environnementale. Le 28 novembre prochain, il fera face, une fois de plus à son destin. Qu'il choisisse bien cette fois-ci car tout peuple forge son destin. Il y a deux formes de destin : un vertical et un horizontal. (7) Nous avons trop longtemps accepté d'être à l'horizontal. Espérons que la semaine prochaine, le peuple haïtien rassemblera ses dernières forces pour choisir un destin à la verticale !
(1) Romandie News, Un premier cas de choléra en République Dominicaine, 16 novembre 2010.
(2) Haïti Libre, Haïti - Épidémie : 16,799 cas déclarés, 1,034 morts, la riposte s'intensifie, 16 novembre 2010.
(3) Reuters, L'Onu incrimine des agitateurs à Haïti, 16 novembre 2010
(4) Nancy Roc, le Premier ministre Jean Max Bellerive confirme la tenue des élections le 28 novembre, Le Nouvelliste, 10 novembre 2010.
(5) Haïti Libre, Haïti - Épidémie : Préval rejette les responsabilités sur le gouvernement, 15 novembre 2010.
(6) Vincent Hugeux, Mirlande Manigat : "Les causes du choléra sont politiques", 16 novembre 2010.
(7) Amin Maalouf, Les Identités meurtrières.
Nancy Roc, Montréal, le 17 novembre 2010.
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=85757&PubDate=2010-11-17

vendredi 19 novembre 2010

Les manifestations violentes sont néfastes pour les acteurs humanitaires

Les agences de l'ONU et les ONG ont appelé mardi soir à une fin immédiate des manifestations violentes au Cap Haïtien. Le Bureau de la Coordination des affaires humanitaires (OCHA) estime que les violences sont en train de compromettre les efforts déployés par la communauté humanitaire pour faire face à la grave crise de choléra qui secoue la région. Le Coordonnateur Humanitaire des Nations Unies en Haïti, Nigel Fisher, révèle que le personnel médical est submergé alors que les approvisionnements en médicaments et matériel d'hygiène arrivent lentement au Cap Haïtien.
La mortalité liée au choléra ne cesse de grimper et la situation sécuritaire empêche les approvisionnements d'arriver à ceux qui ont le plus besoin d'aide. Le département du Nord fait face à un taux de létalité hospitalière de 7,5%, le plus élevé dans le pays.
« Nous appelons tous les acteurs impliqués dans cette manifestation, clairement orchestrée à arrêter immédiatement leur mouvement afin que les partenaires nationaux, et internationaux puissent continuer à sauver des vies », a insisté M. Fisher.
Les Nations Unies ont jusque là été obligées d'annuler des vols transportant du savon, des approvisionnements en matériel médical et en personnel médical au Cap Haïtien et à Port de Paix. Sur le terrain, Oxfam a suspendu un projet visant à mettre du chlore dans l'eau pour 300.000 personnes dans les quartiers défavorisés, l'OMS a arrêté la formation du personnel médical et 500 tonnes d'aliments ont été pillés et brûlés dans l'entrepôt du PAM.
LLM / radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=18467

jeudi 18 novembre 2010

Culpan a los soldados nepalíes de la epidemia de cólera... Los haitianos se lanzan contra los cascos azules: 'La ONU quiere matarnos'

* La Policía dispersa con gases lacrimógenos a varios cientos de manifestantes

* Gritaban 'la ONU quiere matarnos' y 'Minustah deja excrementos en la calle'
* Jóvenes habitantes de los campamentos llaman a la 'revolución social'
* Los gases afectaron a algunos niños que quedaron inconscientes
Jacobo G. García , AFP, Efe
Puerto Príncipe
Los haitianos han quemado neumáticos y botes de metal.
Efe
Minustah, cómete tu mierda. Ustedes trajeron el cólera ustedes se lo llevan". Ives Pierre Luis, de 50 años, no habla, grita, con una piedra en la mano justo en el momento en que la policía haitiana comienza a lanzar gases lacrimógenos contra los manifestantes.
Barba blanca, pantalón descosido, zapatillas de deporte rotas y una pancarta en la otra mano que muestra a un soldado de la ONU subido a una tanqueta y con una gran cruz encima.
Como si fuera una más de las desgracias que asedian Haití, varios cientos de iracundos haitianos se echaron este jueves a las calles de Puerto Príncipe para exigir a pedradas, y sembrando las calles de barricadas, la salida del país de la Misión de Naciones Unidas para la Estabilización de Haití (Minustah). Algunos sectores culpan a la Minustah de la epidemia de cólera que sufre el país.
Jóvenes habitantes de los campamentos llamaron a la "revolución social", mientras grupos de estudiantes gritaban "el cólera nos lo trajeron ustedes", "Minustah vete de aquí", "Minustah difunde excrementos en la calle", "la ONU quiere matarnos".
Represión policial
La Policía haitiana dispersó violentamente con gases lacrimógenos a los manifestantes a la altura de la avenida 'La Lue', según denunció el dirigente político Simeon Wisly, líder de uno de los movimientos de la plataforma 'Liberation'. Los gases, según denunciaron varias personas, afectaron a algunos niños que quedaron inconscientes. En las inmediaciones se pudo observar a personas muy nerviosas y a familias que corrían, tratando de huir.
Las secuelas del terremoto, los muertos del cólera y ahora la tensión electoral se han unido en un cóctel que este jueves estalló en Puerto Príncipe pero que por tercer día consecutivo ha sembrado de barricadas, neumáticos en llamas y basura Cabo Haitiano, la segunda ciudad más importante del país. Y como objetivo, siempre el mismo: los cascos azules de la ONU.
En pocos días, lo que hasta ahora fue un contingente multinacional enviado para pacificar el país tras las revueltas que expulsaron del país y del poder a Jean Bertrand Aristide (2004), se han convertido en un símbolo de todos los males que vive Haití.
Todo el país señala a los cascos azules de Nepal como los culpables de haber importado al país una epidemia que ya se ha cobrado la vida de más de 1.100 personas y ha enviado al hospital a 18.000, según las cifras más optimistas.
De nada ha servido el discurso del martes por radio y televisión del presidente, René Preval: "Estos sectores violentos quieren sembrar la discordia entre Gobierno, Minustah y población. Estamos ante un intento de desestabilización", explicó. Preval se refería así al tenso clima político que se vive en el país, donde varios candidatos se han acusado entre ellos de azuzar las protestas y de distribuir armas entre la población, lo que podría agravar la situación ante los comicios.
La expulsión de 100 soldados de Sri Lanka en 2007, acusados de pagar un dólar a niñas a cambio de sexo, ha echado más leña a la delicada situación que se vive. La ONU mantiene que no hay pruebas contra sus soldados, pese a que el brote es similar al detectado en el sur de Asia. Los análisis realizados a sus soldados no han encontrado pruebas que lo demuestre.
A pesar de que este jueves era día festivo en Haití en recuerdo de una de las más importantes batallas por la independencia del país, las protestas siguieron por cuarto día consecutivo en Cabo Haitiano, que vive una especie de estado de sitio tras la muerte de tres personas por disparos de las fuerzas de paz.
Este jueves, un equipo de 11 voluntarios estadounidenses fue agredido por hombres armados. Los cooperadores, pertenecientes a una organización cristiana, lograron abandonar la ciudad en dirección a República Dominicana antes de ser linchados por la turba. La situación en Cabo Haitiano continúa muy tensa, las barricadas se multiplican y la organización Oxfam decidió detener sus tareas humanitarias. La radio local 'Metropole' hablaba de ocho muertos en un solo día.
El miedo dificulta la atención a los enfermos
El temor de la población de Cabo Haitiano a salir a la calle tras los incidentes de los últimos días dificulta la asistencia a los enfermos de cólera en la zona, dijo el portavoz de la Minustah, Vincenzo Pugliese.
Pugliese dijo que las calles de Cabo Haitiano están vacías, en parte también porque este jueves es jornada festiva en todo el país, e insistió en que ello supone un obstáculo para la gestión sanitaria de la epidemia de cólera, enfermedad de la que hay numerosos afectados en esta zona.
Además, el aeropuerto está cerrado y hay una gran paralización en la ciudad, donde "los enfermos no pueden llegar a las clínicas por el miedo de la población y la situación puede empeorar", explicó Pugliese. Añadió que, además, en esa situación "los recursos humanos no pueden llegar para hacer frente a la epidemia".
"Un enfermo de cólera necesita recibir asistencia en tres horas para sanar", pero en la actual situación "el paciente que está en su casa y no puede salir porque hay barricadas, se muere", enfatizó.

http://www.elmundo.es/america/2010/11/18/noticias/1290095758.html

Cholera protesters attack cars in Haiti capital

By JONATHAN M. KATZ, The Associated Press
Thursday, November 18, 2010; 5:17 PM
PORT-AU-PRINCE, Haiti -- Anti-U.N. violence spread to Haiti's capital Thursday as protesters blocked roads and attacked foreigners' cars over suspicions that peacekeepers introduced a cholera epidemic that has killed more than 1,100 people.
The unrest followed three days of similar violence in northern Haiti. The protests come a little more than a week before national elections, and the U.N. has characterized them as political. Some demonstrators threw rocks at an office of President Rene Preval's Unity party and tore down campaign posters.
But the protests are fueled by suspicions, shared by some U.S. disease experts, that a contingent of Nepalese soldiers brought cholera with them to Haiti and spread the disease from their rural base into the Artibonite River system, where the initial outbreak was centered.
The disease is new to Haiti and was not expected to strike this year despite rampant bad sanitation and poor access to drinking water.
The 12,000-member U.N. Stabilization Mission in Haiti, or MINUSTAH, which has been the dominant security force in Haiti for six years, denies responsibility for the epidemic.
Standing before the thick black smoke of blazing tires Thursday, protesters yelled "We say no to MINUSTAH and no to cholera" and carried signs reading "MINUSTAH and cholera are twins." The windows of several cars belonging to the U.N. and humanitarian groups were broken.
Haitian police fired tear gas at the protesters on the central Champ de Mars plaza, and clouds of choking irritants blew into nearby tent shelters of thousands made homeless by the Jan. 12 earthquake.
"I survived the quake but the police are going to kill me with gas," Marie Paul Moses said as she fled the white cloud.
Aid workers, including U.N. humanitarian agencies that are structurally separate from the peacekeeping force, called for calm, saying the violence is hampering efforts to treat the tens of thousands of people stricken with cholera.
The disease is spread by contaminated fecal matter. Health experts say it can be easily treated with rehydration or prevented outright by ensuring good sanitation and getting people to drink only purified water.
But after years of instability, and despite decades of development projects, many Haitians have little access to clean water, toilets or health care.
Associated Press writer Evens Sanon contributed to this report.

http://www.washingtonpost.com/wp-dyn/content/article/2010/11/18/AR2010111803636.html

mercredi 17 novembre 2010

Préval menace de punir les auteurs d'actes de violence au Cap Haïtien

Le chef de l'Etat haïtien, René Préval, met en garde contre les conséquences de l'instrumentalisation de l'épidémie du choléra par des secteurs politiques. Dans une adresse à la nation 48 heures après le début des manifestations violentes contre les casques bleus de la Minustah au Cap Haïtien et à Mirebalais, M. Préval a prévenu que son gouvernement utilisera tous les moyens légaux pour sanctionner les auteurs d'actes de violence. Dénonçant l'attaque et le pillage de plusieurs entrepôts, René Préval estime que ces secteurs veulent semer la discorde entre le gouvernement, la population et la Minustah. Le président Préval déplore ce qu'il considère comme une tentative de déstabilisation et averti que la violence ne fera qu'aggraver l'épidémie de choléra. Entre autres l'acheminement des pastilles de purification d'eau et l'inhumation des cadavres seront perturbés.
S'adressant aux acteurs sociaux impliqués dans la lutte contre l'épidémie le président Préval a attiré l'attention sur la nécessité de maintenir la solidarité. Il appelle la population à s'impliquer dans cette solidarité en évitant la panique, la discorde et le pillage des entrepôts.
Préval espère que les partenaires du gouvernement auront la capacité de convaincre la population à ne pas faire le jeu de ceux qui défendent leurs intérêts mesquins.
En ce qui a trait aux revendications des manifestants, le chef de l'Etat promet la réfection des deux principaux tronçons de route et le ramassage des détritus sur une base régulière. Il a également souhaité l'implication des candidats et partis politiques dans la campagne de sensibilisation sur le respect des principes d'hygiène.
LLM / radio Metropole Haiti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=18461

Les protestataires maintiennent la pression au Cap Haïtien

Les accrochages entre casques bleus de la Minustah et manifestants se sont poursuivis hier au Cap Haïtien. Les soldats onusiens ont repris l'offensive en déployant des équipes de blindés dans les différentes artères de la ville. Les manifestants réfugiés dans les quartiers populeux notamment ont lancé des pierres contre les patrouilles de la Minustah qui ont riposté en faisant usage de gaz lacrymogène. L'utilisation abusive des gaz lacrymogène a par ailleurs intensifié le climat de tension dans les quartiers populeux.
Les forces de l'ordre indiquent que 17 personnes ont été interpellées. Aucun bilan officiel des personnes blessées n'a été communiqué par les autorités locales.
Une délégation gouvernementale composée des ministres Joseph Jasmin, Jacques Gabriel, Alex Larsen et Joanas Gué a pu avoir des entretiens avec des autorités locales dans l'après midi du mardi 16 novembre.
En dépit des appels au calme, les protestataires annoncent qu'ils maintiendront le mouvement jusqu'à satisfaction de leurs revendications. Les manifestants réclament la réfection de deux tronçons de route, le départ des casques bleus de la Minustah et une meilleure gestion de l'épidémie de choléra. Le bilan partiel des deux journées de manifestation est de deux morts et d'une dizaine de blessés. Les deux victimes, deux jeunes hommes, ont été abattus lors d'incidents séparés par les casques bleus.
LLM / radio Metropole Haiti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=18460