Trois ans après le tremblement de terre en Haïti, la situation du pays sur le plan du logement est tout à fait catastrophique. Des centaines de milliers de personnes continuent à vivre dans des abris précaires. Le séisme du 12 janvier 2010 a fait plus de 200 000 morts et quelque 2,3 millions de sans abris.
Aujourd’hui, on estime que plus de 350 000 personnes vivent actuellement dans 496 camps à travers le pays.
D’après les témoignages recueillis, les conditions de vie dans ces camps improvisés se dégradent ; l’accès à l’eau, les installations sanitaires et les services de voirie en particulier y font cruellement défaut, ce qui contribue à la propagation de maladies infectieuses telles que le choléra. Femmes, jeunes filles et fillettes y sont en outre fortement exposées aux risques d’agressions sexuelles et aux viols.
Comme si le fait d’être à la merci de l’insécurité, des maladies et des ouragans ne suffisait pas, de nombreuses personnes habitant dans des camps de fortune vivent par ailleurs dans la peur constante d’être expulsées de force.
Depuis le tremblement de terre, des dizaines de milliers de personnes ont été forcées à quitter les camps. L’Organisation internationale pour les migrations a indiqué que près de 80 000 autres personnes vivant principalement dans des camps établis sur des terrains privés risquent actuellement d’être expulsées – cela représente 21 % de la population totale des camps.
Le 21 décembre 2011, Marie et son enfant ont été expulsés de force et de manière violente du camp de la place Jérémie, de même que des dizaines d’autres familles. : « Le comité de camp faisait pression sur nous pour que nous quittions les lieux. Ils disaient qu’ils avaient besoin de la place pour un championnat [de football]. Mais comme nous n’avions nulle part où aller, nous sommes restés. De temps en temps ils distribuaient des prospectus au ton menaçant. La nuit ils jetaient des pierres et des bouteilles sur nos tentes […] Puis un jour, à 3 heures du matin, ils sont venus et ont commencé à frapper aux portes. Ensuite ils ont détruit mon abri avec des lames de rasoir et des couteaux […] Ils m’ont poussée dehors et ont commencé à tout démolir. Je n’ai pas eu le temps de prendre quoi que ce soit avec moi ; je suis partie avec les habits que j’avais sur le dos, c’est tout. »
Haïti souffrait déjà d’une grave pénurie de logements avant le tremblement de terre, mais pour des centaines de milliers de personnes, la situation actuelle est dramatique.Les initiatives actuelles du gouvernement en matière de logement semblent avoir davantage pour but d’empêcher les gens de vivre sur des places publiques plutôt que de leur proposer des logements sûrs. La mise en œuvre de politiques qui feront véritablement du droit à un logement convenable une réalité dans ce pays, voilà ce que nous voulons voir. Xavier Zúñiga, conseiller spécial pour Amnesty International.
Action insuffisante des autorités
En avril 2012, les autorités haïtiennes ont rendu public un projet de politique nationale du logement. Ce projet fixe un certain nombre de priorités concernant la construction de maisons, mais ne définit pas les conditions à réunir pour que les personnes vivant dans la pauvreté puissent bénéficier de logements convenables et abordables. Il ne contient par ailleurs aucun engagement contre les expulsions forcées.
Avec le soutien de donateurs internationaux, les autorités nationales ont par ailleurs lancé en août 2011 un plan visant à reloger dans 16 quartiers des personnes venant de 50 camps de déplacés (« projet 16/6 »). Dans le cadre de cette initiative, des familles reçoivent une allocation logement d'environ 380 euros sur une période de 12 mois – le but étant de les encourager à quitter les camps pour des logements de meilleure qualité –, ainsi qu'environ 20 euros pour les frais de transport. C’est aux familles que revient la responsabilité de trouver leur propre logement à louer et de parvenir à un accord avec le propriétaire.
Si ce projet a aidé quelques familles, le montant de l’allocation est trop faible, les personnes concernées ne sont pas épaulées dans leur recherche de logement et les familles ne sont pas soutenues sur le long terme.
De nombreuses personnes ont fait part aux délégués d’Amnesty International en Haïti de leurs inquiétudes, ne sachant pas où elles vivraient à l’expiration de la période d’allocation puisqu'elles ne seraient plus en mesure de payer leur loyer. En l’état actuel des choses, elles éprouvent déjà des difficultés à nourrir leur famille, sans parler des dépenses correspondant à d’autres articles et services de première nécessité tels que les vêtements, les médicaments et l’éducation.
Le départ d’acteurs humanitaires début 2011 et le manque de financements ont contribué à la dégradation des conditions de vie dans les camps improvisés. Seule une petite partie des fonds versés par les donneurs a été allouée à des projets relatifs au logement.
En 2010, tout le monde s’est empressé d’aider Haïti mais trois ans plus tard, nous constatons que les espoirs d’amélioration n’ont pas été concrétisés, car les droits des Haïtiens ne semblent pas constituer une priorité. Ce pays a besoin que les autorités nationales passent à l’action et que la communauté internationale lui apporte un réel soutien.
LE SÉISME EN HAÏTI : QUELQUES CHIFFRES
Le tremblement de terre
200 000 morts ;
2,3 millions de sans-abri :
105 000 maisons détruites ; 208 164 habitations gravement endommagées.
Les personnes déplacées
357 785 personnes (90 415 familles) vivant dans 496 camps (fin octobre 2012).
52 % sont des femmes.
Les expulsions forcées
60 978 personnes ont été expulsées de 152 camps depuis le séisme.
78 175 personnes sont sous la menace d’une expulsion – ce qui représente 21 % du nombre total de personnes déplacées vivant dans des camps.
Les conditions de vie dans les camps
72 038 personnes déplacées, installées dans 264 des 541 camps existants, n’avaient pas accès à l’eau potable ni à des toilettes sur site (en juin 2012).
50 % des camps restants ne disposaient pas sur site d’un accès à l’eau ni de toilettes, ce qui touchait plus d’une personne déplacée sur six, pour un total de 66 546 personnes (en juin 2012).
Avant le tremblement de terre
67 % de la population urbaine vivait dans des bidonvilles construits sur les zones qui ont été les plus touchées par le séisme.
Le pays le plus inégalitaire des Amériques
56 % des ménages vivent avec moins d’un dollar par jour et 77% avec moins de 2 dollars par jour.
Les 10 % des ménages les plus riches en Haïti contrôlaient 68 % de l’ensemble des revenus des ménages.
Sources : Organisation internationale pour les migrations, Bureau de la coordination de l’aide humanitaire et Programme de développement et d’évaluation des besoins post-désastre en Haïti (ONU).
http://www.amnesty.fr/AI-en-action/Lutter-contre-la-pauvrete/Bidonvilles/Actualites/Haiti-situation-en-matiere-de-logement-toujours-catastrophique-7543
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
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jeudi 17 janvier 2013
mercredi 16 janvier 2013
Haïti-Séisme: les malheurs vécus et des opportunités ratées 3 ans après
Lundi, 14 Janvier 2013 09:20 RD/HPN
Pour commémorer le troisième anniversaire du séisme qui avait dévasté plusieurs communes du pays, une conférence débat autour du thème « 12 janvier 2010 – 12 janvier 2013 : Malheurs vécus, opportunités ratées en Haïti », s’est tenue samedi à Petite Rivière de l’Artibonite.
Au cours de cette activité commémorative, les dimensions politiques, économiques, judiciaires et culturelles de la reconstruction d’Haïti ont été abordées par les intervenants à la Rotonde, salle spéciale du Palais aux 365 portes, où se tenait de grandes réunions sous le règne du Roi Henry 1er d’Haïti (Henry Christophe).
Environ 250 élèves en classe de rhétorique et de philosophie ainsi que des jeunes regroupés en associations ont pris part à cet évènement organisé par l’Association des Parents et Professeurs d’Ecoles de Liancourt (APPEL).
Le journaliste Marc Antoine Aldorphe, directeur de radio Tête-à-tête et télé Amani-y a fait office de modérateur lors des discussions intenses portées sur les vulnérabilités d’Haïti amplifiées avec le tremblement de terre et des débats traitant des facteurs de blocage à la reconstruction nationale.
Dans son intervention, Victor Benoit, président de l’Internationale Socialiste a critiqué l’absence de gouvernance, car selon lui les défis existaient depuis l’indépendance même si la catastrophe avait pourtant offert une opportunité. « Les mauvais leaders ont dirigé la barque nationale dans de mauvaises directions », a jugé le professeur Benoit.
L’écrivain haïtien Gary Victor, prix RFO 2004, qui se trouvait dans son fief de Carrefour Feuilles (quartier de Port-au-Prince, où plus 10000 victimes ont été recensées) au moment des terribles secousses de 16h53, le 12 janvier 2010, a pour sa part, regretté que ce choc n’ait pas réellement constitué un électrochoc pour un réel réveil haïtien, trois ans plus tard.
Kénol Louis, directeur du lycée Henry Christophe de la Petite Rivière de l’Artibonite, a invité les haïtiens à se solidariser davantage en dégageant l’énergie qu’il faut comme celle qui constitue la lumière quand elle se trouve dans l’ampoule et la chaleur quand il s’agit du fer à repasser. « Haïti doit être un pays de débats et non de combats », a souhaité l’enseignant rivartibonitien.
Pour Me Dilia Lemaire, membre du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), qui a emprunté des propos de l’écrivain Frankétienne comparant Haïti à un jardin où une fleur doit jaillir des déchets, les opportunités ne passeront jamais tant qu’on est vivant, mais il faut enfin une planification pour savoir saisir les bonnes.
Par ailleurs, Haïti Press Network a constaté que le Palais aux 365 portes se trouve actuellement dans un état de délabrement très avancé. Entrepris en 1816 et construit par Luis Dupeyrac, le Palais de la Belle Rivière a été restauré et achevé par l’ancien président Sténio Vincent en avril 1933.
Le Palais aux 365 portes est malgré tout un symbole fort de l’être haïtien qui est capable de résister, de rester dignement debout en dépit des malheurs, des souffrances et des opportunités ratées, a fait savoir le Dr Ely Thélot, directeur de l’APPEL, concernant le choix de ce site historique pour marquer ce triste jour.
L’APPEL organise régulièrement et systématiquement des séminaires de formation et des activités culturelles dans le département de l’Artibonite dans le cadre d’un projet mis en place grâce à un financement du Fonds des Nations Unies pour la Démocratie (FNUD), OXFAM et Coopération Suisse.
Robens Duversaint, robensfusion@yahoo.fr
http://222.hpnhaiti.com/site/index.php/reconstruction/8369-haiti-seisme-les-malheurs-vecus-et-des-opportunites-ratees-3-ans-apres
lundi 14 janvier 2013
L'ONU veut se concentrer sur la stabilisation d'Haïti selon Hervé Ladsous
Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, Hervé Ladsous, a effectué la semaine écoulée une visite d'évaluation de la mission onusienne en Haïti. Cette visite a coïncidé avec la commémoration du 3 eme anniversaire du violent séisme du 12 janvier.
M. Ladsous a annoncé que les nations Unies pourront se concentrer sur la tache prioritaire de stabilisation du pays après la phase d'urgence post séisme. Il admet que la phase d'urgence a été longue en raison de l'effort déployé en faveur des populations sinistrées regroupées dans les sites d'hébergement.
Faisant valoir que de nombreux progrès ont été accomplis, M. Ladsous a admis qu'il y a encore beaucoup à faire. Nous sommes ensemble avec les Haïtiens afin de trouver les bonnes solutions pour assurer la sécurité de la population qui constitue quand même une préoccupation centrale", dit –il rappelant les efforts continus de l'ONU pour appuyer la Police Nationale d'Haïti à se renforcer, se structurer et se former. Dans le même temps, la mission onusienne poursuivra ses actions dans le cadre du renforcement de l'Etat de droit car c'est là une des conditions pour garantir un avenir meilleur au pays.
Le secrétaire général adjoint de l'ONU a mis l'accent sur le rôle important de la Mission de l'ONU dans l'amélioration du climat sécuritaire. Il juge qu'une étroite collaboration entre la mission de l'ONU et les autorités haïtienne est indispensable pour consolider le processus politique, consolider l'Etat de droit qui est une condition indispensable pour inspirer la confiance aux investisseurs étrangers. La Mission des nations unies pour la stabilisation en Haïti est l'une des missions de stabilisation de sortie de crise de l'ONU.
LLM / radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=21762
M. Ladsous a annoncé que les nations Unies pourront se concentrer sur la tache prioritaire de stabilisation du pays après la phase d'urgence post séisme. Il admet que la phase d'urgence a été longue en raison de l'effort déployé en faveur des populations sinistrées regroupées dans les sites d'hébergement.
Faisant valoir que de nombreux progrès ont été accomplis, M. Ladsous a admis qu'il y a encore beaucoup à faire. Nous sommes ensemble avec les Haïtiens afin de trouver les bonnes solutions pour assurer la sécurité de la population qui constitue quand même une préoccupation centrale", dit –il rappelant les efforts continus de l'ONU pour appuyer la Police Nationale d'Haïti à se renforcer, se structurer et se former. Dans le même temps, la mission onusienne poursuivra ses actions dans le cadre du renforcement de l'Etat de droit car c'est là une des conditions pour garantir un avenir meilleur au pays.
Le secrétaire général adjoint de l'ONU a mis l'accent sur le rôle important de la Mission de l'ONU dans l'amélioration du climat sécuritaire. Il juge qu'une étroite collaboration entre la mission de l'ONU et les autorités haïtienne est indispensable pour consolider le processus politique, consolider l'Etat de droit qui est une condition indispensable pour inspirer la confiance aux investisseurs étrangers. La Mission des nations unies pour la stabilisation en Haïti est l'une des missions de stabilisation de sortie de crise de l'ONU.
LLM / radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=21762
La Cour des comptes juge l’aide française à Haïti
Dévoilé par La Croix, un rapport de la Cour des comptes paru le vendredi 11 janvier dresse le bilan de l’aide française, trois ans après le séisme du 12 janvier 2010.
Le rapport juge plutôt favorablement la réaction des autorités et le travail des ONG françaises tout en soulignant que des améliorations demeurent nécessaires.
Trois ans tout juste après l’effroyable séisme qui a provoqué la mort de plus de 220 000 personnes à Haïti, le 12 janvier 2010, un rapport de la Cour des comptes, que dévoile La Croix en exclusivité, fait le point sur l’aide apportée par la France aux populations sinistrées.
À l’issue d’un travail mené depuis dix-huit mois et nourri de deux missions sur place, les magistrats livrent des conclusions globalement favorables aux acteurs de l’aide humanitaire.
En ce qui concerne les services de l’État, la Cour des comptes n’a pas noté de défaillance manifeste. Le rapport salue même la « réactivité » des différents intervenants et se félicite du travail de coordination mené par la « cellule de crise » du Quai d’Orsay et du savoir-faire des gendarmes français déployés sur place.
UN ÉCART ENTRE LES ANNONCES ET LA RÉALITÉ DES AIDES DÉBLOQUÉES
Reste tout de même des constats moins enthousiastes. La Cour déplore notamment que, durant la phase d’urgence, la coordination sur place ait« présenté les mêmes faiblesses » que celles relevées lors de rapports publiés après le tsunami ayant frappé l’Asie du Sud-Est en 2004. Cette remarque vise les réticences de certains services de la sécurité civile à se placer sous l’autorité de l’ambassadeur.
La Cour regrette aussi l’écart existant entre « effets d’annonce et réalité des chiffres » à propos des aides promises par les autorités françaises à Haïti. Alors que « l’aide supplémentaire était censée se monter à 326 millions d’euros », la France n’en a finalement versé que la moitié (153 millions). « Cette différence s’explique par le fait que l’annonce initiale intégrait des décisions financières prises en faveur d’Haïti avant le séisme », notamment des annulations de dettes de plus de 50 millions d’euros, a calculé la Cour.
Au final, l’aide publique française apportée à Haïti représente 2 % du total des sommes versées par la communauté internationale pour les opérations d’urgence et de reconstruction.
LES FONDS COLLECTÉS PLUTÔT BIEN SUIVIS PAR LES ONG
Coté ONG, l’apport français s’est révélé plus important. En fournissant 240 millions d’euros d’aides, dont 87 millions issus de dons des particuliers, les ONG françaises ont contribué pour 12 % du total de l’aide privée mondiale.
La Cour des comptes, chargée de surveiller les institutions faisant appel à la générosité publique, s’est penchée sur les résultats obtenus par les plus grosses associations qui ont récolté à elles seules 80 % des dons : la Fondation de France (26 millions d’euros), le Secours catholique (13,4), la Croix-Rouge (10,3) ainsi que Unicef-France, Action contre la faim, le Secours populaire et MSF.
Le rapport estime que ces grandes associations ont « globalement respecté leurs obligations en matière de suivi de fonds collectés et d’information des donateurs ». Un jugement bien plus clément que celui émis lors d’un rapport similaire consacré à l’aide envoyé après le tsunami asiatique, où certaines ONG avaient dépensé des sommes pour des programmes différents de ceux mis en avant dans leurs appels.
AMÉLIORER LA TRANSPARENCE
Les magistrats financiers jugent toutefois que la transparence financière doit encore être améliorée et émettent des remarques sur certaines pratiques. Le rapport rappelle ainsi aux associations qu’elles ont l’obligation de bien préciser, lors de chaque appel à la générosité, la part de la somme réellement utilisée sur place et celle qui couvrira le coût de collecte des dons.
Ces frais restent parfois minimes (0,4 % pour le Secours catholique), tournent généralement autour de 5 à 8 % et peuvent parfois atteindre des proportions plus importantes, culminant à plus de 10 % pour l’Unicef France.
VERS LA FIN DES ADOPTIONS DIRECTES
Le rapport de la Cour des comptes revient également sur la polémique créée par les demandes de familles françaises de hâter le départ vers la France des enfants haïtiens en cours d’adoption après le séisme de 2010. Jugeant les critiques émises contre le ministère des affaires étrangères infondées, la Cour estime que celui-ci a agi « dans l’intérêt des enfants et des familles ».
Surtout, les rapporteurs estiment que « la catastrophe haïtienne illustre les difficultés supplémentaires que crée l’usage de la procédure d’adoption individuelle », où les parents effectuent eux-mêmes les démarches, sans passer par des organismes officiels. Le rapport demande la fin de cette procédure, rappelant que la convention de la Haye, ratifiée par la France, recommande sa suppression progressive.
MATHIEU CASTAGNET
http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/La-Cour-des-comptes-juge-l-aide-francaise-a-Haiti-_NG_-2013-01-10-897648
Pourquoi faut-il continuer à aider Haïti ?
Mgr Marc Stenger s’est rendu en Haïti du 30 décembre au 8 janvier.
Trois ans après le séisme qui a ravagé le pays, il estime qu’il reste encore beaucoup à faire pour effacer les traces de la catastrophe et soutenir les Haïtiens dans leur œuvre de construction.
EntretienMgr Marc Stenger Évêque de Troyes, membre de la commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église, accompagnateur du pôle Amérique latine et Caraïbes
« Depuis le séisme, je suis allé à plusieurs reprises en Haïti. Les traces de la catastrophe sont loin d’être effacées. Tout demeure fragile. De nombreux Haïtiens resteront marqués à vie par des traumatismes à la fois physiques, psychologiques et matériels. Les camps sont encore nombreux. Les cyclones successifs détruisent l’économie haïtienne, particulièrement agricole. Malgré une vraie volonté de l’État haïtien, les choses n’avancent que très lentement, et pas toujours bien, en raison de la corruption.
Par ailleurs, les ONG venues pour une intervention d’urgence commencent à plier bagage. Pourtant, malgré tous ces aspects négatifs, je reviens une nouvelle fois frappé par la confiance qui habite ce peuple joyeux, par sa foi en l’avenir même s’il a beaucoup de raisons de se laisser abattre par la tristesse. Dans la nuit du 31 décembre, j’ai présidé une messe dans une paroisse provisoire. À minuit précis, lors du geste de la paix, j’ai été témoin d’un déclenchement de joie. Nouvelle année signifiait espoir.
La cathédrale de Port-au-Prince et les deux tiers des églises et des chapelles du diocèse sont encore en ruine. Le 1er janvier, nous avons célébré le jour de la Fête de l’indépendance nationale avec Mgr Guire Poulard, archevêque de Port-au-Prince, dans sa cathédrale de « toile », au pied des ruines de l’autre cathédrale. Nous y avons tous chanté un Te Deum vibrant. Mais j’ai aussi visité une église toute neuve. Au grand séminaire, les 250 séminaristes, qui vivaient sous la tente depuis 2010, disposent désormais de petites maisons en dur.
Et j’ai été témoin des efforts considérables consentis pour arriver à se remettre debout et à aider les autres à lever la tête, notamment dans le domaine de l’éducation. Les sœurs de la Sagesse ont ainsi par exemple tout fait pour relever leur lycée de 1 500 élèves. Mais la reconstruction ne concerne pas seulement les bâtiments. Le CCFD et le Secours catholique sont engagés dans des projets de développement.
Les Caritas collaborent à la construction de « villages » qui facilitent le vivre-ensemble. Nous avons bien des raisons d’oublier Haïti. Mais l’aide la plus précieuse que nous pouvons apporter à ce peuple qui n’a pas peur de la difficulté et à tous ceux qui travaillent à ses côtés, c’est de continuer à le soutenir (1) jusqu’à ce qu’il trouve une forme d’indépendance qui lui permette de ne plus être dans le provisoire. »
(1) Dons : CEFAL Urgence Haïti, 58, avenue de Breteuil, 75007 Paris.
Recueilli par Martine de SAUTO
http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Pourquoi-faut-il-continuer-a-aider-Haiti-_NP_-2013-01-13-897919/(CRX_ARTICLE_ACCESS)/ACCESS_CONTENT
Trois ans après le séisme qui a ravagé le pays, il estime qu’il reste encore beaucoup à faire pour effacer les traces de la catastrophe et soutenir les Haïtiens dans leur œuvre de construction.
EntretienMgr Marc Stenger Évêque de Troyes, membre de la commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église, accompagnateur du pôle Amérique latine et Caraïbes
« Depuis le séisme, je suis allé à plusieurs reprises en Haïti. Les traces de la catastrophe sont loin d’être effacées. Tout demeure fragile. De nombreux Haïtiens resteront marqués à vie par des traumatismes à la fois physiques, psychologiques et matériels. Les camps sont encore nombreux. Les cyclones successifs détruisent l’économie haïtienne, particulièrement agricole. Malgré une vraie volonté de l’État haïtien, les choses n’avancent que très lentement, et pas toujours bien, en raison de la corruption.
Par ailleurs, les ONG venues pour une intervention d’urgence commencent à plier bagage. Pourtant, malgré tous ces aspects négatifs, je reviens une nouvelle fois frappé par la confiance qui habite ce peuple joyeux, par sa foi en l’avenir même s’il a beaucoup de raisons de se laisser abattre par la tristesse. Dans la nuit du 31 décembre, j’ai présidé une messe dans une paroisse provisoire. À minuit précis, lors du geste de la paix, j’ai été témoin d’un déclenchement de joie. Nouvelle année signifiait espoir.
La cathédrale de Port-au-Prince et les deux tiers des églises et des chapelles du diocèse sont encore en ruine. Le 1er janvier, nous avons célébré le jour de la Fête de l’indépendance nationale avec Mgr Guire Poulard, archevêque de Port-au-Prince, dans sa cathédrale de « toile », au pied des ruines de l’autre cathédrale. Nous y avons tous chanté un Te Deum vibrant. Mais j’ai aussi visité une église toute neuve. Au grand séminaire, les 250 séminaristes, qui vivaient sous la tente depuis 2010, disposent désormais de petites maisons en dur.
Et j’ai été témoin des efforts considérables consentis pour arriver à se remettre debout et à aider les autres à lever la tête, notamment dans le domaine de l’éducation. Les sœurs de la Sagesse ont ainsi par exemple tout fait pour relever leur lycée de 1 500 élèves. Mais la reconstruction ne concerne pas seulement les bâtiments. Le CCFD et le Secours catholique sont engagés dans des projets de développement.
Les Caritas collaborent à la construction de « villages » qui facilitent le vivre-ensemble. Nous avons bien des raisons d’oublier Haïti. Mais l’aide la plus précieuse que nous pouvons apporter à ce peuple qui n’a pas peur de la difficulté et à tous ceux qui travaillent à ses côtés, c’est de continuer à le soutenir (1) jusqu’à ce qu’il trouve une forme d’indépendance qui lui permette de ne plus être dans le provisoire. »
(1) Dons : CEFAL Urgence Haïti, 58, avenue de Breteuil, 75007 Paris.
Recueilli par Martine de SAUTO
http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Pourquoi-faut-il-continuer-a-aider-Haiti-_NP_-2013-01-13-897919/(CRX_ARTICLE_ACCESS)/ACCESS_CONTENT
Haïti, 3 ans après : le peuple prie Dieu, c’est pas la faute à Voltaire
LE PLUS. Il y a trois ans, le 12 janvier 2010, un séisme a dévasté Haïti. Très pieux, les habitants de l'île ont prié Dieu, attitude souvent taxée de naïve par les commentateurs. Peut-on continuer à vivre sa religion après une telle catastrophe ? Analyse de Francis Métivier, philosophe.
Au moment du séisme de Port-au-Prince, le 12 janvier 2010, certains occidentaux avaient trouvé incongrue la ferveur religieuse du peuple haïtien, aux motifs suivants : comment peut-on prier Dieu, comment peut-on remercier Dieu d’être en vie, alors que Dieu, être suprême censé diriger le monde selon le principe du bien, de l’harmonie préétablie, aurait laissé faire cette catastrophe naturelle et, même, l’aurait voulue et provoquée ?
Pire : certains ont vu dans l’attitude du peuple haïtien une forme de naïveté, celle qui consiste à croire en un Dieu qui, en réalité, ferait ou accepterait le mal, et dont la faiblesse serait au fond la preuve de son inexistence.
Dieu a sauvé des vies
Dans ce préjugé, le "Candide" de Voltaire n’est pas loin. Ainsi que son ironique : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles." Ou bien Dieu est infaillible et il existe, ou bien Dieu est faillible et il n’existe pas. Mais notre penseur apparemment anti-optimiste semble exprimer ici, plus qu’une certitude, un doute.
Voltaire, faut-il le rappeler, était croyant, selon les principes du déisme, c’est-à-dire l’idée que Dieu et l’homme puissent être en relation directe, en vertu de la raison naturelle du second, et ce en dehors des règles et des cultes de toute religion révélée et officielle. Voltaire est l’auteur du "Candide" et de l’article "Prière à Dieu".
Continuer à croire en Dieu dans les décombres, le deuil et la misère, ne revient donc pas à justifier l’injustifiable. Il faut cesser de se prendre pour Voltaire ou plutôt de se prendre pour la figure de son contresens. La croyance en Dieu est ce qui fait danser les Haïtiennes qui n’ont plus de jambes.
Oui, les Haïtiens ont remercié Dieu d’être en vie et ils le remercient encore aujourd’hui. Il faut bien comprendre : le mal existe et c’est le mal qui a frappé. Peu importe sa provenance. Dieu est intervenu pour sauver des vies. Limiter les dégâts. Dans la panoplie des éléments de langage du sens commun athée, le plus insignifiant consiste à prétendre que si Dieu était tout puissant, il aurait évité cette catastrophe.
La philosophie des catastrophes
Les Haïtiens ne savent qu’une chose : Dieu est grand, donne un sens aux vivants, et même aux morts. Qui oserait alors expliquer le contraire, simplement parce qu’on aura entendu parler de Voltaire au lycée dans un incroyable malentendu ? Qui aurait cette indécence de vouloir qu’une idée soit plus forte qu’une vie ? Quel homme stupide et sans culture irait faire la morale aux Haïtiens, leur expliquer que Dieu n’existe pas, comme les colons de la foi expliquaient que Dieu existe ?
Aujourd’hui, c’est toujours la même foi qui fait vivre les Haïtiens. La même foi qui, dans les camps, anime la survie des réfugiés sans abris "en dur". Mais l’on sait ce que peut vouloir dire "en dur" quand le mur s’effondre. Un réfugié des camps m’a dit un jour "un chiffon fait moins mal qu’une pierre".
Alors, plutôt que de se référer à un Voltaire inapproprié et de faire des comparaisons idéologiques entre le tremblement de terre de Port-au-Prince en 2010 et celui de Lisbonne en 1755 (dont parle Voltaire), contentons-nous d’abord de reconnaître que les Haïtiens possèdent une philosophie de vie qui relève de la philosophie des catastrophes. Il suffit de regarder l’histoire du pays pour s’en rendre compte.
Mais qu’est-ce qu’une philosophie de vie ? C’est une manière pratique de vivre, de laquelle un sens se dégage. Ce sens peut être voulu comme il peut être subi. Cela ne revient pas à dire qu’une vie sensée soit toujours douée de logique et empreinte de justice. Car celle de beaucoup d’Haïtiens ne semble ni logique ni juste. Cette vie est "bagay", "ti désowdwe", un fait tragique qui entraîne une existence dramatique, le "ti", "petit", étant très ironique.
La philosophie de vie des Haïtiens s’articule autour de valeurs qui, pour nous, ne s’inscrivent que dans une dimension rhétorique et dont, pour eux, l’application concrète est une question de vie ou de mort. Ce qui est pour nous de l’ordre de la morale très théorique est pour les Haïtiens de l’ordre du vital, du biologique. C’est là tout le décalage entre eux et nous. Et c’est également pour cette raison que, d’eux, nous ne sommes pas, comme on le dit, tellement près et tellement loin à la fois, mais pour beaucoup d’entre nous – et même les politiques qui ont pu être les mieux attentionnés et ne le sont plus – tellement loin, seulement.
À titre personnel, je ne sais pas si Dieu existe, mais son idée, dans le cas de la vie des Haïtiens, est infiniment plus grande que le petit comportement des moqueurs. Alors laissons les hommes croire en Dieu et espérer. Cette croyance et cette espérance sont tellement plus intelligentes que certaines de nos dépressions nerveuses et nos petits complexes… Et surtout, la croyance religieuse de l’homme qui vit dans les catastrophes ne nous fait aucun mal.
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/759388-haiti-3-ans-apres-le-peuple-prie-dieu-c-est-pas-la-faute-a-voltaire.html
Au moment du séisme de Port-au-Prince, le 12 janvier 2010, certains occidentaux avaient trouvé incongrue la ferveur religieuse du peuple haïtien, aux motifs suivants : comment peut-on prier Dieu, comment peut-on remercier Dieu d’être en vie, alors que Dieu, être suprême censé diriger le monde selon le principe du bien, de l’harmonie préétablie, aurait laissé faire cette catastrophe naturelle et, même, l’aurait voulue et provoquée ?
Pire : certains ont vu dans l’attitude du peuple haïtien une forme de naïveté, celle qui consiste à croire en un Dieu qui, en réalité, ferait ou accepterait le mal, et dont la faiblesse serait au fond la preuve de son inexistence.
Dieu a sauvé des vies
Dans ce préjugé, le "Candide" de Voltaire n’est pas loin. Ainsi que son ironique : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles." Ou bien Dieu est infaillible et il existe, ou bien Dieu est faillible et il n’existe pas. Mais notre penseur apparemment anti-optimiste semble exprimer ici, plus qu’une certitude, un doute.
Voltaire, faut-il le rappeler, était croyant, selon les principes du déisme, c’est-à-dire l’idée que Dieu et l’homme puissent être en relation directe, en vertu de la raison naturelle du second, et ce en dehors des règles et des cultes de toute religion révélée et officielle. Voltaire est l’auteur du "Candide" et de l’article "Prière à Dieu".
Continuer à croire en Dieu dans les décombres, le deuil et la misère, ne revient donc pas à justifier l’injustifiable. Il faut cesser de se prendre pour Voltaire ou plutôt de se prendre pour la figure de son contresens. La croyance en Dieu est ce qui fait danser les Haïtiennes qui n’ont plus de jambes.
Oui, les Haïtiens ont remercié Dieu d’être en vie et ils le remercient encore aujourd’hui. Il faut bien comprendre : le mal existe et c’est le mal qui a frappé. Peu importe sa provenance. Dieu est intervenu pour sauver des vies. Limiter les dégâts. Dans la panoplie des éléments de langage du sens commun athée, le plus insignifiant consiste à prétendre que si Dieu était tout puissant, il aurait évité cette catastrophe.
La philosophie des catastrophes
Les Haïtiens ne savent qu’une chose : Dieu est grand, donne un sens aux vivants, et même aux morts. Qui oserait alors expliquer le contraire, simplement parce qu’on aura entendu parler de Voltaire au lycée dans un incroyable malentendu ? Qui aurait cette indécence de vouloir qu’une idée soit plus forte qu’une vie ? Quel homme stupide et sans culture irait faire la morale aux Haïtiens, leur expliquer que Dieu n’existe pas, comme les colons de la foi expliquaient que Dieu existe ?
Aujourd’hui, c’est toujours la même foi qui fait vivre les Haïtiens. La même foi qui, dans les camps, anime la survie des réfugiés sans abris "en dur". Mais l’on sait ce que peut vouloir dire "en dur" quand le mur s’effondre. Un réfugié des camps m’a dit un jour "un chiffon fait moins mal qu’une pierre".
Alors, plutôt que de se référer à un Voltaire inapproprié et de faire des comparaisons idéologiques entre le tremblement de terre de Port-au-Prince en 2010 et celui de Lisbonne en 1755 (dont parle Voltaire), contentons-nous d’abord de reconnaître que les Haïtiens possèdent une philosophie de vie qui relève de la philosophie des catastrophes. Il suffit de regarder l’histoire du pays pour s’en rendre compte.
Mais qu’est-ce qu’une philosophie de vie ? C’est une manière pratique de vivre, de laquelle un sens se dégage. Ce sens peut être voulu comme il peut être subi. Cela ne revient pas à dire qu’une vie sensée soit toujours douée de logique et empreinte de justice. Car celle de beaucoup d’Haïtiens ne semble ni logique ni juste. Cette vie est "bagay", "ti désowdwe", un fait tragique qui entraîne une existence dramatique, le "ti", "petit", étant très ironique.
La philosophie de vie des Haïtiens s’articule autour de valeurs qui, pour nous, ne s’inscrivent que dans une dimension rhétorique et dont, pour eux, l’application concrète est une question de vie ou de mort. Ce qui est pour nous de l’ordre de la morale très théorique est pour les Haïtiens de l’ordre du vital, du biologique. C’est là tout le décalage entre eux et nous. Et c’est également pour cette raison que, d’eux, nous ne sommes pas, comme on le dit, tellement près et tellement loin à la fois, mais pour beaucoup d’entre nous – et même les politiques qui ont pu être les mieux attentionnés et ne le sont plus – tellement loin, seulement.
À titre personnel, je ne sais pas si Dieu existe, mais son idée, dans le cas de la vie des Haïtiens, est infiniment plus grande que le petit comportement des moqueurs. Alors laissons les hommes croire en Dieu et espérer. Cette croyance et cette espérance sont tellement plus intelligentes que certaines de nos dépressions nerveuses et nos petits complexes… Et surtout, la croyance religieuse de l’homme qui vit dans les catastrophes ne nous fait aucun mal.
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/759388-haiti-3-ans-apres-le-peuple-prie-dieu-c-est-pas-la-faute-a-voltaire.html
"Où est allé l'argent donné à Haïti après le séisme ?"
Le président haïtien Michel Martelly a affirmé qu'il n'était "pas satisfait" de la coopération internationale avec son pays qui commémore ce 12 janvier le violent séisme qui l'a ravagé en 2010.
"Où est allé l'argent donné à Haïti après le séisme ?", s'est demandé le chef de l'Etat lors d'une rencontre vendredi soir avec plusieurs journalistes. Selon lui, un tiers seulement de l'aide internationale a été confiée au gouvernement haïtien.
"La majorité de l'aide a été dépensée par les ONG pour les urgences, mais pas pour la reconstruction d'Haïti", a déploré Michel Martelly, qui souhaite revoir la coopération internationale afin d'obtenir de meilleurs résultats.
"Travailler avec le gouvernement"
"Nous ne demandons pas de gérer toute l'aide de la coopération, mais il faut parvenir à un équilibre. Et nous disons que la meilleure chose à faire est de travailler avec le gouvernement", a souhaité Michel Martelly.
Le gouvernement haïtien va notamment effectuer un audit de la coopération avec le Canada, qui va reconsidérer son aide à Haïti en vue d'une gestion plus efficace, a indiqué le président haïtien.
"Le gouvernement d'Haïti n'a jamais reçu une aide directe du gouvernement du Canada. Cette aide passe à travers des organisations internationales", a souligné Michel Martelly qui qualifie de "justes, réels et vrais" les propos du ministre canadien de la Coopération sur le peu de résultats de cette coopération.
"Quelque chose ne marche pas"
"Plus on envoie de l'aide à Haïti, plus on dirait que les choses n'avancent pas. Donc il y a quelque chose qui ne marche pas. Alors arrêtez d'envoyer de l'argent. Regardons les choses en face pour mettre en place un meilleur mécanisme pouvant apporter des résultats", a suggéré Michel Martelly.
Il a cependant salué l'aide de l'Union européenne. Il s'agit d'une "coopération constante, qui travaille directement avec le gouvernement d'Haïti, et nous disons 'merci' à l'UE", selon Michel Martelly, qui assure que l'argent va à ceux qui sont dans le besoin.
De son côté, le Premier ministre Laurent Lamothe s'est dit "heureux" de l'aide du Venezuela, qui permet, selon lui, de financer plus de 90% des programmes de développement d'Haïti.
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130112.OBS5237/ou-est-alle-l-argent-donne-a-haiti-apres-le-seisme.html
"Où est allé l'argent donné à Haïti après le séisme ?", s'est demandé le chef de l'Etat lors d'une rencontre vendredi soir avec plusieurs journalistes. Selon lui, un tiers seulement de l'aide internationale a été confiée au gouvernement haïtien.
"La majorité de l'aide a été dépensée par les ONG pour les urgences, mais pas pour la reconstruction d'Haïti", a déploré Michel Martelly, qui souhaite revoir la coopération internationale afin d'obtenir de meilleurs résultats.
"Travailler avec le gouvernement"
"Nous ne demandons pas de gérer toute l'aide de la coopération, mais il faut parvenir à un équilibre. Et nous disons que la meilleure chose à faire est de travailler avec le gouvernement", a souhaité Michel Martelly.
Le gouvernement haïtien va notamment effectuer un audit de la coopération avec le Canada, qui va reconsidérer son aide à Haïti en vue d'une gestion plus efficace, a indiqué le président haïtien.
"Le gouvernement d'Haïti n'a jamais reçu une aide directe du gouvernement du Canada. Cette aide passe à travers des organisations internationales", a souligné Michel Martelly qui qualifie de "justes, réels et vrais" les propos du ministre canadien de la Coopération sur le peu de résultats de cette coopération.
"Quelque chose ne marche pas"
"Plus on envoie de l'aide à Haïti, plus on dirait que les choses n'avancent pas. Donc il y a quelque chose qui ne marche pas. Alors arrêtez d'envoyer de l'argent. Regardons les choses en face pour mettre en place un meilleur mécanisme pouvant apporter des résultats", a suggéré Michel Martelly.
Il a cependant salué l'aide de l'Union européenne. Il s'agit d'une "coopération constante, qui travaille directement avec le gouvernement d'Haïti, et nous disons 'merci' à l'UE", selon Michel Martelly, qui assure que l'argent va à ceux qui sont dans le besoin.
De son côté, le Premier ministre Laurent Lamothe s'est dit "heureux" de l'aide du Venezuela, qui permet, selon lui, de financer plus de 90% des programmes de développement d'Haïti.
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130112.OBS5237/ou-est-alle-l-argent-donne-a-haiti-apres-le-seisme.html
Trois ans après le séisme, "Haïti se relève", selon son président
Le 12 janvier 2010, Haïti était frappé par un séisme extrêmement violent. Plus de 250 000 personnes avaient été tuées, 1,5 million d'autres déplacées et le pays dans son ensemble était à genoux. Trois ans plus tard, le président haïtien Michel Martelly a salué la mémoire des victimes lors d'une cérémonie, samedi 12 janvier.
"Je m'incline en souvenir des victimes. J'entends encore cet immense cri de douleur des familles amputées, mais essuyez vos larmes ! Malgré toutes les souffrances, Haïti se relève", a déclaré le chef de l'Etat, debout sur une estrade dressée sur les ruines du palais présidentiel, qui s'était effondré le jour du séisme. Des membres du gouvernement, des diplomates et des fonctionnaires ont assisté à une courte cérémonie ponctuée par une sonnerie aux morts actionnée par lapolice haïtienne.
"LA MAJORITÉ DE L'AIDE A ÉTÉ DÉPENSÉE PAR LES ONG"
"Un tas de ferraille et des tas de pierres, c'est tout ce que le 12 janvier 2010 a laissé du palais du peuple haïtien, mais le drapeau reste debout et fier", a-t-il ajouté, promettant de reconstruire l'édifice dans le respect des normes sismiques.
Au moment où le chef de l'Etat adressait son message à la nation, de nombreux Haïtiens se recueillaient dans les églises ouvertes pour la circonstance, d'où montaient des chants tristes en mémoire des victimes.
La veille, Michel Martelly avait déploré le fonctionnement de la coopération internationale après le séisme. Selon lui, un tiers seulement de l'aide a été confiée au gouvernement haïtien. "La majorité a été dépensé par les ONG pour les urgences, mais pas pour la reconstruction d'Haïti, a-t-il déploré, Nous ne demandons pas de gérer toute l'aide de la coopération, mais il faut parvenir à un équilibre. Et nous disons que la meilleure chose à faire est de travailler avec le gouvernement". Dans cette optique, il souhaite revoir la coopération internationale afin d'obtenir de meilleurs résultats.
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/01/12/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-se-releve-selon-son-president_1816242_3222.html
"Je m'incline en souvenir des victimes. J'entends encore cet immense cri de douleur des familles amputées, mais essuyez vos larmes ! Malgré toutes les souffrances, Haïti se relève", a déclaré le chef de l'Etat, debout sur une estrade dressée sur les ruines du palais présidentiel, qui s'était effondré le jour du séisme. Des membres du gouvernement, des diplomates et des fonctionnaires ont assisté à une courte cérémonie ponctuée par une sonnerie aux morts actionnée par lapolice haïtienne.
"LA MAJORITÉ DE L'AIDE A ÉTÉ DÉPENSÉE PAR LES ONG"
"Un tas de ferraille et des tas de pierres, c'est tout ce que le 12 janvier 2010 a laissé du palais du peuple haïtien, mais le drapeau reste debout et fier", a-t-il ajouté, promettant de reconstruire l'édifice dans le respect des normes sismiques.
Au moment où le chef de l'Etat adressait son message à la nation, de nombreux Haïtiens se recueillaient dans les églises ouvertes pour la circonstance, d'où montaient des chants tristes en mémoire des victimes.
La veille, Michel Martelly avait déploré le fonctionnement de la coopération internationale après le séisme. Selon lui, un tiers seulement de l'aide a été confiée au gouvernement haïtien. "La majorité a été dépensé par les ONG pour les urgences, mais pas pour la reconstruction d'Haïti, a-t-il déploré, Nous ne demandons pas de gérer toute l'aide de la coopération, mais il faut parvenir à un équilibre. Et nous disons que la meilleure chose à faire est de travailler avec le gouvernement". Dans cette optique, il souhaite revoir la coopération internationale afin d'obtenir de meilleurs résultats.
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/01/12/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-se-releve-selon-son-president_1816242_3222.html
Témoignage sur la situation dans le pays et la continuité de la mobilisation dans le Nord.
PAR CHRISTOPHE DECLERCQ
lambersart@lavoixdunord.com
La messe célébrée dans l'église Notre-Dame de la Visitation n'a pas connu forte affluence. Avez-vous l'impression qu'Haïti retombe dans l'oubli ?
« Au début du drame, la générosité des Ch'tis a été tellement forte que les gens faisaient la queue à notre permanence à Lille pour donner leur chèque ou des médicaments. Grâce à eux, nous avons pu très vite envoyer trois avions de vingt-quatre tonnes contenant aussi des béquilles, des fauteuils roulants... Mais, au fur et à mesure que le temps passe, un événement chasse l'autre. La mobilisation s'est progressivement affaiblie. Une misère qui est durable et chronique intéresse moins les médias qui restent dans l'actualité. Pour exemple, on a beaucoup parlé de Sandy à New York alors que la tempête a aussi dévasté notre territoire et tué des animaux d'élevage. »
Que savez-vous de la situation sur place ? Où en est-on aujourd'hui ?
« Il n'y a pas que le problème de l'urgence, il existe aussi un problème de structures. Priorité a été donnée aux opérations d'urgence avec trop peu d'intérêt sur le durable. Pour exemple, on fabrique des tentes à l'étranger alors qu'il faut investir dans des logements durables.
Les besoins ont été définis par les ONG mais pas par l'État haïtien. Notre pays est devenu une république des ONG. Les contrats financiers sont octroyés à des agences non haïtiennes dont le taux d'administration est de 10 % à chaque étape. Alors que nous avons la main d'œuvre et la volonté. La reconstruction est désordonnée. »
Comment les Haïtiens vivent-ils ce quotidien ?
« Sur place, les employés étrangers de ces entreprises privées ont des salaires incroyables, roulent dans de gros 4 x 4 et logent dans des hôtels quatre ou cinq étoiles. Cette débauche de moyens choque les Haïtiens. C'est révoltant ! L'argent est mal utilisé et surtout, le pays n'est pas consulté. Un mouvement de révolte est d'ailleurs né récemment au sein même des États-Unis. »
Au niveau de la scolarisation, quels sont les axes de progrès ?
« Comme l'État est très faible, la plupart des établissements sont privés et donc chers (lire ci-contre ). C'est un problème énorme ! »
De votre côté, quelles peuvent être vos actions ?
« Avec de nombreuses associations du Nord, nous avons la volonté de créer une école dans un petit village situé près de Léogâne ( NDLR : à l'ouest de l'île), un endroit très éloigné de tout. Avec un partenariat privilégié, nous montons des projets ciblés mais surtout durables, qui tiennent compte des besoins réels de la population. »
Après l'office, vous avez participé à un temps de parole animé par l'abbé haïtien Jean-Michel Lops et où chacun a pu échanger librement. Que ressort-il de cette discussion ?
« Les sympathisants du secteur les plus mobilisés sont ceux qui ont de la famille là-bas ou qui ont tissé des liens avec la communauté haïtienne. Comme ces parents qui ont déjà adopté un orphelin et qui se battent aujourd'hui contre un imbroglio juridique pour en adopter un autre. Nous avons aussi évoqué l'histoire du pays et la dette de l'indépendance. »
C'est-à-dire ?
« Si Haïti est si pauvre, c'est parce que les Haïtiens ont dû payer à la France, de 1825 jusqu'en 1946, le préjudice causé aux colons qui ont perdu leurs terres et aussi leurs esclaves au moment de l'indépendance et de l'affranchissement du pays. Cette somme a été estimée puis valorisée à 21 milliards de dollars. Des intellectuels, et notamment des écrivains français, ont d'ailleurs appelé la France à rembourser à Haïti cette fameuse dette de l'indépendance. »
Autre chose dont vous souhaiteriez témoigner pour conclure ?
« Simplement rappeler cette intervention de Christiane Taubira en 2004, avant le séisme et avant qu'elle ne soit ministre :"Il faut que la France et les États-Unis cessent de jouer aux échecs le sort d'Haïti" ».
http://www.lavoixdunord.fr/region/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-est-devenu-une-jna20b0n957582
lambersart@lavoixdunord.com
La messe célébrée dans l'église Notre-Dame de la Visitation n'a pas connu forte affluence. Avez-vous l'impression qu'Haïti retombe dans l'oubli ?
« Au début du drame, la générosité des Ch'tis a été tellement forte que les gens faisaient la queue à notre permanence à Lille pour donner leur chèque ou des médicaments. Grâce à eux, nous avons pu très vite envoyer trois avions de vingt-quatre tonnes contenant aussi des béquilles, des fauteuils roulants... Mais, au fur et à mesure que le temps passe, un événement chasse l'autre. La mobilisation s'est progressivement affaiblie. Une misère qui est durable et chronique intéresse moins les médias qui restent dans l'actualité. Pour exemple, on a beaucoup parlé de Sandy à New York alors que la tempête a aussi dévasté notre territoire et tué des animaux d'élevage. »
Que savez-vous de la situation sur place ? Où en est-on aujourd'hui ?
« Il n'y a pas que le problème de l'urgence, il existe aussi un problème de structures. Priorité a été donnée aux opérations d'urgence avec trop peu d'intérêt sur le durable. Pour exemple, on fabrique des tentes à l'étranger alors qu'il faut investir dans des logements durables.
Les besoins ont été définis par les ONG mais pas par l'État haïtien. Notre pays est devenu une république des ONG. Les contrats financiers sont octroyés à des agences non haïtiennes dont le taux d'administration est de 10 % à chaque étape. Alors que nous avons la main d'œuvre et la volonté. La reconstruction est désordonnée. »
Comment les Haïtiens vivent-ils ce quotidien ?
« Sur place, les employés étrangers de ces entreprises privées ont des salaires incroyables, roulent dans de gros 4 x 4 et logent dans des hôtels quatre ou cinq étoiles. Cette débauche de moyens choque les Haïtiens. C'est révoltant ! L'argent est mal utilisé et surtout, le pays n'est pas consulté. Un mouvement de révolte est d'ailleurs né récemment au sein même des États-Unis. »
Au niveau de la scolarisation, quels sont les axes de progrès ?
« Comme l'État est très faible, la plupart des établissements sont privés et donc chers (lire ci-contre ). C'est un problème énorme ! »
De votre côté, quelles peuvent être vos actions ?
« Avec de nombreuses associations du Nord, nous avons la volonté de créer une école dans un petit village situé près de Léogâne ( NDLR : à l'ouest de l'île), un endroit très éloigné de tout. Avec un partenariat privilégié, nous montons des projets ciblés mais surtout durables, qui tiennent compte des besoins réels de la population. »
Après l'office, vous avez participé à un temps de parole animé par l'abbé haïtien Jean-Michel Lops et où chacun a pu échanger librement. Que ressort-il de cette discussion ?
« Les sympathisants du secteur les plus mobilisés sont ceux qui ont de la famille là-bas ou qui ont tissé des liens avec la communauté haïtienne. Comme ces parents qui ont déjà adopté un orphelin et qui se battent aujourd'hui contre un imbroglio juridique pour en adopter un autre. Nous avons aussi évoqué l'histoire du pays et la dette de l'indépendance. »
C'est-à-dire ?
« Si Haïti est si pauvre, c'est parce que les Haïtiens ont dû payer à la France, de 1825 jusqu'en 1946, le préjudice causé aux colons qui ont perdu leurs terres et aussi leurs esclaves au moment de l'indépendance et de l'affranchissement du pays. Cette somme a été estimée puis valorisée à 21 milliards de dollars. Des intellectuels, et notamment des écrivains français, ont d'ailleurs appelé la France à rembourser à Haïti cette fameuse dette de l'indépendance. »
Autre chose dont vous souhaiteriez témoigner pour conclure ?
« Simplement rappeler cette intervention de Christiane Taubira en 2004, avant le séisme et avant qu'elle ne soit ministre :"Il faut que la France et les États-Unis cessent de jouer aux échecs le sort d'Haïti" ».
http://www.lavoixdunord.fr/region/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-est-devenu-une-jna20b0n957582
vendredi 11 janvier 2013
Haïti se relève mal du séisme de 2010
Publié le mercredi 09 janvier 2013 à 08:36 par Marc MAHUZIER.
Trois ans après la tragédie (plus de 220 000 morts), des centaines de milliers d'Haïtiens vivent dans des camps. Les ruines ont été déblayées mais la reconstruction est lente et souvent anarchique. Reportage.
« Nous vivons comme des animaux ! » Jean-Fougères Cherestal est le chef du camp de la place Sainte-Anne, dans le centre de Port-au-Prince. 600 familles survivent dans des abris de toile et de planches. Promiscuité totale. « On nous a abandonnés », dit cet homme d'une trentaine d'années. Une femme appelle : « Venez voir ! » Elle a 54 ans, en paraît quinze de plus. Sa case est minuscule. « On est huit. Les enfants dorment par terre. On n'a même pas de matelas ! »
« On construit comme avant »
Pas de matelas, pas de nourriture puisque, depuis deux ans, le gouvernement demande aux ONG de ne plus en distribuer afin de ne pas transformer les Haïtiens en assistés. Pas de travail, aucun revenu. On vit d'expédients, de rapines : des élèves du lycée Toussaint-Louverture, en face, se font dépouiller en sortant de cours. Pas de toilettes, non plus. Ou plutôt un lieu immonde, jamais curé. Les jours de pluie, il déborde, répandant dans le camp des excréments. Tout le monde vit alors dans la hantise du choléra, qui tue toujours dans le pays.
Début décembre, les occupants de la place Sainte-Anne ont bloqué la rue. Ils réclament l'allocation de 420 € par famille que d'autres camps ont touchée pour se reloger. Marie-Nicole est arrivée dans le camp le soir du tremblement de terre avec une ribambelle d'enfants et de petits-enfants. Cette marchande de rue rêve de redémarrer un « ti commerce » avec l'argent du pécule.
Au lendemain du séisme du 12 janvier 2010, le nombre des sans-abri était estimé à un million. Aujourd'hui, la plupart des places ont été évacuées. Sylvie Bajeux, du Centre oecuménique des droits humains, parle de « lambeaux de camps ». Disséminés dans la capitale, ils abriteraient encore plus de 300 000 personnes. Mais ils se voient moins.
Aucun plan de reconstruction
Dans les rues, cela a pris du temps mais les décombres ont été déblayés. Dans ce pays quasiment sans administration, aucun plan de reconstruction n'a été lancé, exception faite du « village Martelly », 3 000 logements à l'extérieur de Port-au-Prince financés par l'aide vénézuélienne. Le soin de rebâtir a été laissé à l'initiative individuelle.
« Ceux qui ont les moyens construisent plus solide. Mais, la plupart du temps, on fait comme avant », témoigne Jean-Elias Valeus, contremaître. Sur les flancs de Canapé Vert, quartier terriblement éprouvé, béton et parpaings poussent dans la même anarchie. Quant à la double croix rouge peinte sur la façade pour déclarer un logement dangereux, nombre de propriétaires l'ont effacée pour continuer à y habiter. « Regarde, ils ont juste passé un peu d'enduit sur les fissures », dit mon guide, Gawoulé. De l'intérieur de cette maison, fusent des cris, de la vie. Comme avant.
http://www.jactiv.ouest-france.fr/actualites/monde/haiti-se-releve-mal-seisme-2010-13210
Trois ans après la tragédie (plus de 220 000 morts), des centaines de milliers d'Haïtiens vivent dans des camps. Les ruines ont été déblayées mais la reconstruction est lente et souvent anarchique. Reportage.
« Nous vivons comme des animaux ! » Jean-Fougères Cherestal est le chef du camp de la place Sainte-Anne, dans le centre de Port-au-Prince. 600 familles survivent dans des abris de toile et de planches. Promiscuité totale. « On nous a abandonnés », dit cet homme d'une trentaine d'années. Une femme appelle : « Venez voir ! » Elle a 54 ans, en paraît quinze de plus. Sa case est minuscule. « On est huit. Les enfants dorment par terre. On n'a même pas de matelas ! »
« On construit comme avant »
Pas de matelas, pas de nourriture puisque, depuis deux ans, le gouvernement demande aux ONG de ne plus en distribuer afin de ne pas transformer les Haïtiens en assistés. Pas de travail, aucun revenu. On vit d'expédients, de rapines : des élèves du lycée Toussaint-Louverture, en face, se font dépouiller en sortant de cours. Pas de toilettes, non plus. Ou plutôt un lieu immonde, jamais curé. Les jours de pluie, il déborde, répandant dans le camp des excréments. Tout le monde vit alors dans la hantise du choléra, qui tue toujours dans le pays.
Début décembre, les occupants de la place Sainte-Anne ont bloqué la rue. Ils réclament l'allocation de 420 € par famille que d'autres camps ont touchée pour se reloger. Marie-Nicole est arrivée dans le camp le soir du tremblement de terre avec une ribambelle d'enfants et de petits-enfants. Cette marchande de rue rêve de redémarrer un « ti commerce » avec l'argent du pécule.
Au lendemain du séisme du 12 janvier 2010, le nombre des sans-abri était estimé à un million. Aujourd'hui, la plupart des places ont été évacuées. Sylvie Bajeux, du Centre oecuménique des droits humains, parle de « lambeaux de camps ». Disséminés dans la capitale, ils abriteraient encore plus de 300 000 personnes. Mais ils se voient moins.
Aucun plan de reconstruction
Dans les rues, cela a pris du temps mais les décombres ont été déblayés. Dans ce pays quasiment sans administration, aucun plan de reconstruction n'a été lancé, exception faite du « village Martelly », 3 000 logements à l'extérieur de Port-au-Prince financés par l'aide vénézuélienne. Le soin de rebâtir a été laissé à l'initiative individuelle.
« Ceux qui ont les moyens construisent plus solide. Mais, la plupart du temps, on fait comme avant », témoigne Jean-Elias Valeus, contremaître. Sur les flancs de Canapé Vert, quartier terriblement éprouvé, béton et parpaings poussent dans la même anarchie. Quant à la double croix rouge peinte sur la façade pour déclarer un logement dangereux, nombre de propriétaires l'ont effacée pour continuer à y habiter. « Regarde, ils ont juste passé un peu d'enduit sur les fissures », dit mon guide, Gawoulé. De l'intérieur de cette maison, fusent des cris, de la vie. Comme avant.
http://www.jactiv.ouest-france.fr/actualites/monde/haiti-se-releve-mal-seisme-2010-13210
Haïti, enfin on reconstruit...
jeudi 10 janvier 2013
Pour construire une maison antisismiques : structures en bois, formes en triangle, remplissage en maçonnerie de petites pierres et briques donnent la souplesse aux nouvelles constructions. Ci-dessus, un enfant devant sa nouvelle maison.
Photo : Ouest-France
Grâce aux dons des lecteurs d'Ouest-France, 161 familles ont trouvé un abri dans les nouvelles maisons construites selon des techniques qui permettront de résister aux secousses sismiques.
Le 12 janvier 2010, le tremblement de terre causait la mort de plus de 300 000 personnes tandis que plus d'un million de Haïtiens se retrouvaient sans abri. La générosité des lecteurs s'est immédiatement manifestée. Après l'aide d'urgence, Ouest-France Solidarité soutient la construction de maisons antisismiques, réalisées avec des matériaux traditionnels et par les familles elles-mêmes.
Depuis 2012, Ouest-France Solidarité soutient la construction de 275 maisons. Le coût s'élève à 320 000 € soit, en moyenne, 1 164 € par maison. À ce jour, et grâce à l'aide des lecteurs, 161 maisons sont construites et habitées par les familles qui les ont bâties. 40 maisons sont en chantier, 74 autres seront construites cette année.
Une telle performance est possible grâce au travail de terrain mené par l'organisme Misereor avec des associations locales, dont « Concertation et action pour le développement ». Celles-ci développent l'agro-écologie auprès des paysans bien avant le tremblement de terre : plantation d'arbres, cultures vivrières raisonnées, petit élevage... Avec les ingénieurs agronomes, des architectes grenoblois, spécialistes de la construction en terre, les accompagnent en permanence. Ils ont formé les « boss-maçons » et les charpentiers. Les familles choisissent le modèle de leurs maisons et les décorent à leur goût. Au lieu d'importer une architecture étrangère, on utilise des matériaux traditionnels en leur appliquant les règles antisismiques.
http://www.ouest-france.fr/actu/actuDet_-Haiti-enfin-on-reconstruit...-_3637-2151556_actu.Htm?xtor=RSS-4&utm_source=RSS_MVI_ouest-france&utm_medium=RSS&utm_campaign=RSS
jeudi 10 janvier 2013
Haïti 3 ans après : protéger les enfants séparés de leur famille reste une urgence
Dans un rapport publié 3 ans après le séisme,
le Secours Islamique France interroge les causes profondes de la séparation
familiale en Haïti et les conséquences réelles sur la vulnérabilité des enfants
.En Haïti, 1 enfant sur 5 ne vit pas avec ses parents biologiques, 1 sur 10 est
placé en domesticité. Le pays se situe au deuxième rang mondial pour les fléaux
que sont le trafic et la traite des enfants. L’objectif de maintenir les
enfants au sein de leurs familles demande une approche constructive et de long
terme, qui s’appuie en priorité sur les acteurs haïtiens.
Le séisme de 2010 a jeté un coup de
projecteur sur les centaines de milliers d’orphelins qu’a générés la
catastrophe. Mais Haïti connaissait déjà une situation particulièrement
alarmante en termes de séparation familiale, situation qui s’est aggravée donc
en 2010, avec encore davantage de précarité, de séparation et de trafics
d’enfants.
Le maintien de l’enfant
au sein de sa famille demeure l’objectif ultime mais un long chemin reste à
parcourir en Haïti pour que cela soit toujours la meilleure solution pour son
bien-être. Les équipes du Secours Islamique France ont pu le mesurer au
quotidien dans le travail mené auprès de familles vulnérables déplacées par la
catastrophe, auprès de maisons d’enfants et dans les projets menés en faveur de
la réunification familiale.
La pauvreté chronique,
les fortes inégalités entre les villes et les zones rurales, les difficultés
d’accès à l’éducation, mais aussi la complexité de la structure familiale
haïtienne, où les mères se retrouvent souvent seules pour élever leurs enfants,
impactent fortement les enfants haïtiens. Ceux-ci sont alors placés comme
domestiques dans d’autres familles (les « Restaveks ») ou dans des
orphelinats. Ils peuvent aussi aboutir dans la rue ou être pris dans des
trafics vers la
République Dominicaine. « Les familles sont dans
l’illusion que le placement de leur enfant en institution ou auprès d’une autre
famille leur offrira de meilleures conditions de vie » explique
Christelle Huré, chargée de plaidoyer au Secours Islamique France.
Parmi les actions
essentielles qui devraient être poursuivies, renforcées ou mises en œuvre,
figurent en priorité le soutien aux acteurs haïtiens de la protection de
l’enfance, y compris les organisations de la société civile. En effet, ces
dernières sont les acteurs clés pour la connaissance du contexte et pour
l’identification des abus. Elles constituent le meilleur lien possible avec la
population.
Dans son rapport
intitulé « L’enfant à l’épreuve de la réalité haïtienne. Quelles actions
pour lutter contre la séparation familiale et l’abandon ? », le Secours
Islamique France interroge les causes profondes de la séparation
familiale en Haïti et les conséquences réelles sur la vulnérabilité des
enfants. En se basant sur sa pratique et sur les points de vue des
différents acteurs œuvrant dans le domaine de la protection de l’enfance,
l’organisation a voulu identifier les réponses les plus adaptées et pouvant
protéger au mieux les enfants haïtiens.
Petit
déjeuner-débat le 23
janvier 2012 , à la
Maison des Métallos, 94 rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris de 9h30 à 11h30 avec Michel Forst, expert indépendant
des Nations Unies pour les droits de l’homme en Haïti, et des intervenants de
Première Urgence Aide Médicale Internationale, du Collectif Haïti, et du Secours
Islamique France.
http://www.trouvetamosquee.fr/9haiti-3-ans-apres-proteger-les-enfants-separes-de-leur-famille-reste-une-urgence15/
"Trois ans après, c'est toujours l'urgence à Haïti"
INTERVIEW - Mackendie Toupuissant, président de la plateforme d'associations franco-haïtiennes (Pahfa), dresse un bilan, trois ans après le séisme qui a frappé
Le 12 janvier 2010, Haïti, était ravagée par un séisme, qui a causé 250 000 morts et 1,5 million de déplacés. Trois ans après la catastrophe, plus de 360 000 Haïtiens sont toujours sans logement. Metro fait le point avec Mackendie Toupuissant, président de la plateforme d'associations franco-haïtiennes (Pahfa).
Quel est le bilan de la reconstruction d'Haïti ?
C'est lent et long. On attendait que les gens soient relogés tout de suite mais les résultats ne sont pas visibles. Il n'y a plus de tentes place du Champ-de-Mars. Ceux qui y campaient ont reçu un petit pécule pour partir. Les gens ont rafistolé les maisons détruites, mais aucun grand bâtiment ou logement social n'est visible. Plusieurs camps regroupent encore des dizaines de milliers de personnes. L'accès à l'eau reste un problème et le choléra est encore présent. C'est toujours l'urgence.
Quelles sont les faiblesses du pays ?
Cette catastrophe a complètement mis à genoux l'Etat haïtien. Même le palais présidentiel, touché par le séisme, a été déblayé mais pas reconstruit. Depuis la fin de la dictature de Duvalier, en 1995, l'instabilité politique est permanente et l'administration est faible. Les problèmes de cadastre ralentissent les constructions et les indemnisations. Economiquement, Haïti est dépendant des importations. En fait, il ne faudrait pas parler de reconstruction, mais de construction : former l'administration, renforcer les autres villes, développer le secteur touristique…
Pourtant, l'aide internationale a été massive. Un ministre canadien vient de geler la contribution du pays, en attente d'une gestion plus "efficace". Qu'en pensez-vous?
C'est un coup de poignard dans le dos. Mais c'est vrai que l'argent n'arrive pas forcément dans les caisses de l'Etat haïtien. En transitant par différents intermédiaires, seule une partie de l'argent arrive, et le plus souvent, il est dépensé à l'étranger pour acheter le matériel et l'aide alimentaire.
Quel est le sentiment des Haïtiens, trois ans après la catastrophe ?
Les gens ont repris le système D. Ils n'attendent plus de miracles de l'Etat. Le pays survit aussi grâce à une aide importante de la diaspora haïtienne. Les transferts bancaires, qui atteignent 2 milliards de dollars par an, financent l'alimentation et à l'éducation des enfants. A notre grand regret, car cette somme importante pourrait mieux être utilisée pour construire des routes, des ports ou un grand hôpital public.
http://www.metrofrance.com/info/trois-ans-apres-c-est-toujours-l-urgence-a-haiti/mmaj!kqRvfi0ea81Q/
Le 12 janvier 2010, Haïti, était ravagée par un séisme, qui a causé 250 000 morts et 1,5 million de déplacés. Trois ans après la catastrophe, plus de 360 000 Haïtiens sont toujours sans logement. Metro fait le point avec Mackendie Toupuissant, président de la plateforme d'associations franco-haïtiennes (Pahfa).
Quel est le bilan de la reconstruction d'Haïti ?
C'est lent et long. On attendait que les gens soient relogés tout de suite mais les résultats ne sont pas visibles. Il n'y a plus de tentes place du Champ-de-Mars. Ceux qui y campaient ont reçu un petit pécule pour partir. Les gens ont rafistolé les maisons détruites, mais aucun grand bâtiment ou logement social n'est visible. Plusieurs camps regroupent encore des dizaines de milliers de personnes. L'accès à l'eau reste un problème et le choléra est encore présent. C'est toujours l'urgence.
Quelles sont les faiblesses du pays ?
Cette catastrophe a complètement mis à genoux l'Etat haïtien. Même le palais présidentiel, touché par le séisme, a été déblayé mais pas reconstruit. Depuis la fin de la dictature de Duvalier, en 1995, l'instabilité politique est permanente et l'administration est faible. Les problèmes de cadastre ralentissent les constructions et les indemnisations. Economiquement, Haïti est dépendant des importations. En fait, il ne faudrait pas parler de reconstruction, mais de construction : former l'administration, renforcer les autres villes, développer le secteur touristique…
Pourtant, l'aide internationale a été massive. Un ministre canadien vient de geler la contribution du pays, en attente d'une gestion plus "efficace". Qu'en pensez-vous?
C'est un coup de poignard dans le dos. Mais c'est vrai que l'argent n'arrive pas forcément dans les caisses de l'Etat haïtien. En transitant par différents intermédiaires, seule une partie de l'argent arrive, et le plus souvent, il est dépensé à l'étranger pour acheter le matériel et l'aide alimentaire.
Quel est le sentiment des Haïtiens, trois ans après la catastrophe ?
Les gens ont repris le système D. Ils n'attendent plus de miracles de l'Etat. Le pays survit aussi grâce à une aide importante de la diaspora haïtienne. Les transferts bancaires, qui atteignent 2 milliards de dollars par an, financent l'alimentation et à l'éducation des enfants. A notre grand regret, car cette somme importante pourrait mieux être utilisée pour construire des routes, des ports ou un grand hôpital public.
http://www.metrofrance.com/info/trois-ans-apres-c-est-toujours-l-urgence-a-haiti/mmaj!kqRvfi0ea81Q/
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