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dimanche 19 février 2012

Aider Haïti «sans tomber dans la charité»

Chantal Vallée , La Voix de l'Est
(Granby) Aider Haïti «sans tomber dans la charité». C'est le pari de l'Association québécoise pour l'avancement des Nations Unies (AQANU) Granby et région qui est sur le point de mettre sur pied un projet de coopération qui n'a sans doute pas d'équivalent au Québec.
D'ici quelques mois, des personnes handicapées intellectuelles s'occuperont à Granby de la mouture et de l'ensachage de café haïtien, dans un des ateliers supervisés par le Centre de réadaptation en déficience intellectuelle (CRDI) Montérégie Est.
Ce café sera ensuite vendu par les bénévoles d'AQANU dans la région, une façon de «supporter leur économie», souligne le président de l'organisme à Granby, Pierre Boisclair. Les profits de la vente de café, 5 $ par livre vendue 15 $, seront versés à des projets de coopération en Haïti, supervisés par l'équipe de bénévoles granbyenne. Des reçus aux fins d'impôt de 20 $ sont remis aux acheteurs de quatre livres de café haïtien.
«On voulait contribuer à créer de la richesse là-bas en encourageant l'économie et en réinvestissant les profits dans la région où AQANU est installée déjà», explique Pierrette Ruel, secrétaire de l'association dans la région.
Le président de l'organisme, Pierre Boisclair, un ancien éducateur du CRDI, et son équipe n'ont pas eu de peine à convaincre cet établissement public de santé de collaborer au projet.
«Ce fut un charme! , lance Clément Archambault, membre d'AQANU. Ils ont acheté l'idée spontanément. Il faut dire aussi que Pierre est un très bon vendeur», précise-t-il.
Les déficients intellectuels feront la mouture et l'ensachage bénévolement dans le cadre d'un atelier qui soutient la communauté.
«Des personnes déficientes qui viennent en aide à des personnes démunies, c'est le top de l'intégration. Ça veut dire que ces gens-là, qu'on a condamnés à l'exclusion, prennent leur place comme coopérants», se réjouit l'éducateur à la retraite.
Les gens qui aimeraient se procurer du café haïtien peuvent s'adresser aux responsables d'AQANU à Granby: Pierre Boisclair (266-1031) ou pierreboisclairhotmail.ca. Clément Archambault (539-2501) ou Germain Touchette (375-4467).
http://www.cyberpresse.ca/la-voix-de-lest/actualites/201202/16/01-4496858-aider-haiti-sans-tomber-dans-la-charite.php

Haïti: tension, tirs et jets de pierre

Agence France-Presse, Port-au-Prince
Une fusillade a éclaté vendredi en fin d'après-midi à quelques mètres du palais présidentiel haïtien suite à un accrochage entre un groupe d'étudiants et le cortège du chef de l'État Michel Martelly, faisant au moins un blessé parmi les étudiants, a constaté l'AFP.
L'étudiant apparemment blessé a été conduit par des ambulanciers dans un hôpital du quartier.
Des tirs nourris ont été entendus et des vitres de véhicules ont été brisées par des groupes de manifestants, certains favorables et d'autres hostiles au président, qui dansaient à la tête d'un groupe de musiciens populaires à quelques jours du carnaval en Haïti.
Une vive tension a régné aux abords du palais présidentiel détruit lors du séisme de janvier 2010 et sur la grande place du Champs de Mars où vivent encore des milliers de familles sinistrées.
Selon le service de communication de la présidence haïtienne, «des fauteurs de troubles réfugiés dans l'enceinte de la Faculté d'ethnologie ont agressé le cortège du président de la République qui parcourait l'aire du Champs de Mars à pied accompagné de bandes carnavalesques».
«Le cordon de sécurité présidentiel a rapidement pris toutes les mesures nécessaires pour assurer, selon les dispositions réglementaires, la sécurité du cortège du président qui a pu regagner, sain et sauf, l'enceinte du Palais national», lit-on dans un communiqué de la présidence.
«Nous sommes venus pour permettre l'évacuation des personnes qui étaient coincées dans l'enceinte de la faculté. Des étudiants ont été interpellés, d'autres ont été arrêtés», a déclaré le commissaire du gouvernement (procureur) aux journalistes présents.
Des dispositifs de sécurité ont été déployés autour du bâtiment de l'Université d'État tandis que des manifestants étaient réunis en face de l'école où se tenait un colloque animé par des universitaires haïtiens et étrangers.
Le bureau du président Martelly a lancé un appel au calme à la population afin de «s'unir pour travailler, dans le respect de la loi et des principes démocratiques, au progrès et à la stabilité de notre patrie commune».
http://www.cyberpresse.ca/international/amerique-latine/201202/17/01-4497283-haiti-tension-tirs-et-jets-de-pierre.php

jeudi 16 février 2012

Toussaint Louverture, un téléfilm attendu et contesté

Publié le lundi 13 février 2012 à 15H02 France 2. La chaîne publique retrace dans un téléfilm en deux parties le combat de Toussaint Louverture.
France 2 retrace dans un téléfilm en deux parties (14 et 15 février) le combat de Toussaint Louverture
« Réécriture de l’Histoire, manipulation mémorielle, propagande idéologique, excitation communautariste… » Philippe Pichot, historien, chef de projet développement du château de Joux dans le Jura (lieu d’incarcération de Toussaint Louverture), et membre du CPMHE*, n’a pas aimé les libertés que le réalisateur Philippe Niang a prises avec la réalité historique dans son téléfilm, Toussaint Louverture. « Mettre en scène un tel personnage qui, dans l’histoire universelle, surgit comme le déclencheur de la première abolition de l’esclavage, l’initiateur de la première indépendance d’une colonie indigène (Haïti) et la première figure du pouvoir noir, méritait un minimum de sérieux. » La productrice du film, France Zobda, assure du contraire : « Nous nous sommes adressés à trois historiens, un Haïtien, un Américain et un Français, afin de comparer, recouper et corroborer le fruit des différents travaux de recherche car, nous voulions que notre film soit le plus proche de la réalité. »
Alain Foix, coscénariste et auteur de la biographie Toussaint Louverture chez Folio-biographies, se souvient de la bagarre menée avec la chaîne et les autres scénaristes pour que la réalité soit respectée. « Oui, admet-il, Philippe Pichot a raison sur tout. Mais il vaut mieux un mauvais téléfilm sur Toussaint Louverture que pas de téléfilm du tout. »
Philippe Niang justifie son parti pris par la nécessité d’édifier des héros historiques : « Toussaint Louverture fait partie de ces icônes, quitte à tordre le cou à la vérité historique, au nom de la vraisemblance idéologique… C’est pourquoi j’ai mis en scène des épisodes qui pour n’être pas tangibles n’en sont pas moins crédibles comme l’assassinat par noyade du père de Toussaint. » En fait, le père de Toussaint Louverture est mort presque centenaire vers 1804… Le film montre encore Toussaint et sa famille enchaînés, marchant en plein hiver dans la neige, frappés par des soldats alors qu’ils vont au Fort de Joux. « La séparation de la famille a eu lieu en juin à Saint-Domingue », s’étouffe presque Philippe Pichot. A un autre moment du film, le médecin qui vient visiter Toussaint dans sa geôle est présenté comme un simple maréchal ferrant. « Seuls l’officier de santé de l’armée ou le médecin local était autorisé à voir Toussaint dans sa cellule ! », poursuit l’historien qui tient une liste de contre-vérités dans le film longue comme le bras ! « J’aurais à déplorer, note Alain Foix, l’absence de personnages comme l’abbé Grégoire, du club des « Amis des noirs », qui auraient complètement raccordé cette fiction à la grande histoire de France plutôt que d’en faire une histoire d’Haïti contre la France et parfois même, des blancs contre les noirs. Je me suis longtemps battu pour qu’on ne fasse pas dire à Toussaint s’adressant à Napoléon ce qu’il n’a jamais dit : « Du premier des noirs au premier des blancs ». C’est une citation malheureuse de Lamartine. Toussaint n’a jamais opposé les noirs aux blancs. C’est hélas ce qui restera. »

Faire un film sur un homme décrit comme un précurseur par Aimé Césaire, un modèle des luttes pour les indépendances et contre l’apartheid ou pour les droits civiques était une nécessité parce que l’image de Toussaint Louverture et son histoire sont totalement absentes dans notre mémoire collective. « Mais, regrette Alain Foix, la puissance de la télévision imprime les imaginaires et ce qui reste d’une histoire fausse devient le vrai. En cela, je partage l’inquiétude de Philippe Pichot ». Et cela même s’il trouve le film « utile et plaisant ».
*Comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage
Thierry Sorel (responsable fiction à France Télévisions) : « Une non polémique »
« Il s’agit d’un film utile sur un héros positif noir », commente Thierry Sorel, responsable de la fiction à France 2. Le film vient de la volonté des producteurs (France Zobda et Jean-Loup Monthieux) qui ont voulu raconter un grand héros noir qui appartient à l’histoire de France. « Ca faisait longtemps qu’un tel projet était à l’étude, même Dany Glover s’y est cassé les dents. Là, c’est apparu comme une évidence même si ça n’a pas été sans peur… » Peur de ne pas être à la hauteur comme le reprochent les historiens ? « On doit fictionner.
La réalité est dans les livres d’histoire. Ce film a un parti pris de fiction comme c’est vrai dans tous les films historiques. L’attaque des historiens sur la crédibilité du film est une non polémique car ce film n’est pas un documentaire. Il sert l’imaginaire collectif français dans lequel tout un tas de personnages comme Toussaint Louverture manquent. »

http://www.paris-normandie.fr/article/tvpeople/toussaint-louverture-un-telefilm-attendu-et-conteste

Toussaint Louverture, Fondateur d’Haïti, première République noire au monde

mercredi 15 février 2012, par Staff Culturefemme
Suite à la diffusion (14 et 15 février sur Frnce 2) du téléfilm "Toussaint Louverture", Culturefemme fait un bref focus sur l’homme, occasion de (re)découvrir un des plus grands héros du monde noir et du combat pour la dignité et la liberté humaine.
Toussaint Louverture naît esclave le le 20 mai 1743, dans la plantation Bréda (nom de son maître), près de Cap-Français (Saint-Domingue). Surnommé "Toussaint Louverture" pour son habileté à percer et ouvrir les lignes ennemies au combat, Toussaint Louverture est mort le 7 avril 1803, il avait 60 ans. ©Culturefemme.com
Toussaint Louverture (né François-Dominique Toussaint le 20 mai 1743 dans une habitation près de Cap-Français, en Haïti, mort le 7 avril 1803 au Fort de Joux, à La Cluse-et-Mijoux en France) est le grand dirigeant de la Révolution haïtienne, devenu par la suite gouverneur de Saint-Domingue (le nom d’Haïti à l’époque).
Il est reconnu pour avoir été le premier leader noir à avoir vaincu les forces d’un empire colonial européen dans son propre pays. Né esclave, s’étant démarqué en armes et ayant mené une lutte victorieuse pour la libération des esclaves haïtiens, il est devenu une figure historique d’importance dans le mouvement d’émancipation des noirs en Amérique.
Une scène du téléfilm "Toussaint Louverture" (Philippe Niang), diffusé sur France 2.
En premier plan, Jimmy Jean Louis (Toussaint Louverture), Aïssa Maïga (Suzanne, épouse de Toussaint Louverture).
Son grand-père, Gaou Degueno, serait un Africain né au Dahomey (actuel Bénin), issu d’une famille royale d’Allada. Déporté à Saint-Domingue, son père Hippolyte Gaou est vendu comme esclave au gérant de l’habitation Bréda, dans la province du Nord, près du Cap-Français. Dans la plantation de ce domaine naît Toussaint, recevant alors le nom de son propriétaire, Bréda, selon l’usage. Son maître, François-Antoine Baillon de Libertat, encourage Toussaint à apprendre à lire et à écrire, et en fait son cocher, puis le commandeur (c’est-à-dire le contremaître) de l’habitation.
En 1776, il est affranchi à l’âge de 33 ans. Cette "liberté de savane" lui donne la possibilité, comme l’avait eue son père, de posséder et cultiver un lopin de terre, avec cinq esclaves sous sa direction.
Toussaint, malgré une petite taille et une laideur qui lui vaut le surnom de Fatras-Bâton, gagne une réputation d’excellent cavalier et de docteur feuille, guérisseur maîtrisant la médecine par les plantes. Il épouse une femme libre du prénom de Suzanne dont il a deux fils : Isaac et Saint-Jean. Il adopte aussi un premier fils de Suzanne, le métis Placide, et a une nombreuse descendance illégitime.
Lorsque apparaissent les premiers signes de révolte des esclaves, Toussaint est alors à la tête d’une petite exploitation caféière qu’il loue pour 1 000 livres par an à son gendre, Philippe-Jasmin Désir, lui aussi affranchi, dirigeant une famille d’esclaves d’une douzaine de membres. Il ne prend d’ailleurs pas part directement aux premiers évènements de 1791, n’étant alors plus esclave lui-même.

Le révolté allié à l’Espagne
La Révolution française provoque d’énormes répercussions dans l’île. Dans un premier temps, les grands Blancs (riches propriétaires, administrateurs et aristocrates locaux) envisagent l’indépendance, les petits Blancs (paysans, artisans et employés) revendiquent l’égalité avec les premiers et les gens de couleur libres.
Les esclaves sont informés de ces évènements, notamment les "nègres de talent" (nègres domestiques qui entendent ce que disent leurs patrons à table).
En août 1791, les esclaves de la plaine du Nord se révoltent suite à la cérémonie de Bois-Caïman. Toussaint Bréda devient aide-de-camp et médecin de Georges Biassou, commandant des esclaves qui, réfugiés dans la partie orientale de l’île, s’allient en 1793 aux Espagnols, qui l’occupent pour renverser les Français esclavagistes. Toussaint est initié à l’art de la guerre par les militaires espagnols. À la tête d’une troupe de plus de trois mille hommes, il remporte en quelques mois plusieurs victoires. On le surnomme dès lors "Louverture". Il devient général des armées du roi d’Espagne.
C’est l’acteur Haïtien Jimmy Jean-Louis (Heroes), qui joue Toussaint Louverture
Le 29 août 1793, Toussaint lance sa proclamation où il se présente comme le chef noir :
"Frères et amis. Je suis Toussaint Louverture ; mon nom s’est peut-être fait connaître jusqu’à vous. J’ai entrepris la vengeance de ma race. Je veux que la liberté et l’égalité règnent à Saint-Domingue. Je travaille à les faire exister. Unissez-vous, frères, et combattez avec moi pour la même cause. Déracinez avec moi l’arbre de l’esclavage. Votre très humble et très obéissant serviteur, Toussaint Louverture, Général des armées du roi, pour le bien public." [1]

1 Le révolté allié à l’Espagne

2 Le général de la République
3 La marche vers le pouvoir absolu
4 La fin de l’Aventure
5 Hommages
6 Galerie d’images
7 Sources
7.1 Bibliographie...
http://www.culturefemme.com/article10176.html

Un pont entre l'Afrique et Haïti

Le festival Etonnants voyageurs s’est tenu du 1er au 4 février à Port-au-Prince. Ecrivains haïtiens, africains et d’ailleurs ont échangé avec une jeunesse assoiffée de culture.
Port-au-Prince, au bas de la ville, soleil couchant sur l’espace du restaurant club Babako, l’un des trois lieux de rencontre du festival «Etonnants voyageurs». Il s’est tenu pour la première fois en 2007, est resté «au port» en 2010, pour cause de tremblement de terre, et le voici de retour en Haïti, comme promis, en ce début février.

Deux ans après le séisme du 12 janvier, la capitale est encore meurtrie, mais la vie y circule dans une énergie de chaque instant. Les jeunes, les étudiants, qui constituent la majorité du public, sont venus faire une pause dans la trépidation quotidienne, à la rencontre des quelques 40 auteurs participant à cette troisième édition.

La première république noire indépendante
Cet après-midi-là, à Babako, un débat réunit écrivains africains et haïtiens autour d’une question extraite du livre d’Alain Mabanckou, Le sanglot de l’homme noir.
«Qu’y a-t-il de commun, en dehors de la couleur de peau, entre un Noir en situation irrégulière qui étudie à Sciences-Po, un sans-papiers d’Afrique de l’Ouest, un réfugié haïtien ou un Antillais de couleur issu d’un département intégré au territoire français?»
Et déjà, le mot «noir» a-t-il la même couleur en Afrique et en Haïti? Deux écrivains haïtiens participent à la rencontre. Louis-Philippe Dalembert, l’auteur de Noires blessures qui vit en France, éclaire la question d’une simple anecdote :
«J’étais à Jacmel (NDLR: sud de l’île) avec un Belge et un Guinéen, vêtu d’un boubou. Un vendeur d’artisanat nous a abordés, le Belge et moi lui avons répondu en créole que sa marchandise ne nous intéressait pas. Le Guinéen a tenté de lui faire comprendre à son tour, avec des gestes. Voyant qu’il ne parlait pas créole, le vendeur s’est exclamé, face à son interlocuteur, aussi noir que lui: «apa msye se blan (ah ce Monsieur est un blanc!).»
En Haïti, blanc signifie étranger. Et nègre signifie homme. L’île de Toussaint Louverture a forgé sa République sur cette victoire de la négritude debout dans son humanité, comme l’a chantée Aimé Césaire. Et pour les Africains, Haïti garde cette valeur historique et hautement symbolique même si, comme le remarque au cours du débat, l’écrivain togolais Sami Tchak, l’empire du Mali, sous une autre forme, a rassemblé lui aussi des hommes noirs! Léonora Miano, une Camerounaise vivant en France, voit en Haïti un lieu emblématique de cette mémoire commune aux Afro-descendants qui intéresse particulièrement la romancière. Autour de la table, l’écrivain haïtien Jean-Euphèle Milcé précise.
«Nous en Haïti, nous nous sommes construits sur cette fierté d’avoir combattu pour devenir la première république nègre indépendante, c’est elle qui nous a permis de regarder les autres en face. Mais plus récemment dans l’histoire, notre dignité a été remise en cause par l’occupation américaine, et aujourd’hui par l’assistance humanitaire, donc ce sanglot de l’homme noir dont parle Alain Mabanckou finit par nous rejoindre…»
Face à un public haïtien, cette rencontre résonne différemment, même si à l’instar des Africains, «les Haïtiens émigrés peuvent rencontrer aux Etats-Unis la même agressivité de la part d’Afro-américains avec lesquels la couleur de peau créée une fausse complicité: ils viennent aussi "manger le pain" des noirs d’Amérique!», remarque Dalembert. Et même si cette île a vu naître Anténor Firmin (en 1850), l’auteur de De l’égalité des races humaines, la société haïtienne reste très marquée par les différences de couleur de peau entre noirs et mulâtres.
Il n’en sera pas question ici, mais bien encore de cette fierté mise à mal par le contexte du pays, comme l’exprime cette question d’un jeune homme dans le public:
«La fierté haïtienne, d’accord, mais on perd des galons, et l’on commence à devenir pas grand-chose… Mais pourquoi éterniser cette question de couleur qui est la moins utile pour l’humanité?»

Le Sud parle au Sud
Pendant quatre jours, Port-au-Prince a vécu au rythme de ces débats, face à de jeunes Haïtiens venus en nombre, à Babako, ou encore à Fokal, la fondation connaissance et liberté, poumon culturel de la ville que le séisme a relativement épargné, et à l’Institut français.
Sur le thème des dictatures, sur la capacité de soulèvement des peuples abordée au cours d’une rencontre sur les Printemps arabes avec les romanciers Yahia Belaskri et Kebir Ammi, sur les arts, et bien évidemment autour de l’essentiel réunissant les écrivains, c’est à dire la littérature et la poésie, des ponts ont été établis entre le continent et l’ile caribéenne, comme déjà lors des éditions maliennes du festival «Etonnants voyageurs» à Bamako. Ce vœu de Dany Laferrière, que «Le Sud parle du Sud» est en bonne voie de réalisation!
Léonora Miano découvrait Haïti à cette occasion:«Elle m’est apparue comme le pays le plus africain des Antilles, tellement moins policé que les Antilles françaises». Comme tous les écrivains invités, elle s’est déplacée en province lors de la première journée du festival, en l’occurrence dans la ville de Jérémie, avec l’écrivain Josaphat Robert Large, Haïtien exilé de retour au pays dans sa ville natale pour le festival.
Celui-ci a en effet ramené sur leur terre de grandes figures de la littérature de la diaspora, tels Anthony Phelps ou Dany Laferrière qui se sont exilés à Montréal, aux côtés de ceux qui y vivent, Lyonel Trouillot, Frankétienne, et surtout le grand poète Goerges Castera auquel cette édition rendait un hommage particulier, lui qui a fait de l’encre sa «demeure». Il inspire toute la jeune génération de poètes haïtiens.

Un peuple de poètes
Malgré cette précarité si visible, Léonora Miano a été frappée par la curiosité du jeune public et par l’importance accordée à la culture dans un pays qui compte pourtant près de 65% d’analphabètes.
«A l’entrée de la ville, on peut lire "bienvenue à Jérémie, la cité des poètes"», raconte-t-elle, et dans les rencontres, j’ai constaté que beaucoup de jeunes écrivaient avec une détermination étonnante. Tout le monde semble un peu poète ici, aussi démunis que soient les gens. J’ai assisté au triomphe d’un jeune poète qui s’est levé pour déclamer des poèmes en créole, il était tellement habité, je n’ai vu ça nulle part ailleurs.»
C’est cela aussi, l’exception haïtienne, qui a tant donné et ouvre encore des horizons, avec une nouvelle génération de talents (Makenzy Orcel, Marvin Victor) et des initiatives qu’on imagine improbables. Ainsi la résidence d’artistes qui a été ouverte par le poète James Noel et sa compagne peintre Pascale Monnin, dans un petit village du Sud qui porte bien son nom «Port-Salut». «Passagers des vents» a déjà reçu des romanciers comme Wilfried N’Sondé en décembre dernier, ou encore Yahia Belaskri qui en revenait tout juste pour assister au festival à Port-au-Prince. Parmi les invités, Régis Debray, de retour en Haïti, avait des allures d’étudiant heureux d’apprendre. J.M.G Le Clézio, annoncé et tant attendu ici, n’a pas pu au dernier moment, honorer sa promesse… L’auteur de l’Africain, qui avait donné une belle place aux Haïtiens dans son exposition au musée du Louvre peut avoir bien des regrets…
A l’Institut français, le chanteur français Arthur H accompagné par le formidable musicien Nicolas Repac en musique, a clôturé cette édition en tous points remarquable, dans une promenade poétique au pays de «L’or noir». Dany Laferrière, qui avait déjà vu ce spectacle à Montréal confiait lors d’un débat avoir écrit un texte pour l'album de cette lecture musicale, qui sort fin mars, à partir d’une «vision»: «Celle d’Arthur H. au bord d’un grand fleuve en Afrique, entouré de gens…»
Ce récital réunit les textes d’auteurs haïtiens, africains comme Amos Tutuola (L’ivrogne dans la brousse) et antillais, de Aimé Césaire à Edouard Glissant. Deux ans après la disparition du penseur du «Tout-monde», on songeait à la force des imaginaires qui relient les hommes, en l’occurrence l’Afrique et les Caraïbes au monde, et chacun vivait l’émotion d’un moment magique qui avait bien pour décor la ville de Port-au-Prince…
Valérie Marin La Meslée

LA CREOLITE , ESSENCE DE L'ELECTRO KONPA DE TIKABZY

Montréal, Canada. Lundi 13 Février 2012. CCN/CaribbeanMusicNews.com

Le groupe de konpa Ti Kabzy, connu dans les Caraïbes pour son méga hit « Relax », et « Si ou té sav » avec Fuckly, vient de sortir « Tèt anlè ». Un son carnavalesque dans lequel le groupe donne toute la mesure du concept électro konpa qu’il développe depuis des années. CCN a rencontré JS (claviériste, leader), Alain (chanteur) et Jorjinoh (guitariste), peu avant leur départ dans un chalet au nord de Montréal en vue de finaliser le nouvel album studio du groupe.

CCN : Ti Kabzy, depuis votre dernier album « Tèt chajé » de 2007, que devenez-vous ? Qu’avez-vous fait durant ces 5 dernières années ?
Alain : Ti Kabzy est un groupe live avant tout, donc durant ces années, nous avons fait beaucoup de scènes. Et nous avons aussi sorti deux albums live, qui ont été très appréciés en Europe, en Guadeloupe et en Martinique.
JS : Nous nous sommes souvent rendus en Guyane, Guadeloupe et Martinique pour nos tournées traditionnelles des grandes vacances. C’est toujours un plaisir pour nous de retourner là-bas. On s’y sent comme à la maison : les gens sont chaleureux, et l’accueil est super ! Et, il ne faut pas oublier qu’en 2009, nous avons eu l’occasion de jouer à La Villette, à Paris, lors de la Kréyol Factory, avec le mythique Tabou Combo. Ce fut une expérience incomparable ! Et puis l’an dernier, nous avons eu l’honneur de jouer au Zénith de Paris lors des nuits tropicales. C’est toujours très intéressant de voir à quel point notre musique créole, l’électro konpa que nous développons, peut être appréciée par un public très cosmopolite.

CCN : Pour ceux qui ne vous connaissent pas encore, comment définiriez-vous le style Ti Kabzy ? C’est quoi au juste l’électro konpa ?

Jorjinoh : Nous sommes tous originaires d’Haïti, c’est tout naturellement que nous soyons très inspirés par le konpa. En Haïti, j’ai grandi dans un quartier où j’ai eu la chance d’assister aux répétitions de musiciens de groupes comme Tabou Combo, ou encore les frères Déjean. Des expériences comme cela, ça vous marque, forcément. Je ne m’imagine pas jouer et vivre autre chose que du konpa !

Alain : On est des gars modernes, avec toutes sortes d’influences. Nous faisons une musique qui nous ressemble.
JS : Et puis nous avons beaucoup appris aussi des pionniers du konpa dit « nouvelle génération ». Sweet Micky, Top-Vice, Digital Express…Tous ces groupes ont su apporter l’énergie de la jeunesse et des nouvelles technologies à cette musique qui fait notre fierté. Ti Kabzy est un groupe résolument moderne, et nous avons tous des influences éclectiques et très électro. Nous avons donc choisi de pousser un peu plus le concept « konpa nouvelle génération », pour développer un style « électro konpa ». Même si nous sommes en format live, avec un batteur, et souvent une section cuivre, nous exploitons au maximum les nouvelles technologies pour apporter cette touche digitale, très électronique qui plaît beaucoup aux jeunes, mais aussi à ceux qui ne connaissent pas forcément le konpa.

CCN : On dit souvent que le konpa est une musique faite que pour s’amuser. Il est passé le temps des Ti Manno avec des sons engagés et des messages forts ?
Jorjinoh : Je crois que c’est un mauvais procès que l’on fait au konpa. Bien sûr, c’est une musique populaire, essentiellement dansante. Mais presque tous les groupes de konpa ont leur part d’engagement. J’ai eu la chance, dans mon adolescence, d’avoir été le guitariste du Gemini All Stars de Ti Manno. Et j’ai beaucoup appris de lui. Il n’y a pas un groupe haïtien qui se contente de faire juste de la musique dansante. Quand T-Vice chante « Vin investi », ou Carimi « Ayiti Bang bang », il faut écouter ces paroles profondes et engagées. Idem pour Ti Kabzy avec « Si m’alé » et notre carnaval « Tèt anlè », entre autres. Par exemple, dans « Tèt anlè », nous soulignons que la diaspora a aussi un rôle à jouer dans la reconstruction et le développement d’Haïti. Faire de la musique engagée, ne veut pas forcément dire composer des rythmes lents ou ennuyeux. Nous partons du principe qu’au contraire, avoir un belle mélodie, entrainante, nous aide à faire passer des messages importants.

CCN : Vous venez de sortir un carnaval, et pourtant vous ne participez pas aux Carnaval National des Cayes…
Alain : Tout est dans la symbolique du geste. Même si nous ne participons pas physiquement au carnaval, cette année, nous avons tenu à nous impliquer. Être haïtien, caribéen, cela se vit pleinement, quel que soit l’endroit où l’on habite.

CCN : Il paraît que vous travaillez sur un nouvel album. Que peut-on en attendre ?
JS : Nous allons encore aller plus loin dans le concept électro konpa. Avec cet album, nous voulons satisfaire nos fans caribéens, et essayer de conquérir d’autres marchés.

CCN : En tant qu’artistes de la diaspora haïtienne, quels rapports entretenez-vous avec le créole ? Quelle place occupe la langue créole dans votre travail ?
JS : Nous créons créole, nous pensons créole et nous travaillons essentiellement en créole. Alors, bien sûr, nous utilisons aussi le français et l’anglais dans certaines pièces que nous composons. Mais nous assumons pleinement notre part de créolité. C’est l’essence même de notre œuvre. Et ce, tant sur la forme que dans le fond. La créolité est universelle, et je pense que les publics non caribéens et non créolophones qui apprécient beaucoup Ti Kabzy en sont la meilleure preuve. C’est là toute la beauté du créole.

CCN : Vos prochaines scènes ?
Alain : En ce moment, nous apportons les touches finales à notre dernier album. Mais nous avons déjà beaucoup de demandes pour la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, et l’Europe. Le circuit habituel. Toutes les infos de notre prochaine tournée seront disponibles sur la page facebook officielle du groupe : facebook.com/TiKabzy.
En Guadeloupe, nous aimerions beaucoup participer au prochain Gwadloup Festival, par exemple, ou encore renouveler l’expérience dominiquaise avec une seconde participation au Word Créole Festival. Et puis, ce serait un grand honneur pour Ti Kabzy de participer au Haitian Compas Festival de Miami. Nous ne l’avons pas encore fait, mais ce serait formidable d’y participer l’an prochain. Nous espérons que le nouvel album nous ouvrira de nouvelles perspectives.
Facebook : www.facebook.com/tikabzy

Twitter : @TiKabzy
Tèt anlè est en libre écoute sur http://soundcloud.com/ti-kabzy/t-t-anl-carnaval-ti-kabzy
Relax : http://www.youtube.com/watch?v=50EHdc4BsbM
http://www.sxminfo.com/2012/02/16/haiti-diaspora-ti-kabzy-la-creolite-est-lessence-de-notre-electro-konpa/

Haïti : le Secours catholique fait le point, deux ans après

Publié le jeudi 16 février 2012 à 06h00 «Plus de 4800 écoles se sont écroulées le jour du séisme.» Ph.Arch.
Le pays avait été totalement ravagé le 12 janvier 2010 par un séisme. Le Secours catholique, présent en Haïti depuis 1964, fera le point deux ans après, lors d'une conférence demain. Arlette Vaquette, bénévole de l'association, interviendra.

Vous faites partie du groupe Haïti au Secours catholique. Quel est son objectif ?
>> Nous nous réunissons, nous nous tenons informés de l'évolution de la situation sur place. Ce pays souffrait déjà d'une situation géographique qui l'expose aux cyclones et d'une extrême pauvreté. Des facteurs venus se superposer au séisme, qui ont ralenti les travaux.

Quelle a été l'action du Secours catholique en Haïti depuis le séisme ?
>> Juste après, il y a eu l'urgence : les soins, les distributions de tentes, l'alimentaire, le choléra... Aujourd'hui, nous tentons d'agir sur plusieurs thématiques : assurer la sécurité alimentaire, développer l'agriculture dans les campagnes où de nombreuses personnes ont migré suite à la catastrophe, reconstruire les 4 800 écoles qui se sont écroulées le jour du séisme. Nous voulons surtout participer à la reconstruction d'un foyer de formation professionnelle afin de tenter de sortir des enfants de l'esclavage. En effet, en Haïti, des familles très pauvres acceptent de « prêter » leurs enfants à des personnes aisées, pensant qu'elles les éduqueront. Ces enfants deviennent des esclaves. Ils seraient 300 000.

Deux ans après le séisme, les personnes sinistrées ont-elles été relogées ?
>> Les camps de fortune existent encore. 680 000 personnes vivent toujours sous la tente. De plus, le nouveau Président a voulu « déblayer » Port-au-Prince de ces camps. Il a expulsé des personnes qui y vivaient, leur promettant de les reloger, ce qui n'a pas été fait. On compte 67 000 victimes d'expulsion.

Quel est le budget du Secours catholique pour Haïti ?
>> Le Secours catholique France a reçu 15,5 millions d'euros pour Haïti. Ils sont dépensés au fur et à mesure des travaux, mais nous aurons encore besoin d'aide. La conférence de ce vendredi aura aussi pour but de récolter des fonds.
B.B.
Conférence « Haïti, 2 ans après », ce vendredi 17 février de 19 h 30 à 21 h, salle Saint-Paul rue Gallieni, Marcq-en-Baroeul.
http://www.nordeclair.fr/Actualite/2012/02/16/haiti-le-secours-catholique-fait-le-poin.shtml

Haïti se bat pour avoir de l'eau potable

Par Europe1.fr avec Matthieu Bock

Deux ans après le séisme, le réseau de canalisations est entièrement à reconstruire.

Ils sont encore 500.000 à vivre dans des campements de fortune. Deux ans après le séisme qui a fait 230.000 morts en Haïti, les habitants sont confrontés à un problème majeur : l'accès à l'eau. Des entreprises françaises se mobilisent pour livrer de nouvelles canalisations notamment à la capitale Port-au-Prince.
Jean-Marc n’ouvre pas le robinet tant que l’on ne pose pas une pièce sur le rebord de la fontaine. Les enfants peuvent alors repartir avec un seau de 20 litres sur leur tête. Plus de 70.000 personnes vivent dans ce bidonville où les hommes fabriquent eux-mêmes les parpaings qui remplacent la tolle et le tissu. Depuis que l’eau est revenue il y a quelques jours, la vie a complètement changé.
"Rappelez-vous de l’histoire de Kirikou, quand l’eau est revenue...", explique un habitant au micro d'Europe 1. "C’est idem pour la population. Bravo à l’assistance technique, à tout le monde".
De l'eau non potable en vente
Tous les quartiers ne sont cependant pas égaux devant l'accès à l'eau. Un peu plus haut sur les collines, là où subsistent encore des maisons en dur, l’eau coûte 14 fois plus cher. Livrée par camion, elle n’est même pas potable.
Pour les entreprises venues rétablir l'eau, le chantier est donc titanesque. Jean-Claude Seropian, ingénieur hydraulique chez Suez environnement, doit pratiquement reconstruire tout un réseau.
"Il n’y a pas assez d’eau aujourd’hui. Port-au-Prince fait 3 millions d’habitants avec une capacité de ressources qui correspond au 700.000 habitants de l’époque", déplore Jean-Claude Seropian.
Pour les plus optimistes, si tout se passe bien, chaque Haïtien aura accès à l’eau potable, près de chez lui, dans 15 ans minimum.
http://www.europe1.fr/International/Haiti-se-bat-pour-avoir-de-l-eau-potable-948991/

De Bamako à Haïti ASSAINNISSEMENT EN EAU POTABLE

Une ancienne collègue de Bamako, qui travaille maintenant pour le GRET à Haïti, m'a fait parvenir un document sur l'état des lieux des systèmes d'AEP dans les quartiers de Port-au-Prince. Les problèmes d'assainissement et d'alimentation en eau potable, entres autres, qui ne manquent pas de se poser, pas la peine de vous rappeler la situation et le séisme d'il y a deux ans. Mais aussi et toujours la précarité, l'attente de la reconstruction pour des milliers de familles.

Deux années donc après le séisme il reste encore beaucoup à faire (à refaire), mais très certainement deux années où les problèmes existant déjà auparavant ressortent et se ressentent plus profondément dans cet état d'urgence. La question posée est alors la suivante, comment reconstruire, remettre en fonctionnement les services essentiels et en particulier celui de l'eau potable. Faut-il fournir de l'eau en urgence pour combler ce déficit d'eau, ou bien la reconstruction doit-elle être plus en profondeur, plus lente aussi, et travailler sur l'organisation même de la distribution de l'eau potable? Les normes de desserte me semblent relativement basses à Haïti, on parle de 15 litres par jour et par habitant avec une borne fontaine pour 2400 habitants, alors que le milieu urbain malien (Bamako) table sur des consommations urbaines de 60 à 100 litres par jour et par habitant et une borne fontaine pour 400 habitants. Pas étonnant de voir alors à Haïti des réseaux privés se créer, distribuer, revendre de l'eau potable à des prix élevés afin de répondre à la demande. Pas étonnant non plus ces repiquages "pirates" sur le réseau. Par contre, pas de revendeur oficiel, de "pousse-pousse" comme partout à Bamako, allant de maison en maison revendre deux à trois fois plus cher le m3 acheté à la borne fontaine.
Les maux dont souffrent les Aductions d'Eau Potable au Mali sont simples : paiement du service de l'eau qui couvre à peine les charges d'exploitation et encore moins le besoin d'épargne pour le renouvellement des équipements, défaut de maintenance et d'entretien, refus chronique de donner un prix au service de l'eau et, pour une partie des communes, refus du suivi technique et financier par opérateurs de suivi indépendants mandatés par l'Etat. Je tente de comprendre comment cela ce passe à Port-au-Prince, mais ça n'a pas l'air très simple. Entre le réseau "officiel", les repiquages sauvages sur le réseau, les petits réseaux privés et les sociétés qui vendent en bouteille de l'eau osmosée, il y en a pour tous les prix, pour toutes les couches sociales.
Pour le prix du service de l'eau, c'est pas compliqué, le Bokit de 5 galons (environ 20 litres, le Bokit étant le récipient local standard) est vendu à moins d'une gourde sur le réseau public dans les quartiers pauvres (un euro vaut 60 gourdes) ce qui nous donne un prix du m3 proche de 1 euro soit 650 FCFA environ. Les privés vendent jusqu'à 10 gourdes le Bokit et 75 gourdes quand il s'agit d'eau osmosée. Grosso modo, c'est dix fois plus cher chez un privé et le m3 peut même atteindre l'équivalent de 50.000 FCFA quand il s'agit d'eau osmosée, sans doute bactériologiquement propre mais privée de l'essentiel des sels minéraux donc au bout du compte une eau pas forcément très saine (mais j'imagine que les épidémies de choléra ont fait de la pub pour ce type de boisson).
Le gros problème, plus que le prix de l'eau, semble être la pérennité du service et la qualité de l'eau de boisson. Les gestionnaires du service de l'eau doivent faire face à une forte demande avec un réseau en piteux état, une concurrence rude et la hantise du choléra. La seule solution devrait être la prise en charge du service public de l'eau par les communes ou les responsables administratifs des quartiers, avec un état capable d'assurer les investissements de base et la régulation. Pas facile, sans aucun doute, et proche de ce que l'on connaît aujourd'hui au Mali. Comment donner aux communes toutes les capacités de la maîtrise d'ouvrage du service de l'eau alors que les moyens pour investir sont faibles (aide extérieure et coopération décentralisée) et que la régulation a encore du mal à trouver sa place. J'apprends que 20% seulement des bornes-fontaines sont équipées de compteurs, qu'aucun comité de poste d'eau n'a de contrat de gestion avec une autorité officielle délégante, comment dès lors assurer une véritable gestion du service de l'eau ? Autant de défis que la reconstruction du service public de l'eau ne devra pas ignorer, même dans une situation d'urgence où le fait même de trouver de l'eau pose problème.
La question donc, qui me semble importante et est activement discutée au Mali,mais se pose à Haïti, est de savoir ce qu'il faut prioriser dans un contexte d'urgence ou de grands besoins. Faut-il privilégier un renforcement institutionnel dans le même temps que l'on réalise des investissements (quitte à faire un moins de travaux mais parier sur l'avenir), ou faut-il privilégier la réalisation des infrastructures à tout prix, et réaliser le maximum d'investissements à moindre coùt. La question est importante au Mali ou 1500 villages, par exemple, sont encore aujourd'hui sans aucun point moderne. En effet, un vaste programme centralisé et piloté par l'état avec une aide budgétaire d'un partenaire au développement, pourrait très bien réaliser l'ensemble de ces points d'eau en très peu de temps. Les coûts d'investissements seraient ainsi extrémement réduits mais l'impact sur le long terme en serait d'autant réduit. J'ai déjà fait mon choix, on verra ce que diront les collègues et bailleurs de fonds à Marseille.
Je ne peux m'empêcher, en lisant le document de ma collègue, de penser à Dany Laferrière, à ses romans et récits ("Tout bouge autour de moi" en particulier), aux quartiers que traverse ma collègue, "Savane pistache", "Impasse Caïman" et "Ti-chérie" et aux forages implantés à "Cul-de-sac", noms exotiques pour un bamakois... les paradoxes d'un pays qui vit "d'injustice et d'eau fraiche" (l'Enigme du retour).
http://mali.blogs.liberation.fr/helsens/2012/02/de-bamako-%C3%A0-ha%C3%AFti.html

dimanche 12 février 2012

Haïti. Il faut de toute urgence un plan pour mettre fin à la pénurie de logements

Les autorités haïtiennes doivent immédiatement élaborer et mettre en œuvre un plan pour résoudre la grave crise du logement que connaît le pays, a déclaré Amnesty International vendredi 10 février alors qu’une enfant est morte dans un incendie qui s’est déclaré dans un camp hébergeant des survivants du tremblement de terre de 2010. Les autorités haïtiennes doivent immédiatement élaborer et mettre en œuvre un plan pour résoudre la grave crise du logement que connaît le pays, a déclaré Amnesty International vendredi 10 février alors qu’une enfant est morte dans un incendie qui s’est déclaré dans un camp hébergeant des survivants du tremblement de terre de 2010.
Selon des informations émanant des autorités locales et du groupe de défense des droits humains GARR, une fillette de trois ans est morte et trois autres personnes ont été grièvement blessées mercredi matin lorsque le feu a pris, par accident, dans le camp de l’école République d’Argentine, dans le quartier de Carrefour Péan à Port-au-Prince.
Ce camp d’hébergement abrite 700 familles.
« Ce terrible incendie qui a coûté la vie à une enfant à Carrefour Péan est une tragédie que nous redoutions depuis longtemps », a déclaré Javier Zuñiga, conseiller spécial d’Amnesty International.
Des spécialistes d’Amnesty International s’étaient rendus en Haïti en septembre 2011 pour examiner les conditions de vie des Haïtiens dans les centaines de camps installés après le séisme de 2010. On estime à environ un demi-million le nombre de personnes qui vivent encore dans ces camps, souvent sous la menace d’une expulsion forcée.
Ces camps sont surpeuplés, les conditions sanitaires y sont mauvaises et il y a un manque d’eau potable qui contribue à la propagation des maladies. Du fait de l’insécurité qui y règne, des femmes et des jeunes filles y ont été victimes de violences sexuelles.
« Peu de choses ont été faites depuis le séisme pour résoudre ce qui est considéré par les Haïtiens comme l’un de leurs principaux problèmes : la pénurie de logements », a déclaré Javier Zúñiga.
« Si rien n’est fait pour améliorer les conditions de vie des centaines de milliers d’hommes, de femmes et d’enfants qui vivent dans des camps de fortune en Haïti, le risque est à craindre que d’autres tragédies comme celle-ci ne se produisent. »
PRE01/074/2012
10 février 2012
http://www.amnesty.fr/Presse/Communiques-de-presse/Haiti-Il-faut-de-toute-urgence-un-plan-pour-mettre-fin-la-penurie-de-logements-4627

Haïti devient membre de l'Union Africaine

«C’est une grande première pour la diaspora africaine, et Haïti est le premier pays noir de la diaspora africaine qui a fait une telle demande», rapporte Haïti Press Network. C'est en des termes chaleureux que, dès l’ouverture du sommet de l'Union africaine, qui s'est tenu du 23 au 30 janvier 2012 à Addis-Abeda en Éthiopie, les chefs d'Etat ont accueilli la requête de l'île caribéenne: Haïti veut devenir membre de l'organisation panafricaine. Sous les applaudissements, la délégation haïtienne a donc obtenu son statut de «membre associé à part entière» qui sera officialisé au prochain sommet, en juin prochain, annonce Afriquinfos.
Haïti Libre rappelle que, le 9 janvier, le Premier ministre haïtien, Garry Conille, avait fait part de ce projet dans un discours à l’Assemblée Nationale d'Haïti:
«Le continent africain occupe une place de plus en plus importante dans l'action diplomatique du gouvernement haïtien. [...] Un processus de participation d'Haïti à l'Union Africaine a été enclenché auprès du Président de cette institution régionale, en vue de l’octroi à Haïti, d'un statut de membre associé et de l'accréditation d'une Mission Diplomatique auprès de cette organisation», avait-il déclaré.
L’île n’avait qu’un statut d’observateur durant toute la durée de la conférence, comme les Etats-Unis et la Chine. Ady Jean Gardy, chef de cabinet du ministère des Affaires Étrangères et nommé Ambassadeur haïtien, s’est efforcé tout au long du sommet de l'UA d’imposer son île comme un partenaire essentiel. Selon le site d’information Icicemac, il en a profité pour rencontrer le chef d’Etat du Bénin et plaider la cause des étudiants haïtiens en difficulté financière. L’ambassadeur a insisté auprès de son ministre référent, Laurent Lamothe, comme des autres délégations sur le fait qu’Haïti renforcera ses liens avec les pays africains. L’éventualité d’une tournée africaine du Président de la République et du ministre des Affaires Étrangères a d'ailleurs été soulevée.
Entre l’Afrique et Haïti, c’est avant tout une question historique. Première République Noire (1804), Haïti a toujours soutenu l’accession à l’indépendance des pays africains, notamment la Lybie. Elle a aussi dénoncé l’invasion de l’Éthiopie par l’Italie et tenu une position progressiste contre la guerre d’Algérie. Haïti Nation explique que la présidence du sommet de l’UA a d’ailleurs souligné les efforts diplomatiques et les positions favorables de l’île envers le continent. Les pays africains sont très solidaires vis-à-vis d’Haïti. Selon The Root, après le séisme de 2010, le Sénégal a proposé à l’UA d’accueillir les sans-abris haïtiens et même de leur créer un Etat sur le sol africain. Des relations solides qui justifient l'entrée d'Haïti dans l'Union africaine.
http://www.slateafrique.com/82551/haiti-membre-de-union-africaine

Benoit Duquesne décrypte le combat de Toussaint Louverture

Le leader de la révolte haïtienne fait également l’objet d’une fiction diffusée sur France 2. France 2 diffusera un débat intitulé “Toussaint Louverture : un combat pour la liberté” animé par Benoît Duquesne le 15 février prochain. Le journaliste et ses invités évoqueront, depuis le Musée du Quai Branly, le combat de Toussaint Louverture, leader de la révolte haïtienne, pour la libération des esclaves et l’indépendance d’Haïti à la fin du 18ème siècle. Héros révolutionnaire et précurseur de la décolonisation, il est devenu une figure historique majeure de l’émancipation des peuples noirs. Quelles ont été les conséquences de son action? Que reste-t-il aujourd’hui de l’héritage de cette figure politique?
Benoît Duquesne recevra notamment le comédien Jimmy Jean-Louis, interprète de Toussaint Louverture dans la fiction éponyme diffusée sur France 2 les 14 et 15 février. L’acteur est également Fondateur et Président de l’association Hollywood Unites for Haïti. A ses côtés également, la comédienne Sonia Rolland, l’historien Marcel Dorigny, la Présidente du comité pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage François Vergès ainsi que l’ancien footballeur Lilian Thuram, président de la Fondation “Education contre le racisme”.
Ce débat suivra la diffusion du dernier volet de la fiction “Toussaint Louverture” réalisée par Philippe Niang.
Diffusion le mercredi 15 février à 22h10 sur France 2
http://teleobs.nouvelobs.com/articles/benoit-duquesne-decrypte-le-combat-de-toussaint-louverture

Haïti reconnaît l'indépendance du Kosovo

Haïti est le 87e pays à avoir reconnu l'indépendance du Kosovo, a annoncé samedi le ministère kosovar des Affaires étrangères dans un communiqué.
Le chef de la diplomatie haïtienne Laurent Lamothe a annoncé cette décision après avoir rencontré son homologue kosovar, Enver Hoxhaj, à Port-au-Prince, a-t-on précisé de même source.
Le Kosovo a unilatéralement proclamé son indépendance de la Serbie le 17 février 2008. Parmi les pays ayant reconnu son indépendance figurent les Etats-Unis, ainsi que 22 des 27 pays membres de l'Union européenne.
La Serbie, soutenue par son allié traditionnel la Russie, ne reconnaît pas cette indépendance et considère toujours le territoire du Kosovo comme sa province méridionale.
http://lci.tf1.fr/filnews/monde/haiti-reconnait-l-independance-du-kosovo-6986810.html

D’un tribunal à l’autre, des décisions disparates

Une circulaire ministérielle enjoint aux tribunaux d’accorder seulement l’adoption simple pour les enfants adoptés depuis le séisme, afin de respecter le droit haïtien. Ce texte n’empêche pas certains magistrats d’accorder des adoptions plénières, ce qui crée un sentiment d’injustice.
Depuis un an, l’incompréhension perdure. D’un côté, des parents adoptifs à bout, qui, depuis l’arrivée en France de leur enfant haïtien, se plaignent des difficultés administratives et réclament l’adoption plénière ; de l’autre, la chancellerie, qui, au nom du respect du droit et de la souveraineté de l’île, enjoint aux tribunaux de n’accorder que des adoptions simples.
Le ministère français rappelle, en effet, que les autorités haïtiennes ne reconnaissent pas l’adoption plénière et ne légalisent donc pas les consentements des parents biologiques.
Or, sans consentements légalisés, on ne peut pas couper tous les liens entre l’enfant et sa famille d’origine (lire les Repères). En décembre 2010, le garde des sceaux a ainsi diffusé une circulaire aux procureurs généraux leur demandant de « donner un avis négatif à toute requête en adoption plénière qui pourrait être déposée ».

À ROUEN ET À CAEN DES PARENTS ONT OBTENU L’ADOPTION PLÉNIÈRE
De quoi provoquer la colère des familles, pour certaines réunies au sein d’un collectif (Égalité enfants adoptés) qui a déjà organisé plusieurs manifestations pour protester contre cette recommandation.
D’autant que certains tribunaux s’émancipent du texte, ce qui crée deux poids, deux mesures. À Rouen et à Caen, par exemple, des parents ont obtenu l’adoption plénière. « Comment est-il possible que dans notre pays, dit des droits de l’homme, des dossiers comportant des pièces strictement identiques ne soient pas traités de la même façon ? », s’insurge ainsi dans une lettre un de nos lecteurs, dont l’enfant est arrivé sur le sol français deux mois après le tremblement de terre en Haïti.
Conscient de ces disparités, le ministère de la justice se retranche derrière sa circulaire. « Elle a justement vocation à favoriser la cohérence des décisions sur l’ensemble du territoire », fait valoir Bruno Badré, son porte-parole.
Sauf que les juges du siège ne sont pas tenus de la respecter. À Rouen, la magistrate Marie-Christine Le Boursicot a fondé ses décisions d’accorder l’adoption plénière sur le « contenu » des consentements des parents biologiques, sans s’arrêter à la question de « forme » de la légalisation de tels actes.

IL FAUT ENTENDRE LES FAMILLES
« Dans les dossiers, nous avons des preuves solides de la réalité de ces consentements », assure-t-elle. Toutefois, comme dans d’autres juridictions concernées, le parquet ne l’entend pas de cette oreille et s’est pourvu en cassation afin d’en revenir à l’adoption simple.
Pour l’avocat spécialiste Guillaume Le Maignan, il faut entendre les familles, car « on fragilise leur situation dans un contexte déjà difficile, alors que l’on devrait au contraire la consolider ». Sous le couvert de l’anonymat, une militante associative regrette, à l’inverse, que « l’on agite le chiffon rouge et que l’on fasse peur pour rien. Même si l’adoption simple est moins protectrice, les parents adoptifs ont un statut, et les risques sont mineurs », estime-t-elle.
Elle rappelle que la nationalité française, si elle n’est pas automatique, s’acquiert facilement dans le cas d’une adoption simple et que des protections juridiques peuvent être mises en place en cas de décès des parents, comme la tutelle testamentaire.
En outre, depuis le 13 décembre dernier, une loi permet de modifier le prénom de l’enfant plus facilement, sans avoir besoin d’effectuer une requête auprès du juge aux affaires familiales, comme c’était le cas jusqu’ici.
MARINE LAMOUREUX
http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/D-un-tribunal-a-l-autre-des-decisions-disparates-_NG_-2012-02-12-767819

Adoption d’enfants haïtiens, des familles en colère

Deux ans après le séisme meurtrier qui a secoué l’île, les enfants haïtiens alors en cours d’adoption ont trouvé leur place dans leurs nouvelles familles françaises. Mais, pour un grand nombre, celles-ci continuent de se débattre dans des procédures judiciaires pour obtenir l’adoption plénière, un statut plus protecteur que les autorités haïtiennes ne reconnaissent pas.

Un tonitruant « Maman ! » retentit dans le hall d’entrée. Tout sourire, Chloé (1) surgit dans le salon, qui s’apparente à une exposition permanente des œuvres de la fillette de 4 ans.
Elle porte encore la combinaison de ski bleu ciel qu’elle a revêtue pour aller faire de la luge avec son père. Comme les eaux du lac Léman voisin, la neige est devenue un élément naturel pour cette petite fille née sous les tropiques.
Cette belle journée de dimanche se poursuivra autour de la table, en compagnie d’une petite amie, haïtienne elle aussi, d’un an son aînée. Elles étaient dans la même crèche, en Haïti, et sont les meilleures copines du monde.
Leurs mamans aussi. « Il nous arrive de nous parler quatre heures au téléphone. Nos maris commencent à râler », avoue Alice, 39 ans, la maman de Chloé, le « prénom d’amour » qu’elle lui a donné, à son arrivée en France, en janvier 2010.

« MA FILLE COMPREND PARFAITEMENT, MAIS ELLE NE DIT RIEN »
Bien sûr, elles échangent des nouvelles de leurs filles adoptives. Mais elles parlent aussi de ce qui les « mine » toutes deux : le refus de la justice française d’accorder l’adoption plénière des enfant origine haïtienne.
Alice souffre de l’« expression impassible » que prend le visage de Chloé lorsqu’elle doit expliquer au médecin pourquoi un autre prénom apparaît lorsqu’il consulte la base donnée de la Sécurité sociale.
« Ma fille comprend parfaitement, mais elle ne dit rien », soupire-t-elle, lasse de la voir confrontée aux douleurs de son enfance. « Cette situation l’encourage à se demander qui elle est, où elle doit s’ancrer, ici, ou là-bas », se désespère Alice, qui a dû refuser à sa fille une sortie scolaire en Suisse.
« Je n’étais pas certaine qu’elle soit autorisée à repasser la frontière », souffle la maman, qui s’interdit de voyager et cherche chaque soir sur Internet la moindre information qui pourrait l’aider à obtenir une adoption plénière.
Alice ne veut pas tirer un trait sur les deux premières années vécues par sa fille en Haïti. Elle souhaite la voir conserver son prénom de baptême. Mais en deuxième position.
« MA MÈRE [N’EST] PAS RECONNUE COMME SA GRAND-MÈRE »
« Elle a bien compris qu’elle ne sortait pas de mon ventre. Son père et moi sommes dépositaires d’une histoire qui n’appartient qu’à elle seule. » Et qui n’a pas à surgir pour des questions administratives, estime-t-elle.
C’est pourquoi elle se bat pour que la justice « reconnaisse pleinement Chloé dans ses droits » . « Si nous venions à disparaître brutalement, ma mère ne serait pas reconnue comme sa grand-mère, ni ma sœur comme sa tante. Qu’adviendrait-il alors ? », s’interroge-t-elle, pleine d’appréhension.
Comme toutes les mères, Alice veut que sa fille « ait confiance en elle », malgré les remarques qui ne manquent pas. Sur sa peau noire. Ou sur le « tremblement de terre », mots qu’elle demande de temps à autre à sa mère de lui réexpliquer. « Après l’avoir entendu à l’école, sans doute », suppose Alice, qui sait bien ne pas pouvoir « la protéger de tout » .
La petite fille originaire de Port-au-Prince se bouche encore les oreilles lorsque les bruits extérieurs sont trop forts. Mais le pire est passé, après trois mois très difficiles au cours desquels la petite fille a perdu le sommeil.
« Elle a fini par mettre des mots sur ce qu’elle ressentait, c’était très important pour elle et pour nous, relève Alice. Sa maîtresse m’a raconté que si Chloé s’exprimait peu l’an passé, aujourd’hui elle ose davantage s’exprimer. »
La fillette enchaîne les goûters chez ses camarades, chante avec un vrai sens théâtral, s’amuse dans la salle de jeux aménagée au premier étage de la maison. Et ses dessins racontent l’ordinaire d’une petite fille, entourée de son papa et de sa maman, encore bouleversés de l’avoir entendue dire être « heureuse » avec eux, lors du repas de Noël.

« LE PROCUREUR M’ACCUSAIT DE VOL D’ENFANT »
À quelque 500 kilomètres de là, à Paris, Martine tient elle aussi à préserver son cocon familial en dissociant le quotidien avec son fils, Yven, de son interminable combat administratif.
Arrivé en France le 26 janvier 2010, Yven est aujourd’hui âgé de 5 ans et préfère dessiner des monstres plutôt qu’écouter les conversations des adultes sur les problèmes juridiques. Il est scolarisé en grande section de maternelle : « Je suis un grand bébé », s’amuse-t-il.
Six mois après l’arrivée de son fils en France, Martine a déposé une requête afin de convertir l’adoption simple en adoption plénière. Assidue des forums de discussions entre parents, elle s’était préparée à l’audience, mais a tout de même trouvé la situation « pas très agréable ». « Heureusement que l’avocat était là, raconte-t-elle. Dans son réquisitoire, le procureur m’accusait de vol d’enfant. Il n’a été question que de papiers et de formalités. Ils devraient juger en fonction de l’intérêt de l’enfant ! On m’a juste demandé comment il s’appelait et s’il allait bien. »
Après avoir essuyé un refus, elle a pour l’instant gelé sa requête, attendant des éléments nouveaux ou un changement de position de la part du gouvernement.
Elle trouve particulièrement injuste l’inégalité de traitement entre les tribunaux. « Cela me fait hurler ! Une amie qui a adopté une petite fille au même endroit et au même moment que moi a obtenu une décision favorable dans un autre tribunal. »

« CET ENFANT EST UN DON DE DIEU »
Pour l’instant, Yven porte toujours deux noms de famille : celui de ses parents biologiques et celui de sa mère adoptive. Et il est toujours de nationalité haïtienne. « Je ne veux pas gommer son origine haïtienne, explique sa mère, mais il vit en France avec des Français, c’est important qu’il ait les mêmes droits. »
Yven a tout de même pu être inscrit à la Sécurité sociale et sa mère n’a pas eu de difficulté à obtenir un congé d’adoption. Aujourd’hui, elle aimerait que tout soit réglé avant que son fils entre au CP.
« Pour l’instant, je pense qu’il ne perçoit pas ce qui se joue. Mais j’ai peur des conséquences que pourrait avoir cette situation quand il va commencer à pouvoir lire son état civil. »
Une angoisse partagée par de nombreux parents adoptifs, comme Catherine, qui a multiplié les procédures dans l’espoir d’obtenir une adoption plénière pour Emmanuel, 9 ans, qu’elle était allée chercher en Guadeloupe, où avait été mis en place, après le séisme, un « sas » pour les enfants haïtiens en cours d’adoption.
Cette Ardennaise se dit déterminée à aller jusqu’au bout de son combat. Son dossier doit désormais être tranché par la Cour de cassation. Et même si elle devait continuer à emprunter de l’argent pour payer son avocat, elle n’hésiterait pas à poursuivre ses démarches en saisissant la Cour européenne des droits de l’homme, afin de faire reconnaître la « discrimination » dont elle se dit victime.
« Aujourd’hui, je suis au bout du rouleau » , confie-t-elle, avant de se reprendre : « Quand je vois le sourire, le sens de l’humour, le talent de danseur d’Emmanuel, j’oublie cette situation ubuesque. Cet enfant est un don de Dieu. »
(1) Les prénoms ont été modifiés.
DENIS PEIRON, BÉNÉVENT TOSSERI (à Lyon) et LUCIE TOURETTE
http://www.la-croix.com/Actualite/S-informer/France/Adoption-d-enfants-haitiens-des-familles-en-colere-_NG_-2012-02-12-767806
Commentaires:
Si l'on comprend bien, ces familles françaises ont été déclarées non qualifiées par l'administration françaises pour adopter des enfants français préposés à l'adoption. On ne va pas demander pourquoi une famille qui n'est pas autorisée à adopter un petit français peut par contre adopter un petit haïtien. Ce sont des questions qui fachent.
Ces familles envoeint un dossier en Haïti dont l'administration ne reconnait pas l'adoption plénière. Ces familles acceptent l'adoption suivant les lois haïtiennes: l'adoption simple.
Une fois qu'elles ont l'enfant en main, elles débutent un combat pour obtenir l'adoption plenière contravenant une loi haïtienne dont elles avaient pris connaissance des lilmites et des dispositions relatives à l'adoption.
Je pense que les familles soucieuses d'adopter devraient commencer  par exercer une pression particulière sur l'administration française de façon à leur rendre la capacité d'adopter des petits français d'abord.

vendredi 10 février 2012

Viol-Minustah : Les soldats accusés de viol doivent être jugés en Haïti, exigent des sénateurs

« Immunité n’est pas Impunité » P-au-P, 6 févr. 2012 [AlterPresse] --- Des acteurs dans la vie politique nationale optent pour une comparution, devant la justice haïtienne, des soldats de la mission onusienne en Haïti accusés de viol, lors d’une sortie médiatique au cours du week-end écoulé.
Le sénateur de l’Artibonite Youri Latortue, celui du Centre Francisco Delacruz, l’avocat Fritzon Canton, estiment nécessaire d’encourager une levée de l’immunité des soldats, impliqués dans des actes de malversations et qui devraient être jugés en Haïti.
« Quand on les juge à l’extérieur, rien n’est fait. Il faut que toutes les institutions soient mobilisées pour qu’on puisse lever leur immunité, qu’ils soient jugés et qu’ils soient punis au regard de ce qu’ils ont fait (en Haïti) », a déclaré le sénateur Latortue qui intervenait, le samedi 4 février 2012, dans une émission de débats politiques "Ranmase" sur une station de radio privée (Caraïbes FM) de la capitale.
La levée de l’immunité du principal coupable identifié au code "FPU 11 836" et de celle du commandant de la base est exigée par le président de la commission de sécurité et de justice du sénat. La chambre des sénateurs est déjà saisie à cet effet.
« Il faut que l’immunité ne devienne pas impunité », juge l’avocat Fritzon Canton qui a pris également part à cette sortie médiatique.
Canton voit, dans ce cas, une possibilité pour les Nations Unies de prouver leur dévouement dans la lutte contre les actions portant atteinte à la dignité humaine.
Juger les coupables en Haïti constituerait « un signal très clair », en sorte que les soldats de l’Organisation des Nations Unies (Onu) ne se comportent plus « en bourreaux sexuels, partout où ils passent », ajoute Canton.
Ces considérations surviennent après le viol perpétré contre un adolescent de 14 ans par un soldat du contingent pakistanais de la mission.
Cet acte a été posé, en janvier 2012, dans la ville des Gonaïves (Artibonite, Nord), non loin de la place d’armes (lieu où fut proclamée l’indépendance haïtienne le 1er janvier 1804) dans la maison d’un complice haïtien.
Les soldats pakistanais auraient bénéficié de la complicité de 2 Haïtiens, aujourd’hui incarcérés.
Ces soldats onusiens, qui devront laisser le pays le lundi 27 février 2012 dans le cadre du mouvement des effectifs militaires, auraient offert de l’argent (500 gourdes en monnaie locale, soit près de 15 dollars américains) à l’adolescent violé, juste après que les informations ont été rendues publiques, d’après Youri Latortue.
Le gouvernement haïtien aurait déjà écrit à la mission onusienne dans le pays pour demander la levée d’immunité de ces derniers.
Il s’agit du deuxième cas officiel de viol perpétré contre de jeunes adolescents haïtiens, après celui de Johnny Jean dans la ville de Port-Salut (Sud).
Les soldats uruguayens, accusés d’avoir violé Johnny Jean et rapatriés dans leur pays pour être jugés, ont été libérés au début de l’année 2012.
Alors que la Minustah précise qu’il s’agit d’une « liberté conditionnelle », Johnny Jean et sa famille sont sortis de l’ombre - dans laquelle le scandale les avait forcés à se terrer - pour dénoncer cette libération. [rh kft rc apr 06/02/ 2012 12:19]
http://www.alterpresse.org/spip.php?article12340

Réinventer la politique en Haiti

Peut-on sortir du discours purement compassionnel sur Haïti ? Parfois, à entendre les experts, haïtiens ou étrangers, on en douterait. Capitale de la douleur, Port-au-Prince attire « l’empire humanitaire » depuis le séisme de janvier 2010. Mais le regard n’était-il pas sensiblement le même auparavant ?
Haïti, réinventer l’avenir vient de paraître aux éditions de la Maison des sciences de l’homme, sous la direction de Jean-Daniel Rainhorn.
Cet ouvrage de 350 pages rassemble 26 communications ou témoignages issus d’un colloque, dont l’ambition était d’amorcer un dialogue à trois (ou trialogue) entre les intellectuels haïtiens vivant dans leur pays, ceux de la diaspora et les organisations de coopération internationale.
L’ouvrage fourmille d’idées pour la reconstruction ou la refondation d’Haïti : les divergences concernant l’avenir commencent par la terminologie. Les analyses et les diagnostics sont souvent pertinents et leur mise en forme facilite la lecture.
Si on devait exprimer une préférence, on recommanderait le texte de Laënnec Hurbon sur « Religions, politique et mondialisation », qui porte un regard aigu sur l’essor du pentecôtisme.
Cependant, il est étonnant de voir presque 50 pages consacrées à la critique des médias, un sujet très à la mode. D’autant que le décryptage politique de la crise haïtienne brille par son absence. L'aide humanitaire n'échappe pas aux critiques, et c'est normal. L'action des casques bleus des Nations unies pourrait aussi être contestée.
Est-ce un tabou d’envisager de manière critique la responsabilité des hommes politiques et des partis haïtiens ? Est-ce qu’on ne peut pas pointer du doigt l’incompétence coupable de l’ancien président René Préval, élu avec le soutien de tous les « pays amis » ? Fallait-il attendre les révélations de WikiLeaks pour décrire ses faiblesses ?
Avec le nouveau président Michel Martelly, les Haïtiens ne sont sans doute pas sortis de l’impasse politique. Alors, quel est le sens de dénoncer la mise sous tutelle du pays, si on glisse sur la défaillance de l’Etat et si on tait l’irresponsabilité des politiciens ?
Cette évacuation du politique dès qu’il s’agit d’Haïti est commune aux humanitaires, aux coopérants, aux médias et aux universitaires. Ce faisant, les uns et les autres transforment les Haïtiens en objets de leurs discours et leur dénient le statut de sujets. Les victimes méritent aide et compassion, pas ceux qui fuient leurs responsabilités.
Réinventer Haïti suppose de réinventer la politique. Et pour ce faire, il faut commencer par décrypter la politique réellement existante en Haïti, sans complaisance ni paternalisme.
http://america-latina.blog.lemonde.fr/2012/02/09/reinventer-la-politique-en-haiti/

mercredi 8 février 2012

Haïti-Duvalier : Manifestation symbolique pour ne pas oublier les atrocités de la dictature

P-au-P, 7 févr. 2012 [AlterPresse] --- Quelques dizaines de personnes ont répondu à l’appel de plusieurs organismes nationaux de droits humains pour manifester symboliquement devant le ministère de la justice et de la sécurité publique, ce mardi 7 février 2012, qui coïncide avec le 26 e anniversaire de la chute de la dictature des Duvalier en Haïti, a observé l’agence en ligne AlterPresse. Arborant quelques pancartes et entourés d’une unité de la police nationale d’Haïti (Pnh), les maniestantes et manifestants – qui n’étaient pas nombreux – ont réclamé justice et réparation pour les plus de 30 mille victimes du régime Duvalier.
Le sit-in du 7 févier 2012 voulait également interpeller l’opinion sur le mépris que semble afficher l’ordonnance du 30 janvier 2012, du juge instructeur Carvès Jean, laquelle ordonnance souhaite le renvoi de Jean-Claude Duvalier par-devant le tribunal correctionnel pour « détournement de fonds publics » (selon les articles 117 et 118 du code d’instruction criminelle) et non pour les atrocités perpétrées par les sbires de son régime.
Les manifestantes et manifestants assimilent l’ordonnance du 30 janvier du cabinet d’instruction à une gifle pour les nombreuses victimes de Duvalier.
« L’objectif de ce sit-in est d’exiger que les victimes du régime de l’ex-dictateur Jean-Claude Duvalier soient entendues par la justice. Il faut organiser un procès équitable contre ce tyran pour les violations des droits humains, les crimes de l’humanité, les crimes de sang, les assassinats, les exécutions extra-judiciaires, perpétrés sous son règne. Il faut permettre que la vérité soit faite sur cette période de dictature », soutient la plateforme des organisations haïtiennes de défense des droits humains (Pohdh).
Aucune autorité officielle, ni du ministère de la justice devant lequel la manifestation s’est déroulée pacifiquement, n’est venu s’entretenir avec les manifestants qui ont tenu le sit-in sur la voie publique pendant environ 2 heures de temps.
Aucune cérémonie officielle n’a eu lieu, non plus, non seulement pour faire un rappel historique à l’intention de la génération actuelle de jeunes, mais aussi pour évoquer le 26 e anniversaire de la chute de la dictature des Duvalier, le 7 février 1086, quand un soulèvement populaire a forcé Jean-Claude Duvalier et ses proches à fuir Haïti pour trouver refuge en France.
Au contraire, la population vaquait normalement, ce 7 février 2012, à ses activités régulières, dans un contexte habilement orchestré en vue d’essayer d’effacer la mémoire par l’oubli des atrocités de la dictature des Duvalier. Certaines personnes ont le toupet de déclarer qu’il y aurait prescription des nombreux crimes contre l’humanité, commis entre 1957 et 1986.
Revenu à Port-au-Prince le dimanche 16 janvier 2011, Jean-Claude Duvalier a fait fi, en maintes fois, de l’a disposition judiciaire l’assignant à résidence. Il a même participé à des activités officielles, comme la commémoration du deuxième anniversaire du tremblement de terre du 12 janvier 2010 et joué le rôle de parrain de promotion à une faculté publique de droit, où les étudiants l’ayant invité n’ont eu aucune gêne à tenter de le réhabiliter.
Des interrogations demeurent quant à la possibilité, pour les plaignantes et plaignants contre Jean-Claude Duvalier, de faire appel contre l’ordonnance du 30 janvier 2012, afin de satisfaire la demande nationale et internationale en faveur d’un procès (en bonne et due forme) autour des crimes contre l’humanité commis sous la dictature, il y a plus de 26 ans en 2012. [jep rc apr 07/02/2012 12:00]http://www.alterpresse.org/spip.php?article12344

mardi 7 février 2012

Quand Duvalier faisait taire les poètes en les assassinant

On ne fait pas rimer littérature et dictature.
Par Antoine Oury, le mardi 07 février 2012 à 15:28:52

Alors que le rejeton de François Duvalier revient dans le pays qu'il a dévasté sans être spécialement dérangé, l'écrivain Michel Séonnet rend un hommage appuyé à l'une des victimes du régime, le poète haïtien Jacques-Stephen Alexis, en mettant en ligne son ouvrage qui lui est consacré, Jacques-Stephen Alexis, ou Le voyage vers la lune de la belle amour humaine.
Je vous parle d'un temps pas si lointain, quand la famille Duvalier faisait régner une terreur despotique sur Haïti. Nombre d'Haïtiens rêveraient d'amputer cette dynastie-gangrène de l'Histoire, tant les diagnostics despotiques de Papa et Bébé Doc abîmèrent la santé de leur île.
Le règne des Duvalier commence en 1957, alors que le pays est agité par des troubles à la limite de la guerre civile. Les élections organisées par l'armée voient la victoire et l'accession au pouvoir de François Duvalier, qui remue le terreau universel et nauséabond de la pureté de la race en stimulant la haine de la population noire pour les mulâtres, ces Haïtiens dont l'un des deux parents est blanc.
Dix mois après sa victoire, Duvalier est légèrement chahuté par ses opposants et réagit en bon dictateur détestable, à grands coups de purges, d'arrestations arbitraires et de répressions. Il est aidé dans sa funeste tâche par les Tontons macoutes, une milice de fanatiques cruels.
Haïti: sa plage, ses palmiers... et ses despotes
Toutes ces réjouissances atteindront leur point d'orgue en 1964, lorsque Papa Doc se proclamera modestement « président à vie ». Le fiston, Bébé Doc aka Jean-Claude Duvalier, tentera de faire encore mieux que le père, puisqu'il régnera sans partage sur Haïti entre 71 et 86.
Dès 1957, la résistance s'organise du côté des intellectuels humanistes, à l'image de Jacques-Stephen Alexis qui publie le texte La belle amour humaine : « Tel est mon premier vœu pour 1957. Aimons et ayons confiance un peu plus en l'homme de partout, c'est-à-dire en nous-mêmes et que cela se traduise dans nos actes comme dans nos œuvres. » Le moins que l'on puisse écrire, c'est qu'il y avait du pain sur la planche avec un rigolo comme Duvalier aux commandes.
Dissident et communiste, autant d'adjectifs qu'il ne fait pas bon d'incarner pendant cette époque trouble de l'Histoire haïtienne. Jacques-Stephen Alexis n'hésita pourtant pas à les revendiquer, et créa en 59 le Parti d'Entente Populaire (PEP), proche du PC moscovite. Évidemment, un comportement aussi critique lui vaut l'exil. Alors qu'il revient d'un déplacement à Cuba en 61, il est assassiné par la milice de son ennemi dictateur.
Michel Séonnet a donc tenu à évoquer la mémoire du poète, injustement oublié comme il le fait remarquer sur son site : « Comment se faisait-il que, malgré un long parcours universitaire, des lectures nombreuses, je n'aie jusque-là jamais entendu parlé d'Alexis ? Si encore il avait été un auteur mineur. Mais à une époque où l'on s'intéressait tellement au réalisme magique des écrivains sud-américains, voilà que quelqu'un écrivait caraïbe en français et personne n'en parlait ? Trop noir, Alexis ? Trop communiste ? Il y avait quelque chose de révoltant de se dire qu'à l'assassinat politique avait succédé une sorte d'oubli littéraire ».
Et pour joindre le geste à la parole, il a mis en accès libre ici son ouvrage publié en 83 et désormais épuisé, Jacques-Stephen Alexis, ou le voyage vers la lune de la belle amour humaine, au format ePub et PDF.
Sources :Petits Points Cardinaux
Wikipedia
http://www.actualitte.com/actualite/patrimoine-education/patrimoine/quand-duvalier-faisait-taire-les-poetes-en-les-assassinant-31819.htm

Lionel-Edouard Martin « Le Tremblement » : Haïti : lorsque l’envers du décor est l’endroit des décombres

le 7 février 2012 6H49 par les-8-plumes
Quoi de plus paradisiaque qu’une île ? La seule évocation du mot suffit à nous faire rêver. Prononcez-le les yeux fermés, et c’est le doux et frais baiser des vagues de l’océan qui, pétillant à la surface de votre mémoire comme des bulles de champagne au bord des lèvres, vous reviendra à l’esprit en une image représentant vos pieds baignant dans l’onde claire et en une sensation de reconnaissance à l’égard de l’eau qui vous délivre du baiser brûlant des sables de la plage.
Ce qui nous vient à l’esprit, un fois le mot prononcé, image d’Epinal oblige, c’est une plage de sable blanc que borde une ceinture luxuriante et souriante de palmiers dont les troncs semblent moulés sur le modèle d’un hamac, comme s’il revenait au bois le devoir de contrebalancer par cette forme arrondie la rugosité de sa matière et de faire que les contours de l’arbre épousent paisiblement et comme naturellement ceux de notre corps.
Mais il n’y a que dans les contes que les choses restent en l’état et qu’une nature immaculée soit un écrin de sérénité, un jardin pour les hommes où leur histoire sans histoires se trouve pour toujours placée sous le signe du bonheur.
En vérité, tout endroit a son envers et toute médaille son revers.Il suffit de quelques secondes pour que tout bascule, pour que le décor paradisiaque s’écroule et, comme le ferait un décor de théâtre aux panneaux mal fixés, laisse place à une scène dévastée, à un univers de décombres où peut se lire seulement dans les yeux horrifiés des quelques survivants toute l’incompréhension du passage de la douce comédie à laquelle ils étaient conviés à la tragédie dont ils ne reviendront jamais vraiment.
Le livre de Lionel-Edouard Martin est le récit de ces quelques secondes où la terre d’Haïti trembla si fort qu’elle enterra d’un seul coup, avalant les hommes comme Saturne ses enfants, plus de deux cent mille vies. L’auteur ne se contente pas de relater, durant les cent trente pages de son récit, les émotions qui furent les siennes lors du « tremblement », d’une part parce que la seule pensée, ou plutôt (mais c’est une même chose), le seul mot qui vint à l’esprit de cet écrivain, fort talentueux au demeurant et maniant la langue française avec une rare habileté, est un juron, d’autre part parce que nous apprenons avec lui que l’on ne cesse de « trembler » que lorsque l’on a quitté et clairement distancé la terre sinistrée. Le tremblement, pour l’auteur en l’occurrence, aura duré trois jours.
Ce livre est donc le récit des trois jours qui suivirent le tremblement de terre qui secoua Haïti et, par contrecoup et par réplique empathique, le monde entier le 12 janvier 2010 à 16 h 52.Je n’avais jamais lu auparavant de livre de cet auteur, mais j’avais été proprement séduit par la poésie de sa prose et la richesse de son écriture en lisant seulement quelques extraits de ses ouvrages et quelques passages postés sur des sites littéraires ou sur le site de l’auteur lui-même.
Aussi, je voulais savoir comment le tremblement de terre avait, plus que l’homme lui-même (s’il nous est permis de faire cette distinction que je sais par avance ne pas pouvoir tenir jusqu’au bout), affecté l’écrivain et, partant, l’écriture.
Comme je le présupposais, tout se passe comme si le tremblement avait tant secoué l’écriture que, sans avoir déraciné l’arbre poétique, il avait effeuillé toutes ces circonvolutions et digressions stylistiques qui font toute la richesse et la splendeur de la littérature en temps normal et dont il convenait, là, en ces temps de détresse, de se dépouiller pour que le récit puisse en son authenticité se déployer en un requiem silencieux, ce chant funèbre que l’auteur sait devoir chanter en empruntant la voix muette de l’écriture.
Lisez sans retenue ce texte émouvant qui, sans jamais verser dans le pathétique, vous fera, je l’espère, trembler comme une feuille mais seulement parce qu’il vous aura, par la magie d’une écriture sincère et humble et belle, enraciné dans cette histoire, vous épargnant de vivre le réel de la catastrophe pour mieux vous faire ressentir le trauma sans pareil que la terre inflige aux hommes lorsque le sol, sur lequel mouvement et repos prennent sens, se met à bouger, que tout tremble et que vivants et morts, animés et inanimés, pour quelques secondes seulement, bougent ensemble et dansent dans le chaos.
Hervé Bonnet
Lionel-Edouard Martin, Le Tremblement, éd. Arléa, 12 euros.
Ps : Au moment où je lisais ce livre, je commençais aussi à entamer un texte de Husserl étrangement intitulé « Le terre ne se meut pas »…je vous laisse apprécier la contradiction des deux titres…Sans doute une des manifestations littéraires ou littérales de ce que l’on appelle « l’ironie du sort »…
http://blogs.lexpress.fr/les-8-plumes/2012/02/07/lionel-edouard-martin-%C2%AB-le-tremblement-%C2%BB-haiti-lorsque-l%E2%80%99envers-du-decor-est-l%E2%80%99endroit-des-decombres/

De moins en moins d'enfants étrangers adoptés en France

Le nombre d'enfants étrangers adoptés par des familles françaises a fortement baissé en 2011, en grande partie à cause de la suspension des adoptions en Haïti durant l'année, ce qui suscite la crainte d'associations spécialisées.

Selon le ministère des Affaires étrangères, 1.995 enfants étrangers ont été adoptés en France contre 3.500 en 2010, un chiffre qui avait été gonflé par l'arrivée d'un millier de petits Haïtiens dans la foulée du séisme de janvier 2010. Environ 3.000 enfants avaient été adoptés en 2009.
Courant 2010, les nouvelles adoptions en Haïti ont été suspendues à la fois en raison du séisme et d'un changement juridique, et seulement trente-quatre petits Haïtiens ont été adoptés en France en 2011.
La France a officiellement repris les adoptions dans l'île le 23 décembre dernier, selon un nouveau cadre législatif. Une décision qui ne devrait concerner dans un premier temps que des enfants dont les dossiers avaient été bloqués par les conséquences du tremblement de terre.
Haïti promet de ratifier la convention de La Haye, qui encadre l'adoption internationale en interdisant notamment les adoptions "directes" (les parents adoptants contactent directement les parents d'un enfant à l'étranger), dans le but de lutter contre les trafics d'enfants.
L'île interdit de plus les adoptions individuelles (les adoptants contactent directement les autorités du pays de l'enfant): toute démarche doit passer par un organisme autorisé pour l'adoption (OAA).
A mesure que les pays ratifient la convention de La Haye et interdisent l'adoption individuelle, comme le Vietnam, les conditions d'adoption se durcissent un peu partout, diminuant les possibilités dans certains pays et, par un effet de report, allongeant encore les délais pour adopter dans d'autres pays.
Sur les 1.995 adoptions de 2011, 620 ont été réalisées de façon individuelle. En 2006, près de la moitié des 4.000 adoptions étaient individuelles.
Résultat, depuis 2006, le nombre d'adoptions internationales a baissé de moitié.
Alors que Haïti était en 2009 le premier pays d'origine des enfants adoptés en France, c'est désormais l'Ethiopie qui détient cette place, avec 288 bambins adoptés en 2011. Viennent ensuite la Colombie (286), la Russie (286) et le Vietnam (264).
La baisse régulière du nombre d'adoptions internationales inquiète Enfance et Famille d'Adoption (EFA), qui dit fédérer "93 associations départementales, regroupant 10.000 familles".
Dans un communiqué publié lundi, elle estime que "le dispositif français semble plus inadapté que jamais à l'évolution de l'adoption internationale" et fustige "une gestion au jour le jour, quasiment exclusivement administrative".
EFA demande aux autorités françaises "de renforcer les OAA", "de mieux encadrer l'agrément des organismes" et de mieux coopérer avec les pays d'origine.
Les candidats à l'adoption sont donc confrontés à la fois à des conditions durcies à l'étranger et à un faible nombre d'enfants légalement adoptables en France. Les petits doivent en effet faire l'objet d'un "désintérêt manifeste" de la part de leurs parents, une notion complexe rarement décidée par la justice.
La députée (UMP) Michèle Tabarot a déposé une proposition de loi (PPL) en septembre à l'Assemblée nationale, destinée à remplacer cette notion par celle de "délaissement parental", moins "floue", selon l'exposé des motifs de la PPL, qui devrait avoir un avenir écourté en raison des échéances législatives prochaines.
http://www.lepoint.fr/societe/de-moins-en-moins-d-enfants-etrangers-adoptes-en-france-06-02-2012-1428094_23.php

Le Secours populaire mise sur les JO pour aider Haïti

Danièle Dohey-Blaise et Jean-Louis Callens veulent
profiter  de l'effet jeux Olympiques pour créer une 
dynamique  et financer des projets à Haïti.
Le Secours populaire va proposer à 2 012 enfants et adolescents de rencontrer des athlètes en lice aux JO de Londres. En retour, les jeunes s'engageront à récolter des fonds pour Haïti.
Deux ans après le séisme en Haïti, tout reste à faire. Toujours mobilisé, le Secours populaire a eu une idée : profiter des JO de Londres pour récolter des fonds. Aller sur place aurait été trop coûteux. En revanche, la région est une base arrière d'entraînement. Dès fin mars - mais surtout en juin et juillet - l'association proposera à 2 012 jeunes de rencontrer des champions. « En retour, on va leur demander de se mobiliser ou de mobiliser leur club », explique Jean-Louis Callens, le secrétaire départemental du Secours populaire. En organisant par exemple un cross, une rencontre sportive...
Pour l'heure, « on se rapproche des fédérations sportives, indique Danièle Dohey-Blaise, animatrice de la commission sport et solidarité du comité au Secours populaire. Elles sont très ouvertes à ces initiatives-là ». Des contacts prometteurs ont été pris avec des athlètes nordistes, les fédérations françaises de natation et de handball (qui s'entraîneront en juillet dans la région), ainsi que l'équipe handisport, dans la perspective des Jeux paralympiques.
Le coup d'envoi de l'opération sera donné à Calais les 23 et 24 mars, à un tournoi international de gymnastique rythmique auquel participera Delphine Ledoux, championne de France sélectionnée aux JO. « Les gymnastes auront moins la pression, et seront plus disponibles pour les enfants, pour les photos et les autographes », assure-t-elle.
Le Secours populaire, qui a chargé ses comités locaux du suivi de ces initiatives, cible les enfants de 8 à 15 ans, d'origine modeste. « Ils ne seront pas que spectateurs, ajoute Danièle Dohey-Blaise. On est dans une logique d'éducation à la solidarité, ce qui donne du sens à leur implication ».

« Tous les fonds iront à Haïti »
L'argent récolté à la suite du tremblement de terre a déjà servi à bâtir une école « en dur », en plus de l'achat de matériel et de tentes. L'école accueille maintenant plus de 800 enfants. « Le drame, c'est que quand ils retournent chez eux, ils continuent à utiliser des eaux polluées » , précise Jean-Louis Callens. Il s'agit désormais de prolonger les canalisations d'eau potable qui ont été installées et de construire un terrain de sport (basket et handball), des sanitaires, ainsi qu'un espace de prévention sur l'hygiène. « Cette manifestation s'ajoutera aux appels aux dons , souligne Danièle Dohey-Blaise. Tous les fonds iront à Haïti ».
Renseignements : 03.20.34.41.41 ; http://www.spf59.fr/

Haïti: l’ONU va-t-elle indemniser les victimes de l’épidémie de choléra ?

Entretien avec Françoise Bouchet-Saulnier, directrice juridique de MSF De retour d’Haïti, Françoise Bouchet-Saulnier, directrice du département juridique de MSF revient sur les demandes d’indemnisations formulées par les victimes de l’épidémie de choléra à l’encontre des casques bleus déployés dans le cadre de la Minustah. Entretien réalisé par Fabrice Weissman.
Depuis le mois d’octobre 2011, MSF a reçu plus de 3 000 demandes de certificats médicaux de la part de patients haïtiens ayant été traités pour le choléra dans ses centres de soins. Pourquoi cette demande soudaine?
Les demandes de certificats ont commencé à se multiplier après la diffusion en mai 2011 du rapport d’experts indépendants de l’ONU sur l’origine de l’épidémie de choléra. Ce rapport reconnaît que l’épidémie a démarré à proximité d’un camp de casques bleus népalais de la Minustah. Il souligne que la souche du vibrion cholérique est identique à celle que l’on trouve au Népal. Il conforte ainsi la thèse, défendue notamment par des épidémiologistes, qui attribue l’origine de l’épidémie à la contamination accidentelle de la rivière Artibonite par les latrines du camp militaire de la Minustah situé près de Mirebalais. En revanche, le rapport impute l’ampleur et la virulence de l’épidémie aux conditions sanitaires déplorables dans le pays dont les Nations unies ne peuvent bien entendu être tenues responsables. Le 3 octobre 2011, des avocats haïtiens qui depuis le mois de mai critiquaient le peu d’empressement des pouvoirs politiques haïtiens à demander des comptes à l’ONU, ont lancé une procédure d’indemnisation. C’est alors que les demandes de certificats médicaux adressés par d’anciens patients à MSF (et à d’autres organisations médicales) ont commencé à affluer pour atteindre près de 500 par jour en décembre.

Devant quelle juridiction les avocats haïtiens ont-ils déposé plainte ?
La Minustah est protégée, comme le système des Nations unies, par les accords sur les immunités diplomatiques. Cela signifie qu’il n’est pas possible de porter plainte devant les tribunaux nationaux. Cependant l’immunité n’est pas synonyme d’impunité. L’accord signé entre le gouvernement haïtien et l’ONU (SOFA pour « Statute of Force Agreement ») prévoit que les demandes d’indemnisations supérieures à une somme précise seront réglées par une commission permanente de réclamation composée de trois personnes: deux nommées respectivement par le secrétaire général de l’ONU et le gouvernement haïtien et un président nommé conjointement par le secrétaire général et le gouvernement. A ce jour, cette commission n’a toujours pas été créée. Seul fonctionne le comité d’indemnisation administratif qui gère les petits dommages directement au siège de la Minustah sur le terrain.
C’est dans cette brèche qu’un cabinet d’avocats haïtien (le Bureau des avocats internationaux) soutenu par l’ONG américaine Institute For justice and Democracy in Haïti s’est engagé. Le 3 octobre 2011, il a adressé une demande d’indemnisation au Secrétariat général au nom de 5 000 victimes. La date du 3 octobre correspond au délai de 6 mois moins un jour après la publication du rapport d’expert qui pourrait être invoqué par les Nations Unies comme échéance pour un dépôt de plainte.

En quoi la responsabilité civile et pénale de la Minustah est-elle potentiellement engagée ?
La plainte ne parle pas de contamination volontaire. Nous ne sommes donc pas dans le cadre d’un acte criminel mais de la responsabilité civile du fait d’autrui. Bien entendu, la plainte ne vise pas les individus qui au sein du contingent népalais auraient importé le vibrion cholérique.
Elle vise l’ONU en tant qu’institution responsable du recrutement des casques bleus, de leur santé, de l’organisation de leurs campements, de la sécurité de leurs installations sanitaires, etc. Les avocats reprochent à la Minustah de ne pas avoir pris les mesures nécessaires pour s’assurer que ses soldats n’étaient pas porteurs du choléra et pour éviter la contamination des eaux de surface par les latrines des camps militaires. Ils accusent également l’ONU d’avoir dissimulé l’origine de l’épidémie et ainsi retardé l’adoption de mesures appropriées pour enrayer sa propagation.

Y a-t-il eu des précédents?
A ma connaissance, c’est la première fois qu’une demande d’indemnisation est formulée pour contamination épidémique. Jusqu’à aujourd’hui, les épidémies étaient plutôt considérées comme des catastrophes naturelles et non comme des événements induits par l’homme. Si la plainte aboutit, cela créera un précédent aux conséquences financières, juridiques et politiques incalculables. C’est pourquoi les Nations unies sont extrêmement inquiètes, tout comme les Etats et les organisations internationales.

La plainte a-t-elle des chances d’aboutir?
Il faut d’abord que la Commission de réclamation soit mise en place. Si tel n’est pas le cas, les plaignants pourraient choisir de porter plainte devant des tribunaux américains, haïtiens ou devant la cour interaméricaine des droits de l’homme pour déni de justice et abus d’immunité. Mais il s’agit d’une procédure longue qui prendrait plusieurs années. Si l’ONU et de nombreux intervenants ont intérêt à faire traîner l’affaire, tel n’est pas le cas d’autres acteurs de la scène politique haïtienne. Il est évident que les enjeux financiers aiguisent ces rapports de force à un moment ou la communauté internationale se désengage financièrement d’Haïti.

Peut-on imaginer que MSF ou une ONG soit un jour visée par une plainte similaire ?
Oui, à condition que soit prouvé un lien de causalité entre son intervention et un préjudice. Mais nous aurions alors affaire à des tribunaux nationaux car nous ne disposons pas du privilège d’immunité de l’ONU qui réserve la gestion de ses contentieux à des commissions d’arbitrage ad hoc.
Cette plainte ouvre le débat sur l’indemnisation civile des dégâts involontaires causés par l’activité d’organismes longtemps placés au dessus des lois et du droit commun. Les ONG doivent intégrer ce devoir de précaution dans leurs activités.
http://humanitaire.blogs.liberation.fr/msf/2012/02/haiti-lonu-va-t-elle-indemniser-les-victimes-de-lepidemie-de-cholra-.html