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lundi 27 avril 2020

Haïti autosuffisant en maïs

#DIZONPAM
Je publie très souvent des articles que l’on pourrait qualifier de décevants ou tristes. Ceci jamais dans le souci de ne partager que de mauvaises nouvelles. Je ne fais en fait que répercuter ce qui intéresse les médias.
Aujourd’hui, en feuilletant la page culturelle du Nouvelliste, j’ai vu ce titre sur une photo de la version sur papier. Je suis donc retourné sur la version disponible en ligne pour tomber sur cette excellente nouvelle.
Haïti autosuffisant en maïs.
Je passe sur le fait qu’un journaliste courageux eut à pécher cette information à partir de publications américaines. J’ai envie de dire heureusement certes ! Mais pourquoi n’y a-t-il pas une étude haïtienne et une valorisation de ce fait : une autosuffisance dans une denrée alimentaire ; alors que les ONGs mettent tout le temps des articles pour annoncer une insécurité alimentaire ?
L’article détaille les modalités de consommation du maïs. Moi j’en mange régulièrement. J’en achète dans les supermarchés asiatiques. Le produit s’appelle bien « Maïs Haïti ». Mais « fabriqué » en Angleterre. Aux USA, j’ai eu à croiser la fameuse variété « mayi senmak ». Mais là encore Haïti n’a rien à voir dans son exploitation.
J’avais beaucoup critiqué une émission radiodiffusée qui parlait d’une entrepreneure à succès dont le travail, dont l’exploit a consisté à faire rentrer du « corn flakes » en gros puis à les détailler, pour rendre ce type de céréales accessibles à tout le monde. J’ai eu l’impression de marcher sur la tête. Et ma réflexion s’est conceptualisée dans le sens d’une interrogation sur pourquoi importer et « populariser » le corn flakes, dans un pays ou existe le maïs.
J’ai croisé aussi des Haïtiens qui vous disent qu’ils ne mangent pas de maïs moulu (en forme de semoule !)
Il y a beaucoup à faire sur cette filière. Il faudrait une politique de « valorisation » du produit et une prise en main pas le secteur de la transformation.
Comment en pas penser à cette bouteille d’AK100, vendu dans le petit bar desservant le Centre d’Etudes Secondaires ? Pour l’anecdote de l’ AK100 une fois en compagnie de mon grand ami Monsieur Herbert Joseph à New York , j’y reviendrai une autre fois ! Moi en attendant je ne rate pas pour me faire une belle assiette de may moulen ak fèy zepiina, maymoulen, ak djondjon, maymoulen ak kalalou ; maymoulen ak afliba … Je réfléchis au « tyaka »
Publié le 2020-04-24
Un rapport publié récemment par le Département d’Agriculture des États-Unis (USDA, en anglais) est entièrement consacré aux grains cultivés et consommés en Haïti et permet d’avoir une vue globale, via des statistiques et des prévisions actualisées sur la production, la commercialisation et la capacité de stockage de chacun de ces produits alimentaires. Aussi, ce rapport rendu public en date du 15 avril 2020 nous fait-il savoir que le maïs, contrairement à son cousin le riz, demeure à ce jour le grain le plus cultivé en Haïti, et par conséquent l'un des produits agricoles en lequels le pays est encore autosuffisant.
À ce titre, la production de maïs en Haïti, au cours de la campagne 2020/21, devrait atteindre 320 000 tonnes métriques (TM) contre des importations de l’ordre de 20 000 TM. Il s’agit-là d’une véritable prouesse compte tenu de l’incurie de l’État, des contraintes d’ordre structurel ainsi que de la carence de financements et d’investissements alloués à ce secteur de production durant ces dernières décennies.
Le maïs est cultivé non seulement dans tous les départements pendant trois saisons (au printemps, la principale saison de croissance, en automne et en l'hiver), mais également les reliefs, y compris les plaines humides et irriguées, les montagnes humides et les plateaux jusqu'à 2 500 pieds d'altitude.
Grâce à un retour à la production des zones touchées par la sécheresse au cours de la campagne 2018/19, la superficie récoltée pour l’actuelle campagne devrait augmenter de 1% pour atteindre 390 000 hectares (ha) contre 385 000 ha en 2018/19. Pour la campagne 2020/21, l’USDA prévoit une superficie récoltée stable de 390 000 ha.
« La production de maïs dépend fortement des précipitations, car les terres irriguées d'Haïti sont estimées à 80 000 hectares. De plus, d'autres cultures, dont le riz, le plantain et les légumes, concurrencent largement le maïs pour le système d'irrigation existant », rappelle le rapport qui établit à 320 000 TM, tout compte fait, la production de maïs pour l'actuelle campagne 2019/20.
Cette production représente une augmentation de 2% et est due au retour à des conditions climatiques normales, notamment la fin en août 2019 du phénomène «El Niño» ayant affecté les précipitations et provoqué la sécheresse dans plusieurs départements d'Haïti. L’USDA dit s'attendre à la poursuite des conditions climatiques normales durant la campagne 2020/21 et, par conséquent, à une production de maïs stable pour ladite campagne.
S’agissant du rendement pour la campagne 2019/20, il devrait rester stable autour de 0,82 TM par hectare. « Le rendement du maïs en Haïti est difficile à augmenter en raison de plusieurs paramètres, notamment la gestion de l'eau, le manque de variétés adaptées à la situation des agriculteurs et le manque d'outils et d'équipements adéquats [...] La dépendance de la production de maïs d'Haïti vis-à-vis des précipitations crée une incertitude quant à la disponibilité de l'eau pour le développement du maïs […] De plus, la fertilisation est fortement négligée dans la production de maïs en Haïti. Il est appliqué dans quelques zones irriguées, mais dans les autres zones, la fertilisation est presque inexistante […] En Haïti, le rendement dépend du potentiel du sol, des résidus des cultures précédentes (pour l'engrais) et des précipitations », révèle longuement le rapport.
Malgré une production quasi autosuffisante, les stocks de maïs en Haïti restent limités et le gouvernement, indique le rapport, ne fixe aucun niveau de stock. Cependant, quelques agriculteurs haïtiens parviennent à stocker une petite quantité de maïs pour servir de semences pour la prochaine campagne. « Les agriculteurs disposant d'installations de stockage peuvent stocker plus de 20% de la récolte sous forme de semences pour la prochaine campagne agricole. »
Pour la campagne 2019/20, les importations de maïs devraient atteindre 20 000 tonnes, contre 35 000 tonnes lors de la campagne 2018/19. Fait rare pour être souligné quand il s’agit d’agriculture en Haïti, cette baisse de 43% des importations est due, selon l’USDA, à l'augmentation de la production locale. Avec des conditions climatiques favorables à la production locale 2020/21, il est donc prévu une stabilisation des importations à 20 000 TM. « Haïti importe du maïs principalement des États-Unis et d'Argentine, mais il est signalé que de petites quantités de farine de maïs et de semoule traversent également la frontière dominicaine, de manière officieuse. »
Si l’USDA se garde de fournir des statistiques précises sur le niveau de consommation du maïs en Haïti, l’instance nous renseigne en revanche que cet aliment de base du régime haïtien est généralement consommé sous quatre formes : semoule de maïs (le moyen le plus populaire), maïs sucré (mayi boukannen), farine de maïs et akasan (une boisson haïtienne populaire). Si la semoule de maïs - en particulier de taille fine et moyenne - est consommée quotidiennement comme substitut du riz ou du blé de boulgour, le maïs sucré boukannen est vendu à presque tous les coins de rue.
Le maïs est également utilisé pour l'alimentation animale. « Tout d'abord, la tige du maïs est utilisée comme fourrage vert pour nourrir les animaux après la récolte. Deuxièmement, les grains de maïs sont utilisés pour nourrir la volaille. Cette catégorie comprend deux sous-catégories : les producteurs d'aliments pour animaux et les agriculteurs de basse-cour. Les producteurs d'aliments moulent le fruit entier (les grains et l'épi de maïs) pour produire des aliments pour animaux. Les fermiers nourrissent leurs volailles avec les grains. »
Source : https://lenouvelliste.com/article/215300/haiti-autosuffisant-en-mais Auteur : Patrick Saint-Prè

mercredi 15 avril 2020

Je ne suis pas de votre classe moyenne…

Réflexion d’une journaliste haïtienne.
Nous sommes arrivés au point où nous arborons avec ostentation des termes philosophiques et sociologiques pour tourner en dérision quelques formes d’institutions religieuses dites populaires ou incultes et les personnes croyantes qui, en grande partie, estimons-nous, sont les causes du laisser-aller du peuple haïtien. Soit. Mais comment reprocher à ces gens qui vivent, pour la plupart, au bas de l’échelle sociale de s’inventer un Dieu et toute sa lignée pour s’assurer un mieux-être psychologique, si tel est le cas, dans les conditions pareilles que nous vivons ? À notre tour, comment pouvons-nous croire en quelque chose qui n’existe pas, comme une certaine classe moyenne en Haïti ? Quand est-ce que nous aurons à nous retourner la balle ? Evidemment, il y a des limites à cette tentative que nous propose le schéma de ces lignes dans un contexte pareil.

Mais puisqu’il est aussi de plus en plus difficile sociologiquement de parler de la notion de classe moyenne dans les sociétés humaines d’aujourd’hui, comment faisons-nous pour dresser une telle utopie en Haïti ? « On m’a demandé d’aller l’école, j’y étais. On m’a demandé de faire des études supérieures, je les ai faites. Ou plutôt je les fais. » La formulation de ces phrases est peut-être de moi mais l’idée directrice concerne quasiment, pour ne pas dire totalement, toute une certaine classe moyenne en Haïti. À l’école nous avons appris que la classe moyenne est un concept des Trente Glorieuses en France qui représentait une sorte de transition ou une étape entre la classe aisée ou supérieure et la classe pauvre appelée la classe ouvrière ou la masse. L’émergence entre ces classes a donné naissance à une partie de la population qui n’est ni pauvre ni riche. Quand on tient compte, par exemple, de la réalité contemporaine de la ville et les espaces du vivre ensemble qui interrogent graduellement l’apparition des phénomènes sociaux permettant de saisir les raisons qui poussent les individus à se scinder dans les lieux individuels ou d’appartenance au même groupe social que les siens, cette notion de classe moyenne devient floue. Voilà pourquoi le concept de groupe est important dans cette même idée de classe moyenne.

Le concept de groupe fait appel à la solidarité et à ce qu’on pourrait nommer la théorie de l’identité sociale qui intervient au niveau de trois processus fondamentaux, d’après Henri Tajfel, un théoricien de l’identité sociale : la catégorisation sociale ; l’auto-évaluation à travers l’identité sociale ; la comparaison sociale inter-groupe. Devenue dominante dans l’approche des relations intergroupes, la théorie de l’identité sociale est utilisée comme cadre de référence pour comprendre et expliquer les phénomènes collectifs tels que les soulèvements, les émeutes ou la solidarité sociale. Nous autres en Haïti avec nos classes moyennes (si elles existent), nous élevons des remparts physiques et sociaux contre toutes formes de proximité et d’accointance, car ce que nous avons gagné ne tient qu’à un fil et peut s’écrouler du jour au lendemain. Elles (les classes moyennes) sont dans une dynamique de mobilité individuelle et n’entrevoient pas un pôle d’interaction intergroupe car les individus sont déterminés par leurs relations interpersonnelles et leurs caractéristiques personnelles[1].

Pour une universitaire et professionnelle salariée dont le père, assez connu dans sa ville, a eu une longue carrière dans l’enseignement et la mère qui avait bossé dans des ONGs, ayant partagé sa vie parfois entre le commerce et des activités d’archiviste, me paraît-il, il fallait clamer haut et fort : je suis dans de la classe moyenne. Comme l’a chanté Orelsan : « J’viens d’la classe moyenne, moyennement classe où tout le monde cherche une place (…)[2] En tout cas, je connais bien des gens qui disent et qui savent à quel point je me sens vexée quand ils me parlent en des termes : « une fille de province de la classe moyenne. » Peut-être que mes parents ne seront pas si déçus de m’entendre dire ça pour la simple et bonne raison je ne suis pas capable de suivre le troupeau sans m’interroger et interroger cette société. Parce qu’au moins je peux questionner ce qu’on m’a appris à l’école. Ce mode de fonctionnement discursif ne devrait-il être pas l’une des fonctions élémentaires de l’école ou de la formation supérieure ?

Ou peut-être que mes parents, je pense surtout à mon père, seront mécontents parce qu’ils se sont usés pour donner à leurs trois enfants une bonne éducation. Dans tous les cas, je ne m’excuse pas de ne pas avoir un sentiment d’appartenance à aucune classe sociale en Haïti. Ce n’est pas un déni. Je ne peux vraiment pas m’identifier à « une petite élite dont je n’ai cure, ni pour cette entité platonique adulée qu’on surnomme la Masse. Je ne crois pas à ces deux abstractions, chères au démagogue… »[3], comme l’a écrit Jorge Borges pour parler lui, de l’écriture.

Confinée à Marseille depuis plus d’un mois maintenant, mes inquiétudes me ramènent toujours à Haïti et me poussent à me replonger dans le fameux « pays lock » qu’à connu en septembre 2019, le pays. Situation qui a paralysé toutes les sphères et couches sociales du pays pendant trois (3) mois.
Il ne s’agissait pas d’un virus qui allait impacter à ce point le fonctionnement social, on le sait. Mais aujourd’hui, avec les deux cas recensés en Haïti, on s’interroge en se demandant doit-on s’attendre au pire puisque la plus fondamentale des mesures de prévention qu’il nous fallait était d’empêcher qu’on en arrive à ce point. Remarquons qu’ en France, les autorités peuvent soustraire l’ensemble de la population à leurs tâches sociales pour un bon temps ( Disons jusqu’en mai).
Sans rester dans les détails, chez nous en Haïti où la situation est très complexe, les stratégies standard de prévention des autres pays seront-elles valables ? La question me semble plus pertinente que toute tentative de réponse dans ce texte ou ma préoccupation essentielle aborde la problématique des classes moyennes.
Plusieurs définitions par catégories socioprofessionnelles ou intervalles de revenus existent par ce concept de classe moyenne. L’une des façons fondamentales pour approcher la réalité de cette classe, c’est le salaire. Ce n’est pas l’unique puisqu’il existe d’autres variables qu’il faudrait penser à prendre en compte. Mais nous, qui cherchons à user cette notion, sommes de préférence ce qu’on appelle une certaine « élite intellectuelle ».
Et voilà l’une des raisons primordiales qui me poussent à me soustraire de toute illusion de la classe moyenne. Evidemment vous me diriez peut-être que ce n’est pas un corps homogène et qu’il existe des classes moyennes. Soit. Cependant, en fonction de quoi estimez-vous que vous en fassiez partie ? Je me demande pourquoi on se précipite sur les concepts en faisant fi des bornes qui les définissent. Je laisse le soin à ceux et celles qui travaillent sur la langue et les rapports des humains en société cette tâche tout en sachant le risque que la classe moyenne encourt tous les jours pour ne pas se voir basculer dans la pauvreté alors qu’ils se fabriquent une vie incroyable…peut-être sur les réseaux sociaux.
Ce que je souhaitais exprimer ne tient qu’à un fil : mon ras-le-bol.
Ras le bol de devoir côtoyer en Haïti des classes moyennes toujours sur le qui-vive.
Ras le bol de devoir côtoyer une classe moyenne qui simule. Ras le bol de la situation actuelle causant la désolation de tout un peuple.
En Haïti nous avons une certaine classe moyenne qui se satisfait de trop peu et paradoxalement qui fait tout pour ressembler à des bourgeois ou des petits bourgeois, dans tout le sens du terme. L’expression petite bourgeoise me fascine pour mille raisons que je m’étalerai pas ici. Mais là, ma préoccupation me pousse à poser la question pendante : quand est-ce qu’on est petit.e bourgeois.e ? A l’école on nous a appris que les individus de la classe moyenne qui font des études supérieures peuvent devenir l’élite intellectuelle. Et cette dernière en remettant en question des pratiques de sa société et en devenant un.e employé.e capable de faire des économies sur son gain après avoir comblé les besoins fondamentaux est appelé.e petit.e bourgeois.e. Sans tomber dans les courants et paradigmes, c’est l’une des explications simples que l’on peut tenter d’apporter.

Tout de même, quand on s’y réfère à l’histoire de l’Humanité présentée dans un texte d’Alan Woods[4], Marx et Engels expliquaient dans le Manifeste du Parti communiste le développement social comme facteur central à travers la lutte des classes. Avec l’arrivée du capitalisme, la société a été polarisée en deux grandes classes antagonistes : la bourgeoisie et la classe ouvrière (le salariat).

 L’expansion du capitalisme, comme le prédisait Marx, a mené à «la concentration du capital. »[5]
Pendant des décennies, les économistes et les sociologues bourgeois, qui affirmaient que la société devenait toujours plus égalitaire, que tout un chacun devenait membre de la classe moyenne ont rejeté l’idée d’un capitalisme qui se scinde, d’une part à une immense accumulation de richesses au sommet de la société et d’autre part à une accumulation de pauvreté, de misère et d’exploitation à sa base.[6]
Toutes ces illusions sont désormais balayées, écrit Alan Woods. « L’argument, tellement apprécié des sociologues bourgeois, selon lequel la classe ouvrière a cessé d’exister, a été complètement démoli. Dans la dernière période, d’importantes couches des travailleurs qui se considéraient comme appartenant à la classe moyenne ont été prolétarisées. Des enseignant.e.s, des fonctionnaires, des employé.e.s de banque, etc., ont été précipités dans les rangs de la classe ouvrière et du mouvement ouvrier, où ils constituent quelques-unes de ses sections les plus militantes. »[7]

Lorsque je pense au fameux roman d’Oscar Wilde « Le portrait de Dorian Gray », je me dis effectivement qu’il faut que je continue surtout à faire la plupart des choses qu’on me reproche. Comme lire des romans. La classe moyenne comme disait Lord Henry dans ce roman, n’a rien de moderne. Il faut voir dans cette modernité non seulement la notion du temps dans la lutte des classes – la classe moyenne n’est pas une réthorique récente -,mais aussi, pour approfondir, les sens technique et pratique de la modernité. C’est à dire dans le sens de non classe. Idéal désormais sans idéal, la classe moyenne avance, techniquement et pratiquement, vers sa propre destruction.
Voyez par vous-même, il y a très peu de cadre de référence de la sociologie et même du droit dans ce texte.
Mais puisqu’on parle de droit, qu’en est-il pour le peuple haïtien qui fonctionne avec des lois qui tombent en désuétude ?
Comment aborder les violences faites sur les droits fondamentaux des personnes les plus vulnérables tenant compte de la violence systémique et de la violence institutionnelle flagrante dans la société ? Quels sont par exemple, les lois en vigueur ou proposition de lois sur le coût des normes et de mixité dans les programmes immobiliers neufs ?
Sans mettre la charrue avent les bœufs dans le contexte haïtien,, rappelons que dès le début de ce texte, nous avons fait mention des remparts physiques et sociaux que les classes moyennes dressent contre toutes formes de proximité et d’accointance, car ce qu’elles ont gagné ne tient qu’à un fil et peut s’écrouler du jour au lendemain.

Ce que nous feignons d’ignorer, c’est le pouvoir latent d’une certaine forme de discrimination qui ronge notre société. Cette classe moyenne s’étouffe sous le poids des discours et des idées biscornues qui ne servent qu’à rapetisser l’impasse dans laquelle elle se trouve. Et un jour si nous ne renversons pas l’ordre des choses, nous n’aurons plus de constitution ni de lois valables pour protéger même la liberté de penser, oui la liberté de penser, et de s’exprimer dans ce pays.

Je ne suis pas de votre classe moyenne. Et ceci pour deux raisons fondamentales : je ne suis pas dans la prétention ni dans une fausse modestie. Tout comme je ne suis pas dans les limites non plus. Parler de limites en ces termes est nettement différent du sens de la mesure. Il faut considérer ici la réalité qui n’arrête pas de violer des rêves. Partout, les inégalités se côtoient, « des richesses obscènes côtoient la misère, la souffrance humaine est omniprésente. » Comme le souligne le texte d’Alan Woods, « L’aspect le plus frappant de la situation actuelle est le chaos et l’agitation qui ont saisi la planète entière. Il y a instabilité à tous les niveaux : économique, social, politique, diplomatique et militaire. Le monde semble être devenu fou. »[8]

J’affirme que je n’appartiens à aucune classe en Haïti, c’est pour moi une façon de lutter contre le laxisme d’État et c’est une façon aussi de lutter contre les illusions d’une certaine classe moyenne existante. J’accuse la classe moyenne d’Haïti, hommes et femmes qui se laissent embobiner par une élite économique sans sentiment d’appartenance renforcé, consolidé, affermi et « développé »pour ce pays. Enfin, j’accuse les soit- disant classes moyennes de créer des conditions miroitières de réussite dans un pays en proie aux crises politiques et sociales.
Eunice T Eliazar
eunice18271@gmail.com
[1] Schéma récapitulatif des grandes théories de l’identité sociale, Henri Tajfel
[2] Musique : Orelsan et Stromae, La pluie
[3] J.L.Borges, Le Livre de sable (1978)
[4] Publié pour la première fois en anglais en juin 2013, ce texte a été publié par la suite sous forme de livre en vente : Les idées de Karl Marx.
[5] https://www.marxiste.org/theorie/philosophie/928-les-idees-de-karl-marx
[6] ibid
[7] ibid
[8] ibid

mercredi 1 avril 2020

HAITI VA BIEN MERCI !

Ce serait la réponse que l’on recevrait si l’on posait la question à savoir comment va Haïti en cette période de pandémie de Coronavirus. Ce serait sans aucun doute la réponse du gouvernement, des proches du pouvoir, et des proches des fonctionnaires.
Alors que des agences de presses internationales déclinaient leurs inquiétudes devant l’insoutenable vulnérabilité d’un « des pays les plus pauvres de la planète », le gouvernement s’est certes manifesté pour créer une commission et passer une commande de 18.000.000 de dollars qui fait déjà débat dans l’atmosphère habituelle et le spectre saisissant de corruption et de passe-droits.
Oui, le gouvernement et sa commission gèrent la crise. Pour accompagner la population à rester confinée pour diminuer la propagation du virus, des millions de dollars vont être distribués en espèces et en rations de provisions alimentaires.
Il est déjà question de sommes coquettes dont le pays va bénéficier: 50.0000.000 , 70.000.000 !
Des mains se frottent déjà!
 Mais parallèlement à ces mesures, que rapporte le monitoring de l’évolution/progression du nombre d' haïtiens atteints du virus ?
Sur les réseaux sociaux, les dernières estimations officielles parlent de 16 cas testés positifs !
Si on sait qu’il y a un effet de stigmatisation risquée, dangereuse charriant une « morbidité » aussi léthale que les formes les plus graves de la maladie, on peut imaginer que beaucoup de gens garderont pour eux l'imminence de l'affection et fausseront des statistiques déjà biaisées par d’autres facteurs propres au pays et à notre société.
On ne saurait faire le procès du gouvernement et des organismes impliqués dans la prise en charge de la maladie - à ce niveau – si les gens choisissent de cacher la maladie pour sauver leur peau. Le travail contre cette mentalité aurait dû se faire depuis bien longtemps avant cette urgence !
Cependant parmi les mesures prises il ne faudrait pas négliger un rappel rassurant du mal qu’engendrerait une telle attitude.
Par contre le fait que les mesures qui ont à voir plus directement avec de l’argent prennent le dessus dans les commentaires et les débats autour de l’épidémie, dénote un mal rongeant et profond qui pourrait pousser à penser que pour certains, cette épidémie qui tue ailleurs et qui nous enlève nos êtres chers, cette maladie que nous semblons assez mal contrôler, serait vécue comme une (sale) opportunité de s’enrichir grâce à la corruption et la malversation de fonds.
Ceux qui le veulent, peuvent légitimement s'appuyer sur les #FondsPetroCaribe et la mauvaise expérience de leur désastreuse gestion!
En même temps l'élément indispensable pour combattre le fléau, n'est que partiellement pris en compte: Les hôpitaux!
Bien sûr que les décideurs pensent à eux! En atteste la commande de 18.000.000 de dollars de matériels et équipements médicaux!
Les responsables hospitaliers ont-ils eu leurs mots à dire sur la pertinence et le bien fondé de ces commandes?
Des langues jurent que la liste des articles et équipements à acheter avait été établie avant la première réunion de travail de la super commission scientifique!
Quid de ces structures hospitalières en grève?
Qui écoutent leurs demandes pour les satisfaire?
Pourquoi on en parle pas ou très peu?
Comment imaginer qu'une distribution d'argent ou de rations alimentaires puisse se réaliser de façon satisfaisante à la lumière de certaines caractéristiques de la société haïtienne.
Je n'aimerais pas être à la tête ni du pays, ni en charge des institutions qui vont se lancer dans cette périlleuse aventure!
Tant d'inquiétudes!
Tant de questions qui resteront sans réponse pour renforcer la chronique d'une malversation annoncée!
Pauvre Haïti!
Pauvres Haïtiens!
Dr Jonas Jolivert

mercredi 4 mars 2020

La petite industrie du Fresco résiste malgré la situation d’Haïti

Pour beaucoup d’Haïtiens, déguster un fresco sous un soleil de plomb est un vrai régal. Coup de projecteur sur cette industrie et surtout sur la préparation du sirop de cette boisson rafraîchissante
Si vous fréquentez la rue Marguerite en début d’après-midi, vous verrez sûrement Daniel Anilis qui vend son fresco devant le Collège Roger Anglade.

C’est un homme de 35 ans qui porte un tablier bleu marin. Appuyé contre le mur du collège, il attend ses clients qui peuvent venir de tous les coins du carrefour où défilent voitures et piétons.
Anilis arrange avec soin le vieux plastique qui couvre la glace dans sa brouette faite de bois. Il touche d’un air maniaque les bouchons de grosses bouteilles d’eau usagées qu’il réutilise pour stocker différentes saveurs de sirop. Ces bouteilles et quelques gobelets couronnent le morceau de glace installé dans la brouette en bois du vendeur. Anilis n’offre pas de paille aux acheteurs. Mais il a quelques sachets d’arachides grillés pour le bonheur des clients qui aiment savourer leur fresco avec un goût de mamba. L’homme ne se souvient pas exactement de la date où il a débuté sa petite production, mais il dit : « Je fais le fresco depuis très jeune quand j’ai arrêté l’école. »

Sa brouette a une couche de peinture fraîche, il l’a fait confectionner en septembre 2019. « J’ai payé 3500 gourdes à un ébéniste pour l’obtenir. J’ai ainsi passé pas mal de brouettes. Je n’ai rien encore écrit sur celle-ci, dit-il en admirant son meuble. Mais je crois bien que j’écrirai dessus un proverbe du genre “pawòl pa tach” ou “imilyasyon pa lanfè” parce qu’il y a des gens qui me dénigrent quand ils me voient ici », continue-t-il l’air préoccupé.

Anilis ne reste pas stationné devant une seule école, il va offrir son fresco dans d’autres établissements grâce à sa pièce artisanale roulante.

Comme Daniel Anilis, Marcel, un autre vendeur de fresco, laisse sa maison tous les matins pour aller servir ses clients. Il travaille devant le collège Saint Louis de Bourdon. « Je suis devant cette école depuis sous la présidence de Jean Claude Duvalier. J’ai vendu du fresco à des élèves qui aujourd’hui sont devenus parents. Leurs enfants sont maintenant mes clients. Mon seul regret c’est que la vente du fresco ne me rapporte plus autant qu’avant parce que tous les prix des produits ont augmenté. La marmite de sucre blanc (de 5 livres) se vend actuellement à 250 gourdes. Un gobelet de fresco qui autrefois se vendait à cinq gourdes coûte de nos jours 15 gourdes au minimum. »
Marcel a les cheveux grisonnants et le dos légèrement bossu. Il est connu de tous les autres vendeurs qui se sont installés devant l’école. En fin d’après-midi, tous le saluent avant de partir. Sa brouette et celle de Daniel Anilis, le vendeur de la rue Marguerite se ressemblent beaucoup.
Le fresco récupéré par des entreprises
À quelques mètres de Daniel Anilis se trouve Lily’s fresko à l’Avenue Jean Paul II. Deux jeunes hommes reçoivent les clients dans une véranda où le menu est clairement indiqué. La patente de l’entreprise frappe aux yeux des visiteurs. Des gobelets de toutes les dimensions et des pailles de toutes les couleurs sont exposés. Il y a dans le salon de l’entreprise des photographies de clients satisfaits affichées sur le mur.
Jacqueline Banks est la propriétaire de Lily’s. Avant d’être le nom de son restaurant « Lily » est le sobriquet de Jacqueline. « Depuis 2007, je sers le fresco ici. Après avoir travaillé dans le notariat pendant 21 ans aux côtés de mon mari, j’ai voulu m’investir dans une entreprise qui me serait propre. J’ai suivi des formations, je me suis lancée et j’ai réussi. Maintenant, j’offre d’autres produits à part le fresco », explique la dame, très sûre d’elle.

Vers les trois heures de l’après-midi à Lily’s, on peut observer une vraie mosaïque d’uniformes tant il y a des écoliers qui fréquentent le lieu. Un des clients n’a pas caché sa satisfaction pour le service. « Je viens ici très souvent avec mes amis », se réjouit-il.
Jacqueline Banks ne se déplace pas comme Daniel Anilis et Marcel. Elle n’a pas non plus de distributeurs dans les rues. Elle sert ses clients exclusivement dans ses locaux. En revanche, Banks vend son sirop à qui veut l’acheter.
La préparation du sirop de fresco
« C’est moi qui prépare mon sirop, dit Daniel Anilis. Je fais bouillir de l’eau et du sucre blanc jusqu’à ce que ce composé devienne un vrai sirop. Puis, j’ajoute la saveur voulue. Pour le grenadia par exemple, je mélange le jus du fruit avec du sucre, ensuite je l’ajoute au sirop de sucre préalablement préparé. Pour obtenir le sirop de coco, je râpe la noix, et je fais de même », avance celui qui avoue que le sirop de coco coûte plus cher que les autres saveurs. Ce sirop peut être conservé pendant des jours. Alors que les autres se gâtent seulement au bout de 48 heures, selon Anilis.
Il y a ensuite l’anisette que l’on appelle couramment le sirop blanc qu’il prépare avec de la cannelle et du sirop de sucre. Généralement, l’anisette se compose avec de l’alcool mais le vendeur précise qu’il n’y a pas d’alcool dans son sirop. « Je n’utilise pas non plus de produits pharmaceutiques, tous mes sirops sont naturels », explique-t-il. Tous les soirs, Daniel Anilis fait bouillir son sirop de sucre et ajoute le mélange de fruits le matin avant de sortir sauf pour la saveur de coco. Comme il habite sur la route de Bois Verna, le trentenaire raconte que le trajet vers son point de vente n’est pas très long.
Si Anilis n’a que trois saveurs, Banks en a une dizaine notamment la grenadine, la fraise, le raisin et le citron dont elle achète les extraits en pharmacie ici ou à l’étranger. Comme pour le vendeur ambulant, la base des saveurs de Jacqueline Banks est le sirop de sucre bouilli, sauf qu’elle y ajoute d’autres ingrédients tels l’essence, l’anis étoilé et la cannelle. « Je mets parfois même du rhum et du gingembre pour la saveur de grenadia que les hommes aiment tant. Mais je les avertis toujours que le sirop ne réveille pas les morts », dit la dame d’un ton ironique, faisant allusion aux vertus aphrodisiaques attribuées au fruit de la passion.
Marcel, vendeur de fresco devant le collège Saint-Louis de Bourdon prépare ses sirops un peu comme Anilis et Banks. En effet, il fait bouillir son sirop de sucre blanc et il utilise aussi des extraits pour certaines saveurs telle la grenadine.
Jacqueline Banks de Lily’s servant un client. 
Photo : Frantz Cinéus / Ayibopost
D’autres saveurs exotiques
Depuis trois ans, Fresco Rico, une entreprise gérée par un groupe d’étudiants de l’Université INUKA offre à leurs clients des saveurs non connues des amateurs de fresco. « Nous avons un mélange de tamarin et de kalalou Gonbo pour les clients qui ont des problèmes au niveau de la prostate. Nous avons aussi des sirops de citron et de carotte. Pour notre sirop de base, au lieu du sucre blanc, nous préférons le sirop de canne à sucre. Ce sont des saveurs issues des fruits du pays », avance Pierre Ulrick, président et directeur général de Fresco Rico.
Pierre Ulrick dit qu’il entend promouvoir un goût du terroir, c’est pourquoi l’entreprise qu’il dirige n’utilise pas de colorants ni d’extraits de fruits vendus en pharmacie. « Ce choix pourrait nous coûter beaucoup, mais nous avons une petite équipe qui réunit des originaires de presque tous les départements du pays. Nous nous organisons mutuellement pour trouver facilement les intrants », continue le PDG de Fresco Rico. Il mentionne que son entreprise dispose d’une vingtaine d’employés qui distribuent le fresco dans les écoles classiques et professionnelles.
Concurrence entre les différents producteurs
Les producteurs de fresco rencontrés pour cet article pensent qu’il ne saurait exister de concurrence entre eux. Pour Jacqueline Banks, le fresco de Lily’s est le meilleur. « Mon fresco ne peut avoir la même saveur que celui des rues. Déjà, ma préparation est plus saine. Dans la rue, les conditions hygiéniques ne s’y prêtent pas, la main qui prépare le fresco est celle qui reçoit l’argent. Vous n’allez pas voir de mouches devant mes gobelets. Là où les vendeurs de rues ont des râpes, j’ai une machine à briser la glace. J’ai des bouchons verseurs pour distribuer le sirop et aussi des capuchons pour couvrir les bouteilles de sirop. C’est tout autre chose », dit-elle fièrement.
Quant à Daniel Anilis, il affirme que les nouveaux producteurs de fresco ne font qu’imiter ceux qui sont ambulants. « Ils ne peuvent nous égaler, renchérit-il. D’ailleurs, plusieurs d’entre eux ont déjà abandonné en chemin. Nous sommes les premiers et les meilleurs. »
Marcel a le même point de vue que Daniel Anilis sur la question. Les deux balancent que les instigateurs des nouvelles initiatives de production de fresco viennent souvent les voir pour connaître leurs recettes.
Une information que Pierre Ulrick a confirmée. « En 2017, quand nous avons voulu lancer notre entreprise, nous sommes allés voir plusieurs vendeurs traditionnels. Mais ils ont toujours refusé de partager leur recette. Nous leur remercions aujourd’hui parce que sans leur formule, nous avons réussi à créer nos propres saveurs. »
Peu importe les recettes, les avantages concurrentiels et le marché cible des producteurs, ils sont unanimes à reconnaître que le fresco est une boisson rafraîchissante qui ne cesse de charmer les Haïtiens de génération en génération.
Auteure: Laura Louis
Source: https://ayibopost.com/la-petite-industrie-du-fresco-resiste-malgre-la-situation-dhaiti/

dimanche 16 février 2020

LES DECHETS MEDICAUX

Seringues, compresses de gaze, pochettes et fils de perfusion, pansements, gants, médicaments périmés… le milieu médical produit quotidiennement des tonnes de déchets. Vecteurs d’infections, ces déchets devraient être gérés minutieusement. Et pourtant, ce n’est pas toujours le cas
Les déchets médicaux renvoient aux déchets issus des activités de soin prodiguées dans les structures médicalisées comme les hôpitaux, les laboratoires et les pharmacies.
Selon William Pape, responsable du Centre GHESKIO, « les déchets médicaux, puisqu’ils sont constitués de matériels ayant eu contact avec des sécrétions humaines — sang, crachat, sueur, urine et matières fécales — sont parfois très toxiques et aptes à transmettre des maladies d’une personne à une autre ».
William Pape confie que les déchets médicaux ne peuvent pas être traités comme les autres déchets. Le centre qu’il dirige utilise un incinérateur pour s’en débarrasser.
Comme cela se fait au Centre GHESKIO, William Pape pense qu’« il serait préférable que chaque hôpital d’importance ait son propre incinérateur ». Mais, ce n’est pas le cas vu le coût de l’appareil estimé à environ 150 000 dollars US.
En ce sens, la directrice de promotion de la santé et de protection de l’environnement, au ministère de la Santé publique (MSPP), Joceline Pierre Louis ne confirme l’existence que d’une quarantaine d’incinérateurs dans le système de santé en Haïti. On compte pourtant pas moins de 1048 établissements sanitaires dans le pays, selon un rapport du MSPP sorti en 2015.
Il s’agit cependant d’un problème majeur. Parfois, des instruments et objets épuisés ou rejetés par le monde médical ou pharmaceutique sont réintégrés sur le marché, ce qui pose un risque énorme pour la santé publique et l’environnement.
La réalité dans les hôpitaux
Face à cette réalité, certains hôpitaux utilisent des moyens traditionnels pour détruire leurs déchets qui présentent un risque infectieux. À Léogâne par exemple, Tony Bistiné qui dirige le centre hospitalier de Darbonne se charge lui-même de brûler à l’air libre les déchets médicaux. Sinon, ils finiraient dans la nature.
À l’hôpital de l’Université d’État d’Haïti (HUEH), le plus grand centre hospitalier du pays, la gestion des déchets médicaux laisse aussi à désirer. Autrefois, selon le chef du syndicat des employés de l’HUEH Joseph Lebien, l’hôpital avait son propre incinérateur. Mais, depuis les récents travaux de reconstruction, cet appareil a été déplacé, sans que personne ne sache par où il est passé.
Les responsables de ce centre hospitalier sont revenus sur la décision de brûler à l’air libre les déchets médicaux produits jour après jour. Ils ont résolu de les stocker, avec d’autres déchets provenant de l’hôpital, dans un espace sommairement aménagé dans un coin de l’ancien hôpital militaire, à la rue Saint-honoré. Selon Joseph, « à l’intérieur de l’espace, les déchets médicaux sont gardés dans une boîte afin d’éviter tout contact avec les autres déchets ».
Cependant, pour débarrasser l’espace de ces déchets médicaux et autres, les responsables de l’HUEH, ne disposant ni d’incinérateur, ni de camion-benne, comptent sur les employés de la mairie de Port-au-Prince, en charge de collecter les ordures à la rue St-Honoré. « L’hôpital verse mensuellement une somme à ces éboueurs pour nettoyer l’espace de stockage des déchets », dévoile Joseph Lebien.
Une fois embarqués, l’HUEH n’a aucun contrôle sur le devenir de ces déchets. L’hôpital ne peut se fier qu’à la bonne foi de ces employés municipaux pour les éliminer de la meilleure façon possible.
La DPM/MT néglige sa mission
À l’enceinte de l’ancien hôpital militaire, pas moins de cinq conteneurs remplis de médicaments périmés sont abandonnés sous une végétation sauvage. Aux dires de Joseph Lebien, les responsables de l’hôpital ne savent quoi en faire. Ils ne disposent pas de matériels capables de les détruire.
Ce mal s’étend aussi aux différentes agences de produits pharmaceutiques et pharmacies qui pullulent dans le pays.
Selon le « Manuel de procédures » du MSPP il est fait obligation aux agences et aux pharmacies de posséder un terrain privé, dans une zone reculée afin d’y détruire les produits périmés.
Selon ce même document, les responsables d’agences de produits pharmaceutiques ou de pharmacies ayant des médicaments expirés doivent informer la direction de la pharmacie, du médicament et de la médecine traditionnelle (DPM/MT) du MSPP de cette situation.
En réponse, les autorités de la DPM/MT se rendront sur les lieux, accompagnées d’un juge de paix qui doit effectuer le constat des médicaments périmés. Une fois le constat établi, le MSPP, le juge de paix et les responsables de l’agence ou de la pharmacie en question se transporteront sur le terrain de l’institution pour détruire ces médicaments.
Pourtant, loin de ces principes, Pierre Rony, (nom d’emprunt) explique avoir buté sur le mutisme de cette direction au MSPP. Ce responsable d’une agence de produits pharmaceutiques, œuvrant depuis 5 ans dans la capitale, explique avoir eu au mois de mars 2019, un stock de marchandises périmées dans son dépôt. Suivant les principes, il a mis la DPM/MT au courant de la situation. Cinq mois se sont écoulés et le MSPP n’a pas fait signe de vie, jusqu’à ce que ce particulier qui devait changer de local ait décidé de détruire tout seul ces produits devenus dangereux pour la vie.
Le commerçant dit avoir agi selon sa propre volonté, puisque, « d’autres avares, devant ce boulevard du MSPP, en auraient profité pour écouler ces produits expirés sur le marché informel ou les jeter quelque part sans se donner la peine de les détruire ».
La loi créant le SNGRS jetée dans la benne à ordures
Le 23 février 2017, l’Assemblée des sénateurs a voté en faveur d’une proposition de loi du député de Delmas Gary Bodeau, visant à transformer le Service métropolitain de Collecte de Résidus solides (SMCRS) en Service national de Gestion des Résidus solides (SNGRS).
Cette loi donne au SNGRS la mission de collecter, mais aussi de gérer les déchets solides, c’est-à-dire, transformer les déchets, les détruire s’il s’agit de déchets médicaux et de les « condamner » s’il s’agit de déchets de « haute toxicité ». Lire aussi: Sèvis nasyonal pou jesyon fatra chaje anplwaye men yo p ap regle anyen En son article 2.2, cet instrument légal fait injonction aux autorités haïtiennes de doter le SNGRS d’une unité spécialisée en gestion des déchets spéciaux, notamment les déchets médicaux et les déchets d’une haute toxicité.
Certes, cette loi est en vigueur, mais à part un changement de nom, rien n’est fait pour permettre à l’institution de répondre à sa mission : toujours les mêmes camions-poubelles, toujours les mêmes polos déchiquetés portés par des vieillards en âge de retraite, toujours les mêmes pelles et les mêmes râteaux pour nettoyer une ville qui croupit sous des tonnes de fatras.
Le SNGRS dans l’impossibilité
Pour gérer efficacement les déchets médicaux, le SNGRS devrait être équipé de matériels spéciaux et de professionnels aptes à les manier. Aujourd’hui, le directeur du service Eude Lajoie confie que le SNGRS n’est pas encore doté de ces matériels. Il confie que « depuis la création du SNGRS en 2017, le pays peine à se doter d’une loi de finances ». Ce manquement empêche le SNGRS d’avoir « un budget compatible à sa mission et le contraint à se contenter du montant qui était alloué au SMCRS ».
Eude Lajoie annonce que le SNGRS a déjà élaboré et déposé une proposition de budget à son ministère de tutelle. Tout en se gardant de révéler le montant de cette proposition, le directeur général estime qu’une fois adopté, ce nouveau budget permettra à l’institution de répondre pleinement à sa mission.
Il envisage aussi, selon les prescrits de la loi créant le SNGRS, de facturer les institutions sollicitant les services du SNGRS. Ce, « pour que le SNGRS puisse générer ses propres fonds ».
Source: https://ayibopost.com/le-scandale-des-dechets-medicaux-en-haiti/?fbclid=IwAR3n8ka55qPMgNHMVMOVyNi9s1xFYpIxDZUzW0-aZqauZkJ4PJ4BFLEyDKc

samedi 15 février 2020

L’art, gardien de l’identité culturelle de l’amour

Qu’est-ce que c’est l’art ? Qu’est-ce que c’est l’amour ? Doit-on se mettre à chercher l’art dans l’amour ou l’amour dans l’art ? Si l’on se réfère à l’écrivain britannique de culture française, William Somerset Maugham, qui disait : « Seuls l’amour et l’art rendent l’existence tolérable », il paraît évident de se demander s’ils sont les deux seules entrées pour envisager une existence tolérable. Publié le 2020-02-13 | Le Nouvelliste

Le quatorze février est la date de la célébration de l’amour. Les hypothèses sur l’origine de la fête des amoureux restent nombreuses. Cependant, sans plonger dans l’histoire dite païenne avant de devenir chrétienne de cette fête, d’après une version vraisemblable qui remonte à l’antiquité, la Saint-Valentin était d’abord une véritable célébration de la reconnaissance et de la fécondité.

De la fécondité à l’amour aujourd’hui comment appréhender cette spirale dans le contexte haïtien d’aujourd’hui ? Avec la recrudescence de l’insécurité qui gagne le pays, la faim chronique dont souffre une grande majorité de ce peuple, les problèmes sociaux, politiques et éducatifs, les gens qui s’entretuent, pourquoi parler de l’amour et de l’art ?

A cette simple question, une réponse simple. L’écrivain britannique de culture française, William Somerset Maugham, disait : « Seuls l’amour et l’art rendent l’existence tolérable ». La littérature, la peinture, la sculpture, des œuvres dramatiques et l’histoire de l’art nous aident à mieux appréhender nos émotions et des sensibilités artistiques évoquant l’amour.

Dans le prisme de cette idée, une peintre contemporaine haïtienne, une femme qui expose des œuvres picturales nous parlent du sentiment amoureux, clef pour interpréter les figures féminines de ses tableaux. L’amour et la couleur rose prédominante ravivent des souvenirs.

Retour sur une peintre atypique : Pascale Faublas
Pascale Faublas est une artiste haïtienne qui travaille et vit en Haïti. En avril 2019, elle nous a conduit dans le sillage de son travail où une quinzaine de tableaux de différents formats rendant hommage aux figures créatives et aux battantes de l’art ont été accrochés au mur de l’Institut Français en Haïti, en vue de souligner la richesse et la représentation féminine. « Fanm », le titre de l’exposition des figures féminines traduit une philosophie de l’éros dans l’art.

En effet, des œuvres éclairantes présentées à titre indicatif sur la vie de nos aïeules sont utilisées comme une allégorie représentant le désir et les pulsions sexuelles ou de la vie. L’exposition avait pour ambition de magnifier des figures féminines célèbres ou anonymes à travers le regard de l’art contemporain. Le travail de l’artiste, qui se situe généralement à mi-chemin entre l’artisanat et la création plastique contemporaine, fut la première partie d’une série consacrée à la féminité. Sa peinture vivante et en action attire le regard et plonge dans une démarche artistique où se mêlent l’imagination et la fidélité aux éléments fournis par la réalité extérieure. Un questionnement sur le statut de la créatrice depuis la simple maîtrise de la technique picturale jusqu’à la femme artiste.

Mise en scène de récits mémoriels de femmes religieuses, contestataires, parfois radicales, souvent courageuses

 L’esprit créateur de la peintre, qui avait déjà réalisé une première exposition individuelle en 1992, explore un sujet de plus en plus d’actualité dans les discussions. Une analyse de l’histoire féminine à travers le prisme de plusieurs archétypes de femmes. Pour celle qui a tourné dans le film Ayiti mon amour de Getty Félin en 2016, cette série de créations aborde des attributs féminins ancrés dans notre culture. « Parler de la problématique de Fanm me semble infinie » affirme Pascale Faublas, avant de souligner que cette exposition se nourrit dans des dictons et des proverbes haïtiens qui font mention de la femme. Il s’agit non seulement de donner la parole à ces femmes de l’ombre, mais aussi leur offrir un espace de liberté posthume. La création de Pascale Faublas communique l’émotion féminine, celle qui accompagne les femmes en général dans notre société et dans le monde. « Voilà pourquoi je parle, par exemple, d’Ève dans la culture judéo-chrétienne, et dans la nôtre de Fréda, de Fanm Pa Dra, de Fanm se Potomitan et de Fanm pa lavyèj. »

Dans sa démonstration qui consiste à voir les sujets féminins, l’attitude des femmes, l’usage qu’on en fait, l’artiste évoque les clichés que subissent le sexe féminin. « Par exemple, on dit qu’une femme doit être belle et mère. C’est pour cela que je parle de la maternité à travers Maman Zanfan. » Aussi la couleur rose qu’on attribue aux femmes qui fait controverse dans le débat féministe aujourd’hui est représentée dans ses tableaux, car pour Pascale Faublas, Fréda, une femme qui aime les femmes, est dans notre culture une loa, une énergie féminine, une belle femme qui s’habille avec le rose. Tout ceci pour montrer que l’image de la femme reste parfois prisonnière de stéréotypes tenaces.
Création humaine

Création de l’esprit pour l’un et manifestation des sentiments pour l’autre, les possibles liens entre l’art et l’amour se révèlent à nous et à notre sensibilité. L’œuvre d’art doit être en mesure de nous faire oublier le particulier pendant que nous sommes en train de l’examiner. Ainsi, Henri Bergson cité par Dominique Ottavi dans le texte intitulé « L’art », voit une perception étendue dans cette technique. L’artiste donne accès à la réalité même par des images dites vraies. Notre perception, notre sensibilité restent une sorte d’image moyenne de la réalité. Ce qui est représenté (l’image) effectivement est plus vaste que ce que le langage peut décrire et ce que la raison peut identifier de la réalité. Ainsi, notre conscience englobe la totalité du moment vécu avec sa série d’émotions et de sentiments. L’artiste, de prime abord, qui n’impose pas sa vision, joue donc un rôle de révélateur au sens de sources d’inspiration et d’éducateur en ce qui a trait à la provocation d’un regard attentif sur un objet ou un symbole. Finalement, l’art en tant que miroir social de notre époque, vient toujours nous interroger. C’est en tout cas ce qu’a essayé de faire Pascale Faublas en mettant à nu les évolutions féminines. Tout de même, faut-il se demander s’il faut archiver une date pour célébrer l’amour. L’amour est-il commercialisé de nos jours que ce soit sur le marché artistique des représentations ou sur le marché de consommation stricto sensu ? Et qu’en pensez-vous de cette pratique d’offrir du chocolat à son amoureux ? Pourquoi attribuer une couleur à l’amour ? Quelle philosophie de l’amour que l’art peut-il apporter pour les minorités sexuelles exclues, notamment la communauté LGBT ? Avec leur drapeau de toutes les couleurs de l’arc-en-ciel, une certitude peut se révéler à nous : l’art comme vecteur de communication et de langage peut être l’identité culturelle de l’amour. Ce dernier est peut-être un amalgame d’intéressantes et de curieuses couleurs.

Qu’en pensent les féministes de tout ça ?
Et vous, qu’en pensez-vous ?
Source: https://lenouvelliste.com/article/212315/lart-gardien-de-lidentite-culturelle-de-lamour
Auteure: Eunice Eliazar

vendredi 7 février 2020

Comprendre le dossier de corruption qui implique le sénateur Onondieu Louis

Août 2019, Onondieu Louis, proche du pouvoir en place, est accablé dans une affaire de blanchiment et de détournement de fonds publics. Deux mois plus tard, il est bizarrement lavé de tous soupçons par le juge Jean Osner Petit-Papa. Ayibopost vous explique ce dossier
Le 4 octobre 2019, le juge instructeur Jean Osner Petit Papa a rendu son ordonnance. Le sénateur Onondieu Louis, en proie à des accusations de blanchiment et de détournement de fonds publics, a été blanchi par la justice haïtienne.
Après avoir hâtivement mené son enquête aux termes de l’article 115 du Code d’Instruction Criminelle, le juge assure n’avoir pas trouvé assez de matières pour poursuivre l’élu du Nord-ouest. Il n’est donc reconnu coupable d’aucune des accusations de corruption qui pesaient contre lui.
Selon Marie Yolène Gilles, l’ordonnance de ce juge est une œuvre d’une grossièreté rare qui ne peut que salir l’image de la justice haïtienne. « Le juge d’instruction n’a pas la volonté d’instruire le dossier contre le parlementaire. Personne n’a été auditionné », relate-t-elle.
Pierre Espérance est le directeur exécutif du Réseau national de défense des droits humains [RNDDH]. Il explique que « d’après l’ordonnance du juge Petit-Papa, il ne renvoie pas Onondieu Louis par-devant le tribunal répressif parce que son nom ne figure pas dans le document du commissaire. C’est la preuve qu’il n’a pas fait son travail. Parce qu’il y a des procès-verbaux qui sont dressés par la police et le juge de paix. »
Le juge n’a posé aucun des actes d’instruction susceptibles d’éclairer sa religion sur les faits qui lui sont soumis, ajoute la gérante de la fondation « Ayiti Je Klere » (FJKL). « Le juge n’a pas cherché à vérifier l’existence réelle ou non de l’entreprise. Il n’a pas cherché [non plus] les patentes, les certificats de quitus de cette société », continue-t-elle.
Selon un rapport de la FJKL, le sénateur Onondieu Louis déclare au Sénat de la république avoir loué des véhicules pour les sénateurs Carl Murat Cantave, Hervé Lénine Fourcand et Jean Rigaud Bélizaire. Parallèlement, l’entreprise de location de véhicules «Révélation’ Rent A Car» a réalisé un revenu de vingt-neuf millions sept cent quatre-vingt-quatre mille sept cent cinquante gourdes [29 7 84 750].
« Pourquoi le juge n’a-t-il pas auditionné ces sénateurs ? Pourquoi aucun acte d’instruction n’a été posé par le juge allant dans le sens de la recherche de la vérité ?» s’interroge Marie Yolène Gilles qui mentionne que le peuple a droit à la vérité.
C’est ce même juge qui a blanchi les huit mercenaires
Le citoyen Jean Osner Petit Papa fait partie de la vague des 41 juges nommés le 5 mai 2018, par le président Jovenel Moïse. C’était sur une liste de 103 personnes transmise par le Conseil supérieur du pouvoir judiciaire (CSPJ). Il était nommé juge d’instruction au tribunal de première instance de Port-au-Prince.
Ce juge instructeur avait la charge du dossier des sept ressortissants étrangers et un Haïtien arrêtés dans la soirée du 17 février 2019, à proximité de la banque centrale. Ils étaient lourdement armés.
Trois jours plus tard, soit le 20 février 2019, sept des huit individus arrêtés laissent le territoire national librement alors qu’ils étaient pris en flagrant délit. L’Haïtien Michaël Estera, le dernier des mercenaires, reçoit sa liberté le 25 février 2019.
Encore aujourd’hui, on ignore les raisons expliquant la présence de ces hommes armés en Haïti. L’ancien ministre Jean Fritz Jean Louis et Magalie Habitant sont des figures de ce scandale. L’une des plaques retrouvées en possession des mercenaires mène à des proches du pouvoir : Steeve Kawly et Gesner Champagne. Aucune poursuite contre eux.
Pas de résultats, résume Pierre Espérance. «Les mercenaires rentrent chez eux. Les personnes épinglées jusqu’au cou fonctionnent librement. On oublie tout. Le dossier des mercenaires est très lent, contrairement à celui du sénateur. C’est véritablement le juge qui cherche la possibilité de laver les linges sales du pouvoir.»
Ayibopost a en vain tenté d’entrer en contact avec le juge Jean Osner Petit Papa.
Aux origines de l’affaire de blanchiment et de détournement de fonds publics
Cassandra Jean est contrainte par Jimmy Fervil, d’ouvrir un compte en banque conjoint avec une autre personne, en l’occurrence sa cousine, Magda Bernier. Jean a été initialement mise en contact avec ce monsieur à travers son amie Ulysse Berline copine de Jimmy Fervil, lui-même responsable du service des matériels au Grand Corps.
Le compte est ouvert le 26 juillet 2019 avec un montant de 10 000 gourdes octroyées par Fervil. Et, le livret est gardé par Fervil.
Comme récompense, les deux femmes ont reçu chacune un montant de 25 000 mille gourdes comme subvention scolaire.
Au début du mois août 2019, Cassandra Jean constate stupéfaite que son compte est renfloué avec une forte somme d’argent. Elle est instruite de faire des retraits et de les remettre à Jimmy Fervil.
Très paniquée, elle avertit la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) qui en informe le Bureau des Affaires financières et économiques (BAFE) pour le traitement du dossier.
Le 6 août 2019, la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) procède à l’arrestation de quatre individus accusés d’escroquerie à la sortie d’une succursale de la Unibank à Pétion-Ville. Les personnes interpellées sont : Jimmy Fervil, Anel Nelson et André Augustin, en compagnie de la plaignante Cassandra Jean.
Un sénateur épinglé dans le rapport du BAFE
Le BAFE, relevant de la Direction centrale de la Police judiciaire (DCPJ) est une institution qui lutte contre le fléau de la corruption à l’instar de l’Unité de Lutte contre la Corruption [ULCC], de l’Unité centrale de Renseignements financiers (UCREF) et de l’Inspection générale des Finances (IGF).
La FJKL rend public le rapport du BAFE dans un rapport et demande que la vérité soit faite sur ce dossier. Le document de cette organisation de vigie citoyenne, à but non lucratif, fait savoir que l’enquête du bureau révèle que : « Jimmy Fervil, passant aux aveux, a agi pour et au nom de Onondieu Louis et de la secrétaire adjointe du Sénat de la République, Myrlande Georges Casseus. »
Qui sont les autres personnes appréhendées dans ce dossier ?
Anel Nelson, chauffeur du Sénat de la République attaché au service de Myrlande Georges Casseus, la secrétaire adjointe du Sénat de la République est arrêtée parmi les suspects. Selon le document de la FJKL, c’est Myrlande Georges Casseus qui a passé les instructions à Anel Nelson pour accompagner les gens à la banque. Le véhicule qu’il conduit appartient à l’Administration générale des Douanes (AGD).
André Auguste est un policier de la 17e promotion immatriculé au numéro ID 05-17-05 – 07973. Il est affecté à l’UDMO du Nord’Ouest en détachement avec le questeur du Sénat de la République, Onondieu Louis. C’est le sénateur qui l’avait instruit d’aller purement et simplement sécuriser les transactions.
Hans Saint Louis, mari de la dame Myrlande Georges Casseus n’est pas appréhendé devant la banque, mais sur les lieux de la perquisition effectuée en sa résidence. Au cours de cette perquisition, des documents intéressant l’enquête ont été saisis par le juge de paix de Pétion — Ville, Clément Noël.
Deux fiches de dépôts pour une entreprise fictive
Il y a deux autres fiches de dépôts qui ont été saisies en possession de Jimmy Fervil parmi les documents. Ces comptes en banque domiciliés à la UNIBANK sont aux numéros respectifs suivants : 650-1821- 0151-7830 et 0650-1822-01517853.
Les deux comptes sont ouverts au nom de l’entreprise « Révélation’ Rent A Car », entreprise qui serait située à Saint-Louis du Nord, Vertus 1.
Marie Yolène Gilles est une figure connue dans la lutte pour les droits humains. Elle fait savoir que l’adresse de l’entreprise « Révélation’ Rent A Car » est celle d’un dépôt de boissons gazeuses. « Cette entreprise a toutes les caractéristiques d’une société fictive. Dans cette zone, il n’existe pas une entreprise de ce genre », explique-t-elle.
Analyse de ces deux comptes
Le compte numéroté 650-1821- 01517830 est en gourdes. Il est ouvert dans les livres comptables de la UNIBANK de Port-de-Paix le 30 novembre 2017 par un dépôt initial de cinq mille gourdes. Le signataire de ce compte est Ysmik Choute identifié fiscalement au numéro 004-019-400-3. Il est enseignant.
Selon le rapport de la FJKL, ce compte présente toutes les caractéristiques fictives souvent utilisées dans les opérations de blanchiment et d’enrichissement illicite.
Le relevé bancaire de ce compte du 30 novembre 2017 au 6 août 2019 provoque réellement des doutes. Le rapport de la fondation explique que du 30 novembre 2017 au 7 mai 2018, aucune transaction n’a été effectuée sur le compte. Mais à partir du 8 mai 2018, le compte est alimenté uniquement par de gros dépôts liquides. Au 6 août 2019, le solde du compte s’élève à vingt-neuf millions sept cent quatre-vingt-quatre mille sept cent cinquante gourdes [29, 784, 750. 00 Gdes]. Pourtant, les retraits effectués au cours de la même période s’élèvent à cinq millions sept cent quatre-vingt-dix-huit mille soixante-dix gourdes [5,798,070.00 Gdes].
Du 3 janvier au 26 juin 2019, cette même entreprise a opéré des retraits totalisant vingt-deux millions neuf cent cinq mille sept cent quatre-vingt-dix gourdes [22,905,790.00 Gdes].
Le deuxième compte en dollars au nom de « Révélation’ Rent A Car » numéroté 0650 18 220 151 est aussi domicilié à la UNIBANK. Mais les transactions de l’entreprise sur ce compte n’ont pas été partagées.
Deux dates importantes dans ce dossier
Gulmail Nicolas est le substitut commissaire du gouvernement près le Parquet du Tribunal de Première Instance de Port-au-Prince. Le 1er octobre 2019, il requit le juge d’instruction de renvoyer les inculpés hors des liens de l’inculpation, dans le dispositif de son réquisitoire définitif. Ce dispositif sert à faire connaître à la juridiction d’instruction ou de jugement la décision ou la mesure que le commissaire du gouvernement leur demande de prendre.
«PAR CES CAUSES ET MOTIFS, le commissaire du Gouvernement requiert qu’il plaise au Magistrat Instructeur de dire et déclarer qu’il n’y a pas lieu à suivre contre les nommés Jimmy Fervil, André Nelson, André Auguste, Myrlande GEORGES CASSEUS et Ysmick Choute relativement aux faits de détournement de fonds publics, de blanchiment des avoirs, d’enrichissement illicite et d’association de malfaiteurs mis à leur charge », peut-on lire dans la pièce de procédure écrite.
Dans ce cas, selon la directrice exécutive de la « Fondation Je Klere », le nom du sénateur Onondieu Louis ne fait pas partie du document du commissaire du Gouvernement. «C’est comme s’il ne faisait pas partie du dossier et que l’instruction n’a été menée ni pour lui ni contre lui, c’est-à-dire qu’il n’a pas fait l’objet d’instruction ni à charge ni à décharge », dit-elle.
Durant le mois d’octobre, le pays est paralysé par une succession de manifestations violentes et de grèves qui s’intensifient. Le vendredi 4 octobre 2019, soit trois jours après la réquisition de commissaire, tous les tribunaux sont fermés.
Malgré tout, l’affaire va vite. Le juge Jean Osner Petit-Papa, encore proche du pouvoir en place, rend son ordonnance de clôture. Il adopte le réquisitoire définitif du Commissaire du Gouvernement émis en date du mardi 1er octobre 2019. Dans cette ordonnance, il est stipulé que les noms du sénateur Onondieu Louis, de Ysmick Choute, chef de son cabinet, et Myrlande Georges, cités dans le rapport de la police ne sont mentionnés nulle part dans le réquisitoire d’informer du parquet.

Auteur: Snayder Pierre-Louis
Source: https://ayibopost.com/comprendre-le-dossier-de-corruption-qui-implique-le-senateur-onondieu-louis/

mercredi 5 février 2020

Ignorés en Haïti, ces «artistes des déchets» sont célébrés ailleurs

Les déchets servent de matières premières au travail de l’atelier « Atis rezistans ». Ce regroupement d’artistes internationalement reconnu n’attire pourtant pas la grande foule en Haïti. 

Atis Rezistans réunit plusieurs dizaines d’artistes, essentiellement des sculpteurs, et constitue un des principaux centres de production artistique en plein cœur du centre-ville, à Port-au-Prince.
Ces artistes travaillent avec ce qu’ils peuvent trouver dans leur environnement immédiat : morceaux de tôle, pièces de voiture, capsules de canettes, fil de fer, grillages, caoutchouc, déchets de cuir, vis, écrous, morceaux de jouets, carton…
Ils accouchent des œuvres sculpturales réussies et admirées, principalement en dehors d’Haïti. Ces productions touchent à des thématiques inspirées du vaudou et de la situation socioéconomique du pays.
Certains membres d’Atis Rezistans exposent leurs travaux dans le monde entier. L’accueil et la reconnaissance se révèlent froids à l’intérieur du pays.

Peu d’Haïtiens achètent les œuvres produites
Gilel Aristilde est l’un des artistes du mouvement Atis Rezistans. Âgé d’une trentaine d’années, il a été initié à l’art de récupération par le sculpteur André Eugène, son mentor. Il fait savoir que « peu d’Haïtiens dans le pays achètent les œuvres produites. En deux mois, on ne comptera pas plus de cinq visiteurs haïtiens dans la galerie Atis Rezistans. [Pour eux, ce sont des œuvres mystiques]. »
Les œuvres de Gilel Aristilde, comme d’autres jeunes de l’atelier, participent pourtant à des expositions prestigieuses internationales comme en Suède à Stockholm.
En Haïti, l’art est vraiment négligé et tout le monde suit la politique, prolonge André Eugène. La galerie d’art de l’atelier porte le nom de ce sculpteur haïtien. Il a commencé par la traditionnelle sculpture en bois qui se pratiquait depuis des lustres dans la communauté de la Grand-rue.
Eugène explique qu’il y a une vingtaine d’artistes haïtiens qui exposent leurs œuvres dans la galerie. « Et, des citoyens haïtiens me demandent souvent : à quoi sert l’art puisqu’il est une fin en soi ? Je leur réponds à chaque fois qu’il n’y a que les choses inutiles qui donnent du prix à la vie. Vivre est bien, mais jouir de la vie, en être conscient, comprendre, sentir est mieux ».

Campagne anti-superstitieuse
Depuis quelques années, la sculpture est devenue dans l’art contemporain un art majeur. Cependant, depuis la période coloniale, toutes les pratiques liées peu ou prou au vaudou ou à la culture populaire quand elles ne sont pas condamnées sont qualifiées d’activités magiques y compris les remèdes naturels. C’est le cas de l’art de récupération.
« Toute forme de statue étant considérée comme objet de superstition, il y a des gens qui se tiennent devant l’entrée de l’atelier pour nous prêcher. Parfois, certains prédicateurs montrent une attitude violente envers nos œuvres », révèle Gilel Aristilde.
Michel Philippe Lerebours, docteur en histoire de l’art et archéologie, est l’auteur de Haïti et ses peintres de 1804 à 1980, Souffrance et espoirs d’un peuple. Dans cet ouvrage, il soutient que la plus grave conséquence de l’action de l’Église catholique contre le vaudou est la perte de l’origine et du développement de l’art populaire.
Toute la difficulté de réception de la sculpture en Haïti, confirme Sterlin Ulysse, vice-doyen de l’IERAH/ISERSS, trouve son explication dans la répression contre le vaudou.
Dans le cas d’Haïti, Sterlin Ulysse explique que si le constat prouve que, du point de vue religieux, « la campagne de rejeter » a échoué, « du point de vue artistique, les répressions contre le vaudou ont alimenté une certaine crainte de la sculpture. »

Sans les touristes, Atis Rezistans est à l’agonie

Finalement, ce sont les touristes étrangers qui principalement achètent les œuvres produits par Atis Rezistans. Cependant, la crise politique des derniers mois rend la situation compliquée. « Nous avons passé une année de dur labeur. Il n’y a pas de touristes. Personne ne vient nous visiter dans cette zone de non-droit », explique Eugène.
Pour survivre, l’actuel leader du mouvement fait savoir qu’ils comptent sur les opportunités offertes à l’extérieur du pays. « Nous exposons nos œuvres beaucoup plus à l’étranger, dans les grandes expositions internationales. Sinon, les artistes n’auraient pas les moyens de [survivre] », dit Eugène.

L’État n’offre aucun accompagnement
Les autorités étatiques figurent dans la liste des absents. « Le ministère de l’Environnement devrait nous accompagner, mais ce n’est pas le cas », précise Eugène. Or, continue-t-il, « avec la dégradation de l’environnement, nous nous occupons d’une partie des débris et les intégrons dans l’artisanat haïtien. Nous présentons des œuvres très riches. Et surtout, la création de l’atelier est issue d’une volonté de protéger l’environnement. » Par ailleurs, le secteur culturel, toutes catégories confondues, n’a hérité que de 1,38 milliard de gourdes dans le dernier budget estimé à 144 milliards de gourdes voté par le Parlement.

Auteur: Snayder Pierre-Louis
Source: https://ayibopost.com/ignores-en-haiti-ces-artistes-des-dechets-sont-celebres-ailleurs/

Bien que populaire, le « Ti Pwason » reste une pratique dangereuse

Pour ce dimanche après-midi, déjà dix couples 
se sont jetés à l’eau pour des séances de Ti Pwason,
 sans préservatifs. Photo: Samuel Céliné / Ayibopost
Les relations sexuelles sans protection en milieu marin sont devenues monnaies courantes en Haïti. Selon les tenants de cette tendance, l’eau de mer empêche la propagation des maladies. Appelée « Ti pwason », cette pratique, comme bien d’autres, n’a aucun fondement scientifique
Dans la mer placide qui titille les plages de Le lambi à Mariani, une dizaine de jeunes femmes en bikini s’agrippent à des hommes souvent plus âgés qu’elles.
Ici, c’est une demoiselle lancée dans une danse lascive, ses bras enroulés autour du cou d’un homme. Là-bas, l’homme se tient derrière la jeune femme qui se penche en avant. L’eau est peu profonde et depuis la plage, on peut assister au spectacle gratuit des tours de reins et entendre les gémissements partagés.
Pour ce dimanche après-midi, déjà dix couples se sont jetés à l’eau pour des séances de Ti Pwason, sans préservatifs. Autour d’eux, une trentaine d’hommes en attente scrutent les faits et gestes de chaque femme. C’est une nouvelle forme de prostitution qui prend chair dans la zone. Avec 75 gourdes, les clients peuvent s’offrir une séance sexuelle en pleine mer.
Le « Ti Pwason » nage dans une croyance répandue en Haïti qui veut que les relations sexuelles non protégées soient sans risque si elles tiennent lieu dans la mer. Il s’agit d’une croyance « fausse et folklorique », répond le docteur Tony Bistiné, spécialiste en médecine générale intégrale (MGI).
Le médecin souligne que le VIH se propage grâce à la continuité sanguine très fréquente lors des rapports sexuels. « Quel que soit le milieu où a eu lieu un rapport sexuel sans préservatif, il peut toujours avoir une continuité sanguine et à chaque fois qu’il y a continuité sanguine, il y a possibilité de contracter un VIH », rappelle Tony Bistiné.
Le docteur William Pape du centre GHESKIO va plus loin. Il explique que « le sel marin empêche les sécrétions destinées à fluidifier les organes génitaux lors des rapports sexuels. Ainsi, sans cette sécrétion, le risque d’avoir des lésions augmente et favorise du coup, la continuité sanguine. »
Une croyance têtue
Malgré sa dangerosité, le « Ti pwason » compte de fervents adeptes, comme Pierrot. « L’eau de mer est si salée qu’elle détruit les spermatozoïdes et empêche les femmes de tomber enceintes », pense le jeune homme. « Si elle peut détruire les germes d’un enfant, elle peut aussi détruire les germes du SIDA ».
De son côté Marceus, un monsieur dans la cinquantaine, fait confiance aux prostituées. « Si elles acceptent d’avoir des rapports sexuels sans préservatif, c’est que l’eau de mer empêche vraiment de contracter le SIDA. Ces gens-là sont très soucieux de leur santé ».
« Black », l’une des prostituées pratiquant le Ti Pwason à Le lambi ne tient pourtant pas une position aussi tranchée. « On peut se faire infecter en ayant des rapports sexuels dans la mer avec une personne déjà infectée, mais moi, j’ai ma propre habitude de ne pas laisser les hommes éjaculer dans mon vagin, car c’est le sperme qui véhicule le SIDA ».

Moi, j’ai ma propre habitude de ne pas laisser 
les hommes éjaculer dans mon vagin, 
car c’est le sperme qui véhicule le sida ». 
Photo: Samuel Céliné / Ayibopost
 « Voye monte »
Quoi qu’il en soit, les opinions qui précèdent n’ont aucune base scientifique. L’urologue Watson Exantus parle d’un problème de « voye monte ».
Selon Exantus, il y a effectivement une étude qui démontre qu’en dehors du milieu humain, le virus du SIDA est moins efficace. « Si vous mettez le virus dans de l’eau, son spectre infectant sera réduit à 1000/100, mais pas à zéro ». Donc, la possibilité de se faire infecter en ayant des rapports sexuels dans la mer existe.
Il ne s’agit pas de la première rumeur infondée qui circule sur les maladies sexuellement transmissibles en Haïti souligne William Pape. Le responsable du centre GHESKIO se rappelle les affirmations faisant passer le VIH pour une sorte de « mauvais sort envoyé par un ennemi » ou les « potions à base de feuilles » déjà proposées comme traitement au SIDA ou pour empêcher d’attraper le virus.
Selon le médecin plusieurs fois primé en dehors d’Haïti pour son travail auprès de la population, ces rumeurs ne sont pas correctes, mais « offrent des avantages à des opportunistes qui profitent de la situation des moins éduqués ».
Il établit ainsi un parallèle entre le niveau de l’éducation d’un peuple et la santé des citoyens. « Moins on est éduqué et informé, plus on est vulnérable face à ces genres de rumeurs sans fondement », avance le docteur. Malgré la persistance de ces difficultés, le responsable du centre GHESKIO confie que le pays avance positivement dans la lutte contre le VIH. « Pendant à peu près 20 ans, le SIDA a été la première cause de décès en Haïti. Aujourd’hui, il occupe la 7e place et ne représente que 5.7% des décès ». Et sur les 150 000 à 175 000 citoyens infectés sur le territoire, près de 100 000 reçoivent des médicaments dévoile le responsable du centre GHESKIO.
Auteur: Samuel Celine
Source: https://ayibopost.com/bien-que-populaire-le-ti-pwason-reste-une-pratique-dangereuse/

lundi 27 janvier 2020

Tout près du Palais national, capotes, fatras, sans-abris et monuments abandonnés

La firme devant reconstruire le palais national, détruit lors du séisme de 2010 est connue et la maquette du prochain palais présidentiel a été dévoilée à l’occasion de la commémoration du 10e anniversaire du cataclysme, ce 12 janvier 2020. En attendant la nouvelle construction, Ayibopost vous propose d’effectuer un tour dans l’environnement immédiat du bureau du chef de l’Etat
Tour 2004. Ayibopost/ Frantz Cineus
La maquette du nouveau palais présidentiel circule sur les réseaux sociaux. La nouvelle construction sera érigée sur le même site que l’ancienne, au Champ-de-Mars, en face de la Tour 2004.
La Tour 2004 — rêve cher à l’ancien président Jean Bertrand Aristide — devait marquer les 200 ans d’indépendance du pays. Hic, en 2004, Aristide est déchu sans avoir terminé cette œuvre. Depuis lors, la Tour est jetée dans l’abandon et aucun travail n’est entrepris pour terminer le chantier.



À quelques pas de la Tour 2004, la flamme éternelle s’est éteinte depuis des lustres sur la Place des Marrons inconnus. Les prostituées qui fréquentent la zone y cachent maintenant des préservatifs.
Sur cette place oubliée par les autorités, des sans-abris y ont élu domicile. Jean Roody, un trentenaire au visage couvert de plaies, est l’un de ces déshérités qu’on appelle « nèg lari » à Port-au-Prince. Ce jeune homme arpente les sites de décharge à la recherche de bouteilles en plastique. La place, c’est la « maison » qu’il partage avec une dizaine d’autres « nèg lari » et des prostituées qui viennent souvent s’y réfugier aux heures tardives.

Sur la place, Roody traine sa vie en bricolant des morceaux de sacs pour en faire un parapluie qu’il compte vendre aux marchands installés au bord des rues. Jean Woody ignore l’existence de la Flamme éternelle même s’il vit juste à côté depuis huit ans. Il n’a jamais vu sur la place une descente des autorités qui semblent avoir peur de la noirceur de la misère.


À la rue de la réunion, la première rue après le Palais national, l’ancien site qui abritait l
e Palais de justice est envahi par des mécaniciens. Sous les regards passifs des autorités, un garage y est improvisé. C’est là que travaille Johny Charles, ancien photographe converti à la mécanique. Sous un amandier en train de jouer au « damien », Johny avoue que ses collègues « mécaniciens ont tout bonnement choisi de venir travailler dans cet espace sans autorisation et sans opposition des autorités concernées ».
Jean Woody en train de bricoler. Ayibopost / Samuel Celine

Le seul indice indiquant l’existence du Palais de justice dans cet espace est un buste abandonné au milieu d’un champ de ricin dit palma-christi, devenu lieu de défécation pour les mécaniciens. En face, le Mausolée de Jacques Premier, gardé par une barrière qui peine à tenir debout, est colonisé par des herbes sauvages et des délinquants occupés à tuer le temps.

Tout est permis Un peu plus loin, à la rue Montalais, des « car wash » sont improvisés au beau milieu de la route comme pour montrer aux dirigeants qui arpentent régulièrement le Champ-de-Mars, le résultat de leur irresponsabilité. Ici, une cinquantaine de jeunes travaillent. C’est ce que révèle Markendy, « Nous sommes ici tout seuls. Nous ne voyons personne et personne ne nous voit », clame-t-il.

À côté, la Place des artistes se bidonvillise avec la même frénésie que la Mairie de la ville y a construit et loué de petits restaurants à des particuliers. Depuis l’expérience faite sous Michel Joseph Martelly, la Mairie semble avoir pris goût à cet argent facile.

Rose est l’une des restauratrices qui viennent tout juste de s’installer avec l’aide de son mari qui a payé ». Elle explique : « J’étais parmi les marchands du Champ-de-Mars pour qui M

ichel Martelly a fait construire les premiers restaurants, mais les proches du président avaient magouillé et loué les maisons à des hommes et femmes influents. En réaction, nous avons manifesté et exigé un encadrement. C’est pourquoi la Mairie nous a autorisés à construire sur ce qui restait de la place à raison de 35 000 gourdes mensuellement par commerce ».

Comme Rose, plusieurs marchands se vantent aujourd’hui d’avoir négocié un espace au Champ-de-Mars devenu depuis longtemps un marché public.

Le Champ-de-Mars et ses hontes
Un peu plus haut, c’est le spectacle d’un Champ-de-Mars perdu entre des rues non identifiées qu’on coupe à longueur de journée sans avertir les riverains. À ce tableau s’additionne la présence des câbles que des compagnies de télécommunication laissent trainer sur les trottoirs. Ici, des égouts à ciel ouvert, comme c’est le cas à l’angle de l’avenue Magny et de la rue Piquant ; là-bas, comme à côté du Musée du Panthéon national, d’autres se cachent sous des tas de fatras.
Sur cette place publique, gare à ceux qui rêvent d’évasion. Des dizaines de véhicules, portant l’écriteau « Auto-école », roulent au Champ-de-Mars et rendent toute balade peu sûre. Pourtant, un véhicule de police est posté en face du bureau d’ethnologie et assiste quotidiennement à ce dangereux défilé d’apprentis chauffeurs.
Comble d’ironie, le véhicule blindé de ces policiers a les roues crevées et ne se déplace pas.



Les chantiers oubliés Au haut du Champ-de-Mars, le Rex Théâtre porte mal le poids du temps et surtout le poids des millions décaissés au nom de sa rénovation.

Au dos de la place des artistes, le Quartier général des sapeurs-pompiers est l’un des bâtiments publics où l’on peut encore constater l’ampleur du séisme de 2010. Les murs et les poteaux portent encore les fissures du cataclysme. Dans le dortoir sans toilettes, 3 lits pour 6 personnes semblent avoir été jetés dans une salle où toutes les fenêtres sont cassées. La présence des visiteurs gène considérablement une secrétaire qui, à moitié cachée derrière une pile de cartons, tente d’uriner dans une bouteille en plastique au vu et au su d’une dizaine d’hommes en uniforme.

« Nous vivons dans
la crasse au beau milieu de la ville », clame un sapeur-pompier requérant l’anonymat.

Tout près du Palais, l’Hôpital de l’Université d’État d’Haïti patauge dans un processus de reconstruction qui ne dit pas sa date de finition. Dans le plus grand centre hospitalier du pays, on manque de tout et les malades en souffrent énormément.

Un peu plus loin, à l’École Normale supérieure (ENS) — le principal centre de formation des professeurs — on travaille encore sous des hangars, 10 ans après le séisme de 2010. Une situation qui révolte étudiants et professeurs.

L’École nationale des Arts (ENARTS) aussi se meurt non loin de la plus puissante autorité du pays, le président.

À la rue de la réunion, le spectacle d’un pays dirigé par des élites qui improvisent est palpable : sous les terrains rasés depuis l’ère Martelly pour la construction de la Cité administrative de Port-au-Prince, des familles construisent des niches faites de matériaux récupérés.

Jadis, Jean Marc payait un loyer dans cette zone. Après la démolition des maisons, lui et une dizaine d’autres intrépides ont choisi d’habiter sur les ruines. Aujourd’hui, il a carrément reconstruit sur l’espace et dirige son commerce comme pour concurrencer un projet d’État qui va à pas de tortue.




Source : https://ayibopost.com/500-metres-du-palais-national-capotes-fatras-sans-abris-et-monuments-abandonnes/