Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
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jeudi 24 janvier 2013
Haïti-Parlement/Mines : Le sénat propose de surseoir à l’exploitation des mines du pays
P-au-P, 23 janv. 2013 [AlterPresse] --- La commission des travaux publics du sénat appelle à surseoir à l’exploitation de certaines réserves d’or et de cuivre du pays, autorisée par le gouvernement à des compagnies étrangères sans l’aval du parlement.
Au terme d’une longue et larmoyante audition du ministre des travaux publics, Jacques Rousseau et du directeur du bureau des mines, Luckner Remarais, la commission sénatoriale a adopté une position tranchée par rapport à la décision de l’exécutif d’autoriser ces exploitations dans deux départements du pays (Nord et Nord-Est).
Les contrats de l’ombre
Les contrats, qui sont estimés à plusieurs milliards de dollars, ont été signés le 21 décembre 2012 et 3 jours plus tard les compagnies ont entamé les travaux dans le Nord du pays.
Or, selon l’article 139 de la Constitution, les accords et les conventions doivent être signés par le président de la république et approuvés par le parlement.
Plusieurs sociétés minières sont déjà à pied d’œuvre dans le pays, pour l’exploitation des gisements d’or et de cuivre dans les départements du Nord et du Nord-Est.
Il s’agit notamment de la Somine, société canadienne détenant deux permis d’exploitation, la VCS Mining qui détient également deux conventions, et Newmont en partenariat avec Eurasian Minerals.
Le directeur du bureau des mines a prétexté que les décisions ont été prises à partir de la convention datant de février 1997, paraphée par le président René Préval et son premier ministre Rony Smarth, convention remise sur le tapis 8 ans plus tard par le gouvernement de Gerard Latortue en 2005.
Cependant, ni en 1997 ni en 2005, la convention n’a eu l’approbation du parlement dysfonctionnel ou simplement absent durant ces deux périodes, critiquent les sénateurs.
De plus « les mines et les carrières relèvent du domaine public. Il faudrait qu’il y ait une loi qui puisse transformer ces biens du domaine public, en domaine privé, ce qui n’a pas été fait », précise le sénateur Jocelerme Privert.
En conséquence, « les accords sont illégaux et inconstitutionnels », souligne le sénateur.
Reproches du Senat et mea culpa
La commission a été très critique envers le directeur du Bureau des Mines, Luckner Remarais, qui en moins de 7 mois à la tête de cette institution publique a signé une pléiade de contrats avec des firmes internationales, pour l’exploitation des richesses minières du pays, et ce à l’insu du parlement.
Outre les contrats, 15 permis de recherches dans 5 départements du pays ont été accordés. Une seule compagnie, Somine, a obtenu les permis d’exploitation pour 16 sites sur les 18 concernés par les contrats.
Les larmes aux yeux, le directeur du bureau des mines, Luckner Remarais, a adopté une posture contrite. C’est encore au bord des larmes qu’il a répondu aux questions des journalistes à l’issue de l’audition. Il affirme pour sa défense qu’il a été motivé par la volonté de venir en aide à la population haïtienne en proie à la pauvreté.
Mais malgré cette déclaration commode, les contrats et le secret évident que le gouvernement a tenu à maintenir autour, risquent de faire tache sur les dispositions affichées par le président Martelly pour 2013. L’année est en effet décrétée année de l’environnement. Une contradiction quand on sait que les compagnies minières vont utiliser du cyanure dans leurs travaux d’extraction, produit hautement nocif. [jep kft apr 23/01/2013 11 :45]
lundi 22 octobre 2012
Haïti: un trésor sous les ruines?
Publié le 21 octobre 2012 à 06h00
Hugo Fontaine
La Presse
L'économie d'Haïti est exsangue et l'État est sans le sou. Le tremblement de terre n'a qu'accentué le malheur. C'est à se demander comment Haïti pourra s'en sortir. Dans la même île, la République dominicaine connaît une forte croissance et peut compter sur de riches gisements d'or et de nickel. Mais la minéralisation ne connaît pas les frontières. Y aurait-il sous les ruines d'Haïti un trésor qui permettrait aux Haïtiens d'espérer?
Ca sent l'huile et le bruit est assourdissant. Sept hommes - un Dominicain et six Haïtiens - surveillent la machine jaune dont l'extrémité filiforme s'élève 2 ou 3 mètres au-dessus de leurs têtes et dont la mèche ronge le sol, 400 mètres sous leurs pieds. Dès qu'elle complète une section, l'équipe s'affaire à remonter la carotte de roches, sans perdre une minute, afin de pouvoir rapidement continuer de forer.
Le Montréalais d'origine Daniel Hachey, avec son casque en forme de chapeau de cow-boy, et le consultant géologue Dale Schultz, avec son casque orné de feuilles d'érable, surveillent de près le travail de leurs hommes. Les deux jettent un oeil attentif aux carottes, tentant d'y découvrir des traces du minerai recherché, contenant du cuivre et de l'or.
À cette petite foreuse portative cachée dans les collines du massif du Nord, en Haïti, sont associées des espérances énormes, qui dépassent le seul cadre minier. Les deux hommes espèrent être en mesure de publier sous peu le premier calcul de ressources d'un indice minéralisé appelé Douvray, qui fait partie d'une vaste propriété de 50 kilomètres carrés appartenant à la Société minière du Nord-Est haïtien (SOMINE). La petite société canadienne Ressources Majescor, dont Daniel Hachey est président et chef de la direction, contrôle plus de 70% de la SOMINE. À long terme, l'objectif est bien sûr d'ouvrir une mine, puis de participer à la relance d'un pays dont l'économie est dans un état de délabrement complet.
En Haïti, plus des deux tiers de la force de travail n'a pas d'emploi formel. Plus de 80% des gens vivent sous le seuil de la pauvreté, la moitié est analphabète. La corruption est un fléau. L'État est incapable de financer ses activités. Le pays n'arrive pas à créer de la richesse. «Tout laisse croire qu'il n'y a aucun avenir», résumait le scientifique américain Jared Diamond dans son ouvrage Effondrement, en 2005.
De l'autre côté d'Hispaniola, l'île dont Haïti occupe la partie occidentale, la République dominicaine offre un frappant contraste. Depuis 10 ans, le pays connaît l'une des croissances économiques les plus fortes des Caraïbes et de l'Amérique latine. Le secteur minier y contribue avec de riches mines d'or, de nickel et de cuivre qui garnissent les coffres de l'État.
En Haïti, rien ou presque. L'industrie minière se résume à quelques carrières de sable et de pierre. Mais la structure géologique qui accueille les mines dominicaines se prolonge dans le nord d'Haïti. «La minéralisation ne s'arrête pas à la frontière», croit Daniel Hachey. Comme en République dominicaine, Haïti peut-il rêver à un trésor souterrain?
Dans les montagnes du Nord
Le camp de SOMINE est à Roche-Plate, à 35 kilomètres de Cap-Haïtien, deuxième ville en importance d'Haïti. Après avoir traversé une rivière à gué, on y arrive par une petite route de campagne sinueuse et vallonneuse où vivent plusieurs Haïtiens dans des habitations rudimentaires. Le camp, seule empreinte de modernité dans ce territoire paysan où on vit du seul travail de ses mains et de quelques animaux, est clôturé et bien protégé.
Au moment de notre passage, en mai, une équipe s'affaire à assembler une nouvelle foreuse. L'autre foreuse, plus petite, est déjà en activité, plus haut dans la montagne.
Ce n'est pas la première fois que les Haïtiens du coin voient arriver des équipes d'exploration minière. Le camp avait déjà été utilisé au tournant des années 2000 par une autre société minière canadienne, Ressources Sainte-Geneviève. Des spécialistes de l'Organisation des Nations unies avaient aussi travaillé sur la propriété - et identifié son potentiel - dans les années 70. Majescor et SOMINE doivent reprendre le travail pour prouver que le gisement remplit ses promesses.
Niché sur une crête, à 230 mètres d'altitude, Jean-Carlo, 23 ans, est assis près d'un petit bassin d'eau circulaire. L'eau pompée plus bas y est emmagasinée avant de monter plus loin dans la colline pour alimenter la foreuse qui boit 200 gallons d'eau par jour - il faut neutraliser la chaleur causée par la friction.
Chaque jour, cet employé de SOMINE doit marcher une heure pour venir à son travail, qui consiste à surveiller ce bassin pendant 12 heures, avant de retourner à la maison où sa femme l'attend. Tout cela au salaire minimum de 200 gourdes par jour, l'équivalent de 5$US. «C'est mieux que de rester à ne rien faire, dit-il en fixant des yeux la brindille qu'il tourne entre ses doigts. Il n'y a pas d'autre travail dans le coin », dit le timide jeune homme.
Derrière lui, du côté ouest de la crête, il voit les sommets du massif du Nord, principal ensemble montagneux du pays. Dans ce massif travaille aussi, outre SOMINE, la société américaine Newmont, deuxième producteur mondial d'or, qui a dépensé plus de 20 millions US sur des propriétés qu'elle détient en partenariat avec la junior Eurasian Minerals.
Au loin, on aperçoit Cap-Haïtien. La ville n'a pas été affligée par le tremblement de terre et se porte mieux que Port-au-Prince. Mais son économie est trop rudimentaire pour soutenir l'afflux de réfugiés venus de la capitale. L'économie de la région se résume à l'agriculture de subsistance et au petit commerce de rue où on propose des babioles ramassées à la frontière dominicaine (paquets de gomme, parfums génériques, vêtements) ou à peu près tout ce qui peut se trouver et se vendre (pièces d'autos usagées, bidons d'essence, etc.). Il n'y a pas de réelle industrie dans la région, sauf la distillerie La Rue. Le long des routes, les édifices de maçonnerie jamais achevés sont légion.
Le patron de Majescor, Daniel Hachey, est convaincu que l'industrie minière peut apporter des bénéfices à Haïti. Son seul projet donne des emplois à plus d'une centaine d'Haïtiens, dont des géologues qui gagnent de 600 à 800$US par mois. Au-delà des emplois, les mines pourraient générer des revenus pour l'État et entraîner une amélioration des infrastructures.
Encore faut-il des gisements à exploiter. Il n'y a plus de mine de métaux en Haïti depuis que Reynolds a fermé sa mine de bauxite en 1982. Avant cela, seule une petite exploitation de cuivre avait vécu, entre 1960 et 1971.
De son point de vue, près du bassin d'eau, Jean-Carlo tourne les yeux du côté est de la crête et voit s'étendre des plaines, la mer, et, pas tellement loin, les terres de la République dominicaine. La Dominicanie, comme disent les Haïtiens. Un pays qui a trouvé, lui, le chemin de la croissance.
L'or de la Dominicanie
Pueblo Viejo, République dominicaine, à une heure de route au nord de Santo Domingo. Près de l'entrée de la mine, six jeunes se tiennent sur le bord de la route et arrêtent tous les véhicules, plats de plastique à la main. Ils offrent des gâteaux au maïs faits maison.Business is booming, dit une des membres de l'équipe. «On essaie de tirer profit de l'arrivée de la mine», ajoute-t-elle en espagnol.
Il est 17 h, le vendredi. Les milliers de travailleurs se massent à la sortie où les attendent des dizaines d'autobus. Ils ont droit à un repos mérité. Ils sont en train de concrétiser le plus important investissement privé de l'histoire de la République dominicaine.
Derrière eux, au milieu des montagnes, s'élève un gigantesque complexe industriel s'étendant sur neuf kilomètres carrés. D'immenses pelles mécaniques arrachent des tonnes de pierre à la montagne. Comme des fourmis au travail, les énormes camions-bennes qu'on aperçoit au loin transportent le calcaire dans un ballet bien coordonné.
À quelques pas de là, les équipes s'affairent à terminer tous les bâtiments d'une usine qui traitera chaque jour 24 000 tonnes de minerai et 12 000 tonnes de calcaire. Le processus chimique est extrêmement complexe. Il s'écoulera trois semaines avant que chaque tonne de minerai qui entre dans l'usine ne se transforme en trois petits grammes d'or à la sortie.
Barrick Gold a fait démarrer à l'été cette mine d'or à ciel ouvert qui deviendra l'une des 10 plus importantes de la planète en termes de production: environ 1 million d'onces par année. Le coût du projet est faramineux: 3,8 milliards, un investissement que le numéro un mondial Barrick partage avec un autre géant aurifère canadien, Goldcorp, qui détient 40% du projet.
Barrick et Goldcorp misent sur des réserves de 23,7 millions d'onces d'or, qui valent quelque 40 milliards aux cours actuels.
La mise en production de Pueblo Viejo n'est que la démonstration la plus visible de l'intérêt du monde minier pour la République dominicaine. L'exploration y connaît un véritable boom, mené en cela par des sociétés canadiennes comme Unigold, Goldquest ou Everton. Les investissements miniers, à peu près nuls à la fin des années 90, ont redémarré en 2001 pour compter plus de 2,7 milliards au cours des 10 dernières années, contre 2 milliards pour le tourisme.
Pueblo Viejo consacre aussi le relatif succès économique de la République dominicaine, qui a réussi à trouver la voie du développement. Haïti a de quoi être jaloux. Il a déjà été une nation plus puissante que son voisin hispanophone, au XIXe siècle. Dans les années 30, l'économie dominicaine et le niveau de richesse de ses habitants étaient égaux à ceux d'Haïti, raconte André Corten, professeur à l'UQAM et auteur du livre L'État faible, qui porte sur les deux pays. La comparaison ne tient plus aujourd'hui.
Pour une population semblable, le PIB dominicain est presque huit fois plus important que celui d'Haïti. Le taux de pauvreté est deux fois moins grand. La République dominicaine n'est pas très bien classée au chapitre de l'Indice de développement humain (98e sur 187 pays). Elle peut toutefois se consoler en regardant Haïti (158e) qui, parmi tous les pays non africains, ne devance que l'Afghanistan.
Pour expliquer cette disparité, on peut invoquer la déforestation massive qui a ravagé le pays francophone. Mais il y a aussi qu'en Haïti, remarque André Corten, la dictature des Duvalier (1957-1986) engrangeait les profits de la production sans réinvestir ni se soucier de modernisation et de développement industriel.
À l'est, le dictateur Rafael Trujillo (1930-1961) a accaparé toute l'économie avec ses entreprises personnelles, mais «le capital d'État a représenté un socle pour le développement économique, note André Corten. Il s'est créé une élite entrepreneuriale qui connaissait le fonctionnement des entreprises».
Pour Eduardo Garcia Michel, économiste dominicain et membre du conseil de politique monétaire du pays, plusieurs facteurs ont favorisé la République dominicaine: un renforcement institutionnel, un accent sur l'éducation, et un effort manifeste pour quitter le sous-développement. L'industrie minière a contribué en générant un important apport de devises étrangères, note M. Garcia Michel, par ailleurs ancien conseiller économique du gouvernement.
En 2011, le PIB dominicain a grimpé de 4,5%, surtout grâce à Pueblo Viejo. «Pour attirer des investissements de plusieurs milliards comme celui de Barrick, il faut montrer que le pays a une stabilité, une continuité institutionnelle et un niveau important de garanties juridiques», affirme le ministre de l'Industrie et du Commerce, Manuel Garcia Arevalo, qui reçoit La Presse Affaires dans son bureau de Santo Domingo (M. Arevalo a été remplacé en août après l'arrivée d'un nouveau président).
Outre Pueblo Viejo, deux autres mines sont en exploitation dans le pays: la mine de ferronickel Falcondo, appartenant à Xstrata mais lancée par la canadienne Falconbridge en 1971. La société australienne Perylia, contrôlée par des intérêts chinois, exploite Cerro de Maimon, une mine de moindre envergure qui produit du cuivre et de l'or.
Quand les trois mines fonctionneront à plein rendement, elles fourniront de 5 à 7% du produit intérieur brut dominicain, contre 0,4% en 2011, souligne le ministre Arevalo.
La République dominicaine compte bien en retirer des bénéfices. Le printemps dernier, vers la fin de la construction, Barrick employait près de 10 000 personnes, dont au moins 80% de Dominicains, comme l'exige l'État. En production, la mine compte 1500 employés.
Surtout, l'État dominicain prévoit retirer environ 7 milliards sur 25 ans en impôts et redevances de Barrick Gold, si le prix de l'or se maintient autour de 1400$ US. Après une relance en 2011, la mine de nickel Falcondo devrait à terme verser de 180 à 200 millions annuellement, selon un porte-parole de la mine. L'État reverse une part des bénéfices aux communautés directement touchées par les projets, sans compter les initiatives de Barrick et Falcondo dans le développement communautaire de la région où sont situées les trois mines du pays.
«Je ne dirais pas que la population a accueilli Barrick à bras ouverts», concède toutefois Octavio Lopez, à la tête de la Direction générale des mines. Il subsiste une certaine méfiance dans la population face à l'industrie minière, responsable du désastre de la Rosario Dominicana sur ce même site de Pueblo Viejo (voir encadré).
Pour l'environnementaliste Luis Carvajal, de l'Université autonome de Santo Domingo et de l'Académie nationale des sciences, l'État accorde des concessions aux sociétés minières dans des zones écologiques trop sensibles pour les accueillir, et le développement minier se fait au détriment de la population.
Une courte visite dans une communauté pauvre forcée au déménagement en raison de la construction de la mine de Barrick a permis de constater le désarroi de familles déracinées. En septembre, une manifestation d'habitants de la région, qui affirmaient que Barrick n'embauchait pas assez de travailleurs locaux, a viré à l'affrontement avec les policiers. Il y a eu 25 blessés.
M. Carvajal dénonce aussi le contrat controversé que l'État dominicain a signé avec Barrick, et qui établit le partage des revenus de la mine. Le contrat prévoit que l'État ne retirera pas son maximum de redevances avant que les investisseurs aient fait leurs frais, c'est-à-dire dans environ quatre ans.
Celui qui a présidé aux destinées du projet Pueblo Viejo jusqu'en septembre, Manuel Bonilla, assure que la mine et les initiatives communautaires de l'entreprise auront des impacts positifs et concrets pour la population. «On ne peut pas avoir la plus grande mine du pays, la plus grande source de revenus du gouvernement, et que ça ne change rien à la pauvreté autour, soutient-il. Ça ne fonctionnerait pas.»
Malgré la croissance économique dominicaine, les besoins de la population sont encore criants. À côté d'un métro tout neuf dont la première ligne a coûté 700 millions US, l'extrême pauvreté subsiste dans la capitale et dans les campagnes. Le pays reste parmi les plus pauvres d'Amérique latine. André Corten constate encore une «dégradation de la population» chez ce «dragon latino-américain», où les bas salaires sont encore la norme.
L'industrie minière n'est pas la panacée qui assure à elle seule le développement d'un pays, explique l'économiste Eduardo Garcia Michel. «Les mines ne génèrent pas autant d'emplois que certains l'espéraient, observe-t-il. La contribution passe par l'entrée de devises étrangères. Pour prendre avantage de cela, il faut investir les revenus pour le développement du pays.
«Tout dépend de la manière dont l'État gère l'argent qu'il recevra des mines, poursuit l'économiste. S'il le fait bien, la nation va en bénéficier.»
Une nouvelle attitude pour Haïti
La même question se pose en Haïti. Noël Paulince, croisé à un carrefour routier de Caracol, dans le nord du pays, a entendu parler d'éventuelles mines dans sa région. Au-delà des emplois - lui-même veut savoir comment travailler au camp de SOMINE -, il se demande ce que la population va en retirer. Mais cette interrogation a un préalable: peut-il y avoir un développement minier en Haïti?
On accède au Bureau des mines et de l'énergie, dans le quartier Delmas 31 de Port-au-Prince, par une rue de gravier cahoteuse, à peu près impraticable autrement qu'en véhicule utilitaire sport. Entre les deux trop grands bâtiments de l'organisme s'alignent des tentes fabriquées avec des bâches marquées du sceau de l'US Aid, l'organisation américaine d'aide humanitaire. Ils sont plusieurs centaines à vivre dans ce camp de réfugiés, dans la cour du Bureau des mines, plus de deux ans après le séisme qui a ravagé la capitale. Cela ne fait que rappeler l'ampleur des défis d'Ayiti, comme on écrit son nom en créole.
Le Bureau, dont le mandat est à la fois de promouvoir le développement des ressources, accorder les permis, négocier les ententes et contrôler les activités, a été laissé à lui-même dans les dernières années. Il manque de ressources humaines et financières, et le laboratoire d'analyse ne fonctionne plus, faute de moyens. Toutes les procédures se font très lentement, a-t-on entendu des sociétés minières.
«Il n'y avait pas de politique minière, nous n'étions pas appuyés par les gouvernements», déplore le directeur général Dieuseul Anglade. Mais cela pourrait changer, croit-il. La politique du président Martelly est très ouverte aux affaires et aux investissements étrangers. «On sent un certain intérêt pour le développement minier.»
Le Club de Madrid, un regroupement d'anciens chefs d'État qui compte parmi ses membres Jean Chrétien et Bill Clinton, a désigné le secteur minier parmi les secteurs porteurs pour l'avenir d'Haïti. Les mines pourraient représenter beaucoup pour ce pays dont les revenus budgétaires dépasseront à peine 2 milliards en 2012-2013, dont la moitié en aide internationale.
Il reste toute une pente à remonter pour rejoindre la République dominicaine. Depuis des décennies, les sociétés minières et leurs actionnaires sont bien hésitants à investir en Haïti en raison de l'instabilité politique et de la faiblesse du cadre réglementaire et légal.
La loi minière est vétuste et mal adaptée. «Il existe des dispositions trop contraignantes pour les entreprises», note Dieuseul Anglade. «La plus flagrante» est cette obligation pour l'entreprise de négocier avec l'État une convention minière qui dictera les conditions d'exploitation et de partage de bénéfices, avant même l'obtention d'un permis pour effectuer les forages. «Cela consiste à signer un contrat d'exploitation d'une ressource que vous ne connaissez même pas», illustre M. Anglade, qui a été remplacé après le changement de gouvernement, en mai dernier. La SOMINE dispose déjà d'une telle convention, qui prévoit que l'État récoltera la moitié des profits, tandis que Newmont fore en vertu d'une dérogation spéciale.
Un rapport de 1996 préparé pour le ministère de l'Environnement notait toutefois que l'État haïtien manquait d'autorité et d'un cadre institutionnel fort pour négocier avec les minières et faire respecter les lois. Les mines du passé (bauxite et cuivre) n'ont pas rapporté à l'État ce qu'elles auraient dû - l'économiste Fred Doura parle de «pillage» dans son ouvrage Économie d'Haïti. Le même constat prévaut aujourd'hui pour les carrières de sable et de pierre, souligne Dieuseul Anglade, si bien qu'il se pourrait que «la nation ne tire aucun profit de ses richesses».
Peu après sa prestation de serment, en mai, le premier ministre haïtien Laurent Lamothe a confirmé que le gouvernement préparait une nouvelle législation minière, qui visera à rendre le pays plus attrayant aux yeux des investisseurs, à assurer que l'État tire sa part des bénéfices et que l'environnement et les droits des habitants soient protégés.
Pendant que Port-au-Prince rebâtit son cadre minier, c'est plein soleil sur le camp de SOMINE/Majescor à Roche-Plate. Le deuxième jour de notre visite, des hommes démontent la nouvelle foreuse et la transportent vers les sommets pour l'assembler de nouveau. À partir des résultats de forages, Majescor espère séduire un acteur important qui pourrait racheter la société et mettre la main sur le projet. On est encore loin d'une mine, peut-être à 7 à 10 ans, selon Daniel Hachey, mais il croit fermement que quelque chose de nouveau s'ouvre pour Haïti.
Au loin, des choeurs de femmes s'élèvent. C'est un chant religieux qui résonne dans la vaste campagne de Roche-Plate, mais on ne peut discerner les mots. On ne serait pas surpris qu'il soit question d'espérance.
***
Barrick, applaudie et critiquée
Des citoyens et des groupes environnementaux n'acceptent pas la présence de Barrick Gold en République dominicaine, mais le gouvernement et une partie des citoyens la saluent. Car la société canadienne vient nettoyer les ravages causés par l'État dominicain lui-même. En 1979, l'État a nationalisé Rosario Dominicana, la société qui exploitait la mine de Pueblo Viejo depuis 1975. Les activités ont cessé en 1999 parce que l'opérateur n'avait plus la technologie pour exploiter de manière rentable le minerai, qui changeait de nature en profondeur.
Or, la Rosario Dominicana a laissé derrière elle un véritable désastre environnemental, notamment la pollution des cours d'eau causée par la génération d'acides provenant de roches exposées à l'air libre. Au début des années 2000, Placer Dome a remporté un appel d'offres lancé par l'État et a signé un contrat pour nettoyer le site et l'exploiter de nouveau avec une technologie plus adaptée. Barrick Gold, qui a racheté Placer Dome en 2006, a demandé à renégocier le contrat dans la foulée de la crise financière, en 2009. «En plein milieu de la crise, il fallait (pour le financement) des garanties sur le retour sur investissement», soutient le président du projet Pueblo Viejo, Manuel Bonilla.
Aujourd'hui, le contrat cause la controverse, même si Barrick paiera la totalité des coûts du nettoyage environnemental. C'est que la formule de redevances a été revue de façon à ce que Barrick récupère la totalité de son investissement avant qu'elle ait à verser le maximum de redevances à l'État. Barrick est aussi exemptée d'une panoplie de taxes, notamment les taxes municipales.
L'économiste Eduardo Garcia Michel n'est pas convaincu des mérites du contrat signé par l'État, mais il se résigne. Le respect des contrats doit primer. «Si le contrat a été mal négocié, il faut en assumer la responsabilité, dit-il. Le contrat doit être respecté, sinon nous perdrons la confiance et le respect.»
http://affaires.lapresse.ca/economie/energie-et-ressources/201210/19/01-4585232-haiti-un-tresor-sous-les-ruines.php
lundi 18 juin 2012
Haïti : Quand une mine d’or signifie la mise a mort d’une nation !
Au cours d’une émission de radio en Floride, un ami me rappela a brule-pourpoint que les occidentaux exterminèrent les premiers habitants d’Haïti, les Indiens dits Indiens par Christophe Colomb, pour pouvoir mieux voler leurs richesses minérales, particulièrement de l’or. Ensuite, la publication de l’article de l’ « Associated Press » sur la découverte de l’or en Haïti, gisement estimé à plus de 20 milliards de dollars, nous prend a la gorge. Une révélation pareille donne à la fois des sueurs froides aux patriotes haïtiens et du grincement de dents aux exploiteurs occidentaux. Les richesses minérales ont été toujours à la base de beaucoup de génocides de l’histoire. Ainsi, l’extermination des Arawak/Taino, les natifs d’Haïti. D’après des sources espagnoles de l’époque, ils étaient des millions en Hispaniola. En 1507, un recensement fit état de 60.000 Indiens restant, après 24 ans, soit en 1531, ils étaient réduits à une poignée de 600. Aujourd’hui, il n’en reste que des vestiges archéologiques. Un tel constat révèle la cruauté impitoyable des conquistadores. Ce fut la première expérience barbare liée directement a l’exploitation de l’or à laquelle les habitants d’Haïti firent face, c’était au 16e siècle. L’or s’achemine vers L’Europe et les natifs, vers le néant.
Haïti n’a pas beaucoup de chances quand il y a « ruée vers l’or ». D’après l’historien J.A. Rodgers, Toussaint Louverture, dans sa quête de libération pour ses frères en Afrique, rêvait d’y retourner. Une fois là-bas, il entendait empêcher le commerce des noirs qui se pratiquait à grande échelle. Ainsi, il confia beaucoup de franc-or à Mr Stephen Girard, un capitaine de bateau américain d’origine française, qui mouillait fréquemment dans la rade de Port-au-Prince, un ami a lui. L’objectif de cette entreprise, toujours selon Mr Rodgers, fut d’accumuler une forte quantité d’or pour pouvoir matérialiser financièrement son projet contre la traite négrière. La valeur de Cet or fut estimée à plus de 6 millions de dollars américains. Tout ceci est reporte dans le livre : « 100 Amazing facts About The Negro ». Après l’acte vil de Napoléon qui piégea Toussaint Louverture et l’envoya en France, Stephen Girard décida de conserver l’or pour lui-même au lieu de le remettre aux enfants et a la femme de celui-ci après son internement a Fort-de-Joux, en France.
A rappeler ici, que la femme de Toussaint fut humiliée, torturée atrocement par les bourreaux de Napoléon à la recherche de l’or caché du mari.
En 1812, Stephen Girard fut l’homme le plus riche des Etats-Unis d’Amérique. Quand en 1813, le gouvernement américain était au bord de la faillite et risquait de perdre la guerre face à l’Angleterre. Ne pouvant collecter les 10 millions de dollars requis, Stephen Girard, à lui seul, prêta 5 millions de dollars au gouvernement, soit la moitié de ce dont ’il avait besoin. Donc, la richesse volée de Stephen Girard d’Haïti fut mise au service des Etats-Unis lui permettant de gagner la guerre cruciale contre l’Angleterre, la dernière. Ensuite, il construisit « Girard Collège » à Philadelphie, d’où aucun homme ou femme de peau noire n’était admis. Il fallut attendre jusque dans les années 70 pour que le gouvernement impose l’accès au collège à tout un chacun, sans tenir compte de la couleur de leur peau.
En 1914, les Américains envahirent le pays. Ils firent un holdup up à la banque de la république d’Haïti et emportèrent la réserve d’or nationale. Ils occupèrent le pays pendant 19 ans. Aujourd’hui encore, l’or de « tonton nord » se trouve toujours dans les réserves stratégiques fédérales des Etats-Unis d’Amérique.
Dans ce contexte particulier de crise économique aigue, l’or s’impose mondialement comme le moyen le plus sur de conserver la richesse. Parce que tout est instable. Les secteurs clés de l’investissement-comme l’immobilier qui générait rapidement d’énormes profits-et les stocks sont en lambeaux. L’or est actuellement le refuge privilégié des nantis. Cela explique que l’once d’or coute plus de 2000 dollars américains sur le marché international. En une année, il a subi une augmentation de 15%. Voila dans quel contexte de grande convoitise qu’est arrivée la découverte de l’or en Haïti. D’abord, considérons les réserves d’or mondiales pour permettre de comprendre le danger qui guette Haïti.
Le Canada qui assure les explorations minérales sur le terrain en Haïti depuis 2006, à travers la compagnie EMX, affiche un certain retard sur la liste des pays détenteurs d’or. Le Canada est en 80e position avec seulement 3.4 tonnes de réserve. Donc, dans un contexte économique et financier mondial pareil, ce pays a besoin de beaucoup d’or pour renflouer sa réserve.
D’ailleurs, il n’est pas le seul, d’autres géants économiques emboîtent le pas aussi. Les Etats-Unis qui contrôlent la plus grande réserve d’or de la planète, en première position avec 8133,5 tonnes, s’activent beaucoup aussi sur le marché de l’or. A noter que, les Etats-Unis prirent des 1933 un arrêté l’« executive order 1602 » mettant hors la loi tout citoyen susceptible de posséder de l’or. Seul le gouvernement fédéral fut autorisé à en garder. Pour préserver plus de 12 milliards de dollars en or, Franklyn D. Roosevelt a ordonné la construction a Fort Knox, Kentucky, du coffre-fort le plus sécurisé au monde jusqu’a nos jours.
Le « United States Bullion Depository », il est placé en plein cœur de l’un des plus grands camps militaires du pays. Il est surveillé jour et nuit par plus de 30.000 soldats appartenant a : « l’aéroport militaire de Godman», « 16th régiment de cavalerie », « Bataillon du génie », l’« Equipe de combat de la 3eme brigade », la « 1ere division d’infanterie »…sans oublier : « United States Mint Police », des systèmes d’alarme, des caméras de vidéo, des hélicoptères apaches, des véhicules blindés de transport de troupes …On parle même de minage a intervalle de certains tronçons conduisant au bâtiment. Donc, l’or, contrairement à la croyance populaire a une importance supérieure à l’admiration illusoire que fait miroiter un bracelet, une bague ou une chaine…
Haïti, ce même bout de terre qui absorba le sang tout chaud de ces milliers innocents Indiens, hommes, femmes et enfants, aujourd’hui excite également l’appétit mercantile des empires. Cette fois, la république d’Haïti est habitée par des hommes et femmes noirs, originaires de l’Afrique. Ces mêmes individus qui remplacèrent les premiers habitants exterminés, il y a six siècles de cela. Ils sont plus de dix millions. Eux, les Haïtiens, qui fondèrent une nation sur ce bout de terre au prix de hautes luttes et de sacrifices ultimes sont dans le point de mire de ces mêmes exterminateurs au 21e siècle.
Ils sont de retour !
Ils sont du même sang !
Ils viennent de l’Europe !
Le Canada et les Etats-Unis remplacent respectivement l’Espagne et l’Angleterre; c'est-à-dire, la même fresque épidermique de Caucasiens aux yeux bleus/verts qui se disent issus d’une race supérieure. Perpétuellement, avec la même rapacité, c'est-à-dire la même soif ardente de voler et de tuer pour s’accaparer de tout. Toujours l’identique stratégie de diviser pour mieux régner : tribaliser la nation en parachutant un valet au pouvoir et morceler tout un continent par zones d’intérêts. Le trio infernal, États-Unis/France/Canada, à l’instar de celui du 15e siècle-le trio France/Angleterre/Espagne, se prépare pour le deuxième grand pillage d’Haïti, voir l’extermination de ceux qui résistent.
A l’heure de l’alerte du grand drame humain se joue la tragédie de la « chronique d’une mort annoncée ». Beaucoup de penseurs estiment qu’il faut exorciser les peuples victimes de l’histoire. En leur enlevant leur innocence. Il faut les réveiller de ce profond sommeil injecté par l’ordre mondial sur mesure. C’est l’heure de grands réquisitoires et de véhémentes dénonciations. Sinon, c’est la défaite qui nous consumera. Cette fois, il faut anticiper l’histoire pour l’imposer a notre humanité. Elle est trop cruelle envers nous, dirait l’auteur de « Les Veines Ouvertes de L’Amérique ». Il faut arrêter les tours et contours meurtriers de l’histoire. Cette dualité de bourreaux et victimes, agresseurs et proies touche à sa fin. Que l’or d’Haïti soit la sépulture des exterminateurs des Indiens.
Il y a six siècles de cela, les occidentaux firent disparaitre toute une classe d’hommes et de femmes. Il n’y avait pas eu de transition entre les Arawak/Tainos, les premiers habitants d’Haïti, et les noirs arrachés de leurs royaumes africains. Cela signifie que l’Ile d’Haïti avait vécu le premier nettoyage ethnique de l’hémisphère occidental.
En écoutant le documentaire audio de « Ayiti Je Kale », on a l’impression que le peuple, appuyé par ses intellectuels progressistes, se prépare déjà à la résistance nationale. Le gouvernement actuel, par son manque de légitimité, est appelé a ne pas négocier aucun contrat avec « EURASIAN », « NEWMONT » etc, les principaux pillards internationaux des mines.
D’ailleurs, Dieuseul Anglade, un ancien directeur général du bureau des mines, a déjà exhorté les autorités actuelles dans ce sens, et je cite : « Je leur ai dit de laisser les minerais sous terre les générations futures pourront les exploiter ». La nation d’Haïti est condamnée à ne pas manquer cet autre rendez-vous. Celui-là est fondamental parce qu’il s’agit des ressources naturelles nationales du pays.
Hugo Chavez, en commentant sa dernière visite en Haïti devant le parlement vénézuélien tout de suite après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, a avoué avoir vu dans le pays des « Portes de l’enfer habitées par des anges noirs ». Donc, le moment est venu de briser ses portes de l’enfer en utilisant nos propres ressources et combattre le grand capital financier international toujours prêt à piller. Sans pourtant ignorer la complexité de la situation globale du pays.
Nous faisons face a un appareil d’état vassalisé au profit de l’intérêt économique, politique et social des pays, curieusement autoproclamés « amis d’Haïti ». Cette réalité me renvoie étrangement en 1929 quand le commandant des US marines en Haïti, Mr John Russel, expliqua que Louis Borno, président d’alors d’Haïti, « n’a jamais pris une seule décision sans me consulter au préalable».
En 2012, tous les pouvoirs d’état sont assujettis. Le président et sa femme sont de nationalité américaine et considérés comme les chouchous de Bill Clinton, ex-président des Etats-Unis. On a un chef de gouvernement, Laurent Lamothe, qui regarde tout comme une marchandise. Il est un multi millionnaire dans le domaine de la télécommunication, qui voit profit en tout et partout. Les parlementaires haïtiens, à part quelques exceptions notables se font tristement célèbres dans des scandales financiers et politiques en permanence. Le pouvoir judiciaire est totalement acquis à la cause de l’exécutif. En face d’une réalité aussi décevante, la défense de l’intérêt national tombe automatiquement sous la responsabilité directe des citoyens.
D’abord, en considérant le caractère valet de l’exécutif et puéril du législatif, il est impérieux qu’ils n’engagent pas le pays dans des accords avec des compagnies étrangères pour l’extraction de l’or. Ce déficit de confiance doit être résolu avant de penser à l’utilisation des mines nationales. Pour cela, il faut avoir des hommes politiques patriotes aux affaires, pour éviter que soit gaspillée cette chance ultime. D’où l’importance des élections à venir.
Joël Léon
Joël Léon est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.
http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=31468
Haïti n’a pas beaucoup de chances quand il y a « ruée vers l’or ». D’après l’historien J.A. Rodgers, Toussaint Louverture, dans sa quête de libération pour ses frères en Afrique, rêvait d’y retourner. Une fois là-bas, il entendait empêcher le commerce des noirs qui se pratiquait à grande échelle. Ainsi, il confia beaucoup de franc-or à Mr Stephen Girard, un capitaine de bateau américain d’origine française, qui mouillait fréquemment dans la rade de Port-au-Prince, un ami a lui. L’objectif de cette entreprise, toujours selon Mr Rodgers, fut d’accumuler une forte quantité d’or pour pouvoir matérialiser financièrement son projet contre la traite négrière. La valeur de Cet or fut estimée à plus de 6 millions de dollars américains. Tout ceci est reporte dans le livre : « 100 Amazing facts About The Negro ». Après l’acte vil de Napoléon qui piégea Toussaint Louverture et l’envoya en France, Stephen Girard décida de conserver l’or pour lui-même au lieu de le remettre aux enfants et a la femme de celui-ci après son internement a Fort-de-Joux, en France.
A rappeler ici, que la femme de Toussaint fut humiliée, torturée atrocement par les bourreaux de Napoléon à la recherche de l’or caché du mari.
En 1812, Stephen Girard fut l’homme le plus riche des Etats-Unis d’Amérique. Quand en 1813, le gouvernement américain était au bord de la faillite et risquait de perdre la guerre face à l’Angleterre. Ne pouvant collecter les 10 millions de dollars requis, Stephen Girard, à lui seul, prêta 5 millions de dollars au gouvernement, soit la moitié de ce dont ’il avait besoin. Donc, la richesse volée de Stephen Girard d’Haïti fut mise au service des Etats-Unis lui permettant de gagner la guerre cruciale contre l’Angleterre, la dernière. Ensuite, il construisit « Girard Collège » à Philadelphie, d’où aucun homme ou femme de peau noire n’était admis. Il fallut attendre jusque dans les années 70 pour que le gouvernement impose l’accès au collège à tout un chacun, sans tenir compte de la couleur de leur peau.
En 1914, les Américains envahirent le pays. Ils firent un holdup up à la banque de la république d’Haïti et emportèrent la réserve d’or nationale. Ils occupèrent le pays pendant 19 ans. Aujourd’hui encore, l’or de « tonton nord » se trouve toujours dans les réserves stratégiques fédérales des Etats-Unis d’Amérique.
Dans ce contexte particulier de crise économique aigue, l’or s’impose mondialement comme le moyen le plus sur de conserver la richesse. Parce que tout est instable. Les secteurs clés de l’investissement-comme l’immobilier qui générait rapidement d’énormes profits-et les stocks sont en lambeaux. L’or est actuellement le refuge privilégié des nantis. Cela explique que l’once d’or coute plus de 2000 dollars américains sur le marché international. En une année, il a subi une augmentation de 15%. Voila dans quel contexte de grande convoitise qu’est arrivée la découverte de l’or en Haïti. D’abord, considérons les réserves d’or mondiales pour permettre de comprendre le danger qui guette Haïti.
Le Canada qui assure les explorations minérales sur le terrain en Haïti depuis 2006, à travers la compagnie EMX, affiche un certain retard sur la liste des pays détenteurs d’or. Le Canada est en 80e position avec seulement 3.4 tonnes de réserve. Donc, dans un contexte économique et financier mondial pareil, ce pays a besoin de beaucoup d’or pour renflouer sa réserve.
D’ailleurs, il n’est pas le seul, d’autres géants économiques emboîtent le pas aussi. Les Etats-Unis qui contrôlent la plus grande réserve d’or de la planète, en première position avec 8133,5 tonnes, s’activent beaucoup aussi sur le marché de l’or. A noter que, les Etats-Unis prirent des 1933 un arrêté l’« executive order 1602 » mettant hors la loi tout citoyen susceptible de posséder de l’or. Seul le gouvernement fédéral fut autorisé à en garder. Pour préserver plus de 12 milliards de dollars en or, Franklyn D. Roosevelt a ordonné la construction a Fort Knox, Kentucky, du coffre-fort le plus sécurisé au monde jusqu’a nos jours.
Le « United States Bullion Depository », il est placé en plein cœur de l’un des plus grands camps militaires du pays. Il est surveillé jour et nuit par plus de 30.000 soldats appartenant a : « l’aéroport militaire de Godman», « 16th régiment de cavalerie », « Bataillon du génie », l’« Equipe de combat de la 3eme brigade », la « 1ere division d’infanterie »…sans oublier : « United States Mint Police », des systèmes d’alarme, des caméras de vidéo, des hélicoptères apaches, des véhicules blindés de transport de troupes …On parle même de minage a intervalle de certains tronçons conduisant au bâtiment. Donc, l’or, contrairement à la croyance populaire a une importance supérieure à l’admiration illusoire que fait miroiter un bracelet, une bague ou une chaine…
Haïti, ce même bout de terre qui absorba le sang tout chaud de ces milliers innocents Indiens, hommes, femmes et enfants, aujourd’hui excite également l’appétit mercantile des empires. Cette fois, la république d’Haïti est habitée par des hommes et femmes noirs, originaires de l’Afrique. Ces mêmes individus qui remplacèrent les premiers habitants exterminés, il y a six siècles de cela. Ils sont plus de dix millions. Eux, les Haïtiens, qui fondèrent une nation sur ce bout de terre au prix de hautes luttes et de sacrifices ultimes sont dans le point de mire de ces mêmes exterminateurs au 21e siècle.
Ils sont de retour !
Ils sont du même sang !
Ils viennent de l’Europe !
Le Canada et les Etats-Unis remplacent respectivement l’Espagne et l’Angleterre; c'est-à-dire, la même fresque épidermique de Caucasiens aux yeux bleus/verts qui se disent issus d’une race supérieure. Perpétuellement, avec la même rapacité, c'est-à-dire la même soif ardente de voler et de tuer pour s’accaparer de tout. Toujours l’identique stratégie de diviser pour mieux régner : tribaliser la nation en parachutant un valet au pouvoir et morceler tout un continent par zones d’intérêts. Le trio infernal, États-Unis/France/Canada, à l’instar de celui du 15e siècle-le trio France/Angleterre/Espagne, se prépare pour le deuxième grand pillage d’Haïti, voir l’extermination de ceux qui résistent.
A l’heure de l’alerte du grand drame humain se joue la tragédie de la « chronique d’une mort annoncée ». Beaucoup de penseurs estiment qu’il faut exorciser les peuples victimes de l’histoire. En leur enlevant leur innocence. Il faut les réveiller de ce profond sommeil injecté par l’ordre mondial sur mesure. C’est l’heure de grands réquisitoires et de véhémentes dénonciations. Sinon, c’est la défaite qui nous consumera. Cette fois, il faut anticiper l’histoire pour l’imposer a notre humanité. Elle est trop cruelle envers nous, dirait l’auteur de « Les Veines Ouvertes de L’Amérique ». Il faut arrêter les tours et contours meurtriers de l’histoire. Cette dualité de bourreaux et victimes, agresseurs et proies touche à sa fin. Que l’or d’Haïti soit la sépulture des exterminateurs des Indiens.
Il y a six siècles de cela, les occidentaux firent disparaitre toute une classe d’hommes et de femmes. Il n’y avait pas eu de transition entre les Arawak/Tainos, les premiers habitants d’Haïti, et les noirs arrachés de leurs royaumes africains. Cela signifie que l’Ile d’Haïti avait vécu le premier nettoyage ethnique de l’hémisphère occidental.
En écoutant le documentaire audio de « Ayiti Je Kale », on a l’impression que le peuple, appuyé par ses intellectuels progressistes, se prépare déjà à la résistance nationale. Le gouvernement actuel, par son manque de légitimité, est appelé a ne pas négocier aucun contrat avec « EURASIAN », « NEWMONT » etc, les principaux pillards internationaux des mines.
D’ailleurs, Dieuseul Anglade, un ancien directeur général du bureau des mines, a déjà exhorté les autorités actuelles dans ce sens, et je cite : « Je leur ai dit de laisser les minerais sous terre les générations futures pourront les exploiter ». La nation d’Haïti est condamnée à ne pas manquer cet autre rendez-vous. Celui-là est fondamental parce qu’il s’agit des ressources naturelles nationales du pays.
Hugo Chavez, en commentant sa dernière visite en Haïti devant le parlement vénézuélien tout de suite après le tremblement de terre du 12 janvier 2010, a avoué avoir vu dans le pays des « Portes de l’enfer habitées par des anges noirs ». Donc, le moment est venu de briser ses portes de l’enfer en utilisant nos propres ressources et combattre le grand capital financier international toujours prêt à piller. Sans pourtant ignorer la complexité de la situation globale du pays.
Nous faisons face a un appareil d’état vassalisé au profit de l’intérêt économique, politique et social des pays, curieusement autoproclamés « amis d’Haïti ». Cette réalité me renvoie étrangement en 1929 quand le commandant des US marines en Haïti, Mr John Russel, expliqua que Louis Borno, président d’alors d’Haïti, « n’a jamais pris une seule décision sans me consulter au préalable».
En 2012, tous les pouvoirs d’état sont assujettis. Le président et sa femme sont de nationalité américaine et considérés comme les chouchous de Bill Clinton, ex-président des Etats-Unis. On a un chef de gouvernement, Laurent Lamothe, qui regarde tout comme une marchandise. Il est un multi millionnaire dans le domaine de la télécommunication, qui voit profit en tout et partout. Les parlementaires haïtiens, à part quelques exceptions notables se font tristement célèbres dans des scandales financiers et politiques en permanence. Le pouvoir judiciaire est totalement acquis à la cause de l’exécutif. En face d’une réalité aussi décevante, la défense de l’intérêt national tombe automatiquement sous la responsabilité directe des citoyens.
D’abord, en considérant le caractère valet de l’exécutif et puéril du législatif, il est impérieux qu’ils n’engagent pas le pays dans des accords avec des compagnies étrangères pour l’extraction de l’or. Ce déficit de confiance doit être résolu avant de penser à l’utilisation des mines nationales. Pour cela, il faut avoir des hommes politiques patriotes aux affaires, pour éviter que soit gaspillée cette chance ultime. D’où l’importance des élections à venir.
Joël Léon
Joël Léon est un collaborateur régulier de Mondialisation.ca.
http://mondialisation.ca/index.php?context=va&aid=31468
vendredi 8 juin 2012
Haïti-Ressources minières : A qui profiteront les milliards du sous-sol haïtien ? (I)
P-au-P, 5 juin 2012 [AlterPresse] --- Haïti connait une ruée vers l’or. Or, les reportages dans certains médias haïtiens ou étrangers, ainsi que certaines déclarations d’entreprises minières et de politiciens haïtiens ont induit le public en erreur, révèle une nouvelle enquête d’Ayiti Kale Je (Akj).
La ruée vers l’or, qui se dessine peu à peu depuis quelques années en Haïti, promet de rapporter des bénéfices de quelque 20 milliards de dollars américains (US $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 58.00 gourdes aujourd’hui).
Mais, où cet argent ira-t-il ? À qui profitera-t-il ? Et à quel coût ?
Au cours d’une enquête, qui a duré dix mois, une équipe d’étudiantes et d’étudiants, de journalistes et de membres d’une radio communautaire, a fait des découvertes surprenantes :
• Près de 3,885 kilomètres carrés de territoire haïtien, soit 15 pour cent de tout le pays, sont déjà sous une licence de recherche, d’exploration ou d’exploitation, ou sont soumis à une convention contrôlée par des firmes américaines et canadiennes ;
• À elle seule, l’Eurasian Minerals, une des firmes en question, a prélevé 44,000 échantillons ;
• La Newmont Mining, deuxième productrice d’or au monde et qui exploite la plus grande mine en Amérique, a largement investi auprès d’Eurasian. Elle envisage la possibilité d’exploiter au moins cinq sites miniers ;
• L’ancien ministre haïtien de l’économie et des finances (Mef), Ronald Baudin, travaille aujourd’hui comme consultant pour la compagnie minière Newmont ;;
• Deux ministres haïtiens ont récemment signé avec Newmont et Eurasian un « protocole d’entente », selon lequel – et en violation de la loi haïtienne – les compagnies peuvent commencer le forage dans un des sites en exploration. Or, la loi haïtienne stipule qu’aucun forage ne peut être entrepris sans une convention minière ;
• Équipée de quelques géologues et d’une poignée de véhicules, l’agence d’État, en l’occurrence le bureau des mines et de l’énergie (Bme), n’a pas les moyens de superviser les opérations de forage et de recherche, en cours au Nord du pays ;
• Personne ne semble enclin à parler, aux communautés, de ce qui se passe dans le Nord et des ententes conclues derrière des portes closes.
Ruée vers l’or, d’un pays vers sa perte
Haïti est peut-être le « pays le plus pauvre des Amériques », mais cette nation est également assise sur une mine d’or.
Le nouveau premier ministre Laurent Salvador Lamothe dit miser sur les richesses qui se trouvent dans les montagnes du Nord d’Haïti, pour sortir le pays de la pauvreté.
Mais, si le passé est garant de l’avenir, l’exploitation de l’or, de l’argent et du cuivre, cachés dans les montagnes, profitera principalement aux actionnaires étrangers, tout en défigurant un paysage déjà dénudé et fragile.
Haïti a peut-être quelque chose à gagner, mais elle a également beaucoup à perdre.
Alors qu’une poignée de cultivateurs gagnent cinq dollars américains par jour à construire des chemins miniers, et pendant que les journalistes parlent d’un ou deux sites de forage, une entreprise canadienne, Eurasian Minerals, accapare, discrètement et minutieusement, les permis d’exploration – 53 pour être précis – et conclut des ententes secrètes, vraisemblablement avec l’aide d’un ancien ministre de haut rang, aujourd’hui stipendié.
L’aubaine est si belle, pour les compagnies minières et tellement néfaste pour Haïti, que le directeur de l’agence nationale - responsable des mines -les a récemment dénoncées lors d’une entrevue exclusive avec Ayiti Kale Je (AKJ), appelant son gouvernement à rectifier le tir :
« Je leur ai dit de laisser les minerais sous terre, les générations futures pourront les exploiter ».
« Les mines font partie du patrimoine national [...] Elles appartiennent à la population, elles n’appartiennent pas aux gens au pouvoir, même pas au propriétaire du terrain », ajoute l’ingénieur géologue Dieuseul Anglade, alors directeur du bureau des mines et de l’énergie (Bme).
Eurasian et son entreprise associée, Newmont Mining, deuxième productrice aurifère mondiale, forent illégalement, de connivence avec certains membres du gouvernement, dans le secteur de Lamielle, dans le Nord-Est du pays.
La loi haïtienne diffère de celle de nombre d’autres pays. Elle est nettement plus bureaucratique, mais elle prévoit également, au prime abord, un minimum de protection. Pour pouvoir forer – même à des fins d’exploration –, les entreprises doivent obtenir une convention d’exploitation minière, signée par le premier ministre et l’ensemble des ministres. Cette convention établit les modalités pour toute exploitation minière.
Eurasian et Newmont attendent actuellement l’approbation finale d’une convention couvrant un vaste territoire, soit environ 1,350 kilomètres carrés.
Toutefois, la convention n’a pas encore été signée, en partie parce que, pendant le plus clair des 12 derniers mois (mai 2011 - mai 2012), Haïti n’avait pas de premier ministre.
Les richesses d’Haïti secrètement liquidées ?
« Nous sommes prêts à forer », déclarait Daven Mashburn de Newmont Mining, vers la fin de 2011, en parlant de Lamielle.
« Puisque le gouvernement d’Haïti s’en fout […], il nous est impossible de mettre en œuvre nos concessions. Cela signifie que les gens ne peuvent trouver d’emplois ».
Pourtant, le gouvernement est loin de s’en foutre.
Peu après cette entrevue, les concessions ont été consenties, quoique d’une manière pas tout à fait légale.
« Le gouvernement leur a accordé une sorte de dérogation », explique Ronald Baudin (ministre des finances d’Haïti de 2009 à 2011 et ancien directeur général du ministère), qui a supervisé les négociations avec Eurasian alors qu’il occupait cette puissante position.
« Ils sont conscients du tort qu’ils font à la compagnie… Celle-ci a plusieurs bases, plusieurs camps partout dans le pays, avec une très importante logistique. Elle dépense beaucoup d’argent. Et voilà qu’elle arrive à une étape et reste bloquée, du seul fait que la convention n’a pas encore été signée ».
Baudin, qui a quitté ses fonctions lorsque le nouveau gouvernement de Joseph Michel Martelly a été mis en place en 2011, est aujourd’hui un conseiller rétribué du partenariat Eurasian-Newmont, qui porte le nom de « Newmont Ventures ».
Toutefois, un protocole d’entente ne saurait l’emporter sur une loi. Aucune dérogation n’est possible en matière de législation.
« Il y a ce qu’on appelle la hiérarchie des lois. D’après cette hiérarchie, un protocole est plus faible qu’une loi. Un protocole ne peut pas annuler une loi. Il ne peut pas autoriser à faire quelque chose que la loi n’autorise pas », relève l’avocat des droits humains, Patrice Florvilus.
Le directeur de l’agence responsable des mines – le Bme – n’a pas signé le protocole d’entente.
« Je n’étais pas d’accord, pour la simple et bonne raison que si la loi n’autorise pas quelque chose, … vous n’avez pas le droit de le faire ! », souligne Anglade au cours d’une entrevue le 24 mai 2012.
Son bureau n’en a même pas reçu un exemplaire.
Ce refus a été, peut-être, l’une des raisons pour que l’un des premiers actes officiels, du nouveau gouvernement Lamothe, ait été de destituer Anglade.
Anglade, âgé de 62 ans, compte près de 30 années de service au Bme, qu’il a dirigé de près au cours des 20 dernières années. Il a une réputation d’honnêteté.
La loi mise sous la torture
Malgré le refus d’Anglade, le protocole d’entente a été signé par le précédent ministre des finances et celui des travaux publics vers la fin du mois de mars 2012. Ainsi, le 23 avril, Eurasian a-t-elle pu joyeusement rapporter à ses actionnaires que « le partenariat a obtenu la permission de forer pour certains projets, grâce au protocole d’entente ; et le forage se poursuit présentement ».
Eurasian et Newmont, qui n’ignorent point la législation, semblent croire qu’Anglade a signé le document. selon une correspondance avec Akj en date du 25 mai 2012.
Mais tel n’a pas été le cas.
Anglade est également en désaccord avec une convention d’exploitation minière, qui risque d’être signée sous peu, vu qu’après trois mois d’attente, Haïti a enfin un Premier ministre, Laurent Lamothe, qui s’est engagé à rendre la législation du pays plus favorable aux affaires.
Selon Anglade, la version finale – qu’il a rejetée par l’entremise d’une lettre officielle au président de l’époque, René Garcia Préval, et au ministre des finances à ce moment-là, Ronald Baudin – est beaucoup plus faible que les deux plus petites conventions minières existantes d’Haïti (pour 50 kilomètres carrés chacune), parce que les principales clauses de sauvegarde ont été supprimées.
L’article 26.5 – des conventions antérieures – plafonnait les dépenses qu’une entreprise pouvait déclarer à 60 pour cent des revenus. Il est à présent caduc, selon le directeur du Bme.
« Ce qui veut dire que la compagnie peut venir dire qu’elle a dépensé 90 dollars, qu’il ne reste plus que 10 dollars », dit Anglade.
Une deuxième clause a également été supprimée, dit-il : l’Article 26.4, qui garantissait un partage, à parts égales, des profits entre les entreprises minières et le gouvernement.
« Durant les 2 années, passées à négocier ; ma position était claire [...] », dit cet homme de 62 ans, qui, ayant passé toute sa vie dans la fonction publique, enseigne aussi les mathématiques à l’université d’État d’Haïti (Ueh).
« Ces 2 articles, le bureau des mines n’a jamais voulu les enlever [...] C’est lorsque le dossier a quitté le bureau des mines, qu’ils ont négocié et enlevé ces articles. Ce n’est point moi qui les ai enlevés. Après le bureau des mines [...], ils ont fait une réunion au ministère des finances [...] C’est le ministre lui-même qui les a ôtés, le ministre Baudin ».
Interrogé à propos de la convention, Baudin déclare qu’il ne pouvait pas entrer dans les détails.
« Ce que, moi personnellement, je puis vous dire, à présent, nous avons un texte qui a obtenu le consensus de la compagnie, du ministère des travaux publics, du bureau des mines, du ministère des Finances », reconnaît-il néanmoins.
Pas, d’après Anglade.
« Pour rien au monde, je n’enlèverais ces articles », précise-t-il.
Le ministre des travaux publics, Jacques Rousseau, est le supérieur d’Anglade. Son ministère, qui supervise le Bme, est en possession de la convention pendante.
Rousseau a refusé cinq (5) demandes d’entrevue. C’est pourquoi, l’absence des clauses de sauvegarde dans le document ne peut pas être confirmée.
Cela dit, Anglade jure que les mesures sont absentes.
Entre-temps, le protocole d’entente, illégal, a été rendu public. Et Baudin est ostensiblement à la solde de Newmont.
« Je veux que ce soit clair pour la nation : le Bme n’est pas responsable de ce qui a été fait au profit de l’entreprise jusqu’à maintenant », affirme Anglade.
Lorsque Baudin a été interrogé à propos du conflit d’intérêts potentiel, découlant du fait qu’il a occupé les fonctions de ministre des finances avant de se recycler immédiatement en consultant à la solde de Newmont, il est resté de marbre.
« Il existe d’autres pays où, lorsque quelqu’un a fini d’exercer de telles responsabilités, il y a une période de temps, au cours de laquelle il n’a pas le droit de travailler pour le privé. Mais, en la circonstance, il a une compensation. Nous autres, nous n’avons pas cela dans notre législation », accouche Baudin.
« Et aujourd’hui, au moment où je vous parle, depuis mon départ du ministère des finances, je ne reçois pas une gourde de l’État. Ensuite, je dois manger, n’est-ce pas ? Je dois m’habiller [...] » [akj apr 05/06/2012 12:00]
La ruée vers l’or, qui se dessine peu à peu depuis quelques années en Haïti, promet de rapporter des bénéfices de quelque 20 milliards de dollars américains (US $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 58.00 gourdes aujourd’hui).
Mais, où cet argent ira-t-il ? À qui profitera-t-il ? Et à quel coût ?
Au cours d’une enquête, qui a duré dix mois, une équipe d’étudiantes et d’étudiants, de journalistes et de membres d’une radio communautaire, a fait des découvertes surprenantes :
• Près de 3,885 kilomètres carrés de territoire haïtien, soit 15 pour cent de tout le pays, sont déjà sous une licence de recherche, d’exploration ou d’exploitation, ou sont soumis à une convention contrôlée par des firmes américaines et canadiennes ;
• À elle seule, l’Eurasian Minerals, une des firmes en question, a prélevé 44,000 échantillons ;
• La Newmont Mining, deuxième productrice d’or au monde et qui exploite la plus grande mine en Amérique, a largement investi auprès d’Eurasian. Elle envisage la possibilité d’exploiter au moins cinq sites miniers ;
• L’ancien ministre haïtien de l’économie et des finances (Mef), Ronald Baudin, travaille aujourd’hui comme consultant pour la compagnie minière Newmont ;;
• Deux ministres haïtiens ont récemment signé avec Newmont et Eurasian un « protocole d’entente », selon lequel – et en violation de la loi haïtienne – les compagnies peuvent commencer le forage dans un des sites en exploration. Or, la loi haïtienne stipule qu’aucun forage ne peut être entrepris sans une convention minière ;
• Équipée de quelques géologues et d’une poignée de véhicules, l’agence d’État, en l’occurrence le bureau des mines et de l’énergie (Bme), n’a pas les moyens de superviser les opérations de forage et de recherche, en cours au Nord du pays ;
• Personne ne semble enclin à parler, aux communautés, de ce qui se passe dans le Nord et des ententes conclues derrière des portes closes.
Ruée vers l’or, d’un pays vers sa perte
Haïti est peut-être le « pays le plus pauvre des Amériques », mais cette nation est également assise sur une mine d’or.
Le nouveau premier ministre Laurent Salvador Lamothe dit miser sur les richesses qui se trouvent dans les montagnes du Nord d’Haïti, pour sortir le pays de la pauvreté.
Mais, si le passé est garant de l’avenir, l’exploitation de l’or, de l’argent et du cuivre, cachés dans les montagnes, profitera principalement aux actionnaires étrangers, tout en défigurant un paysage déjà dénudé et fragile.
Haïti a peut-être quelque chose à gagner, mais elle a également beaucoup à perdre.
Alors qu’une poignée de cultivateurs gagnent cinq dollars américains par jour à construire des chemins miniers, et pendant que les journalistes parlent d’un ou deux sites de forage, une entreprise canadienne, Eurasian Minerals, accapare, discrètement et minutieusement, les permis d’exploration – 53 pour être précis – et conclut des ententes secrètes, vraisemblablement avec l’aide d’un ancien ministre de haut rang, aujourd’hui stipendié.
L’aubaine est si belle, pour les compagnies minières et tellement néfaste pour Haïti, que le directeur de l’agence nationale - responsable des mines -les a récemment dénoncées lors d’une entrevue exclusive avec Ayiti Kale Je (AKJ), appelant son gouvernement à rectifier le tir :
« Je leur ai dit de laisser les minerais sous terre, les générations futures pourront les exploiter ».
« Les mines font partie du patrimoine national [...] Elles appartiennent à la population, elles n’appartiennent pas aux gens au pouvoir, même pas au propriétaire du terrain », ajoute l’ingénieur géologue Dieuseul Anglade, alors directeur du bureau des mines et de l’énergie (Bme).
Eurasian et son entreprise associée, Newmont Mining, deuxième productrice aurifère mondiale, forent illégalement, de connivence avec certains membres du gouvernement, dans le secteur de Lamielle, dans le Nord-Est du pays.
La loi haïtienne diffère de celle de nombre d’autres pays. Elle est nettement plus bureaucratique, mais elle prévoit également, au prime abord, un minimum de protection. Pour pouvoir forer – même à des fins d’exploration –, les entreprises doivent obtenir une convention d’exploitation minière, signée par le premier ministre et l’ensemble des ministres. Cette convention établit les modalités pour toute exploitation minière.
Eurasian et Newmont attendent actuellement l’approbation finale d’une convention couvrant un vaste territoire, soit environ 1,350 kilomètres carrés.
Toutefois, la convention n’a pas encore été signée, en partie parce que, pendant le plus clair des 12 derniers mois (mai 2011 - mai 2012), Haïti n’avait pas de premier ministre.
Les richesses d’Haïti secrètement liquidées ?
« Nous sommes prêts à forer », déclarait Daven Mashburn de Newmont Mining, vers la fin de 2011, en parlant de Lamielle.
« Puisque le gouvernement d’Haïti s’en fout […], il nous est impossible de mettre en œuvre nos concessions. Cela signifie que les gens ne peuvent trouver d’emplois ».
Pourtant, le gouvernement est loin de s’en foutre.
Peu après cette entrevue, les concessions ont été consenties, quoique d’une manière pas tout à fait légale.
« Le gouvernement leur a accordé une sorte de dérogation », explique Ronald Baudin (ministre des finances d’Haïti de 2009 à 2011 et ancien directeur général du ministère), qui a supervisé les négociations avec Eurasian alors qu’il occupait cette puissante position.
« Ils sont conscients du tort qu’ils font à la compagnie… Celle-ci a plusieurs bases, plusieurs camps partout dans le pays, avec une très importante logistique. Elle dépense beaucoup d’argent. Et voilà qu’elle arrive à une étape et reste bloquée, du seul fait que la convention n’a pas encore été signée ».
Baudin, qui a quitté ses fonctions lorsque le nouveau gouvernement de Joseph Michel Martelly a été mis en place en 2011, est aujourd’hui un conseiller rétribué du partenariat Eurasian-Newmont, qui porte le nom de « Newmont Ventures ».
Toutefois, un protocole d’entente ne saurait l’emporter sur une loi. Aucune dérogation n’est possible en matière de législation.
« Il y a ce qu’on appelle la hiérarchie des lois. D’après cette hiérarchie, un protocole est plus faible qu’une loi. Un protocole ne peut pas annuler une loi. Il ne peut pas autoriser à faire quelque chose que la loi n’autorise pas », relève l’avocat des droits humains, Patrice Florvilus.
Le directeur de l’agence responsable des mines – le Bme – n’a pas signé le protocole d’entente.
« Je n’étais pas d’accord, pour la simple et bonne raison que si la loi n’autorise pas quelque chose, … vous n’avez pas le droit de le faire ! », souligne Anglade au cours d’une entrevue le 24 mai 2012.
Son bureau n’en a même pas reçu un exemplaire.
Ce refus a été, peut-être, l’une des raisons pour que l’un des premiers actes officiels, du nouveau gouvernement Lamothe, ait été de destituer Anglade.
Anglade, âgé de 62 ans, compte près de 30 années de service au Bme, qu’il a dirigé de près au cours des 20 dernières années. Il a une réputation d’honnêteté.
La loi mise sous la torture
Malgré le refus d’Anglade, le protocole d’entente a été signé par le précédent ministre des finances et celui des travaux publics vers la fin du mois de mars 2012. Ainsi, le 23 avril, Eurasian a-t-elle pu joyeusement rapporter à ses actionnaires que « le partenariat a obtenu la permission de forer pour certains projets, grâce au protocole d’entente ; et le forage se poursuit présentement ».
Eurasian et Newmont, qui n’ignorent point la législation, semblent croire qu’Anglade a signé le document. selon une correspondance avec Akj en date du 25 mai 2012.
Mais tel n’a pas été le cas.
Anglade est également en désaccord avec une convention d’exploitation minière, qui risque d’être signée sous peu, vu qu’après trois mois d’attente, Haïti a enfin un Premier ministre, Laurent Lamothe, qui s’est engagé à rendre la législation du pays plus favorable aux affaires.
Selon Anglade, la version finale – qu’il a rejetée par l’entremise d’une lettre officielle au président de l’époque, René Garcia Préval, et au ministre des finances à ce moment-là, Ronald Baudin – est beaucoup plus faible que les deux plus petites conventions minières existantes d’Haïti (pour 50 kilomètres carrés chacune), parce que les principales clauses de sauvegarde ont été supprimées.
L’article 26.5 – des conventions antérieures – plafonnait les dépenses qu’une entreprise pouvait déclarer à 60 pour cent des revenus. Il est à présent caduc, selon le directeur du Bme.
« Ce qui veut dire que la compagnie peut venir dire qu’elle a dépensé 90 dollars, qu’il ne reste plus que 10 dollars », dit Anglade.
Une deuxième clause a également été supprimée, dit-il : l’Article 26.4, qui garantissait un partage, à parts égales, des profits entre les entreprises minières et le gouvernement.
« Durant les 2 années, passées à négocier ; ma position était claire [...] », dit cet homme de 62 ans, qui, ayant passé toute sa vie dans la fonction publique, enseigne aussi les mathématiques à l’université d’État d’Haïti (Ueh).
« Ces 2 articles, le bureau des mines n’a jamais voulu les enlever [...] C’est lorsque le dossier a quitté le bureau des mines, qu’ils ont négocié et enlevé ces articles. Ce n’est point moi qui les ai enlevés. Après le bureau des mines [...], ils ont fait une réunion au ministère des finances [...] C’est le ministre lui-même qui les a ôtés, le ministre Baudin ».
Interrogé à propos de la convention, Baudin déclare qu’il ne pouvait pas entrer dans les détails.
« Ce que, moi personnellement, je puis vous dire, à présent, nous avons un texte qui a obtenu le consensus de la compagnie, du ministère des travaux publics, du bureau des mines, du ministère des Finances », reconnaît-il néanmoins.
Pas, d’après Anglade.
« Pour rien au monde, je n’enlèverais ces articles », précise-t-il.
Le ministre des travaux publics, Jacques Rousseau, est le supérieur d’Anglade. Son ministère, qui supervise le Bme, est en possession de la convention pendante.
Rousseau a refusé cinq (5) demandes d’entrevue. C’est pourquoi, l’absence des clauses de sauvegarde dans le document ne peut pas être confirmée.
Cela dit, Anglade jure que les mesures sont absentes.
Entre-temps, le protocole d’entente, illégal, a été rendu public. Et Baudin est ostensiblement à la solde de Newmont.
« Je veux que ce soit clair pour la nation : le Bme n’est pas responsable de ce qui a été fait au profit de l’entreprise jusqu’à maintenant », affirme Anglade.
Lorsque Baudin a été interrogé à propos du conflit d’intérêts potentiel, découlant du fait qu’il a occupé les fonctions de ministre des finances avant de se recycler immédiatement en consultant à la solde de Newmont, il est resté de marbre.
« Il existe d’autres pays où, lorsque quelqu’un a fini d’exercer de telles responsabilités, il y a une période de temps, au cours de laquelle il n’a pas le droit de travailler pour le privé. Mais, en la circonstance, il a une compensation. Nous autres, nous n’avons pas cela dans notre législation », accouche Baudin.
« Et aujourd’hui, au moment où je vous parle, depuis mon départ du ministère des finances, je ne reçois pas une gourde de l’État. Ensuite, je dois manger, n’est-ce pas ? Je dois m’habiller [...] » [akj apr 05/06/2012 12:00]
Ressources minières : Que recèlent les collines d’Haïti ? (II)
Enquête
Dans le cadre du partenariat médiatique « Ayiti Kale Je »*, dont AlterPresse fait partie
P-au-P, 06 juin 2012 [AlterPresse] --- Pourquoi Newmont, Eurasian et d’autres entreprises minières ont-elles attendu des années pour obtenir la signature d’une convention, pour ensuite violer la loi haïtienne avec le protocole d’entente ?
Si les calculs des géologues disent vrai, les montagnes au Nord d’Haïti contiennent des centaines de millions d’onces d’or. Puisqu’une once d’or est actuellement négociée à 1,000.00 dollars américains (US $ 1.00 = 43.00 gourdes ; 1 euro = 58.00 gourdes aujourd’hui) , une estimation chiffre la cagnotte à 20 milliards.
La mine de Pueblo Viejo, directement de l’autre côté de la frontière, en République Dominicaine, dans la même « ceinture de minéralisation » qui s’étend d’un bout à l’autre de l’île, renferme la plus grande réserve aurifère des Amériques. Ayant déjà permis de produire 5,5 millions d’onces d’or, elle en contient au moins 23,7 millions de plus. Elle est également riche en argent : 25,2 millions d’onces déjà et 141,8 millions à extraire.
Vu les réserves apparemment vastes d’Haïti (et son faible gouvernement), il n’est pas étonnant que le géant minier Newmont se soit associé avec Eurasian, dirigée par un ancien cadre de Newmont. Eurasian, par l’entremise de son associée locale, l’entreprise Marien Mining, contrôle différents types de concessions représentant une plus grande partie du territoire d’Haïti que toute autre entreprise : l’équivalent d’un dixième du pays.
Une petite entreprise minière haïtiano-étasunienne, VCS, et son entreprise associée locale, Delta Mining, possèdent ou contrôlaient, jusqu’à tout récemment, des concessions couvrant 300 kilomètres carrés dans le Nord ; l’entreprise canadienne Majescor et ses partenaires haïtiens possèdent des licences pour 450 kilomètres carrés de plus.
Ensemble, les entreprises étrangères possèdent des permis de recherche ou d’exploration pour un tiers du Nord d’Haïti, 15 pour cent du territoire du pays.
Majescor a plusieurs longueurs d’avance sur ses rivales, ayant récemment entamé la phase d’ « exploitation » pour l’une de ses concessions. Cependant, VCS et Newmont-Eurasian la talonnent. Toutes ces entreprises reconnaissent le potentiel d’Haïti.
« Haïti est le géant endormi des Caraïbes ! », a dit un partenaire de Majescor récemment, alors que le président d’Eurasian, David Cole, s’est vanté, lors d’une émission de radio, de : « […] contrôler plus de 1,100 milles carrés de terres ».
Un investisseur qui se qualifie de « géologue mercenaire » a écrit : « il est évident qu’il existe un risque géopolitique important en Haïti. Mais la géologie est simplement trop bonne ».
La géologie est en effet très bonne. Un seul petit site d’Eurasian, le gisement de Grand-Bois, pourrait contenir au moins 339,000 onces d’or (d’une valeur de 5 milliards 400 millions de dollars américains au prix d’aujourd’hui) et 2 milliards 300 millions d’onces d’argent.
Bonne en effet, mais il y a un prix élevé à payer.
Mines à ciel ouvert à l’horizon
Parce que, dans la majorité des endroits, les gisements de cuivre, d’argent et d’or sont pour la plupart répartis comme de minuscules grains dans la boue et les pierres – ce qui est parfois appelé « or invisible » – ,cette onéreuse exploitation minière à ciel ouvert est souvent la seule option, mais l’entreprise associée d’Eurasian, Newmont, connaît bien ce mode d’exploitation.
Le géant minier a ouvert la première mine à ciel ouvert au Nevada, en 1962, et a ensuite creusé au Ghana, en Nouvelle–Zélande, en Indonésie, et dans d’autres pays.
Au Pérou, Newmont exploite l’une des plus grandes mines aurifères à ciel ouvert du monde : la mine de 251 kilomètres carrés de Yanacocha. Il y a peu de temps, Newmont a été accusée de trafic d’influence, lorsque la lumière a été faite sur ses liens avec l’ancien maître espion péruvien Vladimiro Montesinos.
Après avoir présumément aidé Newmont à négocier des termes favorables, un ancien employé du Département d’État des États-Unis d’Amérique est devenu salarié de Newmont. L’entreprise a également été accusée d’avoir déversé du mercure et du cyanure.
Imperturbable, Newmont a récemment entrepris la mise en chantier d’une mine d’envergure, la « Minas Conga ».
Cependant, les cultivatrices et cultivateurs, les écologistes et les autorités locales ont jusqu’à maintenant contrecarré ses plans à l’aide de manifestations massives et devant les tribunaux.
Le mois dernier, une table ronde d’experts européens, mandatée par le gouvernement pour étudier les plans, a indiqué à Newmont qu’elle ne serait pas autorisée à drainer deux lacs des hautes Andes pour la nouvelle mine.
Le 28 mai 2012, Newmont n’avait pas encore décidé de la voie à suivre, mais une dépêche du 27 avril de l’Associated Press citait Richard O’Brien de Newmont, disant que « si ce projet de 4,8 milliards de dollars ne peut être mis en œuvre “de façon responsable au point de vue sécuritaire, social et environnemental”, tout en rapportant aussi des “dividendes acceptables” aux actionnaires, Newmont réallouera ce capital à d’autres projets de développement de notre portfolio ».
Newmont a également eu des problèmes dans d’autres pays, plus récemment au Ghana. La mine « Ahafo South » est située dans une région agricole connue comme le « grenier à vivres » du Ghana.
À cette date, elle a déplacé environ 9,500 personnes, dont 95 pour cent vivaient de l’agriculture, selon Environmental News Service.
Outre l’expulsion de cultivateurs de la terre, Newmont a contaminé l’approvisionnement local d’eau au moins une fois, de son propre aveu.
En 2010, cette compagnie acceptait de payer 5 millions de dollars US de compensation au gouvernement pour un déversement de cyanure en 2009 qui a tué du poisson et pollué l’eau potable.
Newmont concédait que les procédures en vigueur n’avaient pas été suivies, et que son personnel avait aussi omis d’aviser, comme il se doit, les autorités gouvernementales ghanéennes.
Tout en accueillant les bénéfices éventuels, que des mines bien construites et bien supervisées pourraient apporter à Haïti, Dieuseul Anglade, ancien directeur du bureau des mines et de l’energie (Bme) et d’autres experts haïtiens se montrent préoccupés à l’effet qu’une mine à ciel ouvert - qui, à toutes fins utiles, s’approprie d’importantes quantités de cyanure pour séparer le minerai d’or de la gangue -, pourrait s’avérer dangereuse pour l’environnement déjà fragile d’Haïti.
En République Dominicaine voisine, une mine d’or - contrôlée par le gouvernement - a causé tellement de contamination que les rivières de la région coulent encore avec une eau rougeâtre, à mesure que la pluie rejette des métaux du minerai laissé aux alentours.
« L’exploitation minière peut causer de graves problèmes environnementaux », fait remarquer l’ancien ministre haïtien de l’environnement à l’occasion d’une récente entrevue.
À ce poste au milieu des années mille neuf cent quatre-vingt-dix (1990), Yves-André Wainwright signait les deux conventions minières existantes.
Outre les soucis qu’il se fait concernant les métaux lourds, certaines des surfaces de concession sont formées de « montagnes humides », indiquait cet ingénieur-agronome de formation.
Ce qui signifie qu’elles jouent « un rôle important pour la biodiversité et doivent être protégées, dès la phase de prospection ».
C’est là aussi que vivent des dizaines de milliers de familles de cultivatrices et cultivateurs.
Cependant, on n’a jamais vu l’ombre d’un membre du personnel du ministère de l’environnement sur les sites miniers, d’après des journalistes des stations de radios communautaires dans les zones affectées.
En fin de compte, ce qui inquiète Wainwright, aussi bien qu’Anglade et d’autres observateurs, c’est l’incapacité de « l’État faible » haïtien d’exercer un contrôle sur les compagnies minières et les dégâts environnementaux potentiels.
« Nous avons un personnel compétent au bureau des mines, mais ils n’ont pas les moyens de mener à bien leurs tâches, », souligne Wainwright.
« Tout l’argent, qui provient des carrières de sable et d’autres mines, aboutit directement au ministère des Finances. De ce fait, même si c’est un secteur qui fait entrer de l’argent, le Bme est dans la dèche ».
Le jugement de Wainwright semble se vérifier.
Un audit des véhicules du Bme, dévoilé au mois de janvier 2012, montrait que, des 17 véhicules, seulement cinq (5) étaient en condition de rouler. Douze (12) étaient hors d’usage.
Et, avec un budget d’environ 1 million de dollars, le Bme est aussi à court de personnel. Seulement le quart des 100 employés détient un diplôme universitaire. Un autre 13 pour cent est formé de « techniciens ». Le reste est constitué par le secrétariat et le personnel de « soutien ».
« Le gouvernement ne nous donne pas les moyens nécessaires pour être à même de superviser les compagnies », confirmait Anglade à l’occasion d’une entrevue accordée, alors qu’il était toujours à la tête du Bme.
« Le gros de notre budget va pour les salaires. Nous n’avons pas réellement un budget d’opération ».
La branche d’investissement pour le secteur privé de la Banque mondiale – la société financière internationale (International Finance Corporation) – a investi dans Eurasian pour l’exploration en Haïti. La Banque affirme qu’Eurasian et Newmont ont de bons antécédents, mais est également consciente des éventuels effets négatifs de l’exploitation minière et reconnaît les défis auxquels font face le gouvernement haïtien et d’autres « États faibles ».
« Souvent le gouvernement du pays hôte n’a pas beaucoup de possibilités, spécialement en ce qui a trait aux aspects environnementaux et sociaux, » expliquait Tom Butler, responsable à l’échelle internationale des investissements miniers de la société financière internationale.« (Mais) une des choses qu’on ne fait pas, c’est dire au gouvernement quoi faire avec l’argent qu’il reçoit ». [apr akj 06/06/2012 0:14]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article12937
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