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lundi 29 novembre 2010

Le chaos politique s'installe en Haïti

Par Thierry Oberlé

Les artistes occupent le devant de la chaotique scène politique haïtienne. Dimanche, la journée électorale s'est ainsi achevée en kermesse populaire. Peu après la demande d'annulation des élections par douze candidats qui dénoncent «des irrégularités et une fraude massive», des cortèges ont parcouru à pied et en voiture les rues des quartiers de Pétionville et de Delmas. Le chanteur Michel Martelly dit Sweet Micky ou encore Têt Kalé et l'homme d'affaires blanc Charles Henri Baker ouvraient la marche debout à l'arrière d'une camionnette en compagnie de la star mondiale du hip-hop, Wyclef Jean. Des milliers de personnes se précipitaient sur le passage du convoi. Elles tenaient des affiches de couleur rouge à l'effigie de Michel Martelly, le candidat numéro 8. Les gens souriaient. Certains dansaient, d'autres couraient.
«On voulait voter, ils nous ont pas laissés»
Le mouvement de protestation pacifique devait avoir valeur d'avertissement aux autorités. La crainte de violences et de «déchoucages» (pillages) s'est estompée. «On voulait voter, ils nous ont pas laissés», chantonnaient les plus jeunes. «La meilleure arme que nous avons, c'est la carte électorale. Je me battrais toujours pour ça», affirmait Wyclef Jean dont la popularité est immense.
Enfant de New York mais resté attaché à ses racines, l'ex-chanteur des Fugees avait vu sa propre candidature à la présidence invalidée en août. Dimanche, il s'est présenté au cours d'une conférence de presse en porte-parole des laissés-pour-compte de son pays natal. «Je ne suis pas un expert en politique, mais je connais ma ville», a-t-il assuré, flanqué de son garde du corps. La casquette en cuir vissé sur un crâne rasé, il a appelé à une révolte citoyenne. «On ne doit pas voler le vote populaire.» Interrogé sur l'origine des fraudes, il s'est retranché derrière l'«avis de la rue», une stratégie populiste pour le moins risquée en ces jours de tensions. «Vous savez bien que la rue dit la vérité et la rue dit que c'est l'unité (le parti du gouvernement)», assurait-il.

Suspicion de trafic
Mise en cause par la plupart des candidats, la commission électorale provisoire (CEP) est accusée d'avoir «trafiqué les élections au profit du candidat du pouvoir», Jude Célestin, un proche du président sortant René Préval. Elle a répliqué en validant le scrutin. Son président Gaillot Dorsainvil s'est même félicité d'«une journée électorale réussie». Selon la CEP, seuls 3,56 % des bureaux de vote ont connu des problèmes. Mais de nombreux témoignages rapportent des tricheries grossières et peu discrètes.
Les observateurs citent pour l'anecdote le cas d'une tentative de bourrage d'urne par son côté fermé ou mieux le vol de la boîte transparente par un homme qui l'a porté chez lui pour la remplir de bulletins. Plus généralement, le scrutin qui devait permettre d'élire un président, des députés et des sénateurs a tourné à la cacophonie pour des raisons d'organisation. Beaucoup d'électeurs ignoraient dans quel centre de vote, ils avaient été inscrits.
Dimanche des émissaires ont commencé à faire la navette entre les poids lourds de la présidentielle et le pouvoir pour tenter de trouver une issue à la crise. La tâche s'annonce rude. Les protagonistes semblent naviguer à vue et les dangers d'escalade sont plus que jamais à l'ordre du jour.
http://www.lefigaro.fr/international/2010/11/29/01003-20101129ARTFIG00661-le-chaos-politique-s-installe-en-haiti.php
Au lendemain des élections, le très populaire Wyclef Jean, ex-chanteur des Fugees, appelle à une révolte citoyenne.

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