Après avoir situé Alexis dans son époque politique, Eddy Arnold Jean en vient à parler du théoricien du « Réalisme merveilleux » hérité des romanciers latino-américains. «Le roman vu par l'auteur de Compère Général Soleil et de Romancero aux Etoiles est un genre hybride résultant de la lucidité du réalisme et de l'émotion du merveilleux, réconciliées pour une exploration sans frontière de l'humain », précise Eddy Arnold Jean.
Les éditions Haïti Demain viennent de faire paraître « L'Itinéraire romanesque de Jacques Stéphen Alexis ». En cette année de célébration de Jacques Roumain, les parutions sur Jacques Séphen Alexis sont un peu isolées. Cependant, Eddy Arnold Jean, comme d'autres critiques littéraires, pense à rappeler à l'opinion qu'il n'existe pas seulement que l'auteur de Gouverneurs de la Rosée comme brillante intelligence dans le roman haïtien.
« L'Hebdo de Georges Anglade » rappelait avec justesse qu'on oublie, dans les grandes opérations publicitaires et éditoriales de l'année, Justin Lhérisson. L'auteur de « La Famille des Pitite Caille » est mort en 1907. D'aucuns se demandent pourquoi on n'a pas célébré les deux auteurs haïtiens très populaires au cours de la même année. On a aussi remarqué que dans le livre publié par le ministère de la Culture et de la Communication, Flaubert Bolivar a eu la sincérité d'affirmer : Mon Roumain à moi c'est Alexis.
Eddy Arnold Jean est de ces critiques qui lient toute approche littéraire à la réalité sociopolitique. Le contexte social que décrit l'auteur n'est pas celui qu'avait connu Jacques Stéphen Alexis. Il est celui de notre quotidien. Ce que Eddy A. Jean considère comme « le chaos et l'universel désordre » ne jette pas de nouveaux projecteurs sur Jacques Séphen Alexis. Pourtant, Eddy Arnold Jean se sent une culpabilité de ne pas dénoncer la « mutation sociale qu'explique en partie le transfert des usines qui s'accompagne de la lente disparition de la classe moyenne n'ayant plus désormais les moyens d'exercer son rôle de médiateur social, tampon amortisseur entre les riches et les déshérités sans espoir ».
Eddy Arnold Jean en profite pour dresser un portrait de la bourgeoisie haïtienne qu'il appelle « L'establishment oligarchique ». « Instruit des leçons de l'histoire, écrit l'auteur, il gouverne par personnes interposées, déléguant son pouvoir à une équipe régnante qui ne met pas en danger le pacte de domination ».Après avoir présenté les conditions de l'existence du peuple comme un enfer, Eddy Arnold Jean souligne que c'est la capitale « qui paie les conséquences outrageantes d'une politique de bureaucratisme et de centralisation poussés. Il s'évidente que près d'un demi million de personnes vivent dans des conditions concentrationnaires ».
Le lecteur s'attendait à ce que l'auteur fasse le lien entre la situation contemporaine et l'univers romanesque d'Alexis, ne serait-ce qu'au niveau de ce que l'écrivain avait prévu sur le plan imaginaire au sujet du prolétariat, par exemple. On sort de l'introduction pour entrer dans le vif du sujet sans une passerelle. Et cela laisse les habitués des textes d'Eddy Arnold Jean sur leur faim.
Dans ce livre qui tombe à point nommé, il y a des chapitres qui mériteraient de meilleures élaborations et d'autres qui étonnent par leur brièveté. On y apprend toutefois qu'Alexis laissa à sa mort deux romans inédits : « L'Eglantine » et « L'Etoile absinthe ».On n'est pas sorti des sentiers battus des analyses autour de Compère Général Soleil, des Arbres musiciens, de L'espace d'un cillement, de Romancero aux Etoiles.
De ces oeuvres l'auteur résume: « C'est d'abord la paupérisation galopante des couches vives du pays à cause de l'incapacité des gouvernements à créer des emplois et à répartir équitablement les ressources du sol. C'est ensuite la recherche des éléments de réponse à la passivité du vaudou dans la bataille pour la recherche d'un mieux-être. C'est enfin l'amour de la Niňa Estrellita et d'El Gaucho qui dynamise leur engagement dans la lutte pour la transformation du paysage sociopolitique haïtien. »
De l'itinéraire d'Alexis, Eddy Arnold Jean a effleuré le cheminement. Il voudrait garder le souvenir du remarquable romancier.
La publication entière de la « Lettre à mes amis les peintres » montre les préoccupations esthétiques nationalistes de l'écrivain. Le domaine de l'art a évolué de façon parallèle aux préoccupations des écrivains. On découvre une autre dimension d'Alexis. « Si les peintres haïtiens veulent chanter les beautés, les duretés et l'avenir de la terre natale, par le contenu de leurs oeuvres et leurs sujets, je leur conseillerais de fuir comme la peste les idéologues, les papes et les sectateurs du formalisme... » Alexis ne serait donc pas proche du "jdanovisme" qui a connu ses beaux jours en Union Soviétique en pleine période de bolchevisme ! Le livre « L'Itinéraire romanesque de Jacques Stéphen Alexis » pèche par une propension à reproduire des documents déjà écrits sur le romancier. Les appendices de Georges Castera, de Frantz Voltaire et de Grégoire Eugène ne sont pas des considérations propres à l'auteur.
On reconnaît toutefois la passion d'Eddy Arnold Jean et l'énergie intellectuelle mise au service de la connaissance des grandes figures de l'histoire littéraire haïtienne.
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=47263&PubDate=2007-08-23
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
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jeudi 23 août 2007
samedi 11 août 2007
Rodney St-Eloi critique et éditeur
Par Pierre-Raymond DumasPoète de talent établi depuis 2000 au Canada, toujours à la recherche de modèle, d'identification hors des anciens, symbole parfait de curiosité intellectuelle avec les Joubert Satyre, Willem Edouard, A20, Pradel Henriquez, etc. de cette génération de l'après-Duvalier qui communie avec un sourire large dans le culte de l'art et de la culture, étoile montante de l'édition haïtienne avec Mémoire d'encrier, personnage sélectif dans ses élans, chercheur de vérité, il aime René Philotecte, la poésie dont il a réédité un recueil de poèmes (Ces îles qui marchent, 1992), surréaliste, la littérature française. Auteur d'une œuvre poétique dense (Graffitis pour l'aurore, 1989; Voyelles adultes, 1994; Pierres anonymes; 1994; Cantique d'Emma, 1997; J'avais une ville d'eau, de terre et d'arc-en-ciel heureux, 1999), il ne ressemble en rien aux enfants déchirés des années 60, aux enfants des années dures.
C'était le temps des fissures. Certes, il faut relativiser le propos. 
Une sorte de pertinence feinte et une forte sensibilité font passer ces anciennes recettes pour de la nouvelle cuisine. Dans tous les métiers d'art, il faut des années pour être reconnu. A l'âge de l'individu angoissé et battant, il a tout simplement retenu la leçon de ses idoles, René Philotecte, Frankétienne, dont il a le goût du mot rare et l'infinie boulimie, pour qui la littérature n'a pas de limites, sauf le ciel. A l'époque du matérialisme le plus échevelé, aspiré à grandes goulées tout son plaisir de lire, assez cultivé pour se frotter à l'avant-garde artistique mondiale, il a ce don rarissime : l'enthousiasme. Ça tangue et puis ça se parfume. Les commentaires de Rodney St-Eloi qui souffrent bien souvent d'une certaine mignardise ne sont pas des commentaires de salon, ce sont des commentaires d'âge mûr. Essoufflés de présent, ils ont la liberté généreuse et déferlante des moments de réflexion fébriles où l'on parle sans s'inquiéter de briller trop ou pas assez ( ?), sans se sentir en situation d'examen ( ?). Le charme est là, mais moins la vérité. L'âge du matérialisme n'est pas forcément celui de la médiocrité. Une fois n'est pas critique ? La critique doit être critique. Où allons-nous ? C'est ce genre de question qui fait de la critique une activité aléatoire toujours susceptible de trébucher sur les embardées endémiques des variations de génération. Ce n'est pas un critique d'ouverture, mais cela n'empêche pas son propos de faire choc. Né à Cavaillon le 27 août 1963, il célèbre avec passion , avec parti pris le mot écrit, qui transcende l'expérience et l'idéologie, il vénère la force de la littérature et de l'art, de ce qui n'existe qu'une fois créé. La méthode, son mystère et son originalité ? Traquer le sens non pas dans ses effets mais dans ses prolongements (expositions de peinture).
La critique de presse a une façon pressée d'aplatir ce qu'il y a de bâclé, de peu nuancé. Envahi par le sentiment d'écrire utilement, Rodney St-Eloi est crédible, délicat, un peu guindé. Visage concentré, regard ferme, Rodney St-Eloi, talentueux et prometteur, aussi intuitif que médiatique, doit apprendre encore la patience. Un rien sectaire, attentif à l'extrême, même aux «zins», il apprécie dans l'instant les réactions de son interlocuteur. Eminence grise de l'édition haïtienne productive, attachant Pierrot lunaire de la nouvelle génération, il ne cherche pas à blesser, mais réagit quand li croit ses convictions en cause. Ce qui manque aujourd'hui le plus en Haïti, ce sont sans doute des éditeurs dynamiques, éclairés, généreux. Le phrasé heurte, le refus de la sentimentalité, le recours systématique à la réduction et l'usage contestable des poncifs dits avant-gardistes trahissent chez lui la volonté de s'imposer et le manque d'assurance ou le goût de l'apparence.

Une sorte de pertinence feinte et une forte sensibilité font passer ces anciennes recettes pour de la nouvelle cuisine. Dans tous les métiers d'art, il faut des années pour être reconnu. A l'âge de l'individu angoissé et battant, il a tout simplement retenu la leçon de ses idoles, René Philotecte, Frankétienne, dont il a le goût du mot rare et l'infinie boulimie, pour qui la littérature n'a pas de limites, sauf le ciel. A l'époque du matérialisme le plus échevelé, aspiré à grandes goulées tout son plaisir de lire, assez cultivé pour se frotter à l'avant-garde artistique mondiale, il a ce don rarissime : l'enthousiasme. Ça tangue et puis ça se parfume. Les commentaires de Rodney St-Eloi qui souffrent bien souvent d'une certaine mignardise ne sont pas des commentaires de salon, ce sont des commentaires d'âge mûr. Essoufflés de présent, ils ont la liberté généreuse et déferlante des moments de réflexion fébriles où l'on parle sans s'inquiéter de briller trop ou pas assez ( ?), sans se sentir en situation d'examen ( ?). Le charme est là, mais moins la vérité. L'âge du matérialisme n'est pas forcément celui de la médiocrité. Une fois n'est pas critique ? La critique doit être critique. Où allons-nous ? C'est ce genre de question qui fait de la critique une activité aléatoire toujours susceptible de trébucher sur les embardées endémiques des variations de génération. Ce n'est pas un critique d'ouverture, mais cela n'empêche pas son propos de faire choc. Né à Cavaillon le 27 août 1963, il célèbre avec passion , avec parti pris le mot écrit, qui transcende l'expérience et l'idéologie, il vénère la force de la littérature et de l'art, de ce qui n'existe qu'une fois créé. La méthode, son mystère et son originalité ? Traquer le sens non pas dans ses effets mais dans ses prolongements (expositions de peinture).
La critique de presse a une façon pressée d'aplatir ce qu'il y a de bâclé, de peu nuancé. Envahi par le sentiment d'écrire utilement, Rodney St-Eloi est crédible, délicat, un peu guindé. Visage concentré, regard ferme, Rodney St-Eloi, talentueux et prometteur, aussi intuitif que médiatique, doit apprendre encore la patience. Un rien sectaire, attentif à l'extrême, même aux «zins», il apprécie dans l'instant les réactions de son interlocuteur. Eminence grise de l'édition haïtienne productive, attachant Pierrot lunaire de la nouvelle génération, il ne cherche pas à blesser, mais réagit quand li croit ses convictions en cause. Ce qui manque aujourd'hui le plus en Haïti, ce sont sans doute des éditeurs dynamiques, éclairés, généreux. Le phrasé heurte, le refus de la sentimentalité, le recours systématique à la réduction et l'usage contestable des poncifs dits avant-gardistes trahissent chez lui la volonté de s'imposer et le manque d'assurance ou le goût de l'apparence.
L'itinéraire de Rodney St-Eloi ne peut ne pas étonner. Un critique, un auteur devenu éditeur à part entière! Durant ces dernières décennies, la critique a acquis chez nous une profonde influence médiatique sur la conscience du public, quoique les critiques et autres chroniqueurs culturels, jusque dans leurs attitudes et leur méthode, soient restés encore plus attachés aux thèmes de la tradition et à la pose par eux-mêmes adoptée qu'à l'exigence du système de pensée attachée à la critique officielle ou académique. De plus, elle a renoncé à l'exigence rhétorique massive qui était encore celle de l'histoire littéraire lorsqu'elle avait fait de la sphère des considérations biographiques et thématiques (et non pas du mouvement des idées dans leur rapport à la société globale) son objet privilégié. La critique perdait ainsi la possibilité de produire des représentations et des synthèses d'ordre ontologique, socio-historique ; c'est alors seulement, au fil des ans, qu'elle a pu devenir objet de consommation.Mais qui sait, après tout, sans doute faut-il que j'insiste. Impétueux, l'un des derniers chantres de l'imaginaire moderne, Rodney St-Loi ? C'est plutôt un pragmatique qui sait capter l'air du temps. Fondateur des Editions Mémoire à Port-au-Prince en 1991, il est un remarquable mélange de raison et de jubilation. Celui-ci ayant tendance à l'emporter sur celle-là. Quel roman ! Quel tissu animé ! Quelle comédie humaine ! Et malgré ses efforts acharnés pour instaurer une critique propre aux temps actuels, l'œuvre de Rodney St-Eloi nous dit en fait l'échec de la conscience critique. C'est l'art du graffiti contre une culture de valeurs aléatoires. 
Car cet ancien professeur de littérature, à la faconde pleine d'énergie et de charme, connaît déjà fort bien les arcanes de la presse écrite. Rodney St-Eloi sera-t-il donc désormais prédictible ? Ce serait mal connaître sa capacité de métamorphose. Franchissant l'inertie et l'improductivité pour considérer autrement ce qui l'entoure, il a la bouche qui bat, le cœur altier, le biceps gonflé, l'oreille aux aguets. Perçu comme un champ d'énergie, il a un culot monstre. Rodney St-Eloi est un sacré bosseur ! Les douces explosions du printemps rappellent souvent aux jeunes la légèreté et la richesse de leur âge. On attend donc avec impatience de découvrir comment, tout en maîtrisant toute cette énergie, il aura mûri. Se mouvoir entre deux activités aiguise la vue, comme cela renforce la volonté.

Car cet ancien professeur de littérature, à la faconde pleine d'énergie et de charme, connaît déjà fort bien les arcanes de la presse écrite. Rodney St-Eloi sera-t-il donc désormais prédictible ? Ce serait mal connaître sa capacité de métamorphose. Franchissant l'inertie et l'improductivité pour considérer autrement ce qui l'entoure, il a la bouche qui bat, le cœur altier, le biceps gonflé, l'oreille aux aguets. Perçu comme un champ d'énergie, il a un culot monstre. Rodney St-Eloi est un sacré bosseur ! Les douces explosions du printemps rappellent souvent aux jeunes la légèreté et la richesse de leur âge. On attend donc avec impatience de découvrir comment, tout en maîtrisant toute cette énergie, il aura mûri. Se mouvoir entre deux activités aiguise la vue, comme cela renforce la volonté.
Pierre-Raymond Dumas
e-mail : padreramonddumas@yahoo.fr
vendredi 3 août 2007
Pierre-Raymond Dumas : l'homme et l'œuvre
S'il y a un écrivain serein de la transition, un vulgarisateur de la littérature haïtienne de la diaspora et de la nouvelle, c'est Pierre-Raymond Dumas. Il a marqué son siècle par la profondeur de sa pensée et par son esprit d'analyse.
Par Maxime Melay
Professeur de lettres et de sciences sociales, né en mai 1960, Pierre-Raymond Dumas est une figure remarquable du paysage médiatique haïtien. Méthodique et laborieux, il a collaboré, entre autres, à Haïti Libérée, à la revue Conjonction, à Clarté Magazine, au journal Le Matin, aux magazines Le Rouleau, L'Information et Le Courrier du Nord-Ouest. Il est un homme de vaste culture, curieux, ouvert au dialogue, perfectionniste.Discipliné et d'une curiosité insatiable, ce fin connaisseur des milieux médiatique, culturel et politique est rentré au journal Le Nouvelliste en janvier 1983. C'est au plus ancien quotidien d'Haïti qu'il va prouver avec dextérité son talent. Grâce à un travail acharné, ponctué d'une riche production thématique (culture, politique, relations internationales, sociologie, histoire, littérature, économie, environnement). Pendant de longues années, il n'écrit que sur la musique, la peinture, le cinéma, le théâtre, la littérature, la photographie. Avec fougue et passion. Etre journaliste, c'est connaître son milieu
Sensible aux aléas de la vie intellectuelle et aux vertus patriotiques, il a commencé en 1986 avec l'analyse politique. Il avait une rubrique sporadique enclenchée au début de l'après Duvalier en 1986, « Point du Jour ». Vient par la suite « Cette transition qui n'en finit pas... ». Encouragé par Carlo Désinor et Lucien Montas, il s'est engagé dans cette initiative louable.
Il a été boursier du gouvernement français pour un stage de formation en journalisme au Centre international des étudiants stagiaires en France (novembre 1987- mars 1988). Il a aussi effectué un voyage de formation aux Etats-Unis d'Amérique à titre de visiteur dans le cadre du Programme d'Education mutuelle et d'Echanges culturels du gouvernement américain (28 septembre -27 octobre 1987).
Ce fin commentateur a occupé différentes fonctions en plusieurs occasions. Il a été directeur de l'information de la Radio et de la Télévision nationale d'Haïti (février 1987- juin 1987), directeur de la Radio nationale d'Haïti sous le gouvernement provisoire du général Prosper avril (juin 1989- décembre 1989), directeur de la Culture et des Arts au ministère de l'Information, de la Culture et de la Coordination (MICC), assistant-directeur général du quotidien d'Etat « Haïti Libérée » (juillet 1987- décembre 1987), directeur général a.i du Musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH).Doué d'une mémoire prodigieuse et d'une intelligence vive, l'homme a appris à connaître son milieu. Il connaît tout le monde et en parle avec jubilation. Parfois, il est agité, instable. Vivre avec lui demande qu'on l'écoute, qu'on observe scrupuleusement ses commandements. C'est un journaliste pour qui la vie, malgré ses détours sinueux, est une grande école. Il a su bien apprendre à cette école (de la vie).
Dans ses succès et dans sa vie intellectuelle, dois-je rappeler au passage qu'il est donc le produit de la générosité magnanime de Simone Jean-Paul (15 août 1922- 28 février 2006) qui l'a adopté et élevé dans le respect des plus hautes valeurs citoyennes et chrétiennes. Par son idéal et son sens du bien commun, il est un grand homme, un modèle pour les faibles et les enfants abandonnés dans la vie. Dumas: une plume sarcastiquePrincipal vulgarisateur de la littérature haïtienne de la diaspora et de la nouvelle haïtienne, il est aussi considéré comme le plus constant spécialiste de la force publique en Haïti avec ses deux ouvrages : « Une Armée dans la mêlée » (1994) et « Fin du Militarisme Haïtien ? » (1996). L'auteur de « Panorama de la littérature haïtienne de la Diaspora » appartient à cette espèce d'écrivains vivants qui s'attachent corps et âme à leur métier. Grâce à la profondeur de son oeuvre et à son enracinement dans la culture, ce professionnel de la plume arrive à s'imposer dans une « société haïtienne difficile ». Notre analyste politique prépare actuellement une série d'ouvrages sur Anthony Phelps, Frankétienne, François Denis Légitime. En phase avec notre quête de la modernité, ses nombreux articles de vulgarisation relatifs au Plan national d'Education et de Formation (PNEF) en font aussi un chroniqueur éducatif avisé et apprécié.
Avec sa bibliographie chronologique, il a su mener le bon combat. Pierre-Raymond Dumas invite le lecteur à découvrir le condensé de toute sa carrière. De toute sa vie. Il a réussi le pari d'établir lui-même le répertoire de ses articles (portraits, hommages, analyses politiques, entretiens, études, chroniques, critiques) sur les arts et dossiers thématiques publiés de 1983 à 2006. C'est la contribution personnelle de ce passionné de l'histoire et de l'enseignement à la sauvegarde de notre patrimoine culturel marginalisé et inexploité. Conçu et élaboré avec un réel souci pédagogique, ce livre distille donc un parfum délicieux. Destiné à servir de guide aux étudiants, professeurs et chercheurs, il a été réalisé pour « conforter l'image d'une Haïti solidaire et laborieuse en un temps où la médiocrité criante et les problèmes d'édition et de lecture, d'analphabétisme et de pauvreté, constituent d'implacables obstacles à la diffusion des idées de modernité» (p.27).
Dans les ouvrages portant sur la « Transition d'Haïti vers la démocratie », Pierre-Raymond Dumas met en valeur une écriture théâtrale. Portraits, poésie baroque ou réaliste et caricature sont autant de matériaux linguistiques qu'il utilise pour construire son édifice littéraire. Son écriture est faite d'ironie, de satire, de caricature et d'humour (Lucmane Vieux, Le Nouvelliste, mai 2007). Cette option au niveau d'écriture s'explique par son souci de rendre la vérité avec le maximum de tension, de permettre à tous les acteurs de mémoriser leurs actes barbares tant sur le point moral que politique. Le directeur de communication à la Primature a opté pour un style ironique afin de mieux rendre compte du côté tragi-comique de la transition dans sa phase putschiste. Il s'inspire de l'écriture spiraliste de Frankétienne et utilise des recettes narratives pour relayer, par-delà les fracas des événements, la voix parfois sourde des sans-logis.
Animé de la volonté de servir, d'être en communication et en communion perpétuelle avec le lecteur, il aborde des sujets ayant rapport avec la politique, l'histoire immédiate, le processus houleux et tumultueux de la transition d'Haïti vers la démocratie. Il traite des sujets relatifs à la culture haïtienne, à la musique haïtienne, à l'art. C'est sa passion.Mis à part ses ouvrages sur la transition, trois autres m'ont marqué. D'abord, « Frédéric Marcelin économiste ou les riches dépouilles d'un ministre des finances » se veut une monographie à haute portée didactique. Ce livre présente la composante économique fondamentale de ses écrits non moins biaisés par des prismes idéologiques. C'est son ouvrage le plus réussi, tant dans l'agencement des idées qu'au niveau rédactionnel. C'est une mine de connaissances.L'art du portrait
Puis, « Portraits politiques et Hommages divers » comporte une série d'hommages rendus à Fidel Castro, à Balaguer et à Edmond Paul, l'une des grandes figures du XIX e siècle. Il y a des êtres de chair et de sang comme Yanick Lahens, Huguette Hérard. En clair, le portrait permet à l'écrivain de combiner à la fois l'émotion et la raison, le fond et la forme, le message et la controverse. Enfin, « Littérature et Oraliture fragmentaires d'Haïti » a le double mérite d'être à la fois une oeuvre exploratoire et didactique. Réparti en cinq grands chapitres, ce livre est un véritable plaidoyer en faveur de l'introduction de la nouvelle dans l'enseignement de la littérature haïtienne, un relevé commenté des bibliographies des études littéraires haïtiennes, un inventaire exhaustif des nouvelles, récits et contes haïtiens publiés en volume.
Somme toute, son oeuvre a une haute portée didactique. Elle est une manière de voir autrement Haïti. Pierre-Raymond Dumas, c'est un professionnel de la plume, un visionnaire qui aime son pays.
(1) DUMAS (Pierre-Raymond), La transition d'Haïti vers la Démocratie. Les 7 mois d'Aristide-Préval (tome II/volume I), L'Imprimeur II, La Collection Pacte pour la Réforme et la Démocratie, Port-au-Prince, 2001, 195 p.
(2) DUMAS (Pierre-Raymond), Littérature et oraliture fragmentaires d'Haïti, L'Imprimeur II, Le Texte Court, Port-au-Prince, 2006, 193p.
(3) DUMAS (Pierre-Raymond), Frédéric Marcelin ou les riches dépouilles d'un ministre des Finances, L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 2000, 346p.
(4) DUMAS (Pierre-Raymond), Portaits politiques et hommages divers, L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 2005, 218 p.
(5) DUMAS (Pierre-Raymond), Panorama de la littérature haïtienne de la diaspora, L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 2000, 504 p.
(6) DUMAS (Pierre-Raymond), Bibliographie chronologique des écrits de Pierre-Raymond Dumas (1983-2006), L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 2006, 368 p.
(7) DUMAS (Pierre-Raymond), Fin du Militantisme Haïtien?, L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 1996, 181 p.
http://www.lenouvelliste.com/article.php?PubID=1&ArticleID=46656
Par Maxime Melay

Professeur de lettres et de sciences sociales, né en mai 1960, Pierre-Raymond Dumas est une figure remarquable du paysage médiatique haïtien. Méthodique et laborieux, il a collaboré, entre autres, à Haïti Libérée, à la revue Conjonction, à Clarté Magazine, au journal Le Matin, aux magazines Le Rouleau, L'Information et Le Courrier du Nord-Ouest. Il est un homme de vaste culture, curieux, ouvert au dialogue, perfectionniste.Discipliné et d'une curiosité insatiable, ce fin connaisseur des milieux médiatique, culturel et politique est rentré au journal Le Nouvelliste en janvier 1983. C'est au plus ancien quotidien d'Haïti qu'il va prouver avec dextérité son talent. Grâce à un travail acharné, ponctué d'une riche production thématique (culture, politique, relations internationales, sociologie, histoire, littérature, économie, environnement). Pendant de longues années, il n'écrit que sur la musique, la peinture, le cinéma, le théâtre, la littérature, la photographie. Avec fougue et passion. Etre journaliste, c'est connaître son milieu
Sensible aux aléas de la vie intellectuelle et aux vertus patriotiques, il a commencé en 1986 avec l'analyse politique. Il avait une rubrique sporadique enclenchée au début de l'après Duvalier en 1986, « Point du Jour ». Vient par la suite « Cette transition qui n'en finit pas... ». Encouragé par Carlo Désinor et Lucien Montas, il s'est engagé dans cette initiative louable.
Il a été boursier du gouvernement français pour un stage de formation en journalisme au Centre international des étudiants stagiaires en France (novembre 1987- mars 1988). Il a aussi effectué un voyage de formation aux Etats-Unis d'Amérique à titre de visiteur dans le cadre du Programme d'Education mutuelle et d'Echanges culturels du gouvernement américain (28 septembre -27 octobre 1987).

Ce fin commentateur a occupé différentes fonctions en plusieurs occasions. Il a été directeur de l'information de la Radio et de la Télévision nationale d'Haïti (février 1987- juin 1987), directeur de la Radio nationale d'Haïti sous le gouvernement provisoire du général Prosper avril (juin 1989- décembre 1989), directeur de la Culture et des Arts au ministère de l'Information, de la Culture et de la Coordination (MICC), assistant-directeur général du quotidien d'Etat « Haïti Libérée » (juillet 1987- décembre 1987), directeur général a.i du Musée du Panthéon national haïtien (MUPANAH).Doué d'une mémoire prodigieuse et d'une intelligence vive, l'homme a appris à connaître son milieu. Il connaît tout le monde et en parle avec jubilation. Parfois, il est agité, instable. Vivre avec lui demande qu'on l'écoute, qu'on observe scrupuleusement ses commandements. C'est un journaliste pour qui la vie, malgré ses détours sinueux, est une grande école. Il a su bien apprendre à cette école (de la vie).
Dans ses succès et dans sa vie intellectuelle, dois-je rappeler au passage qu'il est donc le produit de la générosité magnanime de Simone Jean-Paul (15 août 1922- 28 février 2006) qui l'a adopté et élevé dans le respect des plus hautes valeurs citoyennes et chrétiennes. Par son idéal et son sens du bien commun, il est un grand homme, un modèle pour les faibles et les enfants abandonnés dans la vie. Dumas: une plume sarcastiquePrincipal vulgarisateur de la littérature haïtienne de la diaspora et de la nouvelle haïtienne, il est aussi considéré comme le plus constant spécialiste de la force publique en Haïti avec ses deux ouvrages : « Une Armée dans la mêlée » (1994) et « Fin du Militarisme Haïtien ? » (1996). L'auteur de « Panorama de la littérature haïtienne de la Diaspora » appartient à cette espèce d'écrivains vivants qui s'attachent corps et âme à leur métier. Grâce à la profondeur de son oeuvre et à son enracinement dans la culture, ce professionnel de la plume arrive à s'imposer dans une « société haïtienne difficile ». Notre analyste politique prépare actuellement une série d'ouvrages sur Anthony Phelps, Frankétienne, François Denis Légitime. En phase avec notre quête de la modernité, ses nombreux articles de vulgarisation relatifs au Plan national d'Education et de Formation (PNEF) en font aussi un chroniqueur éducatif avisé et apprécié.
Avec sa bibliographie chronologique, il a su mener le bon combat. Pierre-Raymond Dumas invite le lecteur à découvrir le condensé de toute sa carrière. De toute sa vie. Il a réussi le pari d'établir lui-même le répertoire de ses articles (portraits, hommages, analyses politiques, entretiens, études, chroniques, critiques) sur les arts et dossiers thématiques publiés de 1983 à 2006. C'est la contribution personnelle de ce passionné de l'histoire et de l'enseignement à la sauvegarde de notre patrimoine culturel marginalisé et inexploité. Conçu et élaboré avec un réel souci pédagogique, ce livre distille donc un parfum délicieux. Destiné à servir de guide aux étudiants, professeurs et chercheurs, il a été réalisé pour « conforter l'image d'une Haïti solidaire et laborieuse en un temps où la médiocrité criante et les problèmes d'édition et de lecture, d'analphabétisme et de pauvreté, constituent d'implacables obstacles à la diffusion des idées de modernité» (p.27).

Dans les ouvrages portant sur la « Transition d'Haïti vers la démocratie », Pierre-Raymond Dumas met en valeur une écriture théâtrale. Portraits, poésie baroque ou réaliste et caricature sont autant de matériaux linguistiques qu'il utilise pour construire son édifice littéraire. Son écriture est faite d'ironie, de satire, de caricature et d'humour (Lucmane Vieux, Le Nouvelliste, mai 2007). Cette option au niveau d'écriture s'explique par son souci de rendre la vérité avec le maximum de tension, de permettre à tous les acteurs de mémoriser leurs actes barbares tant sur le point moral que politique. Le directeur de communication à la Primature a opté pour un style ironique afin de mieux rendre compte du côté tragi-comique de la transition dans sa phase putschiste. Il s'inspire de l'écriture spiraliste de Frankétienne et utilise des recettes narratives pour relayer, par-delà les fracas des événements, la voix parfois sourde des sans-logis.
Animé de la volonté de servir, d'être en communication et en communion perpétuelle avec le lecteur, il aborde des sujets ayant rapport avec la politique, l'histoire immédiate, le processus houleux et tumultueux de la transition d'Haïti vers la démocratie. Il traite des sujets relatifs à la culture haïtienne, à la musique haïtienne, à l'art. C'est sa passion.Mis à part ses ouvrages sur la transition, trois autres m'ont marqué. D'abord, « Frédéric Marcelin économiste ou les riches dépouilles d'un ministre des finances » se veut une monographie à haute portée didactique. Ce livre présente la composante économique fondamentale de ses écrits non moins biaisés par des prismes idéologiques. C'est son ouvrage le plus réussi, tant dans l'agencement des idées qu'au niveau rédactionnel. C'est une mine de connaissances.L'art du portrait
Puis, « Portraits politiques et Hommages divers » comporte une série d'hommages rendus à Fidel Castro, à Balaguer et à Edmond Paul, l'une des grandes figures du XIX e siècle. Il y a des êtres de chair et de sang comme Yanick Lahens, Huguette Hérard. En clair, le portrait permet à l'écrivain de combiner à la fois l'émotion et la raison, le fond et la forme, le message et la controverse. Enfin, « Littérature et Oraliture fragmentaires d'Haïti » a le double mérite d'être à la fois une oeuvre exploratoire et didactique. Réparti en cinq grands chapitres, ce livre est un véritable plaidoyer en faveur de l'introduction de la nouvelle dans l'enseignement de la littérature haïtienne, un relevé commenté des bibliographies des études littéraires haïtiennes, un inventaire exhaustif des nouvelles, récits et contes haïtiens publiés en volume.
Somme toute, son oeuvre a une haute portée didactique. Elle est une manière de voir autrement Haïti. Pierre-Raymond Dumas, c'est un professionnel de la plume, un visionnaire qui aime son pays.
(1) DUMAS (Pierre-Raymond), La transition d'Haïti vers la Démocratie. Les 7 mois d'Aristide-Préval (tome II/volume I), L'Imprimeur II, La Collection Pacte pour la Réforme et la Démocratie, Port-au-Prince, 2001, 195 p.
(2) DUMAS (Pierre-Raymond), Littérature et oraliture fragmentaires d'Haïti, L'Imprimeur II, Le Texte Court, Port-au-Prince, 2006, 193p.
(3) DUMAS (Pierre-Raymond), Frédéric Marcelin ou les riches dépouilles d'un ministre des Finances, L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 2000, 346p.
(4) DUMAS (Pierre-Raymond), Portaits politiques et hommages divers, L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 2005, 218 p.
(5) DUMAS (Pierre-Raymond), Panorama de la littérature haïtienne de la diaspora, L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 2000, 504 p.
(6) DUMAS (Pierre-Raymond), Bibliographie chronologique des écrits de Pierre-Raymond Dumas (1983-2006), L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 2006, 368 p.
(7) DUMAS (Pierre-Raymond), Fin du Militantisme Haïtien?, L'Imprimeur II, Port-au-Prince, 1996, 181 p.
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