Août 2019, Onondieu Louis, proche du pouvoir en place, est accablé dans une affaire de blanchiment et de détournement de fonds publics. Deux mois plus tard, il est bizarrement lavé de tous soupçons par le juge Jean Osner Petit-Papa. Ayibopost vous explique ce dossier
Le 4 octobre 2019, le juge instructeur Jean Osner Petit Papa a rendu son ordonnance. Le sénateur Onondieu Louis, en proie à des accusations de blanchiment et de détournement de fonds publics, a été blanchi par la justice haïtienne.
Après avoir hâtivement mené son enquête aux termes de l’article 115 du Code d’Instruction Criminelle, le juge assure n’avoir pas trouvé assez de matières pour poursuivre l’élu du Nord-ouest. Il n’est donc reconnu coupable d’aucune des accusations de corruption qui pesaient contre lui.
Selon Marie Yolène Gilles, l’ordonnance de ce juge est une œuvre d’une grossièreté rare qui ne peut que salir l’image de la justice haïtienne. « Le juge d’instruction n’a pas la volonté d’instruire le dossier contre le parlementaire. Personne n’a été auditionné », relate-t-elle.
Pierre Espérance est le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains [RNDDH]. Il explique que « d’après l’ordonnance du juge Petit-Papa, il ne renvoie pas Onondieu Louis par-devant le tribunal répressif parce que son nom ne figure pas dans le document du commissaire. C’est la preuve qu’il n’a pas fait son travail. Parce qu’il y a des procès-verbaux qui sont dressés par la police et le juge de paix. »
Le juge n’a posé aucun des actes d’instruction susceptibles d’éclairer sa religion sur les faits qui lui sont soumis, ajoute la gérante de la fondation « Ayiti Je Klere » (FJKL). « Le juge n’a pas cherché à vérifier l’existence réelle ou non de l’entreprise. Il n’a pas cherché [non plus] les patentes, les certificats de quitus de cette société », continue-t-elle.
Selon un rapport de la FJKL, le sénateur Onondieu Louis déclare au Sénat de la république avoir loué des véhicules pour les sénateurs Carl Murat Cantave, Hervé Lénine Fourcand et Jean Rigaud Bélizaire. Parallèlement, l’entreprise de location de véhicules «Révélation’ Rent A Car» a réalisé un revenu de vingt-neuf millions sept cent quatre-vingt-quatre mille sept cent cinquante gourdes [29 7 84 750].
« Pourquoi le juge n’a-t-il pas auditionné ces sénateurs ? Pourquoi aucun acte d’instruction n’a été posé par le juge allant dans le sens de la recherche de la vérité ?» s’interroge Marie Yolène Gilles qui mentionne que le peuple a droit à la vérité.
C’est ce même juge qui a blanchi les huit mercenaires
Le citoyen Jean Osner Petit Papa fait partie de la vague des 41 juges nommés le 5 mai 2018, par le président Jovenel Moïse. C’était sur une liste de 103 personnes transmise par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). Il était nommé juge d’instruction au tribunal de première instance de Port-au-Prince.
Ce juge instructeur avait la charge du dossier des sept ressortissants étrangers et un Haïtien arrêtés dans la soirée du 17 février 2019, à proximité de la banque centrale. Ils étaient lourdement armés.
Trois jours plus tard, soit le 20 février 2019, sept des huit individus arrêtés laissent le territoire national librement alors qu’ils étaient pris en flagrant délit. L’Haïtien Michaël Estera, le dernier des mercenaires, reçoit sa liberté le 25 février 2019.
Encore aujourd’hui, on ignore les raisons expliquant la présence de ces hommes armés en Haïti. L’ancien ministre Jean Fritz Jean Louis et Magalie Habitant sont des figures de ce scandale. L’une des plaques retrouvées en possession des mercenaires mène à des proches du pouvoir : Steeve Kawly et Gesner Champagne. Aucune poursuite contre eux.
Pas de résultats, résume Pierre Espérance. «Les mercenaires rentrent chez eux. Les personnes épinglées jusqu’au cou fonctionnent librement. On oublie tout. Le dossier des mercenaires est très lent, contrairement à celui du sénateur. C’est véritablement le juge qui cherche la possibilité de laver les linges sales du pouvoir.»
Ayibopost a en vain tenté d’entrer en contact avec le juge Jean Osner Petit Papa.
Aux origines de l’affaire de blanchiment et de détournement de fonds publics
Cassandra Jean est contrainte par Jimmy Fervil, d’ouvrir un compte en banque conjoint avec une autre personne, en l’occurrence sa cousine, Magda Bernier. Jean a été initialement mise en contact avec ce monsieur à travers son amie Ulysse Berline copine de Jimmy Fervil, lui-même responsable du service des matériels au Grand Corps.
Le compte est ouvert le 26 juillet 2019 avec un montant de 10 000 gourdes octroyées par Fervil. Et, le livret est gardé par Fervil.
Comme récompense, les deux femmes ont reçu chacune un montant de 25 000 mille gourdes comme subvention scolaire.
Au début du mois août 2019, Cassandra Jean constate stupéfaite que son compte est renfloué avec une forte somme d’argent. Elle est instruite de faire des retraits et de les remettre à Jimmy Fervil.
Très paniquée, elle avertit la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) qui en informe le Bureau des Affaires financières et économiques (BAFE) pour le traitement du dossier.
Le 6 août 2019, la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) procède à l’arrestation de quatre individus accusés d’escroquerie à la sortie d’une succursale de la Unibank à Pétion-Ville. Les personnes interpellées sont : Jimmy Fervil, Anel Nelson et André Augustin, en compagnie de la plaignante Cassandra Jean.
Un sénateur épinglé dans le rapport du BAFE
Le BAFE, relevant de la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) est une institution qui lutte contre le fléau de la corruption à l’instar de l’Unité de Lutte contre la Corruption [ULCC], de l’Unité centrale de Renseignements financiers (UCREF) et de l’Inspection générale des Finances (IGF).
La FJKL rend public le rapport du BAFE dans un rapport et demande que la vérité soit faite sur ce dossier. Le document de cette organisation de vigie citoyenne, à but non lucratif, fait savoir que l’enquête du bureau révèle que : « Jimmy Fervil, passant aux aveux, a agi pour et au nom de Onondieu Louis et de la secrétaire adjointe du Sénat de la République, Myrlande Georges Casseus. »
Qui sont les autres personnes appréhendées dans ce dossier ?
Anel Nelson, chauffeur du Sénat de la République attaché au service de Myrlande Georges Casseus, la secrétaire adjointe du Sénat de la République est arrêtée parmi les suspects. Selon le document de la FJKL, c’est Myrlande Georges Casseus qui a passé les instructions à Anel Nelson pour accompagner les gens à la banque. Le véhicule qu’il conduit appartient à l’Administration générale des Douanes (AGD).
André Auguste est un policier de la 17e promotion immatriculé au numéro ID 05-17-05 – 07973. Il est affecté à l’UDMO du Nord’Ouest en détachement avec le questeur du Sénat de la République, Onondieu Louis. C’est le sénateur qui l’avait instruit d’aller purement et simplement sécuriser les transactions.
Hans Saint Louis, mari de la dame Myrlande Georges Casseus n’est pas appréhendé devant la banque, mais sur les lieux de la perquisition effectuée en sa résidence. Au cours de cette perquisition, des documents intéressant l’enquête ont été saisis par le juge de paix de Pétion — Ville, Clément Noël.
Deux fiches de dépôts pour une entreprise fictive
Il y a deux autres fiches de dépôts qui ont été saisies en possession de Jimmy Fervil parmi les documents. Ces comptes en banque domiciliés à la UNIBANK sont aux numéros respectifs suivants : 650-1821- 0151-7830 et 0650-1822-01517853.
Les deux comptes sont ouverts au nom de l’entreprise « Révélation’ Rent A Car », entreprise qui serait située à Saint-Louis du Nord, Vertus 1.
Marie Yolène Gilles est une figure connue dans la lutte pour les droits humains. Elle fait savoir que l’adresse de l’entreprise « Révélation’ Rent A Car » est celle d’un dépôt de boissons gazeuses. « Cette entreprise a toutes les caractéristiques d’une société fictive. Dans cette zone, il n’existe pas une entreprise de ce genre », explique-t-elle.
Analyse de ces deux comptes
Le compte numéroté 650-1821- 01517830 est en gourdes. Il est ouvert dans les livres comptables de la UNIBANK de Port-de-Paix le 30 novembre 2017 par un dépôt initial de cinq mille gourdes. Le signataire de ce compte est Ysmik Choute identifié fiscalement au numéro 004-019-400-3. Il est enseignant.
Selon le rapport de la FJKL, ce compte présente toutes les caractéristiques fictives souvent utilisées dans les opérations de blanchiment et d’enrichissement illicite.
Le relevé bancaire de ce compte du 30 novembre 2017 au 6 août 2019 provoque réellement des doutes. Le rapport de la fondation explique que du 30 novembre 2017 au 7 mai 2018, aucune transaction n’a été effectuée sur le compte. Mais à partir du 8 mai 2018, le compte est alimenté uniquement par de gros dépôts liquides. Au 6 août 2019, le solde du compte s’élève à vingt-neuf millions sept cent quatre-vingt-quatre mille sept cent cinquante gourdes [29, 784, 750. 00 Gdes]. Pourtant, les retraits effectués au cours de la même période s’élèvent à cinq millions sept cent quatre-vingt-dix-huit mille soixante-dix gourdes [5,798,070.00 Gdes].
Du 3 janvier au 26 juin 2019, cette même entreprise a opéré des retraits totalisant vingt-deux millions neuf cent cinq mille sept cent quatre-vingt-dix gourdes [22,905,790.00 Gdes].
Le deuxième compte en dollars au nom de « Révélation’ Rent A Car » numéroté 0650 18 220 151 est aussi domicilié à la UNIBANK. Mais les transactions de l’entreprise sur ce compte n’ont pas été partagées.
Deux dates importantes dans ce dossier
Gulmail Nicolas est le substitut commissaire du gouvernement près le Parquet du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince. Le 1er octobre 2019, il requit le juge d’instruction de renvoyer les inculpés hors des liens de l’inculpation, dans le dispositif de son réquisitoire définitif. Ce dispositif sert à faire connaître à la juridiction d’instruction ou de jugement la décision ou la mesure que le commissaire du gouvernement leur demande de prendre.
«PAR CES CAUSES ET MOTIFS, le commissaire du Gouvernement requiert qu’il plaise au Magistrat Instructeur de dire et déclarer qu’il n’y a pas lieu à suivre contre les nommés Jimmy Fervil, André Nelson, André Auguste, Myrlande GEORGES CASSEUS et Ysmick Choute relativement aux faits de détournement de fonds publics, de blanchiment des avoirs, d’enrichissement illicite et d’association de malfaiteurs mis à leur charge », peut-on lire dans la pièce de procédure écrite.
Dans ce cas, selon la directrice exécutive de la « Fondation Je Klere », le nom du sénateur Onondieu Louis ne fait pas partie du document du commissaire du Gouvernement. «C’est comme s’il ne faisait pas partie du dossier et que l’instruction n’a été menée ni pour lui ni contre lui, c’est-à-dire qu’il n’a pas fait l’objet d’instruction ni à charge ni à décharge », dit-elle.
Durant le mois d’octobre, le pays est paralysé par une succession de manifestations violentes et de grèves qui s’intensifient. Le vendredi 4 octobre 2019, soit trois jours après la réquisition de commissaire, tous les tribunaux sont fermés.
Malgré tout, l’affaire va vite. Le juge Jean Osner Petit-Papa, encore proche du pouvoir en place, rend son ordonnance de clôture. Il adopte le réquisitoire définitif du Commissaire du Gouvernement émis en date du mardi 1er octobre 2019. Dans cette ordonnance, il est stipulé que les noms du sénateur Onondieu Louis, de Ysmick Choute, chef de son cabinet, et Myrlande Georges, cités dans le rapport de la police ne sont mentionnés nulle part dans le réquisitoire d’informer du parquet.
Auteur: Snayder Pierre-Louis
Source: https://ayibopost.com/comprendre-le-dossier-de-corruption-qui-implique-le-senateur-onondieu-louis/
Une fenêtre ouverte sur Haïti, le pays qui défie le monde et ses valeurs, anti-nation qui fait de la résistance et pousse les limites de la résilience. Nous incitons au débat conceptualisant Haïti dans une conjoncture mondiale difficile. Haïti, le défi, existe encore malgré tout : choléra, leaders incapables et malhonnêtes, territoires perdus gangstérisés . Pour bien agir il faut mieux comprendre: "Que tout ce qui s'écrit poursuive son chemin, va , va là ou le vent te pousse (Dr Jolivert)
vendredi 7 février 2020
mercredi 5 février 2020
Ignorés en Haïti, ces «artistes des déchets» sont célébrés ailleurs
Les déchets servent de matières premières au travail de l’atelier « Atis rezistans ». Ce regroupement d’artistes internationalement reconnu n’attire pourtant pas la grande foule en Haïti.
Atis Rezistans réunit plusieurs dizaines d’artistes, essentiellement des sculpteurs, et constitue un des principaux centres de production artistique en plein cœur du centre-ville, à Port-au-Prince.
Ces artistes travaillent avec ce qu’ils peuvent trouver dans leur environnement immédiat : morceaux de tôle, pièces de voiture, capsules de canettes, fil de fer, grillages, caoutchouc, déchets de cuir, vis, écrous, morceaux de jouets, carton…
Ils accouchent des œuvres sculpturales réussies et admirées, principalement en dehors d’Haïti. Ces productions touchent à des thématiques inspirées du vaudou et de la situation socioéconomique du pays.
Certains membres d’Atis Rezistans exposent leurs travaux dans le monde entier. L’accueil et la reconnaissance se révèlent froids à l’intérieur du pays.
Peu d’Haïtiens achètent les œuvres produites
Gilel Aristilde est l’un des artistes du mouvement Atis Rezistans. Âgé d’une trentaine d’années, il a été initié à l’art de récupération par le sculpteur André Eugène, son mentor. Il fait savoir que « peu d’Haïtiens dans le pays achètent les œuvres produites. En deux mois, on ne comptera pas plus de cinq visiteurs haïtiens dans la galerie Atis Rezistans. [Pour eux, ce sont des œuvres mystiques]. »
Les œuvres de Gilel Aristilde, comme d’autres jeunes de l’atelier, participent pourtant à des expositions prestigieuses internationales comme en Suède à Stockholm.
En Haïti, l’art est vraiment négligé et tout le monde suit la politique, prolonge André Eugène. La galerie d’art de l’atelier porte le nom de ce sculpteur haïtien. Il a commencé par la traditionnelle sculpture en bois qui se pratiquait depuis des lustres dans la communauté de la Grand-rue.
Eugène explique qu’il y a une vingtaine d’artistes haïtiens qui exposent leurs œuvres dans la galerie. « Et, des citoyens haïtiens me demandent souvent : à quoi sert l’art puisqu’il est une fin en soi ? Je leur réponds à chaque fois qu’il n’y a que les choses inutiles qui donnent du prix à la vie. Vivre est bien, mais jouir de la vie, en être conscient, comprendre, sentir est mieux ».
Campagne anti-superstitieuse
Depuis quelques années, la sculpture est devenue dans l’art contemporain un art majeur. Cependant, depuis la période coloniale, toutes les pratiques liées peu ou prou au vaudou ou à la culture populaire quand elles ne sont pas condamnées sont qualifiées d’activités magiques y compris les remèdes naturels. C’est le cas de l’art de récupération.
« Toute forme de statue étant considérée comme objet de superstition, il y a des gens qui se tiennent devant l’entrée de l’atelier pour nous prêcher. Parfois, certains prédicateurs montrent une attitude violente envers nos œuvres », révèle Gilel Aristilde.
Michel Philippe Lerebours, docteur en histoire de l’art et archéologie, est l’auteur de Haïti et ses peintres de 1804 à 1980, Souffrance et espoirs d’un peuple. Dans cet ouvrage, il soutient que la plus grave conséquence de l’action de l’Église catholique contre le vaudou est la perte de l’origine et du développement de l’art populaire.
Toute la difficulté de réception de la sculpture en Haïti, confirme Sterlin Ulysse, vice-doyen de l’IERAH/ISERSS, trouve son explication dans la répression contre le vaudou.
Dans le cas d’Haïti, Sterlin Ulysse explique que si le constat prouve que, du point de vue religieux, « la campagne de rejeter » a échoué, « du point de vue artistique, les répressions contre le vaudou ont alimenté une certaine crainte de la sculpture. »
Sans les touristes, Atis Rezistans est à l’agonie
Finalement, ce sont les touristes étrangers qui principalement achètent les œuvres produits par Atis Rezistans. Cependant, la crise politique des derniers mois rend la situation compliquée. « Nous avons passé une année de dur labeur. Il n’y a pas de touristes. Personne ne vient nous visiter dans cette zone de non-droit », explique Eugène.
Pour survivre, l’actuel leader du mouvement fait savoir qu’ils comptent sur les opportunités offertes à l’extérieur du pays. « Nous exposons nos œuvres beaucoup plus à l’étranger, dans les grandes expositions internationales. Sinon, les artistes n’auraient pas les moyens de [survivre] », dit Eugène.
L’État n’offre aucun accompagnement
Les autorités étatiques figurent dans la liste des absents. « Le ministère de l’Environnement devrait nous accompagner, mais ce n’est pas le cas », précise Eugène. Or, continue-t-il, « avec la dégradation de l’environnement, nous nous occupons d’une partie des débris et les intégrons dans l’artisanat haïtien. Nous présentons des œuvres très riches. Et surtout, la création de l’atelier est issue d’une volonté de protéger l’environnement. » Par ailleurs, le secteur culturel, toutes catégories confondues, n’a hérité que de 1,38 milliard de gourdes dans le dernier budget estimé à 144 milliards de gourdes voté par le Parlement.
Auteur: Snayder Pierre-Louis
Source: https://ayibopost.com/ignores-en-haiti-ces-artistes-des-dechets-sont-celebres-ailleurs/
Atis Rezistans réunit plusieurs dizaines d’artistes, essentiellement des sculpteurs, et constitue un des principaux centres de production artistique en plein cœur du centre-ville, à Port-au-Prince.
Ces artistes travaillent avec ce qu’ils peuvent trouver dans leur environnement immédiat : morceaux de tôle, pièces de voiture, capsules de canettes, fil de fer, grillages, caoutchouc, déchets de cuir, vis, écrous, morceaux de jouets, carton…
Ils accouchent des œuvres sculpturales réussies et admirées, principalement en dehors d’Haïti. Ces productions touchent à des thématiques inspirées du vaudou et de la situation socioéconomique du pays.
Certains membres d’Atis Rezistans exposent leurs travaux dans le monde entier. L’accueil et la reconnaissance se révèlent froids à l’intérieur du pays.
Peu d’Haïtiens achètent les œuvres produites
Gilel Aristilde est l’un des artistes du mouvement Atis Rezistans. Âgé d’une trentaine d’années, il a été initié à l’art de récupération par le sculpteur André Eugène, son mentor. Il fait savoir que « peu d’Haïtiens dans le pays achètent les œuvres produites. En deux mois, on ne comptera pas plus de cinq visiteurs haïtiens dans la galerie Atis Rezistans. [Pour eux, ce sont des œuvres mystiques]. »
Les œuvres de Gilel Aristilde, comme d’autres jeunes de l’atelier, participent pourtant à des expositions prestigieuses internationales comme en Suède à Stockholm.
En Haïti, l’art est vraiment négligé et tout le monde suit la politique, prolonge André Eugène. La galerie d’art de l’atelier porte le nom de ce sculpteur haïtien. Il a commencé par la traditionnelle sculpture en bois qui se pratiquait depuis des lustres dans la communauté de la Grand-rue.
Eugène explique qu’il y a une vingtaine d’artistes haïtiens qui exposent leurs œuvres dans la galerie. « Et, des citoyens haïtiens me demandent souvent : à quoi sert l’art puisqu’il est une fin en soi ? Je leur réponds à chaque fois qu’il n’y a que les choses inutiles qui donnent du prix à la vie. Vivre est bien, mais jouir de la vie, en être conscient, comprendre, sentir est mieux ».
Campagne anti-superstitieuse
Depuis quelques années, la sculpture est devenue dans l’art contemporain un art majeur. Cependant, depuis la période coloniale, toutes les pratiques liées peu ou prou au vaudou ou à la culture populaire quand elles ne sont pas condamnées sont qualifiées d’activités magiques y compris les remèdes naturels. C’est le cas de l’art de récupération.
« Toute forme de statue étant considérée comme objet de superstition, il y a des gens qui se tiennent devant l’entrée de l’atelier pour nous prêcher. Parfois, certains prédicateurs montrent une attitude violente envers nos œuvres », révèle Gilel Aristilde.
Michel Philippe Lerebours, docteur en histoire de l’art et archéologie, est l’auteur de Haïti et ses peintres de 1804 à 1980, Souffrance et espoirs d’un peuple. Dans cet ouvrage, il soutient que la plus grave conséquence de l’action de l’Église catholique contre le vaudou est la perte de l’origine et du développement de l’art populaire.
Toute la difficulté de réception de la sculpture en Haïti, confirme Sterlin Ulysse, vice-doyen de l’IERAH/ISERSS, trouve son explication dans la répression contre le vaudou.
Dans le cas d’Haïti, Sterlin Ulysse explique que si le constat prouve que, du point de vue religieux, « la campagne de rejeter » a échoué, « du point de vue artistique, les répressions contre le vaudou ont alimenté une certaine crainte de la sculpture. »
Sans les touristes, Atis Rezistans est à l’agonie
Finalement, ce sont les touristes étrangers qui principalement achètent les œuvres produits par Atis Rezistans. Cependant, la crise politique des derniers mois rend la situation compliquée. « Nous avons passé une année de dur labeur. Il n’y a pas de touristes. Personne ne vient nous visiter dans cette zone de non-droit », explique Eugène.
Pour survivre, l’actuel leader du mouvement fait savoir qu’ils comptent sur les opportunités offertes à l’extérieur du pays. « Nous exposons nos œuvres beaucoup plus à l’étranger, dans les grandes expositions internationales. Sinon, les artistes n’auraient pas les moyens de [survivre] », dit Eugène.
L’État n’offre aucun accompagnement
Les autorités étatiques figurent dans la liste des absents. « Le ministère de l’Environnement devrait nous accompagner, mais ce n’est pas le cas », précise Eugène. Or, continue-t-il, « avec la dégradation de l’environnement, nous nous occupons d’une partie des débris et les intégrons dans l’artisanat haïtien. Nous présentons des œuvres très riches. Et surtout, la création de l’atelier est issue d’une volonté de protéger l’environnement. » Par ailleurs, le secteur culturel, toutes catégories confondues, n’a hérité que de 1,38 milliard de gourdes dans le dernier budget estimé à 144 milliards de gourdes voté par le Parlement.
Auteur: Snayder Pierre-Louis
Source: https://ayibopost.com/ignores-en-haiti-ces-artistes-des-dechets-sont-celebres-ailleurs/
Bien que populaire, le « Ti Pwason » reste une pratique dangereuse
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Pour ce dimanche après-midi, déjà dix couples
se sont jetés à l’eau pour des séances de Ti Pwason,
sans préservatifs. Photo: Samuel Céliné / Ayibopost
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Dans la mer placide qui titille les plages de Le lambi à Mariani, une dizaine de jeunes femmes en bikini s’agrippent à des hommes souvent plus âgés qu’elles.
Ici, c’est une demoiselle lancée dans une danse lascive, ses bras enroulés autour du cou d’un homme. Là-bas, l’homme se tient derrière la jeune femme qui se penche en avant. L’eau est peu profonde et depuis la plage, on peut assister au spectacle gratuit des tours de reins et entendre les gémissements partagés.
Pour ce dimanche après-midi, déjà dix couples se sont jetés à l’eau pour des séances de Ti Pwason, sans préservatifs. Autour d’eux, une trentaine d’hommes en attente scrutent les faits et gestes de chaque femme. C’est une nouvelle forme de prostitution qui prend chair dans la zone. Avec 75 gourdes, les clients peuvent s’offrir une séance sexuelle en pleine mer.
Le « Ti Pwason » nage dans une croyance répandue en Haïti qui veut que les relations sexuelles non protégées soient sans risque si elles tiennent lieu dans la mer. Il s’agit d’une croyance « fausse et folklorique », répond le docteur Tony Bistiné, spécialiste en médecine générale intégrale (MGI).
Le médecin souligne que le VIH se propage grâce à la continuité sanguine très fréquente lors des rapports sexuels. « Quel que soit le milieu où a eu lieu un rapport sexuel sans préservatif, il peut toujours avoir une continuité sanguine et à chaque fois qu’il y a continuité sanguine, il y a possibilité de contracter un VIH », rappelle Tony Bistiné.
Le docteur William Pape du centre GHESKIO va plus loin. Il explique que « le sel marin empêche les sécrétions destinées à fluidifier les organes génitaux lors des rapports sexuels. Ainsi, sans cette sécrétion, le risque d’avoir des lésions augmente et favorise du coup, la continuité sanguine. »
Une croyance têtue
Malgré sa dangerosité, le « Ti pwason » compte de fervents adeptes, comme Pierrot. « L’eau de mer est si salée qu’elle détruit les spermatozoïdes et empêche les femmes de tomber enceintes », pense le jeune homme. « Si elle peut détruire les germes d’un enfant, elle peut aussi détruire les germes du SIDA ».
De son côté Marceus, un monsieur dans la cinquantaine, fait confiance aux prostituées. « Si elles acceptent d’avoir des rapports sexuels sans préservatif, c’est que l’eau de mer empêche vraiment de contracter le SIDA. Ces gens-là sont très soucieux de leur santé ».
« Black », l’une des prostituées pratiquant le Ti Pwason à Le lambi ne tient pourtant pas une position aussi tranchée. « On peut se faire infecter en ayant des rapports sexuels dans la mer avec une personne déjà infectée, mais moi, j’ai ma propre habitude de ne pas laisser les hommes éjaculer dans mon vagin, car c’est le sperme qui véhicule le SIDA ».
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Moi, j’ai ma propre habitude de ne pas laisser
les hommes éjaculer dans mon vagin,
car c’est le sperme qui véhicule le sida ».
Photo: Samuel Céliné / Ayibopost
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Quoi qu’il en soit, les opinions qui précèdent n’ont aucune base scientifique. L’urologue Watson Exantus parle d’un problème de « voye monte ».
Selon Exantus, il y a effectivement une étude qui démontre qu’en dehors du milieu humain, le virus du SIDA est moins efficace. « Si vous mettez le virus dans de l’eau, son spectre infectant sera réduit à 1000/100, mais pas à zéro ». Donc, la possibilité de se faire infecter en ayant des rapports sexuels dans la mer existe.
Il ne s’agit pas de la première rumeur infondée qui circule sur les maladies sexuellement transmissibles en Haïti souligne William Pape. Le responsable du centre GHESKIO se rappelle les affirmations faisant passer le VIH pour une sorte de « mauvais sort envoyé par un ennemi » ou les « potions à base de feuilles » déjà proposées comme traitement au SIDA ou pour empêcher d’attraper le virus.
Selon le médecin plusieurs fois primé en dehors d’Haïti pour son travail auprès de la population, ces rumeurs ne sont pas correctes, mais « offrent des avantages à des opportunistes qui profitent de la situation des moins éduqués ».
Il établit ainsi un parallèle entre le niveau de l’éducation d’un peuple et la santé des citoyens. « Moins on est éduqué et informé, plus on est vulnérable face à ces genres de rumeurs sans fondement », avance le docteur. Malgré la persistance de ces difficultés, le responsable du centre GHESKIO confie que le pays avance positivement dans la lutte contre le VIH. « Pendant à peu près 20 ans, le SIDA a été la première cause de décès en Haïti. Aujourd’hui, il occupe la 7e place et ne représente que 5.7% des décès ». Et sur les 150 000 à 175 000 citoyens infectés sur le territoire, près de 100 000 reçoivent des médicaments dévoile le responsable du centre GHESKIO.
Auteur: Samuel Celine
Source: https://ayibopost.com/bien-que-populaire-le-ti-pwason-reste-une-pratique-dangereuse/
lundi 27 janvier 2020
Tout près du Palais national, capotes, fatras, sans-abris et monuments abandonnés
La firme devant reconstruire le palais national, détruit lors du séisme de 2010 est connue et la maquette du prochain palais présidentiel a été dévoilée à l’occasion de la commémoration du 10e anniversaire du cataclysme, ce 12 janvier 2020. En attendant la nouvelle construction, Ayibopost vous propose d’effectuer un tour dans l’environnement immédiat du bureau du chef de l’Etat
La maquette du nouveau palais présidentiel circule sur les réseaux sociaux. La nouvelle construction sera érigée sur le même site que l’ancienne, au Champ-de-Mars, en face de la Tour 2004.
La Tour 2004 — rêve cher à l’ancien président Jean Bertrand Aristide — devait marquer les 200 ans d’indépendance du pays. Hic, en 2004, Aristide est déchu sans avoir terminé cette œuvre. Depuis lors, la Tour est jetée dans l’abandon et aucun travail n’est entrepris pour terminer le chantier.
À quelques pas de la Tour 2004, la flamme éternelle s’est éteinte depuis des lustres sur la Place des Marrons inconnus. Les prostituées qui fréquentent la zone y cachent maintenant des préservatifs.
Sur cette place oubliée par les autorités, des sans-abris y ont élu domicile. Jean Roody, un trentenaire au visage couvert de plaies, est l’un de ces déshérités qu’on appelle « nèg lari » à Port-au-Prince. Ce jeune homme arpente les sites de décharge à la recherche de bouteilles en plastique. La place, c’est la « maison » qu’il partage avec une dizaine d’autres « nèg lari » et des prostituées qui viennent souvent s’y réfugier aux heures tardives.
Sur la place, Roody traine sa vie en bricolant des morceaux de sacs pour en faire un parapluie qu’il compte vendre aux marchands installés au bord des rues. Jean Woody ignore l’existence de la Flamme éternelle même s’il vit juste à côté depuis huit ans. Il n’a jamais vu sur la place une descente des autorités qui semblent avoir peur de la noirceur de la misère.
À la rue de la réunion, la première rue après le Palais national, l’ancien site qui abritait l
e Palais de justice est envahi par des mécaniciens. Sous les regards passifs des autorités, un garage y est improvisé. C’est là que travaille Johny Charles, ancien photographe converti à la mécanique. Sous un amandier en train de jouer au « damien », Johny avoue que ses collègues « mécaniciens ont tout bonnement choisi de venir travailler dans cet espace sans autorisation et sans opposition des autorités concernées ».
Le seul indice indiquant l’existence du Palais de justice dans cet espace est un buste abandonné au milieu d’un champ de ricin dit palma-christi, devenu lieu de défécation pour les mécaniciens. En face, le Mausolée de Jacques Premier, gardé par une barrière qui peine à tenir debout, est colonisé par des herbes sauvages et des délinquants occupés à tuer le temps.
Tout est permis Un peu plus loin, à la rue Montalais, des « car wash » sont improvisés au beau milieu de la route comme pour montrer aux dirigeants qui arpentent régulièrement le Champ-de-Mars, le résultat de leur irresponsabilité. Ici, une cinquantaine de jeunes travaillent. C’est ce que révèle Markendy, « Nous sommes ici tout seuls. Nous ne voyons personne et personne ne nous voit », clame-t-il.
À côté, la Place des artistes se bidonvillise avec la même frénésie que la Mairie de la ville y a construit et loué de petits restaurants à des particuliers. Depuis l’expérience faite sous Michel Joseph Martelly, la Mairie semble avoir pris goût à cet argent facile.
ichel Martelly a fait construire les premiers restaurants, mais les proches du président avaient magouillé et loué les maisons à des hommes et femmes influents. En réaction, nous avons manifesté et exigé un encadrement. C’est pourquoi la Mairie nous a autorisés à construire sur ce qui restait de la place à raison de 35 000 gourdes mensuellement par commerce ».
Comme Rose, plusieurs marchands se vantent aujourd’hui d’avoir négocié un espace au Champ-de-Mars devenu depuis longtemps un marché public.
Le Champ-de-Mars et ses hontes
Un peu plus haut, c’est le spectacle d’un Champ-de-Mars perdu entre des rues non identifiées qu’on coupe à longueur de journée sans avertir les riverains. À ce tableau s’additionne la présence des câbles que des compagnies de télécommunication laissent trainer sur les trottoirs. Ici, des égouts à ciel ouvert, comme c’est le cas à l’angle de l’avenue Magny et de la rue Piquant ; là-bas, comme à côté du Musée du Panthéon national, d’autres se cachent sous des tas de fatras.
Sur cette place publique, gare à ceux qui rêvent d’évasion. Des dizaines de véhicules, portant l’écriteau « Auto-école », roulent au Champ-de-Mars et rendent toute balade peu sûre. Pourtant, un véhicule de police est posté en face du bureau d’ethnologie et assiste quotidiennement à ce dangereux défilé d’apprentis chauffeurs.
Comble d’ironie, le véhicule blindé de ces policiers a les roues crevées et ne se déplace pas.

Les chantiers oubliés Au haut du Champ-de-Mars, le Rex Théâtre porte mal le poids du temps et surtout le poids des millions décaissés au nom de sa rénovation.
Au dos de la place des artistes, le Quartier général des sapeurs-pompiers est l’un des bâtiments publics où l’on peut encore constater l’ampleur du séisme de 2010. Les murs et les poteaux portent encore les fissures du cataclysme. Dans le dortoir sans toilettes, 3 lits pour 6 personnes semblent avoir été jetés dans une salle où toutes les fenêtres sont cassées. La présence des visiteurs gène considérablement une secrétaire qui, à moitié cachée derrière une pile de cartons, tente d’uriner dans une bouteille en plastique au vu et au su d’une dizaine d’hommes en uniforme.
« Nous vivons dans
la crasse au beau milieu de la ville », clame un sapeur-pompier requérant l’anonymat.
Tout près du Palais, l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti patauge dans un processus de reconstruction qui ne dit pas sa date de finition. Dans le plus grand centre hospitalier du pays, on manque de tout et les malades en souffrent énormément.
Un peu plus loin, à l’École Normale supérieure (ENS) — le principal centre de formation des professeurs — on travaille encore sous des hangars, 10 ans après le séisme de 2010. Une situation qui révolte étudiants et professeurs.
L’École nationale des Arts (ENARTS) aussi se meurt non loin de la plus puissante autorité du pays, le président.
À la rue de la réunion, le spectacle d’un pays dirigé par des élites qui improvisent est palpable : sous les terrains rasés depuis l’ère Martelly pour la construction de la Cité administrative de Port-au-Prince, des familles construisent des niches faites de matériaux récupérés.
Jadis, Jean Marc payait un loyer dans cette zone. Après la démolition des maisons, lui et une dizaine d’autres intrépides ont choisi d’habiter sur les ruines. Aujourd’hui, il a carrément reconstruit sur l’espace et dirige son commerce comme pour concurrencer un projet d’État qui va à pas de tortue.
Source : https://ayibopost.com/500-metres-du-palais-national-capotes-fatras-sans-abris-et-monuments-abandonnes/
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| Tour 2004. Ayibopost/ Frantz Cineus |
La Tour 2004 — rêve cher à l’ancien président Jean Bertrand Aristide — devait marquer les 200 ans d’indépendance du pays. Hic, en 2004, Aristide est déchu sans avoir terminé cette œuvre. Depuis lors, la Tour est jetée dans l’abandon et aucun travail n’est entrepris pour terminer le chantier.
Sur cette place oubliée par les autorités, des sans-abris y ont élu domicile. Jean Roody, un trentenaire au visage couvert de plaies, est l’un de ces déshérités qu’on appelle « nèg lari » à Port-au-Prince. Ce jeune homme arpente les sites de décharge à la recherche de bouteilles en plastique. La place, c’est la « maison » qu’il partage avec une dizaine d’autres « nèg lari » et des prostituées qui viennent souvent s’y réfugier aux heures tardives.
Sur la place, Roody traine sa vie en bricolant des morceaux de sacs pour en faire un parapluie qu’il compte vendre aux marchands installés au bord des rues. Jean Woody ignore l’existence de la Flamme éternelle même s’il vit juste à côté depuis huit ans. Il n’a jamais vu sur la place une descente des autorités qui semblent avoir peur de la noirceur de la misère.
e Palais de justice est envahi par des mécaniciens. Sous les regards passifs des autorités, un garage y est improvisé. C’est là que travaille Johny Charles, ancien photographe converti à la mécanique. Sous un amandier en train de jouer au « damien », Johny avoue que ses collègues « mécaniciens ont tout bonnement choisi de venir travailler dans cet espace sans autorisation et sans opposition des autorités concernées ».
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| Jean Woody en train de bricoler. Ayibopost / Samuel Celine |
Le seul indice indiquant l’existence du Palais de justice dans cet espace est un buste abandonné au milieu d’un champ de ricin dit palma-christi, devenu lieu de défécation pour les mécaniciens. En face, le Mausolée de Jacques Premier, gardé par une barrière qui peine à tenir debout, est colonisé par des herbes sauvages et des délinquants occupés à tuer le temps.
Tout est permis Un peu plus loin, à la rue Montalais, des « car wash » sont improvisés au beau milieu de la route comme pour montrer aux dirigeants qui arpentent régulièrement le Champ-de-Mars, le résultat de leur irresponsabilité. Ici, une cinquantaine de jeunes travaillent. C’est ce que révèle Markendy, « Nous sommes ici tout seuls. Nous ne voyons personne et personne ne nous voit », clame-t-il.
À côté, la Place des artistes se bidonvillise avec la même frénésie que la Mairie de la ville y a construit et loué de petits restaurants à des particuliers. Depuis l’expérience faite sous Michel Joseph Martelly, la Mairie semble avoir pris goût à cet argent facile.
Rose est l’une des restauratrices qui viennent tout juste de s’installer avec l’aide de son mari qui a payé ». Elle explique : « J’étais parmi les marchands du Champ-de-Mars pour qui M
Comme Rose, plusieurs marchands se vantent aujourd’hui d’avoir négocié un espace au Champ-de-Mars devenu depuis longtemps un marché public.
Le Champ-de-Mars et ses hontes
Un peu plus haut, c’est le spectacle d’un Champ-de-Mars perdu entre des rues non identifiées qu’on coupe à longueur de journée sans avertir les riverains. À ce tableau s’additionne la présence des câbles que des compagnies de télécommunication laissent trainer sur les trottoirs. Ici, des égouts à ciel ouvert, comme c’est le cas à l’angle de l’avenue Magny et de la rue Piquant ; là-bas, comme à côté du Musée du Panthéon national, d’autres se cachent sous des tas de fatras.
Sur cette place publique, gare à ceux qui rêvent d’évasion. Des dizaines de véhicules, portant l’écriteau « Auto-école », roulent au Champ-de-Mars et rendent toute balade peu sûre. Pourtant, un véhicule de police est posté en face du bureau d’ethnologie et assiste quotidiennement à ce dangereux défilé d’apprentis chauffeurs.
Comble d’ironie, le véhicule blindé de ces policiers a les roues crevées et ne se déplace pas.

Les chantiers oubliés Au haut du Champ-de-Mars, le Rex Théâtre porte mal le poids du temps et surtout le poids des millions décaissés au nom de sa rénovation.
Au dos de la place des artistes, le Quartier général des sapeurs-pompiers est l’un des bâtiments publics où l’on peut encore constater l’ampleur du séisme de 2010. Les murs et les poteaux portent encore les fissures du cataclysme. Dans le dortoir sans toilettes, 3 lits pour 6 personnes semblent avoir été jetés dans une salle où toutes les fenêtres sont cassées. La présence des visiteurs gène considérablement une secrétaire qui, à moitié cachée derrière une pile de cartons, tente d’uriner dans une bouteille en plastique au vu et au su d’une dizaine d’hommes en uniforme.
« Nous vivons dans
la crasse au beau milieu de la ville », clame un sapeur-pompier requérant l’anonymat.Tout près du Palais, l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti patauge dans un processus de reconstruction qui ne dit pas sa date de finition. Dans le plus grand centre hospitalier du pays, on manque de tout et les malades en souffrent énormément.
Un peu plus loin, à l’École Normale supérieure (ENS) — le principal centre de formation des professeurs — on travaille encore sous des hangars, 10 ans après le séisme de 2010. Une situation qui révolte étudiants et professeurs.
L’École nationale des Arts (ENARTS) aussi se meurt non loin de la plus puissante autorité du pays, le président.
À la rue de la réunion, le spectacle d’un pays dirigé par des élites qui improvisent est palpable : sous les terrains rasés depuis l’ère Martelly pour la construction de la Cité administrative de Port-au-Prince, des familles construisent des niches faites de matériaux récupérés.
Jadis, Jean Marc payait un loyer dans cette zone. Après la démolition des maisons, lui et une dizaine d’autres intrépides ont choisi d’habiter sur les ruines. Aujourd’hui, il a carrément reconstruit sur l’espace et dirige son commerce comme pour concurrencer un projet d’État qui va à pas de tortue.
Source : https://ayibopost.com/500-metres-du-palais-national-capotes-fatras-sans-abris-et-monuments-abandonnes/
samedi 25 janvier 2020
PaPJazz/20 janvier/ Richard ciné quartet/Café 36 « Le vent frais et aromatisé de Jacmel »
Publié le 2020-01-22 | Le Nouvelliste
Roland Léonard et Eunice Éliazar.
Le département du Sud-Est a toujours été retenu comme un immense grenier de talents artistiques, en arts plastiques, en littérature comme en musique. Ce dernier domaine a été maintes fois honoré par des célébrités inoubliables dans les champs populaires et savants. Citons : Cyriaque Archille Paris, dit « Ti-Paris », Vaille Rousseau, Hector Lominy, Hughes et Pierre Leroy, les jazzmen Lionel Volel, Edgard Depestre et Buyu Ambroise, sans compter d’autres noms d’illustres devanciers que nous n’avons plus en mémoire.
La relève est permanente dans cette région du pays. Côté jazz, on peut compter aujourd’hui sur des jeunes, très doués, enthousiastes et dynamiques au brillant avenir. Ils sont presque tous, à l’exception de quelques autodidactes, issus de l’école Dessaix Baptiste et du grand ensemble de jazz de Jacmel, dirigé par Pierre Leroy. Le jeune bassiste Richecard Ciné est du nombre.
Ce dernier a reçu par ailleurs des formations en éducation musicale des enfants et en technique de jazz, en République dominicaine, avec des moniteurs comme Mario Canonge, David Sanchez et le saxophoniste américain Marco Pignatao, directeur de la célèbre Berklee school of Boston.
De retour à Jacmel, il a fondé le Richecard Ciné quartet et créé le festival de jazz de cette ville. Nous avons eu le bonheur en compagnie de la journaliste Eunice Eliazar et du photographe Casimir Veillard d’assister, en After-hour à son concert « en boîte » au Café 36, Pétion-Ville, rue Clerveaux. Le Richecard Ciné, 29 ans : basse et leader ; Shalomson Lamy, 22 ans : sax alto et soprano ; Jacky Polycarpe, 31 ans : piano électrique « Roland » ; Ronald Sanon, 31 ans : batterie. Ils sont tous jacméliens, souvenons-nous-en.

Notre consœur Eunice Eliazar nous livre ses impressions et son appréciation de la soirée.
Symbiose. En voilà un mot pour nommer cette soirée captivante au PaPJazz 2020. Des mélodies traitées avec pondération et jazzistique, sur des rythmes haïtiens ou caraïbes, ont permis une synchronisation aux couleurs du moment. En effet, Richecard et son groupe, tous des jeunes jacméliens, ont ouvert au Café 36 l’élégance du dire, de jouer et l’alternance des lumières, tel un jeu en mouvement.
Pour la 14e édition du festival international de jazz en Haïti, Jacky Polycarpe, au piano électrique lors de ce spectacle, a enrichi le sens de la beauté, de l’harmonie auditive et de l’érotisme latent. C'était le meilleur élément pour donner un vrai sens, en des termes artistiques, à cette représentation. Des airs connus et célèbres en version spéciale de ballade, comme YoYo, le Rara de Melvin Butler et une version instrumentale de la fameuse chanson de John Lennon, « Imagine », ont servi de tremplin aux développements, paraphrases improvisées des solistes.
À une époque où les jazzmen sont de plus en plus sur scène, il peut sembler que le fossé qui sépare les amateurs de jazz des érudits est comblé. Toutefois, il n’est pas de mauvais augure de se demander si cette forme de récupération élitiste du jazz, pour ne pas dire cette forme bourgeoise, ne constitue pas l’ossature de cette nouvelle influence qui amène des amateurs curieux des pratiques culturelles à consommer une telle variété musicale.
Avec communion, malgré la délicatesse de notre supputation, le jazz ne reste plus aujourd’hui là où il était avec les artistes qui se passent de présentation, comme : Miles Davis, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Louis Armstrong et peut-être également Billie Holiday. Passation de flambeau ou nouvelle génération pour récupérer et conserver ce style de musique né au début du XXe siècle aux États-Unis, aujourd’hui, la nécessité d’avoir une éthique de la connaissance s’y mêlent à l’hi
stoire du jazz. En tout cas, il y a les festivals, les savants et les théoriciens pour inventer les normes, ne serait-ce que pour assurer la prolifération de ce croisement musical. Voyons le bon côté des choses.
Ambiance

Le cadre de la grande salle du restaurant, au Café 36, est beau à voir : celle-ci s'apparente à une longue « tonnelle » ou
« choucoune », étirée de l’est à l’ouest, avec les solives supportant son toit en tôles et à angles, à deux versants comme un livre ouvert et en chapeau. Il y a les lumières du plafond, les tables et fauteuils. Une scène à l’ouest est à la disposition des musiciens, de leurs instruments, « amplis » et micros. La sono et ses musiciens sont à l’arrière, au fond et à l’est.
Le Richecard Ciné quartet nous propose un concert en trois « sets » de vingt minutes, et de trois morceaux chacun.
Le premier set commence par une version « kata » et un peu « biguine » de « New Morning », composition du groupe « Yellow Jacket ». On apprécie l’exposition en appels et réponses du sax, des claviers et de la basse, les improvisations du saxophone alto et de la basse électrique. On peut citer ensuite : le thème-contredanse « premye a » présenté a l’unisson par le saxophone soprano et la basse, supporté par les accords discrets du piano, commenté par le saxophoniste ; un morceau de salsa, de latin-jazz, « Thevens minor » arrangement d’une composition à un cousin de Richecard. Ces canevas sont bien développés par les solistes.
ballade 4/4, tr
ès lente, très originale par ses équivoques de mesures, ses beaux accords introductifs du piano lyrique dans le solo, son improvisation de la « Carotte » ou sax soprano ; un rara très entrainant et qui vous met la ceinture en mouvement et en feu, par l’imitation de nos « vaccines » obstinées, composition du saxophoniste américain Melvin Butler développée au sax alto avec brio ; un morceau au rythme latin, version de « Yes or No » de Wayne Shorter.
On retient du troisième « set » une sympathique version ballade et pop-jazz de « Imagine » de John Lennon, avec le sax-soprano en vedette ; une salsa « Nothing serious » où participe un joueur de congas, bénévole, présent comme par bonheur sur les lieux (c’est un « jam » ou le nouveau venu s’exprime bien en solo) ; un dernier morceau de « rara » version du titre « Yellow Jacket ».
De bons improvisateurs, pleins d’avenir.
Courage, passion et persévérance !
Auteurs: Roland Léonard
Eunice Éliazar
Soiurce: https://lenouvelliste.com/article/211459/le-vent-frais-et-aromatise-de-jacmel
Roland Léonard et Eunice Éliazar.

Le département du Sud-Est a toujours été retenu comme un immense grenier de talents artistiques, en arts plastiques, en littérature comme en musique. Ce dernier domaine a été maintes fois honoré par des célébrités inoubliables dans les champs populaires et savants. Citons : Cyriaque Archille Paris, dit « Ti-Paris », Vaille Rousseau, Hector Lominy, Hughes et Pierre Leroy, les jazzmen Lionel Volel, Edgard Depestre et Buyu Ambroise, sans compter d’autres noms d’illustres devanciers que nous n’avons plus en mémoire.
La relève est permanente dans cette région du pays. Côté jazz, on peut compter aujourd’hui sur des jeunes, très doués, enthousiastes et dynamiques au brillant avenir. Ils sont presque tous, à l’exception de quelques autodidactes, issus de l’école Dessaix Baptiste et du grand ensemble de jazz de Jacmel, dirigé par Pierre Leroy. Le jeune bassiste Richecard Ciné est du nombre.
Ce dernier a reçu par ailleurs des formations en éducation musicale des enfants et en technique de jazz, en République dominicaine, avec des moniteurs comme Mario Canonge, David Sanchez et le saxophoniste américain Marco Pignatao, directeur de la célèbre Berklee school of Boston.
De retour à Jacmel, il a fondé le Richecard Ciné quartet et créé le festival de jazz de cette ville. Nous avons eu le bonheur en compagnie de la journaliste Eunice Eliazar et du photographe Casimir Veillard d’assister, en After-hour à son concert « en boîte » au Café 36, Pétion-Ville, rue Clerveaux. Le Richecard Ciné, 29 ans : basse et leader ; Shalomson Lamy, 22 ans : sax alto et soprano ; Jacky Polycarpe, 31 ans : piano électrique « Roland » ; Ronald Sanon, 31 ans : batterie. Ils sont tous jacméliens, souvenons-nous-en.

Notre consœur Eunice Eliazar nous livre ses impressions et son appréciation de la soirée.
Symbiose. En voilà un mot pour nommer cette soirée captivante au PaPJazz 2020. Des mélodies traitées avec pondération et jazzistique, sur des rythmes haïtiens ou caraïbes, ont permis une synchronisation aux couleurs du moment. En effet, Richecard et son groupe, tous des jeunes jacméliens, ont ouvert au Café 36 l’élégance du dire, de jouer et l’alternance des lumières, tel un jeu en mouvement.
Pour la 14e édition du festival international de jazz en Haïti, Jacky Polycarpe, au piano électrique lors de ce spectacle, a enrichi le sens de la beauté, de l’harmonie auditive et de l’érotisme latent. C'était le meilleur élément pour donner un vrai sens, en des termes artistiques, à cette représentation. Des airs connus et célèbres en version spéciale de ballade, comme YoYo, le Rara de Melvin Butler et une version instrumentale de la fameuse chanson de John Lennon, « Imagine », ont servi de tremplin aux développements, paraphrases improvisées des solistes.À une époque où les jazzmen sont de plus en plus sur scène, il peut sembler que le fossé qui sépare les amateurs de jazz des érudits est comblé. Toutefois, il n’est pas de mauvais augure de se demander si cette forme de récupération élitiste du jazz, pour ne pas dire cette forme bourgeoise, ne constitue pas l’ossature de cette nouvelle influence qui amène des amateurs curieux des pratiques culturelles à consommer une telle variété musicale.
Avec communion, malgré la délicatesse de notre supputation, le jazz ne reste plus aujourd’hui là où il était avec les artistes qui se passent de présentation, comme : Miles Davis, Ella Fitzgerald, Sarah Vaughan, Louis Armstrong et peut-être également Billie Holiday. Passation de flambeau ou nouvelle génération pour récupérer et conserver ce style de musique né au début du XXe siècle aux États-Unis, aujourd’hui, la nécessité d’avoir une éthique de la connaissance s’y mêlent à l’histoire du jazz. En tout cas, il y a les festivals, les savants et les théoriciens pour inventer les normes, ne serait-ce que pour assurer la prolifération de ce croisement musical. Voyons le bon côté des choses.
Ambiance

Le cadre de la grande salle du restaurant, au Café 36, est beau à voir : celle-ci s'apparente à une longue « tonnelle » ou
« choucoune », étirée de l’est à l’ouest, avec les solives supportant son toit en tôles et à angles, à deux versants comme un livre ouvert et en chapeau. Il y a les lumières du plafond, les tables et fauteuils. Une scène à l’ouest est à la disposition des musiciens, de leurs instruments, « amplis » et micros. La sono et ses musiciens sont à l’arrière, au fond et à l’est.
Le Richecard Ciné quartet nous propose un concert en trois « sets » de vingt minutes, et de trois morceaux chacun.
Le premier set commence par une version « kata » et un peu « biguine » de « New Morning », composition du groupe « Yellow Jacket ». On apprécie l’exposition en appels et réponses du sax, des claviers et de la basse, les improvisations du saxophone alto et de la basse électrique. On peut citer ensuite : le thème-contredanse « premye a » présenté a l’unisson par le saxophone soprano et la basse, supporté par les accords discrets du piano, commenté par le saxophoniste ; un morceau de salsa, de latin-jazz, « Thevens minor » arrangement d’une composition à un cousin de Richecard. Ces canevas sont bien développés par les solistes.
Le deuxième « set » est plus enthousiasmant par ses audaces : un arrangement de « Yoyo », en
ballade 4/4, très lente, très originale par ses équivoques de mesures, ses beaux accords introductifs du piano lyrique dans le solo, son improvisation de la « Carotte » ou sax soprano ; un rara très entrainant et qui vous met la ceinture en mouvement et en feu, par l’imitation de nos « vaccines » obstinées, composition du saxophoniste américain Melvin Butler développée au sax alto avec brio ; un morceau au rythme latin, version de « Yes or No » de Wayne Shorter.
On retient du troisième « set » une sympathique version ballade et pop-jazz de « Imagine » de John Lennon, avec le sax-soprano en vedette ; une salsa « Nothing serious » où participe un joueur de congas, bénévole, présent comme par bonheur sur les lieux (c’est un « jam » ou le nouveau venu s’exprime bien en solo) ; un dernier morceau de « rara » version du titre « Yellow Jacket ».
De bons improvisateurs, pleins d’avenir.
Courage, passion et persévérance !
Auteurs: Roland Léonard
Eunice Éliazar
Soiurce: https://lenouvelliste.com/article/211459/le-vent-frais-et-aromatise-de-jacmel
Une famille criblée de balles à Croix-des-Bouquets
Publié le 2020-01-24 | Le Nouvelliste
On aperçoit une fillette en uniforme de son établissement scolaire, sac de livres à côté de sa tête, sans vie, les yeux fermés pour l’éternité. Le large sourire de Micky Mouse imprimé sur ce sac rouge sang tranche avec le corps maculé de sang de cette adolescente étalée dans la boue, au bord de la route de Croix-des-Bouquets, jeudi 23 janvier 2020.
Cette image d'une enfant, en uniforme scolaire, baignant dans son sang, largement partagée sur les réseaux sociaux, rappelle une triste réalité de l’insécurité qui prévaut dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.
Sur une autre photo, on voit un homme quittant sa place de chauffeur pour tenter de se réfugier sur le siège arrière de son véhicule. C’est en biais, entre deux sièges du véhicule, que la mort le fige. Criblé de balles.
Gaudy Salomon, ancien policier, employé de l'Inspection générale des finances, rentrait chez lui avec ses deux enfants et un parent, quand la famille a été attaquée par des bandits qui ont criblé de balles sa voiture, une Suzuki grise, modèle Grand Vitara.
L’homme et sa fille de 13 ans ont été tués sur-le-champ par les individus armés. Le garçon de la famille, âgé de sept ans, ainsi qu’un neveu de Gaudy Salomon dans la vingtaine, ont été blessés lors de l’attaque et conduits dans un centre hospitalier pour recevoir des soins.
L’enfant, blessé à la main, a été opéré avec succès. Le neveu risque d’être paraplégique, a confié une source, au journal. Une autre personne dont l'identité n'a pas été révélée aurait été aussi tuée au cours de l'attaque.
Les circonstances de cette attaque ne sont pas encore élucidées par la police.
Ces derniers jours, on ne compte plus les actes d’insécurité, liés ou pas au climat de développement du banditisme, qui endeuillent la population à la capitale et en province.
Souvent, ce sont les photos partagées sur les réseaux sociaux qui leur donnent du relief. Les autorités ne tiennent pas compte des victimes. La police ne parle dans ses points de presse que des arrestations effectuées. Les morts et les blessés sont passés sous silence. Ces statistiques ne sont pas tenues avec rigueur.
Plus tôt dans la journée du jeudi 23 janvier 2020, lors d’une prise de parole au Palais national, le président Jovenel Moïse avait indiqué qu’il n’est pas indifférent aux morts liés à l’insécurité. Le chef de l'État a assuré avoir entendu les cris des habitants du grand Sud, de Martissant, de Carrefour en proie à la furie des bandits.
Le président a indiqué que des instructions sont passées pour que la police, quelles que soient l’unité et l’affectation, au palais, à la DCPJ, à l’UDMO, mette tout son poids, mobilise tous ses moyens pour assurer la sécurité des vies et des biens.
Jovenel Moïse a, une nouvelle fois, appelé les bandits armés à remettre leurs armes ou courir le risque de finir au cimetière.
Auteur: Roberson Alphonse
Source:https://lenouvelliste.com/article/211526/une-famille-criblee-de-balles-a-croix-des-bouquets
Commentaire :
Tous les jours, à chaque écho d’une vie arrachée, je me dis au Seigneur que ce soit enfin le cadavre de trop !
Mais hélas, ils sont des centaines de vies emportées par la médiocrité, l’irresponsabilité, la déshumanisation d’un groupe ailleurs hors-la loi mais choyé et protégé en Haïti. Au nom de quel agenda ? Pour le profit de quel groupe ?
La fin de cette plaisanterie inhumaine est cochée pour quand dans l’agenda des américains et des alliés du CoreGroup ?
Les cadavres de trop se comptent par centaines, depuis que Jovenel Moïse a démontré qu’il n’était pour la fonction présidentielle.
Maintenant, puisqu’on dit qu’il n’y a pas de mal qui dure cent ans, j’attends de mes vœux les plus pieux et réalistes, l’Erreur qui fera définitivement basculer le faux équilibre acquis par le soutien de l’étranger et qu’il tombe définitivement dans son néant le plus abjecte de notre histoire!
On aperçoit une fillette en uniforme de son établissement scolaire, sac de livres à côté de sa tête, sans vie, les yeux fermés pour l’éternité. Le large sourire de Micky Mouse imprimé sur ce sac rouge sang tranche avec le corps maculé de sang de cette adolescente étalée dans la boue, au bord de la route de Croix-des-Bouquets, jeudi 23 janvier 2020.
Cette image d'une enfant, en uniforme scolaire, baignant dans son sang, largement partagée sur les réseaux sociaux, rappelle une triste réalité de l’insécurité qui prévaut dans la région métropolitaine de Port-au-Prince.
Sur une autre photo, on voit un homme quittant sa place de chauffeur pour tenter de se réfugier sur le siège arrière de son véhicule. C’est en biais, entre deux sièges du véhicule, que la mort le fige. Criblé de balles.
Gaudy Salomon, ancien policier, employé de l'Inspection générale des finances, rentrait chez lui avec ses deux enfants et un parent, quand la famille a été attaquée par des bandits qui ont criblé de balles sa voiture, une Suzuki grise, modèle Grand Vitara.
L’homme et sa fille de 13 ans ont été tués sur-le-champ par les individus armés. Le garçon de la famille, âgé de sept ans, ainsi qu’un neveu de Gaudy Salomon dans la vingtaine, ont été blessés lors de l’attaque et conduits dans un centre hospitalier pour recevoir des soins.
L’enfant, blessé à la main, a été opéré avec succès. Le neveu risque d’être paraplégique, a confié une source, au journal. Une autre personne dont l'identité n'a pas été révélée aurait été aussi tuée au cours de l'attaque.
Les circonstances de cette attaque ne sont pas encore élucidées par la police. Ces derniers jours, on ne compte plus les actes d’insécurité, liés ou pas au climat de développement du banditisme, qui endeuillent la population à la capitale et en province.
Souvent, ce sont les photos partagées sur les réseaux sociaux qui leur donnent du relief. Les autorités ne tiennent pas compte des victimes. La police ne parle dans ses points de presse que des arrestations effectuées. Les morts et les blessés sont passés sous silence. Ces statistiques ne sont pas tenues avec rigueur.
Plus tôt dans la journée du jeudi 23 janvier 2020, lors d’une prise de parole au Palais national, le président Jovenel Moïse avait indiqué qu’il n’est pas indifférent aux morts liés à l’insécurité. Le chef de l'État a assuré avoir entendu les cris des habitants du grand Sud, de Martissant, de Carrefour en proie à la furie des bandits.
Le président a indiqué que des instructions sont passées pour que la police, quelles que soient l’unité et l’affectation, au palais, à la DCPJ, à l’UDMO, mette tout son poids, mobilise tous ses moyens pour assurer la sécurité des vies et des biens.
Jovenel Moïse a, une nouvelle fois, appelé les bandits armés à remettre leurs armes ou courir le risque de finir au cimetière.
Auteur: Roberson Alphonse
Source:https://lenouvelliste.com/article/211526/une-famille-criblee-de-balles-a-croix-des-bouquets
Commentaire :
Tous les jours, à chaque écho d’une vie arrachée, je me dis au Seigneur que ce soit enfin le cadavre de trop !
Mais hélas, ils sont des centaines de vies emportées par la médiocrité, l’irresponsabilité, la déshumanisation d’un groupe ailleurs hors-la loi mais choyé et protégé en Haïti. Au nom de quel agenda ? Pour le profit de quel groupe ?
La fin de cette plaisanterie inhumaine est cochée pour quand dans l’agenda des américains et des alliés du CoreGroup ?
Les cadavres de trop se comptent par centaines, depuis que Jovenel Moïse a démontré qu’il n’était pour la fonction présidentielle.
Maintenant, puisqu’on dit qu’il n’y a pas de mal qui dure cent ans, j’attends de mes vœux les plus pieux et réalistes, l’Erreur qui fera définitivement basculer le faux équilibre acquis par le soutien de l’étranger et qu’il tombe définitivement dans son néant le plus abjecte de notre histoire!
mercredi 22 janvier 2020
Le Centre d’art en Haïti expose une cinquantaine d’œuvres pour célébrer ses 75 ans
30 peintures, 4 dessins, 9 métaux découpés monumentaux et 5 sculptures en bois et en métal sont exposés du mercredi 15 au vendredi 25 janvier 2020 au Centre d’art. Pendant dix jours, cette institution septuagénaire ayant formé d’étonnantes générations d’artistes revient sur quelques-unes de ces œuvres « rescapées » lors du séisme du 12 janvier 2010.
Publié le 2020-01-21 | Le Nouvelliste

« Que représente 75 ans d’existence et de succès dans un pays comme le nôtre ? », s'interroge, dans son discours de circonstance Axelle Liautaud, présidente du conseil d’administration du Centre d’art.
Derrière cette longévité, se trouve la vision, le sérieux et la sagesse des personnalités qui se sont relayés au Centre d’art et qui ont collaboré avec lui, a précisé madame Liautaud avant de rappeler qu’au « départ, il y a les fondateurs Dewitt Peter, Albert Mango
nès et Maurice Borno, entre autres, avec une formabilité de créer un centre de formation artistique ».
C’est grâce au talent et au génie découverts chez les artistes que cette institution septuagénaire résiste aux bouleversements de toutes sortes. Les artistes rencontrés au Centre d’art « allaient bousculer les frontières de la création artistique et créer des remous en dehors de notre pays ». Même après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 au cours duquel bon nombre d’œuvres ont été détruites, le Centre d’art a su se relever et s’imposer par le dynamisme de ses constituants.
André Breton, fasciné par le dynamisme des artistes autodidactes, a souligné madame Liautaud, « suggère à José Gomez de donner une place de choix à ces autodidactes qui étonnent le monde de l’art ».
Dans l’histoire des 75 ans du Centre d’art, les grands musées américains ont fait l'acquisition des œuvres exposées jadis au centre. Des artistes étrangers exposent leurs tableaux et la légende du centre se renforce par la capacité d’accueil des artistes locaux. Après des années de service au centre, le fondateur de l’institution, Dewitt Peter, se retire en formant une remplaçante, Francine Murat, qui mourut un mois après le séisme du 12 janvier 2010.
Si le Centre d’art a pu survivre au séisme de 2010, c’est grâce à la gestion sage et créative de ces deux directeurs. « Les artistes ont été au cœur de leurs préoccupations », souligne la présidente actuelle du conseil d’administration du Centre.
Lorsque le séisme a eu lieu, le Centre d’art s’est effondré. « Plus de maison, plus de direction, plus de conseil d’administration fonctionnels, mais les employés du centre, avec l’appui des membres du conseil et de la Fokal, se sont employés à sauvegarder les œuvres et les archives. »
Avec la collaboration du secteur privé qui a soutenu l'entreposage des œuvres sauvées et les dons recueillis, Axelle Liautaud affirme que « le hasard et la chance n’ont
rien à voir avec cette histoire. Toutes ces initiatives ne seront pas venues aider le Centre d’art s’il avait été moribond, sans rayonnement et mal géré ».
Aujourd’hui, cette institution vieille de 75 ans peut célébrer ses années de création grâce au dévouement et au sérieux de nombreuses personnalités d’ici et d’ailleurs. « C’est un exemple réussi de collaboration avec l’international, dans le respect de la spécificité culturelle et historique de ce pays», se réjouit la présidente du conseil d’administration du Centre d’Art en Haïti.
Auteure: Eunice Eliazar
Source:https://lenouvelliste.com/article/211231/le-centre-dart-en-haiti-expose-une-cinquantaine-doeuvres-pour-celebrer-ses-75-ans?fbclid=IwAR1XyzTSWTFaIQdRHuCicy1J58jIF85FSLiLdbPk6kkQTuVna4eG-ZhIwOw
Publié le 2020-01-21 | Le Nouvelliste

« Que représente 75 ans d’existence et de succès dans un pays comme le nôtre ? », s'interroge, dans son discours de circonstance Axelle Liautaud, présidente du conseil d’administration du Centre d’art.
Derrière cette longévité, se trouve la vision, le sérieux et la sagesse des personnalités qui se sont relayés au Centre d’art et qui ont collaboré avec lui, a précisé madame Liautaud avant de rappeler qu’au « départ, il y a les fondateurs Dewitt Peter, Albert Mango
nès et Maurice Borno, entre autres, avec une formabilité de créer un centre de formation artistique ».C’est grâce au talent et au génie découverts chez les artistes que cette institution septuagénaire résiste aux bouleversements de toutes sortes. Les artistes rencontrés au Centre d’art « allaient bousculer les frontières de la création artistique et créer des remous en dehors de notre pays ». Même après le tremblement de terre du 12 janvier 2010 au cours duquel bon nombre d’œuvres ont été détruites, le Centre d’art a su se relever et s’imposer par le dynamisme de ses constituants.
André Breton, fasciné par le dynamisme des artistes autodidactes, a souligné madame Liautaud, « suggère à José Gomez de donner une place de choix à ces autodidactes qui étonnent le monde de l’art ».
Dans l’histoire des 75 ans du Centre d’art, les grands musées américains ont fait l'acquisition des œuvres exposées jadis au centre. Des artistes étrangers exposent leurs tableaux et la légende du centre se renforce par la capacité d’accueil des artistes locaux. Après des années de service au centre, le fondateur de l’institution, Dewitt Peter, se retire en formant une remplaçante, Francine Murat, qui mourut un mois après le séisme du 12 janvier 2010.Si le Centre d’art a pu survivre au séisme de 2010, c’est grâce à la gestion sage et créative de ces deux directeurs. « Les artistes ont été au cœur de leurs préoccupations », souligne la présidente actuelle du conseil d’administration du Centre.
Lorsque le séisme a eu lieu, le Centre d’art s’est effondré. « Plus de maison, plus de direction, plus de conseil d’administration fonctionnels, mais les employés du centre, avec l’appui des membres du conseil et de la Fokal, se sont employés à sauvegarder les œuvres et les archives. »Avec la collaboration du secteur privé qui a soutenu l'entreposage des œuvres sauvées et les dons recueillis, Axelle Liautaud affirme que « le hasard et la chance n’ont
rien à voir avec cette histoire. Toutes ces initiatives ne seront pas venues aider le Centre d’art s’il avait été moribond, sans rayonnement et mal géré ».Aujourd’hui, cette institution vieille de 75 ans peut célébrer ses années de création grâce au dévouement et au sérieux de nombreuses personnalités d’ici et d’ailleurs. « C’est un exemple réussi de collaboration avec l’international, dans le respect de la spécificité culturelle et historique de ce pays», se réjouit la présidente du conseil d’administration du Centre d’Art en Haïti.
Auteure: Eunice Eliazar
Source:https://lenouvelliste.com/article/211231/le-centre-dart-en-haiti-expose-une-cinquantaine-doeuvres-pour-celebrer-ses-75-ans?fbclid=IwAR1XyzTSWTFaIQdRHuCicy1J58jIF85FSLiLdbPk6kkQTuVna4eG-ZhIwOw
lundi 20 janvier 2020
L’histoire palpitante des chemins de fer en Haïti
En 2018, des hommes d’affaires dominicains ont proposé de construire une ligne ferroviaire entre les deux républiques de l’île. Ce ne serait pas une grande première pour Haïti. La circulation des trains comme moyen de transport sur le territoire national est au contraire une histoire pleine de rebondissements.Pendant les années qui ont suivi l’Indépendance, Haïti a tenté de se moderniser dans plusieurs domaines. Une Banque Nationale, bien que tenue par des étrangers, des industries de toutes sortes ont vu le jour pour ancrer le pays dans le monde dit civilisé.
Le transport de la production agricole – principale activité économique du pays – et la circulation des personnes nécessitent aussi des investissements conséquents. Dès 1876, on peut observer les premiers rails en Haïti. Il s’agissait de lignes de tramways, nom donné aux trains utilisés en zone urbaine. Selon Georges Michel, dans son livre Les Chemins de fer de l’île d’Haïti, ces machines étaient tirées par des chevaux.
Au cours du 20e siècle, plusieurs lois et arrêtés sont pris pour acter des concessions de contrat à des compagnies de construction de chemins de fer. D’autres arrêtés sont pris aussi pour réguler le secteur, notamment en légalisant la création de certaines entreprises dans le domaine. C’est ainsi que dans Le Moniteur du 19 janvier 1907, un arrêté autorise la formation de la société anonyme du chemin de fer de Pétion-Ville. Le 13 novembre 1912, une loi crée un service d’Inspecteurs des chemins de fer.
Il fallait relier tout le pays par un grand réseau de rails sur lesquels circuleraient trains et tramways, et mettre en place des conditions pour que ce réseau fonctionne.
Guerre entre puissances Ailleurs dans le monde, c’est la révolution industrielle, et les grandes puissances du monde exportent leur savoir-faire. Haïti est à cette époque un marché intéressant pour ces pays industrialisés. Non seulement l’ancienne colonie de Saint-Domingue a de grands besoins en termes industriels, mais il est aussi riche en gisement minier.
Trois pays se partagent la vie économique de l’île. L’Allemagne est le pays étranger le mieux établi. Les Allemands, pour contourner les lois du pays qui refusent le droit de propriété aux étrangers, n’hésitent pas à se marier à des Haïtiennes. Ils multiplient les investissements dans le pays, surtout dans le commerce de l’import-export.
Les Français sont un peu en retrait, mais gardent des intérêts très importants dans l’ancienne colonie. La langue favorise le rapport de proximité ; les écoles du pays fonctionnent selon le système de l’ancienne Métropole. De plus, la grande majorité des exportations du pays sont à destination de la France. En plus, la Banque Nationale du pays est gérée par des Français.
Pour finir, il y a les Anglais et les Américains, surtout ces derniers. Le pays de l’oncle Sam observait avec inquiétude l’établissement des Européens dans la zone. Le Môle Saint Nicolas, situé de manière stratégique, était au centre de leur préoccupation. Il ne fallait pas qu’il tombe entre des mains européennes. Petit à petit donc les Américains ont commencé à investir en Haïti, et à s’impliquer, au nom de la doctrine de Monroe.
Les chemins de fer sont l’un des domaines stratégiques de cette implication. Entre les Allemands et les Américains, la bataille était rude pour gagner des contrats avec le gouvernement. C’est à la faveur de ces différentes concessions que les trains sont apparus dans le pays.
La valse des concessionnaires étrangers Plusieurs lignes sont mises peu à peu en circulation. De Port-au-Prince à Saint-Marc, de Cap-Haïtien à Bahon, ou encore de Gonaïves à Ennery de nouveaux rails sont posés. Rudolphe Gardère est l’un des seuls Haïtiens à avoir obtenu une concession de l’État. Il était responsable de la construction de la ligne Gonaïves-Hinche. Mais presque immédiatement après avoir reçu le contrat, l’homme d’affaires décida de céder son entreprise à deux Américains, originaires de Philadelphie, le 18 juillet 1904. La transaction a eu lieu pour la somme de 50 $ en liquide et $62 500 de stock.
Les deux Américains reçoivent le feu vert du gouvernement pour l’extension du réseau. Ils sont censés relier la précédente ligne de Gonaïves-Ennery à Port-au-Prince, et la poursuivre jusque dans le Nord. Mais ces travaux n’ont jamais abouti.
D’autres concessions seront accordées à des étrangers, pour construire des chemins de fer. Même si les entreprises créées à cet effet portent des noms comme « compagnie nationale », elles ne sont pas haïtiennes.
La Compagnie des chemins de fer de la Plaine du Cul-de-sac En 1895, une compagnie allemande, bien qu’elle ait aussi des capitaux américains, fit l’acquisition du réseau de tramways de Port-au-Prince. C’était la PCS, la Compagnie des chemins de fer de la Plaine du Cul-de-sac. La compagnie voulait aussi agrandir les lignes existantes, pour créer de nouvelles dont l’une partirait de la capitale aux frontières de la République dominicaine.
La PCS a connu du succès dans ses débuts. Déjà, le 1er mai 1905, le président Nord Alexis saluait une si grande réussite, lors d’un discours pour la fête du Travail. De 1910 à 1911, plus d’un million de personnes empruntent les tramways de la capitale.
La Compagnie haïtienne des chemins de fer Parmi les contrats signés avec des étrangers, le plus célèbre est celui de la compagnie haïtienne des chemins de fer, la National Railroad Co. En 1910, James P. McDonald, un homme d’affaires américain, obtient une concession de l’État haïtien pour la construction de nouvelles lignes, notamment celle qui mène de Port-au-Prince au Cap-Haïtien. Elle devait aussi récupérer deux des lignes qui existaient déjà afin de les joindre à la nouvelle, et créer ainsi un réseau national.
C’est l’opération économique la plus désastreuse que l’État haïtien ait opérée à l’époque, dira un financier américain. Les parlementaires haïtiens approuvent le contrat malgré des réticences évidentes de certains secteurs de la vie nationale. Ainsi, dans son édition du 13 janvier 1910, un journal haïtien de l’époque appelé l’Impartial, écrivait ceci : « […] il serait excessivement imprudent de confier à un seul homme, M. MacDonald, 500 km à construire […] n’oublions pas que depuis 1904, ces m
êmes personnes, avec quelques changements de noms, n’ont pu faire que 20 km ».Un contrat en or Des rumeurs de pots-de-vin circulaient aussi. James P. McDonald aurait ainsi offert un collier de fausses perles à la fille du président Antoine Simon, pour obtenir le contrat.
Quoi qu’il en soit, l’entrepreneur américain sort gagnant, et les avantages qu’on lui offre sont exorbitants. La concession lui est faite pour 50 ans. De part et d’autre de la voie ferrée qu’il doit construire, James P. Mc Donald se voit attribuer 20 km de terre pour la plantation de figues. Il a en outre le monopole de l’exportation de cette denrée, et des franchises douanières. Pour financer ce projet, McDonald émet des bons à hauteur de 20 000 dollars par km de rail construit.
Pour que la National Railroad puisse réunir l’argent, l’État haïtien offre un intérêt garanti de 6 %. En échange, l’État reçoit 1/6 de tout profit de plus de 12 %, et à la fin de la concession, la compagnie devient sa propriété.
La National Railroad déraille
Vers 1913, la National Railroad a vendu pour environ 3 545 000 dollars de bons. En tout, pour la période, le contrat coûte plus de 8 000 000 de dollars à l’État. C’est une somme considérable, car de 1913 à 1924, les recettes annuelles du pays n’ont pas dépassé 6 800 000 dollars.
Malgré tous les avantages accordés à la compagnie, elle n’effectue pas les travaux comme il était précisé dans le contrat. Même le projet de bananes de Mc Donald ne réussit pas. Une procédure est lancée par l’État pour résilier le contrat.
La gestion calamiteuse de la National Railroad mène la compagnie au bord de la faillite. En 1911, McDonald est évincé de l’entreprise qui revient à un consortium d’entrepreneurs menés par la compagnie W. R. Grace. Cette compagnie est de nos jours encore un leader dans le monde dans les matériaux de construction.
Deux gros poissons de Wall Street l’accompagnaient, la National City Bank de New York, et la Speyer Company. Le vice-président et le président de la National City Bank, respectivement, Samuel McRoberts et Franck A. Vanderlip, avaient des actions dans le nouveau National Railroad. Un employé de la banque, Roger L. Farnham, dont on disait qu’il était raciste, était nommé président de la Compagnie nationale des chemins de fer.
Les chemins de fer de l’occupation
Cette nouvelle aventure de la National Railroad est l’une des raisons les plus importantes de l’occupation américaine d’Haïti, de 1915 à 1936. Les travaux pour lesquels la compagnie avait obtenu des contrats patinaient encore. Seulement 174 km de rails avaient été construits, en trois lignes séparées, alors que la compagnie devait relier Port-au-Prince au Grand Nord. En 1914, au vu de ces résultats négatifs, l’État haïtien décide de stopper les paiements qu’il octroyait à la National Railroad. Celle-ci protesta que de fréquentes révolutions dans le pays l’empêchaient de faire son travail. Cette décision de surseoir sur les paiements a provoqué des remous considérables, car les investisseurs américains étaient puissants. Roger L. Farnham, le président de la National Railroad demanda fréquemment au gouvernement américain d’intervenir en Haïti, principalement pour protéger les intérêts de leurs ressortissants. Ces intérêts étaient non seulement dans les chemins de fer, mais aussi dans d’autres secteurs. Le 19 juillet 1915, des marines américains débarquent, officiellement pour préserver la stabilité du pays.
Auteur: Jameson Francisque
Linguiste. Journaliste. Passionné de technologie. Je m'intéresse à la politique et à l'économie. Ah, j'écris aussi un peu de poésie, histoire de faire passer la vie. Source: https://ayibopost.com/lhistoire-palpitante-des-chemins-de-fer-en-haiti/?fbclid=IwAR08Q5X7CCLkxxn_cGrzR1uFne6dW2Hbllz4yc6KnP9J3TEHOkb-nnmh7lw
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