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mardi 28 septembre 2010

Décès de Dieudonné Cédor, monstre sacré de la peinture haïtienne

Parti à 85 ans, l’immense créateur de renommée internationale a traversé toutes les expériences artistiques de son temps, en particulier celle fondatrice du XXe siècle haïtien : le Centre d’art Lundi 27 septembre 2010,Radio Kiskeya
Le célèbre peintre Dieudonné Cédor, 85 ans, l’un des derniers grands représentants de l’âge d’or de la création plastique en Haïti, est décédé lundi à son domicile à Carrefour (banlieue sud-ouest de Port-au-Prince), des suites d’une maladie qui le forçait à garder le lit depuis plusieurs mois, a appris Radio Kiskeya.
Professeur à l’Ecole nationale des arts (ENARTS), il était également depuis plus de soixante ans membre du conseil d’administration du Centre d’art, véritable temple des arts plastiques fondé en 1944 par l’américain Dewitt Peters.
Entré en 1947 au Centre, il eut l’insigne privilège d’être acteur et témoin de premier plan de l’éclosion de la première génération d’authentiques peintres haïtiens et du foisonnement de la créativité multidisciplinaire aux côtés des Hector Hyppolite, Gorges Ramponneau, Albert Mangonès, Max Pinchinat, Wilson Bigaud, Luce Turnier, etc.
Homme simple et introverti, Dieudonné Cédor était pourtant constamment animé de la flamme de la poésie et de sa fantaisie de virtuose qu’il joignait –comme un jongleur désinvolte- à sa maîtrise des lignes et des couleurs pour donner à sa peinture et à ses personnages rythmés par la complexité des situations existentielles une forte touche impressionniste qui, pourtant, transpirait un vécu bien haïtien.
Symbole de la synthèse de plusieurs écoles et d’expériences d’une grande diversité conceptuelle, le maître exprimait sa sensibilité et sa jouissance artistique originales à travers l’indéfini, le geste indécis qui marquait les traits de ses natures mortes et vivantes. La déclinaison du bleu d’un bout à l’autre rendait compte de réalités insoupçonnées cernées dans leur plus grande intériorité.
Durant sa carrière d’une longévité exceptionnelle, Cédor a accumulé une impressionnante moisson de prix et distinctions personnels reçus lors de nombreuses participations à des biennales et expositions internationales notamment en Allemagne, en Belgique, en Hollande, aux Etats-Unis, au Guatémala, au Panama, en Colombie et au Venezuela.
Né le 8 mars 1925 à Anse-à-Veau (Nippes, sud-ouest d’Haïti), le peintre avait, outre son passage très remarqué au Centre d’art, contribué à forger l’âme et l’expression chaleureuse de plusieurs autres mouvements artistiques des années 50-60 tels Brochette et le Foyer des arts plastiques.
Il laissa également ses empreintes à l’aéroport international de Port-au-Prince où il réalisa, en 1967, des fresques murales. Une expérience répétée au ministère des affaires étrangères, mais qui devait disparaître dans le séisme dévastateur de janvier dernier.
Dieudonné Cédor croisa, sur sa trajectoire fulgurante, d’autres figures de proue des arts plastiques disparues ces dernières années. André Pierre, Jean-Claude Garoute dit “Tiga”, Gesner Armand, Louisiane St-Fleurant, Néhémy Jean, Wilson Bigaud et Alix Roy sont malheureusement de ceux-là. spp/Radio Kiskeya
http://radiokiskeya.com/spip.php?article7086

lundi 26 avril 2010

Avec le séisme, l'art haïtien a perdu une part de sa naïveté

Clément Sabourin Agence France-Presse


Port-au-Prince Il a attendu deux mois pour reprendre ses pinceaux. Contrairement à d'autres, Raymond Beauduy n'a pas peint dans l'urgence qui a suivi le séisme. Besoin de «réfléchir» et de «penser» au drame que venait de vivre Haïti, son pays. Et besoin de trouver un toit.
Les paysages pittoresques de champs et de paysans aux couleurs bigarrées sont toujours là. L'âme de la peinture naïve de l'île caribéenne.
Mais désormais, cet artiste de 50 ans ajoute au centre de ses oeuvres, des maisons en ruine ou branlantes et des corps gisant au milieu des rues. Avec des tons gris, tristes. Au centre de la toile «car seule Port-au-Prince a été frappée, la campagne elle n'a rien eu», explique le peintre à la barbe grisonnante.
Disparue la sirène simbi, l'esprit vaudou de l'eau qu'il a croisé sur une plage proche de Jacmel alors qu'il avait 14 ans. Cette créature au sourire interrogateur, qui trônait toujours sur ses toiles et habitait ses songes, est partie.
«Les esprits étaient absents ce jour là», dit le peintre.
Comme beaucoup, il a tout perdu le 12 janvier. Quelque 100 jours après, il a bien retrouvé un atelier, prêté par un ami. Mais il vit toujours dans une tente. Et s'est remis à peindre, même si ce n'est pas facile, avoue-t-il.
«Ca fait mal, en tant qu'Haïtien et en tant qu'artiste», raconte-t-il en français avant de passer au créole «pour bien expliquer tout ce qui passe».
«C'est difficile de peindre car il faut bien représenter ce que tout le monde a vu, tout ce que le peuple haïtien a souffert, toute cette masse qui nous a frappée», dit-il.
«Ca m'a changé complètement car ça me fait réfléchir d'une autre façon. Maintenant, tout le monde doit recommencer sa vie, reconstruire Haïti. Et nous devons garder l'espoir.»
Au bord des routes comme dans les galeries de Pétionville, sur les hauteurs de la capitale, les peintres haïtiens exposent leur vision de la catastrophe qui a coûté la vie à au moins 220 000 de leurs compatriotes et ravagé une partie de leur patrie.
Beaucoup ont conservé les attributs colorés et dépouillés de l'art naïf. Ici, le Palais national, le symbole de l'indépendance du pays, effondré, sous les yeux des sinistrés ayant trouvé refuge sur le Champ de Mars. Là, des distributions de sacs de riz encadrés par les GI's ou des camps de tentes «igloo» entourés de blessés et d'amputés.
D'autres ont abandonné le principal style pictural de l'île et ont laissé libre cours aux pensées les plus noires. La première toile qu'a achetée la Galerie Monnin, une institution à Pétionville, est frappante d'angoisse.
Des milliers d'yeux de chevaux, d'oiseaux ou d'humains sur fond vert vous fixent. Et au centre de l'oeuvre carrée, une forêt de mains marrons qui sortent des ténèbres des décombres, implorant le ciel. «Haiti will reborn», Haïti renaîtra, proclame une pancarte tenue par une créature.
«Après le séisme, tous les peintres sont venus nous voir. Ils nous disaient «on a tout perdu, on compte sur vous», c'était un vrai défi», raconte Gaël Monnin, la directrice de l'établissement.
De l'argent a été avancé, de la gouache a été donnée. Et quelques milliers de dollars sont arrivés de l'étranger, envoyés par des amateurs d'art haïtien.
Ce pécule va servir à ouvrir un «village d'artistes», résidence et atelier pour la soixantaine de peintres travaillant avec la galerie, dit Mme Monnin.
En attendant, les marchands d'arts dans la rue désespèrent. «Ca se vend mal, souffle Pierre-Jacques Cedoux. C'est trop triste, des gens sont morts. Qui veut accrocher ça dans sa maison?»
http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/seisme-en-haiti/201004/25/01-4274049-avec-le-seisme-lart-haitien-a-perdu-une-part-de-sa-naivete.php