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mardi 16 octobre 2007

Les canaux d'évacuation utilisés à d'autres fins

Dans certains coins de la région métropolitaine, des particuliers n'hésitent pas à construire leurs maisons au-dessus des canaux d'évacuation des eaux. Impuissantes à les déloger, les autorités semblent fermer les yeux.
Bravant tant le ciel que les autorités, certains érigent leurs constructions sur les canaux d'évacuation des eaux un peu partout dans la région métropolitaine.

C'est le cas du Boulevard Harry Truman, où des particuliers, sous l'oeil médusé des autorités, ont construit des maisons en béton sur le canal, feignant d'ignorer les risques d'être emportés par la fureur des eaux.

Non loin du Théâtre national, boulevard du Bicentenaire, entre un garagede fortune et le centre d'accueil « Lakou de Don Bosco », un bordel servant de boite de nuit s'est installé directement sur le canal.
Vue de l'hôtel bar restaurant dansant construit anarchiquement sur les canaux
(Photo: Moranvil Mercidieu)

Le paysage immédiat aux alentours du bâtiment crasseux qui abrite le « Spirit hôtel bar restaurant dansant » offre une image effrayante. L'immeuble empêche tout bonnement l'écoulement des eaux pluviales lors des averses. Tous les canaux et les égouts de la zone sont pratiquement obstrués par des tonnes d'ordures constituées surtout de déchets plastique et ménagers. Les constructions anarchiques incontrôlées compliquent de plus en plus la situation.

Ne se rendant pas compte du tort qu'elles causent à la communauté, certaines personnes, pour mener leurs activités commerciales, construisent sans aucune gêne sur les canaux de la zone. Elles obstruent ainsi le passage de l'eau. « Nous reconnaissons que cette situation est périlleuse. En période pluvieuse, nous sommes régulièrement victimes d'inondation. Cependant, nous n'avons pas d'autre espace pour trouver le pain quotidien de nos enfants », a lâché Jeanne, une résidente qui croit être soumise à une fatalité.

Vue de l'entrée principale de l'hôtel (Photo: Moranvil Mercidieu)
Le Boulevard Harry Truman, la route de Martissant et tant d'autres zones de Port-au-prince ne sont pas si différentes. A chaque pluie, des tonnes d'immondices jonchent la chaussée qui devient ainsi impraticable. Camions et voitures, au lieu de rouler, voguent dans un océan d'eau sale.Le même phénomène s'observe un peu partout dans la région métropolitaine.

Vue du canal d'évacuation au Boulevard Harry Truman obstrué par la construction de cette maison (Photo: Moranvil Mercidieu )
À Carrefour-Feuilles, à Christ-Roi, à Solino, au Boulevard Jean-Jacques Dessalines, à Nazon, etc. Les canaux sont littéralement obstrués par des maisons construites de manière anarchique et incontrôlée, ce qui représente un grave danger pour notre environnement. Cette situation n'est pas le fruit du hasard, mais plutôt le résultat d'une mauvaise gestion de l'environnement au cours des 20 dernières années.

Elle est également le fruit du mutisme et de l'incapacité des autorités, notamment les conseils municipaux et de la Direction générale des Impôts (DGI), qui ne garantissent pas le respect des espaces interdits au niveau de la capitale.
Les présentes autorités municipales de Port-au-Prince, lors de leur entrée en fonction, avaient promis de dégager les espaces mal entretenus et de donner une nouvelle image à la capitale. Sept mois après, rien n'est fait.

Par ailleurs, la carence d'un plan d'urbanisme expliquerait en bonne partie le phénomène de construction accélérée et désordonnée à Port-au-Prince. Il faut dire que le bidonville n'est pas toujours forcément la déchéance, la fatalité, la négation de l'urbain, mais le résultat de certains rapports sociaux inégalitaires, de l'irresponsabilité des décideurs qui obligent certains usagers à résister, à inventer leurs propres modèles d'habitat suivant des pratiques originales non dérangeantes ni menaçantes.

Vue de l'entrée secondaire du Théâtre national bondé d'eau et du même coup jonché d'ordures
(Photo: Moranvil Mercidieu)
En dépit des inondations meurtrières enregistrées dans le pays, notamment à Fonds-Verettes, aux Gonaïves et récemment dans le Sud du pays aucune volonté réelle n'est encore manifestée du côté des autorités pour réduire ces risques dans les prochaines décennies. Le danger est imminent et visible.
Amos Cincir

dimanche 14 octobre 2007

Morne-à-Chandelle, une autre réalité

Morne-à-Chandelle, la première section communale de Carrefour est toute aussi délaissée qu'un enfant abandonné par sa mère. Pourtant, dans cette localité, survivent de vieilles traditions haïtiennes. Là-bas, se marier est une longue histoire.
La piste qui mène à la première section communale de Carrefour est un calvaire (Photo: RAJ Magazine)
Peuplée de 600.000 habitants, la commune de Carrefour est certainement, sur le plan géographique, la plus grande du département de l'Ouest. Elle comporte treize sections communales. Paradoxalement, c'est sans doute ce qui fait son malheur. La majorité de ses sections, situées dans les hauteurs, sont pratiquement coupées de la réalité sociale, économique et culturelle de la zone métropolitaine de Port-au-Prince. Quelques-unes d'entre elles sont même beaucoup plus près de Jacmel que de Carrefour. Pour s'y rendre, il faut marcher des heures, voire, une demi-journée, sous un soleil de plomb ou sous la pluie.
La maisonnette abritant le bureau du Conseil de l'administration communale (Photo: RAJ Magazine)
Morne-à-Chandelle, la première section communale de Carrefour, n'échappe pas à cette triste réalité. Ses résidents doivent marcher plus de trois heures pour se rendre à la station de camionnettes située dans les parages de l'Eglise paroissiale Saint Charles. Le trajet est plus difficile au retour qu'à l'aller et prend beaucoup plus de temps. La route, ou plutôt la piste, qui mène à Morne à Chandelle est une pente raide, cahoteuse et boueuse. Les véhicules ne fréquentent presque pas la zone depuis 1985, selon Louis Jean Robert, un des membres du Casec de la zone. Seules les grosses cylindrées résistent aux innombrables nids-de-poule.
A défaut d'âne ou de cheval, certains résidents préfèrent marcher pieds nus au lieu d'abîmer leurs chaussures sur les roches.
Tout est prioritaire...
Des membres du Conseil communal de Morne-à-Chandelle (Photo: RAJ Magazine)
A l'image de plusieurs régions excentrées du pays, tout paraît prioritaire à Morne-à-Chandelle : la santé, l'école, l'eau, l'électricité, pour ne citer que ceux-là. L'eau potable fait cruellement défaut à Morne-à-Chandelle. Il n'y a aucun système d'adduction d'eau. La Centrale autonome métropolitaine d'eau potable (CAMEP), n'est pas représentée dans la zone. Les entreprises spécialisées dans la vente d'eau non plus.
Pour s'alimenter, les habitants ont donc recours à l'eau de sources qui, souvent, est contaminée par les fosses septiques creusées n'importe où. Les plus avisés utilisent des agents purificateurs mais le font de manière exagérée. Il en résulte que les habitants sont souvent frappés de certaines maladies dues à la contamination de l'eau de consommation. « Les maladies les plus courantes enregistrées dans la localité sont généralement la malaria, la typhoïde, la diarrhée... », énumère minutieusement, Louis Jean-Robert. Des infections qui les obligent, la plupart du temps, à laisser Morne-à-Chandelle pour se rendre ailleurs en quête de traitements efficaces.En fait, à Morne-à-Chandelle, il y a seulement deux centres de santé et trois infirmières pour s'occuper des quelques 3000 habitants, selon un responsable de l'administration communale.
Quand les cas dépassent leurs compétences, les patients doivent alors se rendre dans un centre hospitalier à Carrefour ou au centre ville de Port-au-Prince. « La plupart du temps, les malades sont référés en ville », explique Constant Jules, un habitant de la zone. D'autres, à défaut d'argent, préfèrent s'adresser aux médecins traditionnels, notamment aux sages-femmes lors des accouchements. Beaucoup d'exercices pour manger le pain de l'instruction
A Morne-à-Chandelle, la population est vieillissante, les jeunes sont peu nombreux. Ceci est dû au fait que la zone ne disponse d'aucun centre de loisirs. Mais particulièrement parce que l'ambiance scolaire est pauvre. Le plus dur, c'est le long et difficile trajet que doivent parcourir quotidiennement professeurs et élèves. « Les élèves marchent de longues distances pour venir ici. Beaucoup de professeurs qui prêtent leurs services à ces écoles viennent de Mariani, de Source Corossol, de Dégan, de Waney,..», explique Dorné Genet, un représentant de l'administration communale.Les deux écoles de la section communale n'offrent pas la possibilité aux élèves d'aller au-delà de la 3e secondaire. A ce stade, les enfants mettent le cap sur d'autres écoles situées à Mariani, ou dans une autre section communale. Pour diverses raisons, la majorité ne revient plus dans la localité. « Je n'ai rien à reprocher un parent qui décide d'envoyer son enfant ailleurs », lance un sexagénaire, membre de l'administration communale. En fait, la vie n'est pas trop aisée à Morne-à-Chandelle. Il n'y a pas d'électricité ni de groupe électrogène.

Les véhicules ne fréquentent presque pas Morne à Chandelle. Heureux ceux qui possèdent un âne ou un cheval (Photo: RAJ Magazine)

« Seuls le curé de la paroisse, le révérend François Petit et Miss Adline possèdent des génératrices », lance d'un ton ironique l'ASEC Dorné Génet. Conséquemment, le secteur économique est paralysé. On n'y retrouve aucune entreprise commerciale. L'agriculture est donc la principale activité des habitants. Ces derniers cultivent le pois, le petit-mil et particulièrement les vivres et tubercules. Cette production agricole se fait à basse échelle et est destinée à l'autoconsommation. Heureusement pour les habitants, la vague d'insécurité qui prévaut dans la capitale n'a pas vraiment frappé la localité. Heureusement pour eux. « Nous n'avons pas de policiers dans la zone », déplore justement le CASEC Louis Jean-Robert. Lui et ses confrères du Casec sont les seules autorités qui gèrent les conflits entre habitants.
Les traditions ne meurent pasEn revanche, Morne-à-Chandelle est l'une des rares régions du pays qui gardent encore certaines traditions tissées des valeurs morales des générations antérieures. Là bas, demander une fille en mariage n'est pas chose facile. Le gendre doit nécessairement faire la demande aux parents de la fille qui, à leur tour, se font un devoir de rencontrer les parents du garçon pour discuter du mariage. Le jeune homme doit aussi verser une somme d'argent au père de la future mariée, question de garantir l'alliance conjugale. La cérémonie dure généralement deux jours. On organise d'abord une grande fête la veille de la cérémonie nuptiale, qui a lieu soit à la paroisse catholique de Saint-Michel ou dans une église protestante. Même s'ils sont proclamés mari et femme, tout n'est pas encore dit. A Morne-à-Chandelle, les jeunes gens portent beaucoup d'intérêt aux jeunes filles qui n'ont pas encore connu d'autres hommes dans leur vie. Si, contrairement aux attentes du jeune homme, la fille n'a pas été trouvée vierge sur le lit conjugal, les parents de celle-ci devront dédommager le marié. Le gendre achète alors un pain, communément appelée cabiche, il enlève la mie et le dépose sur la table avec une bouteille de cola. Les parents sont invités à faire, eux-mêmes, le constat. « Le pain creux (sans la mie) veut dire tout simplement '' manje gate''. Les parents vont devoir dédommager le jeune homme, la mariée, quant à elle, va payer sa duperie », raconte Constant Jules, en souriant de toutes ses dents.Morne-à-Chandelle est comme tant d'autres régions du pays une zone délaissée. Pourtant, elle a beaucoup de ressources, notamment ses mines de sable, ses roches et sa végétation. L'hospitalité, la solidarité et les valeurs morales de ses habitants donnent envie aux visiteurs d'y revenir. Mais, lorsqu'on songe au véritable calvaire que constitue la piste qui y mène, on préfère tout oublier.

Jean Max St Fleur

lundi 8 octobre 2007

La Sainte-Anne de l'Anse-à-Foleur:

Lieu de rencontre du merveilleux religieux de syncrétisme et de croyances populaires
A côté de la ville-au-Camp, réplique locale du temple de Salomon à Jérusalem, située à mi-chemin entre Port-de-Paix et Saint-Louis du Nord, la petite Sainte-Anne à l'Anse-à-Foleur est l'autre point de destination des visiteurs et des pèlerins en quête de miracles de toutes sortes venus implorer la vielle dame.
Deux (2) destinations et deux (2) points de mire donc qui contribuent à rendre un tout petit peu populaire le département du Nord-Ouest , frappé d'enclavement et d'isolement en raison de sa longue distance et du mauvais état de la route reliant Carrefour Joffre au chef-lieu Port-de-Paix. Un isolement quelque peu atténué ces derniers temps grâce aux très nombreux vols réguliers de la Tortug'air bien servie par le génial et talentueux Serge Philippe Pierre.
C'est tout à l'honneur de Ti Sainte Anne dont le pèlerinage revêt autant d'importance pour ses adeptes et fervents partisans que celui effectué à la Mecque par les Musulmans. Ce pèlerinage d'un genre particulier gagne en importance, en rayonnement et en popularité au fur et à mesure que les croyants et visiteurs qui s'y rendent obtiennent satisfaction et encouragent leurs proches, parents et amis à tenter leur chance, eux aussi. Frappés qu'ils sont par les épreuves et tribulations de toutes sortes, aux abois, les Haïtiens sont toujours en quête de réconfort et de soulagement. Et Ti Sainte Anne est là pour répondre et exaucer les prières et demandes de ceux et celles qui viennent l'implorer.
A Port-de-Paix et dans ses environs immédiats, la sainte est très peu sollicitée, il est tout autre pour la grande masse des bénéficiaires des autres régions du pays et de la diaspora qui vous avouent carrément qu'ils n'ont rien à envier à la Vierge qui a su régler leurs affaires. Qui dit mieux ? D'autant que la ville de l'Anse-à-Foleur peut s'enorgueillir d'être un point d'attraction pour des milliers de gens en quête de miracles, de guérisons, de mariages, de voyages, de résidences, de chances, de vengeances, de boules de borlette, de lottos 4 chiffres, de promotions, d'avancements, de libérations de la prison, de procès à gagner, et autres balivernes du genre.
Autant de raisons et de sources de motivation qui poussent hommes et femmes surtout, à venir faire leurs expériences et à venir «voir les miracles de l'Eternel, les ravages qu'Il a opérés sur la terre», selon ce verset tiré d'un psaume de la Bible.

Si Jésus de Nazareth était très peu apprécié par les siens, ailleurs et là où il faisait ses miracles, c'était l'enthousiasme, la ferveur et le débordement ; il en est de même pour la Petite Sainte Anne de l'Anse-à-Foleur dont la popularité, le rayonnement dépasse le cadre étroit de cette bourgade perdue dans le Département du Nord-Ouest.
Perdue, ce n'est pas peu dire, car cette commune est située au flanc d'une colline escarpée qui la surplombe de long en large entre une rivière peu clémente quand elle est en crue à l'Ouest et une mer très agitée lors des marées montantes au nord et qui la menace journellement, obligeant les habitants du littoral à abandonner leurs maisons, qui ne sont même pas nombreuses.
N'est-ce pas un miracle de la Vierge si la ville subsiste toujours coincée qu'elle est par les eaux de la mer et de la rivière qui ne jouent pas ? Elle vous rappelle carrément la Hollande ou les Pays-Bas dont le niveau de la mer est plus élevé que celui de la terre, et qui subsiste grâce à l'ingéniosité, à la perspicacité et au talent des ingénieurs hollandais passés maîtres dans l'art de faire la guerre à la mer pour la contenir en élevant de très fortes murailles qui bordurent le pays. Tel n'est pas le cas pour l'Anse-à-Foleur ; d'autant que comparaison n'est pas toujours raison. Mais la Sainte est là et qui veille, vigilante, sur ses enfants.
C'est l'occasion d'inviter tous et chacun, visiteurs catholiques professant le syncrétisme, adeptes du vaudou, ethnologues, anthropologues, sociologues, chercheurs, journalistes, simples curieux, à faire un petit coup de pied là-bas, à voir de leurs yeux, à se rendre à l'évidence et à tirer leur propre conclusion.
En attendant, faisons la démarcation entre la part de vérité et d'exagération qui enrobe tout ce système du merveilleux populaire et religieux de chez nous : deux (2) saintes et deux (2) orientations diverses pour une seule petite commune.
La Grande Sainte Anne de l'Eglise catholique
Le sous-titre même vous fait vite découvrir qu'à Anse-à-Foleur trônent majestueusement deux (2) sainte Anne : une grande et une petite, cohabitant dans la même localité et ayant chacune sa propre importance. Quant à la Grande Sainte Anne, c'est la patronne de la commune ou de la paroisse. Célébrée le 26 juillet, la fête de la Sainte Anne est aussi populaire à Anse-à-Foleur qu'elle l'est dans d'autres paroisses et diocèses du pays, tels que Sainte Anne à Port-au-Prince dans l'Ouest, ou à Camp-Perrin dans le Sud.
Là, il n'y a aucune équivoque, on commémore cette fête en l'honneur de Anne, la femme de Joachim qui est saint, mère de Marie, Donc Grand-mère de Jésus, Fils de Dieu. S'il y a un endroit du pays où cette fête est particulièrement célébrée, c'est dans la Plaine du Nord.
Revenons à Anse-à-Foleur pour dire que le clergé paroissial s'attache à la Sainte de l'Eglise catholique, honorée le 26 juillet de chaque année. Mais, parallèlement sous le regard indifférent de l'Eglise règne une activité trépidante journellement avec cette masse de pèlerins venus de partout faire leurs prières et demandes à Ti Sainte Anne, cette autre Sainte parallèle.
La Petite dans la grande Sainte AnnePetite en appellation, mais grande en renommée et en popularité dues surtout aux nombreux miracles, prouesses et vertus dont elle est à la base, la petite sainte mérite d'être mieux connue, perçue et appréciée. Aucun travail de vulgarisation et de promotion par aucune instance n'est jamais fait en ce sens. J'entends déchirer en partie le voile du temple pour que puisse éclater le scandale de la vérité. A ce moment-là, la Tite Sainte Anne sera connue et honorée sous son vrai jour et à sa juste valeur.
Ce qu'il faut savoir et retenir dans cette curieuse affaire de Ti Sainte Anne, c'est qu'il y a une légende pas trop élucidée à la base de cette dévotion et de cet engouement mystico-populaire.
Comment a pris naissance ce pèlerinage fait à la Vierge qui semble ne plus vouloir rester dans l'incognito jusqu'à provoquer d'éclatants miracles, mais qui malheureusement ne sont pas connus de la presse et du grand public ? Le moment est donc venu pour qu'une véritable dévotion soit consacrée à Tite Sainte Anne pour les nombreux bienfaits dispensés. Ce qui permettra que des visiteurs, chercheurs et touristes d'ici et d'ailleurs s'intéresseront à l'affaire, la prendront en cause jusqu'à ce que la Sainte ait un véritable rayonnement national et international.
A l'égal des pèlerinages effectués à Lourdes en France, à Fatima au Portugal, à Saint-Jacques de Compostelle en Espagne, à Notre-Dame de Guadelupe au Mexique, à Padre Prio en Italie, à la Vierge Noire en Pologne, etc, même si tous sont reconnus officiellement par l'Eglise. Notre Sainte Anne à nous, c'est une affaire nationale dans le sens du syncrétisme en usage chez nous.
L'histoire de «Ti Sainte Anne» ne remonte pas à très longtemps. Elle a pris naissance véritablement vers le début du XXe siècle à Anse-à-Foleur.
Selon la légende, un groupe de gens se rendaient en pèlerinage à Higuey en République dominicaine, pendant qu'ils traversaient les 21 passes d'eau une fillette a remarqué à l'eau une espèce de poupée dans différentes passes. Intriguée, elle a attiré l'attention des autres, et la statue fut ramenée à Anse-à-Foleur et jetée dans un coin.
On l'a d'abord jetée dans un puits, mais elle a réapparu à la même place à chaque fois jusqu'à ce qu'on décidât de la révéler au public selon l'avis de la Sainte parue en songe. Au début, il fallait 25 centimes pour la voir. Des 25 centimes, l'enchère est montée à 50 centimes, à 1 gde, 5 gdes jusqu'à ce qu'elle s'élève aujourd'hui à 10 gdes.
La première personne qui était en charge d'organiser le rituel du pèlerinage s'appelait Dédé Mezina, très proche de feu mon grand-père Dajeanson Dauphin. Quand je visitai Tite Sainte Anne pour la première fois j'avais 6 ans. La Dédé avait dit à ma maman feue Gloria Dauphin que j'étais dispensé de payer la gourde nécessaire parce que les Dauphin ont des rapports avec la famille chargée de gérer l'entreprise. C'est un devoir pour moi aujourd'hui de rendre la réciprocité et de contribuer à faire mieux connaître la Vierge qui sûrement doit m'aimer et m'adopter.
Devoir de mémoire
L'ayant visitée à trois (3) reprises, recueillant des témoignages et confidences de nombre de pèlerins et de fervents admirateurs, j'estime qu'il est de mon devoir d'aider à donner une nouvelle impulsion à Sainte Anne Charitable, de son vrai nom. On pourra en faire un très haut lieu de pèlerinage accueillant beaucoup plus de monde d'horizons divers venus apprécier cette merveille de chez nous et faire leurs propres expériences.
A ce moment-là, on pourra ériger un véritable sanctuaire en lieu et place de cette maison à étage que lui avait offerte un «armateur» qu'elle a fait sortir de prison aux USA. On ose aussi espérer que la Vierge pourra faire un jour un très grand miracle, un miracle national et collectif, consistant à susciter à la nation un libérateur, un personnage providentiel pour la tirer de ses déboires et difficultés. Elle aussi, elle doit être mécontente du sort et du traitement faits au pays, victime de la division et de la mauvaise foi de ses propres fils
Louis Anthony DauphinJournaliste, SociologueMaître-conférencier
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=48856

vendredi 21 septembre 2007

Ascendance haïtienne : binationaux ou apatrides? Enfants nés en République Dominicaine et/ou de parents haïtiens..

La nationalité est l'acte par lequel un Etat atteste que telle personne fait partie de la communauté placée sous son autorité et sa protection de manière privilégiée. C'est un droit naturel et également un droit humain. Cependant, au XXIe siècle, on refuse à nombre d'enfants d'origine haïtienne l'accès à l'exercice de ce droit en dépit des normes et conventions internationales auxquelles les Etats haïtien et dominicain sont parties.
Des spécialistes haïtiens en droit public se sont prononcés suite à la publication d'une lettre ouverte émanant de plusieurs organisations de défense des droits des Haïtiens vivant en République dominicaine relative aux déclarations qu'aurait faites l'ambassadeur haïtien à Santo Domingo, le Dr Fritz Cinéas.

Selon la teneur de cette lettre ouverte adressée au Président de la République, René Préval, l'ambassadeur Cinéas, qui participait à un dîner hebdomadaire à l'initiative des médias du Groupe Corripio, le 29 août dernier, aurait fait des déclarations portant atteinte aux intérêts des migrants haïtiens vivant de l'autre côté de la frontière. Entre autres déclarations, le diplomate haïtien aurait laissé entendre que « les enfants d'Haïtiens nés en République dominicaine restent des Haïtiens comme lui » à part entière, ce qui a soulevé la colère d'un ensemble d'organisations luttant pour le respect des droits des migrants haïtiens et pour leur intégration sociale en République dominicaine.Invités à se prononcer autour de cette question, véritable pomme de discorde, deux spécialistes haïtiens en droit public ont déploré cet incident émanant de ce qu'ils considèrent comme une vérité juridique. « C'est une tristesse pour l'ambassadeur Cinéas et également une tristesse pour ceux qui le contestent et qui préfèrent la nationalité dominicaine au détriment de celle d'Haïti », a déclaré au journal le professeur Fritz Jean-Louis.

Le conflit jus soli VS jus sanguinisSelon le professeur Jean-Louis, en principe, tout mineur à la nationalité de ses parents. Il y a toujours des nuances en droit mais ce sont généralement les parents qui prennent l'initiative effective de la nationalité de leur progéniture, nonobstant les principes du jus soli ou du jus sanguinis que pourraient adopter les Etats en matière de nationalité.Le jus soli, droit du sol, est le principe selon lequel l'enfant a la nationalité de l'Etat où il est venu au monde. Et le jus sanguinis, droit du sang, est celui qui veut que l'enfant a la nationalité de ses parents. Haïti a adopté, au terme de l'article 11 de la Constitution en vigueur, le jus sanguinis, et la République Dominicaine, le jus soli, avec chacune une variante rendant difficile toute solution de compromis. En effet, l'article 11 de la Constitution de 1987 dispose : « Possède la nationalité d'origine, tout individu né d'un père haïtien ou d'une mère haïtienne qui eux-mêmes sont nés haïtiens et n'avaient jamais renoncé à leur nationalité au moment de la naissance. » Et l'article 15 de renchérir : « La double nationalité haïtienne et étrangère n'est admise sous aucun prétexte. »

Et l'article 11-1 de la Constitution de la république voisine dispose, pour sa part : « Sont Dominicains, les enfants nés sur le territoire de la République Dominicaine à l'exception des enfants de diplomates et de ceux des étrangers de passage. » Pris en sandwich« Au regard de la Constitution haïtienne, un enfant né de parents haïtiens est Haïtien quel que soit son lieu de naissance en vertu du droit du sang. Et du point de vue de la République Dominicaine, l'enfant né sur le territoire dominicain est Dominicain en vertu du droit du sol », a commenté le professeur Jean-Louis faisant remarquer que « l'enfant né de parents haïtiens en République Dominicaine a dans sa personne la nationalité haïtienne et la nationalité dominicaine».



« L'autorité dominicaine en la matière, tout en n'ayant pas un pouvoir discrétionnaire, peut souverainement décider de la nationalité effective du mineur », a renchéri Me Jean-Louis faisant remarquer que les deux principes, droit du sol et droit du sang, sont constitutionnels en République Dominicaine et peuvent être cumulatifs au cas où l'enfant d'ascendance haïtienne né de l'autre côté de la frontière aurait au moins un parent dominicain.« La nationalité est un lien juridique reliant un individu à un Etat, a rétorqué, pour sa part, un professeur de droit international privé à l'Université d'Etat d'Haïti. Il doit être manifesté. Le drame, a-t-il poursuivi, beaucoup d'enfants d'ascendance haïtienne ne sont pas déclarés par leurs parents à qui de droit. Ce qui leur confère une situation hybride. » En effet, plusieurs parents haïtiens vivant en République Dominicaine n'ont pas déclaré leurs enfants aux Consulats haïtiens, comme le veulent les normes en la matière, soit par ignorance, soit parce qu'ils y vivent de manière irrégulière, soit parce qu'ils préfèrent la nationalité dominicaine pour leurs enfants à celle d'Haïti. De l'avis de certains Dominicains, les travailleurs haïtiens sont considérés comme des étrangers de passage et n'ont pas droit à la nationalité dominicaine. « L'Etat dominicain n'a rien fait pour sortir ces enfants de cette situation hybride en leur accordant la nationalité dominicaine, et l'Etat haïtien n'a pas fait grand-chose non plus pour aider ces enfants à avoir la nationalité haïtienne », a déploré ce spécialiste en droit international privé sous couvert de l'anonymat.

Le rôle de l'Etat« L'Etat détermine qui sont ses nationaux, qui ne le sont pas. Aucune autre organisation ne peut se substituer à l'Etat. Les Consulats haïtiens en République Dominicaine devraient faire en sorte que tous les enfants d'ascendance haïtienne soient déclarés pour leur éviter l'apatridie », a-t-il conseillé au regard des organisations qui critiquent la position de l'ambassadeur Cinéas.Dans leur lettre ouverte au Président de la République datée du 5 septembre 2007, avec copie conforme au Premier ministre, au ministre des Affaires étrangères, au ministre des Haïtiens vivant à l'Etranger et aux présidents du Sénat de la République et de la Chambre des Députés, les organisations signataires qualifient « d'impropres » les déclarations de l'ambassadeur Cinéas et estiment que de telles déclarations « mettent en évidence une méconnaissance du principe de la territorialité du Droit constitutionnel (...) et offrent un argument officiel, non valide, aux secteurs qui, de façon discriminatoire, s'opposent à l'intégration sociale des Dominicains d'origine haïtienne». « Ces organisations, de l'avis du spécialiste, ne sont pas des interprétatrices des lois de l'Etat. Leurs luttes justifient leur existence. L'ambassadeur Cinéas, en ce qui concerne la notion de nationalité, a été correct. Cependant, il n'a pas poursuivi son raisonnement ou celui-ci a été tronqué par ceux qui l'ont rapporté. »L'ambassadeur Cinéas est un diplomate de carrière. Il a été désigné ambassadeur d'Haïti à Santo Domingo à la fin de l'année 2005. Il a déjà occupé cette fonction sous le règne de Jean-Claude Duvalier. A ce propos, lit-on dans la correspondance adressée au président Préval, la Centrale d'Intelligence américaine a révélé récemment l'implication de fonctionnaires du régime des Duvalier dans le trafic des personnes par l'embauche des braceros à l'époque où le Dr Cinéas était ambassadeur.Nos efforts pour joindre l'ambassadeur Cinéas se sont révélés vains. Toutefois, les colonnes du journal restent ouvertes au diplomate au cas où il aurait des précisions à apporter autour de cet incident.

Samuel BAUCICAUT

baucicaut@yahoo.fr
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=48746&PubDate=2007-09-20

Le boulevard Harry Truman : allergique aux pluies

Maisons inondées, trottoirs et chaussées immergés sous des couches de boue, amas d'immondices encombrant plusieurs artères, la Capitale haïtienne est bien trop frêle pour résister à la moindre pluie. Les averses du 16 septembre 2007 comme les précédentes offrent un nouveau spectacle affreux et désolant de la Capitale. Au niveau du « Bicentenaire », c'est une honte

Tôt dans la matinée du lundi, vers 6 heures, au niveau du boulevard Harry Truman, une interminable file de voitures s'immobilisaient. Un embouteillage monstre. De nombreux volontaires et des hommes du MTPTC se mobilisaient pour débarrasser la voie des couches primaires de boue qui cachaient l'asphalte. Ces travailleurs, équipés de brouettes, de balais, de pelles etc. évacuaient des bâtiments publics et privés des volumes d'eau boueuse et infecte.
Le complexe médico-dentaire, le centre GESKHIO et l'église de Dieu de la prophétie, situés sur le boulevard, figurent parmi les nombreux bâtiments ont été littéralement inondés.
Tous les canaux et les égouts de la zone ont pratiquement été obstrués par des tonnes de fatras surtout par des déchets en plastique. Les constructions anarchiques et sans contrôle donnant naissance aux cités l'Eternel, la Paix, Liberté et autres... compliquent la situation. A rappeler que ces habitats, construits à partir des années 75 sur des surfaces remblayées, empêchent l'évacuation des eaux pluviales.

Un problème qui perdureLes résidents déplorent en plus le fait que les travaux de curage des égouts entrepris par le MTPTC soient irréguliers. « Ces travaux de curage devraient être effectués après chaque pluie, vu les problèmes d'insalubrité du milieu, mais malheureusement nous, habitants de la zone, devons souvent multiplier les démarches auprès des autorités concernées avant qu'elles interviennent ... », se plaint M. Jean Harry Daniel, coordonnateur de la Coordination des militants du Portail Léogâne (COMIPO).
La ravine du Bois-de-chêne qui traverse une bonne partie de Port-au-Prince n'a jusqu'à présent fait l'objet de travaux en profondeur de la part du MTPTC. De jour en jour ensablé et enseveli sous des tonnes de déchets plastiques, le «Bois de chêne » est incapable de contenir le débit des eaux pluie qui se déversent sur la Capitale.
Entre le niveau et la berge de la ravine, il ne reste que quelques mètres. Le constat est identique pour les différents canaux du boulevard Harry Truman. Les canaux « Martély » où aboutissent les eaux provenant du Morne L'Hôpital, de la 1ère à la 3ème avenue etc.. se convertissent en lieu de décharge publique. «Les travaux de curage ne sont jamais effectués en amont, de quoi perdurer la situation précaire que nous vivons », se plaint Jean-Claude d'Orléans, pasteur de l'église de Dieu la Prophétie, complètement inondée.

Il avait, comme plusieurs résidents du boulevard, les pantalons retroussés et s'attelaient à drainer les locaux de l'église.
Les patients, pour accéder à la clinique médico-dentaire, se résignent à traverser des mares d'eau boueuse partiellement asséchées par le soleil. « Cette situation est plus qu'insupportable, mais, dans ce pays, il y a trop de choses frustrantes et dire que ce n'est pas la première fois que nous réclamons une solution définitive à ce problème », se plaint un responsable de la clinique révolté par la situation.
Quelques mois après la réfection du boulevard Harry Truman, des problèmes au niveau du système de canalisation étaient déjà signalés aux autorités. L'irrégularité des travaux d'assainissement et de curage a compliqué la situation. La période cyclonique est toujours en cours, de nouvelles pluies torrentielles pourraient s'abattre sur Port-au-Prince et ses environs.
Des risques d'épidémie sont dans l'air. Les masses de boue qui jonchent les routes sont vite asséchées. Les voitures roulant à toute allure soulèvent une poussière aveuglante, facteur de maladies infectieuses. Les autorités concernées, notamment les ministères de la Santé et des Travaux publics, doivent agir en vue de remédier à la situation qu'il convient de qualifier d'inacceptable.

Béanet Wagnac
et Amos Cincir

Notre commentaire:
Il sera très difficile de faire comprendre à ceux-là qui visitent le malecon de santo domingo et le « bicentenaire » ou boulevard Harry Thrumann de Port-au-Prince que cette avenue si prisée par les visiteurs de Santo Domingo, les noctambules en particulier a été inspirée par l’œuvre maîtresse de président Dumarsais Estimé, transformée en honte et poubelle de nos jours.
C’est l’exemple le plus frappant de la gestion à l’haïtienne de tout ce qui a existé un jour. Notre indépendance ne fait pas exception

mardi 4 septembre 2007

La rivière, un simple spectateur

La charmante et paisible petite ville de Cavaillon a accueilli, du 31 août au 2 septembre 2007, la troisième édition du festival de la rivière. En dépit de l'absence, cette année, de plusieurs ténors de la musique haïtienne, des milliers de festivaliers se sont, le temps d'un week-end, gavés de plaisir au bord de la rivière de cavaillon.
Vendredi 31 août 2007, 7 h PM. Les rues adoquinées, propres et ordinairement paisibles de Cavaillon fourmillent de gens. Venus des 5 sections communales et des communes avoisinantes dont Aquin, Saint-Louis du Sud, Cayes voire de Port-au-Prince, tous ont convergé comme des pèlerins vers Martineau, le site où se tient la 3e édition du festival de la rivière. Monté sur un podium et bénéficiant d'une sonorisation signés Musique des Antilles de Jean Claude Verdier, un fils de Cavaillon, DJ Lambada, également originaire de la commune, a fait danser une foule compacte.

Le groupe « Love Compas » de Cavaillon a pris la relève pour passer le flambeau au groupe Racine Mapou de Azor qui a su tenir le public en haleine pendant plus de deux heures. Au milieu de cette foule, Adeline, 28 ans, teint clair et de taille moyenne, s'abandonne à la musique. Résidant à Port-au-Prince, elle a fait le déplacement pour venir fêter avec les Cavaillonnais et Cavaillonnaises. « J'habite à Port-au-Prince, j'ai assisté à la première édition. Depuis lors, cela est devenu pour moi un rendez-vous à ne pas manquer », a-t-elle confié sourire aux lèvres.
Selon Daniel Rivette, maire principal de cette attrayante commune, l'initiative a été prise par l'Association des étudiants universitaires d'Haïti (AEUCAH). « La vie des Cavaillonnais est inséparable de la rivière. Partis étudier dans les universités de Port-au-Prince et des Cayes, ces étudiants ont décidé de lancer cette activité afin de mettre en évidence cette rivière qui constitue en quelque sorte le moteur économique de la ville », a-t-il expliqué.
Cavaillon est traversée par une rivière qui porte son nom. Cette commune est réputée pour ses écrevisses et sa gelée. Grâce à des ingénieurs originaires de Cavaillon notamment Michael Berret et Jean Robert Simon, toutes les rues de la ville ont été adoquinées dans les années 95. Malheureusement, Cavaillon ne dispose pas de structures hôtelières pour accueillir des touristes. Ce que déplore Adeline. « J'ai des amis de Port-au-Prince qui aimeraient participer au festival, mais ils n'y a pas de chambres d'hôtel », s'est-elle plainte.

La rivière : absente des festivités
Samedi 1er septembre, pour des raisons économiques, l'artiste Belo annoncé la veille ne s'est pas présenté. Toutefois, une troupe de danse et des groupes musicaux de Cavaillon ont assuré le spectacle auquel ont pris part la ministre à la Condition féminine et aux Droits de la Femme (MCFDF), Mme Marie Laurence Jocelyn Lassègue, et le président de la Cour de Cassation, M. Harold Elie, respectivement marraine et parrain du festival.
Le dimanche 2 septembre, le groupe Kampèch a électrisé la foule avec ses tubes. Le groupe Mass Konpa qui devait performer par la suite aux environs de 2 heures du matin n'a pas pu le faire en raison d'un incident survenu sur le podium. Ce qui a malheureusement mis fin au festival.
Adeline déplore surtout le fait que la rivière ne soit pas associée à aucune activité au cours de ce festival. « C'est la fête de la Rivière de Cavaillon. C'est bien d'avoir la prestation de groupes musicaux au bord de la rivière, mais les organisateurs auraient pu mettre sur pied des activités pour que la rivière ait une présence beaucoup plus active comme ce fut le cas lors des deux premières éditions », a-t-elle ajouté.
Idée que partage la ministre à la Condition féminine et aux Droits de la Femme (MCFDF), Mme Marie Laurence Jocelyn Lassègue. « Je crois que Cavaillon à intérêt à s'inspirer du festival de la mer de la ville des Cayes, avec des concours de "bwafouye", de natation. Il faut que la rivière ait une présence beaucoup plus réelle, beaucoup plus active, il faut qu'on voie des activités sur cette rivière », a-t-elle souligné.
Elle dit souhaiter qu'une date définitive soit arrêtée pour ce festival. Elle a émis le voeu qu'il soit organisé en décembre afin qu'il ne coïncide pas avec les patronales et la saison cyclonique.
Lancé en 2005, le festival de la rivière de Cavaillon s'est taillé une place dans les festivités marquant le département du sud. Cette troisième édition a été patronnée par le ministère de la Culture, la compagnie aérienne Tortug-Air, Caribbean T-shirt et la mairie de Cavaillon.
Alain Gaillard
gtilain@yahoo.fr
Fondée en 1776, Cavaillon est située à 170 kilomètres de Port-au-Prince et à 20 kilomètres de la ville des Cayes. Avec près de 45 000 habitants, elle comprend 5 sections communales : Boileau, Martineau, Gros-Marin, Maré-Henry et Laroque. Elle compte 20 écoles secondaires dont un lycée, une cinquantaine d'écoles primaires dont 6 écoles nationales. Au niveau sanitaire, 8 centres de santé, 7 privés et un public, en piteux état.
Branchée sur le réseau électrique de la ville des Cayes, Cavaillon reçoit 6 à 8 heures de courant par jour.

jeudi 23 août 2007

A quand l'exploitation du lac Azueï ?

Parmi les sources de richesses que possède Haïti, le lac Azueï demeure un potentiel site touristique très rentable. Pourtant, jusqu'à présent, il n'est pas exploité. Et cette exploitation, paraît-il, n'est pas pour demain.
Le lac Azueï, principal lac d'Haïti, est sans conteste une ressource naturelle très riche non encore exploitée. Situé dans la Plaine du Cul-de-Sac, à 30 km de Port-au-Prince, non loin de la frontière avec la République dominicaine, ce site présente d'énormes potentialités agricoles et touristiques.

Communément appelé Etang Saumâtre, ce plan d'eau salée, d'une superficie de 11300 hectares, constitue un important bassin de pêche pour les gens habitant dans son voisinage qui vendent quotidiennement leurs poissons dans plusieurs marchés situés dans le département de l'Ouest. Tous les jours, des voiliers de pêche y jettent, avec succès, leurs filets. D'ailleurs, c'est la seule activité entreprise par certaines familles de Thomazeau, de Balan et de Fonds-Parisien pour subvenir à leurs besoins.Des profondeurs de moins de cinq mètres avec une longueur d'environ 24 km et une largeur maximale de 10 km, un fond mixte de roches et de sable par endroits sont, entre autres, les différentes caractéristiques du lac.
D'un paysage assez harmonieux, le lac Azueï représente un vrai espace d'observation et d'appréciation de la nature. Il suffit d'y aller pour se rendre compte de ses potentialités. En période pascale, en particulier chaque samedi saint, des milliers de gens viennent de partout en vue de jouir de l'ambiance créée par la beauté du lac.

La région du Lac Azueï, située sur un axe d'échanges importants avec la République dominicanie, est riche en biodiversité. Qui ne se souvient pas de la grande Foire Binationale Ecotouristique et de Production tenue à Fonds-Parisien en 2004 où des milliers de citoyens haïtiens et dominicains admiraient les qualités naturelles de ce beau coin de terre ?

Conscient de l'importance de ce patrimoine naturel dans l'Ile Quisqueya, le maire actuel de la commune de Ganthier, Ralph Lapointe, avait promis dans un discours, lors d'installation en mars 2007, qu'il allait revaloriser le Lac Azueï qui est un site touristique très rentable. Il faut dire que la population n'est pas encore informée d'un quelconque projet à ce sujet et ne sait pas non plus combien de temps cela va prendre.

Par ailleurs, avant cette date, une étude sur la mise à profit de l'énergie éolienne dans la zone du lac était l'objet de discussion au ministère de l'Agriculture, des Ressources naturelles et de Développement rural (MARNDR) en 2005. Il était question à l'époque de valoriser cette ressource naturelle, aux dires des personnalités responsables du Programme Environnement transfrontalier (PET), une structure sous tutelle du MARNDR et du Secrétariat de l'Environnement en République voisine. « ...Le vent peut être converti en énergie et utilisé pour l'irrigation des terres et la cuisson des aliments; il donnerait une énergie propre qui remplacerait à bon escient le pétrole coûtant beaucoup plus cher, et qui pollue davantage l'environnement », expliquait le coordonnateur du PET. Deux ans après, il semble qu'aucun suivi n'ait été fait.

En tout cas, selon les données disponibles, l'eau de l'étang est riche en électrolytes et présente une conductivité élevée d'environ 15500 microhms par centimètre. Etendu sur plus de 110 km2, il dispose d'un gisement éolien potentiel très conséquent.Avec ses potentialités, le lac Azueï devrait être exploité à bon escient. Pourquoi ne pas mettre sur pied un projet de développement de l'écotourisme dans cette zone ? Une telle initiative, selon plus d'un, pourra attirer des visiteurs qui seraient intéressés à se rendre dans ce lieu pour observer les oiseaux et permettre du même coup aux responsables de créer de nouveaux emplois, principalement dans les zones avoisinant le lac.

Mais il paraît que l'exploitation de cette richesse est loin d'être effective. Et ce, en dépit du fait que le PET se donne pour tâche de renforcer la coopération transfrontalière à travers l'environnement par la gestion durable des ressources naturelles dans la région des lacs Azueï et Enriquillo.

Victor Jean Junior

djune14@yahoo.fr
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=47392&PubDate=2007-08-23

Une commune où tout est prioritaire

Pas de route, ni de commissariat de police, ni de téléphone ... pas d'eau potable, ni d'électricité, ni un vrai centre de santé ... la mairie privée de moyens ... les écoles dépourvues de professeurs compétents ... Fonds-Verrettes est l'une des communes du pays où vraiment tout est prioritaire. Classée parmi les dix communes les plus pauvres du pays, elle a quand même des ressources qui, exploitées à bon escient, peuvent contribuer à son relèvement.
Depuis les inondations du 23 mai 2004, la commune de Fonds-Verrettes peine à retrouver ses lustres. Les ruines laissées par cette catastrophe témoignent encore de son ampleur et de son impact sur cette population d'environ quarante-cinq mille habitants voués à l'exode. Commune frontalière, Fonds-Verrettes était, avant 1978, une section communale verdoyante de Ganthier. Aujourd'hui, son premier citoyen, Jean Junel, le compare à une arithmétique, car il y a tant de problèmes, les uns plus urgents que les autres.Environ trente ans après son élévation au rang de commune, avec seulement une section communale, Fonds-Verrettes présente l'image d'une communauté abandonnée, livrée à elle-même.
Pour un nouveau centre-ville
L'emplacement de l'ancien centre-ville est aujourd'hui un amas de cailloux sur lesquels des détaillants, en majorité des femmes, étalent leur petit commerce. Tout l'espace peut être comparé à une longue savane bordée de montagnes dénudées. Ce qui occasionne de fréquentes inondations dans cette zone qui a la configuration d'une cuvette très profonde. Après les inondations du 23 mai 2004, le gouvernement de transition du Premier ministre Gérard Latortue avait promis de procéder à l'expropriation forcée pour cause d'utilité publique en vue de reconstruire la ville dans les hauteurs et sur des bases plus solides. Des plans ont été conçus, mais il n'y a pas eu de suivi. Et la population continue à faire face à toute une kyrielle de difficultés.
A Fonds-Verrettes, les infrastructures de base sont rares, sinon inexistantes. Depuis les évènements des années 2003-2004 ayant entraîné la chute du président Aristide, il n'y a pas de présence policière dans cette commune peuplée de quarante-cinq mille âmes. Aucune des compagnies de téléphonie n'est accessible. Pour placer ou recevoir un appel, il faut se déplacer vers la commune de Ganthier située à plusieurs kilomètres en aval. Une suite de démarches sans succèsLe commissariat de police a été déchouqué au cours de ces événements. Les inondations de 2004 ont parachevé l'œuvre de destruction du bâtiment. Depuis lors, aucune autorité n'a jugé bon de réaffecter des policiers à cette commune pourtant frontalière à la République dominicaine.
« Cette absence de présence policière dans la commune occasionne en grande partie la délinquance juvénile, indique Daumec Pierre, juge de paix suppléant. Le fonctionnement du tribunal est ainsi paralysé puisqu'il n'y a pas de force de l'ordre lorsqu'il est question d'exécuter les décisions de justice. » Des démarches auprès de l'ancien ministre de la Justice, Me Bernard Gousse, et de l'ex-directeur général de la PNH, Léon Charles, ont été entreprises mais sans succès. Avec l'arrivée de l'actuel ministre de la Justice, Me René Magloire, et le retour de Mario Andrésol à la tête de l'institution, les mêmes démarches ont été renouvelées.
Cependant, elles n'ont pas encore abouti à des résultats concrets, déplore le juge de paix suppléant de Fonds-Verrettes. Le magistrat a poursuivi ses démarches, dit-il, auprès de son supérieur hiérarchique immédiat, le commissaire du gouvernement de la juridiction de Port-au-Prince. En dépit d'un lot d'accusés de réception qu'il détient, ce dernier n'a pas encore jugé bon de donner suite à ces démarches, a-t-il ajouté.

La nature a horreur du vide

Pour faire face à ce dilemme, le juge de paix, de concert avec d'anciennes autorités locales dont l'ex-maire, Franckel Nelson, l'ex-député de la circonscription, François Sanozier et un inspecteur de police connu sous le prénom de Domond, a procédé à l'engagement de volontaires baptisés « informateurs de police ». Ces derniers aident à l'exécution des décisions de justice. Quand le cas nécessite une enquête plus ou moins approfondie, le prévenu est transféré à Croix-des-Bouquets pour les suites nécessaires.
Cette pratique est inconstitutionnelle, reconnaît le juge de paix suppléant de Fonds-Verrettes. Aussi réclame-t-il à cor et à cri l'intervention des autorités concernées en vue d'y remédier.C'est dans ce contexte que les autorités centrales ont organisé, le week-end écoulé, un forum communal à Fonds-Verrettes en vue de déterminer les besoins pressants de la population au regard du Document de Stratégie nationale pour la Croissance et la Réduction de la Pauvreté (DSNCRP). Au cours de ce forum, autorités locales, notables et paysans ont mis à nu les problèmes auxquels fait face la population de cette région du département de l'Ouest.
Pourtant, cette région offre de grands avantages comparativement à d'autres communes du pays où les ressources naturelles sont rares. En effet, oignon, pomme de terre, carotte, cresson et autres légumes font partie des principales denrées produites dans cette région.
Cependant, l'état lamentable de la route y conduisant occasionne souvent la perte de ces produits. C'est aussi dans la commune de Fonds-Verrettes que se situe la Forêt-des-Pins. Cette forêt, lieu touristique par excellence, est malheureusement mal exploitée et livré aux prédateurs. Impuissant et désarméTous les matins ou presque, indique le premier citoyen de la commune, des camions chargés de planches, de madriers et de charbon de bois reviennent de la forêt. Arrivés à Fonds-Verrettes, ils brandissent une autorisation portant le sceau de la mairie, alors qu'il dit n'avoir jamais délivré de tels documents. Ironie du sort, la plupart des conducteurs de camion sont armés ou ont des hommes armés à bord alors que la mairie ne dispose pas d'armes.
« Le désarmement se fait au niveau de Port-au-Prince et des grandes villes de province. Malheureusement, regrette-il, alors que certains bandits viennent se cacher à la campagne et surtout dans la zone frontalière. »
En amont, le déboisement fait rage. En aval, les conséquences sont graves. Les fréquentes inondations en sont des preuves palpables. La mairie ne dispose que d'un budget de fonctionnement et d'investissement de soixante mille gourdes par mois, soit moins de trois gourdes par mois par habitant. Promesse lui a été faite d'augmenter ce budget de 50%. Et là encore, cette somme, même quintuplée, ne pourra résoudre "l'arithmétique" de problèmes de la commune.
Aussi, les Fonds-Verrettiens espèrent-ils que ce forum sera un levier qui va contribuer effectivement au relèvement de la communauté. Espérance qui rejoint les objectifs poursuivis par les autorités constituées et les promesses qui les accompagnent. Promesses qui seront matérialisées dans le concret, à en croire les différentes autorités qui s'étaient rendues, le week-end écoulé, au chevet de Fonds-Verrettes.
Samuel BAUCICAUT

baucicaut@yahoo.fr
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=47559&PubDate=2007-08-23

vendredi 17 août 2007

Pinquoi, la grande désolation!

Quelque six mille individus vivent dans des conditions inhumaines dans la localité de Pinquoi, un hameau situé à environ 15 km de Cerca-Cavajal (Plateau central). Sans électricité, sans eau potable, sans soins de santé... cette population semble dépendre de la nature qui, comme on le sait, ne fait pas toujours de cadeau.
Quelques boites d'allumettes éparpillées dans une corbeille rouge et une douzaine de sachets noirs, c'est tout ce qui compose le commerce d'Adeline, une fillette vivant dans les hauteurs de Pinquoi. La tête nouée d'un mouchoir multicolore, les pieds nus, elle prend place à la première rangée à la chapelle catholique de cette localité où se déroule la cérémonie d'inauguration de l'Ecole nationale de ce hameau retiré du Plateau central.
Comme plusieurs centaines d'autres jeunes de son âge, Adeline n'a pas encore la certitude de trouver une place à la première institution scolaire construite dans la zone. « L'ouverture des classes est annoncée pour le mois prochain », lance, pantois, la jeune adolescente qui n'a aucune idée de son âge. Adeline a apparemment quinze ans. Un âge avancé qui pourrait constituer un obstacle à son inscription dans l'unique institution scolaire de la localité.
Si elle ne maîtrise pas encore les vingt-six lettres de l'alphabet français, Adeline n'a pas besoin de calculatrice pour ses opérations dès qu'il s'agit de la vente d'un produit. « Parallèlement au commerce, je vais à l'école, dit-elle, les yeux collés au sol comme pour cacher sa timidité. Je suis en première année. »
La vraie école
A Pinquoi, la vraie école, c'est le commerce et l'agriculture. De très tôt, les filles sont initiées à l'achat et à la vente de produits de première nécessité. Les garçons, eux-mêmes, s'adonnent à l'agriculture. Généralement, c'est à l'âge de dix ans que les enfants sont envoyés à l'école. « C'est à Cerca-Cavajal que nos enfants vont à l'école. Il faut marcher pendant trois heures pour y arriver. Le trajet est trop dur pour les enfants de moins de dix ans », raconte Périlus Pierre, un notable de Pinquoi.
Très peu d'enfants acceptent de faire un si grand sacrifice pour apprendre à lire et à écrire. Face à un tel constat, le député de Cerca-Cavajal, Rodon A. Bien-aimé, de concert avec l'Organisation paysanne pour le Développement du Centre (OPDC), ont écrit au ministre de l'Education nationale pour lui demander d'ouvrir une école nationale à Pinquoi. Une demande à laquelle les responsables du ministère ont répondu sans perdre de temps.
En attendant sa construction, l'Ecole nationale de Pinquoi va être logée dans la chapelle de la zone. Toutes les dispositions ont été déjà prises pour faire fonctionner l'institution. Les cinq professeurs nommés par le ministère de l'Education nationale ont été présentés à l'assistance par le directeur départemental du Centre, Denès Métellus. « Les professeurs vont-ils accepter de venir ici de tous les jours », s'interroge un parent en se rappelant que Pinquoi n'est accessible ni à moto, ni en voiture. « Nous ferons le sacrifice », répondent les cinq jeunes comme pour dissiper la crainte des parents.

Une goutte d'eau dans l'océan
Tout est urgent à Pinquoi. Le ministère de l'Education nationale, pour l'instant, est la seule institution présente dans cette localité dépourvue de tout. Même les ONG y sont absentes. Le député Rodon A. Bien-Aimé qui se convertit en agent de développement invite les autres ministères à intervenir en urgence dans la zone afin d'améliorer les conditions de vie de la population.

Accès à l'eau potable est l'un des plus grands défis auxquels font face les habitants de Pinquoi. Pour trouver une eau relativement potable, les gens doivent parcourir des kilomètres. Ceux qui ne peuvent pas faire le trajet n'ont pas d'autre choix que d'utiliser l'eau tirée du lagon boueux où boivent les animaux.

La rareté de ce précieux liquide fait mal aussi aux agriculteurs, car les récoltes dépendent de la nature. « Nos récoltes sont souvent perdues, faute de pluie », déplore Fortuné, un agriculteur d'une quarantaine d'années.
Jean Pharès Jérôme

jeudi 16 août 2007

Ouanaminthe célèbre son bicentenaire


La ville de Ouanaminthe, située à 320 kilomètres au Nord-Est de Port-au-Prince, consacre une dizaine de jours (du 7 au 17 août 2007) à la célébration de son bicentenaire au rang de commune. Elle fait pourtant face à de nombreuses difficultés d'ordre infrastructurel. Les Ouanaminthais, qui vivent quasiment sans électricité depuis douze ans, et conscients du caractère particulier de leur cité, essaient tant bien que mal de cicatriser les blessures et de recevoir les nombreux visiteurs qui déferlent sur leur ville. Les principaux hôtels de la ville ont déjà affiché complet.

Un concert de Jakito, un bal de Djakout, un de Tropicana d'Haïti, un autre de Mass Konpa, ou du groupe local Full Konpa, des représentations théâtrales par-ci et par-là, des rencontres sportives entre la ville hôte et celles des environs, des activités culturelles de toutes sortes. Rien de grande envergure. Les pèlerins habituels qui viennent célébrer la Notre-Dame de l'Assomption se mêlent souvent aux commerçants de toutes catégories qui visitent la ville surtout les lundis et vendredis, jours de marché .

A Ouanaminthe, les séquelles des récentes catastrophes naturelles sont encore bien visibles. Même si le pont jeté sur la rivière Massacre a été réparé. Pratiquement, tout ou presque tout vient de la République dominicaine, les aliments, l'eau, les glaçons...

La vie commerciale reprend, et les Dominicains ont tout fait pour réparer le pont reliant la ville dominicaine de Dajabon à la ville haïtienne de Ouanaminthe. Ils ont tenté d'intervenir auprès du maire de la ville, mais les prérogatives constitutionnelles ont obligé le maire de les orienter vers les responsables du gouvernement. Les travaux de réparation proprement dits ont duré un peu plus d'une semaine après la tornade, d'après les informations fournies par le maire de la ville.

Dans le cadre de la réhabilitation de la route Cap- Ouanaminthe, les travaux de construction d'un nouveau pont vont bon train, a constaté Le Nouvelliste sur place.Rony Pierre, le maire de Ouanaminthe, élu le 3 décembre 2006 sous la bannière de la Fusion des Sociaux- démocrates haïtiens, comprend la nécessité de vivre avec ses voisins dominicains. Il déclare que l'Etat d'urgence devait être décrété à Ouanaminthe. Le premier citoyen Ouanaminthe indique qu'il n'a pas les moyens de faire face aux multiples besoins de sa ville. La mairie a de grandes difficultés pour curer les canaux d'écoulement des eaux usées et assainir la ville comme il se doit.
Devant l'ampleur des dégâts et la capacité de répondre immédiatement l'édile de Ouanaminthe ne peut s'empêcher d'établir quelques comparaisons. Il fait remarquer que le président Fernandez a déjà effectué trois visites à Dajabon après la tornade dévastatrice du 8 mai 2007 en dépit d'une aide d'urgence de 50 millions de pesos.

En tenant compte de sa population (80 000 habitants), de son commerce surtout avec la République voisine, Ouanaminthe est la plus importante ville du département du Nord-Est. Elle a été élevée au rang de commune en 1807.

Une cité commerciale, une commune frontalière, qui reçoit déjà beaucoup de visiteurs durant toute l'année, pourtant avec une capacité d'accueil très limitée.

Dieudonné Joachim

vendredi 3 août 2007

Baie-de-Henne : la descente aux enfers

Un autre monde, c'est ce que l'on voit d'entrée de jeu lorsqu'on aborde la route qui mène à Baie-de-Henne. Les mornes arrogants et insultants dans leur nudité absolue annoncent la couleur sans ambages, sans coup de guidon. L'enfer, c'est bien ici, même s'il y a pas d'enseigne. La terre ne saigne plus. Elle ne saignera plus, elle est vidée. S'il est encore des pousses d'arachide dans des espaces dénudés, les arbres ont disparu. Même les cactus et les « bayawonn » sont en voie de disparition. Il est évident que Dieu ne passe plus par-là. Il a jeté l'éponge et la misère règne en maître.
Il n'y a rien à Baie-de-Henne ! Rien, absolument rien à défendre, sinon les hommes et les femmes qui ne veulent ou ne peuvent plus s'en aller. Ils ont choisi de mourir tranquillement chez eux. Une forme de suicide collectif comme dit Willot R. Joseph, l'un des responsables de Ayiti Gouvènans, l'organisation qui nous a invité à visiter la région du Bas Nord-Ouest, car il est difficile de comprendre que l'on puisse survivre dans un lieu aussi aride, aussi macabre.

Les visages sont blafards, les gens marchent au ralenti. Ils n'ont même plus envie de se plaindre. A quoi bon ? Cela fait si longtemps qu'on les a oubliés. De plus, pourquoi raconteraient-ils ce que tout le monde peut voir du premier coup d'oeil ?La misère, ici, a gagné ses lettres de noblesse. On la porte avec dignité et résignation. Des maisons crevées, en ruine, racontent que cela fait longtemps que cela dure, trop longtemps. On ne parle plus de Port-au-Prince, ni de Port-de-Paix. Baie de Henne est un monde à part qui vit replié sur lui-même, un monde qui essaie d'oublier qu'il existe et qu'il fait partie d'un pays.
Ici, on vit sans eau, sans électricité, sans soin de santé, sans autre ressource que le charbon que passent embarquer des camions tous les trois ou quatre jours. Des camions qui apportent la vie et qui cependant ne font que prolonger l'agonie d'une population moribonde et désespérée.

Patrice-Manuel Lerebours
patricemanuel@yahoo.com
plerebours@lenouvelliste.com

Source:

http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=46911&PubDate=2007-08-02

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Citation:
"Si vous voulez vraiment mourir, commencez par vous taire...." Franketienne: Ultravocal.