Avec la réduction significative des effectifs de la Mission des Nations unies pour la stabilisation en Haïti (MINUSTAH), présente au pays depuis 2004, la Police nationale haïtienne (PNH) a désormais davantage de responsabilités. C’est elle qui doit assurer la sécurité au cours du long cycle d’élections législatives et présidentielle lancé début août. Est-elle prête ? Où en est la PNH, formée par de nombreuses organisations policières — dont la canadienne — sous le chapeau onusien ? Explications de Samuel Tanner, professeur de criminologie et spécialiste des questions policières internationales au CERIUM.
La PNH est-elle en mesure d’assurer à elle seule la sécurité en Haïti ?
Dans son état actuel, on peut en douter. D’abord parce que la situation sociale et politique est tendue, comme on l’a vu en août lors du premier tour des élections législatives, accompagnées de violences ponctuelles. La population est excédée par l’incapacité chronique des autorités et de l’opposition à s’entendre sur la gouvernance du pays. Ces tensions constituent de réels défis pour une organisation policière en réforme et aux prises avec un manque de ressources, tant du point de vue de la formation que des moyens à disposition. Le risque est grand de voir des policiers, à ce stade de leur développement, faire un usage peu approprié de la force pour gérer les manifestants et maintenir l’ordre, faisant croître davantage les tensions sociales.
Il faut ensuite rappeler qu’en dépit des efforts gigantesques de réforme de la PNH entrepris par la MINUSTAH il y a plus de 10 ans, sa crédibilité et sa légitimité restent très faibles aux yeux de la population. Les problèmes documentés de corruption endémique sous Aristide, où de nombreuses places stratégiques ont été pourvues par des « amis politiques » sans que ceux-ci aient la connaissance et l’expérience requises, a largement compromis sa neutralité politique.
Les gouvernements subséquents ont certes déployé de grands efforts pour corriger la situation, mais de nombreux problèmes limitent encore l’efficacité et la fiabilité de la PNH, dont l’influence considérable qu’exercent d’anciens militaires qui souhaitent la transformer en force militaire, alors qu’elle devrait se rapprocher davantage de la communauté pour créer et consolider des liens de confiance avec elle.
Qu’est-ce qui pose problème sur le plan de la formation de la PNH ?
L’écrasante majorité de ses membres ont été formés par les contingents internationaux de police des Nations unies (UNPOL). Nonobstant la grande diversité des compétences des formateurs, issus d’organisations policières de nombreux pays, la formation des policiers locaux reste tributaire des philosophies et modèles des différents contingents nationaux des UNPOL.
Par exemple, la Gendarmerie nationale française, organisation de type militaire, offre une formation qui diffère grandement d’une approche dite communautaire, telle qu’adoptée par la police canadienne, très présente en Haïti. Il n’est pas question de privilégier un modèle sur l’autre, ni de juger leur valeur respective, mais plutôt de souligner le manque de cohérence dans la formation des policiers locaux, qui tendent alors à se démotiver.
Alors que faire ? Peut-on penser que la PNH pourra être sous peu autonome et efficace ?
Certaines conditions devront s’appliquer, à commencer par la nécessité pour les pays donateurs d’éviter de calquer leur modèle national sur une situation qui diffère de la leur, tant du point de vue des ressources que du climat politique et social. Peut-on espérer, en l’espace de quelques décennies, voir émerger une police haïtienne capable de maintenir l’ordre efficacement alors que dans les pays occidentaux, les forces policières ont mis au moins 150 ans pour ce faire ?
Il ne faudrait pas pour autant succomber au cynisme. Une clé de réussite consiste à s’assurer que la PNH dispose des ressources humaines, matérielles et financières suffisantes pour assurer son mandat en fonction des réalités haïtiennes.
Les donateurs devraient aussi mettre sur pied des garde-fous pour garantir son fonctionnement démocratique, c’est-à-dire s’assurer qu’elle n’est pas au service des gouvernements qui se succèdent, mais de la règle de droit et de la population. Cela dit, il ne faut pas oublier que la police n’est qu’un élément du système de la justice criminelle, avec le judiciaire et le pénitentiaire. Si ceux-ci sont défaillants, la PNH ne pourra pas faire de miracles.
http://www.ledevoir.com/international/actualites-internationales/449583/haiti-une-force-policiere-en-manque-de-legitimite
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
Affichage des articles dont le libellé est LA POLICE NATIONALE. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est LA POLICE NATIONALE. Afficher tous les articles
mercredi 9 septembre 2015
lundi 24 mai 2010
Haïti: la police a tué des détenus une semaine après le séisme
Agence France-Presse,Washington
Des détenus de la prison des Cayes, troisième ville d'Haïti, ont été tués par la police le 19 janvier, une semaine après le puissant tremblement de terre et un chef de gang en fuite a été à tort accusé des meurtres, selon une enquête du New York Times publiée dimanche.
Selon le quotidien, qui cite plusieurs anciens prisonniers, des familles des défunts, la police et un rapport confidentiel des Nations Unies sur le drame, tout a commencé le soir du 12 janvier, où la terre a tremblé aux Cayes - dans des proportions moindres qu'à Port-au-Prince mais provoquant la panique générale.
Les quelque 450 détenus de la prison ont été regroupés dans un nombre limité de cellules, tellement serrés les uns contre les autres qu'ils devaient se relayer pour dormir par terre, et les douches ont été supprimées. «La tension a commencé à monter (...) on a fait des projets d'évasion», explique au New York Times un ancien détenu sous couvert d'anonymat.
Au cours de cette tentative, un chef de gang, connu sous le nom de Ti Mousson «s'est échappé aux yeux de tous». La police haïtienne est entrée plusieurs heures plus tard dans la prison, après avoir lancé 30 grenades lacrymogènes qui ont neutralisé les prisonniers, selon le journal.
C'est alors que, selon la police, les forces de l'ordre «ont trouvé plusieurs corps gisant sur le sol tués par un chef de gang parce qu'ils refusaient de participer à l'évasion». Le nombre exact de morts n'est pas précisé mais le quotidien évoque «des dizaines» de corps.
Mais deux cuisinières présentes dans la prison au moment de l'émeute, ont assuré n'avoir vu aucun corps dans la cour de la prison.
«Ils ont tiré sur tout le monde, j'avais plein de sang sur moi (...) même quand les gens n'essayaient pas de s'échapper, ils étaient nerveux et ils tiraient», raconte un ancien prisonnier au quotidien, en parlant des policiers.
Un responsable humanitaire qui a enquêté sur la tragédie, Myrtil Yonel, a assuré au New York Times que non seulement la police avait tiré sur des détenus non armés mais qu'elle avait «ciblé ses tirs» notamment sur des chefs de gang.
Les corps ont été pour la plupart enterré dans les fosses communes qui ont fleuri après le séisme qui a fait 250.000 morts.
Juste après le drame, les Nations Unies ont dépêché une enquête sur place et les photos qui ont été prises sont «les seuls éléments matériels qui existent sur les faits». «Selon trois personnes qui les ont vues, elles montrent des corps dans la cour de la prison et dans les cellules, dont plusieurs sont transpercés de multiples balles», décrit le New York Times.
«Depuis quatre mois, les Américains et l'ONU n'ont pas commenté publiquement les meurtres dans la prison des Cayes, affirmant que c'était aux autorités haïtiennes de prendre l'enquête en charge», explique le quotidien. Il assure qu'une enquête a fini par être diligentée par le chef de mission de l'ONU en Haïti, Edmond Mulet.
http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/seisme-en-haiti/201005/23/01-4283213-haiti-la-police-a-tue-des-detenus-une-semaine-apres-le-seisme.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_seisme-en-haiti_557239_section_POS1
Des détenus de la prison des Cayes, troisième ville d'Haïti, ont été tués par la police le 19 janvier, une semaine après le puissant tremblement de terre et un chef de gang en fuite a été à tort accusé des meurtres, selon une enquête du New York Times publiée dimanche.
Selon le quotidien, qui cite plusieurs anciens prisonniers, des familles des défunts, la police et un rapport confidentiel des Nations Unies sur le drame, tout a commencé le soir du 12 janvier, où la terre a tremblé aux Cayes - dans des proportions moindres qu'à Port-au-Prince mais provoquant la panique générale.
Les quelque 450 détenus de la prison ont été regroupés dans un nombre limité de cellules, tellement serrés les uns contre les autres qu'ils devaient se relayer pour dormir par terre, et les douches ont été supprimées. «La tension a commencé à monter (...) on a fait des projets d'évasion», explique au New York Times un ancien détenu sous couvert d'anonymat.
Au cours de cette tentative, un chef de gang, connu sous le nom de Ti Mousson «s'est échappé aux yeux de tous». La police haïtienne est entrée plusieurs heures plus tard dans la prison, après avoir lancé 30 grenades lacrymogènes qui ont neutralisé les prisonniers, selon le journal.
C'est alors que, selon la police, les forces de l'ordre «ont trouvé plusieurs corps gisant sur le sol tués par un chef de gang parce qu'ils refusaient de participer à l'évasion». Le nombre exact de morts n'est pas précisé mais le quotidien évoque «des dizaines» de corps.
Mais deux cuisinières présentes dans la prison au moment de l'émeute, ont assuré n'avoir vu aucun corps dans la cour de la prison.
«Ils ont tiré sur tout le monde, j'avais plein de sang sur moi (...) même quand les gens n'essayaient pas de s'échapper, ils étaient nerveux et ils tiraient», raconte un ancien prisonnier au quotidien, en parlant des policiers.
Un responsable humanitaire qui a enquêté sur la tragédie, Myrtil Yonel, a assuré au New York Times que non seulement la police avait tiré sur des détenus non armés mais qu'elle avait «ciblé ses tirs» notamment sur des chefs de gang.
Les corps ont été pour la plupart enterré dans les fosses communes qui ont fleuri après le séisme qui a fait 250.000 morts.
Juste après le drame, les Nations Unies ont dépêché une enquête sur place et les photos qui ont été prises sont «les seuls éléments matériels qui existent sur les faits». «Selon trois personnes qui les ont vues, elles montrent des corps dans la cour de la prison et dans les cellules, dont plusieurs sont transpercés de multiples balles», décrit le New York Times.
«Depuis quatre mois, les Américains et l'ONU n'ont pas commenté publiquement les meurtres dans la prison des Cayes, affirmant que c'était aux autorités haïtiennes de prendre l'enquête en charge», explique le quotidien. Il assure qu'une enquête a fini par être diligentée par le chef de mission de l'ONU en Haïti, Edmond Mulet.
http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/seisme-en-haiti/201005/23/01-4283213-haiti-la-police-a-tue-des-detenus-une-semaine-apres-le-seisme.php?utm_categorieinterne=trafficdrivers&utm_contenuinterne=cyberpresse_B13b_seisme-en-haiti_557239_section_POS1
Inscription à :
Articles (Atom)
