Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
mercredi 16 janvier 2013
Haïti-Séisme: les malheurs vécus et des opportunités ratées 3 ans après
Lundi, 14 Janvier 2013 09:20 RD/HPN
Pour commémorer le troisième anniversaire du séisme qui avait dévasté plusieurs communes du pays, une conférence débat autour du thème « 12 janvier 2010 – 12 janvier 2013 : Malheurs vécus, opportunités ratées en Haïti », s’est tenue samedi à Petite Rivière de l’Artibonite.
Au cours de cette activité commémorative, les dimensions politiques, économiques, judiciaires et culturelles de la reconstruction d’Haïti ont été abordées par les intervenants à la Rotonde, salle spéciale du Palais aux 365 portes, où se tenait de grandes réunions sous le règne du Roi Henry 1er d’Haïti (Henry Christophe).
Environ 250 élèves en classe de rhétorique et de philosophie ainsi que des jeunes regroupés en associations ont pris part à cet évènement organisé par l’Association des Parents et Professeurs d’Ecoles de Liancourt (APPEL).
Le journaliste Marc Antoine Aldorphe, directeur de radio Tête-à-tête et télé Amani-y a fait office de modérateur lors des discussions intenses portées sur les vulnérabilités d’Haïti amplifiées avec le tremblement de terre et des débats traitant des facteurs de blocage à la reconstruction nationale.
Dans son intervention, Victor Benoit, président de l’Internationale Socialiste a critiqué l’absence de gouvernance, car selon lui les défis existaient depuis l’indépendance même si la catastrophe avait pourtant offert une opportunité. « Les mauvais leaders ont dirigé la barque nationale dans de mauvaises directions », a jugé le professeur Benoit.
L’écrivain haïtien Gary Victor, prix RFO 2004, qui se trouvait dans son fief de Carrefour Feuilles (quartier de Port-au-Prince, où plus 10000 victimes ont été recensées) au moment des terribles secousses de 16h53, le 12 janvier 2010, a pour sa part, regretté que ce choc n’ait pas réellement constitué un électrochoc pour un réel réveil haïtien, trois ans plus tard.
Kénol Louis, directeur du lycée Henry Christophe de la Petite Rivière de l’Artibonite, a invité les haïtiens à se solidariser davantage en dégageant l’énergie qu’il faut comme celle qui constitue la lumière quand elle se trouve dans l’ampoule et la chaleur quand il s’agit du fer à repasser. « Haïti doit être un pays de débats et non de combats », a souhaité l’enseignant rivartibonitien.
Pour Me Dilia Lemaire, membre du Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ), qui a emprunté des propos de l’écrivain Frankétienne comparant Haïti à un jardin où une fleur doit jaillir des déchets, les opportunités ne passeront jamais tant qu’on est vivant, mais il faut enfin une planification pour savoir saisir les bonnes.
Par ailleurs, Haïti Press Network a constaté que le Palais aux 365 portes se trouve actuellement dans un état de délabrement très avancé. Entrepris en 1816 et construit par Luis Dupeyrac, le Palais de la Belle Rivière a été restauré et achevé par l’ancien président Sténio Vincent en avril 1933.
Le Palais aux 365 portes est malgré tout un symbole fort de l’être haïtien qui est capable de résister, de rester dignement debout en dépit des malheurs, des souffrances et des opportunités ratées, a fait savoir le Dr Ely Thélot, directeur de l’APPEL, concernant le choix de ce site historique pour marquer ce triste jour.
L’APPEL organise régulièrement et systématiquement des séminaires de formation et des activités culturelles dans le département de l’Artibonite dans le cadre d’un projet mis en place grâce à un financement du Fonds des Nations Unies pour la Démocratie (FNUD), OXFAM et Coopération Suisse.
Robens Duversaint, robensfusion@yahoo.fr
http://222.hpnhaiti.com/site/index.php/reconstruction/8369-haiti-seisme-les-malheurs-vecus-et-des-opportunites-ratees-3-ans-apres
Haïti-Séisme/3 ans : Des progrès encourageants au niveau de l’enfance
P-au-P, 14 Janv. 2013 [AlterPresse]--- Trois ans après le séisme du 12 janvier 2010, une amélioration significative a été enregistrée concernant la situation des enfants en Haïti en matière d’éducation, de nutrition, de santé infantile et d’installations sanitaires, selon les résultats préliminaires de la cinquième Enquête mortalité, morbidité et utilisation des services (Emmus V).
Des résultats encourageants pour le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), qui se félicite en même temps de son apport, dans un communiqué.
77% des enfants âgés de 6 à 11 ans sont scolarisés en établissement primaire contre 50% en 2005-2006, selon l’Emmus V réalisé en 2012.
Les données ont été recueillies auprès de 13 350 ménages haïtiens par l’Institut haïtien de l’enfance sous la direction générale du Ministère de la santé publique et de la population (Mspp).
Entre 2005-2006 et 2012, la malnutrition sévère des enfants âgés de 6 à 59 mois a été réduite de moitié, passant de 10% à 5%. La malnutrition chronique, quant à elle, est passée de 29% à 22%.
L’accès à l’assainissement amélioré a presque doublé passant de 14 pour cent en 2005-2006 à 26 pour cent en 2012.
Selon les nouvelles estimations, le taux de mortalité des moins de cinq ans, qui est de 88 décès pour 1000 naissances vivantes, a montré une tendance à la baisse au cours des 15 dernières années avec 112 en 1997-2001 contre 96 en 2002-2006.
L’accès à une source d’eau potable améliorée est cependant resté inchangé à 65 pour cent, tandis que 82 pour cent des habitants des camps de déplacés internes ont eu accès à des sources d’eau améliorées, rapporte le communiqué de l’Unicef.
L’Emmus qui fournit entre autres des indicateurs socio-économiques, démographiques et de santé sur toute la population haïtienne, offre cette fois des données sur les sinistrés du séisme de 2010 vivant dans les camps.
C’est pour la première fois en Haïti que cette enquête combinée à l’étude concernant les enquêtes à indicateurs multiples (Mics) (en anglais : Multiple Indicator Cluster Survey) reflète des données relatives à la discipline des enfants, à leur protection contre la violence, y compris celle exercée par leurs parents, explique Unicef dans le communiqué.
Pour l’organisme onusien ces données vont pousser à relever les défis qui subsistent tout en maintenant le soutien en faveur du pays.
Emmus V a été soutenue par l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid), l’Unicef, le Fonds des Nations Unies pour la Population (Fnuap), l’Agence canadienne de développement (Acdi) et le Fond mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. [emb kft gp apr 14/01/2013 12 :55]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article13936
Des résultats encourageants pour le Fonds des Nations Unies pour l’enfance (Unicef), qui se félicite en même temps de son apport, dans un communiqué.
77% des enfants âgés de 6 à 11 ans sont scolarisés en établissement primaire contre 50% en 2005-2006, selon l’Emmus V réalisé en 2012.
Les données ont été recueillies auprès de 13 350 ménages haïtiens par l’Institut haïtien de l’enfance sous la direction générale du Ministère de la santé publique et de la population (Mspp).
Entre 2005-2006 et 2012, la malnutrition sévère des enfants âgés de 6 à 59 mois a été réduite de moitié, passant de 10% à 5%. La malnutrition chronique, quant à elle, est passée de 29% à 22%.
L’accès à l’assainissement amélioré a presque doublé passant de 14 pour cent en 2005-2006 à 26 pour cent en 2012.
Selon les nouvelles estimations, le taux de mortalité des moins de cinq ans, qui est de 88 décès pour 1000 naissances vivantes, a montré une tendance à la baisse au cours des 15 dernières années avec 112 en 1997-2001 contre 96 en 2002-2006.
L’accès à une source d’eau potable améliorée est cependant resté inchangé à 65 pour cent, tandis que 82 pour cent des habitants des camps de déplacés internes ont eu accès à des sources d’eau améliorées, rapporte le communiqué de l’Unicef.
L’Emmus qui fournit entre autres des indicateurs socio-économiques, démographiques et de santé sur toute la population haïtienne, offre cette fois des données sur les sinistrés du séisme de 2010 vivant dans les camps.
C’est pour la première fois en Haïti que cette enquête combinée à l’étude concernant les enquêtes à indicateurs multiples (Mics) (en anglais : Multiple Indicator Cluster Survey) reflète des données relatives à la discipline des enfants, à leur protection contre la violence, y compris celle exercée par leurs parents, explique Unicef dans le communiqué.
Pour l’organisme onusien ces données vont pousser à relever les défis qui subsistent tout en maintenant le soutien en faveur du pays.
Emmus V a été soutenue par l’Agence des Etats-Unis pour le développement international (Usaid), l’Unicef, le Fonds des Nations Unies pour la Population (Fnuap), l’Agence canadienne de développement (Acdi) et le Fond mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. [emb kft gp apr 14/01/2013 12 :55]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article13936
Haïti-Politique : Le gouvernement minimise le mauvais accueil du Pri à Lamothe et critique les députés protestataires
P-au-P, 15 janv.2013 [AlterPresse] --- Le comportement des députés du bloc Parlementaires pour le Renforcement Institutionnel (Pri-opposition), qui a sifflé le premier ministre Laurent Lamothe, à l’occasion de la rentrée parlementaire, le lundi 14 janvier 2013, ne changera pas les rapports entre le gouvernement et le parlement, a fait savoir Ralph Théano, ministre chargé des relations entre l’Exécutif et le Législatif.
Les membres du PRI ont sifflé et klaxonné le premier ministre Laurent Lamothe pour l’empêcher de présenter le bilan de son gouvernement pour l’année 2012 et indiquer les perspectives pour 2013. Le chef du gouvernement a seulement remis des exemplaires de son bilan au président de l’assemblée nationale, Dieuseul Simon Desras.
La « banalisation », c’est le prix du comportement des membres du PRI, selon Ralph Théano. Toutefois, leur attitude ne devra pas modifier les échanges entre l’équipe gouvernementale haïtienne et les élus du Parlement.
Le gouvernement « entend rester droit et conséquent », déclare le ministre Théano, qui n’a pas fait part de démarches à l’endroit du groupe parlementaire.
Les députés protestataires reprochent au chef du gouvernement de n’avoir pas décaissé, jusqu’à présent, les fonds du budget 2012-2013, alloués au développement de leur localité respective.
Théano assure cependant que l’exécution de tous les projets pour toutes les communes du pays, se fera après les analyses, technique, administrative et légale, de ceux-ci. Déjà 40 projets sont en cours d’exécution dont 7 relatifs aux communes de certains membres du bloc PRI, poursuit-il.
« Pas de discrimination », ajoute le ministre.
Il considère ce qui s’est passé comme « un crime, une honte à la nation », qui ne cache pas « un sentiment de colère » vis-à-vis des députés du PRI.
Kedlaire Augustin, porte-parole du premier ministre, souhaite que ce type d’attitude ne se répète pas à l’avenir. Il qualifie l’actuel régime semi-parlementaire de « déséquilibré et irrationel ». [srh kft gp apr 15/1/2013 15 :35]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article13947
Reconstruction en Haïti : Laurent Lamothe mise sur le tourisme
EXCLUSIF - Le gouvernement haïtien mise sur le développement de l'industrie touristique pour relancer l'économie du pays mise à mal par une série de catastrophes naturelles. Dans une entrevue exclusive accordée à Radio-Canada, le premier ministre du pays, Laurent Lamothe, estime qu'il est maintenant temps pour Haïti « de montrer au monde ses richesses ».
« Haïti a besoin de montrer ses richesses, parce que pendant trop longtemps on parlait des problèmes et des zones à risques. Il est temps de montrer nos super-plages, nos superbes îles, ce qu'on a de beau! » — Laurent Lamothe, premier ministre d'Haïti
Il faut dire que, depuis trois ans, Haïti peine à se remettre sur pied après le tremblement de terre dévastateur qui a détruit, en janvier 2010, une partie importante des infrastructures et laissé des milliers de personnes sans logis.
Selon M. Lamothe, le gouvernement haïtien, qui vit essentiellement d'aide humanitaire et étrangère, a résolu de miser sur le tourisme international pour stimuler l'investissement privé et remettre l'économie nationale sur les rails.
« L'aide humanitaire est ponctuelle. Il faut faire une transition graduelle de l'aide humanitaire à l'aide au développement, en passant par l'investissement privé. Parce que c'est l'investissement privé […] qui pourra amener les touristes, les garder et faire la promotion. » —
« Une destination sécuritaire », assure Laurent Lamothe
En ce qui a trait à la sécurité dans les villes d'Haïti, qui est une condition essentielle au retour des touristes dans le pays, Laurent Lamothe assure que son pays est sécuritaire.
« Haïti, selon les statistiques, est l'une des destinations les plus sûres avec un taux de criminalité de 6,9 % pour 100 000 habitants. Ce qui est bien plus bas que dans la plupart des pays de la région », assure le premier ministre haïtien. Il reconnaît cependant qu'il y a malgré tout des secteurs à éviter, « comme dans toutes les capitales du monde », a précisé M. Lamothe.
Le gouvernement de Laurent Lamothe compte à ce chapitre doter le pays d'une « police touristique » au cours des six prochains mois afin d'améliorer encore la sécurité des touristes.
Des projets se réalisent
Rappelant que plusieurs nouveaux grands hôtels ont été inaugurés dans le pays au cours des dernières semaines, Laurent Lamothe a également souligné l'accord signé par son gouvernement avec le transporteur Air Transat qui desservira Haïti à partir du 23 janvier prochain.
« Comme premier ministre, j'invite tous les Canadiens et les Québécois à venir voir Haïti. On parlebeaucoup d'Haïti à travers le monde et j'invite tout le monde à faire l'expérience haïtienne », a conclu le premier ministre haïtien.
Ces efforts du gouvernement haïtien pour relancer l'industrie touristique dans le pays sont mis en lumière peu de temps après que le gouvernement canadien eut annoncé qu'il ne financerait plus de nouveaux projets en Haïti.
Selon le ministre fédéral de la Coopération internationale, Julian Fantino, il est temps pour Ottawa de revoir son approche de l'aide internationale afin de permettre aux Haïtiens « de se prendre en main ».
Une décision qui a soulevé la colère de l'opposition, qui accuse le gouvernement conservateur de ne pas comprendre le dossier haïtien.
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2013/01/15/008-entrevue-laurent-lamothe.shtml
« Haïti a besoin de montrer ses richesses, parce que pendant trop longtemps on parlait des problèmes et des zones à risques. Il est temps de montrer nos super-plages, nos superbes îles, ce qu'on a de beau! » — Laurent Lamothe, premier ministre d'Haïti
Il faut dire que, depuis trois ans, Haïti peine à se remettre sur pied après le tremblement de terre dévastateur qui a détruit, en janvier 2010, une partie importante des infrastructures et laissé des milliers de personnes sans logis.
Selon M. Lamothe, le gouvernement haïtien, qui vit essentiellement d'aide humanitaire et étrangère, a résolu de miser sur le tourisme international pour stimuler l'investissement privé et remettre l'économie nationale sur les rails.
« L'aide humanitaire est ponctuelle. Il faut faire une transition graduelle de l'aide humanitaire à l'aide au développement, en passant par l'investissement privé. Parce que c'est l'investissement privé […] qui pourra amener les touristes, les garder et faire la promotion. » —
« Une destination sécuritaire », assure Laurent Lamothe
En ce qui a trait à la sécurité dans les villes d'Haïti, qui est une condition essentielle au retour des touristes dans le pays, Laurent Lamothe assure que son pays est sécuritaire.
« Haïti, selon les statistiques, est l'une des destinations les plus sûres avec un taux de criminalité de 6,9 % pour 100 000 habitants. Ce qui est bien plus bas que dans la plupart des pays de la région », assure le premier ministre haïtien. Il reconnaît cependant qu'il y a malgré tout des secteurs à éviter, « comme dans toutes les capitales du monde », a précisé M. Lamothe.
Le gouvernement de Laurent Lamothe compte à ce chapitre doter le pays d'une « police touristique » au cours des six prochains mois afin d'améliorer encore la sécurité des touristes.
Des projets se réalisent
Rappelant que plusieurs nouveaux grands hôtels ont été inaugurés dans le pays au cours des dernières semaines, Laurent Lamothe a également souligné l'accord signé par son gouvernement avec le transporteur Air Transat qui desservira Haïti à partir du 23 janvier prochain.
« Comme premier ministre, j'invite tous les Canadiens et les Québécois à venir voir Haïti. On parlebeaucoup d'Haïti à travers le monde et j'invite tout le monde à faire l'expérience haïtienne », a conclu le premier ministre haïtien.
Ces efforts du gouvernement haïtien pour relancer l'industrie touristique dans le pays sont mis en lumière peu de temps après que le gouvernement canadien eut annoncé qu'il ne financerait plus de nouveaux projets en Haïti.
Selon le ministre fédéral de la Coopération internationale, Julian Fantino, il est temps pour Ottawa de revoir son approche de l'aide internationale afin de permettre aux Haïtiens « de se prendre en main ».
Une décision qui a soulevé la colère de l'opposition, qui accuse le gouvernement conservateur de ne pas comprendre le dossier haïtien.
http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2013/01/15/008-entrevue-laurent-lamothe.shtml
Haïti-Carnaval : Entre commémoration d’une catastrophe et jouissance populaire !
mardi 15 janvier 2013
Nouvelle collecte pour les enfants d'Haïti
Depuis le 12 janvier 2010 et le séisme qui ravagea une bonne partie des villes de l'île d'Haiti, le Dr Raphaël Beauzile est mobilisé. Haïtien d'origine, ce dentiste à la retraite, ancien conseiller municipal de Châtellerault, a très durement vécu cette catastrophe qui touche un pays dont il est proche et pour lequel il avait créé voici des années une association d'aide au développement pour le secteur de la ville des Cayes, berceau de sa famille.
La sensibilisation du public, d'abord, puis une première collecte de matériel pour les enfants suivie d'un voyage sur place pour s'assurer de la bonne utilisation des dons avaient marqué le début de son action. Un colloque et une exposition en juin de l'an dernier s'en étaient suivis, toujours dans l'optique de rendre plus visible un pays qui conserve une grande proximité de cœur et de civilisation avec la France.
Depuis, la tempête Sandy d'octobre dernier est venue ajouter un peu de désolation supplémentaire à cette île.
« Même Bill Clinton, qui dirigeait la mission internationale de reconstruction a regretté de n'avoir pu être plus efficace, observe Raphaël Beauzile. Seul 1 % de l'aide initialement dévolue aux Haïtiens leur a véritablement été utile. Le reste a été en grande partie gaspillé par des ONG qui n'ont pas su travailler ensemble et qui ont beaucoup dépensé sans résultat. Aujourd'hui, elles sont reparties et les gravats, eux, ne sont toujours pas enlevés dans leur totalité. Quant à la reconstruction, si elle a permis de rebâtir le grand marché historique de Port-au-Prince et une université au nord du pays, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il reste énormément à faire. »
Nouveaux envois à la fin de l'été
Pour ce qui est de faire, Raphaël Beauzile, lui, œuvre à sa mesure. « Dans ce pays, la population a toujours accordé beaucoup d'importance à l'instruction. Les familles se saignent pour permettre à leurs enfants d'étudier. » Alors, au printemps, le Dr Beauzile voudrait pouvoir renvoyer de nouveaux containers en Haïti. « Je lance donc une nouvelle collecte de fournitures scolaires et de livres pour les enfants. Une collecte que j'espère pouvoir faire parvenir là-bas vers le mois de septembre. Mais d'ici là, j'ai besoin de la mobilisation de tous ici. »
Les personnes qui souhaitent participer à cette collecte ou effectuer des dons de fournitures et de livres peuvent s'adresser à Raphaël Beauzile. Même si elle est nécessairement limitée, son action à lui est efficace.
Contact : 06.64.81.37.98.
http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2013/01/15/Nouvelle-collecte-pour-les-enfants-d-Haiti
La sensibilisation du public, d'abord, puis une première collecte de matériel pour les enfants suivie d'un voyage sur place pour s'assurer de la bonne utilisation des dons avaient marqué le début de son action. Un colloque et une exposition en juin de l'an dernier s'en étaient suivis, toujours dans l'optique de rendre plus visible un pays qui conserve une grande proximité de cœur et de civilisation avec la France.
Depuis, la tempête Sandy d'octobre dernier est venue ajouter un peu de désolation supplémentaire à cette île.
« Même Bill Clinton, qui dirigeait la mission internationale de reconstruction a regretté de n'avoir pu être plus efficace, observe Raphaël Beauzile. Seul 1 % de l'aide initialement dévolue aux Haïtiens leur a véritablement été utile. Le reste a été en grande partie gaspillé par des ONG qui n'ont pas su travailler ensemble et qui ont beaucoup dépensé sans résultat. Aujourd'hui, elles sont reparties et les gravats, eux, ne sont toujours pas enlevés dans leur totalité. Quant à la reconstruction, si elle a permis de rebâtir le grand marché historique de Port-au-Prince et une université au nord du pays, le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il reste énormément à faire. »
Nouveaux envois à la fin de l'été
Pour ce qui est de faire, Raphaël Beauzile, lui, œuvre à sa mesure. « Dans ce pays, la population a toujours accordé beaucoup d'importance à l'instruction. Les familles se saignent pour permettre à leurs enfants d'étudier. » Alors, au printemps, le Dr Beauzile voudrait pouvoir renvoyer de nouveaux containers en Haïti. « Je lance donc une nouvelle collecte de fournitures scolaires et de livres pour les enfants. Une collecte que j'espère pouvoir faire parvenir là-bas vers le mois de septembre. Mais d'ici là, j'ai besoin de la mobilisation de tous ici. »
Les personnes qui souhaitent participer à cette collecte ou effectuer des dons de fournitures et de livres peuvent s'adresser à Raphaël Beauzile. Même si elle est nécessairement limitée, son action à lui est efficace.
Contact : 06.64.81.37.98.
http://www.lanouvellerepublique.fr/Vienne/Actualite/24-Heures/n/Contenus/Articles/2013/01/15/Nouvelle-collecte-pour-les-enfants-d-Haiti
L'hommage de Roumazières à son disparu d'Haïti
Jean-Christophe Fernandes disparaissait mi-janvier 2010 en Haïti dans le tremblement de terre. Le centre social de Roumazières ouvre une expo sur son travail auprès des Haïtiens de la Cité soleil à découvrir jusqu'au 25 janvier.
Jeune ingénieur français formé à Limoges, Jean-Christophe Fernandes, originaire de Roumazières-Loubert, vivait depuis un peu plus d'un an à Port-au-Prince en Haïti. Le 12 janvier 2010 il est décédé lors du tremblement de terre qui a ravagé cette île des Grandes Antilles.
Passionné par la protection de l'environnement, le Charentais menait un programme de recherches pour améliorer la gestion des déchets dans les zones périurbaines notamment dans la Cité soleil à Haïti. Sa mission était réalisée en co-tutelle entre l'Insa (Institut national des sciences appliquées) de Lyon et l'université Quisqueya de Port-au-Pince.
Jean-Christophe Fernandes avait un statut de volontaire, financé par le Cefrepade (centre francophone de recherches partenariales sur l'assainissement, les déchets et l'environnement), France Volontaire et l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Quelque temps avant la catastrophe, il avait distribué une vingtaine d'appareils photo jetables à des jeunes de Cité soleil pour leur permettre de fixer la réalité de leur quotidien dans cette zone considérée comme un des bidonvilles les plus pauvres et les plus violents du monde.
Après la catastrophe, treize appareils ont été retrouvés. Le Cefrepade a décidé de mettre sur pied une exposition de ces photos en hommage à Jean-Christophe Fernandes et de rassembler quelques-unes d'entre elles, commentées par leurs auteurs dans un recueil. Les recettes de la vente de l'ouvrage sont intégralement reversées au profit du «centre de valorisation des déchets» haïtien qui porte le nom de Jean-Christophe Fernandes.
«Une expo miroir»
Le centre social culturel et sportif de Haute-Charente a relayé cette initiative en exposant à Roumazières les photos prises par les habitants de la Cité soleil. Le projet suivi par Romain Raffin et Stéphanie Defoulounoux sera baptisé «Haïti en valise». «Nous utilisons l'exposition produite par le Cefrepade pour agir en coopération avec les habitants, les bénévoles, l'éducation nationale, les collectivités et les associations locales» expliquent les deux animateurs du centre. Documents et photos circuleront entre les écoles et les collèges du secteur, transportés dans des valises et à vélo.»
Enfants et familles de l'accueil de loisirs seront également invités à réfléchir sur le sujet du développement durable, à réaliser une fresque et à illustrer les grandes thématiques abordées sur l'exposition par des dessins, des collages ou des expressions. Une exposition locale pourra être réalisée sur les thématiques des déchets, la protection de l'environnement, la politique, la religion le travail le bonheur, le malheur... «Comme une expo miroir à celle réalisée par les jeunes Haïtien sur ces mêmes sujets suggérés par Jean-Christophe» concluent les animateurs qui trouvent intéressant l'idée de voir si la vision du petit Français est différente de celle du petit Haïtien.
http://www.charentelibre.fr/2013/01/15/l-hommage-de-roumazieres-a-son-disparu-d-haiti,1134348.php
Jeune ingénieur français formé à Limoges, Jean-Christophe Fernandes, originaire de Roumazières-Loubert, vivait depuis un peu plus d'un an à Port-au-Prince en Haïti. Le 12 janvier 2010 il est décédé lors du tremblement de terre qui a ravagé cette île des Grandes Antilles.
Passionné par la protection de l'environnement, le Charentais menait un programme de recherches pour améliorer la gestion des déchets dans les zones périurbaines notamment dans la Cité soleil à Haïti. Sa mission était réalisée en co-tutelle entre l'Insa (Institut national des sciences appliquées) de Lyon et l'université Quisqueya de Port-au-Pince.
Jean-Christophe Fernandes avait un statut de volontaire, financé par le Cefrepade (centre francophone de recherches partenariales sur l'assainissement, les déchets et l'environnement), France Volontaire et l'Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie). Quelque temps avant la catastrophe, il avait distribué une vingtaine d'appareils photo jetables à des jeunes de Cité soleil pour leur permettre de fixer la réalité de leur quotidien dans cette zone considérée comme un des bidonvilles les plus pauvres et les plus violents du monde.
Après la catastrophe, treize appareils ont été retrouvés. Le Cefrepade a décidé de mettre sur pied une exposition de ces photos en hommage à Jean-Christophe Fernandes et de rassembler quelques-unes d'entre elles, commentées par leurs auteurs dans un recueil. Les recettes de la vente de l'ouvrage sont intégralement reversées au profit du «centre de valorisation des déchets» haïtien qui porte le nom de Jean-Christophe Fernandes.
«Une expo miroir»
Le centre social culturel et sportif de Haute-Charente a relayé cette initiative en exposant à Roumazières les photos prises par les habitants de la Cité soleil. Le projet suivi par Romain Raffin et Stéphanie Defoulounoux sera baptisé «Haïti en valise». «Nous utilisons l'exposition produite par le Cefrepade pour agir en coopération avec les habitants, les bénévoles, l'éducation nationale, les collectivités et les associations locales» expliquent les deux animateurs du centre. Documents et photos circuleront entre les écoles et les collèges du secteur, transportés dans des valises et à vélo.»
Enfants et familles de l'accueil de loisirs seront également invités à réfléchir sur le sujet du développement durable, à réaliser une fresque et à illustrer les grandes thématiques abordées sur l'exposition par des dessins, des collages ou des expressions. Une exposition locale pourra être réalisée sur les thématiques des déchets, la protection de l'environnement, la politique, la religion le travail le bonheur, le malheur... «Comme une expo miroir à celle réalisée par les jeunes Haïtien sur ces mêmes sujets suggérés par Jean-Christophe» concluent les animateurs qui trouvent intéressant l'idée de voir si la vision du petit Français est différente de celle du petit Haïtien.
http://www.charentelibre.fr/2013/01/15/l-hommage-de-roumazieres-a-son-disparu-d-haiti,1134348.php
Haïti-Séisme/3 ans : Sauvées de justesse, 72 étudiantes de l’Enip reçoivent leurs diplômes d’infirmières
Par Jean Élie Paul
P-au-P, 14 janv. 2013 [AlterPresse] --- 72 étudiantes de l’École nationale des infirmières de Port-au-Prince (Enip) ont reçu, le dimanche 13 janvier 2013 à l’est de la capitale, leurs diplômes de fin d’études, soit trois ans après le séisme du 12 janvier 2010.
Quatre-vingt dix (90) étudiantes et trois (3) professeurs ont péri dans l’effondrement du bâtiment de l’école, un effondrement qui a constitué l’une des scènes les plus terribles du séisme dans la capitale.
La promotion sortante 2009-2012 a été la seule de l’établissement, qui, dans l’après-midi du mardi 12 janvier 2010, n’avait pas connu un très grand nombre de victimes. Une camarade a, cependant, été tuée.
Environ douze (12) étudiantes ont abandonné leurs études après le drame.
Certaines sont parties à l’étranger. D’autres, qui s’étaient réfugiées dans les villes de province, n’ont pas suivi le mouvement inverse.
Les jeunes filles ont ainsi décidé de baptiser leur promotion Victory, pour affirmer leur victoire sur tout ce qu’elles ont vécu, depuis ce jour fatidique et au long des trois années qui ont suivi.
« Les choses ne sont pas revenues au beau fixe, depuis, pour cette école d’infirmières, parce que les difficultés de toutes sortes continuent de se présenter », confie à AlterPresse la directrice des études, Christine D. Neptune.
Pour elle, parler du séisme est encore difficile et, avec les souvenirs affreux de ce jour, remontent à ces yeux des larmes qu’elle peine à cacher.
Malgré le lent relèvement, toujours regarder de l’avant
L’Enip fonctionne dans un bâtiment préfabriqué, assemblage de containers, dans les locaux de la faculté de médecine et de pharmacie (Fmp) de l’Université d’État d’Haïti (Ueh).
L’espace, qui logeait le bâtiment de l’Enip, établissement fondé par feue l’infirmière Simone Ovide Duvalier (1913 - 1997, femme du dictateur François Duvalier et mère du dictateur Jean-Claude Duvalier) abrite, pour sa part, des tentes effilochées, offrant le spectacle d’un petit camp d’hébergement.
AlterPresse a tenté, à plusieurs reprises, de joindre la directrice de formation et de perfectionnement en sciences de la santé, qui a refusé d’accorder toute interview sans l’autorisation de la directrice du ministère de la santé publique et de la population (Mspp), elle-même injoignable.
Silence donc des responsables autour de la reconstruction de cette école-patrimoine. Et même silence autour de l’explosion d’écoles d’infirmières au lendemain du séisme de janvier 2010.
Trois ans après, en tout cas, l’Enip continue de regarder de l’avant, en se rappelant la douleur de la perte de près d’une centaine de jeunes filles, mais aussi tout le courage qu’il a fallu pour surmonter la souffrance.
La lauréate de la promotion « Victory », Ruthnelle Darley Désir, raconte combien a cru que tout était terminé au lendemain du drame.
« C’était vraiment le désespoir. Les locaux de l’école ont été détruits complètement. Malgré les difficultés, nous avons repris les cours sous les tentes. Il n’y avait pas de structures pour travailler correctement, mais malgré tout, nous avons tenu le coup. Et, ce dimanche (12 janvier 2013), nous récoltons le fruit de nos longs efforts », affirme t-elle dans une interview à AlterPresse.
« Le 12 janvier 2010, c’est un chiffre tout à fait inoubliable. Le fait de vivre quelque chose qu’on n’avait jamais vécu, de regarder, en quelques minutes, tous ces dégâts, c’était vraiment choquant. Cette date, c’est une tache indélébile dans le cœur de chacune », ajoute t-elle.
Un sentiment, partagé pratiquement par toutes les autres étudiantes.
Toutefois, la présidente de la promotion « Victory », Fabienne Désilien, croit qu’elles vont pouvoir affronter l’avenir avec assurance, tout en gardant, en mémoire, les disparues. [jep kft rc apr 14/01/2013 11:00]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article13933
P-au-P, 14 janv. 2013 [AlterPresse] --- 72 étudiantes de l’École nationale des infirmières de Port-au-Prince (Enip) ont reçu, le dimanche 13 janvier 2013 à l’est de la capitale, leurs diplômes de fin d’études, soit trois ans après le séisme du 12 janvier 2010.
Quatre-vingt dix (90) étudiantes et trois (3) professeurs ont péri dans l’effondrement du bâtiment de l’école, un effondrement qui a constitué l’une des scènes les plus terribles du séisme dans la capitale.
La promotion sortante 2009-2012 a été la seule de l’établissement, qui, dans l’après-midi du mardi 12 janvier 2010, n’avait pas connu un très grand nombre de victimes. Une camarade a, cependant, été tuée.
Environ douze (12) étudiantes ont abandonné leurs études après le drame.
Certaines sont parties à l’étranger. D’autres, qui s’étaient réfugiées dans les villes de province, n’ont pas suivi le mouvement inverse.
Les jeunes filles ont ainsi décidé de baptiser leur promotion Victory, pour affirmer leur victoire sur tout ce qu’elles ont vécu, depuis ce jour fatidique et au long des trois années qui ont suivi.
« Les choses ne sont pas revenues au beau fixe, depuis, pour cette école d’infirmières, parce que les difficultés de toutes sortes continuent de se présenter », confie à AlterPresse la directrice des études, Christine D. Neptune.
Pour elle, parler du séisme est encore difficile et, avec les souvenirs affreux de ce jour, remontent à ces yeux des larmes qu’elle peine à cacher.
Malgré le lent relèvement, toujours regarder de l’avant
L’Enip fonctionne dans un bâtiment préfabriqué, assemblage de containers, dans les locaux de la faculté de médecine et de pharmacie (Fmp) de l’Université d’État d’Haïti (Ueh).
L’espace, qui logeait le bâtiment de l’Enip, établissement fondé par feue l’infirmière Simone Ovide Duvalier (1913 - 1997, femme du dictateur François Duvalier et mère du dictateur Jean-Claude Duvalier) abrite, pour sa part, des tentes effilochées, offrant le spectacle d’un petit camp d’hébergement.
AlterPresse a tenté, à plusieurs reprises, de joindre la directrice de formation et de perfectionnement en sciences de la santé, qui a refusé d’accorder toute interview sans l’autorisation de la directrice du ministère de la santé publique et de la population (Mspp), elle-même injoignable.
Silence donc des responsables autour de la reconstruction de cette école-patrimoine. Et même silence autour de l’explosion d’écoles d’infirmières au lendemain du séisme de janvier 2010.
Trois ans après, en tout cas, l’Enip continue de regarder de l’avant, en se rappelant la douleur de la perte de près d’une centaine de jeunes filles, mais aussi tout le courage qu’il a fallu pour surmonter la souffrance.
La lauréate de la promotion « Victory », Ruthnelle Darley Désir, raconte combien a cru que tout était terminé au lendemain du drame.
« C’était vraiment le désespoir. Les locaux de l’école ont été détruits complètement. Malgré les difficultés, nous avons repris les cours sous les tentes. Il n’y avait pas de structures pour travailler correctement, mais malgré tout, nous avons tenu le coup. Et, ce dimanche (12 janvier 2013), nous récoltons le fruit de nos longs efforts », affirme t-elle dans une interview à AlterPresse.
« Le 12 janvier 2010, c’est un chiffre tout à fait inoubliable. Le fait de vivre quelque chose qu’on n’avait jamais vécu, de regarder, en quelques minutes, tous ces dégâts, c’était vraiment choquant. Cette date, c’est une tache indélébile dans le cœur de chacune », ajoute t-elle.
Un sentiment, partagé pratiquement par toutes les autres étudiantes.
Toutefois, la présidente de la promotion « Victory », Fabienne Désilien, croit qu’elles vont pouvoir affronter l’avenir avec assurance, tout en gardant, en mémoire, les disparues. [jep kft rc apr 14/01/2013 11:00]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article13933
Le logement en Haïti, la crise qui dure
Trois ans après le séisme meurtrier, et malgré les aides, beaucoup d'Haïtiens vivent encore dans des abris provisoires.
Building back better communities. C'était le slogan de l’été 2011, 18 mois après le tremblement de terre meurtrier du 12 janvier 2010 qui a ravagé Port-au-Prince.Trois ans après le séisme, la reconstruction en Haïti semble au point mort. Le secteur du logement est l’illustration manifeste de ce marasme. Près de 358.000 personnes survivent encore dans des camps de fortune, plus de 100.000 familles victimes du séisme s’entassent dans des abris temporaires et qui sait combien d’autres sont allées grossir les rangs des bidonvilles de la capitale?
Le gouvernement haïtien pensait pourtant avoir trouvé la bonne formule. Directement importée des expériences clintonniennes de reconstruction en Asie, après le passage du tsunami et en Louisiane, après l’ouragan Katrina, il l’avait traduite ainsi: reconstruire en mieux nos communautés.
Le sort de l’Expo Habitat en est l’un des nombreux symboles. Sur ce site, aménagé par la Banque interaméricaine de développement, des constructeurs avaient été invités à installer des prototypes de logement respectant les normes antisismiques et paracycloniques.
Le projet avait été lancé dans le faste, la Fondation Clinton ayant financé trois jours de conférence et l’inauguration du site pour pas moins de 500.000 dollars. Des familles devaient s'y installer pour tester les 70 modèles proposés afin d'élire les meilleurs d'entre eux, qui auraient alors été retenus pour participer aux futurs projets de reconstruction du gouvernement.
Jusqu'à huit personnes dans une pièce sous-louée
A ce jour, les maisons n’ont jamais été habitées. Leurs cuisines et sanitaires n’ont même jamais été raccordés à une quelconque alimentation ou évacuation d’eau. Elles sont à l’abandon. Aucun des entrepreneurs engagés n’a jamais été recontacté pour un projet gouvernemental. Un beau gâchis.
Le logement est pourtant un besoin criant et prioritaire en Haïti. Il l’était déjà avant le tremblement de terre du 12 janvier. Il l’est encore davantage si l’on considère qu'environ 200.000 habitations ont été détruites par le séisme.
«Dans toutes les catégories de population, les générations vivent ensemble, explique Joël Jean-Baptiste, secrétaire général du Mouvement de solidarité avec les sans-abri d’Haïti. Mais ce n’est pas par tradition que 7 ou 8 personnes se partagent une pièce sous-louée à un propriétaire qui lui vit avec sa famille dans une autre pièce, c’est bien parce qu’elles n’ont pas les moyens de faire autrement.»
Mososah, le mouvement de solidarité avec les sans-abri de Haïti, estime qu’il manquait déjà plus de 200.000 logements avant le tremblement de terre. C’est actuellement 400.000 habitations qui font défaut et le chiffre ira grandissant avec la croissance démographique incessante que connaît le pays.
En lieu et place des maisons, ce sont surtout des abris temporaires ou T-Shelter, conçus pour durer ici cinq ans, là dix ans, qui ont été érigés.
Des abris à étage, 12m2 par palier et par famile
A Ravine Pintade, dans la capitale, une ONG américaine (Cooperative Housing Foundation[1]) a même conçu des abris à étage (12 m2 par palier pour une famille) qu’elle estime pouvoir durer jusqu’à 25 ans! Les constructions sont conçues sur une charpente métallique, certes, mais recouvertes d’une bâche plastique grise. L’équipe initiale serait à la recherche de solutions pour remplacer la bâche par un matériau plus durable et plus esthétique...
Il n’en reste pas moins que plus de 110.000 T-Shelters ont été installés en Haïti entre 2010 et 2012. Et les standards que l’Organisation internationale pour les migrations (OIM) a tenté d’imposer (une surface minimale de 18 m2, une dalle en ciment, une couverture en contreplaqué ou panneaux de ciment) ne sont pas respectés par les multiples agences et ONG qui ne craignent pourtant pas d’apposer leur logo sur de telles constructions.
«L’eau s’infiltre quand il pleut, car il n’y a pas de joint entre les panneaux de contreplaqué», se plaint un habitant du camp de Corail Cessellesse, à l’extérieur de Port-au-Prince. «Chez nous, les animaux peuvent entrer en se glissant sous la bâche plastique qui n’est pas solidement fixée au sol», critique une autre, dont l’abri est installé aux portes de Jacmel, sur la côte sud-est.
Comme le montre un rapport [PDF] de l’Observatoire des politiques publiques et de la coopération internationale (fondé par le Cerfas), les millions de dollars investis dans ces constructions temporaires ont représenté jusqu’en mai 2012 80% des fonds distribués. «Or les coûts de la reconstruction globale peuvent être diminués de manière significative si on passe rapidement à la construction de bâtiments permanents», lit-on dans ce rapport publié à l’été 2012. Depuis, les organisations internationales se sont engagées à cesser d’encourager l’implantation de T-Shelters.
Passer de l'urgence à la reconstruction
«Mais par ailleurs, en 2010, 2011, 2012, la plupart des ONG qui étaient sur place étaient des organisations d’urgence», note Gwendoline Mennetrier, adjointe au coordinateur des programmes d’ONU-Habitat en Haïti. Elles n’étaient pas préparées à faire de la formation de maçons, d’ingénieurs, ni même la sensibilisation des particuliers à la qualité de la construction tout ce travail nécessaire pour sensibiliser la population aux risques du bâti.
«Nous avons commencé à passer à des équipes qui peuvent vraiment travailler sur le développement, avec du personnel qualifié, des urbanistes, au cours du dernier trimestre 2012.»
Actuellement, ce que le gouvernement haïtien met en avant, ce sont les initiatives en matières de réhabilitation des quartiers, qui incluent un volet logement. Leur but est de renvoyer les habitants dans leur quartier d’origine, et de libérer les espaces insalubres occupés par les camps de personnes déplacées. Terminés, donc, les rêves de déconcentration de la capitale haïtienne.
«Alors qu’on devait libérer les zones à risques de glissement de terrain ou d’inondations, on renvoie les gens dans les mêmes quartiers», regrette Joël Jean-Baptiste. Du côté d’ONU-Habitat, Gwendoline Mennetrier justifie:
«Les choix qui ont été faits sont des choix pragmatiques. Haïti n’avait pas les moyens de raser des quartiers entiers et de les reconstruire. Donc il faut rester sur l’existant en créant les conditions pour limiter les risques.»
Les gens pourraient paniquer «s'ils savaient qu'ils vivent dans une zone à risque»
Ici ou là, des travaux de mitigation sont effectués pour limiter notamment les risques de glissement de terrain ou d’inondation. Mais ce n’est certainement pas le cas partout. En témoigne la confidentialité imposée par l’UCBLP (Unité de construction de logements et de bâtiments publics) sur les cartes des différentes zones à risque de Port-au-Prince. Clément Bélizaire, son directeur, veut bien les montrer rapidement à une journaliste, mais pas plus.
«Ces documents sont réservés aux professionnels, cela pourrait créer de la panique si les gens savaient qu’ils vivent dans une zone classée à risque.»
Le projet 16/6 en particulier fait sa fierté. Il consiste notamment à subventionner le retour des familles dans une maison qui n’a pas été détruite par le tremblement de terre ou que des travaux ont permis de réhabiliter.
«C’est grâce à ce programme que nous n’avons plus aujourd’hui de camps sur nos places publiques.»
A ce jour, 23.000 familles auraient bénéficié d’une subvention au logement et 6.000 logements auraient été réparés ou reconstruits grâce à ce programme.
Mais les critiques sont très vite apparues. «Le 16/6 a encore fait augmenter les loyers», accuse Jackson Doliscar, l’un des responsables de la Frakka (Force d’action et de réflexion sur la question du logement, qui réunit différentes organisations communautaires haïtiennes) créée dans les suites du tremblement de terre, en mars 2010.
«Tous les propriétaires connaissent le montant de la subvention, 20.000 gourdes annuelles (environ 360 euros) qu’ils perçoivent directement du programme. Il n’y a aucune marge de négociation pour le locataire.»
Des maçons qui n'ont pas le temps de se former
La perspective de pouvoir mettre une pièce ou deux en location a également pu inciter certains propriétaires à réparer rapidement leur logement, sans connaissance ni application des normes de constructions antisismiques.
Jackson Doliscar poursuit:
«La pression est forte sur les propriétaires. Et moi j’ai vu des maisons très fissurées qu’on a louées dans le cadre du 16/6. Et puis, quand il y a des réparations, une fois qu’elles sont terminées, aucun expert ne peut assurer qu’elles ont été faites dans les règles de l’art.»
La plus grande partie des maisons haïtiennes qui sont reconstruites ou rénovées le sont avec le seul investissement du propriétaire, souvent aidé par les membres de sa famille vivant à l’étranger. Selon les estimations d’ONU-Habitat, plus de 50.000 logements seraient concernés. Mais la reconstruction s’est généralement opérée sans la moindre garantie de sécurité, les programmes de formation de professionnels ou de sensibilisations de la population n’ayant été mis en place que récemment.
«Et encore, pour construire de manière sûre, il faudrait que nos boss maçons et nos ingénieurs soient vraiment formés, remarque Elonge Othelot, directeur général de l’EPPLS. Des sessions de 6 mois sont nécessaires. Mais aucun boss maçon ne peut laisser son job pendant six mois pour prendre le temps de se former.» Un cercle vicieux.
«Nous ne demandons pas l'aumône»
Le projet de politique nationale du Logement non encore publié maintient pourtant que la construction des logements est de la responsabilité des familles...
«Que peuvent faire les 70% d’Haïtiens qui n’ont pas de quoi se construire une maison?, s’insurge encore Jackson Doliscar. Nous ne demandons pas l’aumône. Mais c’est à l’Etat de prendre ses responsabilités et de construire des logements que nous pourrons louer. Ou de mettre en place un système de crédit qui soit accessible à tous. Sans quoi, seuls les riches reconstruiront.»
Mais qui est responsable de cette dérive? Le gouvernement haïtien est loin d’être le seul décisionnaire dans l’orientation de l’aide. Au mieux, les fonds sont co-administrés par des comités de pilotage ou des commissions multinationales. Et dans de nombreux cas, les projets sont directement financés par les agences internationales ou étrangères (USAID, par exemple).
Selon le rapport de l’Envoyé spécial des Nations unies en Haïti, seuls 8,5% de l’aide internationale promise lors de la conférence de New York en mars 2010 étaient destinés à l’appui budgétaire, c’est-à-dire versés directement au gouvernement haïtien.
Et sur les quelque 9 milliards de dollars engagés dans la reconstruction, seuls 70 millions ont été décaissés pour un programme concernant le logement. Encore, décaissé ne signifie-t-il pas dépensé, mais simplement transféré à l’organisation qui exécutera le programme...
Et même si l’on ajoute à ces 70 millions les 112 millions de dollars consacrés par le Fond de reconstruction d’Haïti, administré par la Banque mondiale, on est très loin de pouvoir apporter au secteur l’impulsion nécessaire pour construire des logements en nombre.
«On peut retirer 5m2 sur une maison, ça ne se remarque pas»
«De toute façon, intervenir sur le logement prend du temps, souligne encore Gwendoline Mennetrier. Il faut d’abord élaborer la cartographie des zones à risques, faire le point sur le foncier et les droits de chacun, intervenir sur l’urbanisme, la sensibilisation des communautés, implanter des centres de ressources techniques, etc.»
Jusqu’à présent, seuls deux grands projets de construction de logements sociaux ont vu le jour pour les personnes déplacées par le séisme. 400 maisons ont été construites à Zoranje, au nord de la capitale. Et environ 3.000 sont encore en construction au pied du Morne à Cabrit (un projet dont l’origine a suscité diverses polémiques). Mais ce dernier programme est aussi très critiqué par les Haïtiens. Les maisons de trois pièces y font à peu près 25 m2. «C’est de l’argent gaspillé, résume Jackson Doliscar. On dit qu’on construit du logement social, mais les gens du peuple ont beaucoup d’enfants, c’est trop petit.»
Du côté de l’UCLBP, on explique qu’il s’agit d’être économe. «Si sur un logement, on retire un mètre de côté, ça peut nous permettre d’économiser 1.200 à 1.500 dollars par maison ou d’en construire davantage, souligne Clément Bélizaire. Pour nous ça compte. Et puis franchement, je vous assure, on peut retirer 5m2 sur une maison, ça ne se remarque même pas.»
Les projets de logement proposés par des ONG ou des agences étrangères brillent par leur taille réduite. «Quand un projet est lancé, il s’agit, pour l’Etat comme pour les bailleurs, de loger un maximum de gens, le plus vite possible, pour le moins cher possible, souligne Camille Chalmers, économiste et responsable de la Plateforme haïtienne de plaidoyer pour un développement alternatif (PAPDA). Peu importe les habitudes de vie ou la concertation locale.»
Depuis le tremblement de terre de 2010, il a fait partie d’un groupe qui a travaillé sur le logement en milieu rural. Deux prototypes ont été construits en concertation avec les populations de Gressier et Cap Rouge.
«Nous sommes parvenus à un coût de 11.000 dollars par maison pour 35 m2. Eh bien, les bailleurs trouvent encore que c’est trop cher.»
A titre de comparaison pourtant, un T-Shelter coûte, lui 4.200 dollars en moyenne...
Pas de sanitaires, pas de route d'accès...
Dans le quartier de Nérette, à Pétionville, l’un de ceux qui sont visés par le programme 16/6, il n’est pas difficile de constater le désenchantement, voire la détresse de la population. Certains ont en effet déjà vu s’achever leur bail, comme Lexon Dutervil, père de 3 enfants.
«Après un an, j’ai dû laisser le logement que j’avais trouvé. Avec ma famille, nous avons pu louer un shelter, 200 dollars pour 6 mois, mais la période touche à sa fin et je ne sais pas où je vais aller.»
Un peu plus loin, Edeline Antoinette a dû, elle, s’installer chez sa sœur avec ses 5 enfants, faute de moyens pour rester dans son logement subventionné. Quant à Vanette Lisher, qui vit avec une amie et leurs trois enfants dans une pièce louée a flan de morne, elle voit l’échéance arriver avec inquiétude.
«Déjà le propriétaire nous harcèle et nous demande quand est-ce qu’on va partir.»
Alors, certes, les camps se vident, et les habitants regagnent leur quartiers, mais dans quelles conditions...
«Le plus alarmant, note Esther Schneider, c’est que beaucoup de familles sont sorties des camps sans aucune aide quelconque.» Elles sont parties d’elles-mêmes avant le lancement du programme à l’été 2011, ou, pire, ont été expulsées manu militari lorsqu’elles se trouvaient sur des terrains privés.
On retrouve certaines d’entre elles sur les flancs du Morne à Cabrit, à une vingtaine de kilomètres du centre de Port-au-Prince. Lorsque l’Etat a annoncé qu’une nouvelle communauté serait construite dans les environs, les populations ont afflué avec quelques planches, quelques bâches pour y construire un abri de bric et de broc. Sans aucune infrastructure sanitaire, sans route d’accès, et à des kilomètres à la ronde du moindre lieu de travail…
«Mais vous savez, l’Etat est très faible, la transition après la dictature au milieu des années 1980 a été mal faite. Les municipalités n’ont pas suffisamment de compétences en matière d’urbanisme. Mais revenez dans deux ans, vous verrez ça ira mieux, on s’y emploie», cherche à rassurer Clément Bélizaire. En attendant, croisons les doigts pour qu’un autre tremblement de terre ne se produise pas…
Sandra Mignot
[1] Depuis, le CHF s’est transformé en Global Communities. Retourner à l'article
http://www.slate.fr/story/67177/haiti-logement
Haïti: le président Martelly annonce des législatives partielles en 2013
Le président haïtien Michel Martelly a annoncé lundi devant le Parlement réuni en Assemblée nationale, la tenue d'élections législatives partielles et de scrutins locaux "libres et démocratiques" au cours de l'année 2013.
"Je poursuivrai les discussions avec les pouvoirs législatif et judiciaire en vue de la tenue d'élections libres et démocratiques dans le pays", a promis le président haïtien.
Ces élections qui concernent 10 sièges au Sénat (sur 30), devaient être organisées en 2012 mais elles ont été retardées en raison de désaccord entre les différentes forces politiques sur la formation de l'institution responsable d'organiser ces élections.
Intervenant devant les sénateurs et les députés à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle année législative, le président Martelly s'est engagé à favoriser le dialogue pour trouver un consensus sur la formation du Conseil électoral.
"Au cours de l'année 2013, je redoublerai d'effort pour améliorer la gouvernance politique en vue d'éviter que les élections soient une source de conflits inutiles pouvant dégrader le climat de paix sociale et la tranquillité publique dont nous avons besoin pour aller de l'avant", a-t-il notamment déclaré.
Des parlementaires de l'opposition ont néanmoins brandi des cartons jaunes au moment de l'intervention du chef de l'Etat après s'être bruyamment opposé à la présentation, par le Premier ministre Laurent Lamothe, de son bilan annuel.
Des centaines de partisans et des adversaires du gouvernement ont manifesté sans incident devant le bâtiment préfabriqué où se réunissent les parlementaires haïtiens depuis l'effondrement en 2010 du siège du Parlement lors du violent séisme qui a ravagé Haïti.
AFP http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Haiti-le-president-Martelly-annonce-des-legislatives-partielles-en-2013-_NG_-2013-01-15-899119
"Je poursuivrai les discussions avec les pouvoirs législatif et judiciaire en vue de la tenue d'élections libres et démocratiques dans le pays", a promis le président haïtien.
Ces élections qui concernent 10 sièges au Sénat (sur 30), devaient être organisées en 2012 mais elles ont été retardées en raison de désaccord entre les différentes forces politiques sur la formation de l'institution responsable d'organiser ces élections.
Intervenant devant les sénateurs et les députés à l'occasion de l'ouverture de la nouvelle année législative, le président Martelly s'est engagé à favoriser le dialogue pour trouver un consensus sur la formation du Conseil électoral.
"Au cours de l'année 2013, je redoublerai d'effort pour améliorer la gouvernance politique en vue d'éviter que les élections soient une source de conflits inutiles pouvant dégrader le climat de paix sociale et la tranquillité publique dont nous avons besoin pour aller de l'avant", a-t-il notamment déclaré.
Des parlementaires de l'opposition ont néanmoins brandi des cartons jaunes au moment de l'intervention du chef de l'Etat après s'être bruyamment opposé à la présentation, par le Premier ministre Laurent Lamothe, de son bilan annuel.
Des centaines de partisans et des adversaires du gouvernement ont manifesté sans incident devant le bâtiment préfabriqué où se réunissent les parlementaires haïtiens depuis l'effondrement en 2010 du siège du Parlement lors du violent séisme qui a ravagé Haïti.
AFP http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/Haiti-le-president-Martelly-annonce-des-legislatives-partielles-en-2013-_NG_-2013-01-15-899119
lundi 14 janvier 2013
La difficile condition d'étudiant en Haïti
Publié le dimanche 13 janvier 2013 à 14:03 par Marc MAHUZIER
Comment arrive-t-on à faire des études quand on est fils de paysan en Haïti, un des pays les plus pauvres au monde ? Réponse à l'université régionale des Gonaïves, dans le département de l'Artibonite. Avec ses 1500 étudiants et un manque effarant de moyens, elle concentre toutes les difficultés de l'enseignement supérieur public dans un pays qui n'arrive pas à se remettre du tremblement de terre de janvier 2010.
Chemise blanche et cravate foncée, Stanley, 23 ans, est élégant comme pour un mariage. La journée est importante. Sa petite université régionale des Gonaïves reçoit des visiteurs de marque : une délégation d'universitaires français et haïtiens venus inaugurer le tout nouveau « campus numérique ». Une salle équipée d'ordinateurs avec accès gratuit à Internet. On a préparé des discours, installé une sono qui se montrera capricieuse. Et prévu un buffet de boissons fraîches sur lequel tout le monde se jettera, car la chaleur est écrasante.
« Pratiquement personne n'a d'ordinateur personnel »
Ce « campus numérique » installé par l'Agence des universités francophones, c'est la bonne nouvelle du trimestre pour ces étudiants, tous fils de paysans d'une région parmi les plus pauvres du pays. « Pratiquement personne n'a d'ordinateur personnel. Quand on veut aller sur Internet, il faut payer vingt-cinq gourdes (0,50 €) de l'heure dans un cybercafé. C'est cher ! », explique le jeune homme.
Avec ses 1 500 étudiants qui suivent des formations en comptabilité, gestion, soins infirmiers ou sciences de l'éducation, l'université des Gonaïves concentre tous les problèmes de l'enseignement supérieur public haïtien. Elle a été créée en 2006, dans les bâtiments d'un hôpital désaffecté. Le nouveau « campus numérique », par exemple, a trouvé refuge dans l'ancien bloc opératoire. L'installation dans de nouveaux locaux était prévue. Mais une inondation, en 2008, a stoppé le chantier. Depuis, le provisoire dure et nul n'ose prédire quand il prendra fin.
En octobre, les étudiants ont fait grève et défilé avec des pancartes. « Depuis la sortie de la première promotion, en 2011, aucun de nous n'a reçu son diplôme », explique Nadège Jean. La jeune femme a passé une licence en comptabilité. Elle voulait poursuivre vers un master, sans doute à l'étranger, car c'est souvent la seule solution. Elle a dû renoncer.
Le recteur, Roldano Auguste, parle de « crise purement administrative ». Mais l'affaire est autrement plus grave. Son prédécesseur à la tête de l'université avait dénoncé la corruption de son adjoint, le secrétaire général. Il a reçu des menaces de mort et s'est enfui. De là, la « crise purement administrative » dont parle Roldano Auguste, qui a hérité d'une situation des plus délicates.
« On n'a rien »
Corruption ? À Port-au-Prince, Sauvenel, étudiant en droit, confirme que sans l'appui d'un « parrain », on ne peut ni s'incrire à l'université publique ni ensuite trouver un travail. Reste la solution de l'université privée. Beaucoup sont d'un niveau crasse, avec des enseignants possèdant tout juste le bac. Quelques unes sont excellentes, comme Lumière, Notre Dame ou, surtout, Quisqueya. Mais la qualité a un prix : 1 300 € l'inscription annuelle. Une fortune pour 99 % de la population. « Seule une minorité d'Haïtiens peut faire des études », regrette Stanley.
Accéder à une instruction supérieure reste un privilège dont ne profitent que 60 000 jeunes. Les facultés de médecine, par exemple, ne produisent que 400 médecins par an. Dont la moitié file exercer à l'étranger, aux États-Unis surtout. La fuite des cerveaux est le problème numéro 1 : 85 % des diplômés exercent hors du pays. Mais comment les en blâmer quand on sait qu'un médecin gagne 600 € par mois ?
« On étudie dans des conditions exécrables »
On visite les locaux des Gonaïves et on est effaré par l'indigence des moyens. Les salles de cours sont d'une simplicité monacale. Pas de restaurant universitaire ni de résidence pour loger ces garçons et filles. Certains font 25 km à vélo le matin et autant le soir pour assister aux cours. Les autres se logent comme ils peuvent.
Stanley dort par terre chez un copain qui ne le fait pas payer. « De toutes façons, je ne pourrais pas. » Il se nourrit de sandwiches, d'un plat chaud quand il peut. Et reconnaît avoir souvent faim. « Parfois, des étudiants tombent dans les pommes en cours », confirme cet universitaire français en poste à Port-au-Prince. « On étudie dans des conditions exécrables », résume Ernso, grand gaillard au verbe éloquent.
Et ce n'est pas là une exception réservée à la province. Léandre, qui étudie le droit à la capitale, témoigne du même dénuement. « On n'a rien, même pas une bibliothèque digne de ce nom. On est obligés d'acheter les manuels. Comme cela coûte cher, on se cotise à plusieurs et on recopie. »
Le gouvernement, qui annonce avoir fait de l'éducation une priorité, a promis des bourses de 60 € par mois. Mais beaucoup d'étudiants sont opposés au pouvoir et pas décidés à accepter. « Ce qu'on veut, c'est une véritable politique de l'enseignement supérieur », dit Léandre. Revendication légitime, mais qui semble pour le moment, hors de portée.
http://www.jactiv.ouest-france.fr/actualites/monde/difficile-condition-detudiant-haiti-13475
Comment arrive-t-on à faire des études quand on est fils de paysan en Haïti, un des pays les plus pauvres au monde ? Réponse à l'université régionale des Gonaïves, dans le département de l'Artibonite. Avec ses 1500 étudiants et un manque effarant de moyens, elle concentre toutes les difficultés de l'enseignement supérieur public dans un pays qui n'arrive pas à se remettre du tremblement de terre de janvier 2010.
Chemise blanche et cravate foncée, Stanley, 23 ans, est élégant comme pour un mariage. La journée est importante. Sa petite université régionale des Gonaïves reçoit des visiteurs de marque : une délégation d'universitaires français et haïtiens venus inaugurer le tout nouveau « campus numérique ». Une salle équipée d'ordinateurs avec accès gratuit à Internet. On a préparé des discours, installé une sono qui se montrera capricieuse. Et prévu un buffet de boissons fraîches sur lequel tout le monde se jettera, car la chaleur est écrasante.
« Pratiquement personne n'a d'ordinateur personnel »
Ce « campus numérique » installé par l'Agence des universités francophones, c'est la bonne nouvelle du trimestre pour ces étudiants, tous fils de paysans d'une région parmi les plus pauvres du pays. « Pratiquement personne n'a d'ordinateur personnel. Quand on veut aller sur Internet, il faut payer vingt-cinq gourdes (0,50 €) de l'heure dans un cybercafé. C'est cher ! », explique le jeune homme.
Avec ses 1 500 étudiants qui suivent des formations en comptabilité, gestion, soins infirmiers ou sciences de l'éducation, l'université des Gonaïves concentre tous les problèmes de l'enseignement supérieur public haïtien. Elle a été créée en 2006, dans les bâtiments d'un hôpital désaffecté. Le nouveau « campus numérique », par exemple, a trouvé refuge dans l'ancien bloc opératoire. L'installation dans de nouveaux locaux était prévue. Mais une inondation, en 2008, a stoppé le chantier. Depuis, le provisoire dure et nul n'ose prédire quand il prendra fin.
En octobre, les étudiants ont fait grève et défilé avec des pancartes. « Depuis la sortie de la première promotion, en 2011, aucun de nous n'a reçu son diplôme », explique Nadège Jean. La jeune femme a passé une licence en comptabilité. Elle voulait poursuivre vers un master, sans doute à l'étranger, car c'est souvent la seule solution. Elle a dû renoncer.
Le recteur, Roldano Auguste, parle de « crise purement administrative ». Mais l'affaire est autrement plus grave. Son prédécesseur à la tête de l'université avait dénoncé la corruption de son adjoint, le secrétaire général. Il a reçu des menaces de mort et s'est enfui. De là, la « crise purement administrative » dont parle Roldano Auguste, qui a hérité d'une situation des plus délicates.
« On n'a rien »
Corruption ? À Port-au-Prince, Sauvenel, étudiant en droit, confirme que sans l'appui d'un « parrain », on ne peut ni s'incrire à l'université publique ni ensuite trouver un travail. Reste la solution de l'université privée. Beaucoup sont d'un niveau crasse, avec des enseignants possèdant tout juste le bac. Quelques unes sont excellentes, comme Lumière, Notre Dame ou, surtout, Quisqueya. Mais la qualité a un prix : 1 300 € l'inscription annuelle. Une fortune pour 99 % de la population. « Seule une minorité d'Haïtiens peut faire des études », regrette Stanley.
Accéder à une instruction supérieure reste un privilège dont ne profitent que 60 000 jeunes. Les facultés de médecine, par exemple, ne produisent que 400 médecins par an. Dont la moitié file exercer à l'étranger, aux États-Unis surtout. La fuite des cerveaux est le problème numéro 1 : 85 % des diplômés exercent hors du pays. Mais comment les en blâmer quand on sait qu'un médecin gagne 600 € par mois ?
« On étudie dans des conditions exécrables »
On visite les locaux des Gonaïves et on est effaré par l'indigence des moyens. Les salles de cours sont d'une simplicité monacale. Pas de restaurant universitaire ni de résidence pour loger ces garçons et filles. Certains font 25 km à vélo le matin et autant le soir pour assister aux cours. Les autres se logent comme ils peuvent.
Stanley dort par terre chez un copain qui ne le fait pas payer. « De toutes façons, je ne pourrais pas. » Il se nourrit de sandwiches, d'un plat chaud quand il peut. Et reconnaît avoir souvent faim. « Parfois, des étudiants tombent dans les pommes en cours », confirme cet universitaire français en poste à Port-au-Prince. « On étudie dans des conditions exécrables », résume Ernso, grand gaillard au verbe éloquent.
Et ce n'est pas là une exception réservée à la province. Léandre, qui étudie le droit à la capitale, témoigne du même dénuement. « On n'a rien, même pas une bibliothèque digne de ce nom. On est obligés d'acheter les manuels. Comme cela coûte cher, on se cotise à plusieurs et on recopie. »
Le gouvernement, qui annonce avoir fait de l'éducation une priorité, a promis des bourses de 60 € par mois. Mais beaucoup d'étudiants sont opposés au pouvoir et pas décidés à accepter. « Ce qu'on veut, c'est une véritable politique de l'enseignement supérieur », dit Léandre. Revendication légitime, mais qui semble pour le moment, hors de portée.
http://www.jactiv.ouest-france.fr/actualites/monde/difficile-condition-detudiant-haiti-13475
Le Canada en Haïti - À qui au juste profite l’aide internationale?
14 janvier 2013, Jean-Claude Leclerc
Si Washington avait dit aux Américains d’éviter Toronto, ses gangs de rue et ses balles perdues, comment Julian Fantino, célèbre chef de police en Ontario, aurait-il réagi, en supposant que cette province, en pleine récession, ait misé sur le tourisme pour s’en sortir ? Or, le même Fantino, devenu patron de l’ACDI, l’Agence canadienne de développement international, a prévenu les touristes canadiens d’éviter Port-au-Prince. Il veut même que les Haïtiens se prennent en main plutôt que d’espérer plus d’argent du Canada.
Passe encore que l’ex-chef Fantino, un expert en police, tienne pour un échec, semble-t-il, la formation dispensée aux policiers haïtiens par des agents de la GRC. Mais à voir le bilan qu’il fait de l’aide au relèvement d’Haïti, le nouveau ministre n’a visiblement rien d’un expert en développement. Non seulement il ne comprend rien à la reconstruction d’un pays, mais il ne sait guère où l’aide canadienne est allée.
Haïti éprouvé, et désavantagé
Même des pays riches et fort bien équipés mettent des années à se remettre d’un désastre naturel. Comment Haïti aurait-il pu se relever en trois ans d’un séisme sans précédent ? New York a mis trois ans à nettoyer après le 11-Septembre les décombres du World Trade Center, ainsi que Michaëlle Jean le rappelait samedi dans La Presse. Montréal, ajoutait-elle, dépensera 180 millions de dollars en 2013 pour la collecte des déchets. Comment Port-au-Prince en ferait-elle autant avec moins d’argent ?
L’ex-gouverneure générale invite les partenaires d’Haïti à voir dans ce pays un « microcosme » des faillites et des succès de l’aide au développement. Les contribuables d’ici gagneraient, en effet, à connaître les projets et les bénéficiaires de l’aide apportée à ce pays. Les fonds de l’ACDI contribuent-ils à son développement économique ? Cet argent profiterait plutôt à des entreprises canadiennes, note également dans La Presse Frédéric Boisrond, chargé de cours à l’Université McGill.
L’aide canadienne va… au Canada
Après la catastrophe de 2010, l’ACDI a payé des habitations temporaires. Des sinistrés de Jacmel et de Léogâne ont pu, bien sûr, se loger. Mais à qui ces fonds, une trentaine de millions, sont-ils allés ? À des fournisseurs, entrepreneurs, travailleurs et experts d’Haïti ? Pas du tout. La fabrication a été donnée aux Maisons Laprise, de Montmagny, qui y a aménagé une usine et embauché des ouvriers d’ici. Et l’organisation a été confiée à SNC-Lavalin. Un projet de construction fort québécois, mais sans retombée économique pour Haïti.
Ce contrat lucratif pour des entreprises canadiennes n’est pas une exception en Haïti, mais plutôt la règle. Il en irait de même pour l’ensemble de l’aide internationale. Ce pays n’en toucherait qu’une faible partie. Les institutions internationales en seraient les principales bénéficiaires, non les autorités gouvernementales d’Haïti. Dans ce dernier cas, corruption et incompétence auraient dissuadé les donateurs étrangers de faire confiance à l’État haïtien.
Mais même un gouvernement démocratiquement élu à Port-au-Prince est tenu à l’écart des projets de développement. Sous prétexte de faire confiance à la « société civile », maintes ONG mènent leurs propres projets dans les domaines de la santé, de l’agriculture et de l’éducation. Ces organisations manquent, dit-on, de cohérence et surtout de concertation, ajoutant à l’anarchie qui accable ce pays, et laisse ses habitants dans une dépendance chronique à l’endroit des « amis » de l’extérieur.
Bref, un État parallèle, coupé de la population, prend la place d’un gouvernement national. Ce système a pour effet non seulement d’écarter les autorités locales de la planification du pays, mais aussi, chose non moins grave, d’implanter en Haïti des systèmes de gouvernance et de service qui n’en reflètent pas la culture ni le dynamisme des nouvelles générations. Faute de moyens propres, les Haïtiens et leurs dirigeants en sont encore réduits à souhaiter devenir des partenaires de leur avenir.
Entre-temps, s’il n’y a plus, dans ce Palais national en ruine, de grands voyous et de petits libérateurs pour détourner l’aide à leur profit personnel, en revanche, autour des pays donateurs, il ne manque pas de profiteurs versés dans l’art de s’enrichir à même les projets et programmes de « développement » international. Certes, Ottawa s’est permis d’évoquer la « corruption » en Haïti qui retarderait les efforts de construction. Mais un autre son de cloche est venu de Port-au-Prince.
La corruption n’est pas la chasse gardée d’Haïti
Dans Le Nouvelliste, en effet, un cadre de la planification faisait fin décembre, sous couvert d’anonymat, une déclaration qu’on aurait prise avec scepticisme autrefois, mais qu’il faut désormais recevoir avec sérieux : « Depuis des années et des années, une petite mafia canadienne fait la pluie et le beau temps en Haïti, au nom d’Haïti, avec l’argent du Canada. Ils savent avant nous les financements disponibles et les ficelles à tirer pour dénouer les cordons de la bourse. » L’ancien chef de police devrait faire enquête chez lui, ajoutait-il.
Même des projets tenus pour souhaitables et des financements honnêtes peuvent freiner le progrès en Haïti. Ainsi, ne risque-t-on pas d’y implanter trop souvent des systèmes lourds et coûteux peu compatibles avec la culture et les moyens de ce pays ? La santé, l’éducation, la construction, l’éthique professionnelle - sans parler de la démocratie - sont-elles de nos jours au Canada, notamment au Québec, de si grands modèles de succès qu’on veuille les implanter ailleurs au nom de la solidarité sociale ?
« Il y a beaucoup de charité mal ordonnée », confirmait ce week-end Michaëlle Jean, un témoin fort crédible de l’aide internationale.
Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.
http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/368278/a-qui-au-juste-profite-l-aide-internationale
Si Washington avait dit aux Américains d’éviter Toronto, ses gangs de rue et ses balles perdues, comment Julian Fantino, célèbre chef de police en Ontario, aurait-il réagi, en supposant que cette province, en pleine récession, ait misé sur le tourisme pour s’en sortir ? Or, le même Fantino, devenu patron de l’ACDI, l’Agence canadienne de développement international, a prévenu les touristes canadiens d’éviter Port-au-Prince. Il veut même que les Haïtiens se prennent en main plutôt que d’espérer plus d’argent du Canada.
Passe encore que l’ex-chef Fantino, un expert en police, tienne pour un échec, semble-t-il, la formation dispensée aux policiers haïtiens par des agents de la GRC. Mais à voir le bilan qu’il fait de l’aide au relèvement d’Haïti, le nouveau ministre n’a visiblement rien d’un expert en développement. Non seulement il ne comprend rien à la reconstruction d’un pays, mais il ne sait guère où l’aide canadienne est allée.
Haïti éprouvé, et désavantagé
Même des pays riches et fort bien équipés mettent des années à se remettre d’un désastre naturel. Comment Haïti aurait-il pu se relever en trois ans d’un séisme sans précédent ? New York a mis trois ans à nettoyer après le 11-Septembre les décombres du World Trade Center, ainsi que Michaëlle Jean le rappelait samedi dans La Presse. Montréal, ajoutait-elle, dépensera 180 millions de dollars en 2013 pour la collecte des déchets. Comment Port-au-Prince en ferait-elle autant avec moins d’argent ?
L’ex-gouverneure générale invite les partenaires d’Haïti à voir dans ce pays un « microcosme » des faillites et des succès de l’aide au développement. Les contribuables d’ici gagneraient, en effet, à connaître les projets et les bénéficiaires de l’aide apportée à ce pays. Les fonds de l’ACDI contribuent-ils à son développement économique ? Cet argent profiterait plutôt à des entreprises canadiennes, note également dans La Presse Frédéric Boisrond, chargé de cours à l’Université McGill.
L’aide canadienne va… au Canada
Après la catastrophe de 2010, l’ACDI a payé des habitations temporaires. Des sinistrés de Jacmel et de Léogâne ont pu, bien sûr, se loger. Mais à qui ces fonds, une trentaine de millions, sont-ils allés ? À des fournisseurs, entrepreneurs, travailleurs et experts d’Haïti ? Pas du tout. La fabrication a été donnée aux Maisons Laprise, de Montmagny, qui y a aménagé une usine et embauché des ouvriers d’ici. Et l’organisation a été confiée à SNC-Lavalin. Un projet de construction fort québécois, mais sans retombée économique pour Haïti.
Ce contrat lucratif pour des entreprises canadiennes n’est pas une exception en Haïti, mais plutôt la règle. Il en irait de même pour l’ensemble de l’aide internationale. Ce pays n’en toucherait qu’une faible partie. Les institutions internationales en seraient les principales bénéficiaires, non les autorités gouvernementales d’Haïti. Dans ce dernier cas, corruption et incompétence auraient dissuadé les donateurs étrangers de faire confiance à l’État haïtien.
Mais même un gouvernement démocratiquement élu à Port-au-Prince est tenu à l’écart des projets de développement. Sous prétexte de faire confiance à la « société civile », maintes ONG mènent leurs propres projets dans les domaines de la santé, de l’agriculture et de l’éducation. Ces organisations manquent, dit-on, de cohérence et surtout de concertation, ajoutant à l’anarchie qui accable ce pays, et laisse ses habitants dans une dépendance chronique à l’endroit des « amis » de l’extérieur.
Bref, un État parallèle, coupé de la population, prend la place d’un gouvernement national. Ce système a pour effet non seulement d’écarter les autorités locales de la planification du pays, mais aussi, chose non moins grave, d’implanter en Haïti des systèmes de gouvernance et de service qui n’en reflètent pas la culture ni le dynamisme des nouvelles générations. Faute de moyens propres, les Haïtiens et leurs dirigeants en sont encore réduits à souhaiter devenir des partenaires de leur avenir.
Entre-temps, s’il n’y a plus, dans ce Palais national en ruine, de grands voyous et de petits libérateurs pour détourner l’aide à leur profit personnel, en revanche, autour des pays donateurs, il ne manque pas de profiteurs versés dans l’art de s’enrichir à même les projets et programmes de « développement » international. Certes, Ottawa s’est permis d’évoquer la « corruption » en Haïti qui retarderait les efforts de construction. Mais un autre son de cloche est venu de Port-au-Prince.
La corruption n’est pas la chasse gardée d’Haïti
Dans Le Nouvelliste, en effet, un cadre de la planification faisait fin décembre, sous couvert d’anonymat, une déclaration qu’on aurait prise avec scepticisme autrefois, mais qu’il faut désormais recevoir avec sérieux : « Depuis des années et des années, une petite mafia canadienne fait la pluie et le beau temps en Haïti, au nom d’Haïti, avec l’argent du Canada. Ils savent avant nous les financements disponibles et les ficelles à tirer pour dénouer les cordons de la bourse. » L’ancien chef de police devrait faire enquête chez lui, ajoutait-il.
Même des projets tenus pour souhaitables et des financements honnêtes peuvent freiner le progrès en Haïti. Ainsi, ne risque-t-on pas d’y implanter trop souvent des systèmes lourds et coûteux peu compatibles avec la culture et les moyens de ce pays ? La santé, l’éducation, la construction, l’éthique professionnelle - sans parler de la démocratie - sont-elles de nos jours au Canada, notamment au Québec, de si grands modèles de succès qu’on veuille les implanter ailleurs au nom de la solidarité sociale ?
« Il y a beaucoup de charité mal ordonnée », confirmait ce week-end Michaëlle Jean, un témoin fort crédible de l’aide internationale.
Jean-Claude Leclerc enseigne le journalisme à l’Université de Montréal.
http://www.ledevoir.com/societe/ethique-et-religion/368278/a-qui-au-juste-profite-l-aide-internationale
L'ONU veut se concentrer sur la stabilisation d'Haïti selon Hervé Ladsous
Le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, Hervé Ladsous, a effectué la semaine écoulée une visite d'évaluation de la mission onusienne en Haïti. Cette visite a coïncidé avec la commémoration du 3 eme anniversaire du violent séisme du 12 janvier.
M. Ladsous a annoncé que les nations Unies pourront se concentrer sur la tache prioritaire de stabilisation du pays après la phase d'urgence post séisme. Il admet que la phase d'urgence a été longue en raison de l'effort déployé en faveur des populations sinistrées regroupées dans les sites d'hébergement.
Faisant valoir que de nombreux progrès ont été accomplis, M. Ladsous a admis qu'il y a encore beaucoup à faire. Nous sommes ensemble avec les Haïtiens afin de trouver les bonnes solutions pour assurer la sécurité de la population qui constitue quand même une préoccupation centrale", dit –il rappelant les efforts continus de l'ONU pour appuyer la Police Nationale d'Haïti à se renforcer, se structurer et se former. Dans le même temps, la mission onusienne poursuivra ses actions dans le cadre du renforcement de l'Etat de droit car c'est là une des conditions pour garantir un avenir meilleur au pays.
Le secrétaire général adjoint de l'ONU a mis l'accent sur le rôle important de la Mission de l'ONU dans l'amélioration du climat sécuritaire. Il juge qu'une étroite collaboration entre la mission de l'ONU et les autorités haïtienne est indispensable pour consolider le processus politique, consolider l'Etat de droit qui est une condition indispensable pour inspirer la confiance aux investisseurs étrangers. La Mission des nations unies pour la stabilisation en Haïti est l'une des missions de stabilisation de sortie de crise de l'ONU.
LLM / radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=21762
M. Ladsous a annoncé que les nations Unies pourront se concentrer sur la tache prioritaire de stabilisation du pays après la phase d'urgence post séisme. Il admet que la phase d'urgence a été longue en raison de l'effort déployé en faveur des populations sinistrées regroupées dans les sites d'hébergement.
Faisant valoir que de nombreux progrès ont été accomplis, M. Ladsous a admis qu'il y a encore beaucoup à faire. Nous sommes ensemble avec les Haïtiens afin de trouver les bonnes solutions pour assurer la sécurité de la population qui constitue quand même une préoccupation centrale", dit –il rappelant les efforts continus de l'ONU pour appuyer la Police Nationale d'Haïti à se renforcer, se structurer et se former. Dans le même temps, la mission onusienne poursuivra ses actions dans le cadre du renforcement de l'Etat de droit car c'est là une des conditions pour garantir un avenir meilleur au pays.
Le secrétaire général adjoint de l'ONU a mis l'accent sur le rôle important de la Mission de l'ONU dans l'amélioration du climat sécuritaire. Il juge qu'une étroite collaboration entre la mission de l'ONU et les autorités haïtienne est indispensable pour consolider le processus politique, consolider l'Etat de droit qui est une condition indispensable pour inspirer la confiance aux investisseurs étrangers. La Mission des nations unies pour la stabilisation en Haïti est l'une des missions de stabilisation de sortie de crise de l'ONU.
LLM / radio Métropole Haïti
http://www.metropolehaiti.com/metropole/full_une_fr.php?id=21762
La Cour des comptes juge l’aide française à Haïti
Dévoilé par La Croix, un rapport de la Cour des comptes paru le vendredi 11 janvier dresse le bilan de l’aide française, trois ans après le séisme du 12 janvier 2010.
Le rapport juge plutôt favorablement la réaction des autorités et le travail des ONG françaises tout en soulignant que des améliorations demeurent nécessaires.
Trois ans tout juste après l’effroyable séisme qui a provoqué la mort de plus de 220 000 personnes à Haïti, le 12 janvier 2010, un rapport de la Cour des comptes, que dévoile La Croix en exclusivité, fait le point sur l’aide apportée par la France aux populations sinistrées.
À l’issue d’un travail mené depuis dix-huit mois et nourri de deux missions sur place, les magistrats livrent des conclusions globalement favorables aux acteurs de l’aide humanitaire.
En ce qui concerne les services de l’État, la Cour des comptes n’a pas noté de défaillance manifeste. Le rapport salue même la « réactivité » des différents intervenants et se félicite du travail de coordination mené par la « cellule de crise » du Quai d’Orsay et du savoir-faire des gendarmes français déployés sur place.
UN ÉCART ENTRE LES ANNONCES ET LA RÉALITÉ DES AIDES DÉBLOQUÉES
Reste tout de même des constats moins enthousiastes. La Cour déplore notamment que, durant la phase d’urgence, la coordination sur place ait« présenté les mêmes faiblesses » que celles relevées lors de rapports publiés après le tsunami ayant frappé l’Asie du Sud-Est en 2004. Cette remarque vise les réticences de certains services de la sécurité civile à se placer sous l’autorité de l’ambassadeur.
La Cour regrette aussi l’écart existant entre « effets d’annonce et réalité des chiffres » à propos des aides promises par les autorités françaises à Haïti. Alors que « l’aide supplémentaire était censée se monter à 326 millions d’euros », la France n’en a finalement versé que la moitié (153 millions). « Cette différence s’explique par le fait que l’annonce initiale intégrait des décisions financières prises en faveur d’Haïti avant le séisme », notamment des annulations de dettes de plus de 50 millions d’euros, a calculé la Cour.
Au final, l’aide publique française apportée à Haïti représente 2 % du total des sommes versées par la communauté internationale pour les opérations d’urgence et de reconstruction.
LES FONDS COLLECTÉS PLUTÔT BIEN SUIVIS PAR LES ONG
Coté ONG, l’apport français s’est révélé plus important. En fournissant 240 millions d’euros d’aides, dont 87 millions issus de dons des particuliers, les ONG françaises ont contribué pour 12 % du total de l’aide privée mondiale.
La Cour des comptes, chargée de surveiller les institutions faisant appel à la générosité publique, s’est penchée sur les résultats obtenus par les plus grosses associations qui ont récolté à elles seules 80 % des dons : la Fondation de France (26 millions d’euros), le Secours catholique (13,4), la Croix-Rouge (10,3) ainsi que Unicef-France, Action contre la faim, le Secours populaire et MSF.
Le rapport estime que ces grandes associations ont « globalement respecté leurs obligations en matière de suivi de fonds collectés et d’information des donateurs ». Un jugement bien plus clément que celui émis lors d’un rapport similaire consacré à l’aide envoyé après le tsunami asiatique, où certaines ONG avaient dépensé des sommes pour des programmes différents de ceux mis en avant dans leurs appels.
AMÉLIORER LA TRANSPARENCE
Les magistrats financiers jugent toutefois que la transparence financière doit encore être améliorée et émettent des remarques sur certaines pratiques. Le rapport rappelle ainsi aux associations qu’elles ont l’obligation de bien préciser, lors de chaque appel à la générosité, la part de la somme réellement utilisée sur place et celle qui couvrira le coût de collecte des dons.
Ces frais restent parfois minimes (0,4 % pour le Secours catholique), tournent généralement autour de 5 à 8 % et peuvent parfois atteindre des proportions plus importantes, culminant à plus de 10 % pour l’Unicef France.
VERS LA FIN DES ADOPTIONS DIRECTES
Le rapport de la Cour des comptes revient également sur la polémique créée par les demandes de familles françaises de hâter le départ vers la France des enfants haïtiens en cours d’adoption après le séisme de 2010. Jugeant les critiques émises contre le ministère des affaires étrangères infondées, la Cour estime que celui-ci a agi « dans l’intérêt des enfants et des familles ».
Surtout, les rapporteurs estiment que « la catastrophe haïtienne illustre les difficultés supplémentaires que crée l’usage de la procédure d’adoption individuelle », où les parents effectuent eux-mêmes les démarches, sans passer par des organismes officiels. Le rapport demande la fin de cette procédure, rappelant que la convention de la Haye, ratifiée par la France, recommande sa suppression progressive.
MATHIEU CASTAGNET
http://www.la-croix.com/Actualite/Monde/La-Cour-des-comptes-juge-l-aide-francaise-a-Haiti-_NG_-2013-01-10-897648
Pourquoi faut-il continuer à aider Haïti ?
Mgr Marc Stenger s’est rendu en Haïti du 30 décembre au 8 janvier.
Trois ans après le séisme qui a ravagé le pays, il estime qu’il reste encore beaucoup à faire pour effacer les traces de la catastrophe et soutenir les Haïtiens dans leur œuvre de construction.
EntretienMgr Marc Stenger Évêque de Troyes, membre de la commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église, accompagnateur du pôle Amérique latine et Caraïbes
« Depuis le séisme, je suis allé à plusieurs reprises en Haïti. Les traces de la catastrophe sont loin d’être effacées. Tout demeure fragile. De nombreux Haïtiens resteront marqués à vie par des traumatismes à la fois physiques, psychologiques et matériels. Les camps sont encore nombreux. Les cyclones successifs détruisent l’économie haïtienne, particulièrement agricole. Malgré une vraie volonté de l’État haïtien, les choses n’avancent que très lentement, et pas toujours bien, en raison de la corruption.
Par ailleurs, les ONG venues pour une intervention d’urgence commencent à plier bagage. Pourtant, malgré tous ces aspects négatifs, je reviens une nouvelle fois frappé par la confiance qui habite ce peuple joyeux, par sa foi en l’avenir même s’il a beaucoup de raisons de se laisser abattre par la tristesse. Dans la nuit du 31 décembre, j’ai présidé une messe dans une paroisse provisoire. À minuit précis, lors du geste de la paix, j’ai été témoin d’un déclenchement de joie. Nouvelle année signifiait espoir.
La cathédrale de Port-au-Prince et les deux tiers des églises et des chapelles du diocèse sont encore en ruine. Le 1er janvier, nous avons célébré le jour de la Fête de l’indépendance nationale avec Mgr Guire Poulard, archevêque de Port-au-Prince, dans sa cathédrale de « toile », au pied des ruines de l’autre cathédrale. Nous y avons tous chanté un Te Deum vibrant. Mais j’ai aussi visité une église toute neuve. Au grand séminaire, les 250 séminaristes, qui vivaient sous la tente depuis 2010, disposent désormais de petites maisons en dur.
Et j’ai été témoin des efforts considérables consentis pour arriver à se remettre debout et à aider les autres à lever la tête, notamment dans le domaine de l’éducation. Les sœurs de la Sagesse ont ainsi par exemple tout fait pour relever leur lycée de 1 500 élèves. Mais la reconstruction ne concerne pas seulement les bâtiments. Le CCFD et le Secours catholique sont engagés dans des projets de développement.
Les Caritas collaborent à la construction de « villages » qui facilitent le vivre-ensemble. Nous avons bien des raisons d’oublier Haïti. Mais l’aide la plus précieuse que nous pouvons apporter à ce peuple qui n’a pas peur de la difficulté et à tous ceux qui travaillent à ses côtés, c’est de continuer à le soutenir (1) jusqu’à ce qu’il trouve une forme d’indépendance qui lui permette de ne plus être dans le provisoire. »
(1) Dons : CEFAL Urgence Haïti, 58, avenue de Breteuil, 75007 Paris.
Recueilli par Martine de SAUTO
http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Pourquoi-faut-il-continuer-a-aider-Haiti-_NP_-2013-01-13-897919/(CRX_ARTICLE_ACCESS)/ACCESS_CONTENT
Trois ans après le séisme qui a ravagé le pays, il estime qu’il reste encore beaucoup à faire pour effacer les traces de la catastrophe et soutenir les Haïtiens dans leur œuvre de construction.
EntretienMgr Marc Stenger Évêque de Troyes, membre de la commission épiscopale pour la mission universelle de l’Église, accompagnateur du pôle Amérique latine et Caraïbes
« Depuis le séisme, je suis allé à plusieurs reprises en Haïti. Les traces de la catastrophe sont loin d’être effacées. Tout demeure fragile. De nombreux Haïtiens resteront marqués à vie par des traumatismes à la fois physiques, psychologiques et matériels. Les camps sont encore nombreux. Les cyclones successifs détruisent l’économie haïtienne, particulièrement agricole. Malgré une vraie volonté de l’État haïtien, les choses n’avancent que très lentement, et pas toujours bien, en raison de la corruption.
Par ailleurs, les ONG venues pour une intervention d’urgence commencent à plier bagage. Pourtant, malgré tous ces aspects négatifs, je reviens une nouvelle fois frappé par la confiance qui habite ce peuple joyeux, par sa foi en l’avenir même s’il a beaucoup de raisons de se laisser abattre par la tristesse. Dans la nuit du 31 décembre, j’ai présidé une messe dans une paroisse provisoire. À minuit précis, lors du geste de la paix, j’ai été témoin d’un déclenchement de joie. Nouvelle année signifiait espoir.
La cathédrale de Port-au-Prince et les deux tiers des églises et des chapelles du diocèse sont encore en ruine. Le 1er janvier, nous avons célébré le jour de la Fête de l’indépendance nationale avec Mgr Guire Poulard, archevêque de Port-au-Prince, dans sa cathédrale de « toile », au pied des ruines de l’autre cathédrale. Nous y avons tous chanté un Te Deum vibrant. Mais j’ai aussi visité une église toute neuve. Au grand séminaire, les 250 séminaristes, qui vivaient sous la tente depuis 2010, disposent désormais de petites maisons en dur.
Et j’ai été témoin des efforts considérables consentis pour arriver à se remettre debout et à aider les autres à lever la tête, notamment dans le domaine de l’éducation. Les sœurs de la Sagesse ont ainsi par exemple tout fait pour relever leur lycée de 1 500 élèves. Mais la reconstruction ne concerne pas seulement les bâtiments. Le CCFD et le Secours catholique sont engagés dans des projets de développement.
Les Caritas collaborent à la construction de « villages » qui facilitent le vivre-ensemble. Nous avons bien des raisons d’oublier Haïti. Mais l’aide la plus précieuse que nous pouvons apporter à ce peuple qui n’a pas peur de la difficulté et à tous ceux qui travaillent à ses côtés, c’est de continuer à le soutenir (1) jusqu’à ce qu’il trouve une forme d’indépendance qui lui permette de ne plus être dans le provisoire. »
(1) Dons : CEFAL Urgence Haïti, 58, avenue de Breteuil, 75007 Paris.
Recueilli par Martine de SAUTO
http://www.la-croix.com/Religion/Actualite/Pourquoi-faut-il-continuer-a-aider-Haiti-_NP_-2013-01-13-897919/(CRX_ARTICLE_ACCESS)/ACCESS_CONTENT
Haïti, 3 ans après : le peuple prie Dieu, c’est pas la faute à Voltaire
LE PLUS. Il y a trois ans, le 12 janvier 2010, un séisme a dévasté Haïti. Très pieux, les habitants de l'île ont prié Dieu, attitude souvent taxée de naïve par les commentateurs. Peut-on continuer à vivre sa religion après une telle catastrophe ? Analyse de Francis Métivier, philosophe.
Au moment du séisme de Port-au-Prince, le 12 janvier 2010, certains occidentaux avaient trouvé incongrue la ferveur religieuse du peuple haïtien, aux motifs suivants : comment peut-on prier Dieu, comment peut-on remercier Dieu d’être en vie, alors que Dieu, être suprême censé diriger le monde selon le principe du bien, de l’harmonie préétablie, aurait laissé faire cette catastrophe naturelle et, même, l’aurait voulue et provoquée ?
Pire : certains ont vu dans l’attitude du peuple haïtien une forme de naïveté, celle qui consiste à croire en un Dieu qui, en réalité, ferait ou accepterait le mal, et dont la faiblesse serait au fond la preuve de son inexistence.
Dieu a sauvé des vies
Dans ce préjugé, le "Candide" de Voltaire n’est pas loin. Ainsi que son ironique : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles." Ou bien Dieu est infaillible et il existe, ou bien Dieu est faillible et il n’existe pas. Mais notre penseur apparemment anti-optimiste semble exprimer ici, plus qu’une certitude, un doute.
Voltaire, faut-il le rappeler, était croyant, selon les principes du déisme, c’est-à-dire l’idée que Dieu et l’homme puissent être en relation directe, en vertu de la raison naturelle du second, et ce en dehors des règles et des cultes de toute religion révélée et officielle. Voltaire est l’auteur du "Candide" et de l’article "Prière à Dieu".
Continuer à croire en Dieu dans les décombres, le deuil et la misère, ne revient donc pas à justifier l’injustifiable. Il faut cesser de se prendre pour Voltaire ou plutôt de se prendre pour la figure de son contresens. La croyance en Dieu est ce qui fait danser les Haïtiennes qui n’ont plus de jambes.
Oui, les Haïtiens ont remercié Dieu d’être en vie et ils le remercient encore aujourd’hui. Il faut bien comprendre : le mal existe et c’est le mal qui a frappé. Peu importe sa provenance. Dieu est intervenu pour sauver des vies. Limiter les dégâts. Dans la panoplie des éléments de langage du sens commun athée, le plus insignifiant consiste à prétendre que si Dieu était tout puissant, il aurait évité cette catastrophe.
La philosophie des catastrophes
Les Haïtiens ne savent qu’une chose : Dieu est grand, donne un sens aux vivants, et même aux morts. Qui oserait alors expliquer le contraire, simplement parce qu’on aura entendu parler de Voltaire au lycée dans un incroyable malentendu ? Qui aurait cette indécence de vouloir qu’une idée soit plus forte qu’une vie ? Quel homme stupide et sans culture irait faire la morale aux Haïtiens, leur expliquer que Dieu n’existe pas, comme les colons de la foi expliquaient que Dieu existe ?
Aujourd’hui, c’est toujours la même foi qui fait vivre les Haïtiens. La même foi qui, dans les camps, anime la survie des réfugiés sans abris "en dur". Mais l’on sait ce que peut vouloir dire "en dur" quand le mur s’effondre. Un réfugié des camps m’a dit un jour "un chiffon fait moins mal qu’une pierre".
Alors, plutôt que de se référer à un Voltaire inapproprié et de faire des comparaisons idéologiques entre le tremblement de terre de Port-au-Prince en 2010 et celui de Lisbonne en 1755 (dont parle Voltaire), contentons-nous d’abord de reconnaître que les Haïtiens possèdent une philosophie de vie qui relève de la philosophie des catastrophes. Il suffit de regarder l’histoire du pays pour s’en rendre compte.
Mais qu’est-ce qu’une philosophie de vie ? C’est une manière pratique de vivre, de laquelle un sens se dégage. Ce sens peut être voulu comme il peut être subi. Cela ne revient pas à dire qu’une vie sensée soit toujours douée de logique et empreinte de justice. Car celle de beaucoup d’Haïtiens ne semble ni logique ni juste. Cette vie est "bagay", "ti désowdwe", un fait tragique qui entraîne une existence dramatique, le "ti", "petit", étant très ironique.
La philosophie de vie des Haïtiens s’articule autour de valeurs qui, pour nous, ne s’inscrivent que dans une dimension rhétorique et dont, pour eux, l’application concrète est une question de vie ou de mort. Ce qui est pour nous de l’ordre de la morale très théorique est pour les Haïtiens de l’ordre du vital, du biologique. C’est là tout le décalage entre eux et nous. Et c’est également pour cette raison que, d’eux, nous ne sommes pas, comme on le dit, tellement près et tellement loin à la fois, mais pour beaucoup d’entre nous – et même les politiques qui ont pu être les mieux attentionnés et ne le sont plus – tellement loin, seulement.
À titre personnel, je ne sais pas si Dieu existe, mais son idée, dans le cas de la vie des Haïtiens, est infiniment plus grande que le petit comportement des moqueurs. Alors laissons les hommes croire en Dieu et espérer. Cette croyance et cette espérance sont tellement plus intelligentes que certaines de nos dépressions nerveuses et nos petits complexes… Et surtout, la croyance religieuse de l’homme qui vit dans les catastrophes ne nous fait aucun mal.
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/759388-haiti-3-ans-apres-le-peuple-prie-dieu-c-est-pas-la-faute-a-voltaire.html
Au moment du séisme de Port-au-Prince, le 12 janvier 2010, certains occidentaux avaient trouvé incongrue la ferveur religieuse du peuple haïtien, aux motifs suivants : comment peut-on prier Dieu, comment peut-on remercier Dieu d’être en vie, alors que Dieu, être suprême censé diriger le monde selon le principe du bien, de l’harmonie préétablie, aurait laissé faire cette catastrophe naturelle et, même, l’aurait voulue et provoquée ?
Pire : certains ont vu dans l’attitude du peuple haïtien une forme de naïveté, celle qui consiste à croire en un Dieu qui, en réalité, ferait ou accepterait le mal, et dont la faiblesse serait au fond la preuve de son inexistence.
Dieu a sauvé des vies
Dans ce préjugé, le "Candide" de Voltaire n’est pas loin. Ainsi que son ironique : "Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles." Ou bien Dieu est infaillible et il existe, ou bien Dieu est faillible et il n’existe pas. Mais notre penseur apparemment anti-optimiste semble exprimer ici, plus qu’une certitude, un doute.
Voltaire, faut-il le rappeler, était croyant, selon les principes du déisme, c’est-à-dire l’idée que Dieu et l’homme puissent être en relation directe, en vertu de la raison naturelle du second, et ce en dehors des règles et des cultes de toute religion révélée et officielle. Voltaire est l’auteur du "Candide" et de l’article "Prière à Dieu".
Continuer à croire en Dieu dans les décombres, le deuil et la misère, ne revient donc pas à justifier l’injustifiable. Il faut cesser de se prendre pour Voltaire ou plutôt de se prendre pour la figure de son contresens. La croyance en Dieu est ce qui fait danser les Haïtiennes qui n’ont plus de jambes.
Oui, les Haïtiens ont remercié Dieu d’être en vie et ils le remercient encore aujourd’hui. Il faut bien comprendre : le mal existe et c’est le mal qui a frappé. Peu importe sa provenance. Dieu est intervenu pour sauver des vies. Limiter les dégâts. Dans la panoplie des éléments de langage du sens commun athée, le plus insignifiant consiste à prétendre que si Dieu était tout puissant, il aurait évité cette catastrophe.
La philosophie des catastrophes
Les Haïtiens ne savent qu’une chose : Dieu est grand, donne un sens aux vivants, et même aux morts. Qui oserait alors expliquer le contraire, simplement parce qu’on aura entendu parler de Voltaire au lycée dans un incroyable malentendu ? Qui aurait cette indécence de vouloir qu’une idée soit plus forte qu’une vie ? Quel homme stupide et sans culture irait faire la morale aux Haïtiens, leur expliquer que Dieu n’existe pas, comme les colons de la foi expliquaient que Dieu existe ?
Aujourd’hui, c’est toujours la même foi qui fait vivre les Haïtiens. La même foi qui, dans les camps, anime la survie des réfugiés sans abris "en dur". Mais l’on sait ce que peut vouloir dire "en dur" quand le mur s’effondre. Un réfugié des camps m’a dit un jour "un chiffon fait moins mal qu’une pierre".
Alors, plutôt que de se référer à un Voltaire inapproprié et de faire des comparaisons idéologiques entre le tremblement de terre de Port-au-Prince en 2010 et celui de Lisbonne en 1755 (dont parle Voltaire), contentons-nous d’abord de reconnaître que les Haïtiens possèdent une philosophie de vie qui relève de la philosophie des catastrophes. Il suffit de regarder l’histoire du pays pour s’en rendre compte.
Mais qu’est-ce qu’une philosophie de vie ? C’est une manière pratique de vivre, de laquelle un sens se dégage. Ce sens peut être voulu comme il peut être subi. Cela ne revient pas à dire qu’une vie sensée soit toujours douée de logique et empreinte de justice. Car celle de beaucoup d’Haïtiens ne semble ni logique ni juste. Cette vie est "bagay", "ti désowdwe", un fait tragique qui entraîne une existence dramatique, le "ti", "petit", étant très ironique.
La philosophie de vie des Haïtiens s’articule autour de valeurs qui, pour nous, ne s’inscrivent que dans une dimension rhétorique et dont, pour eux, l’application concrète est une question de vie ou de mort. Ce qui est pour nous de l’ordre de la morale très théorique est pour les Haïtiens de l’ordre du vital, du biologique. C’est là tout le décalage entre eux et nous. Et c’est également pour cette raison que, d’eux, nous ne sommes pas, comme on le dit, tellement près et tellement loin à la fois, mais pour beaucoup d’entre nous – et même les politiques qui ont pu être les mieux attentionnés et ne le sont plus – tellement loin, seulement.
À titre personnel, je ne sais pas si Dieu existe, mais son idée, dans le cas de la vie des Haïtiens, est infiniment plus grande que le petit comportement des moqueurs. Alors laissons les hommes croire en Dieu et espérer. Cette croyance et cette espérance sont tellement plus intelligentes que certaines de nos dépressions nerveuses et nos petits complexes… Et surtout, la croyance religieuse de l’homme qui vit dans les catastrophes ne nous fait aucun mal.
http://leplus.nouvelobs.com/contribution/759388-haiti-3-ans-apres-le-peuple-prie-dieu-c-est-pas-la-faute-a-voltaire.html
"Où est allé l'argent donné à Haïti après le séisme ?"
Le président haïtien Michel Martelly a affirmé qu'il n'était "pas satisfait" de la coopération internationale avec son pays qui commémore ce 12 janvier le violent séisme qui l'a ravagé en 2010.
"Où est allé l'argent donné à Haïti après le séisme ?", s'est demandé le chef de l'Etat lors d'une rencontre vendredi soir avec plusieurs journalistes. Selon lui, un tiers seulement de l'aide internationale a été confiée au gouvernement haïtien.
"La majorité de l'aide a été dépensée par les ONG pour les urgences, mais pas pour la reconstruction d'Haïti", a déploré Michel Martelly, qui souhaite revoir la coopération internationale afin d'obtenir de meilleurs résultats.
"Travailler avec le gouvernement"
"Nous ne demandons pas de gérer toute l'aide de la coopération, mais il faut parvenir à un équilibre. Et nous disons que la meilleure chose à faire est de travailler avec le gouvernement", a souhaité Michel Martelly.
Le gouvernement haïtien va notamment effectuer un audit de la coopération avec le Canada, qui va reconsidérer son aide à Haïti en vue d'une gestion plus efficace, a indiqué le président haïtien.
"Le gouvernement d'Haïti n'a jamais reçu une aide directe du gouvernement du Canada. Cette aide passe à travers des organisations internationales", a souligné Michel Martelly qui qualifie de "justes, réels et vrais" les propos du ministre canadien de la Coopération sur le peu de résultats de cette coopération.
"Quelque chose ne marche pas"
"Plus on envoie de l'aide à Haïti, plus on dirait que les choses n'avancent pas. Donc il y a quelque chose qui ne marche pas. Alors arrêtez d'envoyer de l'argent. Regardons les choses en face pour mettre en place un meilleur mécanisme pouvant apporter des résultats", a suggéré Michel Martelly.
Il a cependant salué l'aide de l'Union européenne. Il s'agit d'une "coopération constante, qui travaille directement avec le gouvernement d'Haïti, et nous disons 'merci' à l'UE", selon Michel Martelly, qui assure que l'argent va à ceux qui sont dans le besoin.
De son côté, le Premier ministre Laurent Lamothe s'est dit "heureux" de l'aide du Venezuela, qui permet, selon lui, de financer plus de 90% des programmes de développement d'Haïti.
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130112.OBS5237/ou-est-alle-l-argent-donne-a-haiti-apres-le-seisme.html
"Où est allé l'argent donné à Haïti après le séisme ?", s'est demandé le chef de l'Etat lors d'une rencontre vendredi soir avec plusieurs journalistes. Selon lui, un tiers seulement de l'aide internationale a été confiée au gouvernement haïtien.
"La majorité de l'aide a été dépensée par les ONG pour les urgences, mais pas pour la reconstruction d'Haïti", a déploré Michel Martelly, qui souhaite revoir la coopération internationale afin d'obtenir de meilleurs résultats.
"Travailler avec le gouvernement"
"Nous ne demandons pas de gérer toute l'aide de la coopération, mais il faut parvenir à un équilibre. Et nous disons que la meilleure chose à faire est de travailler avec le gouvernement", a souhaité Michel Martelly.
Le gouvernement haïtien va notamment effectuer un audit de la coopération avec le Canada, qui va reconsidérer son aide à Haïti en vue d'une gestion plus efficace, a indiqué le président haïtien.
"Le gouvernement d'Haïti n'a jamais reçu une aide directe du gouvernement du Canada. Cette aide passe à travers des organisations internationales", a souligné Michel Martelly qui qualifie de "justes, réels et vrais" les propos du ministre canadien de la Coopération sur le peu de résultats de cette coopération.
"Quelque chose ne marche pas"
"Plus on envoie de l'aide à Haïti, plus on dirait que les choses n'avancent pas. Donc il y a quelque chose qui ne marche pas. Alors arrêtez d'envoyer de l'argent. Regardons les choses en face pour mettre en place un meilleur mécanisme pouvant apporter des résultats", a suggéré Michel Martelly.
Il a cependant salué l'aide de l'Union européenne. Il s'agit d'une "coopération constante, qui travaille directement avec le gouvernement d'Haïti, et nous disons 'merci' à l'UE", selon Michel Martelly, qui assure que l'argent va à ceux qui sont dans le besoin.
De son côté, le Premier ministre Laurent Lamothe s'est dit "heureux" de l'aide du Venezuela, qui permet, selon lui, de financer plus de 90% des programmes de développement d'Haïti.
http://tempsreel.nouvelobs.com/monde/20130112.OBS5237/ou-est-alle-l-argent-donne-a-haiti-apres-le-seisme.html
Trois ans après le séisme, "Haïti se relève", selon son président
Le 12 janvier 2010, Haïti était frappé par un séisme extrêmement violent. Plus de 250 000 personnes avaient été tuées, 1,5 million d'autres déplacées et le pays dans son ensemble était à genoux. Trois ans plus tard, le président haïtien Michel Martelly a salué la mémoire des victimes lors d'une cérémonie, samedi 12 janvier.
"Je m'incline en souvenir des victimes. J'entends encore cet immense cri de douleur des familles amputées, mais essuyez vos larmes ! Malgré toutes les souffrances, Haïti se relève", a déclaré le chef de l'Etat, debout sur une estrade dressée sur les ruines du palais présidentiel, qui s'était effondré le jour du séisme. Des membres du gouvernement, des diplomates et des fonctionnaires ont assisté à une courte cérémonie ponctuée par une sonnerie aux morts actionnée par lapolice haïtienne.
"LA MAJORITÉ DE L'AIDE A ÉTÉ DÉPENSÉE PAR LES ONG"
"Un tas de ferraille et des tas de pierres, c'est tout ce que le 12 janvier 2010 a laissé du palais du peuple haïtien, mais le drapeau reste debout et fier", a-t-il ajouté, promettant de reconstruire l'édifice dans le respect des normes sismiques.
Au moment où le chef de l'Etat adressait son message à la nation, de nombreux Haïtiens se recueillaient dans les églises ouvertes pour la circonstance, d'où montaient des chants tristes en mémoire des victimes.
La veille, Michel Martelly avait déploré le fonctionnement de la coopération internationale après le séisme. Selon lui, un tiers seulement de l'aide a été confiée au gouvernement haïtien. "La majorité a été dépensé par les ONG pour les urgences, mais pas pour la reconstruction d'Haïti, a-t-il déploré, Nous ne demandons pas de gérer toute l'aide de la coopération, mais il faut parvenir à un équilibre. Et nous disons que la meilleure chose à faire est de travailler avec le gouvernement". Dans cette optique, il souhaite revoir la coopération internationale afin d'obtenir de meilleurs résultats.
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/01/12/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-se-releve-selon-son-president_1816242_3222.html
"Je m'incline en souvenir des victimes. J'entends encore cet immense cri de douleur des familles amputées, mais essuyez vos larmes ! Malgré toutes les souffrances, Haïti se relève", a déclaré le chef de l'Etat, debout sur une estrade dressée sur les ruines du palais présidentiel, qui s'était effondré le jour du séisme. Des membres du gouvernement, des diplomates et des fonctionnaires ont assisté à une courte cérémonie ponctuée par une sonnerie aux morts actionnée par lapolice haïtienne.
"LA MAJORITÉ DE L'AIDE A ÉTÉ DÉPENSÉE PAR LES ONG"
"Un tas de ferraille et des tas de pierres, c'est tout ce que le 12 janvier 2010 a laissé du palais du peuple haïtien, mais le drapeau reste debout et fier", a-t-il ajouté, promettant de reconstruire l'édifice dans le respect des normes sismiques.
Au moment où le chef de l'Etat adressait son message à la nation, de nombreux Haïtiens se recueillaient dans les églises ouvertes pour la circonstance, d'où montaient des chants tristes en mémoire des victimes.
La veille, Michel Martelly avait déploré le fonctionnement de la coopération internationale après le séisme. Selon lui, un tiers seulement de l'aide a été confiée au gouvernement haïtien. "La majorité a été dépensé par les ONG pour les urgences, mais pas pour la reconstruction d'Haïti, a-t-il déploré, Nous ne demandons pas de gérer toute l'aide de la coopération, mais il faut parvenir à un équilibre. Et nous disons que la meilleure chose à faire est de travailler avec le gouvernement". Dans cette optique, il souhaite revoir la coopération internationale afin d'obtenir de meilleurs résultats.
http://www.lemonde.fr/ameriques/article/2013/01/12/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-se-releve-selon-son-president_1816242_3222.html
Haïti: le président Martelly rejette le système actuel de l'aide humanitaire
Par RFI
Le 12 janvier 2010, un séisme d'une magnitude 7 ravageait Haïti, tuant plus de 200 000 personnes. L'élan de solidarité internationale a été massif. Pour aider le pays à se reconstruire, des milliards de dollars de dons ont été promis par les partenaires étrangers. Mais ces montants n'ont pas été entièrement donnés. Et le président haïtien déclare aujourd'hui que ce système d'aide internationale est un échec. Dans le même temps, la commissaire européenne à la coopération internationale et l'aide humanitaire, en visite officielle à Port-au-Prince, a appelé les bailleurs à poursuivre leur soutien pour la reconstruction d'Haïti et promis une aide de 30,5 millions d'euros.
Avec notre correspondante à Port-au-Prince, Amélie Baron
Depuis des décennies et notamment après le séisme de 2010, Haïti a reçu des sommes considérables de la part des bailleurs internationaux. Hélas, l'aide internationale n'a pas empêché la pauvreté de s'aggraver dans le pays.
« Arrêtez d’envoyer de l’argent, changeons le système »
Devant les journalistes étrangers, Michel Martelly a clairement fait part de son rejet du système actuel de l'aide humanitaire : « Nous devons admettre que ce système est dépassé. Nous avons échoué, échoué et échoué. Néanmoins, je voudrais demander au monde de donner du crédit à notre leadership. Nous sommes ici depuis un an et demi et nous sommes ceux qui parlent de l'inefficacité de l'aide et de la coopération. Nous sommes ceux qui demandent des résultats. Nous sommes ceux qui reconnaissent qu'il n'y a aucun résultat. Nous ne sommes pas aveugles. Nous ne voulons pas simplement que l'argent vienne en Haïti. Arrêtez d'envoyer de l'argent, changeons le système.»
Le président haïtien appelle ainsi les bailleurs à mieux penser leur aide financière, en incluant tout d'abord davantage les autorités nationales car si l'Etat reste faible, Haïti sera à chaque fois dépassé par les catastrophes naturelles.
L'Union européenne appelle à la patience dans la reconstruction du pays
Sur place, les besoins humanitaires sont encore nombreux. Plus de 347 000 sinistrés vivent toujours dans des camps de fortune. En visite officielle à Port-au-Prince, la commissaire européenne à la coopération internationale et l'aide humanitaire, Kristelina Georgieva, a annoncé qu'une aide supplémentaire de 30,5 millions d'euros serait débloquée.
A l’opposé des déclarations du président Martelly, la commissaire européenne a appelé les autres bailleurs à ne pas stopper leur aide : « Haïti est un pays qui a souffert de mauvaise gouvernance pendant des décennies, depuis Papa Doc. J'appelle les autres à ne pas se détourner de cette population si sévèrement touchée. La reconstruction va prendre beaucoup de temps et nous aurons à répondre dans le même temps aux besoins urgents et à travailler pour le développement sur le long terme. Nous devons tous êtres réalistes : un pays qui a été si mal géré, pendant si longtemps, nécessite de la patience. »
Relogement des sinistrés du séisme, lutte contre le choléra, contre l'insécurité alimentaire. Les défis d'Haïti sont immenses et les très faibles ressources nationales ne pourront suffire à protéger la population et réduire la pauvreté endémique.
http://www.rfi.fr/ameriques/20130112-haiti-martelly-rejette-systeme-actuel-aide-humanitaire-union-europeenne
Témoignage sur la situation dans le pays et la continuité de la mobilisation dans le Nord.
PAR CHRISTOPHE DECLERCQ
lambersart@lavoixdunord.com
La messe célébrée dans l'église Notre-Dame de la Visitation n'a pas connu forte affluence. Avez-vous l'impression qu'Haïti retombe dans l'oubli ?
« Au début du drame, la générosité des Ch'tis a été tellement forte que les gens faisaient la queue à notre permanence à Lille pour donner leur chèque ou des médicaments. Grâce à eux, nous avons pu très vite envoyer trois avions de vingt-quatre tonnes contenant aussi des béquilles, des fauteuils roulants... Mais, au fur et à mesure que le temps passe, un événement chasse l'autre. La mobilisation s'est progressivement affaiblie. Une misère qui est durable et chronique intéresse moins les médias qui restent dans l'actualité. Pour exemple, on a beaucoup parlé de Sandy à New York alors que la tempête a aussi dévasté notre territoire et tué des animaux d'élevage. »
Que savez-vous de la situation sur place ? Où en est-on aujourd'hui ?
« Il n'y a pas que le problème de l'urgence, il existe aussi un problème de structures. Priorité a été donnée aux opérations d'urgence avec trop peu d'intérêt sur le durable. Pour exemple, on fabrique des tentes à l'étranger alors qu'il faut investir dans des logements durables.
Les besoins ont été définis par les ONG mais pas par l'État haïtien. Notre pays est devenu une république des ONG. Les contrats financiers sont octroyés à des agences non haïtiennes dont le taux d'administration est de 10 % à chaque étape. Alors que nous avons la main d'œuvre et la volonté. La reconstruction est désordonnée. »
Comment les Haïtiens vivent-ils ce quotidien ?
« Sur place, les employés étrangers de ces entreprises privées ont des salaires incroyables, roulent dans de gros 4 x 4 et logent dans des hôtels quatre ou cinq étoiles. Cette débauche de moyens choque les Haïtiens. C'est révoltant ! L'argent est mal utilisé et surtout, le pays n'est pas consulté. Un mouvement de révolte est d'ailleurs né récemment au sein même des États-Unis. »
Au niveau de la scolarisation, quels sont les axes de progrès ?
« Comme l'État est très faible, la plupart des établissements sont privés et donc chers (lire ci-contre ). C'est un problème énorme ! »
De votre côté, quelles peuvent être vos actions ?
« Avec de nombreuses associations du Nord, nous avons la volonté de créer une école dans un petit village situé près de Léogâne ( NDLR : à l'ouest de l'île), un endroit très éloigné de tout. Avec un partenariat privilégié, nous montons des projets ciblés mais surtout durables, qui tiennent compte des besoins réels de la population. »
Après l'office, vous avez participé à un temps de parole animé par l'abbé haïtien Jean-Michel Lops et où chacun a pu échanger librement. Que ressort-il de cette discussion ?
« Les sympathisants du secteur les plus mobilisés sont ceux qui ont de la famille là-bas ou qui ont tissé des liens avec la communauté haïtienne. Comme ces parents qui ont déjà adopté un orphelin et qui se battent aujourd'hui contre un imbroglio juridique pour en adopter un autre. Nous avons aussi évoqué l'histoire du pays et la dette de l'indépendance. »
C'est-à-dire ?
« Si Haïti est si pauvre, c'est parce que les Haïtiens ont dû payer à la France, de 1825 jusqu'en 1946, le préjudice causé aux colons qui ont perdu leurs terres et aussi leurs esclaves au moment de l'indépendance et de l'affranchissement du pays. Cette somme a été estimée puis valorisée à 21 milliards de dollars. Des intellectuels, et notamment des écrivains français, ont d'ailleurs appelé la France à rembourser à Haïti cette fameuse dette de l'indépendance. »
Autre chose dont vous souhaiteriez témoigner pour conclure ?
« Simplement rappeler cette intervention de Christiane Taubira en 2004, avant le séisme et avant qu'elle ne soit ministre :"Il faut que la France et les États-Unis cessent de jouer aux échecs le sort d'Haïti" ».
http://www.lavoixdunord.fr/region/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-est-devenu-une-jna20b0n957582
lambersart@lavoixdunord.com
La messe célébrée dans l'église Notre-Dame de la Visitation n'a pas connu forte affluence. Avez-vous l'impression qu'Haïti retombe dans l'oubli ?
« Au début du drame, la générosité des Ch'tis a été tellement forte que les gens faisaient la queue à notre permanence à Lille pour donner leur chèque ou des médicaments. Grâce à eux, nous avons pu très vite envoyer trois avions de vingt-quatre tonnes contenant aussi des béquilles, des fauteuils roulants... Mais, au fur et à mesure que le temps passe, un événement chasse l'autre. La mobilisation s'est progressivement affaiblie. Une misère qui est durable et chronique intéresse moins les médias qui restent dans l'actualité. Pour exemple, on a beaucoup parlé de Sandy à New York alors que la tempête a aussi dévasté notre territoire et tué des animaux d'élevage. »
Que savez-vous de la situation sur place ? Où en est-on aujourd'hui ?
« Il n'y a pas que le problème de l'urgence, il existe aussi un problème de structures. Priorité a été donnée aux opérations d'urgence avec trop peu d'intérêt sur le durable. Pour exemple, on fabrique des tentes à l'étranger alors qu'il faut investir dans des logements durables.
Les besoins ont été définis par les ONG mais pas par l'État haïtien. Notre pays est devenu une république des ONG. Les contrats financiers sont octroyés à des agences non haïtiennes dont le taux d'administration est de 10 % à chaque étape. Alors que nous avons la main d'œuvre et la volonté. La reconstruction est désordonnée. »
Comment les Haïtiens vivent-ils ce quotidien ?
« Sur place, les employés étrangers de ces entreprises privées ont des salaires incroyables, roulent dans de gros 4 x 4 et logent dans des hôtels quatre ou cinq étoiles. Cette débauche de moyens choque les Haïtiens. C'est révoltant ! L'argent est mal utilisé et surtout, le pays n'est pas consulté. Un mouvement de révolte est d'ailleurs né récemment au sein même des États-Unis. »
Au niveau de la scolarisation, quels sont les axes de progrès ?
« Comme l'État est très faible, la plupart des établissements sont privés et donc chers (lire ci-contre ). C'est un problème énorme ! »
De votre côté, quelles peuvent être vos actions ?
« Avec de nombreuses associations du Nord, nous avons la volonté de créer une école dans un petit village situé près de Léogâne ( NDLR : à l'ouest de l'île), un endroit très éloigné de tout. Avec un partenariat privilégié, nous montons des projets ciblés mais surtout durables, qui tiennent compte des besoins réels de la population. »
Après l'office, vous avez participé à un temps de parole animé par l'abbé haïtien Jean-Michel Lops et où chacun a pu échanger librement. Que ressort-il de cette discussion ?
« Les sympathisants du secteur les plus mobilisés sont ceux qui ont de la famille là-bas ou qui ont tissé des liens avec la communauté haïtienne. Comme ces parents qui ont déjà adopté un orphelin et qui se battent aujourd'hui contre un imbroglio juridique pour en adopter un autre. Nous avons aussi évoqué l'histoire du pays et la dette de l'indépendance. »
C'est-à-dire ?
« Si Haïti est si pauvre, c'est parce que les Haïtiens ont dû payer à la France, de 1825 jusqu'en 1946, le préjudice causé aux colons qui ont perdu leurs terres et aussi leurs esclaves au moment de l'indépendance et de l'affranchissement du pays. Cette somme a été estimée puis valorisée à 21 milliards de dollars. Des intellectuels, et notamment des écrivains français, ont d'ailleurs appelé la France à rembourser à Haïti cette fameuse dette de l'indépendance. »
Autre chose dont vous souhaiteriez témoigner pour conclure ?
« Simplement rappeler cette intervention de Christiane Taubira en 2004, avant le séisme et avant qu'elle ne soit ministre :"Il faut que la France et les États-Unis cessent de jouer aux échecs le sort d'Haïti" ».
http://www.lavoixdunord.fr/region/trois-ans-apres-le-seisme-haiti-est-devenu-une-jna20b0n957582
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