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dimanche 3 mai 2015

IL FAUT SAUVER TOUSSAINT LOUVERTURE


Le 7 avril dernier je suis resté à l’affut, en quête d’information concernant  les activités commémoratives du 212 ème anniversaire de la mort dans le Jura du gouverneur, général TOUSSAINT LOUVERTURE.
Les échos dans la presse traditionnelle étaient sombres pour ne pas dire inexistants.
Je me suis normalement dirigé vers quelques contacts jeunes des réseaux sociaux. Là non plus je n’ai décelé aucun enthousiasme.
Ces jeunes, sortant d’une sorte de léthargie profonde ou encore plongés dans le sommeil prolongé de la désorientation identitaire, ne semblaient surtout pas concerné par une question traitant de l’anniversaire de la mort de TOUSSAINT LOUVERTURE.
A l’heure où j’écris ces lignes, je suis incapable de dire si cette commémoration a eu lieu ou pas. La presse faisait, en cette occasion, le débat sur l’intention du premier ministre de modifier les paroles de l’hymne national pour le « féminiser ».
Ce n’est certes pas la première fois que la société haïtienne affiche cette antipathie autour de la mémoire de celui qui est et restera le plus grand des  Noirs.
Il y a quelques années de cela, un célèbre journaliste haïtien avait écrit un papier pour mettre en exergue et fustiger l’amnésie collective que souffraient les haïtiens dans ce sens et face à cette réalité historique.
L’article avait attiré mon attention. J’en fis part à une grande amie qui rechercha et me trouva les coordonnées du travailleur de la presse qui avait poussé, ce qui pour moi représentait, un cri du cœur sensé, sincère, légitime et  réel.
Je le contactai en le félicitant sur le contenu de son papier et l’invitai à travailler pour que cela ne se renouvelle plus.
Ma proposition ne sembla pas trop l’intéresser. Il était plutôt dans la dénonciation. J’ai compris que ce sujet, il le gardait en silence pour le ressortir en cas de besoin. L’effort pour changer et corriger la situation devait venir des autres !
Nos échanges téléphoniques devinrent carrément agaçants.
A l’époque, motivé par ce besoin, dans mon esprit j’avais conçu ‘idée d’un espace pour parler de TOUSSAINT LOUVERTURE. J’avais imaginé comme il en existe des mouvements de ce genre autour de personnalités historiques nationales, « l’Institut Toussaint Louverture ».
Pendant quelques mois j’ai garni les rayons de ma bibliothèque de la grande majorité des œuvres inspirées par le précurseur. J’ai créé un site internet comme organe de diffusion (http://www.institut-toussaint-louverture.org)
Bousculé par le travail et une actualité haïtienne toujours  brûlante, je n’ai pas su gérer comme il faut mon idée.
Cependant, un travail sur la descendance de TOUSSAINT LOUVERTURE retranscrit sur le site m’a mis en contact avec un historien français très connu qui a écrit sans doute les livres les plus objectifs sur le personnage.
Il nota de son côté le fondement plutôt intéressant de ma démarche. Comme lui, d’autres amis comprirent mon intérêt pour faire « revivre » TOUSSAINT LOUVERTURE  surtout dans la conscience collective haïtienne dans un contexte ou tout le monde est unanime à accepter qu’il nous manque cruellement des modèles.
C’est ainsi que mon nom arriva à La Rochelle en France, port négrier, ville enrichie par la traite et le commerce basée sur l’exploitation des esclaves.
Cette ville travaillait en coopération avec la ville de Port-au-Prince. Dans le domaine de l’éducation semble-t-il. De Mairie à Mairie.
Après les résolutions politiques du pouvoir exécutif se concrétisant dans le remplacement des maires en attendant des élections qui n’ont jamais été réalisées, la Mairie de La Rochelle orienta sa collaboration avec une fondation créée par une ancienne cadre de la Marie de Port-au-Prince.
La Mairie de cette ville française va inaugurer le 20 mai prochain une statue de TOUSSAINT LOUVERTURE comme concrétisation d’un projet conçu il y a quelques mois déjà.
J’avais été dès le début invité à être l’un des conférenciers qui prendraient la parole en cette occasion.
Le projet est ambitieux et assez  honorable. L’objet est l’œuvre d’un célèbre sculpteur sénégalais, OUSMANE SOW. La statue sera placée à l’entrée de l’hôtel Fleuriot…
J’attendais depuis quelques jours les détails autour de cette activité pour prendre les dispositions concernant mon travail car je ne pouvais pas rater une telle occasion, si je veux rester cohérent avec mon idée de fédérer des gens et des idées autour du général TOUSSAINT LOUVERTURE.
Le coup de fil attendu arriva hier après-midi.
Un responsable m’appela pour m’informer du déroulement des évènements :
-          le 13 mai, lors de son allocution officielle en Haïti, le Président François Hollande annoncera l’inauguration de la statue de TOUSSAINT LOUVERTURE à La Rochelle
-          le 18 Mai, grande conférence dans un amphithéâtre universitaire avec trois autres conférenciers : (1) un célèbre historien et auteur de plusieurs ouvrages sur TOUSSAINT LOUVERTURE, (2) un historien béninois mandaté par le président de sa nation pour travailler sur « la route de l’esclavage… », (3) un historien haïtien, (4) ancien ministre de l’éducation nationale, (4) et moi…
-           le 19 mai, une séance de travail entre des professeurs d’histoires français et haïtiens pour l’élaboration de FICHES qui seront utilisées pour ENSEIGNER TOUSSAINT LOUVERTURE DANS LES ECOLES EN FRANCE ET EN HAITI !!!
-          Le 20 mai, cérémonie officielle et inauguration de la statue.

Le premier souci que me manifesta l’organisateur fut autour de la façon de me présenter dans un programme aussi alléchant. Mon titre de Docteur en Médecine voire, Neurochirurgien, ne faisait pas bon ménage sur liste ou se trouvent d’éminents historiens pour parler de TOUSSAINT LOUVERTURE. On arriva à se mettre d’accord sur un titre qui ferait intervenir mon engagement au sein de la diaspora, initiateur de l’Institut (mort-né) Toussaint Louverture etc…
J’ai fait comprendre à mon interlocuteur que le terrain du combat que je pense mener en faveur de TOUSSAINT LOUVERTURE se trouve surtout en Haïti. Et que ma présence à La Rochelle aura un sens très particulier et que je pouvais me passer de faire partie du panel des conférenciers.
Je suis resté dans une continuité argumentaire pour lui expliquer pourquoi je n’avais pas signé une pétition qui circulait sur le net pour exiger que la statue soit place sur le quai, face à la mer au lieu de la rentrée de la cour d’un hôtel particulier converti en musée.
 Un peu plus loin dans la conversation,  il revint sur le programme du 19 mai en me ressassant le fait que les fiches élaborées en France sur TOUSSAINT LOUVERTURE étaient destinées à être utilisées en Haïti pour dire aux professeurs haïtiens comment enseigner TOUSSAINT LOUVERTURE.
Il était très loin de se douter que ce qu’il me présentait avec un ton de satisfaction dans sa voix comme un exploit était ressenti dans mes entrailles comme le plus ignoble des affronts.
Je n’hésitai pas à lui demander pourquoi il revenait aux français de dire aux haïtiens comment il faut présenter notre TOUSSAINT LOUVERTURE aux haïtiens ?
Le hasard fit qu’en ce précis moment, cet homme animé de la meilleure des volontés dut interrompre la conversation pour recevoir des visites inattendues. Il me promit de m’appeler cet après-midi (dimanche 3 mai).
Ce qu’il n’a pas compris, c’est qu’il venait d’ajouter encore un étage à l’immeuble de soucis  qui m’habite avec tout ce que j’entends et je vois à propos d’Haïti.
Je me suis dit encore cette PUTAIN DE DEPENDANCE !
Le monsieur, par le fait de faire dons de quelques cahiers et de quelques crayons, il se croit autorisé à s’arroger le droit de s’immiscer impunément dans les structures profondes de notre société pour les modifier et les adultérer.
Qui pis est, à cause de ces cahiers et de ses crayons, nos professeurs attirés par cette tendance « blancophile » accepteront comme paroles d’évangiles que nos jeunes s’imprègnent de la vision étrangère de ce personnage illustre de notre histoire, une histoire écrite biaisée par leurs intérêts.
Je suis rentré chez moi, mes enfants ont pensé que j’avais eu un accident de voiture, en observant mon faciès démonté et déformé.
A quoi ça sert de leur dire que :
-          les étrangers nous envoient du riz,
-          les étrangers financent la farce qu’ils organisent eux-mêmes pour choisir les dirigeants qui soient capables d’allégeance avec eux
-          les étrangers s’occupent de notre santé à travers « zanmi lasante,  Partner in Health ou Medishare »
-          les étrangers ont la haute main dans le pays  à travers une myriade d’organisations non gouvernementales
-          Les étrangers sont protégés par une force d’occupation, le bras armé de cette tutelle officieuse
-          Tandis que bon nombre d’entre nous, courrons après un rôle dans cette vaste comédie

Ils me diraient sans doute : et alors ?
Et alors ! C’est justement ce que je me dis …

Dr Jonas JOLIVERT

3 Mai 2015

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