Bassin-Bleu, cette ville du Nord-Ouest au nom exotique, n'est plus ce qu'elle était dans un passé pas trop lointain. Cette agglomération dont la fondation remonte seulement à 1930 est en passe de disparaître après seulement 77 ans d'existence. Les Bassinbléens se battent pour sauver ce qui peut encore l'être. Mais quelles sont leurs chances quand, déjà, l'Etat a jeté l'éponge et abandonné la commune de Bassin-Bleu à son sort ?A Bassin-Bleu, rien ne va plus. Les jeux sont déjà faits. Seuls quelques téméraires croient encore qu'ils sont capables de renverser le cours des choses et faire de leur commune le petit paradis que son nom suggère. Les responsables de la mairie, que nous avons rencontrés, n'ont pas caché que la situation est critique, pas trop loin de la catastrophe, et ce que nous avons pu constater ne fait que confirmer leurs dires.
Etat des lieuxSi les services de l'Etat sont généralement bien mal logées, Le commissariat de police parait, relativement, en bon état même s'il n'y a qu'un inspecteur et cinq policiers pour une population de 46458 habitants. De plus, les forces de police de la commune ne disposent que d'une motocyclette et ne peuvent compter, dans certains cas, que sur la bonne volonté des citoyens possédant un véhicule pour leurs déplacements dans le cadre de leurs services.

A part le football, les jeunes de la région n'ont pour toute distraction qu'une salle de cinéma où ont lieu, de loin en loin, des représentations théâtrales ou artistiques. Le maire principal, Antony Louis, conscient de la situation, est, nous a-t-il confié, en pourparler avec un groupe de Bassinbléens de la diaspora pour la création d'une bibliothèque municipale.
Education
L'école de la première section, par exemple, n'existe plus, de fait. Elle fonctionnait sous le toit d'un péristyle qu'avait généreusement offert, pour un certain temps, son responsable, un certain Josny. Temps qui, semble-t-il, est écoulé. De toute façon, les bancs ne sont plus des bancs et ce qui en reste est inutilisable. L'école de la 3e section fonctionne pratiquement sans toiture. Cette institution n'est d'ailleurs qu'un hangar en ruine divisé en ce qu'on ose péniblement appeler trois salles de classe. Une situation qui ne concerne, en principe, personne sauf les jeunes écoliers qui n'auront pas d'autre choix, cette année, que de s'adonner à la délinquance. Une façon comme une autre de se créer des activités.

Cette situation nous pousse à nous questionner sur la structure que devrait avoir une école communale. Quid de cette école communale ? n'exige-t-elle pas la mise en place, outre des salles de classe en nombre suffisant, d'espace de récréation, d'apprentissage artistique et sportif ? N'est-t-il pas obligatoire d'ouvrir à ces enfants, défavorisés à tous les niveaux, l'accès aux services d'un psychologue, d'un moniteur sportif, d'un instructeur artistique ? Pourquoi n'ont-ils pas accès à ce à quoi ils ont droit ? Si pour cela il suffit de couper les frais de service de certains « antyoutyout » qui ne font qu'embarrasser le pays par leur bêtise et leur inadéquation, pourquoi ne pas le faire? Si les communautés sont en train de prouver qu'ils peuvent prendre en charge leurs problèmes, à quoi donc servent tous ces élus qui ne font que remplir leurs poches ? Dieu nous épargne leurs services, vu leurs coûts prohibitifs !
Le lycée Jacques Stephen Alexis a le privilège d'être logé dans un local assez spacieux en béton armé, de construction récente, dans un immense espace sain et boisé. Malheureusement, à Bassin-Bleu, rien n'est parfait. La cour du lycée est laissée à l'abandon et les mauvaises herbes l'ont envahie. Par contre, la propriété est assez grande pour recevoir une bibliothèque, des terrains de jeu, une autre école fondamentale... On peut toujours rêver !Il n'existe, par ailleurs, aucune vraie école professionnelle, simplement des « degaje pa peche » qui essaient, tant bien que mal, de combler un vide inadmissible dans une commune qui compte plus de quarante mille âmes.
Santé
Pendant que le ministère ne gère, selon les dires des gestionnaires actuels, que la nomination et le salaire des médecins residents (2) nommés à Bassin-Bleu, « Tachka » s'occuppe de la gestion de l'hôpital, de son entretien, de l'approvisionnement de la pharmacie, de l'entretien du matériel, du payroll du personnel médical et administratif.

Patrice-Manuel Lerebours



