Par BibliObs Un Haïtien qui créolise «la Recherche» et le spécialiste britannique de Perec: deux traducteurs intrépides parlent de la langue française, de l'humour, du business... bref, de leur métier.
BibliObs/ Guy Régis Junior, vous êtes en train de traduire «A la recherche du temps perdu» en créole. D’où cette idée vous est-elle venue?
Guy Régis Junior En 1986, après le départ de la dictature, les linguistes ont décidé de créer une graphie, de donner une forme standard à la langue créole. Une des premières traductions, c’est la Bible. J’ai remarqué comment la Bible a permis de fixer des langues.
David Bellos C’est le cas de l’Estonien, du gothique, de l’Islandais: les premiers textes qu’on connaît sont des traductions de la Bible. C’est même dommage.
G. Régis Jr Pourquoi dommage?
D. Bellos Parce qu’on aurait pu traduire des choses plus intéressantes. (Rires)
G. Régis Jr D’où la volonté de traduire des textes comme «la Recherche». Je voulais que le créole aille se confronter à un classique, voir comment il peut répondre.
D. Bellos L’été dernier je suis allé en Estonie, rencontrer le traducteur estonien de Perec. Il veut montrer que l’Estonien est assez riche pour accueillir une œuvre de cette envergure. En même temps, en prouvant la richesse de l’Estonien, il l’invente.
David Bellos, vous montrez dans «le Poisson et le bananier», votre histoire de la traduction, qu’il est difficile de définir l’activité du traducteur.
D. Bellos Ce qui distingue la traduction des autres usages de la langue, c’est qu’il y est interdit de passer outre ce qu’on ne comprend pas. C’est une contrainte assez récente, et très sévère. On passe notre temps à remplir les trous, un peu comme on veut. Il n’arrive jamais que deux personnes parlent la même langue.
Vous employez des expressions que je n’utilise pas et vice versa. Comment se fait-il que je vous comprenne? Parce que nous devons justement traduire. Si je vous dis quelque chose et que vous me le répétez mot pour mot, j’en conclurai que vous ne m’avez pas compris.
La traduction pose une question primordiale: comment se fait-il que des humains arrivent à s’entendre? Dans une réception à l’université, j’ai dit à un monsieur un peu rubicond et satisfait que je m’occupais de traduction. Il m’a répondu: «Ah ! La traduction, ce n’est jamais la même chose que l’original.» J’ai commencé à écrire une petite diatribe, et puis je me suis rendu compte du nombre d’idées reçues sur la traduction qu’il fallait balayer. L’enjeu étant de reconstruire une conception de la culture et de la civilisation à partir de cette activité assez mystérieuse.
S’il y a bien un domaine qui devient indispensable, c’est la traduction, avec la multiplication des échanges…
D. Bellos La traduction est partout. Elle est la nature même de notre civilisation. Il y a eu des civilisations sans traduction, le Japon de l’époque Edo, l’Albanie sous Hoxha. Les Romains s’intéressaient très peu à ce qui s’écrivait dans les autres langues. En Inde, jusqu’à récemment, on traduisait peu parce que tout le monde parlait cinq ou six langues. Mais la société européenne est fondée sur la traduction. Depuis plus de 1000 ans.
G. Régis Jr Les Haïtiens doivent beaucoup à la traduction. Il y a eu en Haïti deux actes d’indépendance, l’un en français, l’autre en créole. C’est un pays isolé, situé en Amérique, entouré d’autres pays hispanophones et anglophones. Si j’ai pu lire Gabriel Garcia Marquez qui vit non loin de chez moi, c’est par le français.
D. Bellos Et dans les écoles, quelle langue parle-t-on?
G. Régis Jr On pratique un bilinguisme torturé: les professeurs utilisent le créole pour faire comprendre le français, qui est de moins en moins parlé.
D. Bellos Je remarque que les écrivains haïtiens habitent de plus en plus à New York et à Montréal.
Guy Régis Junior, traduire Proust doit être une entreprise périlleuse…
G. Régis Jr C’est la confrontation de deux visions du monde différentes, de la langue source à la langue-cible. Dans une phrase, par exemple, Proust parle du «craquement organique des boiseries». Comment traduire ça en créole? Le mot «organique» n’existe pas. Le créole ne possède pas ces mots scientifiques. Pour traduire, j’ai dû composer: craquement, corps, bois. «Le craquement du corps de la maison.» Dans beaucoup de cas, je me cogne à ces divisions du monde par le vocabulaire. Les descriptions de personnages sont un casse-tête: le vocabulaire anatomique créole est assez imprécis. Par exemple, j’ai dû inventer un terme pour traduire le mot «joue».
D. Bellos En même temps, si ces deux langues étaient totalement différentes, rien ne passerait. Quand on importe quelque chose d’étranger, on l’importe avec son mot. Et les traducteurs français ne se sont pas gênés à enrichir la langue avec des mots comme café, tomate, bungalow, pyjama. Dans ce sens-là, la traduction est un grand vecteur de la création d’une langue. Le français s’est formé à l’école de la traduction de l’Italien, au XVIe siècle.
Fitzgerald, Döblin, Joyce, Freud: on retraduit beaucoup, ces temps-ci.
G. Régis Jr Jacques Outin disait à propos de «l’Homme sans qualités» de Musil que la traduction d’un livre pareil doit se faire tous les vingt ans.
D. Bellos Heureusement, ça n’est pas le cas. La grande majorité des livres ne sont traduits qu’une fois. Le plus souvent, ces retraductions sont des opérations purement commerciales. Après, chacun a le droit de ne pas aimer une traduction existante, et d’avoir envie de retraduire. Je reçois énormément de courrier de lecteurs, et je vous assure qu’il y a des retraducteurs de Kafka dans chaque chaumière d’Angleterre et dans tous les lofts new-yorkais.
David Bellos consacre un chapitre à la traduction de l’humour. Le rire passe-t-il la barrière de la langue?
G. Régis Jr Je me suis souvent posé la question: a-t-on le même humour partout? Quand je regardais la télévision française en arrivant d’Haïti, je ne comprenais pas tout. Petit à petit, j’ai intégré les mimiques, les jeux de mots.
D. Bellos Oui, mais il y a un effort à faire. On pose souvent la question, mais il faut rappeler que l’humour est une denrée périssable. J’ai beaucoup pratiqué Balzac: il a un sens de l’humour formidable, mais il faut l’apprendre. Je trouve très difficile de le partager avec des étudiants d’aujourd’hui. Ils le trouvent rasoir. L’humour de Shakespeare est devenu incompréhensible. Il faut bien des conférences et des notes en bas de page pour arriver à dire: «Ah ! Ca, c’est un jeu de mot !»
Quel est le texte qui vous a donné le plus de mal?
D. Bellos Dans «la Vie mode d’emploi» de Perec, au chapitre 51, il y a ce compendium qui compte 179 vers, chacun étant un résumé de ce qui est raconté ailleurs dans le roman. Et il se fait que chaque vers compte exactement le même nombre de caractères et d’espaces. Pire encore: dans la première soixantaine, qui comporte soixante caractères par vers, il y a une lettre qui se reproduit en diagonale - la dernière lettre de la première ligne est la même lettre que l’avant-dernière lettre de la seconde ligne, etc. Je ne pouvais pas refuser de traduire cela. J’ai mis un certain temps à trouver le moyen de le faire. Je ne sais pas si c’était le plus difficile, parce que c’était une difficulté technique. Il y a des paragraphes où quelque chose se passe, qui n’est pas formulé. Une dynamique. Lorsqu’on ne la trouve pas, on doit recommencer, et c’est assez difficile de savoir ce qu’on a loupé. Je parlais de Balzac: j’ai récemment essayé de le traduire. J’ai vite renoncé.
G. Régis Jr C’est étonnant que vous parliez de paragraphe, parce que je me suis plusieurs fois fait la réflexion que le paragraphe est la cellule, l’unité de la traduction. Ce n’est pas la phrase.
D. Bellos Le paragraphe est important: il est par exemple admissible de changer le nombre de phrases, et de déplacer des éléments d’une phrase à l’autre à l’intérieur du même paragraphe. Au-delà, on entre dans la réécriture.
Guy Régis Junior, quel est le texte qui vous a donné le plus de fil à retordre?
G. Régis Jr J’ai traduit «l’Etranger», et tout le monde part du principe que le style de Proust est plus complexe. Mais Camus écrit au passé composé… temps qui n’existe pas en créole.
D. Bellos Ainsi que dans la plupart des langues… Je n’aime pas trop ces distinctions entre les styles simples et les styles complexes, les romans et les articles de presse, etc. Chaque acte de traduction possède ses complexités. Dans la traduction littéraire, réputée plus difficile, il n’y a pas ou peu de contrainte de temps. Dans la plupart des autres exercices, en revanche, le traducteur doit aller vite. Autre exemple: ça ne fait rien si un roman, une fois traduit, est rallongé en nombre de signes de 15 ou 20%. Alors que dans la bande-dessinée, dans le sous-titrage, le doublage, dans les traductions de contrats, il y a des longueurs requises, et ces contraintes font appel à des compétences très différentes.
Vous qui le confrontez quotidiennement à d’autres langues, que pensez-vous du français?
D. Bellos C’est une langue assez pauvre. Vous avez quasiment aboli vos patois. Mais le français reste une langue absolument centrale à l’échelle planétaire: en France on traduit beaucoup, et c’est formidable. On ne peut pas en dire autant de l’anglais. Moins de 3% des livres qui sortent dans la librairie anglaise sont traduits. On compte une dizaine de romans traduits du français à l’anglais chaque année.
Pourtant, malgré le peu de traduction, l’anglais vit et évolue, peut-être plus que la langue française. Cela va contre l’idée qu’une langue s’enrichit principalement par la traduction…
D. Bellos Ce qui se passe, c’est que l’anglais est une langue choisie par des écrivains d’autres langues. Certainement le cas des écrivains francophones des Antilles. Maryse Condé dit que si elle avait 50 ans de moins, elle aurait choisi d’écrire en anglais. L’allemand joue ce rôle pour les écrivains japonais, mongoles, turcs et autres. Il y a ce qu’on appelle une littérature exophone en allemand. Ca a été le rôle du français pendant des siècles. Le français était la langue de culture et une bonne partie de la littérature française du XXe siècle a été écrite par des gens qui venaient d’ailleurs. Ce rôle risque d’être obscurci par l’attraction de l’anglais, et de l’allemand pour des raisons plus obscures. La France devrait y prendre garde: elle n’est plus la seule langue au monde que les intellectuels et les écrivains désirent.
G. Régis Jr Il y a explication. Il y a aujourd’hui une distinction radicale, qui n’existait pas du temps de Beckett et de Ionesco, entre la littérature francophone et la littérature française. Quelqu’un comme Salman Rushdie, dont l’anglais n’est pas la langue maternelle, n’est pas considéré par les écrivains anglophones comme un écrivain hors-langue.
D. Bellos Je n’ai jamais vraiment compris le sens du terme «francophone». Quand je vois la façon dont il est employé, je me demande s’il ne désigne pas la littérature en français écrite par des Noirs.
On découvre dans votre livre que la France est le seul pays à utiliser la mention du type: «En français dans le texte» quand quelque chose est écrit dans sa langue. Pourquoi?
D. Bellos Très simple: c’est une version alternative de votre «cocorico».
Quelque chose à ajouter?
D. Bellos Je demanderais volontiers à mon confrère de dire un peu de Proust en créole.
G. Régis Jr Commençons par le commencement: «Lontan mwen konn kouche bonè. Pafwa, annik balèn mwen etenn, de je mwen fèmen si tèlman vit, mwen pat menm gen tan pou leve ta di tèt mwen : ‘’O ! mwen dòmi.’’»
Propos recueillis par David Caviglioli
Le Poisson et le Bananier, par David Bellos,
traduit par Daniel Loazya,
Flammarion, 394 p., 22,90 euros.
=> Faut-il retraduire les chefs-d'oeuvre?
Source: Ceci est la version complète de l'entretien paru dans "le Nouvel Observateur" du 29 mars 2012.
http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20120406.OBS5667/proust-en-creole.html
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
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mardi 10 avril 2012
PROUST TARDUIT EN CREOLE
dimanche 19 février 2012
La passion du créole
Jean-Christophe Laurence, La Presse
Serge Fuertes n'est pas linguiste. Mais cela ne l'a pas empêché d'écrire une brique monumentale sur le créole haïtien.
Pendant 15 ans, cet ancien professeur de 68 ans a passé ses soirs et ses week-ends à essayer de comprendre les origines et le fonctionnement de sa langue maternelle. Il a étudié les langues africaines, fait des recoupements théoriques, échafaudé des hypothèses et finalement accouché d'une montagne de 1253 pages, intitulée Le créole afro-haïtien, une langue néo-kwazane.
«Ça va me mettre sur la mappe», lance ce «créoliste» autoproclamé, qui se passionne depuis toujours pour la langue haïtienne. «Sans me vanter, je pense que je suis allé plus loin que tous mes prédécesseurs sérieux.»
Entre autres contributions, M. Fuertes n'est pas peu fier de son chapitre historique, où il remet en question la plupart des hypothèses sur la naissance du créole. Selon lui, par exemple, le dialecte haïtien n'est pas né avec l'arrivée des Français au XVIIe siècle, mais plutôt en 1578, quand l'île appartenait encore totalement aux Espagnols.
«Les premiers esclaves africains sont arrivés en 1703, explique-t-il. J'ai calculé qu'il a fallu environ trois ou quatre générations pour que le brassage se fasse avec les Indiens taïnos. Cela fait à peu près 75 ans. Alors quand les gens disent que le créole est né dans l'urgence, c'est impossible. Il a d'abord fallu que les Noirs s'entendent avec les autochtones.»
Et l'ingrédient français? Ce n'est que plus tard qu'il s'ajoutera à la soupe. D'ailleurs, précise M. Fuertes, ce n'était pas vraiment du français «tel qu'on le parle aujourd'hui», mais plutôt du normand, du poitevin, du picard et de l'angevin, quatre groupes linguistiques qui, soit dit en passant, ont aussi fait leur marque au Québec.
Plus théorique, le reste de l'ouvrage s'attarde plutôt au créole écrit, une science somme toute récente et encore en évolution. Il faut savoir que la langue haïtienne est longtemps restée un phénomène oral. Et qu'en dépit de nombreuses thèses sur la question, on ne s'entend pas encore tout à fait sur la façon de l'orthographier. M. Fuertes ose croire que son livre complètera la réflexion, puisqu'il propose, ni plus ni moins, une «systématisation» du code écrit, anthologie de la littérature créole à l'appui.
Édité à tout juste 50 exemplaires, Le créole afro-haïtien, une langue néo-kwazane ne s'adresse évidemment pas à tous. L'auteur vise les «Haïtiens instruits, les orthophonistes, les coopérants, ainsi que tous ceux qui aiment Haïti et qui veulent connaître l'héritage qu'un vieil Haïtien laisse aux Haïtiens».
Il reste à voir comment les linguistes patentés réagiront à ce travail de moine sorti de nulle part... Un exemplaire se trouve à la Bibliothèque Nationale du Québec.
Marie-Josèphe en août
On pensait que cela se passerait pendant le Mois de l'histoire des Noirs. Mais la Ville a décidé de tenir l'inauguration du parc Marie-Josèphe Angélique le 23 août prochain. Mieux vaut tard que jamais, croit Kanyurhi T. Tchika, qui a longtemps milité pour cette cause. «La Ville met fin à 278 ans d'injustice. Pour moi, c'est clair, c'est une revanche sur l'Histoire.
On avait dispersé les cendres de Mme Angélique pour qu'elle disparaisse à jamais et, maintenant, elle revient au centre-ville. Bientôt, elle sera coulée dans le béton pour des siècles et des siècles.» Exécutée en 1734 pour avoir causé le grand incendie de Montréal, Marie-Josèphe Angélique fut la première esclave noire répertoriée dans la province. Son parc sera situé juste à côté de l'édicule de la station de métro Champ-de-Mars, près du Vieux-Montréal où elle a vécu et péri.
Et la gagnante est...
Petit suivi de notre article de Miss Afrique paru la semaine dernière: c'est la Guinéenne d'origine Salematou Sako qui a remporté la palme. Jolie, oui, mais pas seulement: bien que prévisible, son plaidoyer pour l'Afrique (Afrique, relève-toi!) a fait vibrer la salle et les juges. La Montréalaise sera en Afrique dans quelques mois pour travailler à l'émancipation des jeunes Africaines. Quant au concours, il sera vraisemblablement de retour l'an prochain, dans une formule qui gagnerait à être écourtée. Trois heures, c'est long des p'tits bouts.
http://www.cyberpresse.ca/actualites/dossiers/montreal-pluriel/201202/18/01-4497406-la-passion-du-creole.php
Serge Fuertes n'est pas linguiste. Mais cela ne l'a pas empêché d'écrire une brique monumentale sur le créole haïtien.
Pendant 15 ans, cet ancien professeur de 68 ans a passé ses soirs et ses week-ends à essayer de comprendre les origines et le fonctionnement de sa langue maternelle. Il a étudié les langues africaines, fait des recoupements théoriques, échafaudé des hypothèses et finalement accouché d'une montagne de 1253 pages, intitulée Le créole afro-haïtien, une langue néo-kwazane.
«Ça va me mettre sur la mappe», lance ce «créoliste» autoproclamé, qui se passionne depuis toujours pour la langue haïtienne. «Sans me vanter, je pense que je suis allé plus loin que tous mes prédécesseurs sérieux.»
Entre autres contributions, M. Fuertes n'est pas peu fier de son chapitre historique, où il remet en question la plupart des hypothèses sur la naissance du créole. Selon lui, par exemple, le dialecte haïtien n'est pas né avec l'arrivée des Français au XVIIe siècle, mais plutôt en 1578, quand l'île appartenait encore totalement aux Espagnols.
«Les premiers esclaves africains sont arrivés en 1703, explique-t-il. J'ai calculé qu'il a fallu environ trois ou quatre générations pour que le brassage se fasse avec les Indiens taïnos. Cela fait à peu près 75 ans. Alors quand les gens disent que le créole est né dans l'urgence, c'est impossible. Il a d'abord fallu que les Noirs s'entendent avec les autochtones.»
Et l'ingrédient français? Ce n'est que plus tard qu'il s'ajoutera à la soupe. D'ailleurs, précise M. Fuertes, ce n'était pas vraiment du français «tel qu'on le parle aujourd'hui», mais plutôt du normand, du poitevin, du picard et de l'angevin, quatre groupes linguistiques qui, soit dit en passant, ont aussi fait leur marque au Québec.
Plus théorique, le reste de l'ouvrage s'attarde plutôt au créole écrit, une science somme toute récente et encore en évolution. Il faut savoir que la langue haïtienne est longtemps restée un phénomène oral. Et qu'en dépit de nombreuses thèses sur la question, on ne s'entend pas encore tout à fait sur la façon de l'orthographier. M. Fuertes ose croire que son livre complètera la réflexion, puisqu'il propose, ni plus ni moins, une «systématisation» du code écrit, anthologie de la littérature créole à l'appui.
Édité à tout juste 50 exemplaires, Le créole afro-haïtien, une langue néo-kwazane ne s'adresse évidemment pas à tous. L'auteur vise les «Haïtiens instruits, les orthophonistes, les coopérants, ainsi que tous ceux qui aiment Haïti et qui veulent connaître l'héritage qu'un vieil Haïtien laisse aux Haïtiens».
Il reste à voir comment les linguistes patentés réagiront à ce travail de moine sorti de nulle part... Un exemplaire se trouve à la Bibliothèque Nationale du Québec.
Marie-Josèphe en août
On pensait que cela se passerait pendant le Mois de l'histoire des Noirs. Mais la Ville a décidé de tenir l'inauguration du parc Marie-Josèphe Angélique le 23 août prochain. Mieux vaut tard que jamais, croit Kanyurhi T. Tchika, qui a longtemps milité pour cette cause. «La Ville met fin à 278 ans d'injustice. Pour moi, c'est clair, c'est une revanche sur l'Histoire.
On avait dispersé les cendres de Mme Angélique pour qu'elle disparaisse à jamais et, maintenant, elle revient au centre-ville. Bientôt, elle sera coulée dans le béton pour des siècles et des siècles.» Exécutée en 1734 pour avoir causé le grand incendie de Montréal, Marie-Josèphe Angélique fut la première esclave noire répertoriée dans la province. Son parc sera situé juste à côté de l'édicule de la station de métro Champ-de-Mars, près du Vieux-Montréal où elle a vécu et péri.
Et la gagnante est...
Petit suivi de notre article de Miss Afrique paru la semaine dernière: c'est la Guinéenne d'origine Salematou Sako qui a remporté la palme. Jolie, oui, mais pas seulement: bien que prévisible, son plaidoyer pour l'Afrique (Afrique, relève-toi!) a fait vibrer la salle et les juges. La Montréalaise sera en Afrique dans quelques mois pour travailler à l'émancipation des jeunes Africaines. Quant au concours, il sera vraisemblablement de retour l'an prochain, dans une formule qui gagnerait à être écourtée. Trois heures, c'est long des p'tits bouts.
http://www.cyberpresse.ca/actualites/dossiers/montreal-pluriel/201202/18/01-4497406-la-passion-du-creole.php
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