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lundi 30 mai 2022

SIX INFOS A RETENIR SUR LES REPARATIONS VERSEES PAR HAITI A LA FRANCE

Voici ce que les correspondants du New York Times ont appris sur les sommes qu’Haïti a dû verser après avoir chassé les colons français lors de la première révolte d’esclaves victorieuse du monde moderne.
By Eric Nagourney Published May 20, 2022Updated May 25, 2022
Un État défaillant. Un piège à aide humanitaire. Une terre maudite tant par la nature que par la nature humaine.
Haïti figure parmi les pays les plus pauvres de la planète, mais la sympathie qu’attirent ses souffrances sans fin se teinte souvent de remontrances et de leçons de morale quant à la corruption et à la mauvaise gestion qui l’affligent.
On sait que les Haïtiens ont chassé leurs maîtres esclavagistes français dont la brutalité était notoire, puis proclamé leur indépendance en 1804. C’est la première nation du monde moderne à être née d’une révolte d’esclaves.
On sait moins ce qui est advenu deux décennies plus tard. Les Français sont revenus à Haïti sur des navires de guerre pour lui délivrer un ultimatum ahurissant. Ils ont sommé le pays, qui avait déjà conquis sa liberté au prix de son sang, de lui verser une colossale somme d’argent en espèces. Sinon, ce serait la guerre.
Des générations successives de descendants d’esclaves ont ainsi dû payer les héritiers de leurs anciens maîtres avec des fonds qui auraient mieux servi à construire des écoles, des routes, des cliniques et à faire tourner l’économie.
Une question plane depuis des années à laquelle les journalistes du New York Times se sont confrontés au fil de leur enquête : Et si ? Et si Haïti n’avait pas été pillé depuis sa naissance par des puissances extérieures, par des banques étrangères et par ses propres dirigeants ? De quels moyens supplémentaires le pays aurait-il disposé pour se construire ?
Pour y répondre, pour quantifier le montant exact payé par les Haïtiens pour leur liberté, notre équipe de correspondants a passé 13 mois à fouiller les archives et les bibliothèques de trois continents. Voici les conclusions de leur enquête que nous publions cette semaine.
LE POINT DE DEPART : LA DOUBLE DETTE
En 1825, un navire de guerre français hérissé de canons surgit dans le port de la capitale haïtienne. À bord, un émissaire du roi Charles X qui vient livrer une requête ahurissante : la France exige des réparations de la part du peuple qu’elle a jadis asservi.
D’habitude ce sont les vaincus qui paient des réparations, pas les vainqueurs. Dix ans auparavant, la France avait dû en verser à ses voisins européens suite aux défaites militaires de Napoléon — dont les forces, soit dit en passant, avaient ont aussi été vaincues par les Haïtiens. Mais Haïti est très isolé et n’a aucun véritable allié. Le pays redoute d’être de nouveau envahi et a un besoin vital de commercer avec d’autres nations.
La somme exigée est de 150 millions de francs français, à verser en cinq tranches annuelles. C’est bien au-dessus des moyens du pays.
La France ajoute alors une condition : pour régler ses paiements le pays devra emprunter uniquement auprès de banques françaises. Ce rocher de Sisyphe est ce qu’on appelle la Double Dette.


LE COUT VERITABLE POUR HAITI, HIER ET ENCORE AUJOURD’HUI
The New York Times a traqué chaque paiement effectué par Haïti sur une période de 64 ans. Leur total se monte à 560 millions de dollars en valeur actualisée.
Mais le déficit pour le pays ne se mesure pas simplement par l’addition des sommes réglées au fil des ans à la France et à d’autres prêteurs.
Chaque franc expédié vers des coffres-forts bancaires de l’autre côté de l’Atlantique est un franc qui ne circule pas parmi les paysans, les ouvriers et les commerçants haïtiens, un franc qui n’est pas investi pour construire des ponts, des écoles ou des usines. Un franc, donc, qui ne peut pas contribuer à la construction et la prospérité de la nation.
Nos correspondants ont parcouru des milliers d’archives financières et ont consulté 15 économistes internationalement reconnus. Ils sont arrivés à la conclusion que les paiements à la France ont coûté à Haïti entre 21 et 115 milliards de dollars en perte de croissance économique sur la longue durée. Cela représente jusqu’à huit fois la taille de l’économie entière d’Haïti en 2020.
C’est “le néocolonialisme par la dette”, dit Thomas Piketty, l’un des économistes que nous avons rencontrés. “Cette fuite a totalement perturbé le processus de construction de l’État”
Et ce n'était que le début. La double dette a contribué à précipiter Haïti dans une spirale d’endettement qui l’a paralysé pendant plus d’un siècle.

POUR LA BANQUE FRANCAISE, UNE POULE AUX ŒUFS D’OR


Après avoir saigné Haïti avec sa demande de réparation, la France change de tactique. Ce sera la main tendue d’un partenaire en affaires.
En 1880, Haïti fête la création de sa première banque nationale après un demi-siècle de paiements écrasants liés à la double dette. C’est ce type d’institution qui en Europe sert à financer la construction de chemins de fers et d’usines.
Las, la Banque Nationale d’Haïti n’a d’haïtien que son nom. Elle est en réalité une émanation de la banque française Crédit Industriel et Commercial, ou CIC. Elle contrôlera la banque nationale d’Haïti depuis Paris et prélèvera des commissions sur chaque transaction effectuée. Les archives retrouvées par The New York Times montrent de façon claire que le CIC a siphonné des dizaines de millions de dollars à Haïti au bénéfice d’investisseurs français et accablé ses gouvernement de prêts successifs. Les Haïtiens déchantent vite quand ils réalisent que quelque chose ne tourne pas rond.
“N’est-ce pas drôle”, fait remarquer un économiste haïtien, “qu’une banque qui prétend venir au secours d’un trésor public obéré commence, au lieu d’y mettre de l’argent, par emporter tout ce qu’il y avait de valeur ?”
POUR LES USA, UNE CAISSE ENREGISTREUSE
Quand les militaires américains envahissent Haïti à l’été 1915, leur prétexte officiel est que le pays est trop pauvre et trop instable pour être laissé à lui-même. Le secrétaire d’État des Etats-Unis Robert Lansing ne cache pas son mépris de la “race africaine” et présente l’occupation comme une mission civilisatrice destinée à mettre fin à “l’anarchie, la sauvagerie et l’oppression”.
Mais d’autres motivations perçaient depuis l’hiver précédent. En décembre 1914, un petit nombre de Marines avaient franchi le seuil de la banque nationale d’Haïti pour en ressortir avec 500 000 dollars en or. Quelques jours plus tard, l’or reposait dans le coffre d’une banque à Wall Street.
“J’ai contribué à faire d’Haïti et de Cuba des coins où les gars de la National City Bank pouvaient se faire de jolis revenus”, avouera quelques années plus tard le général qui avait commandé les forces américaines en Haïti et qui reconnaîtra avoir été un “racketteur au service du capitalisme”.
C’est sous pression de la National City Bank, l’ancêtre du géant bancaire Citigroup, et d’autres acteurs importants de Wall Street que Washington prend le contrôle d’Haïti et de ses finances, comme le révèlent les décennies d’archives, de rapports financiers et de correspondances diplomatiques que The New York Times a consultés. Les États-Unis sont la puissance dominatrice en Haïti au cours des décennies suivantes : ils dissolvent son parlement manu militari, exécutent des milliers de citoyens et expédient une grande partie des revenus du pays à des banquiers à New York. Pendant ce temps, les paysans qui travaillent à les enrichir vivent au seuil de la famine. Haïti retire tout de même quelques bénéfices tangibles de l’occupation américaine, estiment les historiens : construction d’hôpitaux, 1 200 km de routes et une fonction publique plus efficace. Mais à quel prix : les Américains établissent le travail forcé pour la construction des routes. Les soldats américains, non contents d’attacher les Haïtiens avec des cordes et de les faire travailler sans rémunération, tirent sur ceux qui tentent de fuir.
Sur une période de dix ans, un quart du revenu total d’Haïti sert à rembourser des dettes contrôlées par la National City Bank et sa filiale, d’après les informations contenues dans les 20 rapports annuels de fonctionnaires américains que le Times a consultés.
Certaines années, les Américains aux commandes des finances d’Haïti consacrent une plus grande part à leur rémunération et au règlement de leurs frais qu’au budget de santé du pays, qui compte deux millions d’habitants.


UN FLEAU INTERIEUR : LA CORRUPTION


“Ils ont été trahis par leurs propres frères, et ensuite par les puissances étrangères.”
Ce sont les mots de Georges Michel, un historien haïtien qui, comme nombre d’experts d’Haïti, assure que l’infortune du pays ne peut s’expliquer sans reconnaître le profond ancrage de sa culture de la corruption.
Un fonctionnaire haïtien au 19ème siècle conclut un accord avantageux pour une banque en France — pour ensuite y prend sa retraite ?
“Ce n’est pas le premier exemple d’un fonctionnaire haïtien qui brade les intérêts de son pays pour son profit personnel”, déplore M. Michel. “Je dirais que c’est presque une règle”.
Les dirigeants haïtiens ont toujours fait main basse sur les richesses du pays. Il arrive même qu’on entende à la radio des élus parlementaires discuter ouvertement des pots-de-vin qu’ils touchent. Nombre d’oligarques s’enrichissent à la tête de monopoles lucratifs et ne paient qu’un minimum d’impôts. Transparency International classe le pays parmi les plus corrompus du monde.
C’est un problème qui remonte loin.
En accordant le prêt de 1875, les banquiers français ont d’emblée prélevé 40 % de son montant total. Le reliquat a essentiellement servi à rembourser d’autres dettes, et une petite part a disparu dans les poches de fonctionnaires haïtiens véreux qui, pointent les historiens, s’enrichissaient aux dépens du sort de leur pays.
Un siècle plus tard, quand les Haïtiens élisent à la présidence un médecin érudit et d’âge mûr appelé François Duvalier, les perspectives du pays sont au vert. Pour la première fois depuis plus de 130 ans, Haïti n’a plus à porter le fardeau d’une dette internationale écrasante.
On est en 1957. Les 28 années suivantes verront Duvalier et son fils imposer une dictature notoirement corrompue et brutale. Les professionnels haïtiens prennent la fuite. Un pays déjà dans la misère s’enfonce encore davantage, tandis que les Duvalier détournent à leur profit des millions de dollars.
HAITI N'A PEUT-ETRE JAMAIS ETE SI PAUVRE .


L'HISTOIRE QU'ON ENSEIGNE PAS EN FRANCE
La double dette a largement disparu des mémoires. Des générations de Français ont copieusement profité des exploits financiers de leurs ancêtres mais rien de cela n’est enseigné dans les salles de classe. The New York Times Times s’est entretenu avec une trentaine de descendants de familles ayant reçu, jadis, des paiements au titre de la double dette d’Haïti. Pour la plupart, ils tombent des nues. “C’est une partie de l’histoire de ma famille que je ne connaissais pas”, s’étonne un descendant de sixième génération de la première femme de Napoléon.


Ce n’est pas un hasard. La France a tout fait pour gommer ce chapitre de son histoire, ou du moins le minimiser.
En Haïti même, il était mal connu jusqu’à ce qu’en 2003, le président Jean-Bertrand Aristide électrise les foules en dénonçant la dette imposée par la France et en exigeant des réparations.
La France a vite fait de le discréditer. Laisser parler de réparations est hautement risqué pour une nation dont d’autres anciennes colonies souffrent encore de séquelles de leur exploitation. De l’aveu même de l’ambassadeur de Français en Haïti à l’époque, la demande est de l’“explosif”.
“Il fallait essayer de la désamorcer”, dit-il.
Jean-Bertrand Aristide a même avancé un chiffre précis de ce que la France doit à Haïti, s’attirant d’ailleurs des railleries. Mais le calcul par The New York Times des pertes subies par Haïti s’avère étonnamment proche de l’estimation. Il se peut même qu’il ait été trop prudent.
En 2004, M. Aristide s’est retrouvé dans un avion, évincé au moyen d’une opération orchestrée conjointement par les États-Unis et la France. Américains et Français justifient encore l’éviction au titre de la nécessité de stabiliser Haïti, alors en proie à des troubles. Mais avec le recul, un autre ancien ambassadeur concède qu’il y avait sans doute d’autres facteurs.
L’abrupte destitution du président haïtien, a-t-il dit au New York Times, était “probablement un peu liée” aussi à sa demande de réparations.

Source : https://www.nytimes.com/fr/2022/05/20/world/haiti-france-reparations-aristide.html?action=click&module=RelatedLinks&pgtype=Article

dimanche 29 mai 2022

LA RANÇON : Comment une banque françaisea fait main basse sur Haïti

 

À la fin du 19e siècle, le Crédit Industriel et Commercial a soutiré des millions à Haïti.
Le Times a retracé l’histoire de cette opération — et son coût pour Haïti.
By Matt Apuzzo, Constant Méheut, Selam Gebrekidan and Catherine Porter

Published May 20, 2022Updated May 24, 2022

Sur l’invitation à dîner, chaque phrase est ponctuée d’un ornement à l’encre : une triple boucle calligraphique de convenance pour une nuit de banquet, de danses et de feux d’artifices au palais présidentiel d’Haïti.
Depuis plus d’un demi-siècle, le pays vit étouffé par ses dettes. Même après avoir évincé la puissance coloniale française lors de sa guerre d’indépendance, Haïti a été forcé de payer une rançon d’un montant équivalent à plusieurs centaines de millions de dollars à ses anciens esclavagistes, le prix d’une liberté déjà obtenue sur le champ de bataille.
Mais en cette nuit du 25 septembre 1880, les derniers paiements de cette rançon semblent enfin à portée de vue. Haïti n’aura plus à tituber d’une crise à l’autre, ni à garder un œil sur l’horizon, à l’affût d’un retour de navires de guerre français. Lysius Salomon, son nouveau président, a réussi un tour de force qui semblait impossible depuis la création du pays.
“Le pays sera bientôt doté d’une banque”, annonce-t-il à ses invités en portant un toast. Dehors, des soldats paradent dans des rues bardées de gigantesques drapeaux.
Salomon a des raisons d’être optimiste. Après tout, les banques nationales en Europe ont financé chemins de fer et usines, atténué les chocs des récessions et apporté de la stabilité à la gestion des affaires publiques. Elles ont participé à la naissance d’un Paris majestueux, avec ses grandes avenues, son eau potable et ses égouts — autant d’investissements qui porteront leurs fruits pendant longtemps.
C’est désormais au tour d’Haïti de profiter d’un “grand évènement, qui fera époque dans nos annales”, clame Salomon.
Mais tout cela n’était qu’une illusion.
La Banque Nationale d’Haïti, sur laquelle tant d’espoirs étaient fondés ce soir-là, n’avait en fait de nationale que le nom. Loin d’être la clé du salut du pays, la banque a été, dès sa création, un instrument aux mains de financiers français et un moyen de garder une mainmise asphyxiante sur l’ancienne colonie jusqu’au 20e siècle.
Derrière cette banque fantoche, on retrouve un nom bien connu des Français : le Crédit Industriel et Commercial (CIC).
Alors qu’à Paris, le CIC participe au financement de la tour Eiffel, symbole de l’universalisme français, il étouffe au même moment l’économie haïtienne en rapatriant en France une grande partie des revenus publics du pays, au lieu de les investir dans la construction d’écoles, d’hôpitaux et autres institutions essentielles à toute nation indépendante.
Pesant 335 milliards de dollars, le CIC est aujourd’hui une filiale du Crédit Mutuel, l’un des plus grands conglomérats financiers d’Europe. Mais la banque a laissé derrière elle en Haïti un lourd héritage d’extraction financière et d’espoirs déçus — même pour un pays qui a longtemps souffert de ces deux maux.
Haïti fut la première nation moderne à obtenir son indépendance grâce à une révolte d’esclaves, avant d’être entravée financièrement sur plusieurs générations par les réparations exigées au bénéfice des anciens colons français.


Et au moment où ces paiements étaient sur le point d’être acquittés, le CIC et sa Banque Nationale — ceux-là mêmes qui portaient une promesse d’indépendance financière — ont enfermé Haïti dans un tourbillon de nouvelles dettes s’étalant sur plusieurs décennies.
La Banque Nationale était contrôlée depuis Paris par des membres de l’élite française, y compris un descendant d’un des plus riches esclavagistes de Saint-Domingue, le nom d’Haïti pendant la colonisation française. Les livres de comptes de la banque ne laissent percevoir aucune trace d’investissement dans des entreprises haïtiennes ou dans d’ambitieux projets comme ceux ayant modernisé l’Europe.
Les dossiers découverts par The New York Times démontrent plutôt que le CIC a siphonné des dizaines de millions de dollars à Haïti, au bénéfice d’investisseurs français.
La Banque Nationale prélevait des frais et commissions sur presque toutes les transactions effectuées par le gouvernement haïtien. Certaines années, les profits de ses actionnaires français étaient si élevés qu’ils dépassaient le budget entier dédié aux travaux publics, dans un pays comptant alors 1,5 millions d’habitants.
De ce passé, on ne trouve pratiquement plus de traces. Selon les chercheurs, la plupart des archives du CIC ont été détruites. Haïti n’apparaît pas dans l’historique que la banque utilise pour promouvoir son ancienneté. En 2009, lorsqu’elle commande une histoire officielle pour commémorer son 150e anniversaire, Haïti y est à peine mentionné. Le CIC est “une banque sans mémoire”, affirme Nicolas Stoskopf, l’universitaire qui a rédigé cette histoire.
Paul Gibert, un porte-parole du CIC, a indiqué que la banque n’avait pas d’informations sur ce passé et a décliné plusieurs demandes d’entretien pour en discuter. “La banque que nous gérons aujourd’hui est très différente”, explique-t-il. (Après la parution de cet article, le président du Crédit Mutuel, propriétaire du CIC, a indiqué que des chercheurs seraient recrutés pour étudier le passé de la banque en Haïti et son rôle dans une quelconque “colonisation financière”. )
Le meurtre du président haïtien, assassiné en toute impunité dans sa chambre, les nombreux enlèvements et l’anarchie régnant dans les zones de Port-au-Prince contrôlées par les gangs posent aujourd’hui avec une urgence renouvelée une question qui taraude depuis longtemps l’Occident : pourquoi Haïti semble-t-il enfermé dans une crise sans fin, avec un niveau d’analphabétisme vertigineux, la faim, la maladie et des salaires journaliers de 2 dollars ? Pourquoi ce pays n’a-t-il ni transports publics, ni réseau d’électricité fiable, ni système de collecte de déchets ou égouts ?
La corruption chronique des dirigeants du pays constitue sans aucun doute une partie de la réponse. Mais une autre partie se trouve dans des textes tombés dans l’oubli, éparpillés à travers Haïti et la France dans des centres d’archives et des bibliothèques.
Le Times a passé au crible des archives diplomatiques et documents bancaires datant du 19e siècle et rarement, sinon jamais, étudiés par les historiens. L’ensemble de ces documents indique clairement que le CIC, avec le concours de membres corrompus de l’élite haïtienne, a laissé au pays tout juste de quoi fonctionner — et encore moins de quoi construire une nation.
Au début du 20e siècle, la moitié de l’impôt sur le café haïtien, de loin la source de revenus publics la plus importante, revenait aux investisseurs français du CIC et de la Banque Nationale. Après déduction des autres dettes d’Haïti, le gouvernement se retrouvait avec des miettes — 6 cents pour chaque 3 dollars d’impôts collectés — pour diriger le pays.
Les documents consultés aident à comprendre pourquoi Haïti est resté sur la touche pendant une période aussi riche de modernisation et d’optimisme que la Belle Époque, surnommée la “Période Dorée” aux États-Unis. Cette ère prolifique a bénéficié tant aux puissances lointaines qu’aux pays en développement voisins. Haïti, à l’inverse, n’avait guère de quoi investir dans des choses aussi élémentaires que l’eau courante, l’électricité ou l’éducation.
Les dégâts causés furent immenses. Les documents analysés démontrent que, pendant trois décennies, les actionnaires français de la Banque Nationale ont engrangé des bénéfices équivalent à au moins 136 millions de dollars actuels — soit autant qu’une année entière de recettes fiscales d’Haïti à l’époque.
Le Times a fait valider sa méthodologie et les sources utilisées pour ces calculs par plusieurs historiens économiques et comptables. L’économiste Éric Monnet, de la Paris School of Economics, résume ainsi le rôle de la Banque Nationale : de la “pure extraction”.
Les pertes cumulées pour Haïti sont en fait encore plus importantes : si les sommes siphonnées par la Banque Nationale étaient restées dans le pays, elles auraient enrichi l’économie haïtienne d’au moins 1,7 milliards de dollars au fil des ans — soit plus que la totalité des revenus publics du pays en 2021.
Et cela si cet argent était simplement resté dans l’économie haïtienne, circulant parmi les agriculteurs, ouvriers et commerçants, sans être investi dans des ponts, écoles et autres usines — le type d’investissement qui participe à la prospérité d’une nation.
De manière encore plus significative, les fonds siphonnés par la Banque Nationale ont succédé à des décennies de réparations payées aux anciens esclavagistes français et qui ont infligé jusqu’à 115 milliards de dollars de pertes à l’économie haïtienne au cours des deux derniers siècles. Après les feux d’artifice et le festin au palais présidentiel, il n’a pas fallu longtemps à Haïti pour se rendre compte que quelque chose ne tournait pas rond. La Banque Nationale a tellement prélevé et si peu redistribué que les Haïtiens l’ont rapidement surnommée “la Bastille financière”, en référence à la tristement célèbre prison, devenue symbole d’une monarchie française despotique.
Dès 1880, l’homme politique et économiste haïtien Edmond Paul écrivait ainsi : “N’est-ce pas drôle qu’une banque qui prétend venir au secours d’un trésor public obéré commence, au lieu d’y mettre de l’argent, par emporter tout ce qu’il y avait de valeur ?”

Espoirs et aspirations
En cette fin de 19e siècle, le président d’Haïti n’est pas le seul à avoir de folles ambitions. À Paris, Henri Durrieu, le président du Crédit Industriel et Commercial, n’est lui aussi pas en reste.
M. Durrieu n’est pas né dans le monde de la haute finance. Il débute sa carrière en tant que percepteur des impôts, comme son père. Lorsqu’il rejoint le nouvellement créé CIC, il a déjà la quarantaine. Mais la banque connaît des débuts difficiles. Elle a beau être la première en France à proposer des comptes courants, ce nouveau produit ne prend pas et, dans les années 1870, l’entreprise reste cantonnée au second rang des banques françaises.
Le CIC a pourtant un avantage : il est la banque privilégiée de la plupart des bourgeois catholiques du pays, des clients fortunés désirant des investissements à forte rentabilité.
Avec un certain goût du risque, M. Durrieu va s’inspirer des banques publiques alors créées dans certaines colonies françaises, comme le Sénégal et la Martinique. Lui et ses collègues sont fascinés par l’idée de “créer une banque dans ces pays riches mais lointains”, comme ils l’écrivent dans des notes manuscrites retrouvées aux Archives nationales de France.
Ces banques “donnent en général de brillants résultats”, concluent les pères fondateurs de la Banque Nationale d’Haïti.
Haïti, “un pays neuf pour le crédit, pays d’une richesse proverbiale”, semble donc constituer un bon pari.
L’utilisation du mot “richesse” peut étrangement sonner dans la bouche d’un banquier parisien pour décrire le Haïti de l’époque. Sa capitale, Port-au-Prince, est alors envahie par les déchets ménagers et humains, qui vont s’échouer dans le port. Les rues et les infrastructures sont si délabrées que les Haïtiens en ont fait un dicton : "Contourne un pont mais ne le franchis jamais.”
Mais si les Haïtiens sont pauvres, le pays, lui, peut rendre riche. Comme l’écrit le diplomate britannique Spenser St. John en 1884, “aucun pays ne possède de plus grandes capacités, ou une meilleure position géographique, ou une plus grande variété de sols, de climats, ou de productions.” Les colons français avaient fait main basse sur ces richesses. D’abord par le fouet, puis avec une flottille de navires de guerres exigeant des réparations pour les plantations, les terres et les esclaves, qu’ils considéraient comme autant de biens perdus après la révolution haïtienne. C’est le seul et unique cas où un peuple libre a dû payer les descendants de ses anciens esclavagistes.
Un demi-siècle plus tard, M. Durrieu et le CIC approchaient Haïti avec une tactique différente : la main tendue d’un associé.
“On doit plus qu’avant”
M. Durrieu savait vendre du rêve.

En 1875, le CIC, à l’aide d’un partenaire aujourd’hui disparu, octroyait à Haïti un prêt de 36 millions de francs, soit environ 174 millions de dollars aujourd’hui. L’argent devait servir à construire des ponts, des marchés, des chemins de fer et des phares. Dans le monde entier, l’époque est alors à l’investissement. L’Angleterre fait passer des lois rendant la scolarité obligatoire et construit de nouvelles écoles. Paris ouvre un aqueduc long de 156 kilomètres qui achemine de l’eau potable vers la capitale. À New York, les arches emblématiques du pont de Brooklyn s’élèvent au-dessus de l’East River — une merveille d’ingénierie qui transformera à jamais l’économie de la ville.

Outre le financement d’infrastructures, le contrat du prêt indique que 20 % des sommes seront dévolues au remboursement du restant des dettes liées aux anciens esclavagistes francais.
“Le pays sortira enfin de son malaise”, prédit cette année-là le rapport annuel du gouvernement haïtien. “Nos finances prospèrent.”

Rien de tout cela n’aura lieu. Dès le début, les banquiers français conservent 40 % du montant du prêt en commissions et frais divers. Le reste ne servira qu’à rembourser de vieilles dettes, ou disparaîtra dans les poches de politiques haïtiens corrompus. “Aucun de ces buts n’a été atteint”, déclare un sénateur haïtien en 1877. “On doit plus qu’avant.”
Le prêt de 1875 a deux conséquences importantes. La première est ce que l’économiste Thomas Piketty nomme la transition du “colonialisme brutal” au “néocolonialisme par la dette”. Avec ce prêt, Haïti se voit imposer des millions de dollars de nouveaux intérêts, dans le seul espoir de se débarrasser enfin du fardeau des paiements à ses anciens colons.
De cette façon, le prêt a contribué à prolonger la servitude financière d’Haïti envers la France. Bien après que les familles d’anciens esclavagistes aient été remboursées, Haïti a continué à payer — cette fois-ci, auprès du CIC.
Les dirigeants haïtiens ont bien sûr une part de responsabilité. Certains chercheurs estiment que ce prêt démontre justement l’égoïsme de certains politiques, plus prompts à se servir qu’à développer leur pays.
La seconde conséquence a elle des effets immédiats. Initialement, le prêt oblige le gouvernement haïtien à verser au CIC et à son partenaire financier près de la moitié des taxes gouvernementales sur les exportations, comme celles sur le café, jusqu’à ce que la dette soit remboursée, étouffant ainsi la principale source de revenus du pays.
Forts de cette première étape, M. Durrieu et le CIC ont la main sur une grande partie de l’avenir financier d’Haïti. Mais M. Durrieu ne compte pas s’arrêter là.
La Banque Nationale
Les tentatives d’Haïti pour créer une banque nationale durent depuis des années : le prédécesseur du président Salomon avait même acheté des coffres dans ce but. Il faut attendre 1880 pour que les espoirs d’indépendance financière d’Haïti s’alignent parfaitement avec les ambitions de M. Durrieu.
Le contrat donnant naissance à la Banque Nationale d’Haïti ressemble à une série de concessions. M. Durrieu et ses collègues prennent le contrôle du Trésor public haïtien. L’impression du papier-monnaie, la perception des impôts et le paiement des salaires des fonctionnaires sont désormais entre leurs mains. À chaque fois que le gouvernement haïtien dépose de l’argent ou paie une facture, la Banque Nationale prend une commission. Et, s’il y avait le moindre doute quant à la destination de ces commissions, les statuts stipulent que la Banque Nationale sera enregistrée en France, exemptée d’impôts en Haïti et immunisée contre les lois du pays. Tous les pouvoirs sont remis aux mains du conseil d’administration à Paris. Haïti n’a donc pas son mot à dire dans la gestion de sa propre banque centrale.
Le siège social de la banque — qui se trouve être aussi celui du CIC — se trouve dans le 9e arrondissement de Paris, à l’ombre du somptueux palais de l’Opéra Garnier.
M. Durrieu devient le premier président d’un conseil d’administration qui sera composé de banquiers et hommes d’affaires français, dont notamment Édouard Delessert, arrière-petit-fils d’un des plus grands esclavagistes de l’histoire de Saint-Domingue, Jean-Joseph de Laborde.
Les notes manuscrites issues du conseil d’administration clarifient, dès le début, qui est aux commandes. Comme l’écrit l’Association Financière de Paris en 1896 : “La Banque Nationale d’Haïti est une institution financière française, dont le siège social, ouvert aux obligataires, est à Paris. Ses établissements à Haïti ne sont que des succursales, placées sous l’autorité et le contrôle du siège social.”
Le pari de M. Durrieu va payer. À une époque où les rendements sur investissement en France tournent autour de 5 %, les membres du conseil d’administration et les actionnaires de la Banque Nationale d’Haïti touchent en moyenne 15 % par an, selon une analyse de bilans financiers réalisée par The New York Times. Certaines années, ces rendements approchent même 24 %.
M. Durrieu s’en sort aussi très bien. Le contrat lui garantit des “parts bénéficiaires” dans la banque, dont la valeur s’élèverait aujourd’hui à des millions de dollars.
L’année même où il inaugure la Banque Nationale d’Haïti, M. Durrieu est nommé commandeur de la Légion d’Honneur, une distinction décernée pour services rendus à la nation. “Trahis par leurs propres frères”
Qu’Haïti accepte des conditions aussi écrasantes — en particulier venant d’une banque à l’origine d’un précédent prêt si largement critiqué — donne un aperçu de son désespoir. Mais cela met aussi en lumière une figure récurrente dans l’histoire du pays : le membre égoïste de la haute société haïtienne, qui réussit alors que son pays souffre.
Dans le cas de la Banque Nationale, Haïti confie les négociations à Charles Laforestrie, un diplomate haïtien ayant vécu la plupart de sa vie à Paris. Le journal français La Petite Presse le décrit alors comme un homme que le “bonheur avait toujours pris par la main pour le faire s’asseoir aux meilleures places de l’État.”
Lorsque les banquiers parisiens organisent une fête pour célébrer le prêt de 1875, M. Laforestrie fait une entrée remarquée. À une époque où les cultivateurs de café haïtiens élèvent leurs familles avec environ 70 cents par jour, M. Laforestrie débarque habillé de manière élégante et distribue de coûteux cigares autour de lui, selon M. Paul, l’économiste haïtien, qui décrivit le gala quelques années plus tard.
M. Laforestrie avait tellement poussé pour la création de la Banque Nationale que le président d’Haïti cite son nom lors de la cérémonie au palais présidentiel, d’après les notes manuscrites d’un diplomate. Mais il n’aura pas le temps d’assister à la chute de la banque. Acculé par des accusations de corruption, M. Laforestrie démissionne de son poste, et prend sa retraite en France.
Ironie du sort, ne manqueront pas de relever ses détracteurs, M. Laforestrie bénéficiera d’une généreuse pension du gouvernement haïtien, qu’il complètera plus tard avec les revenus d’un autre poste : membre du conseil d’administration de la Banque Nationale d’Haïti.
“Ce n’est pas le premier exemple d’un dirigeant haïtien qui brade les intérêts de son pays pour son profit personnel”, commente l’historien haïtien Georges Michel. “Je dirais que c’est presque la règle.”
Plusieurs historiens estiment ainsi que les Haïtiens ne peuvent rendre l’ingérence française ou américaine responsable de tous leurs maux.
“Ils ont été trahis par leurs propres frères”, explique M. Michel, “et ensuite par les puissances étrangères.”
Espoirs déçus
Passé le spectacle de feux d’artifices au palais présidentiel, les Haïtiens ne tardent pas à se rendre compte qu’ils ont été floués.
La Banque Nationale n’offre pas de compte d’épargne aux citoyens et commerces du pays. Et même si ses statuts lui permettent de prêter de l’argent aux entreprises, comme l’espéraient clairement les Haïtiens, des registres bancaires découverts aux Archives nationales du monde du travail, à Roubaix, montrent que cela a rarement, sinon jamais, été le cas.
“Non, ce n’est pas de la Banque d’Haïti, telle qu’elle fonctionne, que les Haïtiens peuvent espérer leur relèvement”, écrit alors le Ministre des Finances d’Haïti, Frédéric Marcelin.
M. Marcelin, le fils moustachu d’un riche négociant haïtien, devient le plus ardent détracteur de la banque. À la fois homme d’affaires, journaliste et politique, M. Marcelin luttera pendant des années pour soustraire son contrôle aux actionnaires parisiens.
La relation est tellement inégale, s’indigne-t-il, qu’à “la Banque Nationale d’Haïti, les seules places réservées aux Haïtiens sont celles des garçons de recette”, ces employés chargés d’encaisser les paiements des clients. Encore un nouvel emprunt

La seconde moitié du 19e siècle aurait dû constituer une opportunité immense pour Haïti. La demande mondiale de café, dont la production structure l’économie locale, est alors florissante.
De l’autre côté de la mer des Caraïbes, le Costa Rica profite des richesses tirées du café pour construire des écoles, des systèmes d’égouts et le premier réseau municipal d’éclairage électrique d’Amérique Latine.
Haïti, en revanche, reverse le gros de son impôt sur le café à la France, d’abord à ses anciens esclavagistes, puis au CIC.
Grâce aux prix élevés du café, Haïti demeure malgré tout une économie caribéenne de taille moyenne. Mais lorsque le marché s’effondre dans les années 1890, les impôts haïtiens sur le café dépassent alors le prix de la denrée elle-même. Tout le modèle économique du pays se retrouve au bord du gouffre.
Il est donc temps pour un nouveau prêt : 50 millions de francs (environ 310 millions de dollars aujourd’hui) sont obtenus via la Banque Nationale en 1896. Le prêt est une nouvelle fois garanti par l’impôt sur le café, la source de revenus la plus fiable du pays.
Les Haïtiens sont alors pauvres depuis des générations. Mais c’est à ce moment-là, lorsque le pays se retrouve sous perfusion du café, du CIC et de la Banque Nationale, qu’Haïti entame un déclin rapide par rapport au reste de la région, selon les recherches de l’économiste britannique Victor Bulmer-Thomas, spécialiste de l’histoire des Caraïbes.
“Haïti a fait beaucoup d’erreurs”, explique-t-il, comme le fait de contracter de nouvelles dettes et d’échouer à diversifier son économie. “Mais il n’y a aucun doute sur le fait qu’à partir de la fin du 19e siècle, beaucoup de ses problèmes peuvent être attribués à ces puissances coloniales.”
La chute de la Banque Nationale Henri Durrieu décède en 1890, avant que la banque qu’il a créée ne s’effondre.
En 1903, les autorités haïtiennes commencent à accuser la Banque Nationale de surfacturation frauduleuse, de faire payer des intérêts en double et de travailler au détriment de l’intérêt supérieur du pays. Mais la banque leur rappelle un détail important : elle est une société enregistrée en France, et considère donc que des tribunaux haïtiens ne peuvent juger de tels litiges.
Sans se décourager, M. Marcelin persuade le parlement de reprendre le contrôle du Trésor public. Haïti gagne enfin le droit d’imprimer sa propre monnaie, et de payer ses propres factures.
Mais des documents trouvés aux Archives diplomatiques françaises montrent que la Banque Nationale peut alors compter sur un puissant allié : le gouvernement français.
En janvier 1908, le représentant de la France en Haïti, Pierre Carteron, rencontre M. Marcelin et le presse de normaliser ses relations avec la banque. M. Marcelin refuse. Il faudrait que la banque contribue au développement économique d’Haïti, si tant est qu’elle survive, répond-t-il. Cela pourrait se faire, réplique M. Carteron. Évidemment, ajoute-t-il, Haïti devrait alors rendre à la France le contrôle de son Trésor public. D’ailleurs, “vous avez besoin d’argent”, avance M. Carteron, selon ses propres notes. “Où en trouverez-vous ?”

Les doutes de M. Carteron quant à un accord avec M. Marcelin sont évidents à la lecture de ses notes manuscrites. Il encourage donc ses collègues à Paris à concevoir une autre stratégie.
“Il importera à un haut degré qu’on étudie immédiatement les moyens de reconstituer un établissement de crédit français à Port-au-Prince”, écrit-il avant d’ajouter : “Sans attache désormais avec le gouvernement haïtien.”
Cette nouvelle institution ouvrira ses portes en 1910, avec un léger changement de nom : elle s’appellera désormais la Banque Nationale de la République d’Haïti. Des banques françaises y possèdent toujours des actions mais, trente ans après avoir mis un pied en Haïti, le CIC n’en fait plus partie.
Le centre de gravité de la finance mondiale a alors changé : il se trouve désormais à Wall Street, autour d’un groupe de banquiers américains ambitieux de la National City Bank de New York, l’ancêtre de Citigroup.
Les financiers américains vont poursuivre la stratégie de M. Durrieu. Leur ascension au rang de puissance dominante en Haïti va pourtant mener à une conséquence encore plus dévastatrice que la dette écrasante en partie engendrée par M. Durrieu.
Wall Street finit par se servir d’une arme bien plus puissante que les menaces indirectes d’un diplomate français. Les banquiers américains font appel à leurs amis à Washington et, 35 ans après la création de la Banque Nationale par M. Durrieu, les États-Unis envahissent Haïti.
Au cours de l’une des plus longues occupations militaires de l’histoire américaine, les États-Unis prennent le contrôle des finances d’Haïti, modelant ainsi son futur pour plusieurs décennies.
Une fois de plus, le pays a été ébranlé par l’institution que le président Salomon avait si fièrement célébrée lors de cette nuit au palais présidentiel : la Banque Nationale d’Haïti.
Source: https://www.nytimes.com/fr/2022/05/20/world/europe/haiti-cic-france-dette.html